Comment, après un temps de coopération, l’Église et la modernité libérale ont rompu les amarres (22/02/2026)

Une tribune de Paul Airiau sur aleteia.org :

Comment le fossé s’est creusé entre l’Église et la modernité libérale

21/02/26

Après un temps de coopération, l’Église et la modernité libérale ont rompu les amarres, analyse l’historien Paul Airiau, le libéralisme culturel ayant abandonné toute régulation par une morale naturelle universelle.

Si rien n’est jamais joué d’avance, il n’empêche : la proposition de loi sur l’euthanasie paraît bien partie pour être adoptée avant la fin de l’année, quelles que puissent être les péripéties parlementaires à venir (sauf dissolution surprise…), tant les partisans de l’euthanasie trouvent des relais dans le personnel politique, pour de multiples raisons. Au-delà des enjeux immédiats, cette histoire inachevée est en fait une nouvelle étape française dans la déliaison en matière de mœurs entre la législation d’ici-bas et les principes catholiques. Doucettement entamée avec la légalisation du divorce sous la Révolution (1792), partiellement relancée avec la républicanisation de la République (en 1884, relégalisation du divorce aboli en 1816), elle s’est accélérée à partir du milieu des années 1960 puis de la fin des années 1990. Les étapes en sont autant de défaites successives pour une Église plus ou moins intensément mobilisée : légalisation de la contraception (1967), dépénalisation de l’avortement (1975), diffusion de la fécondation in vitro au début des années 1980, pacte civil de solidarité (1999), fin de la distinction de sexe comme constitutive du mariage (2013), extension de la PMA aux couples de même sexe et aux femmes seules (2021), constitutionnalisation de l’avortement (2024).
Le temps du partenariat

Cette évolution n’est pas propre à la France, elle s’observe dans nombre d’autres pays. Une faille se creuse ainsi de plus en plus entre l’Église et une modernité libérale qui se déploie en libéralisme culturel justifiant la reconnaissance légale des modes de réalisation de soi. L’autonomie individuelle et l’oblitération de toute hiérarchisation du jugement moral fondent désormais des législations déliées de toute régulation antérieure, extérieure et supérieure à l’ici-bas de la société. Or, pour l’Église, la modernité libérale trahit ainsi en partie le partenariat qui s’était en partie établi entre elles depuis la fin des années 1930.

En effet, à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, l’Église s’était constituée comme intransigeante, antimoderne, refusant et condamnant le libéralisme en toutes ses déclinaisons, philosophique, politique, économique… Elle avait promu la construction d’une modernité alternative qui prouverait la justesse de ses positions, ouvrant la dynamique d’un engagement militant multiforme. Cependant, les totalitarismes fasciste, nazi et communiste des années 1930 avaient montré l’intérêt d’une démocratie libérale, dans son acception occidentale de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Malgré son refus de la régulation catholique de la législation, elle garantissait au moins la liberté de conscience, de culte, d’enseignement, le droit d’association, les relations libres entre évêques et Saint-Siège. Qui plus est, face au soviétisme conquérant d’après 1945, elle devenait, dans une certaine mesure, bonne en tant que telle, car elle était capable d’intégrer qu’il existe des normes limitant la toute-puissance étatique et la propension unanimiste de la démocratie — soit l’État de droit — et que qu’elle devait avoir une dimension de justice sociale.

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