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BELGICATHO

  • Le pape Léon en France : la guillotine et la cathédrale (Mgr Mutsaerts)

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    De Mgr Rob Mutsaerts sur son blog :

    27 septembre 2026

    Le pape Léon en France : la guillotine et la cathédrale

    La Révolution française a offert au monde trois mots magnifiques : liberté, égalité et fraternité. Il est difficile de s’opposer à de tels mots. Le problème n’est apparu que lorsque les révolutionnaires ont décidé d’expliquer ce qu’ils entendaient par là.

    La liberté signifiait, par exemple, qu’un prêtre était parfaitement libre de prêter serment au nouvel État. Et s’il ne le faisait pas, l’État l’accompagnait aimablement jusqu’à la guillotine. L’égalité signifiait que tous étaient égaux devant la loi, à ceci près que certains devaient d’abord être éliminés. Et la fraternité finit par tourner au fratricide.

    Le tragique des révolutions, c’est qu’elles commencent souvent par une indignation parfaitement légitime et s’achèvent par une solution parfaitement insensée. L’Église française de l’Ancien Régime avait elle aussi ses défauts. Elle possédait des richesses, des privilèges et entretenait parfois avec le pouvoir des relations par trop confortables. Une réforme était urgente. Mais les révolutionnaires ont généralement une curieuse façon de résoudre le problème d’un toit qui fuit : ils mettent le feu à la maison.

    À partir de 1789, les biens de l’Église furent confisqués — évidemment sans indemnisation ; les ordres religieux furent supprimés et, en 1790, la Constitution civile du clergé soumit l’Église à une organisation étatique tyrannique. La radicalisation qui suivit déboucha sur la déchristianisation de 1792-1794 : les églises furent fermées ou désacralisées et les membres du clergé comptèrent parmi les victimes de la violence révolutionnaire.

    On voulait libérer la France de la superstition. Et, pour démontrer à quel point on était devenu rationnel, on inventa ensuite un nouveau calendrier, de nouvelles fêtes, de nouveaux cultes et même un Culte de la Raison. Il n’y avait évidemment plus de place pour Noël ni pour Pâques dans ce nouveau calendrier.

    Il est difficile d’imaginer meilleure satire de l’athéisme que des athées construisant un autel à la Raison. Car l’homme se révèle être un animal obstinément religieux. Dès qu’il chasse Dieu du temple, il se met curieusement à construire des temples pour des abstractions.

    Regardez notre époque, où certains embrassent l’absurde culture woke. Il y a quelque chose de touchant dans une époque qui a supprimé Dieu et se met aussitôt à chercher un remplaçant. L’homme libéral progressiste a quitté l’Église parce qu’il estimait qu’elle parlait trop du péché, de la culpabilité, de la conversion et de la vérité. Il a ensuite inventé le wokisme, qui parle essentiellement de péché, de culpabilité, de conversion et de vérité. Mais sans pardon, sans grâce et sans humour.

    Et voici maintenant la partie véritablement comique de l’histoire.

    Plus de deux siècles plus tard, un pape traverse Paris. Pas en cachette, pas dans une voiture fermée, pas entouré de dix personnes de l’amicale des retraités. Non : ce week-end, les Champs-Élysées étaient remplis pour Léon XIV. Selon Reuters, le Vatican a estimé à environ 700 000 personnes l’assistance à la messe en plein air. Quelques jours auparavant, 80 000 jeunes avaient rempli le Stade de France pour une veillée de prière avec le pape.

    Ce dernier chiffre est peut-être encore plus étonnant. Car pendant des années, on nous a assuré que le christianisme allait disparaître. Voltaire était convaincu que, cent ans après la Révolution française, plus personne ne parlerait du christianisme. L’avenir serait séculier. Les églises deviendraient des musées. La religion disparaîtrait dès lors que la population serait enfin « éclairée ».

    Et puis voilà que quatre-vingt mille jeunes se présentent. C’est plutôt gênant pour la théorie.

    Plus gênants encore sont les chiffres des baptêmes. En France, selon les chiffres de l’Église française, plus de 13 000 adultes ont été baptisés à Pâques dernier. C’est plus de trois fois le chiffre enregistré dix ans auparavant.

    Il ne faut évidemment pas en conclure immédiatement que la France redeviendra demain la France de saint Louis. L’Europe continue de se séculariser fortement, la pratique religieuse reste faible dans de nombreux endroits et l’Église catholique porte en outre de profondes blessures, notamment en raison des scandales d’abus sexuels auxquels le pape Léon a de nouveau été confronté précisément au cours de ce voyage.

    Mais c’est justement ce qui rend la situation intéressante. Le christianisme ne revient pas parce que les circonstances lui seraient particulièrement favorables. Il revient alors que presque personne, dans la culture dominante, ne s’y attendait.

    Et peut-être est-ce précisément ainsi que le christianisme revient habituellement.

    Après tout, il a commencé un jour dans une étable, avec douze hommes plutôt mal choisis et avec le fils d’un charpentier crucifié. Le christianisme possède cette habitude irritante d’être enterré juste avant de ressusciter.

    La Révolution française pensait pouvoir remplacer l’Église par la Raison. Mais l’homme ne demande pas seulement : Comment fonctionne le monde ? Il demande aussi : Pourquoi est-ce que j’existe ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi dois-je être bon ? Pourquoi la culpabilité fait-elle souffrir ? Pourquoi désirons-nous un amour qui survive à la mort ?

    Et lorsqu’une civilisation sécularisée a jeté toutes les réponses à ces questions, elle ne devrait pas s’étonner de voir un jour ses enfants monter au grenier à la recherche des caisses laissées par leurs grands-parents.

    Ils y découvrent soudain un crucifix, un chapelet, Thomas d’Aquin, Augustin, un chant grégorien, une cathédrale.

    Et surtout une affirmation pour le moins singulière : l’univers n’est pas indifférent, le bien et le mal existent réellement, chaque être humain possède une dignité inaliénable et Dieu n’est pas resté à distance, mais s’est lui-même fait homme.

    Pour quelqu’un qui a grandi avec le message selon lequel il n’est qu’un assemblage fortuit d’atomes autorisé à consommer pendant quelques décennies avant que la lumière ne s’éteigne, cette nouvelle peut avoir quelque chose d’étonnamment rafraîchissant.

    C’est peut-être là qu’il faut chercher une part de l’attrait exercé sur les jeunes. Non pas parce qu’ils seraient soudainement tous devenus réactionnaires, mais parce que la rébellion change de direction lorsque l’ordre établi change lui-même.

    En 1968, il était rebelle de contredire le curé. En 2026, il peut être presque rebelle de l’écouter.

    Lorsque tout le monde affirme que la liberté consiste à n’être lié à rien, un jeune peut découvrir que l’amour signifie précisément accepter de se lier. Lorsque tout le monde affirme que la vérité est personnelle, il devient aventureux de soupçonner que la vérité est peut-être une réalité objective, valable pour tous. Lorsque tout le monde affirme que la tradition est étouffante, une Église vieille de deux mille ans peut soudain paraître plus exotique que la énième tendance TikTok, déjà ringarde le jeudi suivant.

    Et c’est là que se trouve une magnifique ironie de l’histoire.

    Les révolutionnaires avaient voulu faire disparaître les croix. La France les a remises en place.

    Ils avaient fermé les monastères. Il existe toujours des monastères.

    Ils avaient voulu rendre la foi inutile. Plus de deux siècles plus tard, des jeunes font la queue pendant des heures pour voir un pape.

    Ils avaient même changé le calendrier pour montrer clairement qu’une nouvelle ère avait commencé. Et aujourd’hui, personne ne demande : « Quel jour sommes-nous dans le mois de Thermidor ? »

    Même la République française utilise de nouveau le calendrier qui compte les années à partir de la naissance de Jésus.

    Ce n’est pas un si mauvais résultat pour une foi dont on a annoncé la mort à plusieurs reprises.

    Il existe une conviction moderne tenace selon laquelle la sécularisation serait une sorte de loi naturelle : plus une société devient moderne, plus Dieu disparaît naturellement.

    Peut-être la réalité est-elle plus complexe.

    Peut-être une civilisation peut-elle perdre sa mémoire religieuse sans perdre pour autant sa faim de religion. On peut retirer le menu à un homme ; cela ne suffit pas à lui faire perdre l’appétit.

