Une Église gouvernée par la décision majoritaire plutôt que par l'autorité papale ? (02/10/2026)
Le rapport final de la Commission canonique du Synode sur la synodalité (publié fin septembre 2026) propose de réviser le canon 749 du Code de droit canonique latin. Le texte actuel traite de l’infaillibilité du pape (§1) et du collège des évêques (§2), avec une clause de clarté (§3).
La version proposée commence par un nouveau §1 qui reprend quasiment mot pour mot Lumen Gentium 12 (et le Catéchisme n. 92) :
« L’ensemble des fidèles, ayant reçu l’onction de l’Esprit, ne peut errer en matière de foi, et il manifeste cette caractéristique par le sens surnaturel de la foi du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’au dernier des laïcs, il manifeste son consentement universel en matière de foi et de mœurs. »
Les paragraphes sur l’infaillibilité papale et épiscopale sont alors renumérotés.
Il s’agit donc d’inscrire juridiquement le sensus fidei (ou sensus fidelium) dans le canon qui traite de l’infaillibilité magistérielle.
Pourquoi l’inquiétude est légitime
- Confusion possible entre infaillibilité passive et active
Le sensus fidei est une propriété de l’Église tout entière (infaillibilité passive : le peuple de Dieu ne peut pas, dans son ensemble, se tromper définitivement en matière de foi). L’infaillibilité magistérielle (pape ex cathedra ou collège des évêques) est un charisme actif de définition. En plaçant le sensus fidei en tête du canon 749, on crée un risque de lecture qui dilue la distinction. Des critiques (dont un canoniste cité dans The Catholic Herald) y voient une aberration potentielle. - Risque de « démocratie doctrinale »
Le sensus fidei n’est pas l’opinion majoritaire du moment. La Commission théologique internationale (document de 2014) le rappelle explicitement : il ne se confond pas avec l’opinion publique ou majoritaire ; le Magistère a le rôle de discerner et de juger ce qui en relève réellement. Pourtant, dans le contexte synodal actuel (écoute large, participation renforcée des laïcs, accent mis sur le « peuple de Dieu »), l’inscription de ce texte en tête du canon sur l’infaillibilité peut être instrumentalisée pour donner un poids juridique à des « consensus » majoritaires sur des questions controversées, au détriment de l’autorité papale et épiscopale. - Contexte plus large des propositions
Cette modification s’inscrit dans un ensemble de propositions visant à renforcer la participation des laïcs (y compris femmes) dans le gouvernement, les tribunaux, etc. Même si le rapport insiste sur le fait que l’autorité décisionnelle des pasteurs n’est pas diminuée, le déplacement symbolique et juridique du sensus fidei en position première dans le canon de l’infaillibilité renforce la perception d’un glissement vers une Église plus « collégiale-majoritaire ».
Ce qui relativise le risque
- Le texte est strictement celui de Vatican II. Il n’invente rien de nouveau sur le fond.
- Le Magistère conserve le rôle de discernement (LG 12 lui-même le situe « sous la conduite du Magistère sacré »).
- Ce n’est qu’une proposition de commission ; elle doit encore être examinée par le pape et n’a aucune force juridique pour l’instant.
En résumé : la formulation proposée n’abolit pas l’autorité papale, mais elle ouvre objectivement une porte plus large à des interprétations qui privilégieraient un « consentement universel » compris de façon majoritaire ou sociologique plutôt que magistérielle. L’inquiétude exprimée dans la question est donc fondée, non comme une certitude de rupture doctrinale, mais comme un risque réel de confusion et d’instrumentalisation dans le contexte synodal contemporain.
(avec l'IA)
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