L’Église en crise – et comment nous ne devons pas la sauver (Mgr Rob Mutsaerts) (17/09/2026)

De Mgr Rob Mutsaerts sur son blog :

L’Église en crise – et comment nous ne devons pas la sauver

Douze points, des vérités un peu gênantes, et une voie catholique pour avancer

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise : l’Église catholique est en crise. La bonne : ce n’est pas la première fois. En regardant l’histoire de l’Église, on a même parfois l’impression que la crise est l’une de ses traditions les plus solides. Nous avons connu des papes corrompus, des évêques trop mondains, des hérésies, des schismes, des révolutions, des persécutions et des commissions liturgiques. Et pourtant, nous sommes toujours là.

C’est d’ailleurs la meilleure preuve que l’Église vient de Dieu. Une organisation purement humaine, gérée comme l’Église l’a parfois été, aurait probablement fait faillite dès le IVe siècle. Mais bon, la situation reste sérieuse. Pas parce que l’Église n’est pas assez populaire. Pas parce que sa « part de marché » baisse. Pas parce qu’elle n’est pas assez adaptée au consommateur moderne.

La crise est grave parce qu’à l’intérieur de l’Église, on n’est plus très sûr de choses dont elle devrait justement être sûre : Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce que le péché ? Qu’est-ce que le mariage ? Qu’est-ce que le sacerdoce ? Qu’est-ce que la liturgie ? Qu’est-ce que l’obéissance ? Que veut dire la miséricorde ? Qu’est-ce que le Christ a vraiment confié à son Église ? Et plus profondément encore : est-ce que nous croyons encore que l’Église a reçu du Christ quelque chose qu’elle n’a pas le droit de changer ? Voilà le cœur du problème.

1. La première réforme urgente : arrêter de faire comme si tout devait être réformé

Nous vivons dans une culture où le changement est presque automatiquement vu comme une amélioration. Un téléphone de 2019 est déjà vieux. Un ordinateur de 2012 est antique. Alors on finit par penser qu’une doctrine de 325 a besoin d’une mise à jour logicielle. Mais la Révélation n’est pas un iPhone. Le christianisme n’est pas un produit qui doit sortir un nouveau modèle chaque année. Le rôle de l’Église n’est pas d’inventer sans cesse une nouvelle religion. Son rôle, c’est de recevoir, de garder, d’approfondir et d’annoncer ce qu’elle a reçu du Christ.

Cela ne veut pas dire que rien ne peut changer. Les méthodes pastorales peuvent évoluer. Les règles disciplinaires aussi. Les façons de gouverner, les formes de liturgie… tout cela peut bouger. Mais la vérité, elle, ne peut pas être vraie aujourd’hui et fausse demain.

À chaque projet de « renouvellement », un évêque devrait se poser une question toute simple : est-ce que ça aide vraiment mes gens à devenir plus saints ? Pas « est-ce innovant ? », pas « est-ce inclusif ? », pas « est-ce qu’on peut monter un groupe de travail ? ». Juste : est-ce que ça rapproche les gens du Christ, des sacrements et de la vie éternelle ? Ça pourrait déjà raccourcir pas mal de réunions. Et ce serait déjà une petite réforme.

2. La synodalité : un outil utile, mais une mauvaise mise en scène

Il n’y a rien d’anti-catholique dans les synodes. L’Église en a toujours connu. Le problème, c’est quand la synodalité devient presque une idéologie. Le christianisme n’a pas commencé par : « Là où deux ou trois sont réunis en cercle de parole, la vérité apparaît toute seule. » Les apôtres ont d’abord reçu une foi. Ensuite seulement, ils ont pu en discuter. L’ordre compte.

Écouter, c’est bien. Mais les catholiques doivent parfois oser poser la question un peu gênante : écouter qui ? La culture ? Les sondages ? Les groupes de pression ? Nous-mêmes ? Ou le Christ ? Quand le résultat d’un « processus d’écoute » ressemble trait pour trait aux demandes de la culture séculière, on peut au moins se demander si on a vraiment écouté le Saint-Esprit… ou surtout l’esprit du temps.

Le Saint-Esprit a d’ailleurs une drôle de caractéristique : il parle très souvent en continuité avec ce qu’il a dit pendant les vingt siècles précédents. Un conseil à mes frères évêques : utilisez la synodalité, mais restez évêques. Un évêque n’est pas élu pour être un animateur permanent de groupes. Il est successeur des apôtres. Cela veut dire : enseigner, sanctifier, gouverner… et parfois dire simplement « non, on ne peut pas changer ça ». Le mot « non » a mauvaise presse aujourd’hui. Mais les parents savent bien : celui qui ne dit jamais non n’aime pas vraiment ses enfants.