    Et voilà donc qu’au cœur de Paris se rassemble une foule immense. À quelques kilomètres seulement des lieux où des révolutionnaires pensaient avoir définitivement réglé son compte à l’ancienne foi.

    La guillotine a disparu.

    Et voici maintenant qu’apparaît un homme vêtu de blanc, brandissant fièrement la croix.

    Cela ne prouve pas que toutes les périodes de l’histoire de l’Église aient été glorieuses ni que l’Europe soit à la veille d’une conversion générale.

    Mais, comme image historique, il est difficile d’y résister.

    La Révolution promettait la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle découvrit qu’il n’était pas particulièrement convaincant de défendre ces idéaux en coupant la tête de ceux qui pensaient autrement.

    L’Église, pendant ce temps, annonçait quelque chose de très différent : la foi, l’espérance et la charité.

    Deux siècles plus tard, les arrière-petits-enfants de la Révolution se retrouvent à nouveau devant une cathédrale.

    Le monde a déjà organisé à de nombreuses reprises les funérailles du christianisme.

    La seule chose étrange, c’est que le défunt se présente chaque fois à nouveau.

    + Rob Mutsaerts

  • Amoris laetitia : le temps du bilan est venu

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    Dix ans après Amoris laetitia, Léon XIV ne veut ni tourner la page François ni écrire un « Amoris laetitia II ». Mais il veut regarder les faits en face : qu’a produit, dans les diocèses du monde entier, l’exhortation qui devait renouveler le regard de l’Église sur le mariage et la famille ?

    C’est tout l’enjeu de la réunion convoquée à Rome. Officiellement, il ne s’agit ni d’un Synode ni d’une révision doctrinale. Amoris laetitia ne sera pas réécrite. Mais, derrière cette prudence institutionnelle, la question est redoutablement concrète : que s’est-il passé depuis dix ans ?

    Car un sujet reste inévitablement au cœur des discussions : le fameux chapitre VIII, consacré aux situations matrimoniales complexes et au triptyque devenu emblématique du pontificat de François : accompagner, discerner, intégrer.

    C’est autour de ce chapitre que se sont cristallisées les controverses sur les divorcés engagés dans une nouvelle union, la conscience, le discernement et l’accès aux sacrements. Le texte de François avait ouvert une voie pastorale nouvelle, mais sa réception a donné lieu à des interprétations différentes selon les pays et les diocèses.

    Léon XIV ne semble pas vouloir reprendre cette querelle à coups de condamnations ou de permissions générales. Sa question est plus embarrassante : le discernement a-t-il vraiment été un chemin de conversion et de rapprochement avec le Christ, ou a-t-il parfois été réduit à une procédure permettant de trouver une exception à la règle ?

    La question de la communion des divorcés-remariés sera forcément présente en arrière-plan. Mais le véritable problème est désormais celui de la cohérence du discernement. Comment prendre au sérieux les situations personnelles sans relativiser l’indissolubilité du mariage ? Comment accompagner une personne sans transformer la miséricorde en simple validation de sa situation ? Et comment éviter qu’un même cas reçoive des réponses différentes selon le diocèse dans lequel on se trouve ?

    Sur ce terrain, Léon XIV ne rompt pas avec François. Il reprend explicitement le vocabulaire de l’accompagnement et du discernement. Mais il semble vouloir déplacer le regard.

    Car Amoris laetitia a parfois été enfermée dans une seule question : que faire des mariages qui ont échoué ? Léon XIV veut manifestement en poser une autre, plus en amont : comment donner aux jeunes le désir et les moyens de construire un mariage chrétien ?

    Ce déplacement n’est pas anodin. Le programme de la rencontre ne se limite pas aux situations dites « irrégulières ». Il s’intéresse aux jeunes, aux premières années du mariage, aux familles en difficulté, mais aussi à leur rôle dans l’évangélisation. Les familles ne sont plus seulement celles que l’Église doit accompagner : elles sont aussi appelées à devenir des acteurs de sa mission.

    C’est peut-être là que se trouve la marque propre du nouveau pape.

    Léon XIV ne semble pas vouloir déconstruire l’héritage pastoral de François. Il veut plutôt vérifier ce qui, dans cet héritage, a porté du fruit. Sa méthode est révélatrice : écouter les expériences venues des différents continents, confronter les pratiques, faire apparaître les convergences comme les difficultés, puis en tirer un bilan.

    Autrement dit, il ne demande pas seulement : « Que dit Amoris laetitia ? » Il demande : « Qu’avons-nous appris en la mettant en œuvre ? »

    Cette différence de méthode peut être décisive.

    Après dix années de débats souvent passionnés autour du chapitre VIII, le pape pourrait chercher à sortir d’une opposition devenue stérile entre les tenants d’une « ouverture » sans cesse élargie et ceux qui redoutent que le discernement finisse par vider la norme de sa substance.

    Il ne s’agit pas pour autant de revenir en arrière. Rien, dans les documents préparatoires, ne permet de parler d’un détricotage de Amoris laetitia. Mais il est possible de percevoir une volonté de rééquilibrage : conserver l’accompagnement des personnes blessées tout en redonnant davantage de place à la beauté du mariage, à la fidélité, à la transmission de la foi et à l’appel à la sainteté.

    C’est une manière de reprendre l’héritage de François sans en faire un héritage figé.

    La question de fond devient alors beaucoup plus large que celle des divorcés-remariés : quelle pastorale familiale l’Église veut-elle pour les dix prochaines années ? Une pastorale principalement tournée vers la gestion des situations déjà fragilisées, ou une pastorale capable également de proposer aux nouvelles générations un idéal chrétien suffisamment clair pour donner envie de s’y engager ?

    C’est là que la réunion romaine pourrait devenir intéressante.

    Il n’y aura probablement ni coup de théâtre ni nouveau texte doctrinal spectaculaire. Mais il pourrait y avoir quelque chose de plus discret et, à terme, de plus important : un changement de centre de gravité.

    François avait placé au premier plan l’accompagnement des réalités complexes. Léon XIV semble vouloir conserver cette attention tout en réaffirmant avec davantage de force ce vers quoi l’accompagnement doit conduire : le mariage chrétien, la fidélité, la famille comme lieu de transmission de la foi et la sainteté comme horizon.

    Ce ne serait donc ni une rupture avec François ni une simple continuation.

    Ce serait une réception critique de son héritage : conserver, approfondir, corriger éventuellement certaines pratiques — mais surtout regarder ce que dix années d’Amoris laetitia ont réellement produit.

    Et c’est peut-être la question la plus simple, mais aussi la plus redoutable, que Léon XIV puisse poser : après dix ans de discernement, quels sont les fruits ?

    (avec l'IA)

  • « Réécrire le droit canonique ? Il vaudrait mieux s’attaquer à la crise de la foi. » (Mgr Bux)

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    Interview de Mgr Nicola Bux

    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    « Réécrire le droit canonique ? Il vaudrait mieux s’attaquer à la crise de la foi. »

    Le rapport final de la Commission de droit canonique n'est que le dernier fruit d'un processus synodal interminable. Le théologien originaire de Bari utilise l'image des « sables mouvants » pour décrire à  La Bussola  le désir constant de changement qui confond l'Église avec une structure à réorganiser plutôt qu'avec un mystère et un instrument de salut.

    3_10_2026

    La nouvelle synodalité est un processus continu, générant une multitude de documents. Le dernier en date, publié le 30 septembre par le Secrétariat synodal, est le rapport final de la Commission de droit canonique, proposant des amendements et aspirant à une révision de l'ensemble du droit canonique. « Ce désir constant de changement finit par créer une incertitude, comme celle des sables mouvants », déclare l'archevêque Nicola Bux, qui, dans cet entretien avec La Bussola, aborde les enjeux sous-jacents aux différents changements, à commencer par le manque de clarté concernant la nature du Synode et de l'Église elle-même, perçue comme une structure à réorganiser plutôt que comme un mystère et un instrument de salut. 

    Mgr Bux, il semble que tout doive être réécrit de manière synodale, y compris le droit canonique. Pourquoi ?

