France : quand de nouveaux convertis veulent entrer au séminaire (02/02/2026)
De Jean-Marie Guénois sir Le Figaro via le Forum Catholique :
Ces nouveaux convertis qui veulent entrer au séminaire
30 janvier 2026
Un miracle semble avoir eu lieu à Rennes. À la rentrée 2024, 4 candidats avaient frappé à la porte du séminaire, 18 se sont présentés un an plus tard. Soit « une augmentation de 350 % » se félicite le supérieur de la Maison Charles de Foucauld, le père Olivier Roy, en charge de l’une des 13 « propédeutiques » réparties sur le territoire. Cette maison accueille des candidats à la prêtrise de 9 diocèses de Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie.
Depuis 2022, le passage par une année de propédeutique est obligatoire avant d’entrer au séminaire. Il s’agit de discerner la qualité de la vocation. Une étape préalable, lancée par le cardinal Jean-Marie Lustiger à Paris, dès 1984. Une sorte de « prépa » spirituelle dont l’objet n’est pas les études - philosophiques et théologiques, au programme des six années de séminaire -, mais une plongée dans la vie intérieure, fraternelle et caritative. Il n’y a pas de concours d’entrée à la clé, sinon l’épreuve du « combat spirituel pour gagner en liberté, résume un formateur, afin de se présenter plus mûr au séminaire ».
Pour expliquer le record de ces 9 diocèses de l’ouest de la France, le père Olivier Roy avance des « effets de rattrapage » d’une année sur l’autre, car certains candidats réfléchissent à deux fois avant de s’engager, ou encore l’influence d’événements comme « le jubilé des jeunes à Rome, en juillet 2025 », cite-t-il. Et, avance-t-il, « pourquoi pas l’effet d’un nouveau pape, à l’image plus consensuelle et compatible avec des jeunes en recherche vocationnelle », en la personne de Léon XIV. Ce formateur constate en effet que « cette promotion de propédeutique 2025 a choisi saint Augustin comme saint patron, ce qui n’est pas sans lien avec les origines spirituelles du pape américain. »
Confinement et intériorité
Le père Olivier Roy assure que ce record d’inscriptions n’est pas isolé : « En France, les propédeutiques ont quasiment toutes réalisé une bonne rentrée en septembre dernier, avec 145 inscrits. » Ils étaient seulement 99 « propédeutes » en septembre 2023, soit 46,5 % d’augmentation en deux ans. La courbe d’entrée au séminaire connaît cependant des hauts et des bas : 165 candidats étaient admis en l’an 2000, ils n’étaient que 106 en 2015 et remontaient à 156 en 2020. Quant à la crise des abus sexuels dans l’Église, qui a explosé à l’orée des années 2000, elle semble ne pas avoir grevé significativement les candidatures pour le sacerdoce, puisqu’elles ont été relativement stables ce quart de siècle avec une moyenne de 131 candidats annuels en France.
En tout cas, il semble bel et bien se passer quelque chose dans l’Église de France. Ne voit-elle pas bondir le nombre des demandes de baptêmes d’adultes et d’adolescents ? Alors qu’ils avoisinaient les 4 000 par an jusqu’en 2022, ils ont décollé il y a trois ans, passant de 5 423 en 2023 à 17 784 en 2025, dont la moitié à un âge inférieur à 25 ans. Là aussi, le pourcentage d’augmentation, 228 %, est spectaculaire. Les chiffres 2026 s’annoncent au diapason, ils seront connus fin mars.
De nombreux pasteurs estiment que les confinements du Covid (printemps et automne 2020, puis avril 2021) auraient provoqué une « forte recherche de sens » chez beaucoup de jeunes, liée au « vide existentiel » et à « l’isolement des écrans ». Ce que confirme Antoine Pasquier, rédacteur en chef à Famille chrétienne, qui vient de publier Enquête sur ces jeunes qui veulent devenir chrétiens (Mame Éditions), après avoir réalisé une enquête qualitative auprès de ces nouveaux convertis.
