Les 200 martyrs du monastère de Cardena (07/08/2026)

Du site "1000 raisons de croire" :

La terre de Cardena de souvient du martyr des 200 moines

L’Espagne des IX et Xe siècles est en pleine expansion mahométane. Les razzias des troupes musulmanes d’Abd al-Rahman III, au service du tout nouveau califat de Cordoue, font rage et détruisent tout sur leur passage. C’est dans ce contexte que le monastère Saint-Pierre de Cardena, proche de Burgos, immense et florissant avec ses quelque deux cents moines, est ciblé. Si les historiens ne s’accordent pas sur l’année du massacre, ils confirment tous que le martyre eut bien lieu, un 6 août, dans le courant du IXe ou début Xe siècle. L’atrocité des faits marque considérablement les esprits, autant que le courage du père abbé, Étienne, qui, par son exemple de foi, procure aux autres moines le courage de rester fidèles jusqu’au bout. Un miracle surprenant s’ensuit : chaque année, au jour anniversaire, le sol du cloître où sont morts les martyrs se recouvre mystérieusement de sang frais, qui disparaît le lendemain. La reconnaissance de ce miracle, ainsi que la canonisation des moines par le pape Clément VIII en 1603, s’accompagne de la diffusion de leur culte et de leurs reliques dans toute l’Espagne. Aujourd’hui, des moines trappistes font rayonner ce lieu et sont témoins du retour à la foi de nombreux fidèles par leur intercession.


Les raisons d'y croire

  • Les faits sont suffisamment rares et d’une telle brutalité qu’ils ont marqué l’histoire chrétienne, ce qui exclut qu’ils soient le fruit de l’invention. Le nombre impressionnant de 200 moines (certaines sources parlent de 300) est connu grâce à un texte signé et paraphé par 204 moines à leur entrée au noviciat quelques années auparavant, à la Noël 921. Selon le Becerro (codex du monastère), il n’est en outre pas étonnant de constater autant de vocations dans le contexte de Reconquista de l’époque face à l’avancée de l’islam.
  • La première chronique chrétienne qui rapporte les faits vient du roi Alphonse X de Castille, en 1262. Il y est question de 300 moines massacrés : « Ils gisent tous ensevelis dans le cloître. » Deux pierres portant une épitaphe gravée en leur honneur y furent scellées.
  • Le miracle du sang est attesté à plusieurs reprises par les nombreux pèlerins qui viennent se recueillir au cloître du monastère, parmi lesquels le roi Henri IV de Castille. Dans un privilège royal (texte juridique), adressé en 1473 aux moines de San Pedro de Cardena, celui-ci confirme le miracle dans son préambule : « Par eux, chaque année, notre Seigneur fait un miracle, qu’au jour où ils furent égorgés, le sol du cloître où ils furent ensevelis apparaît de couleur de sang. » Ce prodige dure jusqu’à la fin du XVe siècle, jusqu’à l’expulsion des Arabes de la péninsule ibérique par les rois catholiques, ce qui augmente leur foi.
  • Le bref de canonisation émis par le pape Clément VIII en 1603 reconnaît la mort des 200 moines et le miracle du sang.
  • Plus tard, Francisco de Berganza, bénédictin et historien du XVIIIe, effectue un travail titanesque de recherches sur le monastère en écrivant Las antigüedades de España. Il insiste sur le caractère répété du signe : le cloître se couvre de ce liquide rouge le 6 août, jour de leur martyre, puis il sèche le lendemain, et ce chaque année.
  • On apprend par Berganza que le père abbé, prénommé Étienne, se sachant en danger, réunit ses moines pour une allocution émouvante, rapportée certainement par un survivant : « Réconfortés, les moines, par la doctrine et l’exemple du saint abbé, unanimes et conformes, attendirent les Maures pour recevoir la couronne du martyre. » C’est leur foi en Jésus-Christ, à la fois personnelle et commune, qui porte les moines à faire face à l’ennemi.
  • Du côté des Maures, on détient aussi un récit, publié en 1981, de Ibn Ḥayyan, grand historien musulman de Cordoue du Xe siècle, qui décrit les campagnes du calife Abd al-Rahman III, dont celle de 934 à Cardena. On prend la mesure del’horreur et de l’ampleur de l’attaque : les musulmans veulent piller des trésors qu’ils pensaient trouver là, mais le père abbé Étienne leur répond que le plus grand trésor est le cœur des moines. Cette réponse ne leur plaisant pas, « les moines furent criblés de flèches avec fureur et traversés par les alfanges, piétinés par les chevaux, le sang versé trempant le sol ».
  • Le Catéchisme de l’Église catholique explique que « le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi » (§ 2473). Suivre le Christ signifie le suivre également dans la douleur et accepter les persécutions par amour de l’Évangile (cf. Mt 24,9-14 Mc 13,9-13 Lc 21, 12-19 ) : « Vous serez détestés de tous à cause de mon nom » ( Mc 13, 13 Jn 15,21 ).
  • Il est également rapporté que le Cid, ce chevalier espagnol héros et figure de la Reconquista espagnole, venait se recueillir au monastère demander la force dans la prière à ces 200 saints.
  • Le père abbé de la communauté trappiste qui occupe aujourd’hui le monastère témoigne de l’impact du martyre sur l’ordre et sur ses moines, qui se sentent fortifiés et encouragés par leur exemple à offrir leur vie à Dieu sur le même lieu où l’ont fait les saints martyrs.

