Sainte Colette de Corbie (6 mars) (06/03/2026)
D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :
Les visions qui ont sorti sœur Colette de sa réclusion
En 1405 vit à Corbie, en Picardie, une jeune fille d’une vingtaine d’années, Nicolette Boëllet. À la mort de ses parents, pour répondre à sa soif d’absolu et à ses grandes exigences de pénitence, elle choisit de devenir recluse, c’est-à-dire de s’emmurer volontairement dans une étroite cellule contre le mur de l’église Notre-Dame, et d’y vivre le reste de ses jours dans la prière et l’enfermement. Pourtant, cette année-là, celle que l’on appelle sœur Colette, car elle appartient au tiers ordre franciscain, commence à être obsédée par des visions : celles de saint François et de sainte Claire, qui lui demandent de revenir dans le monde pour s’y consacrer entièrement à réformer les ordres qu’ils ont fondés afin qu’ils ne cèdent pas au relâchement et à la facilité.
Les raisons d'y croire
- Sainte Colette de Corbie est une personnalité majeure de l’Église du XVe siècle. Elle a tenu un rôle décisif, en son genre aussi improbable que celui de Jeanne d’Arc, dont elle est contemporaine. À ce titre, sa vie et son comportement ont été examinés et scrutés par les autorités ecclésiastiques avec le même degré de sérieux et de rigueur. Si la papauté lui a accordé son entière confiance, c’est seulement après s’être assurée qu’ellen’avait pas affaire à une folle, une illuminée, une mythomane.
- Sa biographie a été rédigée en 1450 – quelques mois seulement après sa mort, en 1447, à Gand – par un religieux de son entourage, Pierre de Vaux. Là encore, nous sommes assurés du sérieux et du bien-fondé de ces écrits, qui rapportent des faits véridiques et vérifiés.
- La vie de recluse implique de ne plus jamais quitter la petite pièce où l’on a demandé à être emmurée, de ne plus jamais voir le monde extérieur, le ciel, le soleil, de n’avoir de contact qu’avec son confesseur et avec ceux qui lui apportent de quoi vivre et la communion, ou qui réclament ses prières. Il faut un équilibre psychologique énorme pour y résister. Les évêques n’accordent cette permission qu’à des personnes très solides, ce qui est gage du sérieux de Colette.
- Ce choix mûrement réfléchi implique aussi une grande humilité et un absolu désir d’effacement ; on peut donc exclure que la jeune fille ait voulu attirer l’attention.
- Pendant les quatre années qu’elle passe emmurée, Colette a la révélation des souffrances du Christ durant la Passion, du peu de cas qu’en font les hommes et du fait que ces derniers se damnent, tombant en enfer comme flocons de neige en tempête hivernale ; c’est exactement ce que verront les enfants de Fatima, qui n’ont jamais entendu parler de sainte Colette, en 1917.
- En 1405, cependant, ces visions changent et Colette voit François et Claire d’Assise qui la réclament à Dieu afin qu’elle aille réformer les franciscains et les clarisses qui ne répondent plus à leur vocation ; or, le monde a besoin d’eux pour se sauver. L’ange gardien de Colette demande à Dieu de la laisser à sa solitude, conformément à ses souhaits. Notre Dame apparaît alors pour servir d’arbitre, et elle demande à la recluse d’obéir et de réclamer sa libération. Colette n’a pu inventer cela car elle ignore l’état des fondations franciscaines.
- Ayant reçu une excellente formation chrétienne, Colette a été souvent prévenue par ses confesseurs contre les pièges démoniaques et les prétendues visions que le diable peut susciter pour tenter et égarer les mystiques. Elle sait donc qu’il faut avant toute autre chose discerner pour savoir, comme dit saint Paul, si elles viennent vraiment de Dieu.
- Le fait qu’il existait des moyens plus simples d’être relevée de sa réclusion montre qu’elle n’a pas inventé ces visions pour s’y soustraire. D’ailleurs, la première réaction de Colette est de rejeter ce programme, qui lui semble invraisemblable. Comme elle refuse de demander à sortir, elle est soudain frappée de cécité et de mutisme, état dont elle ne sortira qu’en obéissant ; il ne s’agit pas là de phénomènes d’ordre « psychosomatique », ni « d’hystérie ».