    Il me semble que l'objectif est de « codifier » le Synode afin de le rendre normatif et contraignant pour toute l'Église, au même titre qu'un concile. Or, le Synode n'est pas un concile. Les synodes ont toujours existé (même au niveau diocésain), mais, du moins dans la configuration souhaitée par Paul VI, c'est avant tout le Synode des évêques qui est consultatif, et seule l'autorité pontificale lui confère un pouvoir délibératif. C'est l'autorité papale qui a décidé de prendre en compte certaines demandes – et pas d'autres – en publiant une exhortation apostolique. Or, il me semble qu'il y a un manque de clarté quant à la nature du Synode.

    Le rapport final de la Commission de droit canonique appelle à une refonte complète du Code. Pourquoi, à peine plus de quarante ans après la promulgation du Code actuel ?

    Il est possible que l'intention soit de consolider un rôle pour les laïcs quasi égal à celui du clergé. Mais il faut se rappeler que l'Église est hiérarchique, comme le réaffirme Lumen Gentium . Il ne s'agit pas d'une question de structure institutionnelle, mais avant tout de structure sacramentelle : le Christ a donné aux apôtres et à leurs successeurs le pouvoir sacramentel, qui fait de l'Église l'instrument du salut pour le monde. Les sacrements ne sont rien d'autre que le pouvoir que le Christ a exercé sur terre. Le mot « hiérarchie », précisons-le, signifie « principe sacré » (du grec hieros ). La hiérarchie est sacrée car elle a été instituée par le Christ : la nature de l'Église est hiérarchique, et non synodale. Léon XIV tente peut-être une rectification en affirmant que la synodalité est un style, une méthode, en quelque sorte, bien que je préfère dire que la méthode de l'Église est la communion, pour reprendre les termes du dominicain Jérôme Hamer. Il s'agit de la communion des saints, des fidèles et des évêques avec le Pape. La synodalité est une modalité, et même pas la seule, car l'autorité existe aussi dans l'Église. Considérer la synodalité comme la « nature » de l'Église devient cependant risqué et une clarification s'impose.

    Cette tentative de modifier un code datant de seulement 1983, cette soif constante de changement, engendre l'incertitude, comme patauger dans des sables mouvants. On se demande alors : si demain l'Église change ce qu'elle demande aujourd'hui, dans quelle mesure pouvons-nous lui faire confiance ?

    Certaines propositions insistent sur l'attribution de tâches liturgiques aux laïcs (qui, dans des cas extrêmes, peuvent baptiser, certes, mais jamais célébrer la messe). En mettant l'accent sur ces rôles, n'envisage-t-on pas une Église sans prêtres et donc sans Eucharistie ?

    C'est une perspective qui ignore l'invitation de Jésus à prier « parce que la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux » et à demander au « Maître de la moisson » d'envoyer des ouvriers. L'Église s'est toujours souciée des vocations sacerdotales, non pas pour des raisons organisationnelles, mais sacramentelles. S'en remettre aux laïcs, c'est exprimer une méfiance envers la promesse du Seigneur que l'Église ne faillira pas. Il est vrai que n'importe qui peut administrer un baptême en situation d'urgence, mais vouloir stabiliser une situation exceptionnelle revient presque à se moquer du Seigneur. Et cela survient juste après le voyage du Pape en France, qui a témoigné du renouveau de la foi au sein des familles, chez les laïcs et dans les vocations. Concentrons-nous plutôt sur les laïcs qui souhaitent susciter des vocations comme parents, enseignants ou éducateurs, car leur mission n'est pas de gérer les rouages ​​de l'institution ecclésiastique, mais de transmettre la foi aux nouvelles générations. D'autres contributions peuvent naturellement venir, mais ce point est souvent mal compris.

    Au lieu de promouvoir les laïcs, ne risquons-nous pas de les cléricaliser ?

    Oui, et cela ne favorise même pas la communion ecclésiale, qui se développe lorsque les prêtres agissent comme prêtres et les laïcs comme pères de famille et, surtout, comme témoins dans le monde du travail. Ce ne sera pas le cas si les laïcs gèrent les affaires du clergé et que les prêtres se jettent dans le travail social. L'idée que les laïcs devraient « grignoter » le service sacramentel de la hiérarchie leur est préjudiciable, car elle les éloigne de leur rôle propre qui, comme le disent les textes conciliaires, est d'être levain dans la pâte du monde.

    Pour en revenir à la synodalité permanente actuelle, plus qu'à un style, elle semble être devenue une usine à bureaucratie, compte tenu de la multitude de documents, de groupes et de commissions.

    Je me souviens que Vittorio Messori avait proposé un « moratoire » sur la production de documents : ils sont verbeux et de moins en moins lus, dégénérant en une verbosité nuisible à la proclamation de l'Évangile. Si l'on veut tenir compte du sensus fideiQuant au peuple de Dieu – question également évoquée dans ces amendements proposés –, plutôt que de nous pencher sur le droit canonique, nous devrions nous attaquer à la crise de la foi. La visite du Pape en France a elle-même démontré que c’est le témoignage de Jésus-Christ, Chemin, Vérité et Vie, qui répand la foi. Le signe de la conversion n’est pas la participation aux instances ecclésiastiques, mais la demande du baptême et des sacrements, et le témoignage rendu au monde que la foi doit aussi imprégner la sphère publique. Les saints l’ont bien compris, n’établissant ni conciles ni commissions, mais proclamant la Vérité du Seigneur.

    En bref, cette nouvelle synodalité est-elle entachée d’autoréférentialité ?

    Cette préoccupation constante pour l’organisation est une forme de cléricalisme qui, au lieu de considérer l’Église comme un mystère, la perçoit comme une structure à faire fonctionner. Or, les organisations se construisent et se déconstruisent. Je voudrais rappeler une phrase que m’a dite le patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée : « Voyez, le Synode peut aussi détruire l’Église. » Il m'a donné l'exemple des synodes orientaux, où chacun a son mot à dire et où même le choix et la gouvernance du patriarche sont conditionnés. « Vous avez un pape pour l'Église catholique, nous en avons un pour chaque Église », a-t-il ajouté, « donc il n'y a jamais de décision finale », une décision que seule l'autorité suprême pourrait prendre.

    Ici aussi, ce synode sur la synodalité semble interminable.

    C'est exact. Le grave risque, comme me l'a fait remarquer le patriarche Bartholomée, est de devenir prisonniers de la structure synodale, pris entre des vetos opposés, comme dans l'orthodoxie, et la prétention impossible d'une décision collective. Imaginez si tout cela était codifié. La synodalité ne peut pas « détruire » l'Église, car le Seigneur ne le permettrait pas, mais elle pourrait paralyser la primauté de Pierre, qui écoute et consulte, mais à qui revient le dernier mot. « Une synodalité authentique », lit-on dans le message envoyé aux frères camaldules par le cardinal Parolin au nom de Léon XIV en octobre 2025, « exige par sa nature même l’écoute et la participation de tous les baptisés, selon la vocation de chacun, mais elle ne peut ignorer l’autorité conférée par le Christ au Collège des évêques dirigé par le Successeur de Pierre. »

  • Le 800e anniversaire de la naissance au ciel de saint François d'Assise

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    Oct 3rd, 2023: "Transitus" of St Francis

    Le « Transitus » de saint François d'Assise. Fresque de Giotto, basilique supérieure Saint-François d'Assise, fin du XIIIᵉ siècle. François mourut le 3 octobre 1226 à la Portioncule. En 2026, l'Église célèbre le huitième centenaire de sa mort.

    Le 3 octobre 2026 marque bien le 800e anniversaire de la mort de saint François d’Assise, mort le soir du 3 octobre 1226 à la Portioncule, près d’Assise. Sa fête liturgique est célébrée le 4 octobre.

    Mais il ne s’agit pas seulement d’une commémoration de deux jours : l’Église catholique a fait de toute l’année 2026 une Année jubilaire franciscaine, ouverte le 10 janvier 2026 et qui se prolongera jusqu’au 10 janvier 2027. Léon XIV a voulu que ce centenaire soit placé notamment sous le signe de la paix, de la fraternité et du témoignage évangélique.

    Assise, épicentre des célébrations

    C'est naturellement à Assise que les manifestations prennent leur dimension la plus spectaculaire. Les 3 et 4 octobre, des milliers de pèlerins sont attendus dans la cité ombrienne.

