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  • Dix ans après Amoris Laetitia : que peut-on attendre de la réunion de Rome ?

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    Dix ans après Amoris Laetitia : que peut-on attendre de la réunion de Rome ?

    Depuis le 7 octobre 2026 et jusqu’au 14, le Vatican accueille une réunion importante convoquée par le pape Léon XIV à l’occasion du dixième anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia. Intitulée « Dix ans après Amoris Laetitia : annoncer l’Évangile avec les familles aujourd’hui », elle rassemble les chefs des Églises orientales catholiques, les présidents des conférences épiscopales, une vingtaine d’invités personnels du pape, des experts et une dizaine de couples venus des cinq continents. Environ 187 participants sont attendus pour une semaine d’écoute, de partage d’expériences et de discernement en style synodal.

    Un objectif pastoral, pas doctrinal

    La rencontre n’est pas un synode des évêques. Elle ne vise pas à réécrire le magistère. Son but officiel est de discerner, dans l’écoute mutuelle, les étapes concrètes à franchir pour annoncer l’Évangile avec et aux familles d’aujourd’hui, à la lumière d’Amoris Laetitia et de ce qui se fait déjà dans les Églises locales. Cinq thèmes structurent les travaux : la réalité des familles contemporaines, la vocation des jeunes au mariage, les premières années de la vie conjugale, l’accompagnement des situations complexes, et le rôle missionnaire des familles chrétiennes.

    Du positif peut en sortir. L’échange d’expériences concrètes, la présence de couples et de représentants de réalités très diverses (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe sécularisée…) peut permettre d’identifier de bonnes pratiques pastorales, de mieux mesurer la crise du mariage et de la transmission de la foi, et de relancer une attention réelle aux familles comme acteurs de l’évangélisation. Une synthèse sera remise au pape le 14 octobre, jour où il présidera une messe sur la place Saint-Pierre.

    Les risques pour la doctrine traditionnelle

    Pourtant, de nombreuses voix s’inquiètent. La doctrine classique de l’Église sur le mariage – indissoluble, exclusif, entre un homme et une femme, total, fidèle et ouvert à la vie – n’est pas formellement remise en cause. Léon XIV a lui-même, dans d’autres interventions, réaffirmé des formulations fortes (« le mariage n’est pas un idéal, mais le canon du véritable amour »).

    Le vrai enjeu se situe ailleurs. Amoris Laetitia, surtout dans son chapitre 8, a ouvert la porte, via le discernement et l’accompagnement, à la possibilité d’accès aux sacrements pour certaines personnes en situation « irrégulière ». Cette interprétation a été confirmée comme magistère authentique. Dix ans plus tard, en prenant ce document comme horizon incontestable et en privilégiant « l’expérience vécue », la réunion risque de consolider une pratique pastorale où la norme objective s’efface progressivement derrière les cas particuliers. Sans clarification doctrinale claire, les divergences entre diocèses et conférences épiscopales peuvent s’accentuer.

    Le choix des invités : un signal net

    C’est ici que le choix des 22 invités personnels du pape devient révélateur. Parmi eux figurent de manière très visible des figures marquantes de l’aile progressiste associée au pontificat de François : les cardinaux Blase Cupich (Chicago), Robert McElroy (Washington), Joseph Tobin (Newark), José Cobo Cano (Madrid), Jean-Claude Hollerich, Víctor Manuel Fernández (préfet de la Doctrine de la Foi), Luis Antonio Tagle ou encore Pablo Virgilio David. Les États-Unis sont nettement surreprésentés.

    Aucun des critiques historiques d’Amoris Laetitia – signataires des dubia de 2016 ou figures comme les cardinaux Burke, Brandmüller, Sarah ou Zen – n’a été invité personnellement. Dans l’Église, le choix des personnes est déjà une orientation. En sélectionnant précisément ceux qui ont porté et élargi la lecture « pastorale » et souple du document, Léon XIV indique clairement une préférence pour la continuité avec l’approche de François plutôt qu’un recentrage doctrinal.

    Conclusion

    Cette réunion peut produire des fruits pastoraux utiles : un regard plus réaliste sur les défis des familles, un partage d’expériences et peut-être un regain d’attention à la mission des foyers chrétiens. Mais sa composition et son cadre laissent peu de doute sur son orientation probable. Elle s’inscrit dans la ligne de continuité avec Amoris Laetitia telle qu’elle a été reçue et appliquée depuis dix ans, avec le risque d’une érosion progressive, par la pratique, de la clarté de la doctrine traditionnelle sur le mariage et la famille.

    Ce qui sortira de la synthèse finale et de la façon dont elle sera reçue localement sera déterminant. Pour l’instant, les signaux envoyés par Rome pointent davantage vers une consolidation de l’approche « libérale-pastorale » que vers un rééquilibrage.

    (avec l'IA)

  • La tactique trompeuse de la Révolution silencieuse (Mgr Rob Mutsaerts)

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    De Mgr Rob Mutsaerts :

    6 octobre 2026

    La tactique trompeuse de la Révolution silencieuse

    En deux mille ans, l’Église catholique a pratiquement tout connu de ce qui peut arriver à une institution : mauvais papes, évêques corrompus, hérésies, schismes, révolutions, persécutions, monastères décadents, clercs débauchés et théologiens désireux d’être si originaux qu’à la fin eux seuls comprenaient encore ce qu’ils voulaient dire.

    Et pourtant, l’Église est toujours là. Non pas parce que les catholiques ont toujours été raisonnables. Ce serait une hypothèse historique pour le moins audacieuse. L’Église a survécu parce qu’un phénomène assez remarquable s’est régulièrement reproduit : après la fumée, les querelles et les acrobaties intellectuelles, l’orthodoxie catholique s’est révélée dotée d’un extraordinaire pouvoir de résistance.

    Arius a disparu, Nicée est restée. Les cathares ont disparu, le Credo est resté. Le jansénisme, le modernisme et des dizaines d’autres modes ont fait leur apparition en se présentant comme l’avenir, avant de finir dans les notes de bas de page de l’histoire.

