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Rechercher : Ingrid Riocreux

  • Le journaliste, incarnation et gardien de la pensée dominante

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    Lu sur le Salon Beige :

    Ces journalistes qui se prennent pour des moralistes

    Ingrid Riocreux décrypte dans “La langue des médias” le parler journalistique qui implique un jugement éthique sur les événements. Pour l’auteur, “on passe de la destruction de la langue à la fabrication du consentement”. Ingrid Riocreux relève la faiblesse de la compétence linguistique chez les journalistes, leur volonté d’utiliser des “mots valises” ou des expressions convenues comme le mot “dérapage” ou “phobie”. L’auteur dénonce la dérive du journalisme qui assure de plus en plus nettement une fonction d’évaluation morale. Elle appelle à avoir une saine distance critique envers le traitement de l'information, même à l'égard de la réinformation.

  • Le pape parle-t-il la langue des médias ?

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    D'Ingrid Riocreux sur le site de la Revue Conflits via le site "Pour une école libre au Québec" :

    Pape François et les médias — L’art de ne pas parler du génocide des chrétiens d’Irak

    Un texte d’Ingrid Riocreux, agrégée de lettres modernes et docteur de l’université Paris IV-Sorbonne, Ingrid Riocreux est spécialiste de grammaire, de stylistique et de rhétorique. Pour Riocreux, pape des médias, François l’est essentiellement parce que ses propos paraissent souvent comme calibrés afin de se couler dans le discours médiatique.

    Langue des médias

    La presse n’a rien à ôter ni à ajouter à ce qu’il dit. S’il plaît aux journalistes, c’est grâce à sa maîtrise de ce que, pour ma part, j’avais naguère proposé d’appeler « la langue des médias ». Nous l’avons encore constaté lors de son voyage en Irak. « Fléau du terrorisme », « conflits religieux souvent nourris par un fondamentalisme incapable d’accepter la coexistence pacifique des différents groupes ethniques et religieux » : ces expressions feutrées se signalent par un art d’éviter le mot juste. Elles pourraient être tout droit sorties de la bouche d’un journaliste, mais elles sont signées du pape François. « Le terrorisme » : on désigne la méthode pour ne pas cibler l’idéologie qui en use. « Un fondamentalisme », avec ce petit article indéfini qui donne envie de demander « lequel ? ». « Conflits religieux » : cette expression nous est malheureusement familière et sert à masquer des situations de persécutions sous l’image trompeuse d’une responsabilité partagée et d’une brutalité réciproque, selon la thèse qui voudrait que toutes les religions engendrent par nature la haine et la violence. De même, et de manière générale, alors que l’ONU avait alerté très tôt sur le caractère génocidaire des dispositions de l’État islamique à l’égard des chrétiens, les médias se sont employés, lors de cette visite papale en Irak, à effacer la différence entre agresseurs et agressés.

    « Nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion » dit encore le pape François. Cette affirmation pleine de bonne volonté laisse croire à une interchangeabilité, à une équivalence profonde entre les religions. L’hyperonyme « la religion » noie dans une catégorie commune toutes les croyances. Comme personne n’est dupe, on en vient à percevoir « la religion » comme une manière de désigner l’islam, à croire que celui-ci serait, pour ainsi dire, la religion par excellence. Dans un passé récent, je me suis intéressée aux expressions telles que « la religion s’invite au travail », souvent employées dans des titres de presse. Elles annoncent toujours un développement exclusivement consacré à l’islam ; « la religion » fait partie de ce sous-code commun que nous comprenons tous et que certains d’entre nous parlent même couramment. Cette expression permet de dire sans dire ; de renoncer au terme exact au profit d’une énonciation moins risquée de vérités qui auraient tôt fait, aux yeux de la nouvelle morale dominante, de verser dans la « stigmatisation ».

    Finalement, de la part du pape François, cette rhétorique de la périphrase, de l’allusif et de l’imprécis pourrait se comprendre comme une marque de prudence, visant à ne pas mettre en danger les catholiques encore présents sur place. Il cherche vraisemblablement à leur apporter son soutien sans pointer leurs persécuteurs afin de contribuer, autant qu’il est possible, à une forme d’apaisement. Mais nos médias ne devraient pas avoir ces scrupules. Pourquoi, lorsqu’on ne représente aucune des parties en présence, s’obstiner à ne pas dire ce qui fut ? Le pape François, indique Le Monde, est en visite « sur les terres meurtries par les djihadistes » : élégante et poétique métonymie qui permet de jouer sur deux aspects gênants de la réalité factuelle. D’abord, nier les victimes en ne les évoquant qu’à travers l’allusion à leurs terres ; ensuite, résumer la menace aux « djihadistes ». On pense au mythe de la Résistance construit par la propagande gaullienne, après la Libération : les Français unis dans le rejet collectif de l’occupant et l’Allemagne nazie seule porteuse de toutes fautes. Dans le cas de l’Irak, se focaliser sur les seuls « djihadistes » donne l’impression que le danger a déferlé, identifiable, limité, momentané, puis a été éliminé. Or, où le groupe terroriste a-t-il puisé sa force de nuisance sinon dans la bienveillance et l’approbation qu’il a rencontrées, s’assurant ainsi des complicités et une implantation locale qui ont consolidé ses prises ?

  • La langue des journalistes : destruction du langage et fabrication du consentement

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    LA LANGUE DES MEDIAS 

    DESTRUCTION DU LANGAGE ET FABRICATION DU CONSENTEMENT 

    9782810006960.jpgIngrid Riocreux

    • Paru le 16 Mars 2016
    • 336 pages
    20,00 €
    Disponible
     
     

    Une étude très fine de la langue des journalistes actuels en France et de son impact sur notre façon de comprendre le monde, avec des exemples très concrets, vivants où chacun retrouvera les radios, TV ou journaux qu’il consulte.

    De même que le Journaliste reproduit les formules de ses confrères, reprend sans réflexion leurs mots, adopte par mimétisme grégaire leur parlure, de même il ne cesse de reproduire des tournures de phrases et de répéter des termes qui impliquent un jugement sur les événements.

    Prenant pour des données objectives et évidentes des opinions qui sont en fait identifiables comme des points de vue propres à des courants de pensée, il contribue à répandre une doxa faite de préjugés, de stéréotypes et de présupposés qui sont au fondement des croyances de notre société.

    Car si le langage du journaliste fonctionne comme la vitre déformante à travers laquelle on nous montre le présent, il est aussi une fenêtre trompeuse ouverte sur le passé et sur l’avenir. Analyser le discours du Journaliste, c’est donc, d’une certaine manière, mettre au jour l’inconscient de notre société dans tout ce qu’il comporte d’irrationnel.

    Non seulement sa langue reflète le délitement actuel de la parole, c’est-à-dire de ce qui rend possibles les relations humaines, mais elle cristallise aussi le paradigme de pensée de notre société : les mots du journaliste sont porteurs de tous les préjugés de notre temps, de toutes ces vérités tenues pour évidentes quoique jamais démontrées, d’une répartition arbitraire entre les bons et les méchants, d’une hiérarchisation morale des régimes politiques, d’une vision préconçue du sens de l’histoire, etc.

    Observer le parler journalistique, c’est donc prendre, à un instant « t », une photographie de cette chose si éphémère qu’est l’esprit d’un monde.

  • Quand les journalistes se muent en inquisiteurs et les médias en instruments du totalitarisme

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    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    Médias: la nouvelle Inquisition ?

    Docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises, Ingrid Riocreux étudie dans son nouvel ouvrage le désamour généralisé envers les médias.

    Enclins à orienter l’information au gré des vents qui leur conviennent, les médias colportent et imposent une vision du monde qui leur est propre, souligne Ingrid Riocreux. 

    À l’heure des infox et des médias alternatifs, des polémiques à deux sous et des « buzz » pilotés, « médiatiquement nous sommes entrés dans l’ère du soupçon », indique Ingrid Riocreux. Après un premier ouvrage consacré au langage propre aux médias, l’agrégée de lettres modernes et docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises analyse dans son nouvel opus comment les médias et journalistes qui colportent la suspicion sont devenus indignes de confiance. 

    Mêlant témoignages et décryptages, l’ouvrage dévoile une parole dominante qui cherche à s’imposer dans le discours médiatique au détriment de la recherche de la vérité et du pluralisme.

    — Pourquoi, après un premier livre qui étudiait le langage des médias, consacrer à nouveau un ouvrage à ceux que vous appelez, citant Maupassant, les « marchands de nouvelles » ?

    — Le point de départ de la Langue des médias était la démonstration de l’existence d’un sociolecte journalistique : une manière de parler propre aux journalistes. Je m’attachais à la diction, au repérage de formules récurrentes, pas toujours marquées idéologiquement, que ce soient les anglicismes ou les métaphores clichés.

    Je voulais surtout insister sur le glissement qui conduit de l’absence de réflexion sur le langage à l’imprégnation idéologique. Dans ce second volume, c’est cette imprégnation idéologique qui est au cœur de mon analyse, de deux manières, puisque je montre que le discours médiatique est porté par une vision du monde qui préexiste à l’observation du réel et la modèle, et parallèlement, que cette manière de dire le monde oriente totalement notre compréhension des choses, en profondeur.

