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BELGICATHO

  • En Uruguay, le pape Léon XIV appelle les catholiques à une foi solidement enracinée; « Nous ne devons pas nous laisser entraîner par toutes sortes de doctrines étrangères »

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    De Quentin Finelli sur Tribune Chrétienne :

    [Léon XIV en Uruguay]  « Nous ne devons pas nous laisser entraîner par toutes sortes de doctrines étrangères »: le pape Léon XIV appelle les catholiques à une foi solidement enracinée

    Le pape Léon XIV lors de la messe célébrée au parc París Londres de Paysandú, en Uruguay, le samedi 7 novembre 2026 - Capture
    Le pape Léon XIV lors de la messe célébrée au parc París Londres de Paysandú, en Uruguay, le samedi 7 novembre 2026 - Capture
    Lors de sa première messe célébrée en Uruguay, ce samedi 7 novembre 2026, à Paysandú, le pape Léon XIV a exhorté les fidèles à préserver l'intégrité de la foi, à transmettre l'héritage chrétien aux nouvelles générations et à poursuivre courageusement l'évangélisation ( intégralité du texte)

    Ce samedi 7 novembre 2026, au parc París Londres de Paysandú, le pape Léon XIV a célébré sa première messe sur le sol uruguayen, deuxième journée de son voyage apostolique en Uruguay, en Argentine et au Pérou. Après avoir rappelé, à bord de l’avion qui le conduisait à Montevideo, sa détermination à accomplir cette visite malgré sa récente opération pulmonaire, le Souverain Pontife a livré une homélie profondément missionnaire, articulée autour de la fidélité doctrinale, de la transmission de la foi et de la communion ecclésiale.

    Au cœur de son enseignement, une exhortation particulièrement significative : « Nous devons être bien préparés à rendre compte de notre foi à quiconque nous le demande et ne pas nous laisser entraîner “par toutes sortes de doctrines étrangères”. »

    En reprenant cette mise en garde de l’épître aux Hébreux, Léon XIV rappelle une exigence fondamentale de la vie chrétienne : la charité ne saurait se construire au détriment de la vérité révélée. L’ouverture aux autres, si nécessaire soit-elle, suppose une identité spirituelle et doctrinale suffisamment solide pour résister aux confusions. Cette conviction traverse toute l’homélie. Évoquant le pont international General Artigas, qui relie l’Uruguay à l’Argentine, le Saint-Père souligne la vocation des chrétiens à devenir des artisans d’unité : « C’est pourquoi il est si important d’être un bâtisseur de ponts ! »

    Mais cette ouverture comporte une condition essentielle : « Il est nécessaire que le pont repose sur de solides fondations, afin qu’il ne succombe pas aux courants les plus déchaînés. »

    La métaphore est particulièrement éclairante sur le plan ecclésiologique. Une Église qui cherche à rejoindre le monde ne peut renoncer à ce qui fonde sa propre mission : annoncer Jésus-Christ, transmettre fidèlement l’Évangile et conduire les âmes vers le salut. Le dialogue n’est pas une dilution de la foi, mais l’une des expressions de sa force missionnaire.

    Le Pape a également rendu hommage au bienheureux Jacinto Vera, premier évêque de Montevideo, figure majeure du catholicisme uruguayen. Surnommé l’« évêque gaucho », ce pasteur parcourait à cheval d’immenses distances pour visiter les fidèles et secourir les malades. Lors du siège de Paysandú, en 1864, il porta assistance aux blessés des deux camps. À travers cet exemple, Léon XIV rappelle que la fidélité à la doctrine ne saurait être dissociée de la charité concrète. L’orthodoxie de la foi trouve son prolongement naturel dans le service du prochain.

    Lire aussi : https://tribunechretienne.com/leon-xiv-en-uruguay-dans-ce-pays-bon-nombre-de-nos-contemporains-connaissent-a-peine-jesus-christ-en-uruguay-leon-xiv-appelle-a-un-reveil-missionnaire/

    « Le message que nous annonçons ne nous appartient pas. C’est un trésor que nous avons reçu du Seigneur, et nous le portons dans des vases d’argile », a-t-il déclaré, reprenant saint Paul.

    Cette affirmation possède une portée théologique considérable. L’Église n’est pas propriétaire de la Révélation. Elle en est la dépositaire et la servante. Sa mission consiste à transmettre ce qu’elle a reçu, non à remodeler le contenu de la foi selon les sensibilités successives des époques.

    Le Saint-Père a ensuite évoqué les palmeraies uruguayennes, dont les racines profondes permettent aux arbres de résister aux vents. Il y voit une image de la vie chrétienne : « Nous enraciner en Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin de notre vie. » Enfin, prenant l’exemple du maté, symbole sud-américain de convivialité et de partage, Léon XIV a rappelé que la foi se transmet également dans la proximité quotidienne, au sein des familles et des communautés. Son appel final ne laisse aucune ambiguïté sur la finalité de cette communion : « Soyez des ponts, afin que beaucoup puissent rencontrer Jésus. »

    Et de conclure par une interpellation personnelle : « Le Christ compte sur vous ! Le Christ compte sur toi ! »

    À Paysandú, Léon XIV a ainsi rappelé une vérité centrale de la tradition catholique : l’Église ne construit véritablement l’unité que lorsqu’elle demeure enracinée dans le Christ. Sa vocation n’est pas simplement de rapprocher les hommes, mais de les conduire à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN URUGUAY, EN ARGENTINE ET AU PÉROU

    6-17 novembre 2026

    MESSE

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Parc París Londres, Paysandú
    Samedi 7 novembre 2026

    Chers frères et sœurs,

    c’est la première messe de ma visite que je célèbre sur le sol d’Uruguay ; soyez remerciés pour votre présence. Les lectures que nous venons d’entendre nous décrivent la figure d’un homme juste, que le Seigneur aide et fortifie afin qu’il mène à bien la mission qui lui a été confiée. Saint Paul, dans la lettre qu’il adresse aux Philippiens, remercie la communauté pour son soutien dans sa tâche missionnaire, conscient que, dans sa pauvreté, Dieu est toute sa richesse, et que la Divine Providence se manifeste à travers les frères auprès desquels il a été envoyé.

    Le psaume, quant à lui, déclare bienheureux celui qui aime la loi du Seigneur et dont les œuvres sont en accord avec sa foi. De même, dans l’Évangile, Jésus met en avant l’homme intègre, qui sert Dieu et Le place au centre de sa vie, et qui est fidèle en tout ce qui lui est confié, qu’il s’agisse d’une affaire importante ou insignifiante.

    Aujourd’hui, réunis ici à Paysandú pour célébrer l’Eucharistie, avec la joie de rassembler autour d’une même table tant de fidèles de l’Église uruguayenne, ainsi que des pèlerins venus de pays frères, la liturgie de la Parole nous amène à évoquer la présence, sur ces terres du Río de la Plata, de tant de personnes de foi qui, dès les débuts de l’évangélisation du continent, sont venues au nom du Seigneur pour annoncer la grande joie qu’elles avaient elles-mêmes éprouvée en rencontrant le Christ. À l’instar des anges auprès des bergers (cf. Lc 2, 10), elles ont transmis avec joie la bonne nouvelle de l’Évangile, exprimant leur foi à travers des œuvres de charité et de miséricorde.

    À l’occasion de cette célébration, nous souhaitons également rendre hommage et rendre grâce à Dieu pour la vie et le ministère d’un fils de ces terres, le bienheureux Jacinto Vera, évêque de Montevideo, qui fut un témoin cohérent de la foi qu’il annonçait, généreux dans la charité et entièrement dévoué à la mission apostolique. Il a déployé son zèle pastoral dans toutes les directions, sans compter ses sacrifices. Par exemple, il se rendait à cheval auprès des malades, malgré les grandes distances, les dangers de la route et les intempéries. L’« évêque gaucho » a parcouru à trois reprises le territoire uruguayen, apportant foi et espérance à ses habitants. Lors de la défense historique de Paysandú, en 1864, Monseigneur Vera s’installa sur l’île de la Caridad, face à la ville assiégée, pour venir en aide aux réfugiés et aux blessés des deux camps. Il y resta jusqu’à la levée du siège pour accompagner son peuple, suppliant au nom de Dieu que les armées de frères s’étreignent fraternellement.

    Chers frères et sœurs, c’est à nous aujourd’hui de perpétuer l’héritage que ces semeurs de l’Évangile nous ont laissé. Nous devons le faire en tenant compte de ce que nous dit la Parole de Dieu : avec justice, honnêteté et fidélité, conscients que le message que nous annonçons ne nous appartient pas. C’est un trésor que nous avons reçu du Seigneur, et nous le portons dans des vases d’argile (cf. 2 Co 4, 7).

    Trois symboles caractérisent cette région et peuvent nous aider à réfléchir au trésor de la foi qui nous a été transmis et à la mission qui nous est confiée aujourd’hui. Le premier est le pont, le deuxième les palmeraies et le troisième le maté.

