Saint Georges (23 avril) : un martyr bien réel derrière la légende (23/04/2026)

© Alex Borland, CC0 Public Domain

D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

303

Saint Georges : derrière la légende, un martyr bien réel

Saint Georges de Lydda, aujourd’hui Lod en Israël, a été durant des siècles l’un des saints les plus populaires de la chrétienté, en Orient comme en Occident. À partir du XVIIIe siècle, cependant, sous l’influence des courants de déconstruction protestants, il devient de bon ton de remettre entièrement en cause son histoire. Comme les sources historiques pleinement fiables manquent, on en vient à prétendre que ce martyr militaire n’aurait jamais existé. Pourtant, de nombreux arguments militent en faveur de l’historicité et de la véracité des grandes lignes de sa biographie, notamment sa mise à mort en avril 303 pour sa fidélité au Christ.


Les raisons d'y croire

  • Très tôt, l’Église a tenu pour inauthentique la Passio Sancti Georgi, qui est à l’évidence un récit à caractère légendaire. Cela montre qu’elle exerce un discernement critique et ne tient pas pour véridique tout ce qui présente une apparence de piété.
  • Toutefois, dans le même temps, l’Église a aussi toujours souligné que le culte rendu à saint Georges sur le lieu de son martyre, dès le IVe siècle, a été grand et constant. Or, la paix de l’Église ne s’applique vraiment en Orient qu’après la victoire de Constantin sur Licinius, dans les années 320. La dévotion pour saint Georges remonte donc à une époque où se dire chrétien n’était pas avantageux, et pouvait même s’avérer risqué. Cela renforce l’idée que ce culte s’appuie sur des témoignages proches des faits.
  • Georges est présenté comme un martyr militaire, c’est-à-dire comme un officier ou un soldat romain exécuté pour avoir refusé de renier le Christ. Or l’on sait que, dès le début des années 290 et jusque dans les années 320 en Orient, les empereurs ont mené une répression féroce pour expurger l’armée de ses éléments chrétiens, accusés d’être susceptibles de pactiser avec l’ennemi, perse notamment. Il est donc tout à fait plausible qu’un officier d’une unité de cavalerie cantonnée en Palestine romaine ait fait les frais de cette politique.
  • Georges, ou Giorgos, porte un prénom grec signifiant « paysan » ou « laboureur », ce qui n’a rien d’insolite dans la partie orientale de l’Empire, profondément hellénisée. Son histoire affirme qu’il est le fils d’un officier, originaire de Cappadoce, tué au combat alors que son fils est encore enfant. Cela correspond bien aux usages de l’époque, qui, pour assurer le recrutement des légions en un temps de dénatalité croissante, attachaient les fils à la profession paternelle, sous peine de lourdes amendes. Tout cela est historiquement cohérent.
  • Dans la région où Georges commande un escadron de cavalerie, entre la Palestine et le sud du Liban, certains historiens modernes, à partir de sources épigraphiques locales, évoquent l’existence d’une bande de voleurs commandée par un homme nommé « Nahr », nom signifiant « serpent » ou « dragon ». Georges l’aurait mis hors d’état de nuire. Cela permettrait de comprendre comment la légende se serait emparée de ce dragon symbolique pour en faire le monstre qu’il terrasse afin de délivrer une princesse identifiée à la foi persécutée.
  • En janvier 303, Dioclétien déclenche à Nicomédie une persécution générale contre les chrétiens. Les premières mesures ordonnent la fermeture des églises, la saisie de leurs biens et de leurs archives, puis l’arrestation du clergé. Mais de tels ordres ne se transmettent pas instantanément dans tout l’Empire. Il faut du temps pour qu’ils parviennent jusqu’en Palestine. De plus, certaines autorités locales, peu empressées de les appliquer, ont pu en retarder l’exécution. Que Georges ait été arrêté et martyrisé à Lydda quelques semaines plus tard, vers la fin mars ou en avril 303, est donc pleinement cohérent avec la chronologie de la Grande Persécution.
  • L’ordre lui est alors donné, en tant qu’officier, d’arrêter les chrétiens de la ville et de détruire leurs lieux de culte. Georges refuse. Conformément à la procédure en vigueur, qui prévoit d’emprisonner tous ceux qui se reconnaissent chrétiens et refusent de renier leur foi, il est lui-même arrêté et soumis à diverses tortures. Des cas comparables sont bien attestés, par exemple pour Blandine à Lyon en 177 ou pour Perpétue à Carthage en 204. Les détails juridiques, eux, sont plausibles.
  • Georges est finalement décapité le 23 avril 303 à Lydda. Il a environ vingt-deux ans. Un culte se développe aussitôt sur sa tombe, malgré la clandestinité, puis il est célébré au grand jour après la reconnaissance du christianisme, lorsqu’une église est bâtie sur son tombeau. Tout cela constitue un faisceau d’indices solide en faveur de l’existence réelle d’un martyr militaire nommé Georges, dont la mort a profondément marqué ses contemporains.
  • Le fait que son culte ne se soit jamais interrompu demeure une marque éminente de sa réputation de sainteté.