 

En savoir plus

Selon Zamora et Caballero, dans Historia general de Espana y de sus posesiones de ultramar (Madrid, 1878, Astorf H. Éditeurs, tome I, page 116), le massacre eut lieu en 834. Selon Menendez Pidal, en revanche, il le situe en 953. Les deux positions des historiens se tiennent. C’est donc un point de débat historiographique. En revanche, nul doute sur le fait que 200 moines furent exterminés par les Maures. La tradition monastique penche, elle, plutôt pour la date de 872, qui se base sur l’écrit apposé au fronton du cloître du monastère. Cependant, elle remet en question cette date grâce aux nouvelles recherches (campagne bien attestée d’Abd al-Rahman III, cohérence avec les sources arabes), qui adoptent la date de 934, comme la majorité des historiens récents (Dozy, Pérez de Urbel, Martinez Diez, etc.). Toutefois, ces divergences ne constituent pas un obstacle à la reconnaissance du martyre ni à la foi en sa réalité. Et, justement, toutes les recherches convergent vers le témoignage de foi des 200 victimes tuées in odium fidei.

L’abbé Etienne exhorte ainsi ses frères avant l’arrivée des Maures : « Ne la fuyons pas, elle vient nous chercher à la maison ; nous sommes fils de l’amour avec lequel Jésus-Christ sacrifia sa vie, et volontairement se livra pour nous à la fureur de ses cruels ennemis. Tâchons de payer à ce Seigneur une telle dette en monnaie semblable. Nous sommes religieux, dont la vie doit être d’être morts au monde et crucifiés avec le Christ. Si l’occasion arrive, mourons : soyons crucifiés avec le Christ. Nous sommes religieux, dont la religion nous enseigne que, nous reniant nous-mêmes, nous nous offrions à Dieu en holocauste… Maintenant, il veut que volontairement nous mourions. Ne perdons pas une si bonne occasion… Moi, je suis résolu à attendre les ennemis et à les recevoir comme ceux qui m’apportent la vie glorieuse et la couronne perpétuelle. »

Le miracle du sang apparaît ensuite comme un don surnaturel pour édifier la foi et se souvenir, et contribue de façon significative à l’expansion du message du Christ sauveur.

Depuis que la communauté trappiste s’est installée dans cet ancien monastère, en 1942, le cénobium a été renommé Sainte-Marie-des-Martyrs-de-Saint-Pierre-de-Cardena, en référence à ces mêmes martyrs et à la Sainte Mère de Dieu, sous le patronage de laquelle sont placés tous leurs monastères. Les moines trappistes y célèbrent la solennité le 6 août, en transférant la fête de la Transfiguration du Seigneur au 7 août, grâce à une permission accordée il y a peu par le Dicastère pour le culte divin. Ce lieu de pèlerinage continue d’attirer des vocations de moines.


Au delà

Le souvenir de ces martyrs est encore vif de nos jours, comme en témoigne l’autorisation procurée cette année aux moines par les archevêques de Tolède et de Burgos de célébrer la sainte messe du jour selon le rite hispano-mozarabe, qui était celui de l’époque. Plusieurs traditions se sont également propagées, comme des processions, la naissance d’une confrérie, la participation des villages voisins à la sainte messe, ou la visite du cloître pour boire à la « Fontaine des Martyrs ».


Aller plus loin

R. Sanchez Domingo (coord.), El Monasterio de San Pedro de Cardena a lo largo de la historia, Imprenta Provincial, Burgos 2018, p. 109-134.


En complément

  • L’article succinct en français sur le site Internet Nominis .
  • Les 200 martyrs de Cardena, Souvenirs et critiques, Ildefonso Rodriguez y Fernandez, 16 mai 1924. Livre numérique disponible .
  • Francisco de Berganza, Antigüedades de Espana, propugnadas en las noticias de sus reyes, y condes de Castilla la Vieja, en la historia apologética de Rodrigo Diaz de Bivar, dicho el Cid Campeador, y en la cronica del Real Monasterio de San Pedro de Cardena, tome I : Madrid, Francisco del Hierro, 1719. Tome II : Madrid, Francisco del Hierro, 1721.

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