    Le catholicisme possède un critère assez simple pour discerner la vérité : la continuité. D’où l’importance de la Tradition, de ce dépôt de la foi qui nous a été transmis.

    Cela ne signifie évidemment pas que rien ne puisse jamais changer. La liturgie s’est développée, le droit canonique a évolué, les disciplines ecclésiastiques ont été modifiées, les formulations théologiques ont été précisées. Un chêne, après cinq cents ans, ne ressemble plus à ce qu’il était lorsqu’il n’était encore qu’un gland.

    Mais si, soudain, ce gland se met à donner une tulipe, le mot « développement » n’est plus vraiment approprié.

    C’est là que se situe le problème de la crise actuelle de l’Église. Il n’y a pas de spectaculaire prise d’assaut du Vatican. La première étape consiste au contraire à maintenir la doctrine en l’état. La formule ecclésiale moderne pourrait se résumer ainsi : « Bien sûr, la doctrine ne change pas, mais notre approche pastorale, elle, doit changer. »

    Cela semble rassurant. Jusqu’au jour où la pratique pastorale finit, année après année, par communiquer exactement le contraire de la doctrine qui, officiellement, serait restée inchangée.

    Prenons l’Allemagne. La Voie synodale allemande ne s’est pas contentée de parler de réformes administratives ou d’un meilleur contrôle du pouvoir des évêques. Son ordre du jour officiel portait notamment sur la sexualité, l’homosexualité, la place des femmes dans les ministères ecclésiaux et la structure de l’autorité dans l’Église. En 2023, la Voie synodale a même adopté une résolution demandant que soient officiellement autorisées des célébrations de bénédiction pour, entre autres, les couples homosexuels et les couples de personnes divorcées et remariées, avec des formes liturgiques à élaborer.

    Rome avait elle-même identifié le problème. En 2022, le Saint-Siège avait expressément déclaré que la Voie synodale allemande n’était pas habilitée à imposer de nouvelles formes de gouvernement ni de nouvelles orientations en matière de doctrine et de morale, car cela pouvait constituer une « blessure pour la communion ecclésiale » et une menace pour l’unité de l’Église.

    Voilà qui est assez révélateur. Lorsque Rome doit publiquement rappeler à un processus conduit par des évêques qu’il ne peut instaurer une nouvelle morale, il est évident que nous ne parlons pas simplement de brouillard liturgique.

    Et pendant ce temps, le processus continue.

    En avril 2025, des représentants de la Conférence épiscopale allemande et du ZdK ont publié un guide encourageant explicitement la pratique de bénédictions pour les divorcés remariés, les couples de toutes orientations sexuelles et d’autres couples non mariés selon les formes reconnues par l’Église.

    Et une fois encore, le discours n’est pas : « L’ancienne doctrine est fausse », mais : « Nous accompagnons les personnes. »

    Pas : « La morale change. »

    Mais : « C’est de la proximité pastorale. »

    Celui qui s’y oppose se voit alors rapidement attribuer le rôle quelque peu étrange du pharisien. Le réformateur possède l’amour ; le catholique orthodoxe, semble-t-il, ne possède plus que le code juridique.

    Rhétoriquement, c’est particulièrement habile.

    Le même problème est apparu avec Fiducia supplicans. Ce document de 2023 maintient formellement et explicitement la doctrine catholique du mariage. Il précise même que les unions homosexuelles ne peuvent être confondues avec le mariage et que les bénédictions envisagées ne doivent pas prendre une forme liturgique qui ressemblerait à une célébration matrimoniale.

    En même temps, il autorise que des couples de même sexe puissent recevoir spontanément une bénédiction.

    Il faut être singulièrement naïf pour penser que les gestes symboliques ne véhiculent aucun message.

    Le lendemain de la publication du document, le jésuite américain James Martin bénissait à New York un couple homosexuel marié, en présence de la presse.

    Formellement, on peut toujours dire : aucun mariage n’a été célébré.

    Matériellement, la moitié du monde a vu ceci : deux hommes vivant comme un couple reçoivent ensemble la bénédiction d’un prêtre catholique.

    Et voici que réapparaît l’étrange distinction : « Ce que vous voyez n’est pas ce que nous voulons dire. »

    À la longue, c’est une stratégie pastorale difficile à tenir. Le langage sacramentel de l’Église repose précisément sur des signes visibles. Si nous enseignons pendant des siècles que les gestes ont un sens, nous pouvons difficilement affirmer soudain qu’une bénédiction ecclésiale doit être comprise uniquement à travers les notes de bas de page d’un document romain.

    Et puis il y a Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers. En mars 2026, il a déclaré qu’il souhaitait parvenir à ordonner à Anvers, en 2028, des hommes mariés au sacerdoce — après une période de préparation extrêmement courte, alors que le sacerdoce requiert réellement plusieurs années de formation.

    Il l’a même formulé ainsi : selon lui, la question n’est désormais plus de savoir si cela arrivera, mais quand cela arrivera.

    Entre-temps, des candidats sont préparés, alors que l’autorisation de Rome demeure nécessaire pour procéder effectivement à leur ordination.

    Et c’est précisément cela qui illustre le nouveau style de gouvernement ecclésial.

    On commence par créer une attente. Puis on organise la pratique. Ensuite, on demande à Rome de régulariser la réalité qui s’est entre-temps installée.

    La question n’est plus : « Qu’est-ce que l’Église autorise ? »

    Elle devient : « Que pouvons-nous déjà faire pour qu’il soit ensuite difficile à l’Église de revenir en arrière ? »

    Ce n’est pas de la synodalité.

    C’est une théologie du fait accompli.

    Nous en arrivons ainsi au pape François.

    Son pontificat a favorisé une culture dans laquelle l’ambiguïté était remarquablement souvent interprétée dans un sens progressiste. La formule était toujours plus ou moins la même : la doctrine demeure intacte, mais le cas concret est complexe ; les normes continuent d’exister, mais il faut discerner ; la doctrine est claire, mais son application pastorale peut varier.

