Pour le comprendre, l’auteur remonte dans l’histoire. La France ne passe pas en quelques années du titre de « Fille aînée de l’Église » à une situation où ses croix, ses crèches et ses statues religieuses sont contestées devant les tribunaux. Le livre suit donc un long processus de rupture, depuis la Réforme et les Lumières jusqu’à la Révolution française, l’anticléricalisme de la IIIe République et certaines formes contemporaines de laïcité.
Vient ensuite le présent. Une certaine conception militante de la laïcité conduit à retirer des croix, contester des statues de la Vierge ou bannir certaines traditions chrétiennes de l’espace public. Parallèlement, les principes moraux hérités du christianisme concernant la famille, la transmission de la vie ou la dignité humaine connaissent une profonde remise en cause.
Puis le phénomène devient plus visible encore. Le livre consacre plusieurs chapitres au blasphème dans la culture et les médias, aux profanations et incendies d’églises, au péril islamiste et à la visibilité croissante d’un satanisme qui bénéficie parfois, selon l’auteur, d’une surprenante complaisance institutionnelle.
C’est sans doute ici que réside l’intérêt principal de l’ouvrage.
Notre époque nous condamne à regarder l’actualité par fragments. Aujourd’hui une église vandalisée ; demain une croix retirée ; après-demain une polémique autour d’un spectacle ou une nouvelle décision judiciaire. Chaque affaire possède son explication particulière et disparaît bientôt derrière la suivante.
Mais l’accumulation des faits change leur signification.
Une profanation isolée est un acte de vandalisme. Des centaines d’atteintes répétées créent un climat. Une décision judiciaire peut être accidentelle ; une succession de décisions allant dans la même direction révèle une tendance.
Et cette tendance pose une question qui dépasse les seuls catholiques : une civilisation peut-elle conserver son identité lorsqu’elle renonce progressivement aux fondements spirituels qui l’ont façonnée ?
La persécution antichrétienne a commencé n’est pourtant pas un livre désespéré. Car reconnaître le danger n’est pas capituler devant lui. Bien au contraire : on ne peut combattre efficacement une crise que l’on refuse de nommer. L’auteur souhaite ainsi que son enquête soit lue non seulement par les fidèles, mais également par les prêtres, les évêques et tous ceux qui exercent une responsabilité dans la société.
Le cardinal Robert Sarah a récemment résumé cette exigence en une formule saisissante citée dans l’ouvrage : « Le silence serait une trahison. »
Nous touchons ici au véritable enjeu du livre. Il ne s’agit pas de cultiver la nostalgie d’une France disparue, ni d’entretenir artificiellement la peur. Il s’agit de regarder les faits, d’en comprendre l’enchaînement et de retrouver la liberté de les nommer.
Car les générations futures ne nous demanderont peut-être pas seulement ce que nous pensions de cette époque. Elles nous demanderont ce que nous avons fait lorsque nous avons compris ce qui était en train de se produire.