Fraternité Saint-Pie X : "une immense tristesse" (Christophe Geffroy sur La Nef) (01/07/2026)
L'éditorial de Christophe Geffroy sur La Nef ( n°393 Juillet-Août 2026):
Fraternité Saint-Pie X : une immense tristesse
Au moment où vous lirez ces lignes, écrites fin juin, sauf bouleversement très improbable, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) aura passé outre l’exhortation du pape, et les évêques consécrateurs ainsi que les quatre nouveaux évêques auront été excommuniés latae sententiae (c’est-à-dire automatiquement, ils se sont eux-mêmes excommuniés) le 1er juillet 2026. C’est une immense tristesse pour tout catholique de voir ainsi une déchirure non seulement persister, mais s’aggraver. Tristesse également de constater l’impossibilité d’un dialogue apaisé entre frères censés professer la même foi. Nul doute que les membres et fidèles de la FSSPX aiment profondément le Christ et estiment, subjectivement, ainsi servir l’Église. Nous savons combien une telle déchirure touche bien des âmes partagées entre leur attachement à cette Fraternité et leur souci de fidélité à l’Église, combien elle divise des familles et des catholiques qui, dans un monde où le christianisme est devenu minoritaire, déplorent d’autant plus ces querelles intestines souvent mal appréhendées.
Un risque de schisme
Et pourtant, la réalité est là, la dissidence de la FSSPX est d’une extrême gravité puisqu’elle est de nature schismatique, ainsi que l’avait souligné Jean-Paul II dès 1988. Il ne s’agit pas de divergences secondaires ou « tactiques » qui autoriseraient des points de vue différents, tous légitimes, sur une question ouverte ; non, il s’agit de positions doctrinales – conception de la Tradition, rejet profond du concile Vatican II (liberté religieuse et œcuménisme tout particulièrement) et de la messe réformée par saint Paul VI – et d’une attitude ecclésiale de rébellion susceptibles de conduire à un schisme dans l’Église : qui prétendrait que cela est secondaire ? Au regard de cette réalité, les bonnes intentions des dirigeants de la FSSPX ne suffisent pas et ne peuvent rendre bon et licite un acte dont l’objet ne l’est pas – sauf à tomber dans un pur subjectivisme étranger au catholicisme.
Certes, « il y a des demeures nombreuses dans la maison de mon Père » (Jn 14, 2), enseigne le Christ. L’Église n’est pas uniformité et il est heureux que des différences puissent s’affirmer en son sein. Mais l’Église n’est pas non plus une « auberge espagnole » devant tout accepter, et il y a des limites largement franchies par la FSSPX depuis bien longtemps. Les prêtres et fidèles qui la soutiennent sont tellement enracinés dans un esprit de combat contre la hiérarchie ecclésiale pour la défense de la « messe de toujours » et de « l’Église de toujours », qu’ils en ont perdu le sensus Ecclesiae, leur combat étant devenu plus important que la communion ecclésiale.
Un contexte de crise à ne pas oublier
N’oublions pas, cependant, que tous les torts ne sont pas d’un seul côté. La FSSPX n’est pas tombée du ciel. Elle n’a existé et ne s’est développée qu’en raison d’un contexte de crise très grave dans l’Église dont la hiérarchie a sa part de responsabilité. Méditons ces fortes paroles du sage Benoît XVI : « En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Église n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Église ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions ont réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau » (Lettre aux évêques, 7 juillet 2007).
Dans ce contexte, il faut rendre hommage aux communautés attachées à l’ancien missel qui sont demeurées fidèles à Rome : elles sont d’ailleurs la preuve vivante qu’il est possible de vivre l’attachement à cette liturgie en pleine communion avec le pape et l’Église, rendant caduc l’argument sur « l’état de nécessité » invoqué par la FSSPX. Le cas de cette Fraternité montre combien le fait d’absolutiser le rite liturgique ou tel aspect du magistère conduit à une rigidité et une fermeture d’esprit qui finissent par obstruer l’intelligence et le discernement. C’est un exemple à méditer, notamment pour ceux qui ne sont pas gênés par une certaine porosité avec la FSSPX.
Après ces ordinations épiscopales sans mandat pontifical, il faut sans doute maintenant laisser les choses reposer. Il convient néanmoins de garder l’esprit ouvert, de ne jamais se satisfaire d’une telle rupture et de toujours essayer de conserver le contact, le dialogue, une main tendue pour le retour dans le bercail de la brebis égarée la plus proche. C’est une intention de prière qui demeure.
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Commentaires
Christophe Geoffroy a toute aisance de se donner de l’importance sur l’imposant journal La Neffe. Mais il se révèle tout à fait ignorant et insouciant ou inconscient des raisons profondes qui motivent les décisions de la FSSPX, décisions dont elle a largement exposé les raisons dans plusieurs courriers parus sur plusieurs blogs catholiques sauf, apparemment, sur La Neffe.
Il n’est pas seulement question de liturgie ou de droit canonique mais principalement d’hérésies que la FSSPX se refuse de soutenir et qui sont toujours acceptées par l’actuel pontife Prévost, et que Christophe Geffroy semble totalement ignorer ou totalement éluder émettant ainsi une critique partisane et partiale. Pourtant, ce sont des hérésies dont un grand nombre du 1,3 milliard de baptisés est conscient, hormis, étrangement. le grand nombre des cardinaux et des évêques.
Faut-il donc une fois de plus rappeler ce que bien d’autres que les frères catholiques de la FSSPX rejettent :
▪︎ La lettre apostolique Amoris Laetitia,
▪︎ La déclaration d'Abu Dhabi,
▪︎ Les épisodes de la pachamama,
▪︎ Les encycliques Fratelli Tuti, Laudato Si, Laudate Deum qui suscitent de la confusion,
▪︎ Le dernier conclave avec plus de 120 cardinaux contrairement aux dispositions de la constitution apostolique « Universi Dominici Gregis”,
▪︎ La position et le comportement de la hiérarchie ecclésiastique catholique lors de la tragédie (ou comédie) covid19 avec de graves conséquences pour un grand nombre de catholiques,
▪︎ L’estompement de la morale sexuelle et les dysfonctionnements qui en résultent, dont les nombreuses nominations inquiétantes d’évêques effectuées par Léon XIV
▪︎ Fiducia Supplicans, notamment et heureusement rejeté par l’Eglise d’Afrique,
▪︎ Traditionis Custodes qui est une abolition manifeste (par vengeance ?) de Summorum Pontificum qui avait permis la paix liturgique,
▪︎ Mater Populi fidelis que les dévots de la Très Sainte Trinité Marie ne sauraient accepter.
▪︎ La Synodalité qui s’avère plus faussement oecuménique que catholique et suscite aussi des débats et des divisions même au sein de la hiérarchie qui y participe.
Tout cela devrait aussi susciter beaucoup de tristesse, d’inquiétudes et de raisons d’y remédier.
Se nourrir d illusions est une erreur fatale qui fait perdre la foi. L’abstraction, la soustraction et la négation de certaines réalités éludent la vérité et génèrent systématiquement la division. La véritable Église a toujours lutté contre de telles erreurs fatales.
Il y a des péchés bien plus graves que ceux dont on accuse la FSSPX. Beaucoup de personnes qui ont quelques dizaines d’années commencent à douter de la sincérité et de l’intégralité de la Rome actuelle. Et cela, personne ne saura l’empêcher. Avec ou sans la FSSPX, les germes de schisme qui ont été semés (comme l’ivraie dans le bon blé) vont produire leurs résultats.
Écrit par : Un veilleur | 02/07/2026