    En soi, rien de cela n’a quoi que ce soit d’anti-catholique. Thomas d’Aquin savait lui aussi que la prudence devait être appliquée aux circonstances concrètes.

    Mais lorsque presque toutes les exceptions vont dans la même direction, il devient légitime de se demander si nous avons encore affaire à des exceptions.

    Il y a de bonnes raisons de s’en inquiéter.

    Pourquoi ?

    Il suffit de lire l’histoire de l’Église.

    Les bouleversements ecclésiaux commencent rarement par une annonce du genre : « À partir de lundi, nous abolissons deux mille ans de tradition catholique. »

    Les choses se passent autrement.

    On commence par dire qu’un enseignement est « mal compris ».

    Puis que sa terminologie est « blessante ».

    Ensuite, que personne ne veut changer la doctrine, mais qu’il faut « un espace pastoral ».

    Puis apparaissent des expériences locales.

    Les expériences deviennent une pratique.

    La pratique crée des attentes.

    Les attentes deviennent une « réalité vécue ».

    Et finalement, on demande à ceux qui défendent l’enseignement originel pourquoi ils s’accrochent avec tant de rigidité à une formulation désormais dépassée.

    Voilà la Révolution silencieuse !

    Il ne s’agit pas de nier le dogme, mais de le faire s’évaporer.

    Pas : « Ceci n’est plus vrai », mais : « Nous devons aujourd’hui en parler de manière plus nuancée. »

    Pas : « Le sixième commandement ne s’applique plus », mais : « Nous devons éviter d’accabler les personnes avec des règles. »

    Pas : « Le sacerdoce est en train de changer », mais : « Les besoins de la communauté locale exigent de nouvelles formes. »

    Ainsi, un enseignement peut encore figurer pendant des années dans le Catéchisme tout en cessant progressivement de fonctionner dans la pratique pastorale.

    Il arrive que l’Église doive trouver des mots nouveaux pour rendre une même vérité compréhensible. Mais c’est précisément pourquoi la question décisive n’est pas : « Est-ce que quelque chose change ? »

    La vraie question est : ce qui change est-il reconnaissable comme le développement organique de ce qui précédait, ou constitue-t-il une rupture avec ce qui précédait ?

    C’est pourquoi la continuité n’est pas un passe-temps de nostalgiques. C’est un critère catholique.

    La question catholique n’est jamais seulement : « Est-ce aimable ? », « Est-ce inclusif ? », « Est-ce efficace pastoralement ? »

    La question décisive demeure : est-ce bien la même foi que celle que nous avons reçue ?

    La foi de Paul, d’Augustin, de Thomas, du concile de Trente, de Newman, de Jean-Paul II et de Benoît XVI.

    L’ironie suprême de la situation actuelle est peut-être que les réformes progressistes sont présentées depuis soixante ans comme indispensables pour rendre l’Église plus attractive aux yeux de l’homme moderne.

    Et pourtant, dans les pays fortement sécularisés, les églises continuent précisément de se vider.

    Peut-être l’homme moderne est-il finalement moins impressionné par une Église qui lui dit ce qu’il a déjà lu dans le journal la veille.

    Pourquoi quelqu’un se lèverait-il tôt le dimanche matin pour aller dans une église entendre la même morale que celle qu’il a reçue gratuitement la veille au soir dans un talk-show ?

    Lorsque, après un certain temps, on ne voit plus personne, on peut penser que l’avant-garde prophétique a enfin été atteinte.

    Mais il existe une autre possibilité : on a pris la mauvaise direction.

    L’Église ne possède qu’un seul produit véritablement révolutionnaire : l’Évangile.

    Et malheureusement, ce produit n’est pas adaptable aux exigences du service marketing.

    Le christianisme n’a pas commencé parce que douze apôtres avaient décidé de mieux s’adapter à l’air du temps romain.

    Ils ont proclamé quelque chose que leur environnement trouvait parfois magnifique, parfois insensé et parfois offensant.

    Pour cela, ils n’ont pas été invités à la table des discussions synodales.

    Ils ont été mis à mort.

  • Les deux visages de la France

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    Un éditorial du National Catholic Register :

    Les deux visages de la France

    ÉDITORIAL : Le même pays qui semblait avoir retrouvé son identité de nation fière de son héritage catholique lors de la visite du pape Léon XIV il y a deux semaines est aujourd'hui en proie à de violentes émeutes civiles.

    ARMÉE DE SAINTETÉ : Le pape Léon XIII et 80 000 jeunes sont accueillis par une exposition de saints français le 25 septembre 2026 à Saint-Denis, en France. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    Le pape Léon XIV et 80 000 jeunes sont accueillis par une exposition de saints français le 25 septembre 2026 à Saint-Denis, en France. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    La visite du pape Léon XIV en France fut-elle un moment de grâce avant une période d'épreuves ? ​​La question se pose inévitablement lorsqu'on considère le contraste saisissant entre le « miracle » de la visite papale du 25 au 28 septembre et les scènes cauchemardesques d' affrontements entre la police et de jeunes émeutiers à travers le pays quelques jours plus tard.  

    La France qui a émergé lors du séjour extraordinaire du Pape — attirant des foules immenses dans un climat d'harmonie, d'espoir et d'unité nationale — était celle que beaucoup croyaient disparue depuis longtemps. Pourtant, cette parenthèse enchantée n'a pas effacé les profondes divisions du pays. Au contraire, elle a offert un bref répit, redonnant courage à une population de plus en plus habituée à voir ses fractures mises à nu. 

    Ces dernières années n'ont pas manqué de rappels à l'ordre, des émeutes urbaines de l'été 2023, qui ont provoqué des scènes quasi insurrectionnelles à travers le pays, aux profondes divisions sociétales entourant l'inscription de l'avortement dans la Constitution et, plus récemment, la légalisation très médiatisée de l'euthanasie. La cérémonie d'ouverture blasphématoire des Jeux olympiques de Paris 2024 a mis en lumière de façon spectaculaire ces fractures. Sa parodie de la Cène par des drag-queens a non seulement embarrassé la France sur la scène internationale, mais a surtout révélé la lutte de plus en plus visible autour de l'identité nationale et du type de civilisation que le pays entend préserver et transmettre. 