    C’est dans cette ville de Paysandú que se trouve le pont international General Artigas, qui enjambe le fleuve Uruguay et relie deux pays voisins. Il n’est pas difficile d’imaginer les bienfaits qu’apporte un pont : ouverture, communication, échange. C’est pourquoi il est si important d’être un bâtisseur de ponts ! Telle est la vocation à laquelle nous sommes tous appelés : construire des ponts, resserrer les liens, unir, communiquer, transmettre la joie de la foi, comme l’a fait le bienheureux Jacinto « à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2).

    De plus, il est nécessaire que le pont repose sur de solides fondations, afin qu’il ne succombe pas aux courants les plus déchaînés. En effet, tout comme la maison bâtie sur le roc reste ferme au milieu de la tempête et que celle construite sur le sable risque de s’effondrer (cf. Mt 7, 24-27), un pont a lui aussi besoin de supports adéquats pour ne pas s’écrouler sous la force du vent et des eaux. Chaque fois que vous vous rendrez sur la côte et que vous apercevrez le pont, souvenez-vous que ce symbole nous représente et nous rappelle l’importance d’une solide formation chrétienne. Nous devons être bien préparés à rendre compte de notre foi à quiconque nous le demande (cf. 1 P 3, 15) et ne pas nous laisser entraîner « par toutes sortes de doctrines étrangères » (He 13, 9). Ce n’est qu’ainsi que nous serons des instruments d’unité et des liens de charité.

    Un autre symbole qui caractérise et embellit cette terre, ce sont les palmeraies. Le livre des Psaumes nous dit que « le juste grandira comme un palmier » (Ps 92, 13). Cet arbre résiste à la force des vents, possède des racines profondes, s’élève droit vers le ciel à la recherche de la lumière et produit le fruit sucré du yatay. C’est là une belle image de l’origine et de la destinée auxquelles nous sommes appelés : nous enraciner en Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin de notre vie, afin que, en restant unis à Lui, nous portions de bons fruits (cf. Jn 15, 5).

    Par ailleurs, nous constatons que dans cette région, les palmiers ne poussent pas isolés, mais forment des palmeraies ; en d’autres termes, ils sont nombreux, ils ne sont ni seuls ni éloignés les uns des autres. De même, l’Église est une communauté de frères qui plonge ses racines et puise à une source commune : la Parole de Dieu, les sacrements, la prière et l’action caritative ; et ses fidèles lèvent les yeux pour louer ensemble le Christ, soleil qui se lève d’en haut, dont la lumière guide les pas de l’humanité sur le chemin de la paix (cf. Lc 1, 78-79).

    Enfin, pensons à un symbole présent dans chaque foyer de ce pays, dans chaque lieu d’étude et de travail, lors de chaque réunion entre amis. Je veux parler du maté, cette boisson si typique de l’Amérique du Sud, dont vous pouvez mieux expliquer la signification profonde que moi. Le maté vous a certainement accompagnés aujourd’hui encore, pendant le trajet qui vous a menés à cette célébration, et il vous accompagnera lors de votre retour. Le maté a même fait son chemin jusqu’à Rome !

    Le maté est un signe de familiarité, d’amitié et de rencontre. Il nous apprend à partager et à être ensemble, à resserrer les liens qui nous unissent et nous fraternisent. C’est un signe d’accueil, d’intégration et de valeurs communes. “Boire le maté” est un rituel chargé de symbolisme, où l’on dialogue sans paroles et où chaque détail possède sa propre signification. Je pense également aux tasses de maté que l’on boit lorsqu’on est seul et qui accompagnent un moment de silence et de prière. Dans ces moments de solitude, combien d’entre vous ont confié à Dieu leurs préoccupations et leurs besoins, leurs désirs et leurs aspirations les plus profondes ?

    Chers frères et sœurs, nous devons réfléchir à ces symboles qui nous sont communs, en nous conférant une identité et un sentiment d’appartenance, en nous parlant de nos origines et en nous projetant vers l’avenir. La foi fait elle aussi partie intégrante du peuple uruguayen depuis ses origines, et il est nécessaire de la transmettre aux générations futures avec un courage créatif.

    Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous rappelle l’importance de la fidélité aux dons reçus : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande » (Lc 16, 10). De nombreux hommes et femmes ont incarné ces paroles, à l’instar de l’évêque Jacinto Vera. Ils sont restés fidèles à la vocation qu’ils avaient reçue et ont semé les graines de l’Évangile dans l’âme du peuple uruguayen. Ces graines restent vivantes au sein de la communauté, mais il faut continuer à créer les conditions nécessaires pour qu’elles puissent grandir et exprimer tout leur potentiel. Il faut continuer à former les enfants et les jeunes à la foi, à accompagner les familles, à soutenir les personnes âgées et à pratiquer les œuvres de charité.

    Chers frères et sœurs : je vous encourage à poursuivre la mission d’évangélisation avec enthousiasme. Soyez des ponts, afin que beaucoup puissent rencontrer Jésus. Soyez une communauté fraternelle, qui se rassemble et partage la vie et les projets, les rêves et les espoirs, en particulier avec les plus démunis. Soyez une communauté de prière, qui entretient le dialogue avec le Seigneur « comme un ami parle à un autre ami » (cf. Jn 15, 15). Le Christ compte sur vous ! Le Christ compte sur toi !

    Que notre Mère céleste, la Vierge des Trente-Trois, vous protège sur le chemin de la vie et vous guide toujours vers la rencontre avec son Fils Jésus. »

    Source : Saint-Siège, homélie du pape Léon XIV, Paysandú, 7 novembre 2026

  • Ce que dit le Pape face à la progression de la sécularisation et à une indifférence religieuse de plus en plus répandue

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LÉON XIV
    EN URUGUAY , EN ARGENTINE ET AU PÉROU,

    DU 6 AU 17 NOVEMBRE 2026

    VEILLÉE DE PRIÈRE

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE LÉON XIV

    Stade Centenario (Montevideo), samedi 7 novembre 2026

    ___________________________________

    Chers frères et sœurs, cher Uruguay : bonne nuit !

    Je remercie Dieu de m’avoir donné l’occasion d’être parmi vous. Je remercie également le cardinal Sturla, archevêque de Montevideo, pour ses paroles de bienvenue, ainsi que Federica, Giovanni et la famille Gutiérrez Hernández pour la sincérité avec laquelle ils ont partagé leurs témoignages. Je sais que derrière ce que l’on peut voir lors d’une brève visite se cachent des années de fidélité. Je pense aux familles qui ont transmis la foi, aux prêtres et aux personnes consacrées qui ont donné leur vie, aux laïcs – dont beaucoup sont jeunes – qui font vivre leurs communautés, et à tant d’autres qui se consacrent au service d’autrui par amour pour Dieu. Merci de rendre Jésus-Christ présent dans tant de vies. Il nous a choisis pour aller et porter du fruit (cf. Jn 15, 16), et peut-être qu’une grande partie de ce fruit demeure là où nous ne pouvons même pas le voir. L’Église vous est profondément reconnaissante.

    Être parmi vous ce soir me permet de partager une réflexion sur une réalité que vivent aujourd'hui de nombreuses communautés chrétiennes : la progression de la sécularisation et une indifférence religieuse de plus en plus répandue. Dans bien des endroits, la foi ne se transmet plus aussi naturellement qu'auparavant, et le nombre de personnes qui passent une partie importante de leur vie sans relation régulière avec l'Église ni pratique religieuse ne cesse d'augmenter. Les croyants en pèlerinage en Uruguay ont dû apprendre à vivre et à proclamer leur foi dans ce contexte, comme nous l'avons entendu ce soir. Leur expérience peut donc être précieuse pour nos frères et sœurs d'autres régions du monde qui commencent à découvrir, chacun à leur manière, ce que signifie être en minorité. Mais même dans ces circonstances, certains persévèrent : des parents qui prient avec leurs enfants, des enseignants qui s'efforcent de vivre et de témoigner de la foi, des jeunes qui ont découvert le Christ et souhaitent le suivre même lorsqu'ils se sentent seuls, des communautés qui continuent de se réunir et des prêtres qui parcourent de longues distances pour apporter les sacrements aux fidèles. En pensant à tout cela, une petite ville biblique m'est venue à l'esprit : Bethléem.

    Le prophète Michée l’avait qualifiée de « petite parmi les clans de Juda » (5,2) ; saint Matthieu, quant à lui, affirmait : « Vous n’êtes certes pas la plus petite » (2,6). Bethléem demeurait petite. Sa taille et son importance politique étaient restées inchangées. Peut-être Bethléem peut-elle nous apprendre quelque chose sur cette réalité : lorsque nous sommes peu nombreux, lorsque nos forces déclinent, ou lorsque nous prenons conscience que notre présence sociale n’est plus la même, nous risquons de juger notre situation selon des critères très humains. L’Évangile nous invite à voir les choses autrement. Dieu a choisi Bethléem, et ce choix à lui seul suffit à nous empêcher d’assimiler petitesse et insignifiance.