Des baptisés de « qualité »
Cet auteur décrit le parcours de ces nouveaux entrants dans l’Église. « Beaucoup qui ne connaissaient rien du christianisme se sont mis en route, à la suite d’expériences spirituelles fortes, intimes, ou d’épreuves personnelles. Ils ont ensuite cherché sur internet et les réseaux sociaux des réponses à leurs questions, et lu la Bible, seuls. » Il ajoute : « Ces jeunes sont d’ailleurs fiers d’affirmer leur identité catholique, et cette nouvelle génération de catholiques n’a aucun problème avec le fait d’être minoritaires. »
Quoi qu’il en soit, cette hausse inattendue de baptêmes d’adultes et d’adolescents dans l’Église - un phénomène seulement français - ne compense pas le très grand recul des baptêmes de bébés. Seul 1 nourrisson sur 4, 25 %, a été baptisé en 2023. Ils étaient 1 sur 2 en l’an 2000, 67 % d’une classe d’âge au début des années 1980. Ce qui donne, en chiffre absolu, un passage de 380 093 bébés baptisés en l’an 2000 (sur 778 900 naissances) à 170 290 en 2023 (sur 677 800 naissances).
D’un autre point de vue, le retour à la pratique des baptêmes d’adultes correspond à la plus ancienne tradition de l’Église. Loin d’être le seul prêtre à le penser, un curé de paroisse estime que « baptiser des bébés qui n’auront, par la suite, aucune vie chrétienne n’est pas très sérieux. C’est même une source de souffrance pour nous. On perd, certes, en quantité, mais ne gagne-t-on pas en “qualité” ? Au tout début de l’Église, on ne baptisait que des adultes. » Le sujet ne met pas tout le monde d’accord, il reste aujourd’hui un débat.
Doit-on corréler cette courbe des baptêmes d’adultes et d’adolescents à la bonne tenue, même modeste, des entrées en première année de séminaire ? Le père Olivier Roy reste prudent : « Le lien entre les deux courbes ne peut pas s’établir de manière arithmétique, mais il montre que l’Église peut sans doute attirer des jeunes, ce qui fait sortir du cliché tant rabâché des églises qui se vident et dont la population vieillit. »
Jeunes convertis et sacerdoce
Quant aux motivations des candidats au sacerdoce, « il est vrai que, parmi eux, on rencontre aujourd’hui plus de jeunes baptisés néophytes ou nouvellement confirmés qui, dans l’élan du sacrement, souhaitent aller plus loin. Cela correspond à cette génération qui est en attente de sens et entend y répondre de manière souvent radicale. Il est évident que, dans les prochaines années, nous devrons probablement accueillir plus de candidats ayant reçu les sacrements de l’initiation chrétienne depuis peu. »
"On n’entre pas en propédeutique uniquement avec sa générosité, mais pour discerner et avancer vers une décision libre" (Père Matthieu Williamson, coordinateur national des propédeutiques)
Pour autant, l’Église reste calme. Elle n’admet pas de jeunes fraîchement convertis sur la voie du sacerdoce. En charge de l’année de propédeutique dans le diocèse des Yvelines, le père Matthieu Williamson, 49 ans, explique : « Je viens de recevoir la demande d’un jeune qui n’est pas encore baptisé ! C’est très beau, je respecte infiniment, mais je ne pourrai pas l’accepter maintenant. On ne prend pas, en propédeutique, des nouveaux convertis. Et je dois refuser chaque année des jeunes qui viennent de retrouver la foi. Certes, ils ont été saisis par ce grand amour du Christ, mais ils doivent expérimenter la vie chrétienne dans le monde. »
Ce jour-là, dans l’ancien couvent des Capucins de Versailles, qui accueille 12 propédeutes, le mot liberté revient très souvent. Ils ont entre 20 et 40 ans, sont issus de milieux et parcours personnels très divers, tous unis par la volonté d’avancer vers le sacerdoce. Leur emploi du temps est réglé comme du papier à musique, entre liturgie, prières, services, étude, lecture en continu de la Bible, méditations, accompagnement spirituel hebdomadaire, sport… Ils coupent leur téléphone portable, et ne l’allument qu’une fois par semaine pour un temps très limité.