    Méthodologiquement, Les Marchands de nouvelles diffère beaucoup de La Langue des médias sur trois points : j’y ai mis beaucoup de moi, alors même que je m’étais effacée le plus possible de mon premier livre.

    J’ai voulu montrer l’impact de l’idéologie portée par les médias sur la vie, sur le quotidien, au travers d’anecdotes personnelles. J’ai suivi en cela l’exemple de Klemperer, précisément parce que, entre-temps, j’ai lu LTI [la langue du IIIe Reich de Victor Klemperer] et d’autres ouvrages que je cite abondamment. C’est la deuxième différence avec mon autre livre : le second est beaucoup plus nourri que le premier parce que, grâce aux conseils de lecteurs qui m’ont écrit, j’ai découvert Sternberger, Klemperer, Armand Robin, etc. Et le travail fascinant de Michel Legris (Le Monde tel qu’il est, Pion, 1976). Enfin, je reviens, dans ce nouveau livre, sur la réception du précédent : comment la Langue des médias a été accueilli et ce que cela dit de notre temps. J’ai traqué le off des journalistes, leurs confidences hors plateau, notamment sur la dégradation de leurs conditions de travail, directement en lien avec la pression idéologique qu’ils subissent et dont beaucoup se plaignent.

     

    — Quelle est l’idéologie sous-jacente de ce discours médiatique ?

    — Sans hésiter : le progressisme. C’est à la fois une croyance et un parti pris. C’est ce qui en fait pleinement une idéologie, c’est-à-dire tout à la fois une « vision du monde » et une « visée du monde » se matérialisant dans une logocratie, un langage tout-puissant. Plus exactement, on peut le définir comme un parti pris reposant sur une croyance. Le journaliste est persuadé qu’il existe un sens de l’histoire et veut travailler à son avènement, tout comme les chrétiens, qui croient à la Providence, veulent collaborer au plan de Dieu. Mais les journalistes ne reconnaîtront jamais cette posture du croyant militant qui est pourtant la leur.

    — En renfort de cette imprégnation idéologique du discours, vous parlez de « pulsions totalitaires » : les journalistes sont-ils de petits dictateurs en puissance ?

    — Ils ne se considèrent pas comme tels, bien sûr : ils parlent de leur « sens de la responsabilité ». Celui-ci justifie tout : troncation de propos, falsification, dissimulation, insinuation, etc. Surtout, il sous-tend une éthique du journalisme totalement pervertie, qui consiste, pour les journalistes, à anticiper en permanence la réception de leur propre discours. Cette approche de l’information est extrêmement restrictive et pesante. Un journaliste qui avait démissionné, excédé, de la rédaction d’un quotidien gratuit m’a dit les choses ainsi : « la seule ligne éditoriale, c’était de savoir si telle info allait faire le jeu du Front national ; je suis parti : je ne voulais pas travailler pour la Pravda. » Et, vous voyez : quoi de plus innocent, en apparence, qu’un gratuit distribué dans le métro ? C’est cela le problème. Comme c’est gratuit, nous sommes dans une attitude de reconnaissance et de fragilité, absolument pas dans une posture critique et méfiante. Or, il faut se méfier des médias : c’est sain. La confiance aveugle est un signe de vulnérabilité intellectuelle.

    — Vous observez que « le comique devient le lieutenant du journaliste » : qu’est-ce que cela révèle ?

    — Un terrible mélange des genres. Prenez France Inter : au milieu d’un discours journalistique dépourvu de tout engagement — croient-ils ! —, la nécessité s’impose tout de même de rappeler les évidences morales dont il ne faut pas se départir. Mais ne pouvant le faire de manière hautaine et magistrale, ce qui serait insupportable, on le fait avec humour.

    Le comique devient donc le lieutenant du journaliste, au sens premier du terme (le lieutenant est celui qui se substitue au chef en son absence, le gradé que l’on investit de l’autorité du chef auprès des troupes), quand il s’agit de rappeler les grandes causes à la mode, les catégories de personnes dont il ne fait pas bon se moquer, celles pour qui il est inconvenant d’éprouver de la sympathie, les gentils et les méchants de la politique nationale et internationale, le sens naturel de l’histoire. Le comique de France Inter a pour mission de compléter, sinon de compenser, le discours journalistique ; donc, là encore, d ’en orienter la réception.

    — Ce discours journalistique est empreint d’uniformisme...

    — Je cite à ce sujet Jacques Dewitte, lequel parle d’une « forclusion de l’altérité » menaçant la démocratie sous prétexte de la défendre ; c’est fort bien vu. Il dit aussi, en faisant référence à Orwell, que les dispositions totalitaires censées aboutir à une forme d’harmonie entre les individus par leur adhésion contrainte à des valeurs imposées opèrent une bestialisation de la parole. 

    Pour ma part, je déplore une « zombisation » des masses. L’individu n’a plus à cœur de s’affirmer dans sa singularité, il jouit de se fondre dans la masse le plus possible, au point de renoncer à penser par lui-même et de se sentir d’autant plus vivant qu’il laisse parler à travers lui un langage prédigéré et insipide. Regardez tous ces gens qui prononcent « homophobe » ou « vivre ensemble » : on sent jusque dans le ton de leur voix le plaisir qu’ils ont à se fondre dans un prépensé idéologique comme on se love dans un canapé.

    — La précarité du statut jouerait un rôle dans l’uniformité idéologique qui sévit dans la profession journalistique : de quelle manière ?

    — Ce constat me vient d’une remarque que l’on m’a faite plusieurs fois : « Vous êtes bien gentille avec vos petites études de mots, mais tout ce qu’on veut, nous, c’est le renouvellement du CDD [contrat à durée déterminée] et si pour cela, il faut faire un peu de politiquement correct, eh bien, on le fait. » La déviance idéologique est alors d’autant plus dangereuse pour les journalistes que leur statut est précaire.

    On leur demande de produire à la chaîne des articles sur des sujets parfois totalement stupides, du type : « Dérapage de Machin : la twittosphère s’enflamme après la réaction très polémique de Bidule ».

    On est dans le commentaire du commentaire d’un propos initial généralement sans grand intérêt ou, du moins, bien moins révulsant qu’on voudrait nous le faire croire. Les journalistes guettent les dérapages des hommes politiques, des personnalités de l’industrie du spectacle, mais aussi des autres journalistes. Ce contrôle permanent des uns par les autres est très pénible. Rendez-vous compte que des journalistes m’envoient des infos en me disant : « Faites-en quelque chose, moi je ne peux pas » ! Si ce n’est pas une situation de totalitarisme, qu’est-ce que c’est ?

    — En matière de contrôle, nous sommes entrés dans l’ère des fake news (infox) : que cela vous inspire-t-il ?

    — D’abord, la notion de « fake news » est inutile : erreur, mensonge, diffamation. Nous avons des mots variés, précis... et français ! pour désigner les informations fausses. Mais surtout, elle nous enferme dans une dialectique du vrai et du faux qui est trompeuse. On peut dire quelque chose de parfaitement vrai, mais d’une manière telle que l’on oriente insidieusement la compréhension du monde chez celui qui reçoit l’information.

    C’est cela que font en permanence les médias d’autorité et qui, par conséquent, doit nous préoccuper...

    — Croire que les gens qui se désintéressent des médias, ne lisent pas la presse, n’écoutent pas la télévision ou la radio ne sont pas manipulés par les médias est, selon vous, une erreur. Pourquoi ?

    — La force d’une idéologie est qu’elle s’insinue dans le langage quotidien. J’ai pu dire que les journalistes étaient des perroquets. Mais nous aussi, qui écoutons les médias, nous sommes des perroquets, qui nous chargeons d’imprégner les autres. Les médias nous disent à quoi penser et quoi en penser ; ils nous donnent aussi les mots pour décrire le réel. Ce lexique façonne la langue commune bien au-delà de ceux qui suivent l’actualité à travers les médias.

    — Vous dénoncez des mots qui se sont imposés par le biais des médias. Lequel vous semble le plus parlant ?

    — « Dérapage », évidemment ! Il exprime à lui seul la position inquisitoriale des journalistes, avec cette espèce de bienveillance qui vous laisse la possibilité de « rétropédaler », de redire votre pleine adhésion au dogme et de faire dûment pénitence. Ce mot ne veut rien dire, puisqu’il désigne n’importe quoi : un propos de Zemmour, un geste grivois de Laurent Baffie, un coup de pied en plein visage lancé par Patrice Evra... Tout cela, ce sont des dérapages !

    Résultat : le mot « dérapage » désigne aussi bien d’authentiques délits que des propos condamnables au point de vue de la morale médiatique uniquement.

    Le dérapage est un verdict propre aux médias qui veut dire « pas bien » et vous enveloppe, quelle que soit votre faute ou présumée faute, d’un halo de puanteur.

    — Comment se prémunir du biais journalistique sans tomber dans le complotisme ?

