Guerres liturgiques : un "ainsi" papal en guise de dernière salve (27/08/2026)

Du substack de Diane Montagna :

Guerres liturgiques — Dernière salve : un « ainsi » papal

Les rédacteurs de la catéchèse du mercredi du pape Léon ne lui ont pas rendu service, affirme un éminent spécialiste de la liturgie

26 août
 
Ces derniers mois, plusieurs tentatives notables ont été menées pour réaffirmer la ligne officielle selon laquelle la réforme liturgique issue du Concile Vatican II est conforme aux souhaits mêmes du Concile et ne saurait faire l’objet d’aucune critique, et que les anciens rites liturgiques n’ont guère, voire pas du tout, leur place dans la vie de l’Église.

Il suffit de rappeler trois exemples récents : l’interview du cardinal Arthur Roche accordée le 29 juillet au journal The Tablet ; l’article publié ensuite dans le quotidien laïc espagnol La Razón, affirmant que le rapport discrédité du cardinal Roche sur la liturgie — distribué aux cardinaux lors du premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV — reflète la pensée du pape sur le rite romain traditionnel ; et la récente affirmation d’Andrea Grillo selon laquelle « l’ancien rite n’existe plus depuis l’approbation du Novus Ordo ».

Le dernier épisode en date s’est produit aujourd’hui lors de l’audience générale du pape, dans sa dernière catéchèse sur la Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium.

Dom Alcuin Reid, spécialiste de la liturgie de renommée internationale — dont la thèse de doctorat sur la réforme liturgique a été publiée sous le titre *The Organic Development of the Liturgy*, avec une préface du cardinal Joseph Ratzinger — propose ici une analyse et quelques commentaires.

Guerres liturgiques — Dernière salve : un « Ainsi » papal

Dom Alcuin Reid

Les papes sont des hommes très occupés et, à juste titre, ils sont assistés par des rédacteurs pour préparer leurs discours. Lorsqu’il s’agit de sujets particuliers, ces ébauches proviennent souvent du dicastère ou du département concerné de la Curie romaine, et il est presque certain que les discours prononcés lors des audiences générales de ces derniers mois sur la Constitution sur la liturgie sacrée du Concile Vatican II, *Sacrosanctum Concilium*, provenaient du Dicastère pour le culte divin. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela et, dans l’ensemble, les discours prononcés lors des audiences générales ont constitué une catéchèse liturgique raisonnable, soulevant parfois des points pertinents.

Le discours prononcé aujourd’hui lors de l’audience générale ne portait toutefois pas sur la liturgie en soi. Il s’est plutôt aventuré sur le terrain miné de ce que l’on appelle depuis quelques décennies « les guerres liturgiques », dont la question centrale est de savoir si la réforme liturgique qui a suivi le Concile était effectivement fidèle au mandat donné par celui-ci (et au développement organique de la liturgie tel que l’exigeait l’article 23 de la Constitution). Si tel n’était pas le cas, les rites promulgués par la suite pourraient être légitimement remis en cause, voire écartés au profit des rites non réformés, ou faire l’objet d’une « réforme de la réforme » visant à respecter les directives effectives du Concile.

Une fois prononcé, un projet devient un texte papal, et le fait que le pape exprime une opinion dans un discours (précisons-le, un discours d’audience générale n’est pas en soi un enseignement contraignant et infaillible) constitue certainement un coup d’une certaine importance. Et lors de son audience générale d’aujourd’hui, le Saint-Père — intentionnellement ou non — a assurément rallié les troupes de ceux qui, dans cette guerre, se rangent du côté des fondamentalistes de Vatican II (qui s’accrochent aux rites réformés avec plus de rigidité que n’importe quel soi-disant « traditionaliste » jamais connu).

Il l’a fait en ces termes simples : « La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II est ainsi fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église. » Son « ainsi » implique une déduction et une décision selon lesquelles les exigences de Sacrosanctum Concilium, n° 23, selon lesquelles « il ne doit y avoir aucune innovation, à moins que le bien de l’Église ne l’exige véritablement et certainement ; et il faut veiller à ce que toute nouvelle forme adoptée découle d’une manière ou d’une autre organiquement des formes déjà existantes », ont été respectées. Et si tel était le cas, il n’y aurait aucun problème — il n’y aurait aucune raison de parler d’une « réforme de la réforme » ou de la nécessité de continuer à célébrer les rites non réformés.

Le problème est toutefois que celui qui, au sein du Dicastère pour le culte divin, a très probablement mis ces mots dans la bouche du Saint-Père lui a fait prononcer le plus grand non-sens liturgique de ces soixante dernières années environ. De même, bien que le rédacteur soit clairement convaincu de cet « ainsi », cela ne découle pas des éléments présentés dans le texte. Un étudiant de premier cycle dans n’importe quelle faculté réputée se verrait renvoyer un tel travail pour insuffisance.

