Une Église qui s’écoute si longtemps elle-même qu’elle n’entend plus l’Évangile (Mgr Mutsaerts) (23/09/2026)
De Mgr Rob Mutsaerts sur son blog :
21 septembre 2026
Une Église qui s’écoute si longtemps elle-même qu’elle n’entend plus l’Évangile
Pendant trois jours, des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs venus de 31 pays européens ont réfléchi en Autriche à la manière dont la réforme de l’Église voulue par le pape François pouvait prendre forme en Europe. La rencontre, intitulée « Shaping Synodality in Europe: From Vision to Roadmap », s’est tenue du 14 au 17 septembre 2026 au Schloss Puchberg, près de Wels. J’ai eu beau m’efforcer d’en tirer quelque chose de positif, je n’y suis pas parvenu. Je respecte les participants qui y ont pris part avec de bonnes intentions. Pour ma part, je n’aurais pas tenu trois jours.
Il existe une étrange catégorie de réunions ecclésiales où l’on a besoin de trois jours pour constater que les gens doivent s’écouter les uns les autres. C’est pour cela que des évêques, des prêtres, des religieux, des théologiens et des laïcs venus de 31 pays se sont réunis. On parcourt des centaines de kilomètres, on ouvre les ordinateurs portables, on se répartit autour de 21 tables, on parle de processus, de participation, de discernement, de responsabilité partagée, d’espaces relationnels et d’une nouvelle culture du leadership, pour finalement aboutir à la découverte surprenante que les chrétiens baptisés doivent dialoguer entre eux. Je ne suis pas opposé à la concertation. Mais il y a quelque chose de comique à voir des évidences redécouvertes par des experts, puis présentées comme des idées révolutionnaires. C’est, me semble-t-il, l’un des problèmes de la rencontre de Wels.
La conférence a parlé du baptême comme fondement de la dignité de tous les fidèles, de l’écoute, des relations et de la responsabilité partagée. Rien de tout cela n’est, en soi, contraire au catholicisme. Bien au contraire : l’Église a toujours enseigné que tout baptisé participe réellement à la vie et à la mission du Christ. Mais c’est précisément là que commence la question intéressante : pourquoi sommes-nous baptisés ? Sommes-nous baptisés pour faire entendre notre voix, ou d’abord pour entendre la Voix qui dit : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » ?
Lorsqu’on lit les documents ecclésiaux contemporains, on a parfois l’impression que la religion catholique s’est transformée en une collection de verbes. Nous devons écouter, discerner, accompagner, participer, dialoguer, nous engager dans des processus. Ce sont tous des verbes fort convenables, mais l’Église catholique vit, en définitive, de substantifs. Dieu. Le Christ. La vérité. Le péché. La grâce. La Croix. La Résurrection. L’Eucharistie. La conversion. La vie éternelle. Lorsque ceux-ci disparaissent — et ils disparaissent généralement des documents programmatiques — les verbes deviennent des formules creuses. Car écouter n’a de sens que s’il y a quelque chose à entendre. Discerner n’a de sens que si l’on peut distinguer la vérité de l’erreur. Se mettre en route n’a de sens que si l’on sait quelle est la destination. Et le dialogue ne porte du fruit que lorsque quelqu’un a finalement quelque chose à dire.
C’est peut-être là la plus grande faiblesse de nombreux débats contemporains sur la synodalité. Ils nous expliquent abondamment comment nous devons nous parler les uns aux autres, mais beaucoup moins clairement ce que nous devons dire à l’Europe. Or l’Europe n’a pas besoin, en premier lieu, d’un cours de technique de dialogue ecclésial. Elle a besoin de l’Évangile.
L’Europe traverse une profonde crise spirituelle. Les églises se vident. La mémoire chrétienne disparaît. Le mariage et la famille sont devenus fragiles. Beaucoup de jeunes ne savent pratiquement plus pourquoi ils existent. Les taux de natalité diminuent. La solitude progresse. La conscience de la transcendance s’efface. Au milieu de tout cela, l’Église organise une rencontre et se demande comment elle pourrait mieux écouter. Ce n’est pas mauvais en soi. C’est simplement un peu comme si un médecin, au chevet d’un patient gravement malade, organisait un congrès de trois jours sur la manière dont les médecins pourraient communiquer entre eux avec davantage d’empathie. Fort utile, sans doute. Mais, à un moment donné, le patient finit tout de même par demander : « Docteur, savez-vous au juste ce dont je souffre ? »
La réponse catholique traditionnelle à la crise de l’Europe est extraordinairement simple : l’Europe a besoin du Christ. Pas de « valeurs chrétiennes » abstraites. Pas de structures ecclésiales de participation. Pas d’un énième forum où l’on interprète les signes des temps.
