Le catholicisme, une « religion minoritaire » en France ? (17/09/2026)

Le catholicisme, une « religion minoritaire » en France ?

À quelques jours de l’arrivée du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, un constat s’impose dans les analyses des spécialistes : le catholicisme n’est plus la religion dominante qu’il fut pendant des siècles. Plusieurs sociologues et historiens le décrivent désormais comme une religion devenue, ou en train de devenir, minoritaire, surtout chez les jeunes générations.

Selon les données de l’enquête European Values Study (EVS) de 2018, souvent citées par les chercheurs, environ 45 à 48 % des Français âgés de 60 ans et plus se déclarent encore catholiques. Chez les 18-29 ans, ce chiffre s’effondre à 15 %. Dans cette tranche d’âge, les « sans appartenance religieuse » dominent (près de 39 %), suivis des athées (28 %), tandis que les musulmans se situent autour de 13 %. Globalement, seuls 30 à 32 % des Français se disent aujourd’hui catholiques, contre 70 % en 1981. La pratique dominicale, elle, stagne à un niveau très bas, de l’ordre de 1,5 à 2 % de la population.

Yann Raison du Cleuziou, professeur de science politique à l’université de Bordeaux et spécialiste reconnu du catholicisme contemporain, parle de « transition minoritaire ». « Le catholicisme a longtemps été en déclin tout en restant majoritaire. Aujourd’hui, ce déclin le conduit à devenir minoritaire, mais seulement dans certains segments de la société », explique-t-il. Cette recomposition s’accompagne d’une intensification de la pratique et de l’identité chez ceux qui restent fidèles : un « entre-soi » plus marqué, des communautés plus structurées, parfois plus traditionalistes ou charismatiques.

La sociologue Céline Béraud, dans son ouvrage Une religion parmi d’autres (PUF, 2025), souligne de son côté que le catholicisme se trouve « dans une situation d’entre-deux ». Il conserve une présence sociale « diffuse » – jours fériés, patrimoine architectural, couverture médiatique – mais perd progressivement les privilèges institutionnels qui étaient les siens lorsqu’il était majoritaire. « La pluralité religieuse tend à le déplacer du côté du lot commun », analyse-t-elle.

Ce n’est pas pour autant une disparition. Plusieurs observateurs notent un paradoxe : en devenant minoritaire, le catholicisme gagne en visibilité. Il se distingue davantage de la norme séculière dominante. On assiste aussi à des signes de renouveau localisé : hausse des baptêmes d’adultes et d’adolescents ces dernières années, dynamisme de certaines communautés, y compris issues de l’immigration.

La visite du pape Léon XIV, attendue par des centaines de milliers de personnes à Paris, Lourdes et Metz, intervient précisément dans ce contexte. Elle met en lumière à la fois l’effondrement quantitatif de l’affiliation catholique et les dynamiques de recomposition en cours. Pour beaucoup d’experts, l’enjeu n’est plus de reconquérir une majorité perdue, mais d’apprendre à vivre et à témoigner comme une minorité religieuse dans une société profondément sécularisée.

Dans la « fille aînée de l’Église », le catholicisme n’est plus le cadre culturel quasi naturel qu’il fut. Il devient une option parmi d’autres – une religion minoritaire, certes, mais encore capable de mobiliser et de surprendre.

(avec l'IA)

09:49 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |