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Dans le patrimoine liturgique ancien et le chant grégorien, le chef-d'œuvre absolu pour la Toussaint est l'hymne Placare, Christe, servulis (parfois modifiée sous la forme Christe, Redemptor omnium, conserva tuos famulos au cours des réformes du Bréviaire romain).
Attribuée à Raban Maur au IXe siècle, cette magnifique hymne est traditionnellement chantée aux Vêpres de la Toussaint. Chaque strophe invoque un ordre de saints (la Vierge Marie, les anges, les prophètes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges) pour qu'ils intercèdent auprès de Dieu.
Voici le texte original en latin accompagné de sa traduction poétique classique :
Placare, Christe, servulis
Placare, Christe, servulis, Quibus Patris clementiam Tuæ advenatæ postulant Præversa cæli lumina.
Auctoræ sanctæ Virginis, Regis superni civitas, Apostolorum præmia, Quorum fides est splendida.
Vates, Prophetæ, Martyres, Confessionis gloriam, Sanctæque castæ Virgines, Ad cæli sedem ducite.
Gentem reprime perfidam, In hanc quietam patriam, Ut una fides omnium Regnet per omne sæculum.
Sit laus Patri cum Filio, Sancto simul Paraclito, In sæculorum sæcula, Amen.
O Christ, apaise ta colère envers tes serviteurs,
Pour qui l'intercession de la Vierge ta Mère Et des esprits bienheureux de la cour céleste Réclame la clémence de ton Père.
Marie, Mère du Roi des Cieux, Saints Anges qui peuplez la cité divine, Apôtres dont la foi fut si éclatante, Secourez-nous par vos prières.
Prophètes, Témoins et Martyrs, Saints Pasteurs et Confesseurs de la foi, Et vous, Vierges pures et saintes, Conduisez-nous vers la demeure céleste.
Éloignez l'esprit d'erreur et de division, Gardez ce pays dans la paix, Pour qu'une seule et même foi Règne désormais dans tous les siècles.
Louange soit au Père et au Fils, Ainsi qu'au Saint-Esprit Consolateur, Dans tous les siècles des siècles. Amen.
Aujourd’hui nous fêtons tous ceux qui sont arrivés au Paradis, la foule immense de ces hommes, ces femmes, ces jeunes, ces vieux, ces chanceux, ces malchanceux qui ont le cœur comblé d’être unis à Dieu et de bondir de sommets d’amour en sommets d’amour. À Pâques nous célébrons la victoire de Dieu sur la mort dans la résurrection de son Fils. À la Toussaint, c’est Pâques multiplié pour la multitude : c’est la victoire de Dieu dans la vie de chacun. Voilà qu’il a triomphé sur le mal et sur la mort dans toutes ces vies humaines !
Ceux que Jean aperçoit dans la vision de l’Apocalypse ont blanchi leur robes dans le sang de l’Agneau (Ap 7,14). Ce n’est pas par eux-mêmes qu’ils pouvaient paraître face à Dieu avec le vêtement de noces. C’est l’Agneau, le Christ, qui leur offre cette contenance, cette dignité devant le Père, c’est lui qui rend la joie possible. Et il la leur offre par son sang versé, par sa passion et par sa croix. La Toussaint est vraiment sa victoire en chacun de ceux qui acceptent d’être sauvés par lui. Rappelez-vous, il y a un mois, celui qui voulait entrer au banquet des noces du fils du roi sans le vêtement de noces, rappelez-vous comment il a été rabroué et jeté dehors. Ici, ceux qui paraissent devant le Trône de Dieu ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau, ils ont accepté d’être redevables du salut, d’en être tributaires. Ils ne se sont pas sauvés eux-mêmes, ils n’ont pas prétendu que leur justice suffirait. En comptant sur Dieu ils ont été capables d’un amour bien plus grand, bien plus fort que ce qu’ils pouvaient humainement réaliser. En comptant sur Dieu, en aimant comme le Christ, en vivant les sacrements, ils sont parvenus à un degré d’amour qui leur a rendu familier le style de vie du Paradis. Ils sont les saints du ciel.
Je crois qu’on peut dire que Dieu jubile de pouvoir sanctifier ses enfants qui acceptent son action de salut en eux. Cette fête de Toussaint nous baigne dans la joie de Dieu qui devient vainqueur dans ses enfants au fur et à mesure qu’ils cèdent à son amour transformant. Et dès maintenant nous voulons laisser carte blanche au Seigneur pour qu’il nous sanctifie, pour qu’il saisisse tous nos désirs et les oriente dans le sens de l’amour le plus beau, l’amour qui se donne, l’amour qui aime la vérité, la justice, la bonté. Seigneur, nous voici ! Embrase-nous de ton amour ! Fais-nous désirer le ciel, le bonheur de te contempler, toi le sens de notre vie, toi la vérité de notre être, toi l’être le plus désirable qui soit !