    — Devant les films d’horreur, il y a deux types de spectateurs : celui qui croit que tout est vrai et qui se cache les yeux ; et celui qui trouve cela effrayant, mais écarquille les yeux pour mieux voir les trucages. Il faut être le second. Comme disait Karl Kraus : « Ne pas lire un autre journal, mais lire le même journal, autrement. »

    Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker de Valeurs actuelles

    Les Marchands de nouvelles,
    d’Ingrid Riocreux,
    paru le 24 octobre 2018
    chez L’Artilleur,
    à Paris 
    528 pages,
    22 euros.
    ISBN-13 : 978-2810008469

     
  • Se réinformer, face à la désinformation

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    De Jean-Michel Beaussant, ce 17 janvier sur le site du bi-mensuel ‘L’Homme Nouveau »

    « À l’occasion d’un entretien paru dans le journal catholique belge Tertio, le Pape François a dénoncé en décembre la désinformation comme « probablement le plus grand mal qu’un média puisse infliger ». Mais lutter contre cette désinformation, utilisée parfois au sein même de l’Église, implique une bonne finalité ancrée dans le réel.

    « La désinformation, c’est ne dire que la moitié des choses, celles qui me conviennent, et ne pas dire l’autre moitié : de sorte que celui qui (la reçoit) ne peut bien juger les choses parce qu’il n’a pas tous les éléments, car ils ne lui ont pas été livrés… », avait déjà dit le Pape lors de l’audience du 22 mars 2014. Mais comme nous sommes tous pauvres pécheurs, ne sommes-nous pas tous plus ou moins coupables de désinformation – ce n’est pas Volkov qui me démentirait ! –, y compris le Pape lui-même dans des interviews parfois approximatives ? Quand il indique par exemple au journaliste athée, Eugenio Scalfari, que « chacun de nous doit obéir à sa propre conscience, chacun doit suivre le bien et combattre le mal selon l’idée qu’il s’en fait ». Sans préciser que chacun a aussi le devoir d’éclairer sa conscience pour la corriger en fonction de la loi morale naturelle, la norme objective. Sinon bienvenue aux fanatiques !

    Attention à la restriction mentale

    Plutôt qu’une désinformation (une manipulation), voici le ­type même de restriction mentale – chère à certains jésuites et dénoncée en son temps par Pascal – que d’aucuns reprochent aujourd’hui au Souverain Pontife de pratiquer, la question se posant éminemment pour Amoris lætitia. Restriction ou réserve mentale que l’on fait d’une partie de ce que l’on pense pour « apprivoiser » l’interlocuteur en considérant davantage ce qui nous unit que ce qui nous divise : oui, nous avons le même Dieu (unique) que les Juifs et les musulmans… au niveau de la philosophie (médiation possible). Mais non au niveau de la religion et de la vérité surnaturelle ! 

    Cette logique restrictive, lorsqu’elle est employée à dessein pédagogique ou pacifique (et non par casuistique), est licite jusqu’à un certain point. Tout comme l’argument ad hominem, qui consiste à s’adresser à l’homme adverse en se plaçant sur son propre terrain, selon ses principes déficients, peut se révéler « payant ». Soit pour se préserver soi-même (demander la liberté aux libéraux), soit pour faire éclater la contradiction interne de l’adversaire par l’absurde : si vous êtes contre la peine de mort, soyez-le aussi avec l’avortement (ou à l’adresse du Pape contre la peine capitale : si le commandement « Tu ne tueras pas » ne peut souffrir aucune exception, au nom du principe selon lequel la fin ne justifie pas le moyen intrinsèquement désordonné, pourquoi celui « Tu ne commettras pas d’adultère » pourrait en connaître ?).

    Argument ad hominem et restriction mentale peuvent ouvrir une brèche dans le monde logiquement déficient où s’est réfugié plus ou moins (in)consciemment l’interlocuteur. Mais ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes. On ne doit surtout pas s’y enfermer à la manière de la taqiya des musulmans qui les oblige à la dissimulation tant qu’ils se sentent inférieurs ou vulnérables. Ces arguments prudentiels ou graduels ne doivent en aucun cas devenir des mensonges par omission pour tromper l’auditeur doctrinalement, voire nous tromper nous-mêmes. Car la fin, en effet, ne justifie jamais le mauvais moyen. Autrement dit, ces arguments doivent être parallèlement et simultanément dépassés ou corrigés par une autre argumentation supérieure, en adéquation totale avec la réalité (« Confesser sa foi demande que l’on croit non pas en partie ou à moitié, mais de croire toute la foi, cette foi qui est arrivée à nous par la voie de la tradition : toute la foi ! », déclarait le Saint-Père le 10 janvier 2014).

    À se complaire exclusivement dans la restriction mentale ou l’argumentation ad hominem, à y revenir trop souvent, sans précautions, on peut se laisser prendre à son propre jeu. Finir par croire ou laisser croire que l’on approuve des choses qu’on ne devrait pas. Mettre un pied de trop, même petit et malin, chez le partenaire libéral ou relativiste, lâchant sur des principes non négociables – comme c’est le cas, notamment, de certains publicistes avec le « mariage » gay ou d’autres avec le « droit » à l’IVG –, par manque de discernement.

    La bonne information

    En conclusion, la bonne information (ou la réinformation) n’est pas une désinformation contraire mais le contraire de la désinformation par sa finalité et son intention morale (dans La langue des médias, Ingrid Riocreux indique que même les médias dits de la réinformation n’échappent pas aux travers de leurs adversaires, en utilisant à leurs fins des citations tronquées, ou faisant dire parfois à son auteur [même au Pape] ce qu’il n’a pas dit…). Tous ceux qui ne pensent pas comme nous ne sont pas forcément des désinformateurs, des modernistes… Ne pratiquons pas à l’envers un terrorisme intellectuel, dont la reductio ad Hitlerum (l’accusation d’« extrême-droite », d’« intégriste »…) reste un modèle de la praxis communiste (pratiquée, hélas, chez des clercs). La réinformation, comme la contre-révolution, ne parle pas en termes dialectiques de camps, mais en termes de bien commun, de bien ou de mal, de vrai ou de faux.

    Elle part de l’expérience, de la réalité, des choses vues ou dites et non d’idées préconçues, a priori : ce qu’est le réel et non ce par quoi je prétends le connaître, à travers un prisme idéologique déformant et partisan. Elle n’interprète pas, n’extrapole pas, ne fait pas de procès d’intention, cherchant à sortir des insuffisances ou des ambiguïtés avérées. Dans les graves débats politiques ou religieux à venir en 2017, il est opportun de le rappeler. »

    Ref. Se réinformer, face à la désinformation

    JPSC

  • Y a-t-il une idéologie commune des médias ?

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    Nous  remercions Paul Vaute, licencié-agrégé en histoire et en communication, et journaliste professionnel honoraire, de nous partager cette étude éclairante et documentée sur le monde médiatique :

    Y A-T-IL UNE IDÉOLOGIE COMMUNE DES MÉDIAS ?

       Selon l'expression consacrée, le réalisateur verviétois Bernard Crutzen a fait le buzz en quelques jours, fin janvier, avec son documentaire intitulé Ceci n'est pas un complot, diffusé sur Internet [1]. Le succès ne s'est pas démenti depuis. Consacré au traitement par les médias de l'actuelle crise sanitaire, ce film de septante minutes entend démontrer que la plupart des journalistes se sont faits, en la matière, les relais des autorités politiques, sans distance et sans critique. La thèse de l'auteur, telle qu'il l'expose, est que "le traitement médiatique déroule le tapis rouge pour ceux qui rêvent d'une société hygiéniste et sécuritaire, pour laquelle nous n'avons pas voté".

       Il est bien sûr légitime et même salutaire de dénoncer les outrances anxiogènes auxquelles cèdent trop souvent des professionnels de l'information – ainsi d'ailleurs que des non-professionnels opérant dans les réseaux sociaux. Mais leurs motivations et les effets qu'ils produisent, escomptés ou non, sont beaucoup plus complexes et plus diversifiés que Crutzen ne l'envisage. Les médias, publics comme privés, sont notamment en quête d'audience et leurs gestionnaires savent depuis Marshall McLuhan, et même avant, qu'il est plus rentable de s'adresser au cerveau droit des individus, celui des émotions, qu'à leur cerveau gauche, celui de la raison.

       Plus fondamentalement, si une méfiance assez généralisée entoure aujourd'hui la presse, la radio et la télévision – pour s'en tenir aux trois piliers encore provisoirement principaux –, ce n'est que partiellement en raison de leur allégeance supposée au pouvoir, ou à l'opposition, ou à tel ou tel parti ou obédience. Les influences économiques et politiques, armées des leviers de la publicité et des subventions, existent certes, et on a plus de chance de trouver le Graal à Walibi qu'un journal totalement indépendant dans nos press shops. Mais il existe, malgré tout, encore un peu de pluralité. Ainsi, on ne peut pas dire que les objections aux mesures de confinement ou à leur trop grande sévérité, venant entre autres des acteurs économiques et culturels, n'ont pas été répercutées. On ne peut pas prétendre que les situations de détresse engendrées par lesdites mesures n'ont pas trouvé écho. Dans un autre registre, on ne peut pas soutenir que les faits de corruption, de faux, d'abus de biens sociaux…  dont se sont rendus coupables des personnalités de toutes couleurs en Belgique n'ont pas reçu une couverture médiatique proportionnée à leur importance.      

