« La pire crise de l’Église n’a pas été causée par l’opposition laïque, mais par la corruption ecclésiastique. » (Mgr Varden) (26/02/2026)

De kath.net/news :

L’évêque Erik Varden lors de la retraite de Carême au Vatican : « Quand des milliers de personnes tombent »

26 février 2026

« La pire crise de l’Église n’a pas été causée par l’opposition laïque, mais par la corruption ecclésiastique. »

« Des milliers tombent », a déclaré Mgr Erik Varden OCSO lors de sa sixième méditation au Vatican, mercredi matin, durant la retraite de Carême du pape Léon XIV et de la Curie. Mgr Varden dirige cette retraite de Carême à l’invitation personnelle du pape Léon XIV. Prélat de Trondheim et administrateur apostolique de Tromsø, il est également l’actuel président de la Conférence des évêques scandinaves. Ce moine trappiste, converti du luthéranisme, est un maître spirituel recherché et l’auteur de nombreux ouvrages spirituels. Mgr Varden a publié un extrait de ses réflexions sur son blog. Le titre de cet article fait référence au Psaume 90 : « Quand mille tomberaient à ton côté, dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint. »

kath.net reproduit cet extrait intitulé « Des milliers tombent » du 25 février 2026 :

Les épreuves peuvent nous humilier lorsque nous sommes arrogants et révéler la puissance salvatrice de Dieu. Elles peuvent devenir des étapes importantes de notre cheminement personnel vers le salut, des étapes dont nous nous souvenons avec gratitude.

Mais ne soyons pas naïfs. Toutes les chutes ne se terminent pas en liesse. Certaines sont de véritables calamités, elles entraînent la ruine des coupables et laissent derrière elles un sillage de désolation. Ce sillage est souvent large et long, emportant avec lui de nombreux innocents. Il nous faudra de la constance pour aborder, avec Bernard, le verset du Psaume 90 qui commence ainsi : « Si mille tombent à ton côté, dix mille à ta droite… »

Rien n'a causé de dommages plus tragiques à l'Église ni n'a davantage altéré notre témoignage que la corruption qui se développe en son sein. La pire crise de l'Église n'a pas été provoquée par l'opposition laïque, mais par la corruption ecclésiastique. Les blessures infligées nécessitent du temps pour cicatriser. Elles appellent justice et larmes.

Face à la corruption, et notamment aux cas d'abus, la tentation est grande de rechercher une cause profonde et malsaine. On s'attend à trouver des signes avant-coureurs ignorés : un manquement à la vigilance, un schéma de déviation initial. Parfois, ces traces existent, et il serait judicieux de s'en prendre à soi-même pour ne pas les avoir décelées à temps. Mais elles ne sont pas toujours présentes.

Nous pouvons reconnaître le bien immense et joyeux qui se révèle souvent aux origines de communautés aujourd'hui entachées de scandales. Nous ne pouvons supposer qu'une hypocrisie structurelle existait dès le départ, ni que les fondateurs aient créé des sortes de tombeaux blanchis à la chaux. Parfois, nous décelons des signes d'inspiration, voire des traces de sainteté. Comment expliquer leur coexistence avec des développements pervertis ?

Une pensée laïque simplifie les choses : face à une tragédie, elle divise les opinions en monstres et victimes.

Heureusement, lorsque l'Église pense à les utiliser, elle dispose d'instruments plus fins et plus efficaces.

Bernard nous rappelle que partout où l'on poursuit des idéaux nobles, les attaques de l'ennemi sont féroces. Il constate que les hommes spirituels de l'Église sont attaqués bien plus durement que ceux à l'esprit charnel. Il pense que c'est là le sens du psaume *Qui habite*, avec son langage de « gauche » et « droite » : la gauche représente notre nature charnelle, la droite notre nature spirituelle. Le nombre de victimes est plus élevé à droite, car c'est là, sur le champ de bataille spirituel, que les armes les plus meurtrières sont déployées.

Bien qu'il prenne le monde démoniaque au sérieux, cela ne signifie pas qu'il attribue tous les maux spirituels à des êtres maléfiques à cornes et à fourches. Il tient les hommes et les femmes responsables de l'usage qu'ils font de leur liberté souveraine. Son propos est que la nature humaine est unifiée. À mesure que nous explorons les profondeurs de notre nature spirituelle, d'autres dimensions se révèlent inévitablement. Nous sommes confrontés à une soif existentielle, à la vulnérabilité et à un désir ardent de réconfort. De telles expériences peuvent être provoquées par des attaques.

Le progrès spirituel exige d'harmoniser notre être physique et émotionnel avec la maturation contemplative. Autrement, les expériences spirituelles risquent de se traduire par une libération physique ou émotionnelle, et ces libérations seront rationalisées comme si elles étaient intrinsèquement « spirituelles », plus sublimes que les faiblesses des simples mortels. L'intégrité d'un maître spirituel se manifeste non seulement dans ses conversations, mais aussi dans ses habitudes en ligne, son comportement à table ou au bar, et sa sérénité face à l'admiration d'autrui.

La vie spirituelle n'est pas liée au reste de l'existence. Elle en est l'âme même. Nous devons nous garder de tout dualisme et toujours nous souvenir que le Verbe s'est fait chair afin que notre chair soit remplie du Logos. Nous devons regarder à la fois à gauche et à droite, en prenant soin – comme le souligne Bernard – de ne pas confondre la gauche avec la droite et la droite avec la gauche. Nous devons apprendre à nous sentir également à l'aise dans notre nature physique et spirituelle afin que le Christ, notre Maître, puisse régner paisiblement en elles deux.

Note : *Le psaume « Qui habitat » fait référence au verset d’ouverture du psaume 91 : « Qui habitat in adiutorio Altissimi », en français : « Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut repose à l’ombre du Tout-Puissant ».

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