3. Remettre de l’ordre entre miséricorde et simple validation

Personne n’a besoin d’une Église dure et froide. Mais personne n’a non plus besoin d’une Église qui n’ose plus nommer le péché que dans les vieux documents. Le Christ était infiniment miséricordieux. Mais sa miséricorde n’a jamais consisté à faire semblant que la conversion n’était pas nécessaire. Au pécheur, il dit « Viens ». Mais aussi « Suis-moi ». Et suivre, cela veut forcément dire qu’on ne reste pas exactement là où on était.

Ça paraît simple. Aujourd’hui, c’est presque révolutionnaire. La tentation pastorale, c’est souvent : « On ne veut blesser personne, alors on ne parle plus de péché. » Le problème, c’est que le pardon perd alors tout son sens. Celui qui n’est jamais malade n’a pas besoin de médecin. Celui qui ne pèche jamais n’a pas besoin de Sauveur. Et on comprend soudain pourquoi le Christ a de moins en moins de place dans un tel système.

Un conseil à mes frères prêtres : osez à nouveau prêcher sur le péché, la grâce, le ciel, l’enfer, la confession, la vertu, la chasteté, la prière, le sacrifice, la conversion. Pas tout en même temps chaque dimanche – les gens doivent aussi arriver à l’heure pour le repas. Mais faites comprendre que le christianisme parle vraiment de quelque chose d’important.

4. Sauver la liturgie de l’expérimentation et de l’idéologie

La liturgie est l’un des sujets les plus sensibles. C’est normal. Lex orandi, lex credendi : comme on prie, on croit. La bataille autour de la liturgie n’est donc jamais seulement une question de goût. C’est une question qui touche à Dieu.

Une messe catholique n’est pas d’abord une réunion où la communauté célèbre sa communion. C’est le sacrifice du Christ rendu présent. Ce n’est pas un repas déguisé en sacrifice, c’est un sacrifice sous forme de repas. Quand on croit vraiment cela, le reste suit naturellement : le respect, l’agenouillement, le silence, la beauté, le soin, la musique sacrée… et un prêtre qui ne pense pas que la liturgie s’améliore quand il improvise une petite histoire drôle. Le Saint-Esprit a beaucoup de dons. L’improvisation théâtrale à l’autel n’en fait pas partie.

Un conseil à mes frères évêques : ne regardez pas l’attachement à la liturgie traditionnelle comme un symptôme inquiétant. Tout jeune qui aime le latin n’est pas un agent secret de 1957. Quand des jeunes sont attirés par le grégorien, le silence, l’encens, l’agenouillement, la prière ad orientem ou la spiritualité classique, ne demandez pas tout de suite « qu’est-ce qui a mal tourné ? ». Demandez plutôt : « Qu’est-ce qu’ils cherchent ici qu’ils ne trouvent pas ailleurs ? »

Et aux catholiques traditionnels, un mot aussi. La liturgie traditionnelle peut sanctifier. Mais un vieux rite ne rend pas automatiquement saint. On peut assister à la messe la plus digne du monde et, sur le parking, maudire les évêques et le Vatican entier. C’est peut-être traditionnel côté liturgie, mais ce n’est pas très recommandé côté vie spirituelle. La tradition sans amour finit par ressembler à de l’archéologie avec du caractère.

5. Arrêter de traiter les jeunes comme de la porcelaine religieuse

Selon certains modèles pastoraux, les jeunes auraient surtout besoin de seuils bas, de peu d’exigences, de célébrations courtes, de textes faciles, de beaucoup de participation… et surtout de rien qui ressemble à une obligation. Le problème, c’est que ça ne marche pas très bien. Beaucoup de jeunes qui découvrent la foi cherchent exactement le contraire : de la vérité, de l’ordre, de l’ascèse, une identité claire, la confession, l’adoration, les sacrements, de la profondeur, et une communauté qui attend quelque chose d’eux.

Nous les avons sous-estimés. On leur a servi du sirop alors qu’ils cherchaient du vin. On leur a donné des slogans alors qu’ils voulaient lire saint Thomas. On pensait que le grégorien allait les faire fuir. Certains le téléchargent maintenant volontiers sur Spotify.