       Ce qui est ici en cause n'est pas une question d'adhésion ou d'indocilité au "système", et pas davantage de dosage dans la parole donnée aux différentes structures idéologiques et convictionnelles. Ce fut trop souvent la limite des débats portant sur l'objectivité à la RTB(F), récurrents à partir des années '70 du siècle dernier. Il s'est trop souvent agi de calculs d'apothicaire quant aux temps d'antenne accordés aux représentants et aux positions des différents partis, le tout pondéré selon les heures de haute ou de basse écoute, sans oublier l'ordre de passage des avis contradictoires (à qui le dernier mot ?). Ces critères quantitatifs ne permettent pas d'appréhender des modi operandi beaucoup plus subtils. Car le militantisme implicite de maints ténors du micro ou du petit écran n'est pas celui des tribunes électorales. Il se soucie beaucoup moins de la composition des futures enceintes parlementaires que de promouvoir une vision des enjeux sociaux, sociétaux, culturels, éthiques, internationaux..., notamment par la hiérarchisation des sujets traités, les angles de vue, les montages, les rapprochements suggérés, jusqu'au choix même des mots et aux signes non verbaux.

       Le Pacte culturel de 1972 et la loi de 1973, censés garantir le pluralisme de la radio-télévsion de service public, ont en réalité encouragé le tronquage des vues en instituant un partage d'influences entre les partis, comme si ceux-ci incarnaient la totalité du champ idéel. En théorie – et très souvent en pratique –, les courants d'opinion les plus minoritaires, sans élus à l'assemblée de la Communauté française ou simplement actifs hors du terrain politique, peuvent être ignorés ou traités comme quantités négligeables. Le dispositif ainsi mis en place a politisé, ou pour mieux dire "particratisé", toutes les questions touchant à la vie sociale, intellectuelle, spirituelle...

       Au fait, l'approche ertébéenne et la méthodologie idoine ne sont-elles pas devenues aujourd'hui, peu ou prou, celles de tous médias mainstream ?  Ne voyons-nous pas, n'entendons-nous pas et ne lisons-nous pas, un peu partout, la partition d'une petite musique bien identifiable, toujours la même, nichée dans le choix des thèmes mis le plus souvent en avant, dans l'impasse faite sur d'autres sujets, dans les images et les procédés discursifs qui valorisent ou discréditent, dans cette manière de déguiser des partis pris en fausses évidences… ? Examinons d'abord le comment. Le pourquoi suivra.

    LES SILENCES ASSOURDISSANTS

       On me pardonnera d'avoir recours ici à cet oxymore en vogue, mais il est présentement pertinent. Dans les années '70, l'administrateur général de la RTBF Robert Wangermée soutenait que sa maison devait faire "de l'information dérangeante". Il se gardait bien de préciser qui il fallait "déranger", faisant mine d'ignorer qu'on est toujours le "dérangeant" de quelqu'un. Et effectivement, dès cette époque, la place Flagey et le boulevard Reyers émirent avec application matière à déranger… toujours les mêmes: les chefs d'entreprise, la droite, l'Eglise, la famille, l'armée, l'école traditionnelle, les moralistes non permissifs… En même temps, on a bien veillé à ne pas (trop) déranger… les dérangeurs. Ainsi se sont multipliées les questions qui n'avaient aucune chance d'être traitées sur les ondes et pas davantage sur papier.

       Pour illustrer mon propos, je devrai fatalement faire des choix. Sont-ils représentatifs ? Pour ceux qui en douteraient, j'en tiens des myriades d'autres à disposition. Les exemples ici épinglés n'ont, en outre, pas été suivis de démentis. Ils ne peuvent donc être tenus pour avoir enfreint la ligne éditoriale à laquelle leurs auteurs étaient censés se conformer. Pour un relevé exhaustif, en outre, il faudrait une thèse de doctorat… et un goût élevé du risque dans le chef de celui qui l'entreprendrait.  

       Le Soir publie, à la fin du précédent millénaire, une "fiche de l'actualité du siècle" consacrée au communisme. Dans un article qui s'étend sur quatre colonnes, on parvient à ne pas souffler mot des dizaines de millions de morts imputables au régime de terreur instauré par Lénine et amplifié par son successeur [2]. Pareille atrophie de la mémoire est certes devenue plutôt rare. Il en va tout autrement du silence total du même journal sur Les frères invisibles, titre de l'enquête pourtant fameuse menée par Ghislaine Ottenheimer, directrice de la rédaction de BFM, et Renaud Lecadre, journaliste au quotidien français de gauche Libération, sur les implications de la franc-maçonnerie dans une longue série de scandales politico-financiers ainsi que sur ses agissements pour neutraliser la justice [3]. La Libre Belgique sera tout aussi muette à ce sujet.

       Egalement éloquente, à cet égard, est la comparaison entre le retentissement mondial donné à Dan Brown quand il s'en est pris à la religion catholique dans son Da Vinci Code, popularisé au cinéma par Ron Howard, et le peu d'empressement mis à faire écho à la publication, par le même auteur, du Symbole perdu où il jetait son dévolu sur la maçonnerie. Faites le test autour de vous: tout le monde connaît le premier titre, personne ou presque n'a entendu parler du second.

       Le 13 février dernier, sur la RTBF Première, La semaine de l'Europe y va d'un reportage sur la situation des transgenres en Hongrie, où ils ne sont pas reconnus par le gouvernement "ultraconservateur". "Cela va même plus loin", poursuit le présentateur, puisqu'on a inscrit dans la Constitution de ce pays que la mère est une femme et le père est un homme. Le reste à l'avenant… Interpellez les responsables de la rédaction à propos de ce contenu: ils vous répondront avec raison que les faits évoqués sont exacts. Ce n'est pas là que le bât blesse, mais bien dans la quantité de séquences traitant des minorités sexuelles sous cet angle revendicatif alors que, toutes choses restant égales, l'homme marchera sur Pluton bien avant qu'on nous parle, par exemple, des enfants traumatisés ou en révolte contre des lois qui ont permis que leurs parents adoptifs homosexuels les privent délibérément d'un père ou d'une mère.

       Après avoir eu droit pendant quatre ans à notre dose quasi quotidienne d'antitrumpisme, on peut à bon droit s'étonner de ne pas entendre dénoncer vigoureusement la décision de Joe Biden de maintenir l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, mesure qualifiée d'incendiaire quand elle fut prise par son prédécesseur, ou l'encommissionnement de la fermeture du centre de détention de Guantánamo, un scandale sous Bush, oublié sous Obama.

       Le zèle déployé sous nos cieux n'a d'égal que celui, outre-Atlantique, des quotidiens de l'élite démocrate de la côte Est. Le rédacteur en chef de la rubrique "Fact Checker" du Washington Post, Glenn Kessler, me facilite la tâche: il a annoncé tout de go, le 16 janvier dernier, qu'il ne recenserait pas les supposés mensonges du président Biden, alors qu'il a tenu quatre années durant un registre de ceux de Donald Trump. "Je suppose que la présidence Biden ressemblera à celle d’Obama et qu’ils seront réactifs et aptes à confirmer rapidement leurs affirmations", a-t-il ajouté en guise de justification!

       Sur les lois éthiques, l'unicité de la pensée est sans faille. L'euthanasie sera toujours approchée à travers les témoignages de personnes âgées qui sont "parties sereinement". On n'entendra jamais celle à qui son entourage a fait comprendre qu'elle s'attarde un peu trop ici-bas. Et pas davantage les proches d'un patient euthanasié qui auraient les plus grands doutes sur son consentement.

       Quel journal a porté à la connaissance de ses lecteurs le film Unplanned de Cary Solomon et Chuck Konzelman, qui remet en question l'avortement ? Probablement aucun, en tout cas ni Le Soir ni La Libre. Par contre, on vous recommande chaudement, alors que la crise du coronavirus "nous oblige à repenser la société dans laquelle nous vivons", de visionner la série documentaire Ni Dieu ni maître, "fantastique histoire de l'anarchie réalisée en 2016 par Trancrède Ramonet" (fils d'Ignacio, ancien directeur du Monde diplomatique) [4].

       Un constat que tout le monde pourra faire aisément à l'avenir, comme ce fut encore le cas récemment à propos des modifications législatives envisagées ou en cours en Argentine, en Pologne ou chez nous: chaque fois qu'il est question d'avortement sur les antennes, le mot se voit immanquablement accoler le concept de "droit des femmes". Ils deviennent à la limite synonymes. La presse écrite n'est pas en reste. Les nuances d'opinion qui pouvaient encore distinguer les différents titres il y a une trentaine d'années ne sont même plus perceptibles au microscope. Ainsi tel éditorial de La Libre Belgique à l'occasion d'une Journée de la femme aurait-il pu paraître, sans aucune modification, dans Le Soir, Le Vif / l'Express, Het Laatste Nieuws ou De Morgen: on y déplore qu'"aujourd'hui se font entendre des voix inquiétantes qui veulent revenir sur des droits – comme l'avortement – conquis de haute lutte" [5].

