Les réflexions et contributions visant à retrouver une unité liturgique suivent leur cours, avec bonheur. Il s’agit souvent d’analyses et de propositions approfondies, fondées sur une bonne connaissance de la science liturgique. Ces lignes seront plus modestes et s’en tiendront à une simple réflexion pastorale.
Avant même de prendre en considération le rite utilisé pour la célébration de la messe, nombre de fidèles souhaitent trouver un climat de prière et d’adoration, une célébration qui aide à nourrir le sens du sacré qui permet une vie spirituelle profonde. Pour certains, les marqueurs principaux sont le latin et le chant grégorien ; il se peut même qu’ils ne distinguent pas bien les deux rites.
Je me souviens d’un dimanche de juin, où je venais de concélébrer, avec un père abbé, la messe conventuelle dans un monastère de la congrégation de Solesmes. C’était le missel de Paul VI, intégralement en latin et chant grégorien, avec les seules lectures, l’homélie (!) et la prière universelle en langue vernaculaire. Nous avions pris le canon romain.
Une fidèle me rejoignit à la sortie de la messe et, en me saluant chaleureusement, s’exclama : « Merci, mon père, pour cette très belle messe tridentine ! » Je lui répondis en lui disant ma joie qu’elle ait pu prier de façon à élever son cœur vers Dieu et lui demandai ensuite : « Qu’est-ce qui vous fait dire que c’était une messe tridentine ? » La réponse fut la suivante : « Vous avez pris le canon avec tous les saints… »
Voilà ce qu’attendent des fidèles qui se tournent vers le missel tridentin. Certains fidèles n’en demandent pas plus. Leur attente est légitime. Si elle n’est pas accueillie, peut-être seront-ils tentés de trouver ce climat liturgique à n’importe quel prix, y compris dans une participation à la liturgie eucharistique même si le célébrant n’est pas en communion avec l’évêque de Rome.
Un attachement légitime
J’appartiens à une génération qui a vécu à la fin des années 1960 et durant les années 1970 un rejet du latin et du chant grégorien, alors même que les principes énoncés dans Sacrosanctum Concilium sont clairs : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins » (SC 36,1) et « toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place ». (SC 36,2)
Un peu plus loin, on lit : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place » (SC 116).
Ce n’est pas le lieu ici de revenir sur la façon dont la réforme liturgique a été mise en place, sur le rôle des commissions conciliaires et post-conciliaires, sur les interventions des autorités ecclésiastiques. Il y aurait certainement beaucoup d’enseignements à en tirer.
Reste que certains fidèles ont toujours été attachés à la langue latine et au chant grégorien. Cet attachement est légitime, car sanctionné par des documents ayant le plus haut degré d’autorité. Une insatisfaction de ces fidèles, encore maintenant, devrait être prise en compte.
Un certain ostracisme « anti-latin »
Nous pourrions nous demander si en France, en juin 2026, chaque diocèse compte suffisamment de messes célébrées intégralement en latin, suivant l’ordo en vigueur, accompagné par le chant propre de l’Église romaine, le chant grégorien.
D’autre part, les séminaristes qui le souhaitent peuvent-ils facilement être formés à la célébration de la messe conciliaire en latin ? N’y a-t-il pas encore des blocages qui rendent impossible, de façon habituelle, une célébration de la messe en latin telle qu’elle est prévue par le concile ?
Il n’est évidemment pas question de revenir au tout latin, et l’on voit l’effet pastoral bienfaisant, et la légitimité, qu’a l’utilisation des langues vernaculaires, mais ne rencontre-t-on pas toujours un certain ostracisme « anti-latin » ? De telles attitudes, ou un manque d’initiatives dans le sens de l’accueil des textes du concile, favorisent-ils la communion à laquelle le Saint-Père Léon XIV est si attaché et qu’il cherche à affermir et à entretenir ?
Pour une pacification liturgique
Les interventions les plus importantes de l’abbé de Solesmes de l’époque, dom Jean Prou, au concile, concernèrent la restauration de la concélébration qu’il appelait de ses vœux, la défense de la langue latine et du chant grégorien. Le texte conciliaire sur la liturgie montre que la pensée de dom Prou fut largement partagée par les Pères.
De même, saint Paul VI, durant son pontificat n’a cessé de donner des indications pour que le latin ne soit pas évacué de la liturgie, et que les fidèles de tout pays puissent continuer à chanter en latin certaines parties de l’ordinaire de la messe (gloria, credo, pater…).
Le climat actuel n’indiquerait-il pas qu’il y aurait une fécondité à ce que ces points du concile soient de nouveau présentés et reçus ? Ne serait-ce pas une contribution importante à la pacification des cœurs, à une pacification liturgique ?
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Commentaires
Pour avoir la Paix, il faut déjà accepter le combat spirituel personnel, intérieur qu’Elle nécessite pour y parvenir.
Écrit par : Rébécca | 11/09/2026
Et il faut signaler que la grande abbaye de Solesmes célèbre la messe en latin selon le rituel de Saint Paul VI de 1969.
Denis Crouan qui est professeur de liturgie pour l'Institut Docteur Angélique, s'est vu d'ailleurs confier une mission par Dom Geoffroy Kemlin, Abbé de Solesmes, en rapport avec la future canonisation Dom Guéranger :
La vie de Dom Prosper Guéranger, restaurateur de la vie monastique à Solesmes (1805-1875) (52 mn) (30 janvier)
https://youtu.be/FL2fHH0Ufqw
Thèmes abordés : La révolution française et la destruction de l’Eglise ; La restauration de la vie monastique bénédictine par Dom Guéranger ;
Dom Prosper Guéranger, restaurateur de la vie monastique à l’abbaye de Solesmes après la Révolution est né le 4 avril 1805. D’abord prêtre séculier, il rachète une ancienne abbaye en ruine à Sablé-sur-Sarthe et il restaure le monachisme Bénédictin. Il donne au monastère de Solesmes une solide base qui lui permettra de passer toutes les épreuves du 20e et du 21e siècle, stable dans sa fidélité à la règle de Saint-Benoît et dans son respect de la liturgie.