    Dans ce contexte troublé, les images de la visite de Léon XIV ont acquis une résonance particulière. En effet, nombre de choix entourant les événements papaux semblaient répondre, presque méthodiquement, aux offenses faites aux catholiques français et aux atteintes à la sacralité de la vie humaine ces dernières années. Le pape Léon XIV a rappelé au président Emmanuel Macron sa responsabilité envers les catholiques de son pays, a réaffirmé à plusieurs reprises la dignité et la valeur inviolables de toute vie humaine et a accordé une place d'honneur aux personnes atteintes de trisomie 21 parmi les personnes servant la messe du 26 septembre. 

    Par moments, le symbolisme allait encore plus loin, les événements semblant presque réévangéliser les monuments mêmes qui avaient servi de décor à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, jugée blasphématoire, dans un de ces retournements de situation que seule la Providence peut orchestrer. Alors que la cérémonie olympique avait parodié la décapitation de la reine Marie-Antoinette, exécutée sur l'actuelle place de la Concorde, c'est précisément cette place que le pape choisit pour sa messe devant quelque 800 000 personnes. Léon XIV rendit également hommage aux prêtres et aux religieux martyrs de la Révolution française. 

    Mais nulle part ailleurs ce renversement n'a été plus frappant qu'au Stade de France, le soir du 25 septembre. La veillée offrait l'image d'une nouvelle génération qui ne renie plus son identité chrétienne et, dans un pays de plus en plus divisé en blocs culturels et idéologiques concurrents, celle de 80 000 jeunes rassemblés autour d'un héritage commun. Point d'orgue de la soirée, mis en scène par Jean-Baptiste Darantière, le rassemblement réunissait des catholiques aux sensibilités spirituelles et aux origines sociales très diverses autour d'une histoire commune de sainteté. 

    Cette histoire glorieuse s'est déroulée siècle après siècle, chaque période incarnée par un saint et la vertu qui la caractérisait le mieux, de l'humilité à la charité, des prémices de la foi au zèle missionnaire toujours vivant aujourd'hui. À son apogée, une « armée de saints » s'avançait vers le pape tandis que le Jubilate Deo résonnait dans le stade et que des feux d'artifice illuminaient le ciel. 

    Les scènes chaotiques qui ont suivi son départ ont éclairé d'un jour nouveau les paroles de Léon XIV qui, visiblement ému, s'est écarté de son discours préparé pour crier à la foule : « Vous êtes les saints de France ! »  

    Le Saint-Père, parfaitement conscient de la situation en France, ne se contentait pas d'inviter ces jeunes à s'inspirer des innombrables saints qui ont marqué l'histoire du pays. Il les invitait à relever les défis exceptionnels de notre époque et à devenir, à leur tour, les saints de leur patrie. 

    Ce n'est probablement pas un hasard si, avant de quitter Metz, le pape a même béni une école catholique indépendante fonctionnant sans aucun contrat de financement public – exactement le type d'établissement que la principale organisation maçonnique française, le Grand Orient de France, souhaiterait effacer du paysage national. 

    Dans une France à nouveau confrontée à ses vieux démons, les paroles du pape au Stade de France résonnent aujourd'hui comme une prophétie. L'histoire offre un parallèle troublant.  

    En 1938, le Congrès eucharistique international de Budapest rassembla des centaines de milliers de personnes dans un extraordinaire moment d'unité et d'espérance chrétiennes, alors même qu'une Europe profondément divisée s'enfonçait dans la guerre. Ceux qui y vécurent se souviendront plus tard de cet événement comme d'une consolation providentielle avant les épreuves à venir. 

    La France a peut-être vécu une expérience similaire. L’enchantement est peut-être terminé, mais la mission confiée aux jeunes réunis au Stade de France ne fait que commencer.

  • Amoris Laetitia : Le Vatican commémore le dixième anniversaire du chambardement moral

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Amoris Laetitia : Le Vatican commémore le dixième anniversaire du chambardement moral

    La réunion de l'épiscopat s'ouvre aujourd'hui, dix ans après l'exhortation apostolique controversée du pape François qui rejetait Veritatis Splendor et fixait les critères d'une nouvelle synodalité. Ce changement nous oblige à reconsidérer le document et ses conséquences, à commencer par le refus de proclamer pleinement l'Évangile sur la famille.

    7/10/2026

    Aujourd'hui, 7 octobre, débute au Vatican la réunion internationale convoquée par Léon XIV, intitulée « Dix ans après Amoris Laetitia : Annoncer l'Évangile aux familles aujourd'hui » . Les présidents des Conférences épiscopales du monde entier, ainsi que les responsables des Églises orientales, y ont été invités. Cette assemblée vise à évaluer le chemin parcouru et les réalisations accomplies au cours de ces dix années en matière d'annonce de l'Évangile aux familles. L'interprétation du titre suggère que l'exhortation Amoris Laetitia en tant que telle ne sera pas évaluée, mais considérée comme un point de départ incontestable. Cela a également été clairement indiqué par le Secrétariat général du Synode, par la voix de son conseiller et directeur de l'organisation, le jésuite Giacomo Costa. La réunion se poursuivra jusqu'au 14 octobre, se tiendra à huis clos, suivra la méthode synodale et ses conclusions seront rendues publiques à l'issue de la réunion.

    Il va sans dire que cet événement est très attendu. Amoris Laetitia est sans aucun doute l'événement le plus marquant du pontificat de François, celui qui résume le mieux ses intentions et sa manière de gouverner l'Église, celui qui a suscité espoirs et profondes déceptions, un tournant décisif sur des questions essentielles à la foi et à la morale, une rupture radicale avec la tradition, non pas le début d'une « ère de changement », mais un véritable « changement d'ère ». D'où la question que tous, sans exception, se sont posée : quelle sera la position de Léon XIV ? Il ne s'agissait pas d'« attendre », comme on dit, car les enjeux pour la foi sont nombreux et profonds. L'attente, en l'occurrence, n'est pas une simple curiosité partisane, mais une attente sincère et motivée.