« Écouter » était une fois encore un mot central à Wels. Mais après huit années d’écoute synodale, je ne parviens toujours pas à en discerner les fruits. Il y a en outre quelque chose d’étrange dans un processus ecclésial qui engendre sans cesse de nouveaux processus. Un synode débouche sur une phase de mise en œuvre. La phase de mise en œuvre débouche sur une feuille de route. La feuille de route conduit à une rencontre ecclésiale européenne en 2028. Et l’on commence prudemment à se demander si la destination du voyage ne serait pas le voyage lui-même.
On finit ainsi par nourrir le soupçon que l’on ne sait pas où mène le voyage. On espère Jérusalem ; je crains que ce ne soit Emmaüs. Voilà ce qui arrive lorsque l’on concentre son attention sur des processus ouverts, un dialogue permanent et des questions auxquelles il ne faut surtout pas répondre trop rapidement.
Aucune grande réforme de l’Église n’a jamais commencé par la question : « Quelles structures devons-nous changer ? », mais par celle-ci : « Comment devenir saint ? »
Une structure peut être changée sans que l’on change soi-même. La sainteté, en revanche, ne permet pas cette échappatoire. C’est peut-être précisément pour cette raison que nous aimons tant parler de structures. Car les structures se convertissent beaucoup plus facilement que les hommes.
+ Rob Mutsaerts
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Commentaires
Merci Monseigneur, vous avez tout résumé : Comment devenir saint ? En remettant le Seigneur Jésus au centre de. nos vies.
Écrit par : Nathalie | 23/09/2026
"Une Église qui s’écoute si longtemps elle-même" : n'est-ce pas le but du synode sur la synodalité ?
Écrit par : Etienne | 23/09/2026
Texte comme d'habitude chez Mgr Mutsaert magistral et digne d'un évêque catholique.!
Il est quand même malheureux que les Hautes Autorités Ecclésiales de ce temps ne rendent pas compte de ce que diagnostique cet évêque.
Prendre le chemin de la sainteté engage des conversions que beaucoup ne veulent pas suivre et on prend des chemins de traverses qui mènent dans les ornières et à des impasses. C'est une attitude d'évitement et de désobéissance mortifère. On résiste à l'appel de la grâce qui nous demande une métanoia.
On se donne l'illusion d'être catholique et on ne l'est pas vraiment. "Allez vous en loin de moi vous qui faites le mal. Je ne vous connais pas° dit le Seigneur.
S'asseoir à un table pendant trois jours pour refaire l'Eglise en chambre, quelle illusion!
C'était déjà le cas dans les synodes diocésains français à la mode dans les années 90. Qu'en est -il resté? Des papiers qui prennent la poussière dans les Archives diocésaines. Beaucoup d'argent dépensés pour un résultat quasi nul et c'est ce qui va probablement arriver avec ces séances synodales avec un risque majeur d'affaiblissement de l'Eglise.
l'Eglise a avant tout besoin de nombreux saints.
Écrit par : Ligérien | 23/09/2026
Bogu Hvala. K temu je vabila Božja Mati Marija že l. 1917 v Fatimi.
Écrit par : Ivan Šelih | 24/09/2026
« Rassemblez-vous
sur les montagnes de la sainte Écriture.» ( St Augustin - Office des lectures de ce jour)
« « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham :« Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1)…. »
( GAUDETE ET EXSULTATE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS SUR L’APPEL À LA SAINTETÉ DANS LE MONDE ACTUEL)
Une Église qui s’écoute, oui, mais qui cherche ce que lui dit son cœur ! Si les synodes servaient à simplement nous faire réaliser que notre cœur est encore bien loin du Seigneur, cette prise de conscience nous permettrait de nous réveiller et de nous plonger dans la confiance en Dieu qui sait et qui agit aujourd’hui !