On relève ici de nombreux exemples de formulation inadéquate : le Concile a appelé à un renouveau de la liturgie sacrée (« instauratio ») et non à sa « rationalisation » — un terme a posteriori qui indique clairement ce que souhaitent en réalité croire les partisans des rites plus récents. Le Magistère n’est pas intervenu de manière active dans l’histoire de la liturgie pour adapter ses formes aux besoins des différentes époques ; il a étendu les développements locaux à l’Église universelle ou les a ajoutés à l’usage romain à titre d’exemple, qui était alors souvent imité ailleurs. Comme l’ont observé notamment le cardinal Ratzinger, ce qui s’est produit à la suite du dernier concile œcuménique n’avait jamais été vu auparavant dans l’histoire de l’Église. Aucun dicastère liturgique centralisé (la Sacrée Congrégation des Rites) n’existait jusqu’à la fin du XVIe siècle. Même alors, il n’avait pas pour mandat de remanier périodiquement la liturgie. Les Églises locales et les ordres religieux conservaient leurs propres rites traditionnels. Une réforme radicale des rites liturgiques n’était en fait pas nécessaire pour rendre la liturgie plus accessible après le Concile Vatican II — une réalité que la participation pleine, consciente, effective et extraordinairement fructueuse aux rites non réformés aujourd’hui met parfaitement en évidence. On pourrait en dire bien plus, mais il y a peut-être trois points supplémentaires importants à souligner.

Le premier point concerne la citation, malheureuse mais enthousiaste, de la lettre du cardinal Montini datant de 1962, dans laquelle le futur Paul VI affirme que la liturgie est « d’une part… un vecteur de l’enseignement divin ; d’autre part… une voix en dialogue avec Dieu ». Le problème est que, si la liturgie est effectivement formatrice, elle n’est pas avant tout didactique ou catéchétique. Il s’agit d’une activité cultuelle, c’est-à-dire d’un culte qui nous forme en tant que chrétiens en nous faisant entrer en contact avec le divin à l’œuvre dans et à travers ses rites sacrés. De même, la liturgie n’est pas un dialogue avec Dieu au sens moderne du terme « dialogue », où l’on s’assoit en tant que partenaires égaux pour trouver une solution. La liturgie est le lieu privilégié où nous écoutons la Parole de Dieu avec attention et réceptivité, où nous participons aux fruits de l’action salvatrice du Christ et où nous y répondons de manière appropriée par la conversion de nos vies et en vivant fidèlement notre vocation et notre mission chrétienne. Pour être juste, le texte cite plus loin le discours de Paul VI à la clôture de la deuxième session du Concile, dans lequel il décrit à juste titre la liturgie comme « la source première de cet échange divin par lequel la vie de Dieu nous est communiquée ». Les rédacteurs de Paul VI étaient manifestement plus compétents. Il en va de même pour la théologie de la liturgie propre à Sacrosanctum Concilium (voir notamment les articles 7 et 8).

Le deuxième point concerne cette exégèse plutôt banale de l’article 48[1] :

« À travers les gestes rituels de l’Église, tandis que l’on célèbre le mémorial de l’œuvre du salut, l’occasion est offerte de vivre une véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Étant donné que les gestes et les paroles de la liturgie sacrée sont essentiels à la réalisation de cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive. »

Rien de tout cela n’est faux, mais c’est anémique — et le Saint-Père mérite mieux pour son discours.
Car la liturgie sacrée n’est pas une « occasion » (parmi d’autres) de vivre une véritable relation avec Dieu. Elle est, comme l’enseigne le Concile, « le sommet vers lequel tend l’activité de l’Église ; en même temps, elle est la source d’où découle toute sa force ». (Constitution, art. 10) Autrement dit, elle jouit d’une primauté, d’une objectivité dans la vie chrétienne à laquelle les autres « occasions » sont subordonnées.

Dans ce contexte, « les gestes et les paroles » ne sont pas simplement « essentiels à la réalisation de cette expérience », ils sont les vecteurs mêmes de cette rencontre divine privilégiée — d’où les termes « liturgie sacrée » et « rites sacrés ». L’ensemble des actions et des paroles qui constituent un rite liturgique revêt ainsi un caractère sacré ; elles deviennent elles-mêmes des sacramentaux. L’encens, le latin, le chant grégorien et la prière orientée vers l’Est n’ont évidemment pas le même statut que l’utilisation du pain et du vin et les paroles mêmes du Seigneur lors de la messe, mais l’Église les a à juste titre employés dans sa tradition, non seulement comme des éléments appropriés des rites liturgiques, mais comme des éléments plus qu’appropriés qui ont acquis un caractère privilégié par leur usage dans la tradition de l’Église. C’est précisément pour cette raison que le Concile Vatican II n’a pas appelé à leur abolition ou à leur remplacement, mais a au contraire souligné leur place privilégiée dans le rite occidental, tout en appelant à une formation liturgique généralisée du clergé et des laïcs afin de faciliter une participation pleine, effective et consciente aux rites dont ils constituent des piliers importants, de manière à nourrir et à soutenir davantage la vie et la mission chrétiennes.