En savoir plus

Georges est l’un des grands héros de la chrétienté médiévale. Cette immense popularité lui a valu, à l’époque moderne, un certain discrédit. Sous l’influence de critiques rationalistes, on a souvent réduit son histoire à un pur récit légendaire. Le saint sauroctone – « tueur de dragon » – a été tourné en dérision. On a voulu voir dans sa légende une simple reprise christianisée de mythes antiques, comme celui de Persée délivrant Andromède du monstre marin, ou encore une image symbolique comparable aux récits d’évangélisateurs celtes, tels Pol Aurélien, triomphant de dragons, qui représentent le paganisme et les forces du mal.

Cependant, il existe des hypothèses crédibles qui permettent de rendre compte de ces éléments sans les réduire à de pures inventions. Des historiens, notamment dans le monde orthodoxe, évoquent l’existence d’un brigand surnommé « le Dragon », qui aurait ravagé la région où Georges était en poste. Celui-ci l’aurait capturé ou mis hors d’état de nuire. La dépouille du monstre, parfois exhibée, aurait été en réalité un trophée de victoire. Cette lecture donne un fondement historique à un épisode que l’on a trop vite considéré comme une fable.

En effet, Georges, en raison de son statut d’officier de cavalerie, aurait été envoyé commander un escadron chargé de missions de gendarmerie dans une région allant de la Palestine au sud du Liban. Il semble notamment avoir reçu la charge d’assurer la sécurité des routes et des échanges commerciaux dans cette zone côtière, exposée aux bandes de brigands. Là encore, rien ne contredit les connaissances historiques. Au contraire.

Avant cela, à l’âge de l’enrôlement, entre seize et vingt ans, il se serait rendu à Nicomédie, alors capitale impériale, pour se présenter directement à l’empereur Dioclétien et lui rappeler qu’il est le fils d’un de ses anciens compagnons d’armes. Le détail peut paraître improbable aux esprits modernes. Il n’en est rien puisque Dioclétien était lui-même un ancien sous-officier sorti du rang, devenu chef du service de sécurité de son prédécesseur, et connu pour sa fidélité envers ses anciens frères d’armes. Cela signifie sans doute que le père de Georges était païen, comme l’empereur, mais qu’il avait épousé une chrétienne syrienne. Ce type de mariage mixte est fréquent et admis à l’époque, surtout en Orient, où les chrétiens sont alors en passe de devenir majoritaires.

La popularité de saint Georges a été considérable dans toute la chrétienté. Il fut compté parmi les Quatorze saints auxiliaires, invoqués dans les besoins du quotidien, notamment en cas de maladie. Parce qu’il aurait subi le supplice des griffes de fer, qui lacéraient le corps jusqu’à mettre à nu les chairs, il a longtemps été prié pour la guérison des maladies de peau, ce qui lui a valu d’être regardé comme le patron des dermatologues.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Au delà

C’est surtout comme officier de cavalerie que saint Georges a marqué l’imaginaire chrétien. Contrairement à l’archange Michel, représenté à pied lorsqu’il terrasse le démon, Georges est presque toujours figuré à cheval. Il est ainsi devenu le patron des cavaliers et, au Moyen Âge, celui de la chevalerie. En France, toutefois, ce rôle a été progressivement supplanté par saint Michel pendant la guerre de Cent Ans. Patron de l’Angleterre, saint Georges était alors suspecté de favoriser le camp adverse. Les Français ont donc préféré placer leur confiance sous une autre protection.


Aller plus loin

Jacques de Voragine, La Légende dorée, XIIIe siècle.


En complément

  • Alexandre Machafer, Saint Georges, film biographique, SAJE Distribution, 2025.

  • La vidéo YouTube de Trisagion Films : Saint George the Great Martyr .

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