Léon XIV : la démocratie sans fondements mène à la tyrannie (23/04/2026)
De Diego Benedetto Panetta sur la NBQ :
Léon XIV : la démocratie sans fondements mène à la tyrannie
Dans son message à l’Académie pontificale des sciences sociales, le pape rappelle qu’en ignorant la loi morale naturelle, la démocratie peut dégénérer en tyrannie majoritaire ou servir de masque à la domination des élites . Ce risque est également manifeste sur le plan international.
23/04/2026
Loin d'être une simple procédure, la démocratie ne demeure saine que lorsqu'elle s'enracine dans la loi morale et une véritable conception de la personne humaine. Tels sont quelques-uns des mots que Léon XIV adressa à l'Académie pontificale des sciences sociales, réunie en session plénière du 14 au 16 avril sur le thème : « Les usages du pouvoir : légitimité, démocratie et redéfinition de l' ordre international ».
Lorsque le terme « légitimité » est associé à ceux de « démocratie » et d'« ordre international », la réaction de ceux qui en comprennent encore le sens est généralement l'étonnement, voire la dérision. L'image qui se forme dans l'esprit de la plupart des gens rappelle un célèbre tableau de Jean-Baptiste Isabey, représentant les ministres de divers royaumes européens (coiffés de perruques, conformément à la coutume de l'époque) débattant lors d'une session du Congrès de Vienne (1814-1815).
Pourtant, au-delà des têtes couronnées à « restaurer », le principe de légitimité invoqué et habilement employé par le prince Klemens von Metternich visait à souligner un aspect fondamental d’une pertinence toujours actuelle : l’exercice du pouvoir doit d’abord être justifié, mais surtout, reposer sur une « véritable vision de la personne humaine », pour reprendre les termes du pape.
« Pour les Pères de l’Église, […] la nature et la raison nous indiquent quels sont nos devoirs moraux », rappelait la Commission théologique internationale dans un document de 2009. « Dans sa quête du bien moral », lit-on, « la personne humaine s’écoute et prend conscience des inclinations fondamentales de sa nature, qui sont bien plus que de simples impulsions aveugles du désir. » Ces paroles méritent d’être réaffirmées sans cesse, particulièrement à notre époque post-1968, où l’on nous rappelle constamment la nécessité d’être « authentiques ». L’authenticité est en effet devenue synonyme d’action spontanée, sans trop d’inhibitions, sans trop de « pourquoi » qui compliquent et rigidifient la vie.
À l’inverse, celui qui recherche le bien moral, « réalisant que les biens vers lesquels il tend naturellement sont nécessaires à son épanouissement moral, se formule, sous forme de commandements pratiques, le devoir moral de les mettre en œuvre dans sa propre vie. Il s’exprime un certain nombre de préceptes très généraux qu’il partage avec tous les êtres humains et qui constituent le contenu de ce qu’on appelle la loi naturelle » (n° 45).
Cette redécouverte de la loi naturelle ne se limite pas à la sphère de la conscience individuelle, mais se projette directement dans l'espace public. C'est précisément à cette intersection entre morale et politique que trouve sa place dans l'intervention du Saint-Père. Le message que le Pontife a adressé à l'Académie pontificale des sciences sociales porte sur l'exercice du pouvoir et, en particulier, sur l'état de la démocratie à notre époque. Benoît XVI s'était déjà exprimé sur les limites de la démocratie moderne, perçue comme un simple rempart procédural et légaliste contre les atteintes à la loi . Comme l'a observé le pape Ratzinger , « il est évident que, sur les questions fondamentales de droit, où la dignité humaine est en jeu, le principe majoritaire ne suffit pas ».
C'est dans cette perspective que se situe Léon XIV, ayant manifestement une compréhension claire de la distinction entre la démocratie classique, comprise comme une « forme de gouvernement », et la démocratie moderne, comprise comme le « fondement du gouvernement ». Contrairement à la première, la seconde, bien qu'elle garantisse la participation aux décisions politiques ainsi que la capacité d'élire et de contrôler les gouvernements, ignore la loi de vérité – c'est-à-dire ce qui est véritablement juste et peut devenir loi – s'exposant ainsi au risque de « devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque pour la domination des élites économiques et technologiques », comme l'affirme Léon XIV.
Ce risque menace non seulement la démocratie, mais aussi l'ordre international. La situation actuelle révèle l'échec du simple « équilibre des puissances », qui nous a fait croire à la possibilité de trouver un terrain d'entente entre les nations. Un équilibre qui se croit capable de se passer d'un fondement objectif, apte à dialoguer avec les personnes de toutes cultures et de toutes religions, est voué à l'échec dès le départ. L'invitation que le Pape a adressée à la délégation de responsables politiques français en août 2025 incite à proposer avec une vigueur renouvelée le droit naturel comme voie de dialogue et de salut. « Il ne faut donc pas craindre de le proposer et de le défendre avec conviction », a déclaré le Pontife à cette occasion. « C’est une doctrine du salut qui vise le bien de tout être humain, l’édification de sociétés pacifiques, harmonieuses, prospères et réconciliées. »
Depuis lors, le Saint-Père n’a cessé d’étonner, comme lorsqu’à la fin du mois de mars, lors de sa visite en Principauté de Monaco, il a admiré la « souveraineté de Jésus » qui règne dans la cité-État monégasque (du moins sur le plan institutionnel), invitant à une compréhension plus profonde de la doctrine sociale de l’Église et, surtout, à en faire un engagement concret au quotidien.
Foi, doctrine sociale de l’Église, droit naturel, ce sont là les moyens essentiels pour garantir que la paix, une paix authentique, s'installe et devienne de plus en plus visible : « La paix ne peut se réduire à un slogan », observait Léon XIV lors de sa visite au Cameroun, « elle doit s'incarner dans un style personnel et institutionnel qui rejette toute forme de violence. [...] La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s'accueille et se vit. C'est un don de Dieu, qui se développe par un travail patient et collectif. C'est la responsabilité de tous, et avant tout des autorités civiles. »
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