Notre bonheur, nous le trouvons dès maintenant en faisant de Dieu et de sa promesse le centre de notre vie. Cela nécessite de nous dépouiller de beaucoup de choses que nous estimons nécessaires à notre bonheur, des choses qui au final nous alourdissent, nous attristent, nous inquiètent, nous fatiguent. Les Béatitudes proclamées par Jésus nous surprennent toujours. Mais lorsque nous pensons qu’elles nous poussent à faire de Dieu et de sa promesse le centre de notre vie, nous commençons à comprendre comment on peut être heureux en étant ceux qui pleurent, ceux qui ont faim de justice, ceux qui sont persécutés à cause de leur amour du Christ. Jésus nous parle de beaucoup de dépouillements : dépouillement de nos prérogatives, dépouillement de la joie naturelle, de la force, de toutes sortes de contentements… et au fil de ces dépouillements nous nous trouvons comme ramenés toujours plus au centre, au cœur brûlant de Dieu qui veut nous consoler et nous combler. Plus la présence de Dieu grandit dans notre vie, dans le flot de nos heures, de nos soucis, plus notre bonheur s’établit fermement et nous sommes de plus en plus proches du bonheur du Ciel.
Seigneur, réalise ta victoire dans nos vies et dans celle de ceux qui nous sont proches ! Sois vainqueur dans la vie de nos chers défunts ! Sois vainqueur dans la vie de tous ces gens qui meurent en ces jours tragiques .
L'homélie du père Joseph-Marie Verlinde fsJ (homelies.fr - archive 2008)
La Toussaint atteste qu’à la fin de notre existence terrestre la vie n’est pas détruite : elle est transformée. Tous nous sommes appelés à ressusciter un jour avec le Christ, à être associés à sa gloire éternelle, à son bonheur sans fin. « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; mais nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est » (2nd lect.). Avec tous les saints, c’est-à-dire tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont accepté de se laisser saisir et transformer par l’amour rédempteur, nous exulterons devant la face de Dieu : « Ils étaient cent quarante-quatre-mille, douze mille de chacune des douze tribus d’Israël, foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : “Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau !” » (1ère lect.).
Les saints sont des hommes et des femmes comme nous, qui ont « traversé la grande épreuve ; et qui ont lavé leurs vêtements, les ont purifiés dans le sang de l’Agneau » (Ibid.) ; ce sont des pécheurs qui se sont livrés à la miséricorde divine. L’Esprit a enfanté des saints à toutes les époques ; les uns sont plus connus, d’autres sont demeurés cachés : ce sont ces derniers que nous fêtons tout particulièrement aujourd’hui. Humbles mères de familles qui dans l’ombre se sont usées à la tâche, pères qui se sont tout donnés pour faire vivre leur foyer envers et malgré tous les revers de fortune, malades qui ont enduré en silence leurs souffrances du corps ou de l’âme, et bien plus largement : tous les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de la justice, les miséricordieux, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les témoins de l’Evangile insultés pour leur appartenance au Christ : « En eux tous, Dieu lui-même nous parle, il nous donne un signe de son Royaume et nous y attire puissamment, tant est grande la nuée de témoins qui nous enveloppent (cf. He 12, 1) et tant la vérité de l’Évangile se trouve attestée » (Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise : Lumen Gentium, 50).
L'HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (Basilique Vaticane) Mercredi 1er novembre 2006
Chers frères et soeurs,
Notre célébration eucharistique s'est ouverte par l'exhortation "Réjouissons-nous tous dans le Seigneur". La liturgie nous invite à partager l'exultation céleste des saints, à en goûter la joie. Les saints ne constituent pas une caste restreinte d'élus, mais une foule innombrable, vers laquelle la liturgie nous invite aujourd'hui à élever le regard. Dans cette multitude, il n'y a pas seulement les saints officiellement reconnus, mais les baptisés de chaque époque et nation, qui se sont efforcés d'accomplir avec amour et fidélité la volonté divine. Nous ne connaissons pas le visage ni même le nom de la plupart d'entre eux, mais avec les yeux de la foi, nous les voyons resplendir, tels des astres emplis de gloire, dans le firmament de Dieu.
Aujourd'hui, l'Eglise fête sa dignité de "mère des saints, image de la cité céleste" (A. Manzoni), et manifeste sa beauté d'épouse immaculée du Christ, source et modèle de toute sainteté. Elle ne manque certes pas de fils contestataires et rebelles, mais c'est dans les saints qu'elle reconnaît ses traits caractéristiques, et c'est précisément en eux qu'elle goûte sa joie la plus profonde. Dans la première Lecture, l'auteur du Livre de l'Apocalypse les décrit comme "une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue" (Ap 7, 9). Ce peuple comprend les saints de l'Ancien Testament, à partir d'Abel le juste et du fidèle Patriarche Abraham, ceux du Nouveau Testament, les nombreux martyrs du début du christianisme, les bienheureux et saints des siècles successifs, jusqu'aux témoins du Christ de notre époque. Il sont tous unis par la volonté d'incarner l'Evangile dans leur existence, sous l'impulsion de l'éternel animateur du Peuple de Dieu qu'est l'Esprit Saint.
Mais "à quoi sert notre louange aux saints, à quoi sert notre tribut de gloire, à quoi sert cette solennité elle-même?". C'est par cette question que commence une célèbre homélie de saint Bernard pour le jour de la Toussaint. C'est une question que nous pourrions nous poser également aujourd'hui. Et la réponse que le saint nous donne est tout aussi actuelle: "Nos saints - dit-il - n'ont pas besoin de nos honneurs et et ils ne reçoivent rien de notre culte. Pour ma part, je dois confesser que, lorsque je pense aux saints, je sens brûler en moi de grands désirs" (Disc. 2; Opera Omnia Cisterc. 5, 364sqq). Telle est donc la signification de la solennité d'aujourd'hui: en regardant l'exemple lumineux des saints, réveiller en nous le grand désir d'être comme les saints: heureux de vivre proches de Dieu, dans sa lumière, dans la grande famille des amis de Dieu. Etre saint signifie: vivre dans la proximité de Dieu, vivre dans sa famille. Et telle est notre vocation à tous, répétée avec vigueur par le Concile Vatican II, et reproposée aujourd'hui de façon solennelle à notre attention.