Un conseil à mes frères prêtres : osez les traiter en adultes. Enseignez-leur le Catéchisme. Apprenez-leur à prier. Apprenez-leur à jeûner. Expliquez-leur pourquoi l’Église enseigne ce qu’elle enseigne. Ne leur proposez pas un christianisme dilué. Personne n’a jamais été martyrisé pour un vague sentiment de bien-être communautaire.

6. Les vocations : qui demande encore un vrai don de soi ?

On parle beaucoup de la pénurie de prêtres. C’est normal. Mais très vite, on se met à discuter de fusions, de modèles de gouvernance, de laïcs qui président, de restructurations… et bien sûr du célibat. Tout cela peut se discuter. Mais peut-être faut-il d’abord se poser une question plus simple : pourquoi un jeune homme voudrait-il devenir prêtre ?

S’il entend : « Tu vas gérer huit paroisses, ton agenda sera plein de réunions, tu devras surtout ne choquer personne, et dans vingt ans tu auras peut-être un plan sur le patrimoine durable », on comprend qu’il hésite. Mais si on lui dit : « Donne ta vie au Christ. Célèbre chaque jour le sacrifice de la messe. Remets les péchés. Baptise. Accompagne les mourants. Annonce l’Évangile. Deviens un père spirituel. Conduis les âmes vers l’éternité »… alors ça change tout.

Un conseil à mes frères évêques : ne cherchez pas d’abord des bons managers. Cherchez des hommes qui prient. Un administrateur moyen peut être aidé par un bon économe. Un prêtre qui ne prie pas, aucun stage de management ne le sauvera.

7. L’évêque doit redevenir un père

Un évêque moderne peut facilement se transformer en directeur général de services religieux. Il a des réunions, des juristes, des communicants, des problèmes immobiliers, des questions de presse, du personnel, des protocoles, des commissions… Tout cela est nécessaire. Mais quand ses prêtres le connaissent à peine et que ses fidèles ne le voient que sur une carte de Noël, il y a un problème.

Un évêque est d’abord un père et un pasteur. Il doit connaître ses prêtres, ses séminaristes, visiter les paroisses, veiller sur la catéchèse, protéger la liturgie, combattre les abus, annoncer clairement la foi… et de temps en temps dire quelque chose dont tout le monde comprend immédiatement : « Oui, cet homme croit vraiment que la foi catholique est vraie. » Ce serait rafraîchissant.

Voici une suggestion concrète : chaque évêque pourrait réserver chaque année un bon nombre de jours sans aucune réunion, pour aller au séminaire, parler individuellement à ses prêtres, rencontrer des catéchumènes, visiter des écoles, entendre des confessions, voir des jeunes et des paroisses. Cela donne une vraie idée de ce dont le diocèse a besoin.

8. Prêtres : soyez prêtres, pas animateurs

Un prêtre n’a pas besoin d’être le plus populaire de la paroisse. Heureusement, sinon l’Église aurait un sérieux problème de recrutement. Il n’a pas non plus besoin d’être constamment « pertinent ». Sa pertinence ne vient pas de sa personnalité, elle vient du Christ. Quand il oint les malades, il est pertinent. Quand il absout, il est pertinent. Quand il célèbre l’Eucharistie, il est pertinent. Quand il accompagne un mourant, il est plus pertinent que tous les plateaux télé de la soirée.

Les priorités concrètes sont simples : prier fidèlement le bréviaire chaque jour, garder un temps de silence, célébrer la messe avec dignité, offrir largement la possibilité de se confesser, être disponible pour les malades, donner une vraie catéchèse, prêcher de façon substantielle, éviter les improvisations liturgiques, lire de la théologie, vivre simplement… et être un père. Le prêtre n’est pas seulement un distributeur de sacrements. Il est un père spirituel.

9. Laïcs : arrêtez d’attendre que Rome règle tout

Les catholiques ont parfois une drôle d’habitude. On se plaint que la hiérarchie a trop de pouvoir… et ensuite on attend qu’elle résolve tous les problèmes. Les deux ne vont pas ensemble. Si la culture doit être réévangélisée, cela se fera en grande partie par les laïcs : dans les familles, les écoles, les universités, les entreprises, les médias, les arts, la politique, la science, les quartiers. Les premiers chrétiens n’avaient pas de conférence des évêques avec un service de communication professionnel. Ils ont quand même évangélisé l’Empire romain. Ça remet un peu nos excuses en perspective.

