C’est la question à laquelle tente de répondre La persécution antichrétienne a commencé, ouvrage d’Atilio Faoro, chercheur et journaliste catholique installé en France, récemment publié par Avenir de la Culture (le livre peur être commandé sur https://avenirdelaculture.info/commandez/la-persecution-antichretienne-a-commence)
Le titre est volontairement provocateur. Peut-on réellement parler de « persécution » dans un pays où les catholiques vont librement à la messe et où personne n’est emprisonné pour sa foi ?
L’auteur reconnaît lui-même la difficulté. La France ne connaît évidemment pas la persécution sanglante que subissent les chrétiens dans certaines régions d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient. Mais la persécution commence-t-elle seulement lorsque le sang coule ?
C’est ici que se situe la thèse centrale du livre : avant de frapper les corps, une persécution peut commencer par transformer les mentalités, marginaliser une religion, effacer ses symboles et rendre progressivement sa présence illégitime dans la vie publique.
Pendant plusieurs mois, Atilio Faoro a rassemblé statistiques officielles, décisions de justice, rapports parlementaires, déclarations publiques et faits d’actualité. Son enquête ne prétend pas révéler un mystérieux complot. Elle cherche plutôt à comprendre si des phénomènes d’origines diverses ne finissent pas par produire un même résultat : le recul méthodique de l’empreinte chrétienne dans la société française.
Pour le comprendre, l’auteur remonte dans l’histoire. La France ne passe pas en quelques années du titre de « Fille aînée de l’Église » à une situation où ses croix, ses crèches et ses statues religieuses sont contestées devant les tribunaux. Le livre suit donc un long processus de rupture, depuis la Réforme et les Lumières jusqu’à la Révolution française, l’anticléricalisme de la IIIe République et certaines formes contemporaines de laïcité.
Vient ensuite le présent. Une certaine conception militante de la laïcité conduit à retirer des croix, contester des statues de la Vierge ou bannir certaines traditions chrétiennes de l’espace public. Parallèlement, les principes moraux hérités du christianisme concernant la famille, la transmission de la vie ou la dignité humaine connaissent une profonde remise en cause.
Puis le phénomène devient plus visible encore. Le livre consacre plusieurs chapitres au blasphème dans la culture et les médias, aux profanations et incendies d’églises, au péril islamiste et à la visibilité croissante d’un satanisme qui bénéficie parfois, selon l’auteur, d’une surprenante complaisance institutionnelle.
C’est sans doute ici que réside l’intérêt principal de l’ouvrage.
Notre époque nous condamne à regarder l’actualité par fragments. Aujourd’hui une église vandalisée ; demain une croix retirée ; après-demain une polémique autour d’un spectacle ou une nouvelle décision judiciaire. Chaque affaire possède son explication particulière et disparaît bientôt derrière la suivante.
Mais l’accumulation des faits change leur signification.
Une profanation isolée est un acte de vandalisme. Des centaines d’atteintes répétées créent un climat. Une décision judiciaire peut être accidentelle ; une succession de décisions allant dans la même direction révèle une tendance.
Et cette tendance pose une question qui dépasse les seuls catholiques : une civilisation peut-elle conserver son identité lorsqu’elle renonce progressivement aux fondements spirituels qui l’ont façonnée ?
La persécution antichrétienne a commencé n’est pourtant pas un livre désespéré. Car reconnaître le danger n’est pas capituler devant lui. Bien au contraire : on ne peut combattre efficacement une crise que l’on refuse de nommer. L’auteur souhaite ainsi que son enquête soit lue non seulement par les fidèles, mais également par les prêtres, les évêques et tous ceux qui exercent une responsabilité dans la société.
Le cardinal Robert Sarah a récemment résumé cette exigence en une formule saisissante citée dans l’ouvrage : « Le silence serait une trahison. »
Nous touchons ici au véritable enjeu du livre. Il ne s’agit pas de cultiver la nostalgie d’une France disparue, ni d’entretenir artificiellement la peur. Il s’agit de regarder les faits, d’en comprendre l’enchaînement et de retrouver la liberté de les nommer.
Car les générations futures ne nous demanderont peut-être pas seulement ce que nous pensions de cette époque. Elles nous demanderont ce que nous avons fait lorsque nous avons compris ce qui était en train de se produire.

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