Mais comment pouvons-nous devenir saints, amis de Dieu? On peut répondre à cette interrogation tout d'abord par une négation: pour être saint, il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des oeuvres extraordinaires, ni de posséder des charismes exceptionnels. On peut ensuite répondre par une affirmation: il est nécessaire avant tout d'écouter Jésus, et de le suivre sans se décourager face aux difficultés. "Si quelqu'un me sert - nous avertit-Il - qu'il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera" (Jn 12, 26). Celui qui a confiance en Lui et l'aime d'un amour sincère, comme le grain de blé tombé en terre, accepte de mourir à lui-même. En effet, il sait que celui qui veut garder sa vie pour lui-même la perd, et que celui qui se donne, se perd, et trouve précisément ainsi la vie. (cf. Jn 12, 24-25). L'expérience de l'Eglise démontre que toute forme de sainteté, tout en suivant des parcours différents, passe toujours par le chemin de la croix, le chemin du renoncement à soi-même. Les biographies des saints décrivent des hommes et des femmes qui, dociles aux desseins divins, ont parfois affronté des épreuves et des souffrances indescriptibles, des persécutions et le martyre. Ils ont persévéré dans leur engagement, "ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve - lit-on dans l'Apocalypse - ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau" (v. 14). Leurs noms sont inscrits dans le livre de la vie (cf. Ap 20, 12); leur demeure éternelle est le Paradis. L'exemple des saints est pour nous un encouragement à suivre les mêmes pas, à ressentir la joie de celui qui a confiance en Dieu, car l'unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l'être humain est de vivre loin de Lui.
Gaudeámus omnes in Dómino, diem festum celebrántes sub honóre Sanctórum ómnium, de quorum solemnitáte gaudent Angeli et colláudant Fílium Dei.
Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu.
DISCOURS DU PAPE LÉON XIV AUX PARTICIPANTS À LA RENCONTRE PROMUE PAR L'ACADÉMIE PONTIFICALE POUR LA VIE
Salle du Consistoire Vendredi 30 octobre 2026
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Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. La paix soit avec vous.
Je vous souhaite à tous la bienvenue et je vous remercie pour votre présence ce matin. Vous provenez de nombreux pays, et apportez avec vous une grande variété de questions et de perspectives. Dans le même temps, je crois que vous partagez un certain sentiment de malaise en ce qui concerne le développement de l’intelligence artificielle. Nous reconnaissons la direction que nous devrions prendre, mais nous ne faisons pas assez pour aller de l’avant. Je vous suis reconnaissant de partager vos préoccupations ainsi que vos idées et propositions pour l’avenir. Ce sont les premiers fruits d’une approche transdisciplinaire, qui est de plus en plus nécessaire si nous voulons affronter la complexité des grands défis de notre époque.
L’Académie pontificale pour la vie, qui a organisé cette rencontre, est bien consciente des défis qui se présentent partout où la dignité humaine est menacée. À ce propos, en s’adressant aux dirigeants du G7, le Pape François a décrit l’intelligence artificielle comme «un outil fascinant et redoutable», et a affirmé qu’aucune machine ne devrait jamais se voir confier la décision d’ôter la vie à un être humain (cf. Discours à la session du G7 sur l’intelligence artificielle, 14 juin 2024). Ces paroles n’ont rien perdu de leur actualité. Dans l’Encyclique Magnifica Humanitas, j’ai tenté d’aborder ces questions de façon plus approfondie. Je voudrais vous soumettre aujourd’hui cinq considérations en particulier.
Tout d’abord, l’avenir de l’intelligence artificielle n’est pas prédéterminé. En tant que technologie développée par des êtres humains, son avenir dépend des choix que nous faisons. Nous avons donc la responsabilité de guider, changer et, si nécessaire, rejeter ses applications (cf. nn. 97, 104). La question décisive n’est alors pas simplement «Qu’est-ce que l’IA peut faire?» mais plutôt «À quoi devrait-elle servir?». Ceux qui considèrent son développement uniquement comme une course à remporter risquent de se concentrer uniquement sur la ligne d’arrivée, en oubliant ceux qui sont restés derrière. Un système fiable qui sert la personne humaine revêt une plus grande valeur qu’un système exceptionnellement puissant, mais dont les conséquences ne peuvent pas être suffisamment prévues ni contrôlées.
Deuxièmement, les machines sont des outils, pas des personnes. «Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité» (n. 99). Aujourd’hui, certains proposent d’accorder à ces systèmes des droits, voire une personnalité juridique. Une telle approche risque d’occulter la responsabilité humaine et de laisser les éventuelles victimes face à une entité sans visage.