La sexualité n’est pas un tabou
Le vendredi midi commencent les vingt-quatre heures de silence hebdomadaire. Avant de s’y plonger, trois d’entre eux acceptent de témoigner. « Ce sera sous couvert d’anonymat », prévient, souriant, le père Matthieu Williamson, en charge de cette sympathique petite communauté : « Ce ne sont pas des séminaristes avant l’heure, insiste-t-il. Ils sont là pour approfondir et choisir librement un engagement futur. Il faut protéger leur liberté. » L’un d’eux abonde : « Vocation suppose liberté pour s’engager. » Tous, ici, cherchent à vivre « un vrai discernement ». En une heure de conversation, ces jeunes apparaissent ancrés, réfléchis, sans exaltation. « Je n’ai pas eu d’apparition, raconte l’un d’entre eux. Ma foi d’enfance a mûri lentement, je suis là pour vérifier si mon désir de suivre le Seigneur correspond au projet qu’Il a pour moi. » Un autre, « issu d’une famille non pratiquante », a déjà une vie bien remplie, dont une création d’entreprise. Il est ici pour se « mettre à l’écart » et « vivre un temps de fondation spirituel avec le Christ » qui le mènera peut-être « à tout quitter pour le suivre ».
Quant à la question du célibat, ils affirment que « la sexualité n’est pas un tabou, elle est ouvertement abordée dans la formation » par des cours assurés par des médecins. « Nous réfléchissons à cette question, évidemment, mais nous assumons le célibat, qui n’est pas une anomalie sociétale quand 35 % des gens vivent en célibataire », confie un jeune.
Ce matin-là, ils se préparent à se mettre, durant un mois, au service de personnes âgées ou de pauvres. Le père Matthieu Williamson leur livre une méditation sur la façon de « vivre en chrétien dans le monde » : « Les chrétiens ne forment pas un ghetto », lance-t-il avant de développer un enseignement largement inspiré de la Bible et des grands auteurs chrétiens. Au reste, ces 12 jeunes ne donnent pas l’impression d’avoir peur du monde. Ils en sont issus et en font partie intégrante, mais veulent s’y donner désormais en apôtres du Christ. L’un d’eux ne porte-t-il pas de larges tatouages sur les avant-bras, dont une croix très visible ?
Pas un feu d’artifice
« Il faut transformer ce feu de paille, qui n’est pas un feu d’artifice, en un feu de cheminée », confiait, le 22 janvier, le cardinal Aveline au congrès de la Fédération des médias catholiques, réuni à Lourdes. Cette efflorescence spirituelle inattendue agit comme un baume pour l’Église de France après les sombres années de la crise des abus sexuels. Sans illusion démesurée, toutefois. D’ailleurs, la vigilance n’a jamais été aussi élevée pour le discernement des vocations. La mise en examen d’un prêtre de 40 ans en Aquitaine, le 16 janvier, pour pédophilie, a sonné comme un rappel sévère.
Une fois entré en propédeutique, où 2 sur 3 seront admis au séminaire, puis au séminaire, où 1 sur 2 sera ordonné prêtre, il y a encore beaucoup de chemin durant les sept années de formation. En 2025, 90 prêtres ont été ordonnés en France, dont seulement 58 prêtres « diocésains » pour une centaine de diocèses, les autres étant « religieux » ou assimilés. Sur ce nombre, 2 diocèses, Paris (8 prêtres), Fréjus-Toulon (10 prêtres) et 2 communautés, Saint-Martin (9 ordinations) et l’Emmanuel (5 ordinations), ont fourni 32 prêtres sur 58. Des diocèses imposants, comme Lille, Marseille, Lyon et Bordeaux, n’ont respectivement ordonné qu’un prêtre.
Outre ces disparités régionales, une autre diversité de sensibilité ecclésiale agit sur le recrutement. Plus d’un tiers des candidats français en première année optent pour une formation très classique (Communauté Saint-Martin), traditionaliste (Fraternité Saint-Pierre ; séminaire Saint-Philippe Néri, en Toscane ; Institut du Bon Pasteur) ou lefebvriste (Séminaire saint curé d’Ars, à Flavigny-sur-Ozerain). Sur la base de chiffres fournis depuis l’an 2000 par l’épiscopat et par ces instituts, une moyenne de 61 candidats français sur 159 (38 %) sont entrés en première année de séminaire de style traditionnel.
Interrogé sur ce dynamisme étonnant, l’un des jeunes propédeutes du diocèse de Versailles s’émerveille : « Je suis extrêmement impressionné, et même admiratif, de voir tant de jeunes de ma génération se tourner vers l’Église. L’Esprit saint fait en ce moment un beau travail en France ! Tout cela ajoute un élément d’incertitude positive sur l’avenir de l’Église dans nos diocèses : nous sommes encore plus incapables qu’avant de prévoir à quoi ressembleront les paroisses dans trente ou quarante ans. »
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