Écrit par : Rébécca | 24/09/2026
C’est le Seigneur que nous écoutons, « le seul pasteur » !
« … C'est donc lui qui fait paître, lorsqu'ils font paître ; et il dit : « C'est moi qui fais paître », parce que c'est sa voix qui est en eux,(les pasteurs) c'est sa charité qui est en eux. Car Pierre lui-même, à qui il confiait ses brebis, comme à un autre lui-même, il voulait qu'il ne fasse qu'un avec lui ; il voulait lui confier ses brebis de telle sorte que lui-même resterait la tête, tandis que Pierre représentait le corps, c'est-à-dire l'Église ; de telle sorte que, comme l'époux et l'épouse, à eux deux, ils ne feraient plus qu'un… »
« ….s'il y a de bonnes brebis, il y a aussi de bons pasteurs, car c'est avec les bonnes brebis que l'on fait de bons pasteurs. Mais tous les bons pasteurs se retrouvent en un seul, ils ne font qu'un. Ils font paître les brebis, et c'est le Christ qui les fait paître. »
Les synodes permettent d’entendre les brebis, les membres du corps du Christ et de les distinguer :
« Il distingue les brebis qui lui appartiennent de celles qui ne lui appartiennent pas. Les brebis qui sont à moi, dit-il, entendent ma voix, et elles me suivent. »
Les synodes sont, pour les membres supposés du corps qui est l’Église, comme les demandes de Jésus à Pierre :
« Pierre, m’aimes-tu ? »
Oui, c’est bien la voix du christ que nous écoutons et à qui nous répondons, c’est bien Lui qui nous distingue !
« …Il fortifie l'amour pour consolider l'unité. C'est donc lui qui est le berger en eux, et eux le sont en lui seul. Il ne parle pas des pasteurs, et pourtant il en parle.
Les pasteurs se glorifient, mais ceux qui se glorifient doivent se glorifier dans le Seigneur. »
Les autres peuvent parler, même s’ils sont évêques, nous, nous rendons grâce au Christ notre seul berger ….qui est en ceux qui Lui appartiennent.
« C'est ainsi que le Christ est berger, ainsi qu'on est berger pour le Christ, qu'on est berger dans le Christ, qu'on n'est pas berger pour soi, en dehors du Christ. En effet, il n'y a pas vraiment pénurie de pasteurs, comme si le Prophète annonçait ces temps mauvais de l'avenir.
Le Seigneur n'a pas dit : C'est moi qui serai le berger de mes brebis, comme s'il n'avait personne à qui les confier. Même lorsque Pierre était avec lui, et que les Apôtres étaient encore avec lui, en cette chair et en cette vie, c'est alors qu'il a dit, lui le seul Pasteur, en l'unité de qui tous ne font qu'un : J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; il faut que je les conduise avec les autres : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Que tous les pasteurs soient donc en un seul pasteur, qu'ils fassent entendre la voix unique du pasteur; que les brebis l'entendent, qu'elles suivent leur pasteur, non pas celui-ci ou celui-là, mais le seul.
Et que tous, en lui, fassent entendre une seule voix, et non pas des voix discordantes. Je vous exhorte, frères, soyez tous d'accord, et qu'il n' y ait pas de divisions entre vous. Cette voix, débarrassée de toute division, purifiée de toute hérésie, que les brebis l'écoutent. Qu'elles suivent leur pasteur qui leur dit : Les brebis qui sont à moi entendent ma voix, et elles me suivent. »
(Extraits du sermon de saint Augustin sur les pasteurs -un seul pasteur- Office des lectures de ce jour 25/09/2026)
Écrit par : Rébécca | 25/09/2026
Se plaindre du synode c’est se plaindre de nous même, qui tardons tant à répondre « Je t'aime » au Christ qui nous demande si nous l’aimons, ….
C’est à cause de nos voix discordantes et nos tergiversations que nous devons la longueur du synode….mais sûrement pas aux papes qui ne sont que nos représentants, les représentants du corps qui est l’Église.
Écrit par : Rébécca | 25/09/2026