Troisièmement, certaines décisions ne doivent jamais être déléguées. Lorsqu’une personne est inscrite sur une liste de personnes suspectes ou insérée dans une banque de données de contrôle aux frontières, elle risque d’être réduite à une simple donnée. Les décisions qui affectent la vie humaine, la liberté et l’usage de la force doivent toujours rester soumises à un contrôle humain efficace, informé et responsable (cf. nn. 198-200). Pour cette raison, l’intelligence artificielle doit être «désarmée» (n. 110) et j’encourage les États qui se réuniront à Genève en novembre à prendre des mesures concrètes en vue d’interdire les armes létales autonomes.
Quatrièmement, les technologies intelligentes doivent être orientées vers le bien commun. «La justice passe aujourd’hui aussi par l’accès aux bienfaits de l’innovation: soins, connaissances, outils, opportunités» (n. 161). En effet, elles ne doivent jamais devenir des fins en elles-mêmes ou servir uniquement les intérêts de quelques privilégiés. Au contraire, leur développement devrait promouvoir la solidarité et la participation à divers niveaux de la communauté mondiale, en garantissant que les bénéfices et les progrès sont partagés de façon équitable, en particulier avec ceux qui en ont le plus besoin (cf. nn. 71-72).
Enfin, je voudrais souligner un défi, sans doute le plus urgent. Nous connaissons déjà un grand nombre des principes éthiques qui devraient guider le développement de l’intelligence artificielle. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui sont des institutions capables de mettre en pratique ces principes, en particulier des institutions internationales efficaces en mesure de préserver le bien commun global (cf. n. 64). Cela nécessite des normes communes, un contrôle indépendant et des mécanismes clairs de responsabilité, afin que les décisions relatives au développement et à l’utilisation de l'IA puissent être examinées, contestées si nécessaire, et accompagnées de remèdes appropriés pour tout dommage causé (cf. nn. 105, 107).
Chers amis, avec ces pensées, je vous remercie une fois de plus pour vos contributions précieuses dans ce domaine et je vous encourage à persévérer dans vos effort, en travaillant ensemble dans un esprit de dialogue et de responsabilité partagée pour le bien commun. Je vous accompagne de mes prières et je donne de tout cœur à chacun de vous ma bénédiction. Merci.
All Hallows’ Eve signifie littéralement « veille de la Toussaint ». La fête de la Toussaint (1er novembre) et celle des défunts (2 novembre) ont été fixées par l’Église pour christianiser d’anciennes pratiques et honorer les saints et les morts.
En Irlande et en Bretagne, cette période coincidait avec la fête celtique de Samhain, qui marquait la fin de la récolte et le début de la saison sombre. Les Celtes croyaient que la frontière entre le monde des vivants et celui des esprits s’amincissait. L’Église a en partie « récupéré » cette date, comme elle l’a fait pour d’autres fêtes païennes.
Halloween a donc une couche chrétienne réelle. Mais elle a aussi une couche préchrétienne, et c’est cette dernière qui a largement pris le dessus dans sa forme contemporaine.
Ce qu’elle est devenue
Aujourd’hui, la fête telle qu’elle est vécue dans la culture populaire (surtout anglo-saxonne, puis exportée partout) est principalement :
une célébration du macabre, de l’horreur et de l’esthétique de la laideur ;
une occasion de jouer avec des symboles démoniaques, occultes ou monstrueux (démons, zombies, vampires, sorcières, etc.) ;
un événement massivement commercial et séculier.
Pour beaucoup de chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes), cette dimension est devenue incompatible avec la foi. Non pas parce que porter un déguisement ou manger des bonbons serait en soi un péché, mais parce que la fête, dans sa forme dominante, normalise et même glorifie ce que le christianisme considère comme des réalités spirituelles hostiles à Dieu.
Positions chrétiennes
Il n’y a pas d’unanimité :
Certains voient Halloween comme une pure diversion culturelle et acceptent une version « allégée » (déguisements non monstrueux, fête de quartier, etc.).
D’autres la refusent purement et simplement, considérant qu’on ne peut pas « jouer » avec des symboles démoniaques sans conséquences spirituelles.
Une troisième voie (surtout dans certains milieux évangéliques et catholiques) consiste à la remplacer ou à la « rechristianiser » (fêtes de la Toussaint, veillées de prière, etc.).
Ce qui était, à l’origine, la veille d’une grande fête de l’Église est devenu, dans la culture dominante, une célébration de l’horreur et de l’occulte difficilement compatible avec une sensibilité authentiquement chrétienne.
Les martyrs de Géorgie : mourir pour la sainteté du mariage
31 octobre 2026
Après deux années passées à prêcher l'Évangile aux Guale, peuple autochtone vivant sur la côte de l'actuelle Géorgie (USA), le frère Pedro de Corpa avait de nombreuses raisons d'être reconnaissant. Contrairement aux autres missionnaires, il n'eut pas besoin d'escorte militaire, car il fut accueilli pacifiquement par les indigènes. Il marchait parmi eux pieds nus, apprit leur langue et connut un succès plus grand encore que les jésuites qui l'avaient précédé. Les Guale l'aidèrent même à fonder deux missions : Nuestra Señora de Guadalupe de Tolomato et Santa Catalina de Guale.
Parmi les nouveaux baptisés figurait Juanillo, l'héritier présumé de la chefferie. Après s'être marié religieusement, Juanillo prit une seconde épouse. La réprimande publique du frère Pedro le poussa à organiser un soulèvement en 1597. Le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Croix, Juanillo rassembla une troupe de guerriers tribaux et assomma le frère Pedro alors qu'il se préparait pour la messe. La troupe, en liesse, trancha ensuite la tête du frère et l'exhiba sur une pique.