    Ce samedi 3 octobre, la commémoration proprement dite du Transitus — le « passage » de François de cette vie à l'autre — aura lieu à Sainte-Marie-des-Anges, autour de la Portioncule où il mourut. Les premières vêpres seront présidées par Mgr Giuseppe Baturi, avec la présence notamment du cardinal Ángel Fernández Artime, légat pontifical pour les basiliques d'Assise, et des responsables des différentes familles franciscaines.

    Un geste particulièrement symbolique a été proposé aux communautés chrétiennes du monde entier : faire sonner les cloches des églises simultanément, afin que la mort du Poverello soit commémorée non seulement à Assise mais dans une véritable communion mondiale.

    Une année qui dépasse largement l'Italie

    L'événement est véritablement mondial. Les familles franciscaines — franciscains, franciscaines, clarisses, capucins et autres communautés issues du mouvement franciscain — organisent des célébrations, pèlerinages, conférences, veillées et initiatives pastorales dans de nombreux pays.

    L'un des aspects importants du jubilé est d'ailleurs l'indulgence plénière accordée aux fidèles qui accomplissent les conditions habituelles et visitent en pèlerinage une église ou un lieu franciscain.

    La célébration prend donc des formes très diverses : liturgie, pèlerinage, catéchèse, culture, œuvres de charité et initiatives en faveur de la paix.

    Les reliques de François : un moment exceptionnel

    L'un des grands moments de l'année a déjà eu lieu en février-mars : les restes de saint François ont été exposés à la vénération des fidèles dans la basilique d'Assise, du 22 février au 22 mars. Il s'agissait d'une exposition exceptionnelle, permettant aux pèlerins de se recueillir directement devant les reliques du saint.

    Cet aspect est important : le jubilé n'est pas conçu uniquement comme un anniversaire historique ou culturel. Il entend renouer avec une mémoire spirituelle et corporelle du saint, en invitant les fidèles à « marcher » à sa suite.

    De la création à la paix

    Le centenaire est aussi l'occasion de remettre en lumière les grands thèmes associés à François : la pauvreté évangélique, la fraternité, la paix, la réconciliation et la sauvegarde de la création.

    À Assise, le Temps de la Création, du 1er septembre au 4 octobre, a ainsi été placé cette année sous le signe de « l'eau vive ».

    Mais il serait réducteur de faire de François uniquement le « saint de l'écologie ». Dans son message d'ouverture du jubilé, Léon XIV insiste surtout sur le Christ, l'Évangile et la paix. Le pape rappelle notamment le salut franciscain : « Le Seigneur te donne la paix », et souhaite que le message de paix de François résonne dans l'Église et dans la société contemporaine.

    Même à Liège…

    Le 800e anniversaire est d'ailleurs célébré très concrètement en Belgique. À Liège, le sanctuaire Sainte-Julienne de Cornillon organise du 2 au 4 octobre un véritable week-end franciscain : projection du film de Zeffirelli, spectacle de marionnettes pour enfants, exposition autour du Cantique des créatures, messe solennelle, repas préparé par les clarisses et promenade historique sur les traces des franciscains dans la ville.

    Et l'on retrouve cette diversité ailleurs : à Padoue, par exemple, la basilique Saint-Antoine organise le Transitus le 3 octobre, une messe solennelle le 4 et une « Nuit de saint François » destinée particulièrement aux jeunes.

    Un anniversaire qui pose une question beaucoup plus actuelle

    Au fond, le 800e anniversaire pose une question assez saisissante : qu'est-ce que saint François peut encore dire au christianisme et au monde huit siècles après sa mort ?

    L'Église semble répondre en mettant moins l'accent sur une simple célébration patrimoniale que sur un retour aux sources : un homme qui a pris l'Évangile au sérieux, jusqu'à la pauvreté, la fraternité, la rencontre de l'autre, la paix et finalement l'accueil de la mort comme une « sœur ».

    C'est précisément ce que souligne Léon XIV dans son message : François a « écrit le mot du salut du Christ » dans le cœur de ses contemporains et son message de paix doit encore trouver un écho dans l'Église et la société.

    Ainsi, le 3 octobre n'est pas seulement la date anniversaire de la mort d'un grand saint médiéval : il constitue le sommet d'une année entière durant laquelle l'Église cherche à faire de François d'Assise une figure vivante de l'Évangile.

    Et le choix du terme « Transitus », plutôt que simplement « mort », est particulièrement significatif : le 3 octobre rappelle non seulement que François est mort en 1226, mais qu'il a voulu faire de sa mort elle-même un dernier acte de confiance en Dieu.

    (avec l'IA)

  • Les faux apôtres : comment Poutine et Kirill vendent de fausses « valeurs traditionnelles » à la droite européenne 

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    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    Les faux apôtres : comment Poutine et Kirill vendent de fausses « valeurs traditionnelles » à la droite européenne 

    2 octobre 2026

    Une famille politique connue pour sa défense de la vie, de la famille et de la souveraineté nationale a organisé une conférence à Bruxelles pour dénoncer la propagande russe visant les conservateurs.

    L'événement intitulé « La Russie, fausse défenseure des valeurs traditionnelles », organisé en septembre au Parlement européen, n'était pas la première critique de la propagande russe au sein de l'Union européenne. Mais son importance était manifeste, compte tenu de son organisateur : le Groupe des conservateurs et réformistes européens, dont les principaux partis sont Fratelli d'Italia (Italie), dirigé par la Première ministre Giorgia Meloni, et Droit et Justice (Pologne), dirigé par Jarosław Kaczyński. Ces partis fondent leur identité sur les valeurs pro-vie, pro-famille et de souveraineté nationale, et leur décision d'organiser une réunion sur l'influence russe sur les conservateurs européens constituait en elle-même un message politique. Ils souhaitaient démontrer que le discours de Moscou sur la défense de la famille et de la foi n'est qu'une façade, et que l'attrait du Kremlin, au-delà des clivages politiques, repose en grande partie sur l'action de l'Église orthodoxe russe.

    La conférence a réuni des députés européens, d'anciens chefs du renseignement, des diplomates et des spécialistes des opérations d'influence russes. Leurs discussions ont porté sur un paradoxe : la Russie parvient à rallier des sympathisants à gauche comme à droite grâce à des récits contradictoires qui servent pourtant le même objectif stratégique. À gauche, Moscou se présente comme anti-OTAN, anti-occidentale et héritière du mythe soviétique de l'héroïsme antifasciste. Ce mythe trouve encore un écho à gauche, et le souvenir de la Guerre patriotique conserve une forte intensité émotionnelle. À droite, la Russie promeut l'image d'un pays défendant la famille et la tradition contre un Occident décadent. 

    Les organisateurs ont insisté sur le caractère trompeur de cette image et ont affirmé que le comportement de la Russie, tant sur le plan intérieur qu'international, révèle une attitude incompatible avec un véritable conservatisme moral. Ils ont notamment évoqué la situation en Ukraine occupée et des données démographiques qui contredisent la rhétorique de Moscou. Le taux d'avortements légaux est de 314 pour 1 000 naissances en Russie, contre 188 dans l'Union européenne, un chiffre qui remet en cause la prétention du Kremlin à la tête du camp pro-vie.

    Ces mensonges flagrants sont crédibilisés par les efforts de l'Église orthodoxe russe, dont la présence au sein de l'Union européenne s'accroît – pour des raisons politiques, car elle n'y compte pas plus de membres aujourd'hui qu'avant le début de l'agression contre l'Ukraine.

    Une étude présentée lors de la conférence a cartographié la présence des structures de l'Église orthodoxe russe au sein de l'Union européenne. Plus de six cents entités liées au Patriarcat de Moscou sont actives dans l'UE. À titre de comparaison, l'aumônerie de l'Église orthodoxe d'Ukraine compte environ vingt-cinq communautés. L'étude décrit comment les paroisses orthodoxes russes adaptent leur communication publique aux attentes locales, évitant parfois toute référence explicite à Moscou, tout en maintenant des liens ecclésiastiques qui demeurent invisibles pour le profane. La vie religieuse devient ainsi un canal discret de diffusion des récits, alors même que d'autres voies se restreignent.

    Des orateurs du Parlement européen ont abordé la dimension idéologique de ce phénomène. Un eurodéputé letton a déclaré que la Russie instrumentalise les valeurs à des fins politiques et que sa rhétorique masque l'absence de principes authentiques. Un eurodéputé polonais a évoqué le concept historique de Moscou comme « Troisième Rome » et a soutenu que le modèle admiré par le Kremlin évoque une grandeur autoritaire plutôt qu'une autorité spirituelle.