    L'exhortation Amoris Laetitia a rejeté Veritatis Splendor de Jean-Paul II et la structure de théologie morale qu'il enseignait, non seulement sur le mariage et la famille, mais aussi sur toute la vie morale du chrétien. La norme morale a été jugée insuffisante et a nécessité d'être complétée par les réalités de la vie. L’adultère ne doit pas être considéré comme un acte intrinsèquement mauvais, car un jugement moral et religieux à son égard doit tenir compte de la situation particulière des concubins. C’est ainsi qu’est né le concept renouvelé de « discernement ». Après une période de discernement, les personnes divorcées et remariées peuvent décider de communier ou non. Dès lors, leur décision devient normative et s’inscrit pleinement dans la doctrine.

    Ce changement a eu des conséquences considérables. Il est difficile d'évaluer cette dernière – comme le fait la réunion qui débute aujourd'hui – sans s'y référer. C'est en effet de là que provient l'ouverture, non seulement pastorale mais aussi doctrinale, à toutes les formes de cohabitation : la cohabitation prénuptiale, celle des couples divorcés remariés, la cohabitation homosexuelle ou d'autres formes de cohabitation, qualifiées de familles « complexes » ou « fragiles ».

    Il est très difficile d'affirmer que ces nouvelles attitudes ont été bénéfiques à nos familles et ont contribué à leur annoncer l'Évangile de leur salut. Les évêques qui avaient soumis leurs Dubia à François avaient anticipé ces évolutions problématiques et avaient demandé au Magistère suprême de clarifier si, selon la doctrine catholique, l'activité sexuelle est licite même hors mariage et si l'adultère cesse d'être un acte intrinsèquement mauvais. Mais ils n'ont reçu aucune réponse. Qui sait si les évêques invités à la réunion qui débute aujourd'hui examineront également cet aspect des dix dernières années : le renoncement du Magistère à son enseignement ? S’ils le font, ils devraient toutefois évaluer le changement induit par Amoris Laetitia , et non seulement ses conséquences.

    Amoris Laetitia, ainsi que le Synode sur la famille qui l’a précédé en 2014 et 2015, ont inauguré la nouvelle synodalité. François souhaitait que le document final de ce synode conserve les positions rejetées en assemblée car jugées doctrinalement incorrectes et pastoralement nuisibles, comme ce fut le cas récemment, sous Léon XIV, avec le fameux rapport du Groupe 9 concluant le Synode sur la synodalité. L’ouverture aux situations existentielles comme norme, inaugurée selon les nouveaux critères d’ Amoris Laetitia , est devenue le critère principal de l’agenda de la nouvelle synodalité. La participation aux temps d’assemblée et aux « conversations dans l’Esprit » doit être ouverte au souffle nouveau qui vient d’en bas plutôt qu’à des vérités doctrinales considérées comme abstraites ; elle doit viser la conformitas mentis et vitae .

    Sur ce point également, on peut se demander si les évêques participant à la Rencontre au Vatican seront capables d’évaluer la décennie sans examiner aussi l’Exhortation qui la sous-tend, non seulement comme point de départ, mais aussi comme principe. Comme indiqué précédemment, les organisateurs ont veillé à ce que la rencontre se déroule selon une méthode synodale, incluant des « conversations dans l’Esprit ». Il est également à noter que le Pape a invité à présider cet événement certains des cardinaux et évêques les plus en vue dans la conduite de la nouvelle synodalité, des noms dont la simple mention évoque immédiatement les aspirations les plus extrêmes et subversives du processus synodal.

    Il semble logique que l'examen de la décennie écoulée à l'aune de la nouvelle synodalité confirme implicitement Amoris Laetitia, et donc l'évalue sans que cela soit explicitement formulé. Prétendre vouloir examiner la décennie issue d' Amoris Laetitia tout en s'abstenant d'évaluer Amoris Laetitia relève d'un exercice verbal impossible.

  • 7 octobre : fête du Rosaire de la Vierge Marie

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    LETTRE APOSTOLIQUE
    ROSARIUM VIRGINIS MARIAE
    DU PAPE JEAN-PAUL II
    À L'ÉPISCOPAT, AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES SUR LE ROSAIRE (16 octobre 2002)

    INTRODUCTION

    1. Le Rosaire de la Vierge Marie, qui s'est développé progressivement au coursdu deuxième millénaire sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, est une prière aimée de nombreux saints et encouragée par le Magistère. Dans sa simplicité et dans sa profondeur, il reste, même dans le troisième millénaire commençant, une prière d'une grande signification, destinée à porter des fruits de sainteté. Elle se situe bien dans la ligne spirituelle d'un christianisme qui, après deux mille ans, n'a rien perdu de la fraîcheur des origines et qui se sent poussé par l'Esprit de Dieu à « avancer au large » (Duc in altum!) pour redire, et même pour “crier” au monde, que le Christ est Seigneur et Sauveur, qu'il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), qu'il est « la fin de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l'histoire et de la civilisation ».1

    En effet, tout en ayant une caractéristique mariale, le Rosaire est une prière dont le centre est christologique. Dans la sobriété de ses éléments, il concentre en lui la profondeur de tout le message évangélique, dont il est presque un résumé.2 En lui résonne à nouveau la prière de Marie, son Magnificat permanent pour l'œuvre de l'Incarnation rédemptrice qui a commencé dans son sein virginal. Avec lui, le peuple chrétien se met à l'école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et dans l'expérience de la profondeur de son amour. Par le Rosaire, le croyant puise d'abondantes grâces, les recevant presque des mains mêmes de la Mère du Rédempteur. 