    Songez à l’Eucharistie : le Seigneur de l’univers présent sous l’humble apparence du pain et du vin ! Cette même logique divine est déjà manifeste dans sa naissance. Saint Luc nous dit qu’au moment de la naissance, « il n’y avait plus de place pour eux » (2,7). Tout était pris. Peut-être pouvons-nous voir dans ce passage une image de notre indifférence actuelle. La vie se remplit d’occupations, d’affections, de projets et de distractions, jusqu’à ce que l’absence de Dieu ne soit plus ressentie comme une absence. Nous pouvons même en venir à vivre sans le chercher et, plus encore, sans réaliser combien nous avons besoin de lui.

    Pourtant, le Christ arrive, mais la maison est pleine. Il n'y a plus de place, et il finit par être couché dans une mangeoire ; peu après, Hérode tentera de le tuer, incapable de supporter un règne qu'il ne peut contrôler. À Bethléem, il y a quelque chose qui se répète sans cesse : Dieu peut être considéré comme superflu, et la foi confinée à la sphère privée, comme si elle n'avait rien à apporter à la vie communautaire. Lorsque nous essayons de construire un monde sans Dieu, nous risquons de laisser l'humanité sans place. Mais rien de tout cela ne change la réalité : cet Enfant est Dieu, et il vient nous sauver . Et dans ce « nous », nous sommes tous inclus, car l'indifférence peut aussi s'insinuer, peu à peu, dans la vie de ceux d'entre nous qui croient.

    Bethléem nous pose une question simple : y a-t-il une place pour Lui ? Une place dans notre temps, dans notre raisonnement, dans nos foyers ; une place pour L’écouter, pour recevoir Son pardon, pour nous laisser corriger par Sa Parole. Nous devons préserver le Christ au centre de nos vies par la prière, la messe, la confession et la lecture méditative de l’Évangile. Nous devons tous revenir sans cesse à Lui pour être disciples. Si nous voulons que d’autres trouvent le Christ, nous devons connaître personnellement le chemin de Bethléem.

    À Bethléem arrivèrent aussi des Rois mages qui avaient aperçu une étoile au loin. Ils n'étaient pas versés dans les Écritures, ils ignoraient où leur voyage les mènerait et ne pouvaient même pas expliquer ce qu'ils cherchaient. Mais cette lumière éveilla en eux une aspiration profonde qui les mit en route. Chers amis, vous aussi, avec humilité et simplicité, pouvez refléter la lumière du Christ dans vos vies. Il y a peut-être des personnes qui n'ouvrent jamais la Bible de leur propre chef, qui n'ont pas mis les pieds dans une église depuis des années, ou qui ne savent même pas si elles croient en Dieu. Mais, en vous voyant, le désir et la recherche de Dieu pourraient s'éveiller en elles ; elles pourraient découvrir que cela vaut la peine de risquer leur vie.

    Jeunes amis, osez franchir le pas du mariage et fonder une famille. N'ayez pas peur de l'engagement éternel ! Couples mariés, ouvrez vos foyers à la vie, même si le monde vous dit qu'un enfant est un fardeau. Si quelqu'un sent que le Christ l'appelle à tout quitter pour le suivre dans le sacerdoce ou la vie consacrée, n'ignorez pas cet appel par crainte de manquer d'autres opportunités. Quand la justice et l'honnêteté ont un prix, payez-le. Quand pardonner semble être un échec, pardonnez. Quand tout le monde vous dit de penser d'abord à vous-mêmes, n'ayez pas peur de vous mettre en dernier ; soyez prêts à renoncer à du temps, de l'argent, du confort et à vos projets pour servir les autres. Puisse ceux qui vous regardent se demander : « Pourquoi vivent-ils ainsi ? D'où leur vient cette liberté ? Pourquoi s'aiment-ils autant ? »

    L'étoile que virent les Rois mages n'était pas leur destination. Leur mission était de les conduire à Bethléem, là où se trouve le Christ. Si nos vies suscitent une question, elles porteront du fruit lorsque cette question guidera quelqu'un vers Jésus. Pour rayonner, il n'est pas nécessaire d'être nombreux, mais plutôt de refléter la lumière du Seigneur.

    Saint Luc nous transporte maintenant dans une autre scène : des bergers qui veillent sur leurs troupeaux pendant la nuit. Ils n’ont suivi aucune étoile, ils n’ont entrepris aucun voyage et ils ne semblent rien chercher. Ils sont simplement plongés dans leurs activités quotidiennes, vaquant à leurs occupations nocturnes. Et c’est précisément là que Dieu vient à leur rencontre : « N’ayez pas peur, car voici, je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple » (2,10). Cette annonce inspire la devise de ma visite parmi vous : Je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie !

    Ces paroles doivent toujours occuper une place centrale dans la vie de l'Église. La Bonne Nouvelle a besoin de témoins. Et nous avons reçu une nouvelle qui mérite d'être proclamée au monde entier : Jésus-Christ ! Le Fils de Dieu s'est fait homme ! Il est Dieu avec nous !

    Par Lui, nous savons que le péché peut être pardonné. Nous pouvons accompagner ceux qui meurent et leur dire que leur vie ne s’achèvera pas dans le néant. Nous pouvons apporter le pain et le vin à l’autel et recevoir son Corps et son Sang. Nous pouvons dire à ceux qui sont tombés : « Relevez-vous, vous pouvez encore recommencer. » Voyez ce qui nous a été confié ! Jésus-Christ est notre espérance ! La société peut trouver de nombreuses choses précieuses dans d’autres institutions, mais rien ne peut remplacer la proclamation que l’amour de Dieu est plus fort que la mort, la haine, la violence, la guerre et le péché. C’est cette joie que nous portons, c’est cette joie que le Pape vient vous rappeler.

    Remarquez que l'ange précise que cette joie est destinée à « tout le peuple ». Il ne dit pas « à ceux qui l'attendaient », ni « aux parfaits ». Certains, comme les Rois mages, sont déjà en quête, et nous devons les accompagner dans leur cheminement. D'autres, en revanche, comme les bergers de Bethléem, ne cherchent rien. Cette joie doit leur parvenir au cœur même de leurs ténèbres.

    Après avoir entendu la nouvelle, les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons à Bethléem » ( Lc 2, 15). Ils y trouvèrent Marie, Joseph et l’Enfant. L’évangéliste ajoute qu’ils retournèrent à leurs champs « glorifiant et louant Dieu » ( Lc 2, 20). Ils reprirent leur travail, leurs chemins, sans doute confrontés aux mêmes problèmes. Mais ils n’étaient plus les mêmes. Ils avaient trouvé le Christ.

    Chers amis, que cette rencontre soit comme Bethléem, afin que vous reveniez transformés à votre vie ! Que le Christ pénètre véritablement dans vos actions, vos amours, vos choix, et même dans ce que personne ne voit. Soyez saints ! Ne vous contentez pas d'une vie simplement convenable ni d'une foi routinière satisfaite du strict minimum. Ne vous offrez pas à Dieu partiellement ; offrez-vous entièrement ! Les saints sont des hommes et des femmes débordant de la vie en Christ, libres et authentiques, dont la vie rend irrésistible un « oui » retentissant à l'amour, à la vérité et au bonheur. N'ayez pas peur d'aspirer à cela. Le Christ ne nous a pas appelés à la médiocrité ; il nous a appelés à une vie nouvelle et pleine, à l'image de la sienne.

    Chers frères et sœurs, cher Uruguay : sachez que nous sommes allés à Bethléem ! Sachez que le Christ est vivant et que le rencontrer change tout. Ce même Jésus, né à Bethléem, mort et ressuscité, vit éternellement et demeure avec nous. Le Christ nous attend vraiment, présent dans l’Eucharistie. Quelle beauté que Bethléem signifie précisément « maison du pain » ! C’est là qu’est né Celui qui allait se donner à nous comme le Pain de Vie. Et aujourd’hui, nous pouvons continuer à le rencontrer, si proche et si humble, dans chaque tabernacle. Cherchez-le là, dans l’adoration eucharistique. Parlez-lui comme à un ami et laissez son regard vous envelopper.

    Confions aussi nos vies au regard de Notre-Dame des Trente-Trois. Qu'elle, l'Étoile du Matin, qui nous conduit à son Fils, nous apprenne à le reconnaître et à le suivre. Demandons au Seigneur la grâce de toujours répondre, comme elle, à son appel : « Me voici, Seigneur, me voici, ta servante, ta servante ; qu'il me soit fait selon ta parole ! »

    Merci beaucoup.

  • Que ma prière aille jusqu'à Toi (Introit du 32e dimanche du T.O.)

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    Introitus Introït
    Ps. 87, 3  
    INTRET orátio mea in conspéctu tuo: inclína aurem tuam ad precem meam, Dómine.    Ps. ibid., 2 Dómine, Deus salútis meæ: in die clamávi, et nocte coram te. ℣. Glória Patri. Que ma prière pénètre jusqu’à Toi, Seigneur, prête l’oreille à ma supplication.
    Ps. ibid., 2. Seigneur, Dieu de mon salut, devant Toi j’ai crié le jour et la nuit. ℣. Gloire au Père.
  • 32e dimanche : "Mériter de posséder Dieu"

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    La première lecture essaie de nous faire goûter combien l’intimité de Dieu est désirable. Nos désirs d’être aimé, de nous sentir proche de quelqu’un, d’être accepté et compris, tout cela vient d’une semence que Dieu a mise en nous en nous créant à son image. Comme disait saint Augustin, « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi ».