La béatification aujourd'hui du frère Pedro et de quatre autres franciscains espagnols à Savannah est la première dans le Sud des États-Unis. L'évêque Stephen Parkes souligne l'importance d'honorer ces hommes qui ont versé leur sang non seulement pour le Christ, mais aussi « pour la sainteté du mariage », ajoutant qu'« il nous faut continuer à promouvoir le mariage et la vie de famille comme une priorité pour notre pays, nos communautés et notre société ».
Le message des « Martyrs de Géorgie » est clair : le mariage mérite qu’on meure pour lui. La seule façon de promouvoir la coexistence pacifique est de défendre le mariage, même au prix de sa vie.
Il n'est pas nécessaire de se plonger dans l'histoire du christianisme pour constater à quel point cela a toujours été central dans la prédication de l'Évangile. Les premiers martyrologes montrent que mourir pour le Christ était souvent l'œuvre de toute une famille.
Après le martyre de saint Getule vers 120 ap. J.-C., son épouse Symphorose refusa d'offrir des sacrifices aux dieux romains. Sa désobéissance à l'ordre de l'empereur lui coûta la vie, ainsi qu'à ses sept fils. On rapporte une histoire similaire concernant sainte Félicité, morte à Rome vers 165 ap. J.-C. La notion d'« Église domestique » était alors pratiquement indissociable de celle de famille.
« La famille, enseignait le pape Benoît XVI , est l’Église domestique et doit être la première école de prière. C’est dans la famille que les enfants… apprennent à percevoir le sens de Dieu » et « vivent dans une atmosphère marquée par la présence de Dieu ».
Mort de Pedro de Corpapubliée dans l'Histoire des États-Unis de Sadlier, 1907 [Source : Internet Archive]
Le message des martyrs de Géorgie est indissociable de celui des premiers martyrs romains. Le premier pas vers la création d'une atmosphère empreinte de la présence divine réside dans la promesse mutuelle d'un homme et d'une femme de se rester fidèles, de s'aimer et de s'honorer l'un l'autre, dans le bonheur comme dans l'épreuve, dans la maladie comme dans la santé. Sans cette promesse, il n'y aura pas de témoignage héroïque à l'image d'une sainte Symphorose ou d'un bienheureux Pierre.
La béatification des cinq martyrs espagnols nous rappelle avec force que le mariage mérite qu'on meure pour lui. Si nous pensons ne jamais avoir à verser notre sang pour défendre le mariage chrétien, il nous suffit de nous souvenir de la rapidité avec laquelle le sort de Frère Pedro et de ses compagnons s'est retourné contre eux.
Presque personne n'avait anticipé la gravité de la crise qui allait survenir avant et après la promulgation de Humanae Vitae en 1968. Les troubles entourant la formulation de l'enseignement magistériel sur la procréation artificielle ont causé d'intenses souffrances à saint Paul VI, et il est providentiel que les deux miracles ayant conduit à sa canonisation en 2018 aient concerné la guérison miraculeuse de la vie prénatale : l'un en Californie, l'autre à Vérone.
L’intercession céleste de saint Paul VI n’est pas surprenante, compte tenu de sa mission inlassable de promouvoir le mariage et la famille avec une vigueur remarquable de son vivant. « Toute atteinte à la valeur fondamentale de la famille », prêchait -il en 1969, « qu’il s’agisse d’érotisme ou de violence, de la défense du divorce ou des comportements antisociaux chez les jeunes, est une atteinte au bien véritable de l’homme. »
Ses propos révèlent que la polygamie à laquelle s'opposent Frère Pedro et ses compagnons ne représente que la partie émergée d'un iceberg qui comprend des strates d'avortement, de contraception artificielle, d'unions homosexuelles et de fécondation in vitro.
Dans une interview accordée en début d'année, l'ancien président de l'Académie pontificale pour la vie et grand chancelier de l'Institut pontifical Jean-Paul II pour le mariage et la famille, l'archevêque Vincenzo Paglia, a expliqué qu'il avait apporté des changements radicaux à l'Institut en raison de ce qu'il percevait comme sa préoccupation pour les « normes morales abstraites » et son manque d'approche « interdisciplinaire ».
Le sang versé par Frère Pedro et ses compagnons démontre que les « normes morales abstraites » et « l'approche interdisciplinaire » sont bien le cadet de nos soucis. Ironiquement, les lamentations de l'archevêque Paglia illustrent parfaitement cette obsession du repli sur soi que dénonce le pape François. Enseigner, défendre et vivre les vérités fondamentales du mariage et de la famille est le véritable enjeu, et un succès initial ne garantit jamais un avenir sans embûches.
Le 13 mai 1981, jour de la fête de Notre-Dame de Fatima, Jean-Paul II monta dans la papamobile pour se rendre à l'estrade de la place Saint-Pierre pour son audience générale hebdomadaire. Il était particulièrement enthousiaste car il s'apprêtait à annoncer la fondation d'un nouvel institut consacré à l'étude du mariage et de la famille. Cet enthousiasme fut brutalement interrompu par quatre balles tirées à bout portant par Mehmet Ali Ağca, dont l'une faillit coûter la vie au pontife. Au lieu de célébrer la création du nouvel institut, Jean-Paul II luttait pour sa vie à l'hôpital Gemelli.