    Andis Kudors, chercheur à l'Université de Lettonie, a exploré les fondements historiques et idéologiques des relations entre l'État russe et l'Église, retraçant l'évolution du concept de Troisième Rome et sa transformation en la notion moderne de Monde russe. Son ouvrage récent, « La diplomatie publique de l'Église orthodoxe russe en temps de guerre en Ukraine : la construction du Monde russe », publié chez Routledge en 2026, examine comment la diplomatie publique de l'Église en temps de guerre a contribué à la construction de cette vision du monde dans le contexte du conflit ukrainien.

    Les participants ukrainiens ont exhorté les institutions européennes à accorder une plus grande attention aux activités des structures liées à l'Église orthodoxe russe. Ils ont proposé de renforcer le contrôle des sanctions existantes, d'accroître la transparence du financement des organisations religieuses et para-religieuses et d'instaurer des normes obligeant les communautés à divulguer leur juridiction ecclésiastique réelle. De telles mesures permettraient aux citoyens de savoir à quel centre religieux appartient une paroisse, même lorsque sa présentation publique semble adaptée aux sensibilités locales. Ils ont également encouragé le soutien aux missions d'aumônerie ukrainiennes, aux écoles du dimanche et aux centres communautaires à travers l'Europe, faisant valoir que ces initiatives favorisent la résilience et la continuité culturelle.

    Les discussions à Bruxelles ont dressé le portrait d'un paysage où l'influence ne se limite pas aux voies officielles ou aux médias traditionnels. Elle peut s'exercer à travers les sermons, les événements culturels et les réseaux communautaires qui, à première vue, semblent apolitiques. Le message politique de la conférence était clair : la rhétorique morale russe est un instrument stratégique, et l'Église orthodoxe russe joue un rôle central pour rendre ce discours crédible auprès d'un public de tous horizons idéologiques. 

    Les organisateurs souhaitaient démontrer que la défense des valeurs traditionnelles exige de dénoncer ceux qui les instrumentalisent à des fins géopolitiques. L'eurodéputé polonais Mariusz Kamiński a souligné la conclusion suivante : « La Russie de Poutine veut se présenter au monde comme la Troisième Rome. Or, le modèle auquel adhère le Kremlin est fondamentalement celui du Troisième Reich. »


    Massimo Introvigne  (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions. Il est le fondateur et directeur du Centre d'études sur les nouvelles religions ( CESNUR ), un réseau international de chercheurs qui étudient les nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages et de plus d'une centaine d'articles en sociologie des religions. Il a été le principal auteur de l'  Enciclopedia delle religioni in Italia  (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l'  Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du comité de direction de la revue  Nova Religio , publiée par les Presses universitaires de Pennsylvanie .  Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été le « Représentant chargé de la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, et plus particulièrement contre la discrimination à l’encontre des chrétiens et des membres d’autres religions » auprès de l’  Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe  (OSCE). De 2012 à 2015, il a présidé l’Observatoire de la liberté religieuse, institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de suivre les atteintes à la liberté religieuse dans le monde.

  • Une Église gouvernée par la décision majoritaire plutôt que par l'autorité papale ?

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    Le rapport final de la Commission canonique du Synode sur la synodalité (publié fin septembre 2026) propose de réviser le canon 749 du Code de droit canonique latin. Le texte actuel traite de l’infaillibilité du pape (§1) et du collège des évêques (§2), avec une clause de clarté (§3).

    La version proposée commence par un nouveau §1 qui reprend quasiment mot pour mot Lumen Gentium 12 (et le Catéchisme n. 92) :

    « L’ensemble des fidèles, ayant reçu l’onction de l’Esprit, ne peut errer en matière de foi, et il manifeste cette caractéristique par le sens surnaturel de la foi du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’au dernier des laïcs, il manifeste son consentement universel en matière de foi et de mœurs. »

    Les paragraphes sur l’infaillibilité papale et épiscopale sont alors renumérotés.

    Il s’agit donc d’inscrire juridiquement le sensus fidei (ou sensus fidelium) dans le canon qui traite de l’infaillibilité magistérielle.

    Pourquoi l’inquiétude est légitime

    1. Confusion possible entre infaillibilité passive et active
      Le sensus fidei est une propriété de l’Église tout entière (infaillibilité passive : le peuple de Dieu ne peut pas, dans son ensemble, se tromper définitivement en matière de foi). L’infaillibilité magistérielle (pape ex cathedra ou collège des évêques) est un charisme actif de définition. En plaçant le sensus fidei en tête du canon 749, on crée un risque de lecture qui dilue la distinction. Des critiques (dont un canoniste cité dans The Catholic Herald) y voient une aberration potentielle.
    2. Risque de « démocratie doctrinale »
      Le sensus fidei n’est pas l’opinion majoritaire du moment. La Commission théologique internationale (document de 2014) le rappelle explicitement : il ne se confond pas avec l’opinion publique ou majoritaire ; le Magistère a le rôle de discerner et de juger ce qui en relève réellement. Pourtant, dans le contexte synodal actuel (écoute large, participation renforcée des laïcs, accent mis sur le « peuple de Dieu »), l’inscription de ce texte en tête du canon sur l’infaillibilité peut être instrumentalisée pour donner un poids juridique à des « consensus » majoritaires sur des questions controversées, au détriment de l’autorité papale et épiscopale.
    3. Contexte plus large des propositions
      Cette modification s’inscrit dans un ensemble de propositions visant à renforcer la participation des laïcs (y compris femmes) dans le gouvernement, les tribunaux, etc. Même si le rapport insiste sur le fait que l’autorité décisionnelle des pasteurs n’est pas diminuée, le déplacement symbolique et juridique du sensus fidei en position première dans le canon de l’infaillibilité renforce la perception d’un glissement vers une Église plus « collégiale-majoritaire ».

    Ce qui relativise le risque

    • Le texte est strictement celui de Vatican II. Il n’invente rien de nouveau sur le fond.
    • Le Magistère conserve le rôle de discernement (LG 12 lui-même le situe « sous la conduite du Magistère sacré »).
    • Ce n’est qu’une proposition de commission ; elle doit encore être examinée par le pape et n’a aucune force juridique pour l’instant.

    En résumé : la formulation proposée n’abolit pas l’autorité papale, mais elle ouvre objectivement une porte plus large à des interprétations qui privilégieraient un « consentement universel » compris de façon majoritaire ou sociologique plutôt que magistérielle. L’inquiétude exprimée dans la question est donc fondée, non comme une certitude de rupture doctrinale, mais comme un risque réel de confusion et d’instrumentalisation dans le contexte synodal contemporain.

    (avec l'IA)

  • Le pape Léon XIV honore une scientifique de Harvard dont la quête du savoir l’a conduite à la foi

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    De Marina Diego Lopez (ACI Prensa) sur EWTN News :

    Le pape Léon XIV honore une scientifique de Harvard dont la quête du savoir l’a conduite à la foi

    Karin Öberg occupe la chaire Thomas Dudley Cabot en sciences naturelles à l’université Harvard et dirige le Laboratoire d’astrochimie Öberg au Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian.

    Karin Öberg. | Crédit : Photo fournie par Veasey Conway / Photographe du personnel de Harvard

    1er octobre 2026

    Le pape Léon XIV a remis la médaille Pie XI à Karin Öberg, scientifique de Harvard spécialisée en astrochimie, lors d’une audience récente avec des membres de l’Académie pontificale des sciences.

    Cette distinction, remise le 24 septembre, récompense des scientifiques de moins de 45 ans qui se sont distingués par leurs recherches et qui font preuve d’une « promesse exceptionnelle » dans leur domaine. Parmi les lauréats de cette médaille figurent plusieurs prix Nobel et le physicien Stephen Hawking.

    Öberg occupe la chaire Thomas Dudley Cabot en sciences naturelles à l’université Harvard et dirige le Laboratoire d’astrochimie Öberg au Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian. Ses travaux portent, entre autres, sur les processus chimiques liés à la formation des planètes et à l’habitabilité chimique.

    Mais au-delà de sa carrière scientifique, Öberg a parlé publiquement de sa conversion au catholicisme et de la façon dont sa quête du savoir a influencé son chemin vers la foi.