Le premier lieu de catéchèse reste la famille. Quelques conseils aux parents : priez avec vos enfants, allez à la messe avec eux, allez vous-mêmes vous confesser, parlez de la foi à la maison, faites-leur connaître les saints, apprenez-leur que le dimanche est vraiment le dimanche. Et ne soyez pas surpris si un enfant ne devient pas catholique après avoir vu pendant dix-huit ans que la foi ne changeait presque rien dans la vie de ses parents.

Aux intellectuels catholiques : écrivez, enseignez, débattez, créez, organisez. Soyez présents dans la culture. L’orthodoxie catholique ne doit pas devenir un hobby réservé à ceux qui parlent entre eux. Saint Thomas d’Aquin n’écrivait pas pour un groupe WhatsApp fermé.

10. Combattre le combat culturel sans devenir soi-même un combattant

Il y a de vrais conflits entre la morale catholique et la culture moderne. Il ne faut pas le nier. Mais les catholiques traditionnels courent parfois un danger : que la lutte contre l’erreur devienne plus importante que l’amour de la vérité. La différence est subtile, mais cruciale. On peut finir par passer tellement de temps à combattre le modernisme que le Christ devient secondaire. On peut tout savoir de ce qui se passe de mal à Rome et ouvrir à peine l’Évangile. On peut recevoir en dix minutes la dernière mauvaise nouvelle d’un dicastère… et ne pas savoir quel saint est fêté aujourd’hui.

Ce n’est pas une victoire de la tradition. C’est une distraction spirituelle. Une règle simple : lisez plus saint Augustin que Twitter. Lisez plus Benoît XVI que les blogs en colère. Priez plus longtemps pour votre évêque que vous ne vous plaignez de lui. C’est difficile. C’est probablement pour ça que c’est bon pour l’âme.

11. Les abus : zéro romantisme sur la réputation de l’Église

Ici, peu de place pour l’humour. Les abus et la culture du silence qui les a accompagnés ont fait un mal énorme. Un catholique traditionnel ne doit jamais penser que défendre l’Église, c’est protéger d’abord sa réputation. L’orthodoxie exige la justice, l’amour de la vérité, la protection des plus faibles et la responsabilité de ceux qui ont l’autorité. Un évêque qui protège un abuseur pour « éviter le scandale » provoque précisément le scandale. On ne défend pas l’Église en cachant le péché. On la défend en le combattant.

Concrètement : protégez d’abord les victimes. Enquêtez sérieusement. Coopérez correctement avec les autorités civiles. Soyez transparents quand c’est possible. Et souvenez-vous : la réputation de l’Église appartient finalement au Christ. Il supporte mieux la vérité qu’un mensonge.

12. Arrêter le complexe d’infériorité face au monde moderne

Depuis quelques décennies, une partie de l’Église semble terrifiée à l’idée que le monde moderne la trouve dépassée. On peut se détendre. Le monde moderne nous trouve effectivement dépassés. Le christianisme enseigne que la chasteté est une vertu, que le mariage a un sens objectif, que les enfants sont un don, que la vérité existe, que la souffrance peut avoir un sens, que la possession crée des devoirs, que le pardon vaut mieux que la vengeance, que l’humilité est bonne, que l’homme n’est pas son propre créateur… et que Dieu est plus important que l’autonomie. Oui, et aussi plus important que l’économie.

Cela ne deviendra jamais complètement à la mode. Et ce n’est pas grave. Le christianisme n’a pas survécu deux mille ans en réécrivant son message tous les vingt ans. Il a survécu parce que son message était plus grand que toutes les modes.

Que faire concrètement ?

Voici un programme simple. Pas une nouvelle commission. Juste pour nous.

Aux évêques :

  1. Annoncez clairement la foi, surtout quand elle est impopulaire.
  2. Formez de bons prêtres : orthodoxes, spirituels, humains, liturgiquement formés.
  3. Donnez la priorité aux séminaires solides. Un diocèse sans vocations doit aussi se demander ce que les jeunes y trouvent.
  4. Rétablissez la paix liturgique. Ne traitez pas comme des problèmes ceux qui aiment la forme traditionnelle.
  5. Favorisez la confession et l’adoration. Le renouveau ne commence pas par le management.
  6. Protégez l’enseignement catholique. Une école qui s’appelle catholique mais n’ose plus transmettre la vision catholique de l’homme n’a plus qu’un logo.
  7. Soyez visibles comme pasteurs. Allez vers les gens.