Saint Jean-Paul II n'a jamais hésité à établir un lien entre la Vierge Marie, son projet d'annoncer la création de l'Institut pour le Mariage et la Famille et la tentative d'assassinat de ce jour-là. Par la grâce de Dieu, il a survécu et a pu mener à bien ce projet, nous enseignant ainsi que le mariage et la famille ne sont pas des annexes de l'Évangile, mais en constituent le cœur même.
Peu de choses valent la peine de mourir dans cette vie, mais le mariage et la famille en font certainement partie.
Léon XIV a voté par correspondance aux élections de mi-mandat aux États-Unis
La Salle de presse du Saint-Siège confirme que le Souverain pontife «a envoyé son bulletin de vote par courrier à Chicago» et qu’il a exercé «son droit de vote en tant que citoyen des États-Unis, chaque fois qu’il en a eu l’occasion», convaincu du droit et du devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques.
Le Pape «a envoyé son bulletin de vote par courrier à Chicago» pour les élections de mi-mandat aux États-Unis, prévues le mardi 3 novembre. C’est ce que confirme la Salle de presse du Saint-Siège, après plusieurs informations diffusées par des médias locaux, soulignant que le Souverain pontife, né à Chicago, «a exercé son droit de vote en tant que citoyen des États-Unis, chaque fois qu’il en a eu l’occasion». «Conformément à cette pratique bien établie de participation civique», Léon XIV a donc voté par correspondance.
«Le Saint-Père, peut-on lire dans le communiqué de la Salle de presse – a en outre confirmé que, pendant les années où il a résidé au Pérou, il a exercé son droit de vote chaque fois qu’il en a eu l’occasion. Le Saint-Père exprime sa conviction quant au droit et au devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques».
Selon la législation de l'Illinois, toute personne peut voter par correspondance si elle le souhaite, en vertu d'une loi appelée UOCAVA (Uniformed and Overseas Citizens Absentee Voting Act), qui autorise le vote des citoyens américains résidant à l'étranger.
Les élections de mi-mandat sont les élections générales américaines qui ont lieu tous les quatre ans, deux ans après les élections présidentielles. Elles se tiennent à mi-parcours du mandat de quatre ans du président en exercice; elles ne servent pas à élire le président, mais déterminent quel parti dirigera le Congrès des États-Unis.
Le Vatican a confirmé le 30 octobre que le Saint-Père a voté par correspondance dans son État d'origine, l'Illinois.
30 octobre 2026
Le pape Léon XIV est devenu le premier pape de l'histoire de l'Église catholique à voter dans une élection américaine, a confirmé le Vatican le 30 octobre. Léon, qui a vécu la majeure partie du temps en dehors des États-Unis depuis les années 1980, « a exercé son droit de vote en tant que citoyen des États-Unis, chaque fois qu'il y était éligible », a déclaré le Saint-Siège dans un communiqué transmis à EWTN News.
Le Vatican a confirmé que « conformément à cette pratique de longue date en matière de participation civique, [Léon] a soumis son bulletin de vote par correspondance à Chicago » en amont des élections de mi-mandat américaines de 2026. Léon a confirmé, par le biais du communiqué du Vatican, que « pendant ses années de résidence au Pérou, il a exercé son droit de vote chaque fois qu'il y était éligible ». « Le Saint-Père exprime sa conviction quant au droit et au devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques », a ajouté le communiqué.
Le vote par correspondance de Léon marque la première fois dans l'histoire de l'Église qu'un pape catholique vote dans une élection américaine. Les États-Unis ont été fondés en 1776, environ 18 siècles après la fondation de l'Église catholique.
Le Saint-Père, premier pape originaire des États-Unis, possède toujours la citoyenneté américaine et détient également la citoyenneté péruvienne, bien que son élection à la papauté ait soulevé des questions complexes sur ces statuts nationaux, notamment celle de savoir s'il continuer pour autant à payer des impôts aux États-Unis tout en exerçant ses fonctions de chef de l'Église catholique.
Un projet de loi proposé en 2025 à la Chambre des représentants des États-Unis visait à « protéger la citoyenneté et à accorder le statut d'exonération fiscale à tout Américain élu comme souverain pontife de l'Église catholique romaine », une référence claire à la papauté alors récente de Léon. Le projet de loi s'est finalement enisé en commission. Cas unique parmi les dirigeants mondiaux, le pape sert simultanément de chef spirituel universel de l'Église catholique et de dirigeant du Saint-Siège, une entité souveraine distincte en droit international qui fait office de gouvernement central de l'Église catholique.
À la suite de l'annonce du vote du pape, la Conférence des évêques catholiques des États-Unis a déclaré dans un communiqué que les catholiques américains « ont la chance de pouvoir participer à la vie politique et publique de notre nation ». « À l'approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, la Conférence encourage les catholiques à exercer leur droit de vote et à le faire d'une manière qui place notre foi avant notre politique », ont déclaré les évêques. « En votant, notre Saint-Père montre l'exemple et encourage chaque citizen à assumer sa responsabilité civique. »
L'historique de vote obtenu par EWTN News auprès du gouvernement de l'Illinois montre que, avant d'être élu pape, Léon a voté dans plusieurs élections américaines tout en vivant à l'étranger, y compris lors des élections primaires et générales en 2012, 2016 et 2024.