- Colette, d’humble naissance, sans fortune ni appui, se sent incapable de remplir une pareille mission ; qu’elle le comprenne prouve sa parfaite lucidité. Tout comme Jeanne d’Arc, elle est alors miraculeusement instruite de ce qu’elle va devoir faire, des personnes qu’elle devra rencontrer, et elle est avertie qu’elle recevra l’aide nécessaire. Elle ne peut rien imaginer de semblable.
- Deux religieux, miraculeusement instruits de son existence et de sa mission, vont être prévenus de se rendre à Corbie, d’obtenir de l’évêque sa libération et de la conduire au pape Benoît XIII à Avignon, ce qui a lieu en 1406, de manière humainement inexplicable.
- Lui aussi convaincu par divers signes, le pape l’autorise alors à entreprendre sa mission de réformatrice et à prendre le voile des Pauvres Dames de Sainte-Claire.
- Colette a des extases et des lévitations publiques dont des centaines de gens sont témoins et qui accréditent sa mission, tout comme ses prophéties. Il ne s’agit pas de « contes à dormir debout », mais de réalités confirmées par exemple par l’amitié de saint Vincent Ferrier, ou encore par le rôle de conseillère qu’elle tient lors des conciles de Constance et de Bâle, ainsi qu’auprès du duc de Bourgogne ou du roi de France…
- Pendant les quarante ans qui lui restent à vivre, Colette parcourt la France en guerre pour réformer les deux ordres. Elle obtient le soutien et l’amitié de princes et de seigneurs. Elle va fonder ou relever dix-sept couvents en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas. Des milliers de vocations affluent quand ils retrouvent toute la rigueur de leur règle primitive. À sa mort, le 6 mars 1447, l’ordre des Franciscains compte près de 35 000 membres. Une pareille réussite dans un tel contexte ne s’explique pas sans l’intervention divine.
En savoir plus
Nicolette Boëllet naît vers 1381 à Corbie alors que ses parents, modèles de vrais chrétiens dévoués aux œuvres de charité, ont passé la soixantaine et renoncé depuis longtemps à avoir des enfants. Cependant, sa très petite taille désole son père, qui la conduit au sanctuaire Notre-Dame de Brebières, où la fillette aurait été guérie, retrouvant dès lors une taille normale.
En 1402, après la mort de ses parents et plusieurs essais de vie religieuse décevants, elle liquide son patrimoine et devient recluse. Colette choisit une vie de réparatrice pour expier les péchés et les crimes de son temps. Nous sommes en pleine guerre de Cent Ans ; la France est déchirée par une invasion doublée d’une guerre civile et l’Église, après le grand schisme d’Occident, donne le scandaleux spectacle d’une tiare disputée entre deux, voire trois papes. Il faut des âmes d’élite pour expier et racheter tout cela...
Elle est arrachée miraculeusement à sa vie de recluse en 1406, à la suite des visions qu’elle a de saint François et de sainte Claire, corroborées par la survenue d’un religieux, Henri de La Balme, qui va l’aider dans sa mission et la conduire au pape, alors à Nice. Dans une autre vision, elle voit surgir dans sa cellule un arbre magnifique et immense, portant des fruits d’or, symboles du bien qu’elle fera. Craignant une nouvelle illusion diabolique, Colette s’ingénie à le déraciner, mais l’arbre surgeonne par centaines et s’étend aux extrémités du monde, à sa vive confusion.
La curie de Benoît XIII lui fait subir de minutieux examens pour s’assurer qu’elle n’est pas le jouet du démon. Après l’avoir convaincue en arrêtant une épidémie, elle reçoit toute l’aide nécessaire, de même que celle du duc de Savoie, qui lui permet de fonder en 1410 son premier monastère sur ses domaines, à La Balme. Suivront pour les femmes ceux de Besançon, d’Auxonne, de Poligny, de Bellegarde, du Puy, de Decize, de Moulins, d’Hesdin, de Gand, d’Amiens, etc., qu’elle réforme ou fonde. Elle en fait autant pour les hommes à partir de la maison de Dole, et la réforme se poursuivra jusqu’à la maison romaine de l’Ara Coeli. Ce n’est que dans sa ville natale de Corbie que Colette sera mal accueillie, gage supplémentaire de sa mission, car nul n’est prophète en son pays. Peu lui importe, car elle dit volontiers : « Le jour le plus malheureux est celui où l’on n’a rien eu à souffrir. »
Elle meurt à Gand le 6 mars 1447.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
Pierre de Vaux, Vie de sœur Colette, 1450. Réédité en 1998 aux Presses universitaires de Saint-Étienne.
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