Léon XIV : vers un tournant ? (30/03/2026)
D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :
Léon XIV : vers un tournant ?
30 mars 2026
Par une déclaration avisée et réfléchie, Léon XIV a à la fois recentré et relativisé la question de l’usage du rite ancien.
Dans un message adressé aux évêques français réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière périodique, le pape a exprimé son espoir que le Saint-Esprit incite les évêques à trouver « des solutions concrètes qui permettront l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo », c’est-à-dire aux rites anciens, « selon les lignes directrices établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ».
Il s’agit d’une déclaration habile pour plusieurs raisons, notamment parce qu’elle cite les lignes directrices de réforme établies par le Concile Vatican II, ce qui a permis aux évêques d’agir sans rompre avec les objectifs déclarés du pape François visant à restreindre la messe traditionnelle en latin en 2021, tout en omettant ostensiblement de mentionner le très impopulaire Traditionis custodes de François, le motu proprio par lequel il a restreint l’ancienne messe.
Léon XIV a démontré son désir d’aller au-delà du pape François, en d’autres termes, en recherchant une « paix liturgique » qui serait d’un grand service à l’Église aujourd’hui. Léon a également reconnu – sans pour autant rejeter la faute sur quiconque – que le pape François, avec Traditionis custodes, avait créé une fracture qui serait très difficile à réparer.
Léon XIV, confronté à une Église française qui s'interrogeait sur le nombre sans cesse croissant de baptêmes d'adultes dans un contexte de foi globalement traditionnelle, a souligné que non, les fidèles qui se sentent les plus proches de l'ancien rite ne peuvent être mis à l'écart.
La démarche du pape est intéressante, car elle laisse entendre que le problème pourrait être surmonté. De plus, en France, même un évêque non traditionaliste comme le cardinal Jean-Marc Aveline, aujourd’hui président des évêques de France, a célébré selon l’ancien rite précisément pour éviter de perdre un groupe important de fidèles qui restent néanmoins dans le giron de la tradition catholique.
Le sujet est vaste. Face à une sécularisation croissante, on observe un intérêt toujours plus grand pour la tradition de l’Église, qui se reflète également dans le recours au rite ancien. Ce retour à l’Église et à la foi s’observe aussi dans des pays comme la Suisse, où le portail épiscopal catt.ch a consacré une grande enquête au retour à la foi et à l’augmentation des baptêmes d’adultes.
La réalisation de la paix liturgique serait une grande réussite pour Léon XIV et pour l’Église.
Depuis le Concile Vatican II, le sujet de la liturgie a suscité de vives polémiques, créant des divisions et plaçant les chrétiens dans une situation de « avant et après », les rangeant d’un côté ou de l’autre. Léon XIV souhaite apaiser ces divisions et rétablir l’unité. Il entend le faire – comme le montre la lettre – en partant d’une perspective locale, en traitant chaque cas individuellement, sans modifier les dispositions du pape François, mais simplement en ne les appliquant pas pleinement. C’est une décision sage, qui marque également un tournant dans le pontificat.
Léon XIV rencontre et écoute tout le monde. L’audience accordée à Gareth Gore, auteur d’un livre très critique sur l’Opus Dei, a fait sensation, mais s’inscrivait en réalité dans la « campagne d’écoute » de Léon et s’inscrivait dans la continuité de la pratique du pontife consistant à entretenir des contacts avec des journalistes qu’il connaissait au Pérou.
C’est un pape attentif à l’opinion publique, mais pas pour autant esclave de celle-ci. Gore a demandé au pape de créer une commission d’enquête sur l’Opus Dei, mais il n’est pas certain que le pape donne suite à cette demande, d’autant plus que l’Église dispose des moyens nécessaires pour comprendre les situations au sein des organisations religieuses.
Écouter ne signifie toutefois pas se soumettre. Le pape recueille des informations et les évalue avant de prendre des décisions.
La question de la liturgie est cruciale, et le dialogue avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, lorsque celle-ci a annoncé son intention d’ordonner de nouveaux évêques sans mandat papal, a en effet constitué un premier test. Avant même cela, Léon XIV avait adressé un message au pèlerinage Paris-Chartres l’été dernier, ce qui était significatif, étant donné que ce pèlerinage avait été lancé par une association de fidèles de la messe tridentine.
Dans l’ensemble, Léon XIV s’efforce d’harmoniser le gouvernement de l’Église.
En ce sens, Léon XIV recherche des profils présentant des caractéristiques très spécifiques. La dernière nomination de la Curie est celle de l’évêque australien Anthony Randazzo au poste de préfet du Dicastère pour les textes législatifs.
Randazzo vient d’assez loin pour ne pas devenir esclave des procédures romaines, mais il a vécu à Rome assez longtemps pour comprendre le fonctionnement de la Curie. Randazzo a notamment été fonctionnaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet. Il apporte donc un état d’esprit traditionnel ancré dans les pratiques de la Curie de la fin des années 1990, ainsi que l’expérience pastorale d’un évêque venu de l’autre bout du monde et une certaine capacité à relever des défis majeurs sans trop de tapage ni de visibilité. C’est ce que recherche Léon XIV.
Renzo Pegoraro, chancelier de l’Académie pontificale pour la vie, a occupé le devant de la scène. Léon XIV lui a conféré le titre d’archevêque, rétablissant ainsi le principe selon lequel les responsables des dicastères et des académies pontificales doivent être des archevêques, en collégialité avec le pape.
Tous les regards sont désormais tournés vers le Dicastère de la Communication, d’autant plus qu’il serait logique de remplacer un laïc comme l’actuel préfet, Paolo Ruffini, par un ecclésiastique. Cela démontrerait que ce pontificat prend une direction claire : pas de rupture avec le pontificat précédent, mais un retour manifeste à un pontificat « romain » dans sa forme (avec tous les chefs de dicastères au moins archevêques, c'est-à-dire en collégialité avec le pape) et institutionnel dans ses méthodes.
Dans le même temps, il semble que le pape s’apprête enfin à entamer le remaniement de la Secrétairerie d’État : selon les rumeurs, Mgr Edgar Pena Parra serait nommé nonce en Italie, Mgr Paolo Rudelli deviendrait le nouveau sostituto, et Mgr Petar Rajić serait le nouveau préfet de la Maison pontificale. Ces nominations pourraient prendre effet après Pâques, mais il est également possible que le pape promeuve l’archevêque Paul Richard Gallagher, actuellement « ministre des Affaires étrangères » du Vatican, et nomme ensuite un nouveau ministre chargé des relations avec les États.
En résumé, le pontificat de Léon XIV apparaît de plus en plus comme un pontificat qui ne cherche pas à marquer une rupture, mais plutôt à saisir l’occasion de conduire l’Église au cœur du XXIe siècle et au-delà.
Pour Léon XIV, un renouveau générationnel s’impose. Mais avant tout, il faut ramener les gens à la foi et les y former. La paix liturgique y contribuera. Des ajustements institutionnels permettront au pape d’agir en tant que pape.
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