Le type de bulletin de vote reçu par Léon pour l'élection de 2026 n'est pas clairement défini. Le gouvernement américain précise que les citoyens résidant à l'étranger dont « l'intention de retourner [aux États-Unis] est incertaine » sont uniquement éligibles pour recevoir un bulletin « fédéral uniquement », ce qui signifie que Léon n'a peut-être pas voté pour les élections étatiques ou locales sur le bulletin qu'il a déposé cette année.
Le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies promeut une nouvelle fois l’avortement
29 octobre 2026
Le 25 octobre 2026, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies[1] a, à nouveau, appelé les gouvernements à promouvoir l’avortement et l’idéologie du genre via l’adoption d’une nouvelle observation générale. Il s’agit de l’Observation générale nº 27 du Comité des droits de l’enfant, consacrée au droit des enfants d’accéder à la justice et d’obtenir un recours effectif.
« Il n’existe aucun « droit à l’avortement » reconnu par le droit international »
Ce n’est pas la première fois que le Comité des droits de l’enfant s’exprime sur le sujet. L’année dernière, un projet d’observation générale distinct défendait un droit à « un accès effectif à des services d’avortements sûrs pour les adolescents ». Le Saint Siège rappelle qu’« il n’existe aucun « droit à l’avortement » reconnu par le droit international » et l’absence d’accès à ce « droit » « ne constitue pas et ne saurait constituer une violation des obligations internationales relative aux droits humains » (cf. Avortement : les évêques appellent l’Europe à respecter les limites de ses compétences). Ce projet d’observation générale a pour but de « véritablement » assimiler les enfants à des adultes, « les traitant comme des individus autonomes, indépendants de leur famille » dénonce le Saint Siège.
Par ailleurs, il s’est également opposé aux références faites dans le projet aux « enfants LGBT » dans la mesure où ces termes « ne font l’objet d’aucune définition juridique généralement acceptée en droit international ». Des pays tels que l’Egypte ont rejoint l’analyse du Saint Siège, repoussant la publication de cette observation générale.
Des recommandations qui peuvent influencer les programmes des Nations Unies
Les recommandations du Comité des droits de l’enfant sont particulièrement importantes, car ce Comité est le seul organe de surveillance créé par un traité des Nations Unies qui possède un rôle spécifique dans les activités d’une agence de l’ONU. En effet, l’article 45 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant prévoit un partenariat institutionnel entre l’UNICEF et le Comité. Néanmoins, bien que ces recommandations puissent avoir un impact sur les programmes des Nations Unies destinés aux enfants, elles ne revêtent pas un caractère contraignant.
Le texte final de l’observation générale demeure confidentiel jusqu’à sa publication prévue au cours des prochaines semaines.
[1] Le Comité des droits de l’enfant est l’organe conventionnel des Nations Unies chargé de surveiller le respect par les Etats membres de la Convention relative aux droits de l’enfant.
Source de la synthèse de presse : Zenit, Rebecca Oas (28/10/2026)
« Si je pensais vraiment que l’Église n’existe pas pour amener les gens au Christ, je démissionnerais » : Monseigneur Robert Barron répond au cardinal Vesco
Les déclarations du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, sur la mission de l’Église continuent de susciter des réactions. Cette fois, c’est Monseigneur Robert Barron, évêque de Winona-Rochester, aux États-Unis, et fondateur du mouvement d’évangélisation Word on Fire, qui prend publiquement position. Dans un message publié sur son compte X, le prélat américain critique sans détour l’affirmation selon laquelle « l’Église n’est pas là pour convertir ».
« Eh bien, un autre cardinal s’est exprimé avec, dirons-nous, une position pour le moins déroutante sur l’évangélisation », écrit-il en introduction. Mgr Barron établit immédiatement un parallèle avec le cardinal Américo Aguiar, qui avait affirmé, avant les Journées mondiales de la jeunesse de Lisbonne en 2023, que les organisateurs n’avaient pas pour objectif de convertir les jeunes au Christ. L’évêque américain considère que les propos du cardinal Vesco s’inscrivent dans une même tendance, celle d’une conception de la rencontre interreligieuse dans laquelle la fraternité semble prendre le pas sur l’annonce explicite de l’Évangile.
Il cite notamment deux affirmations attribuées à l’archevêque d’Alger : « L’Église n’est pas là pour convertir » et « les chrétiens devraient aborder les autres religions par la fraternité plutôt que de chercher des conversions ». Sa réaction tient en quelques mots : « Pardon, mais… quoi ? » Pour Mgr Barron, la réponse se trouve d’abord dans les paroles mêmes de Jésus-Christ. Il rappelle le commandement missionnaire adressé aux apôtres à la fin de l’Évangile selon saint Matthieu : « Allez donc et faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. » Puis il ajoute : « Ça ressemble sacrément à de la conversion, à mes yeux. »
L’argument est central. L’évêque américain précise que la mission de l’Église ne relève pas d’une préférence pastorale susceptible de varier selon les époques. Elle découle directement de l’ordre donné par le Christ ressuscité à ses disciples.