Liturgie 44 ‒ De saint Pie X à Vatican II : Dans la ligne du mouvement liturgique initié par Dom Guéranger (32 mn)
https://youtu.be/xgiTNL_VziQ
Après la première partie du cours qui abordait l'histoire de la liturgie, nous abordons certains points de la théologie de la liturgie.
Dans le cadre du mouvement liturgique initié par Dom Guéranger, le pape saint Pie X publiait en 1903 le Motu proprio « Tra le sollecitudini » (Parmi les sollicitudes) ; En 1963, les Pères conciliaires approuvaient la Constitution « Sacrosanctum Concilium ». Ces deux documents méritent une étude comparative. Saint Pie X précise très clairement que la musique liturgique doit être sacrée, c’est-à-dire clairement soustraite des influences de la musique profane ; qu’elle doit relever d’un art véritable, c’est-à-dire qui soit détachée de tout ce qui ferait d’elle un élément fonctionnel en sorte qu’elle puisse ainsi être uniquement attachée à ce qui porte à la contemplation ; enfin, qu’elle doit être universelle, c’est-à-dire capable de parler à toutes les cultures. Et le pape saint Pie X d’ajouter que ces qualités se retrouvent réunies à un degré supérieur dans le chant grégorien.
Liturgie 49 ‒ Don Prosper Guéranger et le travail de restauration de la liturgie au XIX° s, par le Dr Denis Crouan (61 mn)
https://youtu.be/ygHXuilClFc
L’histoire de la liturgie à l’époque contemporaine est centrée pour l’Eglise latine autour du rôle de Don Prosper Guéranger (1805-1875). Lorsqu’il a rétabli la vie bénédictine en France, la liturgie était en déliquescence, chaque diocèse ayant un Missel différent. Il a confié aux moines de Solesmes, à la demande du Vatican, une mission d’étude pour retrouver dans les bibliothèques et interpréter la liturgie romaine originelle ainsi que le chant grégorien. Ces travaux ont abouti à la publication au début du XXe siècle d’un Missel Romain unifié.
Liturgie 50 ‒ L’application par le Concile Vatican II du travail de Don Prosper Guéranger, par le Dr Denis Crouan (56 mn)
https://youtu.be/MRRh5a87YTs
60 ans après la publication du travail liturgique de Don Prosper Guéranger, le concile Vatican II s’ouvre et son premier travail va consister à établir la liturgie Romaine renouvelée. C’est surtout un travail « d’élagage » qui est fait à savoir qu’on supprime les doublons pour en revenir à la liturgie Romaine dans sa structure contemplative. Cependant et parce que mai 68 sera concomitant avec le concile Vatican II, cette réforme liturgique sera trahie par toute une génération en Occident. Le grégorien restitué est abandonné au profit d’une révolution progressiste cherchant la créativité perpétuelle et la désacralisation de l’œuvre de Dieu.
Liturgie 51 ‒ La liturgie d’aujourd’hui à l’école de Don Prosper Guéranger (1805-1875) (70 mn)
https://youtu.be/Xo4e55hJ_KY
Le sujet de ce cours est de voir les similitudes entre la situation de la liturgie au temps de Dom Guéranger et celle d’aujourd’hui afin d’en tirer quelques leçons. Nous allons essayer d’étudier cette question à partir d’une lettre que Dom Guéranger adresse, le 29 janvier 1843, au rédacteur de l’ « Ami de la Religion », une revue catholique créée en 1814 par des prêtres et des laïcs. Nous verrons ainsi comment l’œuvre de Dom Guéranger répond aux questions qui se posent à l’Eglise aujourd’hui. Pour quelle raison Dom Guéranger prend-il la plume ? Qu’est-ce qui le pousse à écrire cette lettre ? De 1840 à 1842, Dom Guéranger a publié les premiers volumes des « Institutions liturgiques ». Cette étude magistrale sera l’une des bases du mouvement liturgique menant à Vatican II. Mais cette publication lui vaut d’être critiqué dans les colonnes de l’ « Ami de la Religion ». Différentes personnes - dont des prêtres - lui reprochent que son véritable but, en publiant les « Institutions liturgiques », est de montrer la supériorité de la seule liturgie romaine qu’il a redécouverte et qu’il s’emploie à restaurer, afin d’aboutir à la suppression des différents rites diocésains en usage à cette époque.
Écrit par : Arnaud Dumouch | 11/09/2026
Qui pensera aux paroisses rurales, les délaissées, où l'usage du grégorien est proprement impensable ?
Écrit par : RUYSSEN Olivier | 11/09/2026
Il faut rétablir les Centres grégoriens comme il en existait à Lyon et à Paris et y envoyer les chefs de choeurs notamment ceux des cathédrales et églises principales des diocèses.
Il faut exiger au Jour du Seigneur d'avoir du latin et du grégorien et que cette émission soit un modèle de la liturgie voulue par le Concile. et non un contre modèle médiocre comme elle l'est trop souvent depuis des années.
Il faut que le Centre Saint Grégoire le Grand du Mans soit mieux connue et non plus marginalisé.
Il faut former une élite de chantres et de chefs de choeurs dans chaque paroisse y compris à la campagne et que tous les incompétents incultes soient formés sinon écartés.
ll manque un grand évêque qui mènerait une réforme modèle pour les autres.
Écrit par : Gregor | 11/09/2026