    Les Pontifes romains et le Rosaire

    2. Beaucoup de mes prédécesseurs ont accordé une grande importance à cette prière. À ce sujet, des mérites particuliers reviennent à Léon XIII qui, le 1erseptembre 1883, promulgua l'encyclique Supremi apostolatus officio,3 paroles fortes par lesquelles il inaugurait une série de nombreuses autres interventions concernant cette prière, qu'il présente comme un instrument spirituel efficace face aux maux de la société. Parmi les Papes les plus récents qui, dans la période conciliaire, se sont illustrés dans la promotion du Rosaire, je désire rappeler le bienheureux Jean XXIII4 et surtout Paul VI qui, dans l'exhortation apostoliqueMarialis cultus, souligna, en harmonie avec l'inspiration du Concile Vatican II, le caractère évangélique du Rosaire et son orientation christologique.

    Puis, moi-même, je n'ai négligé aucune occasion pour exhorter à la récitation fréquente du Rosaire. Depuis mes plus jeunes années, cette prière a eu une place importante dans ma vie spirituelle. Mon récent voyage en Pologne me l'a rappelé avec force, et surtout la visite au sanctuaire de Kalwaria. Le Rosaire m'a accompagné dans les temps de joie et dans les temps d'épreuve. Je lui ai confié de nombreuses préoccupations. En lui, j'ai toujours trouvé le réconfort. Il y a vingt-quatre ans, le 29 octobre 1978, deux semaines à peine après mon élection au Siège de Pierre, laissant entrevoir quelque chose de mon âme, je m'exprimais ainsi: « Le Rosaire est ma prière préférée. C'est une prière merveilleuse. Merveilleuse de simplicité et de profondeur. [...] On peut dire que le Rosaire est, d'une certaine manière, une prière-commentaire du dernier chapitre de la Constitution Lumen gentium du deuxième Concile du Vatican, chapitre qui traite de l'admirable présence de la Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l'Église. En effet, sur l'arrière-fond des Ave Maria défilent les principaux épisodes de la vie de Jésus Christ. Réunis en mystères joyeux, douloureux et glorieux, ils (1961), pp.641-647: La Documentation catholique 58 (1961), col. 1265-1271.nous mettent en communion vivante avec Jésus à travers le cœur de sa Mère, pourrions-nous dire. En même temps, nous pouvons rassembler dans ces dizaines du Rosaire tous les événements de notre vie individuelle ou familiale, de la vie de notre pays, de l'Église, de l'humanité, c'est-à-dire nos événements personnels ou ceux de notre prochain, et en particulier de ceux qui nous sont les plus proches, qui nous tiennent le plus à cœur. C'est ainsi que la simple prière du Rosaire s'écoule au rythme de la vie humaine ».5 

    Par ces paroles, chers frères et sœurs, je mettais dans le rythme quotidien du Rosaire ma première année de Pontificat. Aujourd'hui, au début de ma vingt-cinquième année de service comme Successeur de Pierre, je désire faire de même. Que de grâces n'ai-je pas reçues de la Vierge Sainte à travers le rosaire au cours de ces années: Magnificat anima mea Dominum!Je désire faire monter mon action de grâce vers le Seigneur avec les paroles de sa très sainte Mère, sous la protection de laquelle j'ai placé mon ministère pétrinien: Totus tuus!

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  • Fêtons Notre Dame du Rosaire (7 octobre)

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    notre-10.jpgDe missel.free.fr :

    La fête de Notre-Dame du Rosaire se célébrait déjà, en 1547, à Tortosa (Espagne), le troisième dimanche d'avril, quand fut instituée par Pie V la fête de Notre-Dame de la Victoire (1572) au premier dimanche d'octobre, en action de grâces pour la victoire de Lépante où, à l'entrée du golfe de Corinthe, la flotte chrétienne fournie par le Saint-Siège, l'Espagne, Venise, la Savoie, Mantoue, Ferrare, Gênes et Lucques, sous le commandement de don Juan d'Autriche, avait écrasé la flotte turque d'Ali Pacha (7 octobre 1571). C'est à cette occasion qu'on ajouta aux litanies de la Sainte Vierge l'invocation Secours des Chrétiens, priez pour nous ! Grégoire XIII qui attribuait la victoire de Lépante aux processions faites à Rome par les confréries du Saint-Rosaire, changea la fête de Notre-Dame de la Victoire en celle du Saint Rosaire et la fixa au premier dimanche d'octobre (1573) ; elle ne fut alors obligatoire que pour les églises romaines qui possédaient une chapelle ou une confrérie du Saint-Rosaire.

    Clément X concéda cette fête à l'Espagne (1671) avant que Clément XI l'étendît à l'Eglise universelle et l'élevât au rit double-majeur (1716), célébrée le jour de l'octave de l'Assomption, à la suite de la victoire de Peterwaradin que le prince Eugène de Savoie avait remportée sur les Turcs (5 août 1716). Léon XIII en fit une fête de seconde classe et adopta l'office et le propre de la messe en usage chez les Dominicains (1887). Pie X la fixa au 7 octobre (1913).

    « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur ! Nous célébrons ce jour de fête en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie. Les anges prennent part à la joie de cette solennité, et ils acclament en chœur le Fils de Dieu. Mon cœur est tout vibrant de paroles de choix; c’est pour un roi que je dis mon poème. »

    « Dieu dont le Fils unique, par sa vie, sa mort et sa résurrection, nous a mérité le bienfait du salut éternel, faites que, méditant ces mystères dans le très saint rosaire de la bienheureuse Vierge Marie, nous imitions ce qu’ils contiennent afin d’obtenir ce qu’ils promettent. » (Textes de la Messe en l’honneur de Notre Dame du Saint Rosaire)

  • Les leçons de Lépante pour les combats d'aujourd'hui

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    De Michael Warsaw sur le National Catholic Register (archive 30 septembre 2021) :

    Les leçons de Lépante

    Ce qu'il faut pour combattre le sécularisme militant et l'expansionnisme pro-avortement reste identique à ce qui a fait pencher la balance à Lépante : la confiance en Dieu et l'intercession de la Vierge.

