Le linceul de Turin: l'oeuvre d'un faussaire? (14/09/2026)
De Jean-Pierre Snyers :
Le linceul de Turin: l'oeuvre d'un faussaire?
Lorsque qu'on regarde le linceul (ou suaire) de Turin à l'oeil nu (lors de ses rares expositions), on voit qu'il est marqué par de grandes brûlures symétriques, des taches d'eau et de sang, ainsi que d'une légère coloration jaunâtre qui fait penser à une silhouette humaine comprenant une sorte de "visage" qui est très difficile à discerner. De plus, cette image n'est visible qu'à plusieurs mètres d'elle et cela suppose que, s'il s'agit d'une peinture, un faussaire aurait dû utiliser un pinceau de plusieurs mètres de long. Ce n'est qu'à partir de l'invention de l'appareil photographique (qui, au départ d'un négatif, donne une image en positif) qu'on a pu voir clairement qu'il s'agit du portrait d'un crucifié qui rappelle le corps du Christ tel qu'il est décrit dans les évangiles. . Par quel prodige et dans quel intérêt, un faussaire aurait-il pu réaliser ce qui (avant que n'existent les photos) était loin d'être une oeuvre d'art, tout en ne sachant absolument pas qu'elle ne livrerait ses secrets que des siècles plus tard?
Seulement voilà, depuis 1978, il est scientifiquement prouvé techniquement et chimiquement que cette image n'est PAS une peinture. Pour quelles raisons les scientifiques l'affirment-ils? Afin d'être bref, permettez-moi de n'en prendre que trois. 1) Parce qu'elle ne contient aucun pigment ni de liant. Les examens au microscope, en fluorescence ultraviolette et en spectométrie ont montré que si un liquide ou un liant avait été appliqué, il aurait pénétré par capillarité à l'intérieur des fibres. 2) Parce que l'empreinte présente les caractéristiques d'un négatif photographique naturel (les zones claires et sombres sont inversées par rapport à la réalité). Même le plus doué des artistes médiévaux aurait été dans l'incapacité de peindre une image en négatif, tout en respectant une superficialité des fibres, une absence totale de liant, une tridimensionnalité cachée (l'intensité de la coloration varie en fonction de la distance entre le corps et le tissu) et une absence totale de traces de pinceau. 3) Parce que les taches de sang sont celles d'un sang humain appartenant au groupe AB, prouvant ainsi que ces taches n'ont absolument pas été peintes.
Dès lors, puisqu'il ne s'agit pas d'une peinture, on pourrait imaginer qu'un faussaire a utilisé un cadavre ou un bas-relief sculpté. Mais s'il en est ainsi,, comment se fait-il que des indices grossiers (bavures, écrasements, déformations) qui devaient être présents, ne le soient pas sur le linceul (qui possède des propriétés tridimensionnelles)? D'autre part, voici un "détail" important. Jusqu'à notre époque, absolument toutes les représentations de la crucifixion du Christ (basées sur ce que disent les évangiles) utilisaient uniquement les mains et non pas les poignets pour désigner l'emplacement des clous. Or, sur l'image du suaire, ce sont bel et bien les poignets qui marquent la présence des clous. Scientifiquement parlant, il est prouvé que seul les poignets (et non les mains) peuvent supporter le poids d'un corps. Contradiction avec les récits évangéliques? Pas si vite! A l'époque où ceux-ci ont été rédigés, seul le mot grec "cheir" existait et ce mot pouvait aussi bien signifier les mains que les poignets et même l'avant bras. Pas d'opposition donc. Précision notable: c'est la recherche historique, anatomique, archéologique et médico-légale qui a démontré seulement au 20è siècle que pour supporter le poids d'un corps sur une croix, il faut enfoncer les clous à travers les os du poignets et non pas dans les tissus fragiles de la paume. Inutile donc de préciser qu'un faussaire du Moyen Age était dans l'incapacité totale de le savoir?
Jusqu'à présent, nous avons supposé que la datation au carbone 14 réalisée en 1988 montrerait que le tissu date de l'époque médiévale (entre 1260 et 1390). Est-ce vraiment le cas? Deux principaux éléments semblent bien indiquer que non. 1) La découverte de pollens provenant de plantes endémiques du Moyen Orient (notamment de la région de Jérusalem, de la vallée du Jourdain et des zones autour de la Mère Morte. 2) La datation aux rayons X. Les analyses scientifiques (notamment celle du Conseil International Italien) ont montré un état de vieillissement tout à fait compatible avec une fabrication du tissu il y a environ 2000 ans. Alors que la datation au carbone 14 (développée à la fin des années 1940 et qui peut -être faussée par des siècles de pollutions organiques, des incendies ou des restaurations), celle aux rayons X fut développée à la fin 2010 et est particulièrement destinée à identifier des textiles composé et lin (tels que celui du linceul). De plus, si ce suaire est du 14è siècle, comment expliquer l'existence des évocations historiques le concernant bien avant cette époque? Exemples parmi d'autres: le Mandylion d'Edesse (6è siècle), le Codex de Pray (1195) et les textes liturgiques et récits de pèlerins (datant du 7è au 10è siècle).
Après ces considérations, il reste une question fondamentale qui est: "Comment et par quel phénomène l'image s'est-elle imprimée sur le linceul?". Pour tenter d'y répondre, permettez-moi d'abord de vous faire part d'un souvenir personnel. Il y a de nombreuses années, j'ai eu l'occasion d'interviewer longuement André Frossard, Qui est-il? Décédé aujourd'hui, il fut écrivain et membre de l'Académie française. Jusqu'à l'âge de vingt ans, il était (comme des parents) athée et communiste et n'entrait jamais dans une église...jusqu'au jour où il le fit le 8 juillet 1935. Pourquoi? Simplement pour aller chercher un ami qui y était et qu'il attendait vainement et impatiemment dans sa voiture. Entré, soudainement il fut submergé par une expérience divine qu'il décrit sous la forme d'une clarté intellectuelle et spirituelle qu'il qualifie de lumière qui, sans discours ni images, était une inondation lumineuse de la Vérité qui s'est imposée à son esprit. De plus, en ne connaissant strictement rien du catholicisme jusqu'alors, il est ressorti ce cette église en connaissant tout ce qu'elle enseigne. Irruption d'un monde immatériel dans un monde matériel, de l'éternité dans le temps (comme le sont aussi les apparitions mariales les plus crédibles comme celles de Beauraing), cette conversion fulgurante n'est pas sans rappeler celle de saint Paul qui, le chemin de Damas, a vu et entendu le Christ. Me parlant de ce qu'il a vécu, André Frossard m'a aussi affirmé que dans les semaines qui ont suivi son expérience du divin, il n'osait plus s'appuyer contre les murs car tout ce qui compose notre monde matériel n'était plus pour lui que de la vapeur colorée par rapport à ce monde substantiel (beaucoup plus consistant et plus solide que le nôtre) auquel il avait gouté.
Au regard de cela, plutôt que de fournir une explication matérielle qui est loin d'être prouvée, ne pourrait-on pas dire que l'image qu'on trouve sur le linceul serait due elle aussi à l'immatériel et que le corps du Christ en se dématérialisant, en traversant la matière afin de devenir un corps substantiel et glorieux à l'instant même de sa résurrection, aurait libéré sorte d'énergie lumineuse qui expliquerait l'impression de son image sur le suaire?...
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