       Rappelons, à toutes fins utiles, que la notion d'un "droit" à l'avortement est totalement absente de la loi belge de 1990, comme elle était formellement rejetée par Simone Veil, promotrice de la loi française de 1975. Mais le glissement de sens, devenu systématique, offre l'avantage de clore toute discussion. Celui ou celle à qui est refusé le droit dont tous les autres dépendent, à savoir celui de vivre, ne sera jamais évoqué, pas même allusivement. Il n'est pas d'autre enjeu que le "droit des femmes". Et qui peut s'y opposer, à part quelques vieux croûtons ?

       C'est notamment dans ce déséquilibre entre la surinformation d'un côté et la sous-information ou la non-information de l'autre que se manifeste la domination culturelle durablement établie, surtout dans les moyens de communication qui s'adressent à la classe politique, aux cadres, aux influenceurs, aux prominenten… Les changements de majorités gouvernementales sont ici sans effets, sinon à la marge. Et les constats sont identiques dans tous les secteurs de la création où un contenu est transmis… Seuls le livre et l'écrit en général, qui requièrent moins de ressources matérielles que la réalisation de films, de pièces de théâtre ou de chansons à succès, donnent encore un peu de visibilité aux pensées dissidentes.

    LA PROPAGANDE (IN)AVOUÉE

       L'imprégnation idéologique des médias a fait récemment l'objet d'une approche stimulante d'Ingrid Riocreux, docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises [6]. Leur discours, explique-t-elle, est porté par un idéalisme philosophique, en ce sens qu'il préexiste à l'observation du réel. Cette idéologie est "sans hésiter: le progressisme": "C'est à la fois une croyance et un parti pris. C'est ce qui en fait pleinement une idéologie, c'est-à-dire tout à la fois une "vision du monde" et une "visée du monde" se matérialisant dans une logocratie, un langage tout-puissant. Plus exactement, on peut le définir comme un parti pris reposant sur une croyance. Le journaliste est persuadé qu'il existe un sens de l'histoire et veut travailler à son avènement…"

       Le pouvoir de mots tels que "homophobe", "vivre ensemble", "misogyne", "populiste", "inclusif", "patriarcal", "parité", "gender", "islamophobe"… est de fondre chacun dans un prépensé et de mettre au ban ceux qui s'obstinent à camper sur des positions opposées. Un des plus évocateurs est le mot "dérapage": "Il exprime à lui seul la position inquisitoriale des journalistes, avec cette espèce de bienveillance qui vous laisse la possibilité de "rétropédaler", de redire votre pleine adhésion au dogme et de faire dûment pénitence" [7]. A une dépêche d'agence relatant les déclarations d'un ancien commissaire européen qui avait, au lendemain des attentats du 11 septembre, critiqué le complexe occidental d'autodénigrement face à un islamisme arrogant, La Libre Belgique donna pour titre: "Frits Bolkestein dérape" [8].

       Appliqué à un cas précis, à savoir la couverture de la deuxième guerre d'Irak par Le Monde, Libération, Le Figaro, Ouest-France et La Croix, l'essai du journaliste français Alain Hertoghe [9] corrobore le diagnostic d'Ingrid Riocreux. Dans tous ces organes s'observe le même prisme déformant de la bien-pensance européenne: progressisme bon teint, tiers-mondisme, antiaméricanisme virulent, nostalgie gaullienne, arabophilie feutrée… L'auteur, alors chef adjoint du service Monde de La Croix, avait été plus indulgent pour son journal que pour les autres, mais cela ne le sauva pas: il en fut mis à la porte, fin 2003, sans autre forme de procès et sans que son cas paraisse intéresser grand monde.  

       Dans tous les domaines où l'enjeu est de reculer, au nom de l'épanouissement personnel, les frontières de l'émancipation et de la rupture avec les normes longtemps reçues comme naturelles, la RTBF, la VRT mais aussi les chaînes privées, en principe incolores, se sont avérées de facto clairement et unilatéralement engagées. En presse écrite, Le Soir, autodéfini comme "indépendant mais non neutre", a adopté la posture d'une véritable feuille de combat. Au lendemain du vote de la dépénalisation de l'avortement à la Chambre, il titrait en page une: "La majorité politique rejoint enfin la société" [10] (il s'agissait d'un article d'information et non d'un  éditorial). Les principales agences de presse ne rendent pas un son différent. Dans une large mesure, le choix des informations et des opinions répercutées ainsi que la manière de les traiter traduisent, sans s'encombrer de trop de précautions, les options et les préférences du libéralisme éthique, de l'anthropologie adaptative et de la political correctness. Quand l'Agence France-presse présente Mel Gibson comme un "catholique intégriste" à la suite des critiques suscitées par La passion du Christ dans certains milieux juifs, le fait que ceux-ci soient eux-mêmes souvent fondamentalistes n'est pas omis fortuitement [11].

    LES MOTS QUI FLINGUENT

       En théorie, il n'est plus vraiment besoin de rappeler George Orwell et la novlangue à la rescousse pour mettre en lumière les processus par lesquels le langage modèle la pensée. Ces mécanismes sont aujourd'hui abondamment documentés. Est-ce à dire que plus personne n'est dupe quand, pour étouffer un concept, on le fait massivement qualifier de "dépassé", "obsolète", "désuet", "out", "démodé", "archaïque", "retardataire", "ringard" ("oldthink" en novlangue)…, sans autre forme d'argumentation ?  Les médias contribuent en première ligne à la large diffusion de ces énoncés intimidants pour les intelligences qui ne sont pas armées de puissants contre-feux. Il en résulte cette mise en condition des esprits auxquels, du haut de la tribune, dans la presse ou sur les petits écrans, on peut asséner comme autant d'évidences lapalissiennes que "Monsieur X est quelqu'un de très estimable, bien qu'il soit conservateur", que "Mgr Y est un évêque heureusement plus ouvert que son prédécesseur", que "les mœurs évoluent plus vite que les lois", que "l'élection du président Z, appartenant à la droite musclée, est une source d'inquiétude"... Ces assertions et bien d'autres du même acabit fonctionnent, sans plus de précisions ou d'explications, parce que ceux qui les émettent comme ceux qui les reçoivent en ont intériorisé les postulats.

       Un mot, deux mots doivent suffire pour suggérer que ceux dont on parle sont rétrogrades ou à défaut primaires, brutaux, voire pathologiques. Au cours du second procès en destitution de Donald Trump, qui s'est achevé par son acquittement, ses avocats ont soumis à l'appréciation des sénateurs les discours filmés de certains opposants à l'ex-président, démontrant que celui-ci n'avait nullement le monopole de la rhétorique enflammée. A la RTBF radio, comment le rédacteur en charge du bref compte-rendu de cette séance a-t-il terminé son billet ? En affirmant que les arguments de la défense avaient été "très basiques" (sans transition entre l'information et le commentaire) [12]. L'annonce à la même RTBF, TV cette fois, d'un portrait de Ronald Reagan, à l'occasion du 40è anniversaire de son accession à la présidence des Etats-Unis [13], a souligné notamment son "obsession anticommuniste". C'est certainement comme cela que l'agence Tass et la Pravda le présentèrent à l'époque... A la RTBF La Première, le 11 juin 2019, dans l'émission Entrez sans frapper, le présentateur évoqua comme suit la figure de John Wayne: "Anticommuniste, républicain, mais c'était un grand acteur". Il y a peu de chance qu'on dise jamais de Charlie Chaplin: "Antifasciste, de gauche, mais c'était un grand acteur"…

  • L'une des plus anciennes processions de notre pays disparaît

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    Résultat de recherche d'images pour "processie leffinge"

    Lu sur Het Laatste Nieuws du 22 janvier, p. 7:

    L'une des plus anciennes processions de notre pays disparaît

    Une des plus anciennes processions disparaît en raison du trop grand âge des organisateurs. Depuis le Moyen Âge, une procession avec une grande statue de Marie traverse Leffinge, après qu'une fillette aveugle du village ait pu miraculeusement retrouver la vue. Mais, parce que la les organisateurs sont devenus trop vieux, il n'y aura pas de nouvelle édition de l'Onze-Lieve-Vrouweprocessie (Procession de Notre-Dame). L'ancienneté du groupe de gestion est la raison principale. "La plupart des membres ont entre 70 et 80 ans", explique Ingrid Lava, présidente de «Nous avons deux jeunes membres du conseil, mais ils travaillent à plein temps. J'ai moi-même 67 ans. L'année dernière, je suis allé de porte à porte pour recruter des gens.» Il y a encore une autre raison pour laquelle ils laisseront Marie à l'église "Chaque année, nous comptons sur environ 140 figurants - pour la plupart des enfants - mais nous ne les trouvons plus. (...) Trois processions ont déjà été supprimées au cours des trois dernières années. En 2008, il y avait encore 148 célébrations en Flandre où une statue de Marie trouvait place.