    Procession of Our Lady of Fatima.
    Procession de Notre-Dame de Fatima. (photo : Nuki Sharir / Shutterstock)

    Il y a quatre cent cinquante ans ce mois-ci, le 7 octobre 1571, les forces navales chrétiennes ont remporté l'une des plus importantes victoires de l'histoire mondiale, en détruisant une flotte considérablement plus importante de l'Empire ottoman lors de la bataille de Lépante, au large de la Grèce.

    Cet événement qui a changé la face du monde, en endiguant de manière décisive la vague d'expansionnisme militaire musulman dans le bassin méditerranéen, est commémoré chaque 7 octobre dans le calendrier liturgique de l'Église, lors de la fête de Notre-Dame du Rosaire. En fait, la fête était initialement connue sous le nom de fête de Notre-Dame de la Victoire, un titre conféré en reconnaissance du rôle critique que la prière d'intercession mariale a joué dans la victoire de la bataille de Lépante. 

    Compte tenu de ce contexte historique, il est toujours opportun, en ce jour et pendant tout le reste du mois d'octobre, de réfléchir à l'importance de se tourner vers Marie lorsque nous sommes confrontés à des défis personnels ou collectifs dans nos vies.

    C'est particulièrement pertinent cette année, alors que la foi catholique est à nouveau mise au défi par des forces qui semblent imparables pour de nombreux observateurs. La bataille d'aujourd'hui est, bien sûr, très différente du défi que l'Europe chrétienne a affronté il y a 450 ans à Lépante, l'attaque venant maintenant principalement du sécularisme et d'une hostilité sociétale croissante envers toutes les formes de religion.

    Au fond, cependant, ce qu'il faut pour combattre le sécularisme militant reste identique à ce qui a permis de renverser la vapeur à Lépante, contre toute attente : la dépendance à l'égard de Dieu par la foi en la personne de Jésus et le recours à Notre Seigneur par l'intercession de sa Sainte Mère.

    À l'heure actuelle, aux États-Unis, cette bataille spirituelle est engagée de manière très visible dans le domaine de l'avortement. À la suite de l'adoption de la loi texane sur les battements de cœur et de la décision subséquente de la Cour suprême des États-Unis de ne pas bloquer sa mise en œuvre, le lobby de l'avortement et ses alliés du Parti démocrate au Congrès et à la Maison-Blanche se sont mobilisés de façon spectaculaire en faveur du droit à l'avortement. 

    Sous la direction de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, une catholique favorable au droit à l'avortement, la Chambre des représentants a adopté à la hâte la loi dite "Women's Health Promotion Act". Ce projet de loi pernicieux vise non seulement à consacrer la législation Roe v. Wade, mais aussi à étendre encore davantage la licence d'avortement sans restriction de notre nation en supprimant le droit des États individuels à adopter des lois restreignant l'accès à l'avortement. Il vise également à priver les travailleurs de la santé catholiques et ceux d'autres confessions du droit de refuser de coopérer à des avortements pour des raisons de conscience religieuse.

    Pour sa part, le président Joe Biden, un autre politicien catholique favorable à l'avortement, a réagi à la loi texane en s'engageant à lancer une offensive "pangouvernementale" en faveur de l'avortement. Il a déjà tenu sa promesse en soutenant la loi sur la promotion de la santé des femmes et en engageant une action en justice contre la loi Heartbeat pour des raisons constitutionnelles.

    Mais ce n'est pas vraiment la loi texane qui a poussé l'activisme pro-avortement à un tel degré de fièvre. C'est l'examen prochain par la Cour suprême des États-Unis d'une autre affaire, Dobbs v. Jackson Women's Health Organization, concernant une loi du Mississippi qui interdit les avortements après 15 semaines de gestation. 

    De nombreux observateurs juridiques avertis pensent que la Cour est sur le point d'annuler l'interdiction de Roe v. Wade concernant les restrictions à l'avortement avant 20 semaines, lorsqu'un bébé à naître est considéré comme viable en dehors de l'utérus de la mère. Et il est fort possible que la majorité des juges conservateurs de la Cour aille encore plus loin dans son arrêt Dobbs et annule complètement Roe, renvoyant ainsi les lois sur l'avortement à l'autorité exclusive des États. 

    Dans un tel contexte, où la vie de millions d'Américains à naître est potentiellement en jeu, les catholiques fidèles doivent soutenir la campagne visant à restreindre le plus possible le mal de l'avortement dans notre pays. 

    Avec cet objectif en tête, EWTN, Relevant Radio et l'Institut Napa ont conjointement lancé un effort pour prier et promouvoir le Rosaire quotidien pendant le mois d'octobre pour "la fin de l'avortement légal en Amérique et une vague de soutien aux futures mères". Cette initiative s'inscrit dans le contexte spécifique de l'affaire Dobbs, que la Cour suprême examinera en décembre. Nous espérons que de nombreuses autres organisations catholiques se joindront à cet effort en priant le chapelet quotidien en octobre à cette intention, et mobiliseront ainsi des millions d'Américains dans la prière.

    Comme je l'ai indiqué précédemment, la nature de la menace laïque actuelle contre la vie et la liberté des croyants, aux États-Unis et dans d'autres pays, est sensiblement différente de la menace militaire que représentaient les forces navales de l'Empire ottoman musulman à Lépante. Le monde est très différent de ce qu'il était en 1571, lorsque le pape Saint Pie V a rallié les dirigeants de l'Europe chrétienne pour former une Sainte Ligue et faire face à un agresseur violent par une action militaire. Mais l'élément le plus central de la réponse de saint Pie V peut et doit être imité. Avant la grande bataille navale, il a ordonné que les églises de la ville de Rome restent ouvertes 24 heures sur 24 pour les prières et a préconisé en particulier la récitation du rosaire afin de susciter l'intercession de la Vierge Marie.

    Les non-croyants se moquent des fidèles qui recourent à des armes spirituelles pour faire face à de graves problèmes terrestres, mais les croyants ne s'y trompent pas. À maintes reprises au cours des crises qui ont marqué les 2000 ans d'histoire de l'Église, des ressources inattendues se sont matérialisées pour fournir exactement ce qui était nécessaire pour surmonter un obstacle apparemment insurmontable lorsque des prières d'intercession étaient adressées à la Mère de Jésus. 