    Nous sommes faits pour cette rencontre et cette intimité, mais encore faut-il la chercher, la désirer suffisamment. Sinon on se retrouve comme une vierge imprévoyante, dont la lampe vacille. C’est le désir de son cœur qui n’est pas assez ferme pour traverser la nuit. Ni pour aller à la rencontre de l’époux. Qu’à cela ne tienne, ne pourrait-il pas se contenter de la pénombre ? Cet époux n’est-il pas capricieux ? Ce n’est pas lui que cela gêne, c’est nous, car en faisant cela nous allons alors manquer notre bien propre.

    Notre bien propre ! C’est bien de cela qu’il s’agit. Si on lit sans faire attention on se dira : quelles vilaines égoïstes, ces vierges dites sages qui ne veulent même pas partager ! Mais la parabole suggère plutôt que le bien dont il s’agit n’est pas partageable, c’est notre bien propre. Samedi matin nous entendions Jésus nous dire dans la liturgie : « si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? » (Lc 16,12) Quel est donc ce bien propre ?

    Dans la troisième prière eucharistique, on demande à Dieu : « que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire, pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir ». Longtemps j’ai été gêné par cette tournure : « que nous obtenions les biens du monde à venir ». N’y a-t-il pas quelque chose d’exagérément possessif, pour un Royaume où nous devons être une offrande, être don de nous-mêmes ? J’ai eu envie de dire « pour que nous entrions dans les biens du monde à venir ». Peut-être l’ai-je même dit… Que Dieu me pardonne. Puis je me suis laissé instruire. Cette tournure est vraiment adéquate à la logique de l’amour, qui veut pouvoir saisir et posséder l’être aimé. Il n’y a rien là qui blesse l’amour, au contraire. Ce qui blesse l’amour, c’est de vouloir posséder l’aimé pour soi tout seul. Mais pas de l’avoir à soi vraiment. Pour reprendre un terme mis à mal dans la théologie ces dernières décennies, il nous faut « mériter de posséder Dieu ». Et il est important de trouver dans ce besoin humain et cette promesse de Dieu la clé spirituelle de nos manques les plus cuisants : nous avons besoin de posséder Dieu.

    J’essaie d’expliquer. Trop souvent nous nous apprêtons à vivre la vie éternelle comme des locataires ou des touristes. Nous espérons y parvenir, quand nous y pensons, mais nous ne pensons pas que nous serons vraiment chez nous et que le Seigneur pourra nous dire comme à son Fils bien-aimé : « tout ce qui est à moi est à toi ». Nous pensons au ciel comme à un immense parc d’attraction, en nous disant que nous espérons que nous pourrons nous acquitter du prix de l’entrée. Au lieu de cela, pensons au ciel comme à notre maison à nous qui serait encore plus fascinante que le plus rêvé des parcs d’attraction. N’imaginons pas que nous serons comme les invités de Dieu, bienvenus tant que nous n’abîmons rien, dans un ciel où nous pourrons surtout continuer nos petites affaires comme nous l’entendons ! Le Seigneur ne veut pas nous accueillir comme des invités, mais comme les enfants de la maison, qui sont partout chez eux.

    Nous pouvons aussi regarder les choses du côté du cœur. Quel amour vivrons-nous au ciel ? Est-ce que ce sera le prolongement de nos plus belles amours terrestres ? Incroyablement plus ! Un amour fou cherchera à nous saisir, à nous combler. Ce ne sera pas l’éblouissement d’un soir. Par l’engagement de notre liberté, nous pourrons répondre au Seigneur : ton cœur est à moi pour toujours, et moi je suis à toi pour toujours. C’est l’amour le plus fou et le plus inébranlable que nous vivrons, celui qui nous est acquis par la victoire du Christ sur la croix. Contemplons sa victoire sur tous les obstacles à l’amour, en nous et autour de nous. Entrons dans une immense reconnaissance : ô Christ, tu as fait que nous puissions appartenir à la Trinité toute entière et qu’elle soit à nous aussi ! Gloire à toi ! Et maintenant, mettons en œuvre notre liberté, élargissons notre cœur en aimant nos frères comme nous-mêmes, afin de mériter de posséder Dieu. Car, comme disait aussi saint Augustin, « Dieu, qui t’a créé sans toi, ne peut pas te sauver sans toi ».

  • 32e dimanche "ordinaire": Voici l'époux! Sortez à sa rencontre

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    "Evangile au Quotidien" propose cette méditation sur la parabole de ce dimanche :

    Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
    Les Exercices, n°5 ; SC 127 (trad. SC p. 175 rev.)

    « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre »

          Mon Dieu, mon très doux Soir, lorsque pour moi sera venu le soir de cette vie, fais-moi m'endormir doucement en toi, et expérimenter cet heureux repos que tu as préparé à ceux qui te sont chers. Que le regard si paisible et gracieux de ton amour ordonne et dispose avec bonté les préparatifs de mes noces. Par la richesse de ta bonté, couvre...la pauvreté de ma vie indigne ; que mon âme habite dans les délices de ta charité avec une confiance profonde.       

          Ô amour, sois alors pour moi un soir si beau, que mon âme dise avec joie et allégresse à mon corps un doux adieu et que mon esprit, retournant au Seigneur qui l'a donné, repose en paix sous ton ombre. Alors tu me diras clairement...: « Voici venir l'Époux : sors maintenant et unis-toi à lui plus intimement, afin qu'il te réjouisse par la gloire de son visage »...

          Quand, quand est-ce que tu te montreras à moi, afin que je te voie et que je puise avec délices à cette source vive que tu es, mon Dieu ? (Is 12,3) Alors je boirai, je m'enivrerai dans l'abondance de la douceur de cette source vive, qui sourd des délices de la face de celui que mon âme désire (Ps 41,3). Ô douce face, quand me combleras-tu de toi ? Alors j'entrerai dans le sanctuaire admirable, jusqu'à la vue de Dieu (Ps 41,5) ; je ne suis qu'à l'entrée, et mon cœur gémit de la longueur de mon exil. Quand me combleras-tu de joie par ta douce face ? (Ps 15,11) Alors je contemplerai et embrasserai le véritable Époux de mon âme, mon Jésus... Là je connaîtrai comme je suis connue (1Co 13,12), j'aimerai comme je suis aimée ; ainsi je te verrai, mon Dieu, tel que tu es (1Jn 3,2), en ta vision, ta jouissance et ta possession bienheureuse à jamais.

  • À Montevideo, Léon XIV lance un appel mondial pour réveiller les vocations et redonner à la foi sa place dans la société

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    À Montevideo, Léon XIV lance un appel mondial pour réveiller les vocations et redonner à la foi sa place dans la société

    En Uruguay, où la pratique religieuse demeure particulièrement faible en Amérique latine, le pape a lancé un appel inédit aux évêques du monde entier : organiser des journées de prière et de jeûne pour obtenir de nouvelles vocations sacerdotales et religieuses. Mais son message dépasse largement la seule question du manque de prêtres. À travers deux interventions majeures à Montevideo, Léon XIV a rappelé que l'avenir de l'Église dépend de la fidélité au Christ et que la foi chrétienne doit pouvoir contribuer librement à la vie publique.

    Il y aura peut-être désormais un avant et un après Montevideo dans la réflexion de l'Église catholique sur les vocations. Vendredi 6 novembre, au cœur de sa visite en Uruguay, première étape d'un voyage apostolique de onze jours en Amérique latine, Léon XIV a lancé une initiative destinée à dépasser les frontières de ce petit pays sud-américain. Depuis la cathédrale de Montevideo, le pape a invité tous les évêques du monde à organiser, dans leurs diocèses, des journées de prière et de jeûne afin de favoriser l'émergence de nouvelles vocations sacerdotales et consacrées.

    « Que les paroisses, les familles et les communautés religieuses s'unissent dans cette supplication », a-t-il demandé.

    L'appel est significatif. Alors que de nombreuses Églises locales sont confrontées à la diminution du nombre de prêtres et à la difficulté de susciter de nouveaux engagements religieux, Léon XIV ne propose ni une réforme administrative ni une adaptation de circonstance. Il invite d'abord les catholiques à retrouver le sens profond de la prière et à redécouvrir que les vocations sont, avant tout, un don de Dieu.

    L'Uruguay, laboratoire d'une espérance inattendue

    Le choix de Montevideo n'est pas anodin. L'Uruguay est l'un des pays les plus sécularisés d'Amérique latine. Sur une population d'environ 3,5 millions d'habitants, une proportion relativement faible se déclare catholique pratiquante. En 2024, aucun candidat ne s'était présenté au séminaire en vue du sacerdoce. Une situation particulièrement préoccupante, révélatrice des difficultés rencontrées par l'Église dans un environnement largement éloigné de la pratique religieuse.

    Mais c'est précisément de cette situation de découragement qu'est née une initiative remarquable.

    Face à l'absence de vocations, de simples fidèles ont décidé de ne pas se résigner. Ils ont entrepris de prier avec insistance, de jeûner et de supplier Dieu d'appeler de jeunes hommes à consacrer leur existence au service de l'Église. Une démarche humble, sans moyens particuliers, mais animée par une conviction fondamentale : les vocations ne se fabriquent pas, elles se demandent.

