On fait invariablement référence à l’accord de coalition conclu lors de la récente formation du gouvernement, qui stipule que, sur la base de données scientifiques solides, des efforts doivent être déployés pour étendre les directives anticipées en matière d’euthanasie aux personnes incapables de discernement en raison d’une démence, et que les conditions dans lesquelles cela est envisageable doivent être étudiées.

Lorsque l’on écoute les arguments avancés par les défenseurs bien connus de l’euthanasie et de son extension, il est frappant de constater que, sous la bannière d’une société pluraliste, une seule vision de l’humanité est mise en avant, à savoir celle d’une personne capable d’exercer son libre arbitre de manière absolue, ce qui doit lui garantir une autodétermination absolue. Toute autre conception de l’humanité, dans laquelle, par exemple, la dimension sociale et la responsabilité mutuelle sont explicitement considérées comme une dimension inhérente à la condition humaine, est rejetée comme une vision dépassée de l’humanité. Tout semble se réduire à une conception entièrement individualiste de l’humanité, où prévaut le principe du « chacun pour soi ». La seule préoccupation est désormais de savoir comment, dans des situations complexes d’incapacité – qui sont déjà interprétées de manière plus large que les seuls cas de démence –, garantir à la fois le libre arbitre de la personne et la diligence professionnelle de celui qui doit pratiquer l’euthanasie.

L’idée selon laquelle la vie en tant que telle, quelle que soit sa forme, peut avoir une valeur absolue, et que les êtres humains sont toujours des êtres sociaux – ce qui signifie que les décisions concernant la vie ont des répercussions sur les proches du défunt – est écartée comme étant tout à fait secondaire et hors de propos dans le débat actuel, qui vise à aboutir à une éventuelle extension de la loi. Tant les personnes concernées que leur entourage immédiat et, surtout, les soignants se trouvent ici confrontés à un dilemme moral dans lequel ils doivent, a priori, se conformer à une conception de l’humanité qui leur est imposée. Sous le prétexte de la liberté absolue, c’est en réalité la liberté elle-même qui est sapée, et le débat se déroule exclusivement dans un cadre éthique prédéterminé, fondé sur une conception de l’humanité qui n’est plus sujette à discussion ni à contestation.

Alors que, dans certains pays où le débat sur l’euthanasie en est, pour ainsi dire, encore à ses balbutiements, et où de sérieuses questions morales sont soulevées précisément au sujet de ce caractère sacré absolu de la vie et de la responsabilité sociale que chaque personne a envers les autres, et où l’on se demande donc si l’euthanasie en tant que telle peut réellement être considérée comme le fruit d’une compréhension croissante d’une humanité en pleine évolution, il s’agit là, pour notre pays, d’un débat depuis longtemps oublié et relégué aux oubliettes, dans lequel on regarde avec pitié ceux qui n’ont pas encore atteint cette maturité morale. L’argument est alors très vite avancé selon lequel certaines opinions doctrinales doivent être totalement exclues d’une société qui s’est affranchie de toute forme de considération religieuse ou philosophique ne s’alignant pas sur la nouvelle vision de l’humanité qui vient d’être mise en avant.

C’est ainsi que ceux qui tentent encore d’introduire une réflexion morale dans le débat, et s’efforcent à juste titre d’en faire le point de départ, sont très vite réduits au silence, accusés de cruauté inhumaine parce qu’on leur reproche d’être insensibles aux souffrances que d’autres doivent endurer. Car ce serait là une conception de l’humanité qui priverait les individus du droit de prendre des décisions autonomes concernant leur propre vie et qui permettrait à une idéologie de primer sur la situation concrète dans laquelle se trouve une personne.

Selon eux, « l’humanité » exige que l’on emploie tous les moyens pour soulager la souffrance et, si cela s’avère impossible, pour l’éliminer complètement. Le véritable sens de la compassion est réduit et perverti à l’élimination radicale de la souffrance par le fait de tuer activement l’autre, plutôt que d’honorer ce mot dans son sens véritable, où l’attention bienveillante portée à ses semblables reste la priorité. L’euthanasie est élevée au rang de forme suprême de compassion, en tant qu’acte d’amour par lequel une personne est délivrée de ses souffrances.

Ceux qui, en revanche, osent encore parler du caractère sacré absolu de toute vie – surtout lorsqu’il semble que ce soit avancé dans une perspective religieuse particulière et avec des connotations religieuses – semblent venir d’une autre planète. Ils deviennent des parias dans un pays qui s’est présenté à l’échelle mondiale comme un pionnier du débat éthique, où le seul objectif est désormais de promouvoir à la fois l’avortement et l’euthanasie en tant que droits humains fondamentaux.

Le fait que cela ait déjà été réalisé en France dans le domaine de l’avortement pourrait bien être considéré par certains Belges comme un échec à rester à l’avant-garde de la libération de toute forme d’ingérence morale dans les décisions concernant la vie et la mort, fondée sur un triomphe absolu de l’autodétermination que personne ni rien ne peut remettre en cause. C’est ainsi que le respect absolu de la vie a été relégué aux oubliettes et est finalement devenu tabou. La véritable question n’est pas de savoir si nous sommes devenus plus libres, mais si nous sommes devenus plus humains.