De Dawn Beutner sur le CWR :
Quel genre de pape fut Pie XII ?
Pie XII eut la tâche peu enviable d’être pape à l’époque où l’un des hommes les plus maléfiques que la terre ait jamais portés tenta de conquérir le monde.
8 octobre 2026 — Dawn Beutner — Essai, Dossiers, Histoire

Le pape Pie XII apparaît sur une photographie d’archives du Vatican datée du 15 mars 1949. (Photo d’archives CNS)
Le monde semble divisé en deux camps au sujet du pape Pie XII.
Était-il un antisémite indifférent au sort des Juifs, un lâche incapable de prendre des décisions, un dirigeant si coupé des réalités de la Seconde Guerre mondiale qu’il aurait balayé les informations faisant état de la mort de Juifs en les jugeant exagérées ? Ou était-il un diplomate avisé qui sauva des milliers de Juifs de la mort grâce à un réseau clandestin de courageux catholiques, lesquels risquèrent leur vie pour protéger des personnes menacées par le fascisme ? Quelle version se rapproche le plus de la vérité ?
Heureusement, il est facile de constater que la réalité penche davantage en faveur de la seconde interprétation que de la première. De nombreux auteurs ont réfuté les affirmations erronées¹ formulées à propos du 260ᵉ pape de l’Église. Les ouvrages de Michael Hesemann, The Pope and the Holocaust (Le Pape et l’Holocauste), et de Peter Bartley, Catholics Confronting Hitler (Les catholiques face à Hitler), en apportent une illustration récente. Nous savons que Pie XII se souciait réellement des Juifs, qu’il tenta d’arrêter Hitler par des moyens diplomatiques et qu’il contribua à sauver des vies en encourageant discrètement les catholiques — notamment les évêques, les prêtres et les religieux consacrés — à protéger ceux dont la vie était menacée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une question légitime
Les adversaires de Pie XII ont cependant soulevé une question pertinente : pourquoi le pape n’a-t-il pas condamné plus vigoureusement les agissements d’Adolf Hitler et le nazisme ?
Avant d’examiner le cas de Pie XII, il importe de replacer les choses dans une perspective historique et de rappeler les relations parfois difficiles que l’Église a entretenues avec les dirigeants politiques au cours des deux derniers millénaires. Même en laissant de côté les trente-deux papes² qui régnèrent avant que l’empereur romain Constantin promulgue son édit de tolérance envers l’Église, nombreux furent les papes confrontés à des souverains injustes, violents et malfaisants.
La tentative d’assassinat de Jean-Paul II en 1981, vraisemblablement commanditée par des communistes, ne fut pas la première tentative de meurtre visant le chef de l’Église catholique. Si la mort de certains papes n’a éveillé que des soupçons,³ celle d’autres pontifes fut clairement le résultat de manœuvres criminelles.⁴ Il faut reconnaître que certains papes, loin d’être exemplaires en sainteté, périrent en raison des fréquentations dangereuses qu’ils entretenaient⁵ ou parce qu’ils exercèrent leur ministère à une époque particulièrement violente.⁶
Comme nous le rappellent les documents de Vatican II, le pape, « en tant que Vicaire du Christ et pasteur de toute l’Église […] possède sur celle-ci un pouvoir plénier, suprême et universel ».⁷ Toutefois, les papes ont souvent dépassé le cadre strict de leur mission de pasteurs pour intervenir sur des questions importantes, notamment afin de protéger les innocents. L’un des exemples les plus célèbres de diplomatie pontificale réussie est celui de Léon Ier (440-461), qui convainquit Attila, roi des Huns, de renoncer à marcher sur Rome, à la piller et à en massacrer les habitants. Léon se montra cependant moins heureux quelques années plus tard, lorsque le roi vandale Genséric se présenta aux portes de la Ville.
Aujourd’hui, l’État de la Cité du Vatican est un minuscule État indépendant. Au fil des siècles, cependant, les papes ont parfois gouverné de vastes territoires, contrôlé les trésors — ou les dettes — de l’Église et conduit des armées au combat. Tout au long de son histoire, l’Église a vu les papes privilégier les démarches diplomatiques, défendre les droits des catholiques et recourir à des arguments moraux et spirituels pour justifier leurs positions. D’une manière générale, les souverains pontifes ont cherché à conserver leur neutralité dans les conflits internationaux.