Aux prêtres :

  1. Priez. C’est presque trop simple… et pourtant beaucoup de crises commencent là.
  2. Célèbrez la messe chaque jour, avec dignité. Les fidèles viennent rencontrer le Christ, pas la personnalité du prêtre.
  3. Prêchez toute la vérité, avec amour, intelligence et, quand c’est possible, un peu d’humour… mais sans honte.
  4. Entendez les confessions. Offrez vraiment des horaires. Sonner à la cure ne suffit pas.
  5. Allez vers les jeunes. Pas pour faire les branchés (un prêtre de 60 ans qui parle comme un ado est souvent le meilleur argument pour le silence monastique). Soyez simplement père.
  6. Cultivez la fraternité entre prêtres. L’isolement rend vulnérable.
  7. Aimez vos gens, surtout quand ils sont difficiles.

Aux laïcs :

  1. Cherchez d’abord à devenir saints. C’est plus efficace que de râler contre Rome.
  2. Construisez des familles catholiques.
  3. Donnez une vraie catéchèse à vos enfants.
  4. Soutenez les bons prêtres… en les aidant à rester prêtres.
  5. Créez des initiatives : écoles, maisons d’édition, groupes d’étudiants, groupes de prière, médias de qualité…
  6. Connaissez votre foi. Discuter chaque jour de politique ecclésiale sans connaître le Catéchisme, c’est un peu comme commenter le foot sans savoir s’il y a de l’air dans le ballon.
  7. Soyez joyeux. L’amertume ne convertit personne.

Un dernier mot, un peu moins agréable pour certains : la tradition peut aussi devenir une idéologie. On peut être tellement sûr de défendre la vérité qu’on oublie que la Vérité est une Personne. On peut avoir raison et manquer d’amour. Être orthodoxe et orgueilleux. Liturgiquement correct et spirituellement froid. Théologiquement brillant et humainement insupportable. Ce serait une drôle de victoire.

Le mouvement traditionnel portera vraiment du fruit quand on le reconnaîtra à la sainteté, aux familles nombreuses, aux vocations, à la vie intellectuelle, à la beauté, à la charité, à la joie et à l’élan missionnaire… et pas seulement à la critique. Un arbre se juge à ses fruits, pas à la netteté de ses tweets.

Où commence la vraie réforme ?

Peut-être pas à Rome. Peut-être pas dans un synode. Peut-être pas dans une conférence épiscopale. Peut-être demain matin. Quand un prêtre prie une demi-heure de plus avant le petit-déjeuner. Quand un père prie le rosaire avec ses enfants. Quand un jeune retourne se confesser après dix ans. Quand un évêque explique calmement une vérité impopulaire. Quand un séminariste choisit la sainteté plutôt que la carrière. Quand une paroisse relance l’adoration. Quand un enseignant refuse de réduire sa foi à un vague humanisme. Quand un couple vit vraiment son mariage comme une vocation.

C’est ainsi que l’Église s’est toujours renouvelée : pas d’abord par des programmes, mais par des saints.

Alors, pas de panique. On peut prendre la crise au sérieux sans la dramatiser. L’avenir de l’Église ne dépend finalement pas de l’habileté de sa bureaucratie. Dieu merci. C’est peut-être la leçon la plus consolante de ce texte.

Le Christ n’a pas dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon plan stratégique pluriannuel. » Il a dit : « Je bâtirai mon Église. » Cela ne nous dispense pas de notre responsabilité. Cela la remet à sa juste place. Nous n’avons pas à réinventer l’Église. Nous n’avons pas non plus à la sauver comme si le Christ avait oublié, après l’Ascension, comment elle fonctionne. Nous avons quelque chose de plus simple à faire : garder la foi, dire la vérité, recevoir les sacrements, élever nos enfants, servir les pauvres, former des prêtres, encourager les vocations, célébrer dignement la liturgie, aimer nos ennemis… et aimer le Christ plus que notre propre « camp » dans l’Église. Ce dernier point est peut-être le plus difficile. Car il n’y a pas de saints traditionnels et de saints progressistes. Il n’y a que des saints.

Et c’est peut-être exactement la réforme dont l’Église a besoin : pas un nouveau programme, mais des catholiques qui prennent l’Évangile tellement au sérieux que les autres commencent à se demander : « Qu’est-ce qu’ils ont trouvé que nous n’avons pas ? » Quand cette question revient, la nouvelle évangélisation commence vraiment. Et l’Église redécouvre alors ce qu’elle a toujours su dans ses meilleurs moments : le monde n’est pas converti parce que nous lui ressemblons de plus en plus… mais parce qu’il voit en nous quelque chose du Christ.

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