    Et les premiers signes d'espérance sont apparus. Plusieurs jeunes ont depuis commencé leur cheminement au séminaire ou dans la vie consacrée.

    Léon XIV a tenu à souligner cette persévérance. Sans présenter les événements comme un miracle spectaculaire, il a invité les catholiques à reconnaître dans cette évolution un encouragement à ne jamais abandonner la prière.

    Le message est clair : face à la crise des vocations, l'Église ne peut se contenter de constater les statistiques, de multiplier les diagnostics ou de rechercher des solutions purement humaines. Elle doit retrouver la confiance dans la puissance de la prière.

    La vocation sacerdotale : revenir sans cesse au Christ

    Aux prêtres et aux personnes consacrées, le pape a adressé un autre appel, tout aussi exigeant : celui de la fidélité.

    « Préservez le silence de la prière, l'écoute de la Parole, la rencontre avec le Christ dans l'Eucharistie », leur a-t-il recommandé.

    Pour Léon XIV, la persévérance dans la vocation ne repose pas simplement sur la volonté personnelle ou sur le sens du devoir. Elle suppose une relation vivante et constante avec le Christ. C'est dans cette intimité que se renouvelle l'amour qui a conduit un homme à donner sa vie à Dieu.

    Le pape a ainsi rappelé une vérité essentielle : on ne peut annoncer durablement le Christ si l'on ne cherche pas d'abord à lui ressembler.

    Il a même identifié dans cette exigence l'un des secrets de l'évangélisation. Dans une société où beaucoup de contemporains connaissent à peine Jésus-Christ, le témoignage personnel des prêtres et des religieux revêt une importance particulière.

    Leur manière de regarder les autres, d'écouter, d'accueillir et de se rendre proches de ceux qui souffrent doit susciter une interrogation : d'où vient cet amour ?

    Autrement dit, avant même les discours, c'est la vie du chrétien qui doit rendre visible la présence du Christ.

    Cette insistance sur la fidélité et la persévérance mérite d'être relevée. À l'heure où la question des vocations est parfois abordée principalement sous l'angle des structures ecclésiales ou des adaptations disciplinaires, Léon XIV replace au centre de la réflexion la nature même du sacerdoce : une vie entièrement consacrée au Christ et à son Église.

    Il n'y aura pas de renouveau durable sans approfondissement spirituel.

    Une société ne peut se construire sans fondement moral

    Quelques heures auparavant, sur la place de Montevideo, devant le président uruguayen Yamandú Orsi, le pape avait développé une autre dimension de son enseignement. Son discours, adressé aux responsables politiques et aux représentants de la société civile, dessinait les contours d'une organisation sociale fondée sur le respect de la personne humaine, la responsabilité politique et la recherche du bien commun.

    Léon XIV a d'abord rappelé que l'autorité politique ne constitue pas une fin en soi. Elle trouve sa légitimité dans le service de la communauté et doit s'exercer dans le respect des libertés et de la responsabilité des citoyens.

    La politique ne saurait donc se réduire à la conquête ou à la conservation du pouvoir. Elle implique une responsabilité morale, notamment à l'égard des générations futures.

    Le pape a également salué les efforts de l'Uruguay en matière de transition énergétique, tout en rappelant que le développement économique doit être pensé dans une perspective durable.

    Mais c'est surtout sur les questions relatives à la dignité humaine que son intervention a pris une dimension particulièrement importante.

    De la conception à la mort naturelle : la dignité humaine ne se négocie pas

    Dans un pays où les législations sur l'avortement et l'euthanasie figurent parmi les plus libérales du continent, Léon XIV a rappelé avec fermeté que la protection de la vie humaine ne peut être sélective.

    Il a notamment insisté sur la dignité de l'enfant à naître : celui qui n'est pas encore né appartient déjà à la famille humaine et à l'avenir de son peuple. Sa dépendance à l'égard de sa mère ne diminue en rien sa dignité ni la protection à laquelle il a droit.

    Cette affirmation s'inscrit dans la continuité de l'enseignement constant de l'Église sur le caractère inviolable de la vie humaine, depuis sa conception jusqu'à sa fin naturelle.

    Le pape a également évoqué la situation des personnes âgées, qui doivent être accompagnées jusqu'au terme naturel de leur existence. La valeur d'une personne, a-t-il rappelé en substance, ne dépend ni de son autonomie, ni de sa productivité, ni de son utilité sociale.

    Une société véritablement humaine se reconnaît précisément à la manière dont elle traite les plus fragiles.

    Cette attention aux plus vulnérables l'a conduit à évoquer la solitude, l'angoisse et le désespoir, qui peuvent mener jusqu'au suicide. Personne ne devrait avoir le sentiment d'être devenu étranger parmi les siens, ni croire que son absence aurait moins d'importance que sa présence.

    La défense de la vie ne se limite donc pas à des principes juridiques ou à des déclarations de circonstance. Elle suppose une véritable culture de l'accueil, de la solidarité et de l'accompagnement.

    Le travail et l'économie doivent rester au service de l'homme

    Le discours pontifical a également abordé les transformations économiques et technologiques. À l'heure où l'intelligence artificielle bouleverse progressivement le monde professionnel, Léon XIV a mis en garde contre une conception de l'économie dans laquelle l'être humain deviendrait un simple instrument de production.

    Le travail doit être au service de l'homme et non l'homme au service du travail.

    Cette exigence implique que la personne ne soit jamais réduite à un rouage dont on pourrait se passer dès lors que les impératifs de rentabilité ou de productivité l'exigent.

    Le pape a également insisté sur l'accès aux soins de santé, qui ne devrait pas dépendre des seules ressources financières. Évoquant sa propre expérience récente de la maladie et les soins dont il avait bénéficié, il a exprimé sa reconnaissance tout en attirant l'attention sur ceux qui ne peuvent obtenir à temps un diagnostic ou les traitements nécessaires.

    L'économie, l'organisation des services publics et les choix politiques doivent donc être évalués à partir d'une question fondamentale : servent-ils réellement la personne humaine ?

    La laïcité ne doit pas devenir une mise à l'écart de la religion

    L'un des passages les plus significatifs du discours de Montevideo concerne la place de la religion dans une société démocratique et laïque.

    Léon XIV a repris une conviction déjà exprimée lors de ses interventions précédentes : la distinction entre l'État et les institutions religieuses ne signifie nullement que la foi doive être confinée à la sphère privée.

    La neutralité de l'État doit garantir la liberté de conscience et permettre aux croyants comme aux non-croyants de vivre ensemble dans le respect mutuel. Elle ne saurait devenir un instrument d'exclusion de la dimension religieuse de la vie collective.

    Le pape a ainsi rappelé que nul ne devrait être contraint d'agir contre sa conscience ni empêché d'agir conformément à celle-ci, dans les limites légitimes du droit, individuellement ou collectivement.

    Cette position mérite une attention particulière dans les sociétés occidentales où la laïcité est parfois interprétée comme une invitation faite aux religions à se taire dès qu'il est question de politique, d'éducation ou de morale publique.

    Pour Léon XIV, les communautés religieuses ont pleinement leur place dans la construction du bien commun. Leur contribution doit être respectée, à condition que soit également reconnue l'autonomie propre des institutions civiles.

    Il ne s'agit donc ni d'imposer une religion à la société ni de réclamer des privilèges pour l'Église. Il s'agit de défendre une liberté religieuse authentique, qui ne s'arrête pas aux portes des lieux de culte.

    Un christianisme qui ne renonce pas à témoigner

    Au terme de cette première journée à Montevideo, deux dimensions du message de Léon XIV apparaissent étroitement liées.

    D'un côté, le pape appelle l'Église à retrouver le chemin de la prière, à susciter des vocations et à former des prêtres profondément enracinés dans leur relation au Christ. De l'autre, il rappelle que les chrétiens ne doivent pas renoncer à apporter leur contribution à la société, notamment dans les grands débats concernant la vie, la famille, l'économie, la liberté et la dignité humaine.

    Ces deux exigences procèdent d'une même conviction : l'Église ne peut être fidèle à sa mission si elle se replie sur elle-même, mais elle ne peut davantage transformer la société si elle perd son identité spirituelle.

    Le renouveau missionnaire ne viendra donc pas simplement de nouvelles stratégies de communication ou d'une adaptation permanente aux attentes du monde contemporain. Il suppose des chrétiens capables de vivre pleinement leur foi, de témoigner du Christ sans complexe et de défendre la dignité de toute personne humaine.

    Samedi soir, au mythique stade du Centenaire de Montevideo, qui peut accueillir quelque 80 000 spectateurs, Léon XIV devait poursuivre cette rencontre avec la jeunesse uruguayenne. Une nouvelle occasion de rappeler que l'avenir de l'Église ne se construit pas sans les jeunes, mais surtout qu'il ne se construit pas sans Dieu.

    L'appel de Montevideo pourrait ainsi dépasser largement les frontières de l'Uruguay. Dans une Église confrontée à la raréfaction des vocations et dans des sociétés où la foi chrétienne est souvent reléguée à la périphérie de la vie publique, Léon XIV invite à retrouver l'essentiel : prier, croire, témoigner et transmettre.

