Le cardinal a contesté d'emblée l'affirmation selon laquelle le processus synodal aurait permis une écoute et un discernement authentiques. « Le Pape a-t-il été capable d'écouter tout le Peuple de Dieu ? » a-t-il demandé. « Les laïcs présents représentent-ils le Peuple de Dieu ? » Abordant ensuite le rôle des évêques, il a poursuivi : « Les évêques élus par l'épiscopat ont-ils été capables d'accomplir un travail de discernement, qui doit nécessairement consister en débat et en jugement ? »
Le cardinal Zen s'est également opposé à ce qu'il a qualifié de contournement de l'autorité épiscopale. Faisant référence à l'affirmation du pape François selon laquelle il écoute directement le peuple de Dieu, il s'est demandé si cela constituait véritablement « le cadre d'interprétation approprié pour comprendre le ministère hiérarchique ». Ses remarques faisaient écho à des préoccupations de longue date selon lesquelles la synodalité, telle que pratiquée ces dernières années, risque d'affaiblir le rôle doctrinal et gouvernemental des évêques, successeurs des apôtres.
Une part importante de l'intervention portait sur le statut ambigu du document final du synode. Le cardinal Zen a souligné que le pape François avait décrit le texte comme un magistère qui « engage les Églises à faire des choix conformes à ce qui y est énoncé », tout en insistant sur le fait qu'il n'était « pas strictement normatif » et ouvert à différentes interprétations. Citant la note papale, le cardinal a mis en lumière des passages affirmant que « l'unité d'enseignement et de pratique est certes nécessaire dans l'Église, mais cela n'exclut pas diverses manières d'interpréter certains aspects de cet enseignement », et que différentes régions peuvent rechercher des solutions adaptées à leurs propres cultures et traditions.
En réponse, le cardinal Zen a posé une série de questions pertinentes. « L’Esprit Saint garantit-il l’absence d’interprétations contradictoires, a-t-il demandé, surtout compte tenu des nombreuses expressions ambiguës et tendancieuses du document ? » Il a averti qu’un processus d’expérimentation et de mise à l’épreuve locale pourrait mener à la fragmentation en l’absence d’un jugement épiscopal clair. Il s’est également interrogé sur la compétence du Secrétariat du Synode ou de la Curie romaine pour trancher de tels développements, demandant s’ils seraient « plus compétents que les évêques pour juger des différents contextes de leurs Églises respectives ».
Élargissant son argumentation, le cardinal a mis en garde contre les parallèles avec les divisions qui existent au sein d'autres communautés chrétiennes. « Si les évêques se croient plus compétents », a-t-il déclaré, « les divergences d'interprétation et de choix ne risquent-elles pas de conduire notre Église à la même division que celle qui règne au sein de la Communion anglicane ? » Il est revenu plus tard sur ce thème lors d'une intervention sur l'œcuménisme, évoquant ce qu'il a qualifié de « rupture dramatique de la communion anglicane » et se demandant si Rome devrait se tourner vers l'archevêque de Canterbury, qui, selon lui, ne représente plus qu'une petite minorité d'anglicans, ou vers la Conférence mondiale pour l'avenir de l'anglicanisme, qui, a-t-il souligné, conserve une part beaucoup plus importante.
Les relations avec les Églises orthodoxes furent également évoquées. Le cardinal Zen affirma que les évêques orthodoxes n'accepteraient jamais ce qu'il qualifia de « synodalité bergoglienne », insistant sur le fait que, pour eux, la synodalité signifie l'autorité réelle du Synode des évêques agissant de concert. « Le pape Bergoglio a instrumentalisé le mot synode », déclara-t-il, « mais il a fait disparaître le Synode des évêques, une institution instituée par Paul VI. »
L'intervention du cardinal Joseph Zen à Rome ne se limite pas à la synodalité ou à la procédure. Elle soulève la question de savoir si l'Église considère la cohérence doctrinale et la responsabilité épiscopale comme des biens à défendre, même au péril de sa propre sécurité. La crédibilité de l'Église repose sur sa capacité à résister à la logique du pouvoir, qu'il soit séculier ou ecclésial, et à demeurer fidèle à la vérité qui lui a été confiée. Dans cette perspective, le combat du cardinal Zen ne se divise pas entre Hong Kong et Rome. Il s'agit d'un seul et même combat, mené sur deux fronts, contre la même tentation de sacrifier la vérité au silence.
Depuis des décennies, le cardinal Zen dénonce avec force les dangers de toute complaisance envers un État autoritaire qui exige le silence en échange de tolérance. Son arrestation en 2022 en vertu de la loi sur la sécurité nationale, sa condamnation pour un délit mineur et les restrictions persistantes imposées à ses déplacements ont fait de lui un symbole de résistance morale, bien au-delà des frontières de l'Église locale. À 93 ans, il voyage non seulement en tant qu'acteur politique, mais aussi en tant qu'ecclésiastique qui a appris, à ses dépens, ce qui arrive lorsque la persécution commence.
Cette expérience explique la sévérité de ses propos à Rome. Lorsque le cardinal Zen a mis en garde le consistoire contre ce qu'il a qualifié de « manipulation systématique » du processus synodal et a décrit l'invocation répétée du Saint-Esprit comme « ridicule et presque blasphématoire », il ne s'agissait pas d'une simple rhétorique ; il dénonçait un schéma qu'il reconnaissait, qu'il avait observé aussi bien dans la politique hongkongaise qu'au sein de l'Église.
La critique du cardinal révèle aussi pourquoi le consistoire extraordinaire est important pour le fidèle lambda. Si l'Église enseigne qu'un document est magistériel mais « non strictement normatif », faisant autorité tout en étant ouvert à des interprétations divergentes, alors l'unité devient procédurale plutôt que théologique. L'avertissement de Zen, selon lequel une telle ambiguïté risque de reproduire les fractures de l'anglicanisme, n'est pas une comparaison fortuite.
Il y a quelque chose de revigorant à voir un cardinal âgé, et aussi un homme d'État, mener des combats qui semblent perdus d'avance. Son Éminence sait qu'il ne peut, à lui seul, infléchir la politique de la Chine, ni remodeler l'Église par la seule force de sa volonté. La force de son témoignage réside dans sa conscience que la lutte pour la liberté et la lutte pour la clarté doctrinale sont indissociables.