Le cardinal Gambetti laisse une basilique Saint-Pierre écologique mais vidée de son caractère sacré (06/10/2026)

D'Andrea Zambrano sur la NBQ :

Gambetti laisse une basilique Saint-Pierre écologique mais vidée de son sacré

Le retour du sens du sacré au sein de la basilique Saint-Pierre est une priorité. Sous la gestion du cardinal Gambetti, le monument a ambitionné d'atteindre la neutralité climatique et une haute efficacité énergétique, mais il a cédé à une « muséification » chaotique et irrespectueuse, entre profanations de touristes et distractions de fidèles.

Le remplacement du cardinal Mauro Gambetti à la tête de la basilique Saint-Pierre en tant qu'archiprêtre n'aura de sens que si son successeur rompt avec la trajectoire des cinq dernières années. Ce quinquennat a suffi à rompre des équilibres délicats, un échec qui pèse aujourd'hui sur la perception même de l'Église du Pape. Cinq ans ont suffi, notamment à travers la réforme des statuts du Chapitre de Saint-Pierre, pour dénaturer cette institution historique, pourtant indispensable au décorum et à la dignité de la plus importante basilique de la chrétienté.

C'est pourquoi, si le profil que le pape Léon XIV a en tête n'impose pas un virage radical dans la gestion du Chapitre, la « rétrocession » de l'ingénieur franciscain au rang d'évêque de Chieti restera une occasion manquée. Sous la direction de Gambetti, les bouleversements se sont accélérés, visibles au quotidien sous la colonnade de Bernin et préjudiciables à la ferveur des fidèles.

Une restructuration administrative contestée

Le cœur du problème réside dans la révision des statuts capitulaires. Celle-ci a réduit le nombre de chanoines à quelques dizaines, les écartant de leur mission séculaire : veiller sur la liturgie et le fonctionnement de la Fabrique de Saint-Pierre. Ils ont parfois été remplacés par des parvenus incapables de mesurer la gravité de leur charge.

Marqué par le projet controversé de bistrot sur les toits de Saint-Pierre (achevé mais non encore inauguré en septembre dernier), le mandat de Gambetti incarne pour certains les excès de l'idéologie bergoglienne. Parmi ses mesures les plus contestées :
  • Limitation des mandats des chanoines à 5 ans seulement.
  • Mise à la retraite d’office à 80 ans.
  • Retrait des stalles des chanoines de la zone presbytérale (un geste qualifié de « vulgaire » par certains prélats de la Curie).
  • Plafonnement des salaires et des retraites des chanoines à 1 800 euros.
  • Soumission du Chapitre à la Fabrique de Saint-Pierre, appauvrissant de fait sa mission spirituelle.
De la dévotion au tourisme de masse

Ce « désencombrement pastoral » arbitraire a profondément affecté la vie liturgique de la basilique. Par ricochet, la sensibilité des fidèles s'est émoussée et les touristes peinent désormais à y percevoir le sacré, favorisant une transformation du lieu en simple musée. Pour s'inscrire dans la dynamique de révision voulue par le pape, il faudrait avoir le courage de révoquer ces statuts — pour l'instant adoptés ad experimentum (à l'essai) — et de rétablir ceux de Saint Jean-Paul II. Non par passéisme, mais par pure nécessité.

Sous l'ère Gambetti, les messes quotidiennes ont été drastiquement réduites. Surtout, les célébrations privées dans les chapelles latérales ont été supprimées. C'étaient pourtant elles qui conféraient à la basilique, dès l'aube, cette atmosphère de grave sacralité aujourd'hui disparue. De plus, ne maîtrisant pas le latin, Gambetti a supprimé les offices dans cette langue.

La mise en place d'une file d'attente dédiée exclusivement aux fidèles venus pour prier crée un contraste saisissant : une voie presque toujours déserte qui jouxte le flux ininterrompu et bruyant des touristes. Une véritable « vivisection de supermarché », selon un Mgr de la Curie.

Le constat d'une crise du sacré

Une fois franchie la porte de Filarète, les visiteurs adoptent tous les comportements possibles, sauf celui de réaliser qu'ils entrent dans un lieu de culte. Rares sont ceux qui font un signe de croix ou une génuflexion. Le balai des touristes occupés à des selfies improbables, des photos de mode ou des appels téléphoniques bruyants a réduit Saint-Pierre à un grand souk. Le sacré n'y est pas totalement exclu, mais il est relégué au second plan, réservé à ceux qui font l'effort de le chercher.

Il n'est pas surprenant que sous la gestion Gambetti, en parallèle des travaux d'efficacité énergétique pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2030, les profanations se soient multipliées. Certaines ont été spectaculaires, comme cet individu déséquilibré urinant au pied des colonnes de Bernin ; d'autres, plus diffuses mais tout aussi graves, concernent la gestion désinvolte de la Sainte Communion lors des messes de grande affluence. Même l'acte de réparation qui a suivi s'est déroulé dans la confusion.

Rendre à Saint-Pierre sa dimension de lieu saint — que les touristes, même non catholiques, doivent réapprendre à respecter — est la condition sine qua non pour restituer sa dignité à un édifice qui est bien plus qu'une simple église. Elle est aujourd'hui le miroir de la crise profonde du sacré que traverse l'Église dans ses structures. Pour inverser la tendance, il faudra du courage, de la volonté et de la fermeté pour restaurer le décorum. Car la liturgie, pour parodier le Pie XIII (personnage principal fictif de la série télévisée The Young Pope ndb) de Sorrentino, doit redevenir un travail exigeant.

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