    Dans une interview de 2011 avec l’Augustine Institute, elle a expliqué que certains aspects du monde commençaient à lui rendre difficile l’acceptation d’une vision strictement matérialiste du monde.

    « Il y avait certains faits concernant le monde qui me rendaient très sceptique à l’égard de l’athéisme ou du matérialisme pur. Je pensais qu’il était assez évident qu’il existe un réalisme moral dans ce monde, qu’il y a des choses qui sont bonnes et mauvaises, indépendamment de ce que les gens en pensent », a-t-elle noté.

    La lecture de Mere Christianity (Le Christianisme tout simplement) de C.S. Lewis a joué un rôle important dans ce processus. Comme elle l’a expliqué, la proposition de l’écrivain britannique lui a semblé raisonnable.

    « Son explication du christianisme m’a frappée comme très sensée, et elle semblait s’accorder avec les données sur le monde que j’avais déjà recueillies », a-t-elle déclaré.

    Pour Öberg, cependant, accepter intellectuellement la foi n’était pas la fin du chemin. « Ce qui a pris du temps, c’est l’aspect de la charité — vivre la foi et vraiment construire une relation avec Dieu », a-t-elle expliqué.

    La scientifique a également réfléchi aux limites et à la portée de la méthode scientifique lorsqu’il s’agit de Dieu. Elle a été claire dans cette interview : « On ne peut jamais utiliser la méthode scientifique pour prouver ou réfuter Dieu. »

    Selon elle, la science permet cependant d’apprécier quelque chose qu’elle considère comme particulièrement significatif : « à quel point l’univers est intelligible, à quel point il est soumis à des lois ». Elle a ajouté : « Cela ne peut pas être tenu pour acquis. C’est magnifique. »

    La beauté de l’univers joue également un rôle important dans sa compréhension de la relation entre science et foi. « Je suis émue. Et la beauté est, en un sens, tout aussi impressionnante pour moi », a-t-elle dit.

    Pour cette raison, Öberg a déclaré croire que la science et la foi n’ont pas besoin d’être présentées comme des chemins opposés.

    La scientifique a également parlé ouvertement du fait d’être catholique.

    « Je suis très ouverte sur le fait que je suis catholique », a-t-elle dit dans l’interview. En même temps, elle a expliqué qu’elle préfère que cette ouverture favorise le dialogue plutôt que de conduire à une imposition.

    « J’essaie d’être ouverte et d’inviter ensuite les gens à venir me parler, plutôt que de leur prêcher », a-t-elle noté.

    Öberg a également exprimé une affinité particulière pour la tradition dominicaine et pour saint Thomas d’Aquin, qu’elle a cité comme une figure particulièrement importante pour la façon dont il a uni la foi et la raison.

    Son frère, Erik Öberg, économiste spécialisé en macroéconomie à l’université d’Uppsala en Suède, a publiquement célébré la distinction reçue par Karin via son compte LinkedIn. « Je suis très fier d’elle », a-t-il déclaré.

  • Le RGPD s’applique aux registres de baptêmes

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    CJUE : Le RGPD s’applique aux registres de baptêmes catholiques; la décision vient de tomber. Qu'est-ce que cela implique ?

    Il s’agit des conclusions de l’avocate générale Laila Medina (affaire C-12/25, Bisdom Gent), présentées le 1er octobre 2026 devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Ce n’est pas encore un arrêt de la Cour (qui n’est pas liée par ces conclusions, même si elle les suit souvent), mais un avis juridique important qui clarifie l’application du RGPD aux registres de baptêmes.

    Contexte de l’affaire

    Un Belge baptisé enfant a demandé au diocèse de Gand (Bisdom Gent) d’effacer toute référence à sa personne dans les registres (physiques et numériques) en invoquant le RGPD, après avoir décidé de quitter l’Église catholique. Le diocèse a seulement barré ses données (tout en les laissant lisibles) et ajouté une mention de départ. L’Autorité belge de protection des données a ordonné un vrai effacement. Le diocèse a contesté, et la Cour d’appel de Bruxelles a posé des questions préjudicielles à la CJUE sur l’articulation entre le droit à l’effacement (art. 17 RGPD), le droit d’opposition (art. 21) et la liberté religieuse / autonomie des Églises.

    Points clés des conclusions de l’avocate générale

    1. Le RGPD s’applique bien
      Les registres de baptêmes constituent un « fichier » (ensemble structuré de données personnelles : nom, date/lieu de naissance, filiation, convictions religieuses, etc.). L’autonomie des Églises (art. 17 TFUE) ne les exempte pas du RGPD. Le traitement (conservation, consultation, etc.) doit donc respecter le règlement.
    2. Droit à l’effacement possible en principe
      Une personne baptisée mineure qui, devenue adulte, souhaite se dissocier de l’Église peut, en principe, demander l’effacement de ses données en s’opposant formellement au traitement.
      L’Église ne peut continuer le traitement que si elle démontre des motifs légitimes impérieux qui l’emportent sur les droits et libertés de la personne (vie privée, protection des données, liberté de pensée/conscience/religion).
      L’administration correcte des sacrements (le baptême ne se reçoit qu’une fois) peut constituer un tel motif, mais il faut vérifier la nécessité et faire une pondération concrète au cas par cas (raisons de la demande, impact émotionnel ou sur l’autodétermination de la personne, etc.). Ce n’est pas automatique.
    3. Conservation possible pour archives d’intérêt public ou recherche historique
      Même en l’absence de motifs impérieux, le traitement peut se poursuivre à ces fins (sous conditions de nécessité, de minimisation des données et de garanties appropriées). Le juge national doit vérifier si d’autres sources ou une anonymisation suffisent.
    4. Ce qui ne constitue pas un effacement
      Barrer le nom tout en le laissant lisible + ajouter une mention de départ ne suffit pas. Les données doivent être rendues illisibles au point que la personne ne soit plus identifiable (ou facilement identifiable). On peut conserver l’information anonyme qu’un baptême a eu lieu à telle date/lieu. Il n’est pas obligatoire d’arracher des pages du registre.

    Ce que cela implique concrètement

    • Pour les personnes baptisées : elles disposent d’un levier plus solide pour demander un vrai effacement (et non une simple mention en marge). Le juge national devra pondérer les intérêts dans chaque cas. Cela va dans un sens plus favorable aux demandes de « débaptisation » que la jurisprudence française antérieure (Conseil d’État, 2024), qui avait validé le refus d’effacement et l’apposition d’une mention comme suffisante pour le droit d’opposition.
    • Pour l’Église catholique (et d’autres confessions) : les registres ne sont plus « hors RGPD ». Elles devront justifier plus rigoureusement la conservation et adapter leurs pratiques (anonymisation partielle possible, mesures techniques pour rendre illisibles les données nominatives). L’autonomie religieuse est reconnue mais n’est pas absolue face aux droits individuels.
    • Portée européenne : l’arrêt final de la CJUE (attendu ultérieurement) s’imposera à tous les États membres. Il influencera aussi probablement d’autres contentieux (y compris ceux devant la Cour européenne des droits de l’homme).
    • Limites : ce n’est pas un droit absolu à l’effacement systématique. La pondération reste essentielle, et la conservation historique/archivistique est ménagée.

    En résumé, ces conclusions confirment que le RGPD s’applique pleinement aux registres de baptêmes et ouvrent la voie, en principe, à un droit à l’effacement réel après opposition, sous réserve d’une balance des intérêts par le juge national. La décision définitive de la Cour reste à venir.

    (avec l'IA)

  • La France à nouveau catholique dans 45 ans ?

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    La France redeviendra-t-elle catholique dans 45 ans ?
    Quand une association musulmane s’inquiète du renouveau catholique

    Fin septembre 2026, alors que le pape Léon XIV terminait sa visite en France, une association musulmane française a provoqué un certain étonnement dans les milieux catholiques. Sur son compte X, Miséricorde pour l’Humanité France a publié un message sans ambiguïté :

    « Dans 45 ans, la France redeviendra catholique et nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer. »

    Ce post, et plusieurs autres publiés autour du 25-26 septembre, ont été repris notamment par le site catholique germanophone kath.net, puis par d’autres médias confessionnels.

    Qui se cache derrière ces déclarations ?