Nous abordons ici la troisième question : la distinction, dans la liturgie, entre les éléments divins et immuables et les éléments apparemment purement humains. Cette distinction conduit à minimiser l’importance de ces derniers qui, dit-on, « admettent diverses modifications, selon que l’exigent les besoins de l’époque, les circonstances et le bien des âmes ». Dans une certaine mesure, cela est vrai, et la liturgie s’est développée (de manière organique) au cours de l’histoire. Mais à un autre niveau, cette distinction est pernicieuse en ce qu’elle permet de réduire tout ce qui n’est pas « immuable » au rang de ce qui est presque modifiable au gré des caprices. Ce n’est pas du tout ce que le Concile avait prévu, mais, comme l’a observé le cardinal Ratzinger, cela peut devenir :
« la mauvaise voie sur laquelle nous pourrions être entraînés par une théologie sacramentelle néo-scolastique déconnectée de la forme vivante de la liturgie. » Sur cette base, on pourrait réduire la « substance » à la matière et à la forme du sacrement et dire : le pain et le vin sont la matière du sacrement ; les paroles d’institution en sont la forme. Seules ces deux choses sont réellement nécessaires ; tout le reste est modifiable… Tant que les dons matériels sont présents et que les paroles d’institution sont prononcées, tout le reste est librement modifiable. »

On peut peut-être pardonner cette erreur à l’auteur : les subtilités en jeu sont certes assez pointues, mais elles n’en sont pas moins réelles, et leur méconnaissance risque bel et bien de réduire les rites liturgiques à de simples questions de préférence passagère (comme le démontrent si clairement les divers abus des rites modernes). Le Concile a appelé à une instauratio (renouveau) des rites dans la continuité, et non à une rupture substantielle avec la tradition liturgique reçue, qui les a révisés et refaits selon les préférences des personnes concernées tout en ne conservant que ce qui était nécessaire à la validité sacramentelle.

Au cours des dernières décennies, un nombre considérable d’études ont examiné toutes ces questions — parmi lesquelles, bien sûr, celles du futur pape Benoît XVI lui-même. Le pape Léon n’est pas lui-même un spécialiste de la liturgie — et il n’y a aucune raison qu’il le soit. Cependant, le Saint-Père devrait être assisté et soutenu par ceux qui peuvent lui fournir des textes moins embarrassants et, dirons-nous, plus « inclusifs ».

Malheureusement, le texte de l’audience générale d’aujourd’hui sera perçu par certains comme une manœuvre politique visant à marquer des points, et sera vécu comme un coup dur et décevant par d’autres. Je suis certain que le Saint-Père n’a ni l’intention ni la volonté de faire l’un ou l’autre. Les appels constants de Sa Sainteté à l’unité et à l’inclusivité, tout en respectant la diversité légitime, se situent au-dessus de ces manœuvres politiques. Il en va de même pour une érudition solide et l’histoire liturgique réelle.

Continuons à prier pour le Saint-Père, en particulier pour qu’en matière de liturgie sacrée, il promeuve véritablement une politique d’inclusion et de respect mutuel, en évitant les manœuvres de ceux qui voudraient utiliser ses paroles pour servir leur cause. Le pape Benoît XVI a donné un conseil avisé au sujet des « guerres liturgiques » : « Ouvrons généreusement nos cœurs et faisons place à tout ce que la foi elle-même permet. » Sa politique a conduit à la paix liturgique. Le pape Léon ferait bien de s’y référer à nouveau.

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[1] 48. L’Église désire donc ardemment que les fidèles du Christ, lorsqu’ils assistent à ce mystère de la foi, ne soient pas là comme des étrangers ou des spectateurs silencieux ; au contraire, grâce à une bonne compréhension des rites et des prières, ils doivent prendre part à l’action sacrée en étant conscients de ce qu’ils font, avec dévotion et pleine collaboration. Ils doivent être instruits par la Parole de Dieu et se nourrir à la table du Corps du Seigneur ; ils doivent rendre grâce à Dieu ; en offrant la Victime immaculée, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi avec lui, ils doivent apprendre à s’offrir eux-mêmes ; par le Christ, le Médiateur, ils doivent être attirés jour après jour vers une union toujours plus parfaite avec Dieu et entre eux, afin qu’en fin de compte Dieu soit tout en tous.

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