Monseigneur Barron s’appuie ensuite sur l’exemple de saint Paul. Lorsqu’il parcourait Corinthe, Athènes ou Thessalonique, explique-t-il, l’Apôtre ne cherchait pas simplement à organiser des échanges ou à écouter ses interlocuteurs. Il proclamait une nouvelle susceptible de bouleverser leur existence : Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts. Il cite alors deux passages de la première épître aux Corinthiens. Le premier rappelle le désir de Paul de se faire « tout à tous » afin d’en sauver quelques-uns. Le second exprime l’urgence intérieure de sa mission : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! »
L’évêque américain invoque également le concile Vatican II, dont il rappelle la vocation missionnaire. Il cite Lumen gentium et souligne que le renouveau conciliaire a contribué à préparer ce que l’Église appelle aujourd’hui la « nouvelle évangélisation », c’est-à-dire une annonce renouvelée de la seigneurie du Christ.
Monseigneur Barron prend toutefois soin d’établir une distinction essentielle entre évangélisation et prosélytisme. Il ne défend ni la contrainte, ni la pression, ni le manque de respect envers les croyants d’autres religions. Mais le refus de ces méthodes ne saurait, selon lui, conduire à abandonner l’annonce chrétienne elle-même. « Pour l’amour de Dieu, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain », lance-t-il.
Cette distinction constitue précisément le cœur du désaccord. La fraternité et le dialogue interreligieux sont-ils des dimensions de la mission évangélisatrice ou peuvent-ils devenir, à eux seuls, sa finalité ? Pour Mgr Barron, la réponse ne fait aucun doute : le respect de la liberté religieuse n’implique aucunement de renoncer à proposer la foi au Christ. Sa conclusion, particulièrement ferme, donne toute sa portée à cette prise de position :
« Si je pensais vraiment que l’Église n’existe pas pour amener les gens au Christ, alors je démissionnerais et je chercherais un travail honnête. »
Au-delà de la controverse entre deux prélats, c’est donc une question fondamentale qui ressurgit : l’Église peut-elle concevoir sa présence au monde indépendamment de sa mission d’annoncer Jésus-Christ ? Pour Mgr Robert Barron, ce serait perdre de vue la raison même de son existence. Et comment ne pas lui donner raison ? L’histoire de l’Église en Algérie offre elle-même une réponse à cette interrogation.
Saint Charles de Foucauld, comme les bienheureux moines de Tibhirine, ont témoigné ouvertement de leur foi au Christ au milieu de leurs frères musulmans, sans jamais confondre la charité avec le renoncement à la vérité. Ils n’ont pas cherché à imposer leur foi, mais ils n’ont jamais dissimulé Celui pour lequel ils vivaient. Cette fidélité, ils l’ont payée de leur vie. C’est précisément à la lumière de ces témoignages que les propos du cardinal Vesco apparaissent comme leur antithèse, du moins dans leur formulation.
Là où Foucauld et les martyrs de Tibhirine ont montré que la fraternité pouvait être inséparable d’une affirmation sans équivoque de la foi chrétienne, l’archevêque d’Alger semble opposer ce que ses prédécesseurs spirituels avaient admirablement uni. Car aimer son prochain ne signifie pas renoncer à lui annoncer le Christ. La fraternité chrétienne ne trouve pas son accomplissement dans le silence sur Jésus-Christ, mais dans le témoignage de son amour et de sa vérité.
Source : publication de Mgr Robert Barron sur son compte X, @BishopBarron
« Une telle solution n'est pas adaptée à la protection adéquate de la vie de l'enfant à naître » : le Prince du Liechtenstein oppose son veto à la dépénalisation de l’IVG
26 octobre 2026
« Après mûre réflexion, le prince demeure convaincu qu’une telle solution n’est pas adaptée à la protection adéquate de la vie de l’enfant à naître, droit fondamental ». Le prince régent du Liechtenstein a annoncé opposer son veto à la dépénalisation de l’IVG votée par le Parlement à une courte majorité le 2 septembre dernier (cf. Liechtenstein : une très courte majorité parlementaire favorable à la dépénalisation de l’IVG).
Le texte prévoyait d’autoriser les avortements intervenant au cours des trois premiers mois de grossesse. Actuellement la pratique n’est autorisée dans la principauté qu’en cas de danger pour la vie de la mère ou si la grossesse fait suite à un viol.
« Apporter le meilleur soutien possible aux femmes se trouvant dans des situations difficiles, tout en protégeant la vie à naître »
Alois de Liechtenstein indique toutefois qu’il est « possible de faire évoluer la réglementation » en mettant en œuvre des « mesures ciblées », comme « une levée de l’interdiction de la publicité pour l’IVG ou l’accompagnement et le soutien des femmes avant, pendant et après une grossesse ». « Je suis convaincu que beaucoup partagent la volonté d’apporter le meilleur soutien possible aux femmes se trouvant dans des situations difficiles, tout en protégeant la vie à naître », affirme le prince.
En 1990, le roi Baudouin avait refusé de signer la loi dépénalisant l’avortement en Belgique. Le gouvernement avait alors déclaré que le roi était « dans l’impossibilité de régner », afin de pouvoir faire passer le texte. Une disposition qui a conduit à modifier l’article 82 de la Constitution belge, permettant désormais de « destituer temporairement le souverain en cas d’objection de conscience ».
Sources de la synthèse de presse : AFP (23/10/2026) ; Paris match, Héloïse Broseta (21/10/2026) ; 20 minutes, Delia Bachmann et Arnaud Gallay (22/10/2026)