    Miséricorde pour l’Humanité France est une association loi 1901 créée en 2013. Elle se définit comme une organisation d’apologétique islamique dont le but est de « transmettre le message de l’islam » aux non-musulmans, en particulier aux catholiques traditionalistes. Elle refuse les dons des non-musulmans et se présente comme un adversaire théologique respectueux, mais déterminé, du catholicisme.

    Son compte X (@MisericordeF) et sa chaîne YouTube (plus de 100 000 abonnés) sont animés par une personne qui étudie de près le magistère catholique et qui multiplie les analyses stratégiques sur les relations entre islam et catholicisme en Occident.

    Que dit exactement l’association ?

    Face à l’affluence lors des événements du pape (notamment les 80 000 jeunes au Stade de France et la messe en plein air à Paris), l’association dresse un constat amer :

    • Les catholiques, en particulier les Américains, sont mieux organisés, mieux financés et plus déterminés que les musulmans.
    • Depuis les années 1990, l’islam a bénéficié d’une sorte d’« hégémonie spirituelle » en Europe occidentale, faute d’adversaire religieux sérieux (le catholicisme étant alors considéré comme un « catholicisme zombie »).
    • Cette période est en train de se terminer. Les catholiques ont construit une infrastructure missionnaire solide, notamment en direction des musulmans, et dépensent bien plus que les musulmans en apologétique.
    • Les élites musulmanes sont accusées de triomphalisme et de sous-investissement.

    L’auteur des messages se dit « bon joueur » : il reconnaît la force organisationnelle du catholicisme international tout en regrettant que les musulmans n’aient pas su anticiper ce retour.

    Contexte français

    Ces déclarations interviennent dans un moment particulier. Depuis plusieurs années, la France enregistre une hausse significative des baptêmes d’adultes et d’adolescents. En 2026, plus de 21 000 personnes (adultes et jeunes) se sont fait baptiser à Pâques, un chiffre en forte progression. Les grands rassemblements autour du pape ont également montré une présence catholique visible, notamment chez les jeunes.

    Cela ne signifie pas pour autant que le catholicisme redevient majoritaire. La pratique religieuse et les baptêmes d’enfants continuent de baisser fortement depuis des décennies. La prédiction « dans 45 ans » reste donc une interprétation et non une projection démographique.

  • Pakistan : la mémoire des capucins flamands

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    À Mariamabad, on rend hommage au père Frank Van Butsele, missionnaire capucin qui a donné sa vie pour l'Évangile

    1 octobre 2026

    OFM Cap Lahore

    Lahore (Agence Fides) – À l’approche de la fête de Saint François d’Assise, à l’occasion du huitième centenaire de sa mort (1226-2026), la communauté catholique du village de Mariamabad, dans le Pendjab pakistanais, se penche sur son histoire et confie une nouvelle fois à la Vierge Marie le chemin de la mission. Dans la « Cité de Marie », l’un des lieux les plus emblématiques de la présence catholique au Pakistan, le souvenir des missionnaires capucins belges reste vivant, notamment à travers la mémoire du père Frank Van Butsele, ce frère qui a consacré sa vie au peuple du Pendjab et qui a été assassiné dans l’église de Mariamabad en 1953, à l’âge de 40 ans seulement, à l’endroit même où il avait exercé son ministère.

    Mariamabad, qui abrite aujourd’hui le sanctuaire marial national du Pakistan, a vu le jour à la fin du XIXe siècle grâce à l’œuvre des capucins flamands. En 1892, l’Évêque capucin belge Emmanuel Van Den Bosch acquit environ 150 acres de terrain afin d’offrir un foyer et une chance de se prendre en main à des familles chrétiennes pauvres et victimes de discriminations. En janvier 1893, les trois premières familles chrétiennes s'y installèrent, accompagnées par les missionnaires franciscains, sur cette terre qui allait être baptisée « Maryabad », la « Cité de Marie ». Le père Félix van de Putte, arrivé en 1896, encouragea le développement agricole, social et religieux de la communauté et supervisa la construction de l’église Sainte-Marie-et-Saint-Joseph, consacrée en 1898.

    C'est dans cette longue histoire qu'intervient la figure du père Frank Van Butsele, né à Ronse, en Belgique, en 1913. Entré chez les Capucins en 1930 et ordonné prêtre en 1937, il consacra une quinzaine d'années à la mission sur le sous-continent indien. Il a travaillé à Amritsar (qui se trouvait alors en Inde), puis au Pakistan, tout juste né après la « partition ». Les sources historiques capucines le décrivent comme un homme de foi et de charité, profondément animé par la dévotion à la Vierge Marie, attaché à la population et à sa mission, engagé dans la catéchèse, la formation des catéchistes et la prise en charge des communautés. À Mariamabad (comme ce lieu sera rebaptisé par la suite), il prit la direction de la mission et s’employa à la pastorale, au développement et à la diffusion de la dévotion mariale, ainsi qu’à la promotion humaine et sociale des familles catholiques.

    Son nom est resté particulièrement lié à la naissance de la tradition du pèlerinage marial. En 1949, quelques années avant sa mort, le père Frank a contribué à transformer l’église de Mariamabad en un centre de dévotion mariale et à instaurer le pèlerinage annuel du 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge Marie. Cette intuition est devenue au fil du temps l'une des expressions les plus significatives de la foi catholique au Pakistan. Aujourd'hui encore, le sanctuaire attire chaque année des centaines de milliers de pèlerins et constitue également un lieu de rencontre, de dialogue et de prière entre chrétiens et musulmans (voir Fides 4/9/2026).

    Le père Frank est décédé le 2 novembre 1953, dans son église de Mariamabad. Il a été poignardé à mort par un homme, Diwan Masih (qu’il avait d’ailleurs aidé), dans un contexte de grande instabilité, six ans après la naissance du Pakistan, dans une région encore marquée par les profondes fractures laissées par la partition de 1947 entre l’Inde et le Pakistan, qui avait provoqué des migrations massives et des violences entre communautés religieuses. Il a été tué dans l’église, devant ses paroissiens, alors qu’il priait.

    Sa mort n’a pas interrompu, mais a au contraire renforcé l’histoire de la mission entamée par les franciscains. Le sacrifice du père Frank, tué alors qu’il était innocent, est entré dans la mémoire de la communauté comme faisant partie intégrante de l’histoire même de la mission : la présence des missionnaires européens est devenue une source pour la naissance de vocations locales à la prêtrise et à la vie consacrée, permettant ainsi la croissance de l’Église locale. La mission des Capucins s’est efforcée d’accompagner les personnes pauvres et marginalisées en annonçant l’Évangile, mais aussi en construisant des communautés, des écoles et des œuvres sociales, tout en promouvant la dignité de la personne.

    À Mariamabad, cet héritage se perpétue aujourd’hui devant la statue de la Vierge. Le sanctuaire, né de la mission des Capucins belges, est devenu un lieu où chrétiens et fidèles d’autres religions se retrouvent pour confier à Marie leurs préoccupations et leurs espoirs. En ce lieu, l’Église du Pakistan rend hommage au père Frank, qui repose dans le cimetière de Mariamabad, à la veille de la fête de Saint François : non seulement comme une figure du passé, mais comme un don du Seigneur dans une histoire missionnaire qui se poursuit encore aujourd’hui. La graine semée par ces missionnaires continue de porter ses fruits au sein de la communauté catholique pakistanaise.

    La mission d’aujourd’hui est confiée à Marie, à qui Mariamabad est consacrée depuis ses origines. Plus de soixante-dix ans après la mort du père Frank, la « Cité de Marie » continue de préserver la mémoire de ses missionnaires et, en même temps, de regarder vers l’avenir avec espoir et de bénir la vie des fidèles dans la « terre des purs ».

    (PA) (Agence Fides 1/10/2026)

  • Révolution canonique : la nouvelle synodalité veut un nouveau Code

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Révolution canonique : la nouvelle synodalité veut un nouveau Code

    2 octobre 2026

    Laïcs qui président les liturgies et insistance sur les organismes participatifs figurent parmi les propositions du Rapport final de la Commission de droit canonique diffusé par le Secrétariat général du Synode. L’objectif est de réécrire le droit canonique afin de consolider les « conquêtes » déjà obtenues dans la pratique.

