Un jour, l'apôtre de Rome se rendit dans ces catacombes la veille de la Pentecôte. Tandis qu'il priait, le Saint-Esprit lui apparut sous la forme d'une sphère de feu qui pénétra dans sa bouche et se déposa dans son cœur. Il sentit son cœur se gonfler. Dès lors, comme plusieurs personnes en témoigneront plus tard, une chaleur mystérieuse mais perceptible, une véritable chaleur, émana de son cœur. Après sa mort, l'autopsie révéla que deux côtes s'étaient brisées, formant une arche pour accueillir le cœur hypertrophié.
Il est symbolique que la fête de saint Philippe Néri (le mardi 26 mai) soit si proche de la Pentecôte. Son expérience dans les catacombes est en effet un grand enseignement sur la manière dont nous devons accueillir l'Esprit Saint en ce jour. Comme pour tout miracle, sa rencontre avec le Saint-Esprit révèle de façon extraordinaire ce qui devrait être ordinaire pour chaque catholique. Et, pour ne pas considérer l'expérience de saint Philippe comme étrange, rappelons-nous que nous prions souvent pour la même chose : « Viens, Esprit Saint, remplis le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour. »
À savoir, des brûlures internes et des côtes cassées.
Tout d'abord, une révélation. Que l'Esprit Saint réside dans le cœur – centre de l'amour – nous en dit long sur qui Il est et ce qu'Il fait. L'Esprit Saint est l'Amour de Dieu. Il ne s'agit pas d'une simple pieuse formule, mais d'une profonde vérité théologique. L'Esprit Saint n'est pas seulement l'amour venant de Dieu. Il est l'amour de Dieu lui-même – c'est-à-dire l'amour qui réside en Dieu, entre le Père et le Fils, l'amour qui existe de toute éternité. Il est la Personne que saint Jean-Paul II appelait le « Don d'Amour incréé ».
En tant que Personne qui est Amour, l’Esprit nous est donné afin que nous puissions aimer. Car « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Romains 5:5). Tous ses dons et ses grâces nous sont accordés afin que nous soyons parfaits dans l’amour. Tous ses fruits sont, en définitive, les effets de l’amour. Le Saint-Esprit produit la sainteté, qui est la perfection dans l’amour.
De plus, l’image du feu révèle comment cette Personne accomplit son œuvre d’amour en nous. L’Esprit Saint est comme un feu, un amour qui purifie, illumine et vivifie. Il purifie nos cœurs des amours éphémères qui nous retiennent prisonniers. Il illumine nos cœurs pour que nous connaissions Dieu, que nous nous connaissions nous-mêmes et que nous sachions aimer. Il nous donne la force d’aimer les autres de l’amour même de Dieu.
Pour ceux qui l'entouraient, la chaleur qui émanait du cœur de saint Philippe manifestait l'amour de Dieu en lui. Une fois encore, cet événement extraordinaire révèle ce qui devrait être la norme. Notre union avec l'Esprit devrait produire en nous une chaleur qui rayonne sur les autres par nos paroles et nos actes. En réalité, le plus étonnant n'est pas que la chaleur de l'Esprit se soit manifestée à travers saint Philippe Néri, mais qu'elle ne soit pas si évidente en nous.
Deuxièmement, les côtes cassées. Il est important de noter que cette blessure n'a pas entravé la vie de Philippe. Il a mené une vie apostolique active pendant cinquante ans après l'incident. De toute évidence, ce don de l'Esprit s'est accompagné d' une certaine douleur. Mais nous devons la considérer comme la « douce violence » de l'Esprit dont parle saint François de Sales. Ou encore comme une correction salutaire, lorsque nous demandons à l'Esprit, dans la séquence d'aujourd'hui, de « plier le cœur et la volonté obstinés ».
En résumé, pour recevoir l'Esprit, il faut que quelque chose en nous se donne. Nous avons souvent tendance à vouloir forcer Dieu à entrer dans nos vies, à le faire agir pour nous. Mais l'Esprit ne s'adapte pas à nos vies terrestres. Il n'est pas, en quelque sorte, fait pour cela. À l'image d'un vent puissant qui apporte un air frais mais qui parfois bouleverse tout, il chamboule certains aspects de nos vies afin de lui laisser plus d'espace pour agir.
En réalité, l'Esprit n'a rien de pratique ni de confortable – au sens mondain du terme. Il vient non pour perpétuer nos vies telles qu'elles sont, mais pour habiter en nous et y reproduire la vie du Christ. Cela exige de notre part un changement. En vérité, même le réconfort qu'il apporte dépasse l'entendement du monde ; il ne correspond pas à sa conception du confort. Vivre selon l'Esprit requiert une volonté inconditionnelle de changer.
Notre Seigneur nous dit que le Père « ne compte pas son Esprit » (Jean 3, 34). En effet, il n’est pas avare. Mais nous, si. Nous dressons en nous des barrières et des obstacles à la croissance de son amour. Ou bien nous désirons utiliser ses dons de grâce pour nos projets personnels, au lieu de les consacrer à notre propre croissance spirituelle.
Pour que cette fête et ce don de l'Esprit soient efficaces, nous devons le laisser nous consumer et nous transformer. Purifier nos cœurs par le feu de son amour et les conduire là où il veut qu'ils soient.
Le père Paul Scalia est prêtre du diocèse d'Arlington (Virginie), où il exerce les fonctions de vicaire épiscopal pour le clergé et de curé de la paroisse Saint-Jacques de Falls Church. Il est l'auteur de « Que rien ne soit perdu : Réflexions sur la doctrine et la dévotion catholiques » et le directeur de publication de « Sermons en temps de crise : Douze homélies pour éveiller votre âme » .
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