Le Pape en France : quand la presse française, ou plutôt parisienne, est en émoi (19/09/2026)
D'Ed. Condon sur le Pillar :
Presse française, in nomine Ecclesiae, et saison des récompenses
18 septembre 2026
Personne ne prend plus de plaisir que moi à taquiner les Français. C’est vraiment l’un des petits plaisirs innocents de la vie. Il y a quelque chose dans le caractère national gaulois qui, pour certains d’entre nous, appelle tout simplement à être un peu dégonflé.
Ne vous méprenez pas : j’aime à la fois la France et les Français, dans l’ensemble. La cuisine, le vin, la langue, l’art, l’architecture — sans parler de la beauté intrinsèque du pays lui-même — en font un endroit merveilleux. Et je n’hésite pas à le dire : la grande majorité des Français sont des gens simples et authentiques, ouverts d’esprit, curieux et intéressants, et tout simplement de bonne compagnie.
La vérité, c’est que lorsque des gens comme moi avouent aimer piquer « les Français », ce que nous voulons vraiment dire, c’est « les Parisiens ».
Paris est à la France ce que New York est aux États-Unis : un piège à touristes en permanence dysfonctionnel, gangrené par la criminalité, surestimé et hors de prix, où la nourriture est médiocre, les rues non balayées, et les habitants d’une supériorité méprisante. C’est le genre de combinaison qui donne aux gens honnêtes l’envie de les provoquer — c’est ainsi, et c’est pourquoi, qu’a été inventée la pizza deep-dish de Chicago.
Je mentionne tout cela parce que la presse française, ou plutôt parisienne, est en émoi cette semaine : apparemment, le Vatican a opposé un non poli mais ferme à toute une série de demandes concernant la prochaine visite du pape Léon en France. J’ai lu avec intérêt que le Saint-Siège a refusé que le pape soit accueilli avec une garde militaire complète, décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur, soumis à un banquet d’État et enchaîné au président Macron pour une visite privée de Notre-Dame.
J’aimerais croire que Léon, en tant que fils de Chicago, manifeste simplement une impatience midwestern sans chichis face au faste et au cérémonial inutiles, ainsi qu’une allergie native à la prétention. Mais je ne pense pas que ce soit tout à fait cela.
La France traverse actuellement le même cycle politique toxiquement acrimonieux que le reste de l’Occident, et la liste des choses auxquelles Léon a répondu « merci, mais non merci » est largement interprétée là-bas comme une manière habile du Vatican d’éviter que le voyage du pape ne soit récupéré en une série de séances photo présidentielles d’une semaine.
Il me semble assez clair que Léon a toujours conçu ce bref passage en France comme une visite pastorale du pasteur en chef du troupeau du Christ, et non comme une visite d’État du Père des princes et des rois. Cette distinction est à la fois formelle et assez évidente d’un point de vue diplomatique, et bien établie dans les voyages pontificaux.
Le voyage de saint Jean-Paul II au Royaume-Uni en 1982 fut le premier de l’histoire effectué par un pape régnant, mais s’il a rencontré la reine Élisabeth II en sa qualité de gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre, et non de chef d’État, il a — d’un commun accord — évité soigneusement le chef du gouvernement, Margaret Thatcher. En revanche, la visite de Benoît XVI en 2010 fut une véritable occasion d’État, avec tout le faste, littéral et métaphorique, que Macron a apparemment demandé… et qui lui a été refusé.
Je m’attends à ce que les attentes de Léon pour ce voyage aient été clairement exprimées dès le départ, et que l’Élysée ait simplement espéré tirer un peu plus de jus d’un pape encore dans sa saison de rookie. Mais le Quai d’Orsay du Vatican n’est pas composé de débutants, et Léon n’est pas un naïf.
Je suis content qu’il garde sa poudre diplomatique au sec et qu’il réserve le prestige de chef d’État de la papauté pour le moment où lui, et lui seul, décidera de l’utiliser. La question est : où sera-ce ? Cela vaudra la peine d’être observé.
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