    Car une Église qui ne prie plus pour les vocations risque de ne plus savoir comment transmettre sa foi. Et une société qui refuse toute référence à la transcendance risque, elle aussi, de perdre de vue les fondements spirituels et moraux de la dignité humaine.

  • Notre-Dame de Banneux apporte un message d'espoir aux pauvres

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    D'Alexandra Greeley sur le National Catholic Register :

    Notre-Dame de Banneux apporte un message d'espoir aux pauvres

    En 1933, la Vierge Marie est apparue huit fois à une jeune Belge de 11 ans, lui apportant un message d'espoir et de guérison qui continue d'attirer des pèlerins dans un humble village.

    Sanctuaire BANNEUX - Etoile Notre Dame

    L'une des apparitions catholiques les moins connues a eu lieu dans le village de Banneux, en Belgique, en 1933.

    Le village ressemblait à bien d'autres villages de campagne européens des années 1930, une époque où les villageois se désintéressaient de leur foi catholique et ne prenaient plus la peine d'assister à la messe le dimanche. Mais une série d'apparitions dans le village a bouleversé leur vie.

    Entre le 15 janvier et le 2 mars, Notre-Dame de Banneux est apparue à huit reprises à Mariette Beco, une jeune fille issue d'une famille pauvre. Mariette a raconté à sa famille et à son curé avoir vu une silhouette vêtue de blanc qui s'est présentée comme la Vierge des Pauvres. Elle a précisé que l'apparition lui avait dit : « Je viens soulager les souffrances. » Le lendemain matin, le prêtre fut surpris de voir Mariette à la messe, car elle n'allait plus à l'église depuis quelque temps.

    Mariette, âgée de 11 ans, était connue pour sa douceur et son attention envers ses jeunes frères et sœurs. Le dimanche 15 janvier, elle aperçut une lueur dans son jardin. L'hiver était froid, aussi, au lieu de sortir, elle s'agenouilla pour regarder par une fenêtre givrée.

    Dans le jardin, elle aperçut une femme vêtue de blanc qui l'appela et l'invita à la rejoindre. Cependant, la mère de la jeune fille lui interdit de sortir. Trois jours plus tard, vers 19 heures, Mariette priait dans le jardin. Soudain, elle revit la même femme qui l'invita à la suivre sur la route. Là, Mariette s'agenouilla près d'une source jaillissant d'une mare. La Dame lui dit : « Plonge tes mains dans l'eau » et « Cette source m'est réservée. »

    Le lendemain, la Vierge apparut à Mariette alors qu'elle était agenouillée sur un chemin. Mariette lui demanda : « Qui êtes-vous, belle Vierge ? » Elle répondit : « Je suis la Vierge des Pauvres. »

    La Vierge conduisit Mariette à la source, lui disant : « Cette source est réservée à toutes les nations… pour soulager les malades. » La source devint ainsi un lieu de guérisons et de miracles, et des décennies plus tard, elle continue d’attirer les foules.

    Le 20 janvier à 18h45, Mariette eut une autre apparition. La fillette demanda à la « Belle Dame » ce qu'elle désirait. La Vierge répondit : « Je voudrais une petite chapelle. » Après plusieurs autres apparitions, la Vierge entra en contact une dernière fois avec Mariette le 2 mars, un jour de pluie. La Vierge s'adressa à Mariette d'un ton grave et lui dit : « Je suis la Mère du Sauveur, la Mère de Dieu. Priez beaucoup. Adieu . » Puis elle la bénit et fit le signe de la croix sur la tête de l'enfant.

    Après les apparitions, Mariette a mené une vie paisible jusqu'à sa mort en 2011, à l'âge de 90 ans.

    Mais les apparitions eurent un impact profond sur le village, incitant de nombreux habitants à renouer avec la pratique de leur foi catholique. La chapelle demandée par Notre-Dame de Banneux fut construite, et la source où la Vierge Marie apparut à Mariette est associée à de nombreuses guérisons physiques et spirituelles.

    En 1949, l'évêque Louis-Joseph Kerkhofs a reconnu les apparitions, et en 1985, le pape saint Jean-Paul II a visité le site et y a célébré la messe, confirmant ainsi son importance pour toute l'Église.

    Notre-Dame de Banneux, priez pour nous !

  • Belgique : jusqu’à 20 000 enfants confrontés chaque année à un accès très inégal aux soins palliatifs pédiatriques

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    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    Belgique : jusqu’à 20 000 enfants confrontés chaque année à un accès très inégal aux soins palliatifs pédiatriques

    5 novembre 2026
     

    Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a publié une étude faisant état de l’offre des pédiatriques que propose la Belgique. Il propose aussi des améliorations à mettre en place pour garantir une meilleure orientation vers ces soins. La Fondation Roi Baudouin (FRB), fondation d’utilité publique belge, rappelle elle aussi dans un rapport publié le 5 novembre que l’accès aux soins palliatifs pédiatriques demeure très inégal en Belgique (cf. Un rapport révèle un important déficit mondial en matière de soins palliatifs pédiatriques). Elle recommande notamment de renforcer les soins palliatifs à domicile et de faciliter le passage vers les soins pour adulte.

    Les soins palliatifs pédiatriques ne se limitent pas à la fin de vie

    Le rapport de la FRB souligne que les soins palliatifs pédiatriques doivent débuter dès l’annonce du diagnostic pour se poursuivre jusqu’après le décès de l’enfant en soutenant les proches. Ils ne se limitent donc pas à la fin de vie. Ainsi, appliqué à des enfants, « le concept de soins palliatifs est beaucoup plus large que pour les adultes ». Plus que des soins médicaux, ce sont « les besoins psychologiques, sociaux, relationnels, spirituels et pratiques de l’enfant et de son entourage » qu’il faut prendre en compte. La FRB réclame par ailleurs une meilleure formation des médecins généralistes et des autres soignants afin que l’accompagnement à domicile dure le plus longtemps possible.

    Sur la base de la classification Pediatric Complex Chronic Conditions (CCC), le KCE estime que « jusqu’à 20 000 enfants avec un nouveau diagnostic pourraient être concernés chaque année en Belgique ». Même si les patients avec un diagnostic classé CCC n’ont pas tous nécessairement besoin de soins palliatifs pédiatriques, chaque année, seules quelques centaines d’enfants ont réellement accès à ce type de soins (cf. Pays-Bas : première euthanasie d’un enfant de moins de 12 ans).

    « Nous devons faire des soins palliatifs pédiatriques un véritable parcours de soins, accessible à chaque enfant »

    La continuité dans le parcours de soins de ces enfants reste un défi : la transition vers des soins palliatifs pour adulte représente une véritable rupture dans le parcours de soins. En effet, grâce aux progrès de la médecine, de plus en plus d’enfants souffrant de maladies graves atteignent l’adolescence ou l’âge adulte (cf. « La culture des soins palliatifs peine à s’implanter en pédiatrie »).

    En Belgique, on compte 8 équipes de liaison pédiatrique qui permettent d’assurer le lien entre l’hôpital, le domicile, l’école et les professionnels de premiers recours. Néanmoins, c’est un arrêté royal de 2010 qui en fixe l’organisation et le cadre de financement. Il apparaît nécessaire de l’actualiser et ainsi l’adapter à la réalité du terrain et aux besoins des familles. « Nous devons faire des soins palliatifs pédiatriques un véritable parcours de soins, accessible à chaque enfant, quels que soient son affection, son lieu de résidence ou la situation socio-économique de sa famille », plaide le directeur de la FRB, Brieuc Van Damme.

    Sources de la synthèse de presse : L’Avenir (05/11/2026) ; La Libre, Annick Hovine (05/11/2026)

  • L’Église catholique bientôt condamnée à effacer de ses registres toute mention des personnes qui le demandent ?

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    De l'ECLJ :

    La Cour de justice de l'Union européenne (Luxembourg) et la Cour européenne des droits de l'homme (Strasbourg) pourraient bientôt condamner l’Église catholique à effacer définitivement de ses registres toute mention des personnes qui le demandent. Une telle condamnation causerait un grand désordre dans l’Église, car on ne saurait plus avec certitude qui est baptisé, confirmé, ou marié…

    À l’appui de cette attaque, on retrouve le lobby antichrétien de la Libre pensée et du Centre d’action laïque qui espère trouver dans le droit européen le moyen de combattre l’Église. La menace est sérieuse, car l’avocate générale de la Cour de justice de l'Union européenne, Mme Medina, a rendu des conclusions qui penchent en faveur d’un droit à l’effacement complet. 

    L’ECLJ a demandé à intervenir dans l’affaire à la CEDH.

    Grégor Puppinck, directeur de l'ECLJ, vous explique les arguments et enjeux de ces affaires importantes dans notre entretien du mois:

    YouTube EDM

    Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’analyse complète: "L'intégrité des registres baptismaux menacée."