    Le 30 septembre dernier, le Secrétariat général du Synode a diffusé le Rapport final de la Commission de droit canonique, contenant certaines propositions de révision du Code de droit canonique suite aux demandes apparues au cours de la longue phase synodale sur la « nouvelle synodalité », commencée en 2021 et terminée en 2024. Pour l’instant, il s’agit de modifications qui ne nécessitent pas l’institution de nouveaux ministères, mais se limitent à confirmer des formes de participation laïque déjà en acte et à renforcer celles déjà prévues par le Code actuel. Le Rapport souhaite toutefois aussi qu’une véritable révision d’ensemble des Codes de droit canonique latin et oriental soit réalisée dans un avenir proche. Rien de moins.

    Les nouveautés concernent par exemple la possibilité pour les laïcs d’exercer le ministère de la Parole, de présider les prières liturgiques, d’administrer le baptême, d’assister aux mariages, de distribuer la sainte Communion, d’exercer une mission par délégation (figure du « délégué épiscopal »), que la constitution et la convocation des Conseils pastoraux diocésains et paroissiaux soient obligatoires, que les synodes diocésains et les conciles provinciaux se tiennent obligatoirement et avec régularité, et que la gestion économique soit publique, transparente et certifiée.

    Cette dernière insistance sur les organismes participatifs s’appuie sur le nouveau paragraphe que l’on entend ajouter au canon 212 : « Les pasteurs ont le devoir d’écouter l’avis des fidèles sur ce qui concerne le bien de l’Église, en activant des modalités de discernement communautaire ». Tout en confirmant que l’autorité de l’évêque n’est pas touchée, on prévoit aussi que dans les conseils diocésains les membres laïcs aient la majorité et que, pour certains choix, l’évêque doive obtenir le consentement du conseil presbytéral.

    La nouvelle synodalité, donc, avance. Le cardinal Grech, en déclarant le synode clos, avait ajouté que la synodalité continuerait dans une phase d’application de ce qui était ressorti des assemblées synodales, pour converger vers la Grande assemblée universelle de 2028. Elle avance, mais comment ? D’un côté, elle continue de manière désordonnée et aventureuse ; de l’autre, elle tend vers une consolidation juridique dans un nouveau Code de droit canonique. Ces deux modalités ne sont pas en contradiction, comme on pourrait le penser, si l’on considère ce qu’est la nouvelle synodalité dans sa nature : l’écoute d’exigences diverses venant d’en bas, non assimilées dans un cadre théologique défini, et une pratique qui en met progressivement en œuvre d’abord certains aspects plus légers et acceptables, pour passer ensuite à ceux d’un impact révolutionnaire plus grand.

    De manière « désordonnée et aventureuse », disions-nous. Au nom de la synodalité, l’évêque d’Anvers annonce qu’il ordonnera des prêtres mariés d’ici 2028. La Conférence épiscopale espagnole a officiellement commencé un parcours de réalisation de la nouvelle synodalité aux résultats imprévisibles, sans attendre le Rapport de la Commission de droit canonique dont nous traitons. Lors du Symposium international « Donner forme à la synodalité en Europe : de la vision à la feuille de route », tenu en Autriche du 14 au 17 septembre dernier, on a affirmé que les Églises locales ne doivent pas attendre Rome. Les évêques allemands attendent les décisions du Saint-Siège sur leur « Conférence synodale » (avec des prêtres et des laïcs en nombre égal) qui devrait gouverner toute l’Église d’Allemagne et qui est pour l’instant en stand-by. Le cardinal Walter Brandmüller a interprété ce « nous verrons » de Léon XIV comme une volonté d’arrêter le processus, mais la chose peut aussi être comprise à l’inverse, comme l’attente des moments opportuns pour le promouvoir. Toujours au nom de la synodalité, les évêques allemands avaient demandé l’indult permettant aux laïcs de prononcer l’homélie pendant la messe ; ils ne l’ont pas obtenu de Rome et beaucoup d’entre eux ont déclaré procéder malgré tout, comme Mgr Peter Kohlgraf, évêque de Mayence.

    La nouvelle synodalité, c’est cela : un crépitement continu de bonds en avant, de pratiques nouvelles, de protagonismes aventureux, de changements décidés avant d’avoir été adéquatement pensés, d’inventions pastorales créatives, de processus qui anticipent leur configuration juridique. Celle-ci arrivera, tôt ou tard, mais sera toujours en retard, comme les réformes proposées actuellement par la Commission de droit canonique, trop timides par rapport aux niveaux atteints par le processus synodal dans la pratique. Le nouveau Préfet du Dicastère pour les Textes législatifs, l’archevêque australien Anthony Randazzo, dans une récente interview à Vox canonica, a déclaré que la synodalité n’est pas un moyen de renverser la tradition canonique et qu’elle n’est pas une réalité nouvelle dans l’Église. Nous faisons confiance à son premier souhait, mais sur la seconde évaluation nous avons quelques doutes.

    La nouveauté existe, à notre avis, parce que dans la nouvelle synodalité la pratique tend systématiquement à anticiper l’évolution de la doctrine qui doit s’y adapter laborieusement, alimentant un sentiment répandu d’ouverture disponible au nouveau, accompagné d’un esprit correspondant contraire à l’ancien. Cet esprit pousse en avant de toute façon, parce qu’on le considère conforme aux exigences d’une participation mal définie exprimées par les « signes des temps », et sans bien savoir où l’on veut arriver, car manquant d’une doctrine qui puisse éclairer le chemin plutôt que de naître de lui.

    Lire également : Léon et l'équipe canonique du synode

  • 24 octobre, Fraternité de Tibériade à Lavaux-Sainte-Anne : « Audace et lucidité dans la rencontre avec les musulmans »

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    Samedi 24 octobre - 9h15 à 18h. 

    Fraternité de Tibériade à Lavaux-Sainte-Anne

    « Audace et lucidité dans la rencontre avec les musulmans. »

    Au programme :

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    1. La conférence du matin sera donnée par le Père Henri FAUTRAD. Depuis son séjour en Tunisie comme séminariste jusqu’à son ministère dans les cités du Mans, le Père Henry Fautrad n’a cessé d’aller à la rencontre des musulmans. Aujourd’hui encore, il nous invite à oser cette rencontre.

    2. Le repas et l’Auberge espagnole nous régalera et nous fera découvrir VOS talents culinaires !

    Dans l’après-midi, les animateurs de divers ateliers vous accueilleront dans une ambiance bon enfant, qui caractérise nos journées.

    3. Les ateliers qui vous sont proposés :

    1. « Entre Bible et Coran, c’est où le bonheur ? » échange avec le Père Fautrad. Inscription : ICI

    2. Apprendre à fabriquer son pain avec un frère de Tibériade. Inscription : ICI

    3. La perte du réel : Notre monde occidental montre de plus en plus de signes d'une incontestable « perte du réel » et d'une fuite en avant dans l'imaginaire narcissique et l'émotionnel brut. Atelier animé par Jacqueline Hertay. Inscription : ICI

    4. Bruno nous propose cet atelier mécanique réparation vélo, niveau débutant. Inscription : ICI

    5. L’art du vitrail et réalisation commune d’une mosaïque de verre, animé par Astrid de Borman. Inscription ICI

    6. Atelier presque zéro déchets avec Fabienne Marneffe : si on a envie de prendre soin de soi, sa famille et la planète, il y a  quelques solutions faites avec des produits naturels. Inscription ICI

    7. Surveillance et censure numérique en Europe : la dérive liberticide quelle solution ? Avec Erick et Frère Cyrille. Inscription ICI

    8. Entre les mains du potier : apprendre à tourner la terre se réalise en plusieurs étapes qui sont autant manuelles que spirituelles. La terre en giration nous apprend à nous recentrer et à mettre les mains dans l’argile. Inscription ICI

    La journée se terminera vers 17h ou plus tard (18h) si vous souhaitez participer à la messe avec les Frères.

    Nous espérons vous revoir lors de cette rencontre chaleureuse qui en plus, de par la qualité de l’orateur, s’annonce passionnante !

    Nicolas, Frère Cyrille, Carine

    P.S. Le livre du Père Fautrad ainsi que les produits de la Fraternité de Tibériade seront proposés à la vente.

    Possibilité de loger sur place, la nuit du vendredi au samedi ou/et du samedi au dimanche. Pour réserver le logement chez les frères (à Lavaux)   https://www.tiberiade.be/fr/contact