  • Benoît XVI, première victime du désastre médiatique provoqué par son majordome

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    Sandro Magister titre : Après la condamnation. Le majordome et ses confidents

    Son directeur spirituel. Le cardinal Sardi. L'ex gouvernante Ingrid Stampa. Tous soutiennent le pape, en paroles. Mais Benoît XVI est la première victime du désastre. Trois ans de réclusion, ramenés à un an et demi en raison des circonstances atténuantes. C’est la peine à laquelle le tribunal de l’État de la Cité du Vatican a condamné Paolo Gabriele, l'ex majordome du pape :

    > Sentenza del Tribunale...

    Mais la condamnation de Gabriele pour vol de documents dans l'appartement du pape ne remédie pas du tout à la crise que traverse le gouvernement central de l’Église catholique.

    Au contraire, son procès a mis encore plus en évidence à quel point l’espace d’action du pape est vulnérable, alors même qu’il devrait être protégé au maximum.

    Le procès a confirmé que l'ex majordome avait pu voler plus d’un millier de documents importants, y compris parmi les plus confidentiels, année après année, avec la plus grande facilité. Non pas de nuit et en cachette, mais aux horaires de bureau, dans la pièce même où il travaillait avec les deux secrétaires particuliers de Benoît XVI, Georg Gänswein et Alfred Xuereb, sur les bureaux desquels passent tous les documents qui sont adressés au pape ou qui proviennent de lui.

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  • Aujourd'hui sur Euthanasie Stop (20/11/2013)

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    AUJOURD'HUI SUR EUTHANASIE STOP - 20/11/2013

    Le suicide est un drame. L'euthanasie ne le serait-elle pas?

    Publié par Edmond POULLET (Officier général en retraite)

    Il se fait que nous aussi, mon épouse et moi, nous avons connu Lucie Dorchain, que nous l'avons vu vivre,et lui avons témoigné notre affection. Nous pouvons témoigner qu'à chaque geste, à chaque parole, elle réagissait,elle comprenait. Elle était donc une personne pleinement humaine, malgré ses déficiences. Nous avons aussi connu Marc, un jeune Suisse, même maladie que Lucie, mais plus grave encore. Il est mort à 21 ans. Nous le rencontrions au moins une fois l'an à Lourdes. Sa mère lui expliqua...

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    Papa, tu m'as fait découvrir les vraies valeurs de la vie...

    Publié par Carine T., Bruxelles (Animatrice dans un service de soutien aux malades)

    Elargir la loi pour l'euthanasie des personnes mineures et démentes est à l'encontre de ma façon de penser et du sens vrai des normes humaines. Je peux témoigner de l'expérience de la schizophrénie de mon père. A écouter les arguments des personnes politiques, des « grands de notre société », mon père aurait été dans la liste de ceux qui avaient droit à l'euthanasie. Il n'avait aucune rentabilité économique. Il ne pouvait être expert politique, économique. Il n'était pas un «grand » à qui on de...

    Lire « Papa, tu m'as fait découvrir les vraies valeurs de la vie...»

    Découvrez nos autres articles en Néerlandais :

    Ik kost toch te veel ?

    Publié par Ingrid LANGHOR (Gepens. directie-secretaresse, Antwerpen)

    We weten allemaal uit welke hoek de wetsuitbreiding komt (en de eerste wet...); niet verwonderlijk dus. Het persoonlijke geweten wordt meer en meer vervangen om niet te zeggen verdrongen door allerlei wetten (in de zin van "mag/kan" het volgens de wet, dan is het OK...). Het is onze "beschaving" onwaardig overal te horen en te lezen over de vergrijzing en de kosten die ermee gepaard gaan, en de "nutteloosheid" van al die oudjes: de druk op weerloze ouderen wordt hierdoor constant opgevoerd, zod...

    Lire « Ik kost toch te veel ? »

    Open de deur NIET! 

    Publié par Luc PEETERS (Gepensioneerd, Tienen)

    Stop deze waanzin.Waar eindigt dit? Wie is de volgende? Als men een deur opent op een kier krijgt men ze nooit meer dicht.

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  • Le Vatican poursuit une politique de soumission au gouvernement communiste chinois

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    De LifeSiteNews :

    Cardinal Zen : Le Vatican poursuit une politique de soumission au gouvernement communiste chinois

    Nous sommes à la merci de cette nouvelle commission", a déclaré Zen. Nous n'avons pas de liberté religieuse parce que nous n'avons pas de liberté".

    13 août 2020

    Le cardinal Zen, l'évêque émérite de Hong Kong, a déclaré dans une interview que la "loi dite de sécurité nationale" récemment promulguée par le gouvernement de la Chine continentale permet au Parti communiste chinois de punir plus facilement les manifestants de la ville et réduit l'autonomie de la ville-État autrefois indépendante.

    La nouvelle loi, qui a été gardée secrète avant d'être adoptée le 30 juin par l'assemblée législative de la Chine continentale - une mesure qui a contourné et annulé la loi établie de Hong Kong - criminalise tout acte considéré comme une subversion, un acte de terrorisme ou une collusion avec des forces étrangères ou extérieures.

    La nouvelle loi donne au Parti communiste chinois (PCC) de nouveaux pouvoirs pour étouffer la résistance à la mainmise toujours plus forte de la Chine continentale sur ce centre économique compact et prospère. "Elle prive effectivement les habitants de Hong Kong de la liberté d'expression et de protestation", a observé Raymond Arroyo lors d'un entretien avec le cardinal Zen. "Nous sommes à la merci de cette nouvelle commission", a déclaré Zen. "Nous n'avons pas de liberté religieuse parce que nous n'avons pas de liberté." "J'ai parcouru l'ensemble du texte de loi", a déclaré Zen, qui a résumé l'impact de la nouvelle loi sur les catholiques de Hong Kong. Il est facile de vous dire en une seule phrase : "Maintenant, ils peuvent tout faire", a-t-il déclaré, en faisant référence au PCC.

    Zen a suggéré que le Vatican accorde trop de crédit au gouvernement chinois - dirigé par le PCC. "Le Vatican poursuit constamment une politique de soumission au gouvernement chinois." "J'espère que le monde entier peut maintenant être réveillé", a déclaré le prélat. "Nous pouvons maintenant voir le vrai visage du Parti communiste chinois et c'est maintenant une guerre spirituelle entre le mensonge et la vérité, entre le désir égoïste de pouvoir de domination et le souci des autres". "C'est une guerre entre le bien et le mal, j'espère donc que le monde entier devrait se lever", a ajouté le cardinal à la retraite.

    Zen a déclaré à l'ANC qu'il n'avait "aucune confiance" dans le fait que la nouvelle loi sur la sécurité nationale respecterait la liberté religieuse des catholiques et que si beaucoup trouveraient "décevant" le soutien officiel des diocèses pour la mise en œuvre de la loi, "d'un autre côté, il y aura beaucoup de problèmes si nous ne soutenons pas le gouvernement. Nous ne savons jamais ce qu'ils feront à notre Église".

    Les écoles diocésaines de Hong Kong sont mises en demeure d'endoctriner les étudiants catholiques concernant la nouvelle loi sur la sécurité nationale

    Des lettres ont été adressées aux près de 200 écoles catholiques de Hong Kong avant la nouvelle année scolaire, pour promouvoir la nouvelle loi de sécurité nationale et à étouffer les troubles politiques parmi les enseignants et les élèves, souligne Zen avec préoccupation.

    Le délégué épiscopal à l'éducation, Peter Lau Chiu-yin, a envoyé une lettre demandant instamment aux écoles diocésaines de Hong Kong "d'aider les élèves à comprendre la loi sur la sécurité nationale, à respecter le drapeau national et l'hymne national, ainsi qu'à promouvoir les valeurs correctes de leur identité nationale", selon un rapport d'Asia News. Lau a déclaré que chaque école "devrait avoir un "mécanisme" pour contrôler "le matériel pédagogique, les devoirs, les examens et les livres" utilisés en classe.

    Une deuxième lettre, d'Ingrid Yeung, secrétaire permanente à l'éducation de Hong Kong, a déclaré que les écoles doivent respecter les "valeurs nationales" et mettre fin aux activités politiques des élèves. Les enseignants accusés d'"émeute" ou d'"incendie criminel" devraient être suspendus immédiatement, selon le même rapport d'Asia News.

    Il n'est pas étonnant que le PCC utilise la nouvelle loi sur la sécurité nationale pour faire pression sur les écoles de Hong Kong. C'est ce qu'explique Asia News : "Parmi les plus de 9 000 personnes arrêtées (en juin 2020) depuis le début du mouvement de protestation, environ 3 725 sont des étudiants, dont 45 % sont des lycéens".