    La défense de l’Église, sur le terrain juridique, passe souvent par le recours à une notion aussi importante que méconnue en droit français, celle d’«autonomie religieuse». C’est pourtant elle qui détermine l’étendue de la liberté dont peuvent jouir les diverses organisations religieuses dans la société occidentale. Il était donc impératif d’en offrir une analyse accessible au plus grand nombre. 

    C’est chose faite avec la publication de notre «Guide pratique sur l’autonomie religieuse». Nous remercions notre collègue, Dr Alicja Słowik, pour son excellent travail. C’est sur la base de cette notion juridique que nous avons défendu la liberté des établissements de santé confessionnels à refuser la pratique de l’euthanasie.

    C’est aussi pour défendre la liberté de ces établissements de santé que Grégor Puppinck et Vincent Cador publient une note sur la liberté des établissements confessionnels face à l’aide à mourir. Il s’agit d’un guide pratique qui répond à toute une série de questions pour aider les responsables d’établissements à connaître et à exercer leur liberté en sécurité juridique.

  • Rouen : quand afficher sa foi chrétienne dans l’espace public devient un acte de courage

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    Rouen : quand afficher sa foi chrétienne dans l’espace public devient un acte de courage

    Une soirée de retrouvailles entre amis, quelques chants scouts et religieux, puis une violente agression. Dans la nuit du 31 octobre, à Rouen, treize jeunes hommes ont été pris à partie par un groupe d'individus alors qu'ils se rendaient à la Foire Saint-Romain. Au-delà des violences physiques, cet épisode soulève une question préoccupante : quelle place notre société réserve-t-elle encore à l'expression publique de la foi chrétienne ?

    Il suffisait de quelques chants pour que la soirée bascule dans la violence. Le 31 octobre dernier, treize jeunes hommes, réunis à Rouen à l'occasion d'un week-end de retrouvailles, ont été violemment agressés alors qu'ils se dirigeaient vers la Foire Saint-Romain. Rien, en apparence, ne devait troubler cette soirée conviviale entre amis, dont plusieurs avaient noué des liens au fil de leurs années de scoutisme.

    Dans le bus qui les conduisait à la foire, ils avaient entonné quelques chants scouts et religieux. Arrivés à destination, ils avaient poursuivi leur chemin à pied en chantant un cantique de louange bien connu des milieux catholiques. Une expression spontanée de leur amitié et de leur foi, sans volonté de provoquer ni de défier quiconque.

    Mais leur présence n'a manifestement pas été du goût de tout le monde.

    Une trentaine d'individus les ont interpellés, les traitant notamment de « fachos » et de « sales blancs » . Des insultes ont rapidement fusé, avant que des projectiles ne soient lancés dans leur direction. Puis le groupe a été attaqué. Plusieurs jeunes ont été jetés à terre et frappés, y compris au visage, alors qu'ils se trouvaient déjà à terre.

    Le bilan aurait pu être beaucoup plus grave. Trois victimes ont été conduites à l'hôpital dans la nuit, tandis que d'autres souffraient de blessures et de contusions. L'intervention de policiers présents à proximité a finalement mis fin à l'agression. Selon le témoignage de Pierre-Alexis, l'un des jeunes hommes agressés, la violence a été soudaine et disproportionnée. Aucun affrontement préalable ne semblait avoir eu lieu.

    Une violence qui interroge sur ses motivations

    Pourquoi s'en prendre ainsi à un groupe de jeunes hommes qui ne demandaient qu'à passer une soirée entre amis ?

    La question demeure d'autant plus préoccupante que plusieurs témoignages rapportés par les victimes font état d'insultes visant leur apparence et leur identité supposée. Leur style vestimentaire, assez classique, leur passé scout et surtout les chants religieux qu'ils entonnaient ont-ils contribué à déclencher l'hostilité ?

    L'enquête devra naturellement établir les circonstances précises de l'agression et les motivations de ses auteurs. Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives avant que les faits aient été pleinement éclaircis. Mais les propos rapportés par les victimes, notamment certaines invectives faisant explicitement référence à leur identité religieuse, ne peuvent être ignorés.

    Une question se pose alors : aurait-on assisté à la même scène si ces jeunes gens avaient chanté des chansons populaires, des refrains sportifs ou des airs sans aucune connotation religieuse ?

    L'expression de convictions politiques, philosophiques ou culturelles est généralement considérée comme une composante normale de la liberté individuelle. Pourquoi l'expression d'une appartenance chrétienne devrait-elle, elle, être systématiquement suspectée, assimilée à une provocation ou à une manifestation politique ?

    Être chrétien ne signifie pas appartenir à un mouvement partisan. Porter une chemise classique, avoir fait du scoutisme, chanter un cantique ou simplement se retrouver entre amis autour d'une foi commune ne constitue ni une agression ni une menace pour autrui.

    La tentation de rendre sa foi invisible

    Cet épisode dépasse donc le seul fait divers. Il touche à une question fondamentale pour les sociétés européennes : la liberté religieuse se limite-t-elle au droit de croire dans l'intimité de son domicile, ou comprend-elle également celui de manifester sa foi dans la vie quotidienne ?

    La liberté de conscience ne saurait être réduite à une liberté intérieure. Elle implique aussi la possibilité de témoigner de ses convictions, individuellement ou collectivement, dans le respect des lois et des droits d'autrui.

    Or, une forme de pression sociale semble parfois s'exercer sur les chrétiens : leur foi serait acceptable à condition de rester discrète, de ne pas se montrer, de ne pas se faire entendre. La religion pourrait avoir sa place derrière les murs des églises, dans les familles ou dans la sphère privée, mais deviendrait embarrassante dès qu'elle s'exprime dans l'espace commun.

    Cette conception est profondément réductrice. Le christianisme n'est pas une conviction honteuse que l'on devrait dissimuler pour ne pas déranger. Il appartient à l'histoire, à la culture et à l'identité spirituelle de l'Europe. Mais, au-delà de cet héritage, il constitue d'abord une foi vivante, librement professée par des millions de personnes.

    La laïcité, lorsqu'elle est correctement comprise, garantit précisément cette liberté. Elle protège la neutralité de l'État, non l'effacement des convictions religieuses des citoyens. Elle ne saurait devenir un instrument de mise à l'écart du christianisme ni servir de justification à l'intimidation de ceux qui souhaitent manifester leur foi.

    Entre charité chrétienne et légitime défense

    L'une des dimensions les plus intéressantes du témoignage de Pierre-Alexis concerne la réaction des victimes face à leurs agresseurs.

    Les jeunes hommes n'ont pas cherché à riposter. Dépassés en nombre, conscients du danger et ne voulant pas risquer leur vie, ils ont principalement tenté de se protéger. Certains ont même cherché à apaiser leurs assaillants. L'un d'eux, malgré les coups et les insultes, aurait ouvert les bras en leur disant : « Mais on vous aime ! »

    Ce geste résume toute la difficulté de la situation. Comment demeurer fidèle à l'exigence évangélique d'amour du prochain lorsqu'on est confronté à une haine qui semble ne connaître aucune limite ?

    Le pardon chrétien n'est pas une approbation de la violence. La charité n'oblige pas à accepter passivement l'injustice, pas plus que la non-violence ne commande de renoncer à toute protection de soi-même ou d'autrui.

    Le Catéchisme de l'Église catholique reconnaît d'ailleurs la légitimité de la défense de sa propre vie et, dans certaines circonstances, en souligne même le devoir lorsqu'il s'agit de protéger celle des personnes dont on a la responsabilité.

    Il existe donc une différence essentielle entre la vengeance, qui cherche à rendre le mal pour le mal, et la légitime défense, qui vise à empêcher une injustice. Un chrétien peut refuser la haine sans renoncer à la justice. Il peut tendre la main sans offrir sa joue à une violence qui menace sa vie ou celle de ses proches.

    Cette distinction mérite d'être rappelée dans une époque où le pacifisme est parfois confondu avec l'acceptation de toutes les formes d'agression.

    Ne pas renoncer à témoigner

    Les jeunes Rouennais devront sans doute longtemps réfléchir à ce qui leur est arrivé. Leur interrogation est légitime : comment se comporter en chrétiens lorsque la foi devient un motif d'hostilité ?

    Mais leur témoignage contient aussi une réponse. Ils ne veulent pas que cette agression les conduise à renoncer à ce qu'ils sont, ni à dissimuler leurs convictions pour éviter de déplaire.

    C'est là un enjeu qui concerne bien au-delà de leur groupe d'amis. Les chrétiens d'Europe ne peuvent accepter que leur présence dans l'espace public soit progressivement conditionnée par la susceptibilité ou l'hostilité de ceux qui ne partagent pas leur foi.

    Ils n'ont pas à revendiquer de privilèges, encore moins à imposer leurs convictions aux autres. Ils demandent simplement que leur liberté soit respectée, comme doit l'être celle de tous les citoyens.

    Il serait également dangereux de transformer cette agression en prétexte à des amalgames ou à une opposition entre communautés religieuses. La responsabilité des auteurs doit être établie individuellement. La coexistence pacifique exige le respect mutuel, mais ce respect ne peut être à sens unique.

    Une société véritablement libre ne demande pas aux croyants de cacher leur foi pour garantir la tranquillité de ceux qui ne la partagent pas. Elle protège au contraire le droit de chacun à exprimer ses convictions sans intimidation ni violence.

