Ce récit met en scène des empereurs et des dirigeants romains, des anges messagers et les premiers pontifes, des prêtres et des prêtresses païens, ainsi que de nombreux Pères de l'Église, tels que saint Jérôme et saint Augustin. C'est une histoire captivante par laquelle Chateaubriand entendait raviver l'esprit de la civilisation chrétienne – avec ses aspects culturels – que le catholicisme, notamment en France dans les années qui suivirent les atrocités de la Révolution et de Napoléon, cherchait à exprimer naturellement, de façon nouvelle et libre. L'œuvre exalte l'attitude du croyant, c'est-à-dire celle de celui qui savoure la beauté du christianisme à travers la certitude du message chrétien et les enseignements de l'Église ; ceux-ci constituent le cœur du témoignage qui anime les relations des disciples du Christ.
Revenons à ce point littéraire à la lumière d'un récent débat que la presse a résumé par la formule d'un « christianisme sans christianisme ». Ce concept a été attribué au président de la Conférence épiscopale italienne, Matteo Zuppi, qui, ouvrant l'Assemblée générale des évêques italiens en novembre dernier, a affirmé que « la fin du christianisme ne coïncide pas avec la disparition de la foi, mais marque la transition vers une époque où la foi n'est plus soutenue par le contexte social et est plutôt le fruit d'un choix personnel et conscient d'adhérer à l'Évangile ». (N'est-ce pas aussi un des thèmes chers au cardinal Joseph De Kesel ? ndB)
Les concepts de christianisme et de chrétienté sont certes distincts, mais est-il possible de les dissocier ? Cette dissociation se justifie si l’on identifie le christianisme à une organisation terrestre spécifique – sociale, culturelle, politique, voire partisane. Dans cette perspective, le christianisme n’existe que dans la mesure où ces structures se conforment au message de l’Évangile ; si cette conformité fait défaut, alors on parle de la fin du christianisme.
L’approche est différente si l’on considère le christianisme avant tout comme une réalité spirituelle, indépendante des formes historiques et institutionnelles. De ce point de vue, on peut affirmer non seulement que là où il y a du christianisme, il y a aussi du christianisme, mais surtout – et plus profondément – que là où il y a un christianisme authentique, il y a toujours une forme de christianisme , comprise comme une aspiration vivante et active vers une civilisation inspirée par l’Évangile.
En définitive, la question cruciale permet de clarifier le problème : de quel point de vue envisageons-nous le monde ? Si nous l’observons principalement à travers des catégories sociales, culturelles ou politiques, nous risquons de reléguer l’Évangile au second plan, de l’adapter à la logique dominante. Dès lors, il devient difficile de proclamer avec conviction le message de l’Évangile et la Tradition de l’Église, et d’affirmer que le christianisme authentique engendre toujours un christianisme différent.
En l'absence de cet engagement sincère et authentique, nous finissons par dépendre d'une reconnaissance souvent intéressée de structures sociales ou politiques parfois hostiles au christianisme. Il peut en résulter un christianisme réduit à une pratique intime ou piétiste, dépourvue d'impact culturel et historique, et un credo déconnecté de la réalité, soumis à des sociétés et des politiques dévoyées.
À l’inverse, si l’Évangile et la Tradition de l’Église ne sont pas subordonnés à des instruments inappropriés d’action sociale et politique, les conditions sont réunies pour une authentique attitude chrétienne, qui distingue, sans la séparer, le christianisme et la chrétienté. Il ne s’agit pas d’un christianisme passivement adapté au monde, mais d’un christianisme conscient de l’unicité du message évangélique, œuvrant activement à la construction d’une civilisation chrétienne. Cette action se manifeste d’abord dans la vie personnelle et familiale, puis s’étend aux relations sociales et culturelles, qui sont ainsi éclairées et évangélisées de manière libre, transparente et authentique, tout en résistant aux excès de ces milieux sans scrupules qui risqueraient autrement de gagner du terrain.
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Commentaires
Les propos de Mgr Zuppi (qui effectivement sont en phase avec ceux de Mgr De Kezel) annonçant un christianisme sans chrétienté est parfaitement à l'image de nos sociétés du XXIème siècle : c'est l'individualisme qui prime : chacun croit ce qu'il veut selon ce qui l'arrange. Ce n'est plus Dieu qui crée l'homme à son image, mais chaque homme qui crée Dieu à son image.
Je n'oublierai jamais une homélie de Mgr De Kezel disant que le chrétien ne pouvait plus être prosélyte : il est simplement une petite lampe qui "murmure l'Evangile" (Quel .... dynamisme missionnaire !)
Cet individualisme dans la foi me fait penser à une blague anciennne : Qu'est ce qu'un hollandais : c'est un chrétien. Qu'est ce que deux hollandais : c'est une Eglise. Qu"est ce que trois hollandais : c'est un schisme !
Le chrétien est dans le monde, mais il n'est pas du monde. Cependant sa mission est de répandre le message du Christ Urbi et Orbi ! Et cela dans la Paix et aussi dans l'unité !
Écrit par : Thierry | 25/01/2026
Le problème soulevé par le texte de Guiseppe Strevi n'est pas nouveau si l'on en croit les courriers échangés au XIXe siècle entre Dom Guéranger, Abbé de Solesmes et le prince de Broglie. Ce dernier avançait des thèses qui, si elles avaient été adoptées, auraient conduit à favoriser une chrétienté sans réel christianisme, une Église où le pape n'était plus que le porte-parole de groupes majoritaires composés d'évêques ou de laïcs... ou des deux.
Écrit par : Denis CROUAN | 25/01/2026