  • Le ministre de l'Economie du Vatican inculpé en Australie pour pédophilie

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    Lu dans le « Figaro » :

    « Le cardinal George Pell, argentier du Vatican, fait l'objet d'une enquête de la police sur des accusations de pédophilie, qu'il dément catégoriquement. Âgé de 76 ans, il est le plus éminent ecclésiastique mis en cause dans une telle affaire. Il a été inculpé jeudi d'abus sexuels et est convoqué le 18 juillet devant un tribunal australien.

    Le cardinal australien George Pell a été inculpé jeudi en Australie pour de multiples sévices sexuels. Contrairement à ce que les premiers éléments communiqués ont laissé croire, cette inculpation ne concerne pas explicitement des sévices commis sur des enfants. Plus haut représentant de l'Église catholique en Australie, le prélat de 76 ans est aussi le numéro trois du Saint-Siège, dont il est le ministre de l'Économie depuis 2014. Il est visé depuis 2016 par une enquête liée à ces accusations, qu'il dément catégoriquement depuis. Il avait été interrogé à Rome par la police australienne en octobre.

    «La police de l'État de Victoria a inculpé George Pell pour des délits d'agressions sexuelles anciennes», a déclaré à la presse le commissaire adjoint de la police, ajoutant qu'«il y a de nombreux plaignants liés à ces accusations». L'officier n'a donné aucune précision sur les faits précis pour lesquels le cardinal est inculpé. Il n'a pas non plus répondu aux questions des journalistes, soulignant la nécessité de préserver l'intégrité de la procédure judiciaire.

    «J'ai hâte d'avoir enfin l'occasion d'aller devant un tribunal»

    George Pell est convoqué le 18 juillet devant le tribunal de première instance de Melbourne pour y être entendu. «Je suis innocent, ces accusations sont fausses», a par la suite déclaré George Pell devant la presse, avant d'annoncer son intention de rentrer dans son pays. «J'ai hâte d'avoir enfin l'occasion d'aller devant un tribunal», a-t-il affirmé. «L'idée même d'abus sexuel m'est odieuse», a-t-il déclaré, en dénonçant une entreprise «sans relâche de démolition» de son image durant l'enquête. «J'ai toujours été complétement cohérent et clair dans mon rejet total de ces allégations.» «La procédure de justice m'offre désormais l'occasion de blanchir mon nom et de revenir ici à Rome pour travailler», a-t-il conclu.

    Le cardinal George Pell lors de sa prise de parole devant la presse, jeudi à Rome.

    Le Vatican a indiqué avoir accepté «le congé» réclamé par le cardinal australien George Pell, sans exiger sa démission. Dans un communiqué soulignant «l'honnêteté» et «le dévouement énergique» du cardinal, le Vatican précise que le pape François a été informé de la demande exprimée par le cardinal australien et qu'en l'absence de ce dernier, le Secrétariat à l'Économie du Saint-Siège continuera à fonctionner normalement.

    Des faits qui remontent aux années 1970 et 1980

    Les accusations ont été révélées durant l'été 2016, après la diffusion partielle d'un rapport de police par ABC. «C'est une affaire sur laquelle nous avons enquêté et sur laquelle nous enquêtons toujours», avait alors confirmé le commissaire principal de la police de l'État de Victoria. La chaîne australienne indiquait avoir obtenu huit procès-verbaux d'auditions de plaignants, de témoins et de proches, relatifs aux allégations portées contre le cardinal. L'enquête policière portait, entre autres, sur des accusations émanant de deux hommes, aujourd'hui âgés d'une quarantaine d'années, qui affirment avoir été victimes d'attouchements de la part du cardinal à l'été 1978-79. Un autre témoignage évoquait une scène lors de laquelle George Pell se serait montré nu devant trois garçons de huit à 10 ans, dans un vestiaire d'un club de surf de Torquay, pendant l'été 1986-1987.

    Quelques mois avant ces révélations, George Pell avait longuement témoigné par visioconférence depuis Rome devant une commission d'enquête royale australienne. Celle-ci s'intéressait à la façon dont l'Église australienne avait réagi aux accusations de pédophilie visant des prêtres, datant pour la plupart des années 1970. Entendu trois fois dans ce cadre, le cardinal avait démenti en avoir eu connaissance tout en reconnaissant que l'Eglise catholique avait «failli» et avait connu une période «de crimes et de dissimulations».

    Deux des plaignants «ravis»

    Ordonné prêtre en 1966 à Rome, avant de revenir en Australie en 1971 où il avait gravi les échelons de la hiérarchie catholique, George Pell a été nommé archevêque de Melbourne en 1996, puis de Sydney en 2001. Il avait été accusé en 2002 d'abus sexuels pour des faits présumés très anciens mais avait été innocenté par la suite. Il avait été choisi en 2014 par le pape François pour mettre davantage de transparence dans les finances du Vatican.

    » Lire aussi - Le pape François crée un «ministère des Finances» au Vatican

    L'avocat de deux hommes qui ont porté plainte contre Mgr Pell a affirmé que ses deux clients, qui souhaitent conserver l'anonymat, étaient «ravis». «Cela a été très dur pour eux d'oser sortir du rang», a déclaré Ingrid Irwin au Melbourne Herald Sun. «Accuser quelqu'un qui, pour certains, n'est autre que l'adjoint de Dieu leur a créé beaucoup de problèmes.»

    L'annonce de cette inculpation coïncide avec la fin de la commission d'enquête devant laquelle le cardinal avait témoigné, qui avait commencé ses travaux en 2013. Les témoignages de milliers de victimes ont été recueillis dans ce cadre. L'avocate présidant ces travaux, Gail Furness, avait annoncé en février que 4444 faits de pédophilie avaient été signalés aux autorités de l'Église australienne et qu'entre 1950 et 2010, et que «7% des prêtres étaient des auteurs présumés» d'abus sexuels sur des enfants.

    Ref. Le ministre de l'Economie du Vatican inculpé en Australie pour pédophilie

    JPSC

  • Vaccination : des menaces sur la vie privée ?

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    De Grégoire Ryckmans sur le site de la RTBF :

    "Passeport sanitaire" ou registres des personnes refusant la vaccination : l’épineuse question du respect de la vie privée

    29 décembre 2020

    Le traitement des données liées à la vaccination est l’un des enjeux clés alors que des campagnes de vaccination contre le Covid-19 démarrent aux quatre coins du monde et notamment en Belgique. Le débat sur l’opportunité de créer un "passeport sanitaire" ou un "passeport vaccinal" commence à se faire de plus en plus présent. Un recensement les personnes ayant reçu le vaccin est également un élément important pour assurer un suivi sanitaire optimal. Mais la récolte et l’utilisation de ces données posent aussi des questions en termes de droits à la vie privée et posent des risques d’une potentielle discrimination sur des critères de santé.

    En Espagne, le ministre de la Santé a annoncé ce lundi que le pays tiendrait un registre des personnes qui ont refusé de se faire vacciner. "Ce qu’on va faire, c’est un registre qui, de plus, sera partagé avec d’autres pays européens", a-t-il poursuivi, précisant qu’il se référait "aux personnes auxquelles on l’aura proposé (de se faire vacciner, NDLR) et qui, tout simplement, l’auront refusé". Pour rappel, la vaccination contre le coronavirus n’est pas obligatoire en Espagne et chaque citoyen a le droit de refuser de se faire administrer le vaccin.

    Des données pour avoir une vision claire de la situation

    Mais ce n’est pas tout, le registre devrait également référencer les doses administrées aux personnes vaccinées, notamment parce que six des vaccins approuvés par l’Union européenne nécessitent plusieurs doses. Il n’a cependant pas précisé si une sorte de carte de vaccination sera introduite. Connaître précisément le taux de vaccination au sein d’une population et la situation en temps réel est capital pour optimiser l’approvisionnement en produits mais aussi pour prendre des mesures adéquates. Ces données seront partagées avec leurs homologues européens.

    Question sensible cependant, le ministre Salvador Illa a tenté de rassurer les citoyens espagnols concernant le respect de leur vie privée : "Il ne s’agit pas d’un document qui sera rendu public", a-t-il déclaré, ajoutant que le registre serait élaboré "avec le plus grand respect pour la protection des données".


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    L’utilisation de ces données est donc à la fois importante pour aider les autorités dans la gestion de la pandémie actuelle mais elle pourrait aussi avoir un impact direct sur la façon dont chaque citoyen pourra vivre dans les mois qui viennent. Des autorités gouvernementales pourraient exiger aux voyageurs souhaitant entrer sur leur territoire une preuve de vaccination. Pouvoir faire savoir de façon officielle que l’on est vacciné pourrait permettre à ceux qui se sont fait administrer le vaccin de voyager plus facilement ou de participer à certains évènements comme un festival.

    Vers un "passeport sanitaire" pour voyager ou assister aux concerts ?

    L’idée de la création d’un "passeport immunitaire" ou d’un "passeport vaccinal" propre au coronavirus n’est pas neuve. Si le "passeport immunitaire" proposé dès le mois d’avril n’a pas convaincu, le "passeport vaccinal" fait son chemin.