    Le christianisme enseigne à aimer ses ennemis, à pardonner et à rechercher la paix. Mais il n'enseigne pas à avoir honte de sa foi. Dans une société où l'affirmation publique de son identité chrétienne peut susciter l'hostilité, continuer à chanter, à prier et à témoigner devient, en soi, une forme de courage.

    Ne pas répondre à la haine par la haine, mais ne pas céder non plus à l'intimidation : c'est peut-être là le véritable défi posé aux chrétiens de notre temps.

    Source d'inspiration : « Nous ne voulons pas abdiquer d’être chrétiens en public » – Famille Chrétienne, 7 novembre 2026

  • La Cour suprême du Pakistan confirme la condamnation à mort de Qaiser Ayub pour blasphème.

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    D' sur Bitter Winter :

    La Cour suprême du Pakistan confirme la condamnation à mort de Qaiser Ayub pour blasphème.

    6 novembre 2026

    Son jeune frère, Amoon, fut acquitté après douze ans de prison. Deux jours plus tard, une foule au Pendjab incendia la clinique d'un autre croyant accusé.

    Manifestations contre la persécution des chrétiens au Pakistan.
    Manifestations contre la persécution des chrétiens au Pakistan.

    Le 7 octobre 2026, dans une décision récemment publiée, la Cour suprême du Pakistan a rejeté l'appel de Qaiser Ayub, chrétien et père de trois enfants, et a confirmé sa condamnation à mort pour blasphème. La même cour a acquitté son frère cadet, Amoon Ayub, jugeant les preuves insuffisantes. Amoon recouvre ainsi la liberté après près de douze ans d'emprisonnement. Quant à Qaiser, ses recours juridiques sont désormais très limités.

    L'affaire a débuté en 2011, suite à des allégations de publication de contenus blasphématoires sur un site web lié au nom de Qaiser. Sa défense a toujours été simple : il a affirmé avoir fermé le site en 2009, puis qu'une autre personne l'avait réactivé, en conservant son nom dans la mention de droit d'auteur. Selon cette version, la personne ayant publié les contenus incriminés était un tiers exploitant un site abandonné. Les frères n'ont été arrêtés qu'en 2014, trois ans après les accusations. En décembre 2018, un tribunal de première instance les a condamnés à mort, et en juin 2022, la Haute Cour de Lahore a confirmé les condamnations.

    L'accusation a fondé son dossier en grande partie sur des preuves électroniques. Les défenseurs des droits humains s'interrogent sur l'authentification de ces éléments et sur l'identification de l'identité du véritable responsable du site web au moment de la mise en ligne du contenu. Les fichiers numériques sont manipulables, et la présence d'un nom dans une mention de droit d'auteur ne permet guère d'identifier l'auteur d'un texte. La Cour suprême a jugé les preuves insuffisantes pour confirmer la condamnation d'Amoon, mais suffisantes pour condamner son frère à la peine capitale. On peut légitimement se demander comment un même ensemble de preuves a pu aboutir à des conclusions aussi divergentes.

    Le Centre d'aide juridique, d'assistance et de règlement (CLAAS), une organisation britannique qui a soutenu les deux frères tout au long de la procédure, a exprimé son inquiétude face à cette décision et a appelé à ce que tous les recours juridiques restants soient épuisés au nom de Qaiser. Le droit pakistanais autorise un recours devant la Cour suprême, et la Constitution confère au président le pouvoir d'accorder la grâce.

    Qaiser a été condamné en vertu de l'article 295-C du Code pénal pakistanais, qui punit quiconque profane le nom de Mahomet, le prophète de l'islam, par des paroles, des images ou par « imputation, insinuation ou subterfuge ». Cette disposition a été introduite en 1986 sous le régime militaire du général Zia-ul-Haq et, depuis un arrêt de 1990 de la Cour fédérale de la charia, la peine de mort est la seule sanction prévue. Les tribunaux pakistanais ont prononcé de nombreuses condamnations à mort en vertu de l'article 295-C, bien que l'État n'ait jamais exécuté personne pour blasphème. Ce constat est peu réconfortant. Les accusés peuvent passer dix ans, voire plus, dans le couloir de la mort, et le cas d'Asia Bibi, une chrétienne acquittée par la Cour suprême en 2018 après huit ans de détention, a démontré que même un acquittement ne met pas fin au danger. Menacée par des extrémistes, elle a finalement dû quitter le pays.

    Dans les affaires de blasphème, les véritables bourreaux sont souvent des foules. Les accusations ont déclenché des lynchages et des exécutions extrajudiciaires, et les organisations de défense des droits humains documentent depuis longtemps comment la loi est utilisée pour régler des différends privés, s'emparer de biens ou intimider les minorités religieuses. Les avocats de la défense et les juges qui acquittent les accusés reçoivent également des menaces.

    Le danger a refait surface deux jours après la décision de la Cour suprême à Narang Mandi, une ville du district de Sheikhupura, au Pendjab. Le 9 octobre, la police a enregistré une plainte au commissariat de Narang contre un homme chrétien, Kamran Gill Masih, suite à la plainte d'un habitant, Raees Ahmed. Ce dernier accusait Masih d'avoir mis en ligne et partagé sur les réseaux sociaux une vidéo au contenu offensant pour le prophète Mahomet et sa famille. Masih a été arrêté.

    Son arrestation n'a pas apaisé une partie de la population locale. Une foule a incendié la clinique où Masih exerçait la médecine traditionnelle, un modeste bâtiment attenant à sa maison qui abritait également une petite pharmacie. Craignant de nouvelles attaques, les familles chrétiennes du quartier ont quitté leurs maisons.

    Human Rights Focus Pakistan (HRFP), qui a dépêché une équipe d'enquête pour vérifier les preuves disponibles et évaluer les besoins des familles déplacées, a condamné les violences. Son président, Naveed Walter, a déclaré qu'« aucune allégation ne saurait justifier les violences collectives, les incendies criminels, les intimidations ou les châtiments collectifs », et a demandé au gouvernement, à la police et à l'administration locale de protéger Masih, ses proches et la communauté chrétienne. Il a insisté sur le fait que seuls les tribunaux sont habilités à déterminer la culpabilité d'un accusé et que Masih a droit à un avocat et à un procès équitable et impartial.

    Considérées ensemble, ces deux affaires illustrent la situation critique des chrétiens du Pakistan. À Narang Mandi, la simple accusation a suffi à ruiner une famille et à vider un quartier avant même qu'un juge n'ait visionné la vidéo. Les frères Ayub, quant à eux, ont subi toutes les étapes de la procédure judiciaire évoquée par Walter, pendant plus de quinze ans. Qaiser a finalement été condamné à mort sur la base de preuves numériques contestées concernant un site web qu'il affirme avoir abandonné. Les autorités pakistanaises présentent souvent les tribunaux comme la protection dont les accusés ont besoin face à la violence de la rue. Les critiques rétorquent que les juges travaillent eux aussi dans un contexte où acquitter un accusé de blasphème peut mettre leur propre sécurité en danger, et que la loi elle-même, avec sa peine de mort obligatoire et son libellé vague, est à l'origine du problème.

    Qaiser Ayub attend désormais dans sa cellule ce qui pourrait être sa dernière chance devant les tribunaux ou le Président.


  • Le cardinal Ranjith avertit que l'Église allemande ne peut modifier l'enseignement catholique sur l'homosexualité et l'ordination des femmes

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    De Tribune Chrétienne :

    Cardinal Malcolm Ranjith : « Les jeunes veulent changer la manière dont l’Europe considère le christianisme »

    Cardinal Malcolm Ranjith @tribunechretienne
    Cardinal Malcolm Ranjith @tribunechretienne
    Dans un entretien exclusif accordé à Tribune Chrétienne, le cardinal Malcolm Ranjith évoque la déchristianisation de l’Europe, la montée de l’islam et le renouveau spirituel de la jeunesse. Il revient également sur la visite de Léon XIV en France, les débats doctrinaux, la liturgie traditionnelle et la situation des chrétiens en Asie

    Figure majeure de l’Église catholique en Asie, le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, au Sri Lanka, possède une longue expérience de la Curie romaine. Ancien secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements sous Benoît XVI, créé cardinal en 2010, il est particulièrement connu pour son attachement à la tradition liturgique, à la fidélité doctrinale et à la défense des communautés chrétiennes.

    Dans un long entretien exclusif accordé à Tribune Chrétienne, le cardinal Malcolm Ranjith livre une réflexion sur la déchristianisation de l’Europe et les défis de l’Église. Face à la montée de l’islam politique, il appelle les catholiques à redécouvrir leur propre identité spirituelle plutôt qu’à privilégier la confrontation. Il voit dans la mobilisation exceptionnelle des jeunes lors des voyages du pape Léon XIV en France et en Espagne un signe d’espérance pour le renouveau du christianisme. Il aborde également la liturgie traditionnelle, les controverses doctrinales, les attentats islamistes de Pâques 2019 au Sri Lanka et les relations entre le Saint-Siège et la Chine.

    Lire l'interview sur Tribune Chrétienne

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