    D’ailleurs, depuis novembre, l’Association internationale du transport aérien développe un "passeport sanitaire numérique" nommé IATA Travel pass. Ce dernier pourra stocker les informations relatives aux tests et vaccins des passagers et devrait être disponible pour le premier semestre 2021 selon Les Échos. Selon David Powell, conseiller médical de l’Association internationale du transport aérien (IATA), "pouvoir disposer d’informations vérifiables sur l’état de santé des passagers" sera "essentiel".


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    En Australie, le secrétaire australien à la Santé Greg Hunt a laissé entendre que son pays envisage de prendre en compte l’état de vaccination ou non des voyageurs pour leur permettre d’entrer sur son territoire, précisant qu’à l’heure actuelle aucune décision définitive n’avait été prise. "Nous nous attendons à ce que les gens qui viennent en Australie alors que le Covid-19 reste une maladie grave dans le monde soient ou bien vaccinés, ou alors placés à l’isolement", a-t-il affirmé.

    En Suisse, la question de l’obligation d’être vacciné pour assister à des concerts ou des évènements sportifs est clairement sur la table. Mais qu’en est-il des risques d’un traitement inégalitaire ? La vaccination peut-elle être une condition imposée pour accéder aux grands évènements ? "En principe il n’est pas illégal de traiter différemment les personnes vaccinées et non vaccinées", estime la juriste Ingrid Ryser qui s’exprimait au nom des ministères de la Santé et de la Justice suisse.

    Ingrid Ryser a également déclaré qu’il était trop tôt pour dire dans quel contexte un traitement inégalitaire des personnes vaccinées et non vaccinées pourrait être autorisé.

    Un passeport pour aller au pub ou au restaurant en Grande-Bretagne ?

    En Grande-Bretagne, Nadhim Zahawi, le nouveau ministre de la santé nommé pour superviser le déploiement du vaccin, était interrogé fin novembre sur la question de savoir si les personnes qui se verront administrer le vaccin contre le Covid-19 recevront une sorte de "passeport d’immunité" pour montrer qu’elles ont été vaccinées.

    Nadhim Zahawi déclarait alors à la BBC : "Nous examinons la technologie […] et, bien sûr, un moyen pour les gens de pouvoir informer leur médecin traitant qu’ils ont été vaccinés. Mais, aussi, je pense que vous constaterez probablement que les restaurants, les bars, les cinémas et autres lieux, les salles de sport, utiliseront aussi ce système – comme ils l’ont fait avec l’application (test and trace). Je pense qu’à bien des égards, la pression viendra des deux côtés, des prestataires de services qui diront : 'Regardez, montrez-nous que vous avez été vaccinés'. Mais, aussi, nous allons rendre la technologie aussi facile et accessible que possible".

    Des propos contredits dans la foulée par le ministre d’État au Bureau du Cabinet, Michael Gove. Ce dernier a affirmé début décembre, toujours à la BBC, qu’il n’était pas prévu d’introduire un "passeport vaccinal" pour permettre aux gens d’accéder à des lieux tels que les pubs et les restaurants. Le ministre du "Cabinet Office" a été clair à ce sujet : "Ce n’est pas le plan".

    Projet de loi controversé en France

    En France, un projet de loi présenté le 21 décembre en Conseil des ministres envisage de donner au Premier ministre la possibilité de conditionner certains déplacements en période de crise sanitaire à l’administration d’un vaccin. Pour certains politiques, un document tel que ce "passeport sanitaire" permettrait de lever des restrictions aux voyages et sorties pour les citoyens vaccinés.


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    Comme l’expliquent nos confrères de France Info, ce texte qui rappelle l’idée du "passeport sanitaire numérique" de IATA provoque une levée de boucliers, notamment dans les rangs d’une partie de l’opposition. Il reviendrait, selon ses détracteurs, à rendre la vaccination obligatoire, et contreviendrait au respect des libertés et des données personnelles.

    Carnet de vaccination dématérialisé

    Mais cette idée du "passeport sanitaire numérique" a pourtant des chances d’être généralisée selon Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du voyage (EDV) en France. "Cela n’est pas nouveau, rappelle-t-il au Figaro. On a connu ça avec le carnet de vaccination internationale", mis en place notamment pour le vaccin contre la fièvre jaune, obligatoire dans certains pays. "On pourrait imaginer un passeport sanitaire dématérialisé centralisant l’historique des tests PCR des voyageurs, ainsi que leur certificat de vaccination".

    Effectivement, certains pays exigent la présentation d’un certificat international de vaccination contre certaines maladies, pour accéder à leur territoire. C’est notamment le cas de la République Démocratique du Congo (RDC).

    Dès lors, imposer une vaccination contre le Covid-19 pour permettre l’entrée à des ressortissants étrangers sur son territoire ne constituerait pas un précédent.

    Et en Belgique ?

    Dans notre plat pays, les députés ont voté la loi du 14 décembre qui porte essentiellement sur les tests antigéniques mais qui comprend également des éléments constitutifs à l’enregistrement des données relatives à la vaccination dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus.

    Le texte est contesté par différentes parties comme l’expliquent nos confrères de L’Echo, car il laisserait trop de pouvoir au gouvernement puisqu’il ne fait que renvoyer au Roi pour toutes les modalités de son application. La loi a entretemps été "assortie" d’un arrêté royal qui demande que les données d’identité de la personne vaccinée soient enregistrées, ainsi que celles de la personne ayant administré le vaccin, tout comme le lieu, les informations relatives au vaccin et les potentiels effets indésirables.


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    Un cadre législatif largement contesté par l’Autorité de protection des données (APD) dans un avis publié le 18 décembre. Notamment parce que le texte manquerait de clarté concernant les objectifs poursuivis et question de l’anonymisation des données ou la durée de conservation de celles-ci jugée "extrêmement longue".

    Il est également précisé dans l’arrêté royal que ces données peuvent être transmises à des "instances ayant une mission d’intérêt général". Une mention jugée beaucoup trop floue et laissant la porte ouverte à une utilisation "large et illimitée" de ces données, selon l’APD. Avec, un "risque de discrimination pour l’accès à certains services gouvernementaux en fonction du statut vaccinal" alors que celui-ci n’est pourtant pas obligatoire.

    Différents projets et des questions en suspens

    La question des données liées à la vaccination est donc mondiale. Plusieurs projets de passeports sanitaires dématérialisés sont d’ailleurs actuellement à l’étude aux quatre coins de la planète. Ils permettraient de centraliser les informations sur la santé de chaque voyageur sur leur smartphone. Pour ne pas avoir à communiquer ces informations directement aux compagnies aériennes, les passagers ne leur montreraient qu’un QR code unique certifiant qu’ils sont en règle : test PCR récent ou vaccin.

    L’IATA développe donc sa propre application de passeport sanitaire, son "Travel pass", mais d’autres projets sont également en cours de développement, comme l’application CommonPass de l’ONG Common Projects. Ce projet, soutenu par le Forum Économique Mondial ainsi que des alliances mondiales de compagnies aériennes qui représentent 60% du marché (Oneworld, Star Alliance et SkyTeam), devait démarrer en décembre et être utilisé notamment par les compagnies United Airlines ou Lufthansa mais l’app n’est pas encore accessible sur les "stores" Appel et Android.

    Le géant de l’informatique IBM travaille également sur une application appelée "Digital Health Pass" basée sur la "Blockchain". La solution est conçue pour permettre aux organisations de vérifier les données médicales des employés, des clients et des visiteurs qui entrent sur leur site en fonction de critères spécifiés par l’organisation. L’idée est de pouvoir aux organisations un moyen "intelligent" de ramener des personnes dans un lieu physique, comme un lieu de travail, une école, un stade ou un vol aérien. Il s’agit aussi pour IBM d’assurer la sécurité des données privées des utilisateurs afin qu’ils puissent contrôler leurs données médicales et avec qui ils les partagent.

    Un "passeport" obligatoire pour le "retour à une vie normale"

    Ces applications suscitent des questions quant à l’utilisation et la conservation des données personnelles. Le problème est notamment évident dans certains pays comme la Chine, qui a développé sa propre application centralisant les données sanitaires des voyageurs. "Une focalisation initiale sur la santé pourrait facilement devenir un cheval de Troie pour augmenter la surveillance et l’exclusion politique", a averti le 23 novembre dans un tweet le président de l’ONG Human Rights Watch, Kennen Roth.

    En Russie, c’est officiel. Le gouvernement prévoit d’émettre dès janvier des passeports spéciaux pour les citoyens ayant été vaccinés contre le coronavirus. De tels passeports pourront être utilisés notamment pour prouver à un employeur ou aux services officiels étrangers que l’on est immunisé contre le Covid-19.

    En filigrane, la question se pose. Le vaccin contre le coronavirus qui n’est pas rendu obligatoire, le deviendra-t-il tacitement si l’échange des données autour de la vaccination se généralise et que la vaccination devient le nouveau "passeport" de "retour à une vie normale". Ce passeport ou cette "app" qui permettrait à nouveau de voyager, assister à des festivals ou même de se rendre au restaurant en certifiant que vous êtes bien vacciné. Et qui laisserait ceux qui n’y ont pas accès ou qui l’ont refusé sur le côté ?