    C'est précisément la raison pour laquelle la fête de Notre-Dame du Rosaire est célébrée chaque 7 octobre. Et ces prières mariales sont exactement ce que nous devons faire maintenant tout au long de ce mois, alors que la plus haute cour de justice de notre pays se prépare à entendre l'affaire qui pourrait finalement mettre fin au cadre national de l'avortement légal. 

    Que Dieu vous bénisse !

    Lire également : La conscience européenne moderne est née à Lépante

  • Lépante : 455 ans après

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    De Kristen Ziccarelli sur The Catholic Thing :

    Lépante : 455 ans après

    7 octobre 2026

    « Le 7 octobre de l’an de grâce 1571, la flotte de la Sainte Ligue, sous le commandement de don Juan d’Autriche, vainquit la flotte turque dans le golfe de Lépante. C’est ainsi qu’ils le raconteraient ; c’est ainsi qu’ils l’enseigneraient à leurs enfants. Et c’était faux. Car ce qui s’était réellement passé, c’est que Dieu s’était servi d’un certain nombre de ses serviteurs pour arrêter la progression du Croissant au saint nom de la Croix. »

    — Louis de Wohl, Le Dernier Croisé : un roman sur don Juan d’Autriche

    Le chef-d’œuvre biographique de Louis de Wohl, écrit du point de vue de don Juan d’Autriche, donne à son héros éponyme le titre de « dernier croisé ». Le roman s’ouvre sur son enfance, alors qu’il joue à la guerre aux « Maures contre les chrétiens », et s’achève dans la soirée du 7 octobre 1571, lorsqu’il vient de remporter la victoire miraculeuse de la bataille de Lépante. Ses hommes l’invitent à quitter le navire pour aller dîner, lui rappelant qu’il s’est battu toute la journée en ne mangeant que « quelques biscuits et une coupe de vin ».

    Aujourd’hui, nous célébrons cette victoire, qu’il est impossible de commémorer sans Dieu. Il y a quatre cent cinquante-cinq ans, l’Europe chrétienne était plongée dans la Réforme tandis que les Ottomans menaçaient à plusieurs reprises ses frontières méditerranéennes.

    Le pape Pie V, dominicain austère, répondit à l’agression islamique croissante à la fois par le zèle de l’action temporelle et par la supplication céleste. Usant du pouvoir de convocation dont lui seul disposait, le Saint-Père forma une coalition de forces militaires qui, sur le continent, étaient par ailleurs rivales et divisées : l’Empire espagnol sous Philippe II — comprenant notamment Naples et la Sicile —, la République de Venise, la République de Gênes, les chevaliers de Malte, le grand-duché de Toscane, l’ordre de Saint-Étienne, le duché de Savoie, le duché d’Urbino et le duché de Parme. Leur commandant était don Juan d’Autriche, âgé de vingt-quatre ans, demi-frère de Philippe II d’Espagne et fils illégitime de l’empereur Charles Quint.

    Les forces navales de l’Empire ottoman avaient conquis Chypre ; leur puissance maritime était pratiquement invaincue, menaçant les États chrétiens de la Méditerranée et, à terme, Rome. Bien que confiant dans le génie militaire de don Juan et certainement informé de l’ampleur des préparatifs, le pape appela les fidèles d’Europe à prier le Rosaire pour obtenir la victoire.

    Il avait consacré la Sainte Ligue comme alliance et comme croisade, jeûné personnellement pour la cause de la chrétienté contre l’islam, et reçu la vision de la victoire avant même que la nouvelle ne parvienne à Rome. Il attribua le triomphe à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Auxilium Christianorum (« Secours des chrétiens »).

    Parmi ceux qui combattirent et furent blessés ce jour-là se trouvait Miguel de Cervantès, l’auteur de Don Quichotte, qui se souvint de la bataille comme du « plus beau jour de travail en plusieurs siècles ». Les hommes de don Juan, qui étaient plus de 100 000, reçurent le sacrement de pénitence avant d’embarquer sur leurs navires — chacun portant un crucifix —, armés de chapelets. Don Juan lui-même portait une relique de la Vraie Croix.

    En infériorité numérique et commandée par un chef de vingt-quatre ans, la Sainte Ligue anéantit la flotte ottomane, mettant fin à sa suprématie navale. Le commandant ottoman Ali Pacha fut tué lorsque don Juan éperonna son navire ; le pavillon au croissant fut capturé. De nombreux esclaves chrétiens furent libérés des galères ennemies.

    Le poème de G. K. Chesterton, Lépante, raconte à son tour le drame de cette journée et le miracle accompli par Notre-Dame. En 1571, l’Europe était une maison divisée :

    Et le chrétien tue le chrétien dans une étroite chambre poussiéreuse,
    Et le chrétien redoute le Christ qui porte désormais un visage nouveau,
    Et le chrétien hait Marie que Dieu embrassa en Galilée,
    Mais don Juan d’Autriche chevauche vers la mer.

    L’Église traversait la Réforme protestante, qui commençait à fracturer le continent. Les monarchies catholiques poursuivaient des ambitions dynastiques concurrentes et se trouvaient confrontées à de nouvelles antagonismes religieux et politiques dans les territoires protestants.

    Maximilien II, empereur du Saint-Empire romain germanique, et la France, sous le roi Charles IX, refusèrent de rejoindre la Sainte Ligue. Des querelles opposaient les hommes à bord des galères de Lépante, mais don Juan exigea qu’ils travaillent ensemble sous peine de mort.

    L’une des grandes leçons de Lépante — il y en a beaucoup — est que la chrétienté n’aurait pas été sauvée sans l’unité historique de catholiques par ailleurs divisés sur les questions politiques, économiques ou culturelles. Les Génois et les Vénitiens étaient notoirement des rivaux importants, mais ce jour-là, tous obéirent au Saint-Père, implorèrent Dieu et avancèrent ensemble, affrontant un ennemi existentiel unique avec l’esprit d’une croisade.

    En nous souvenant de Lépante, nous nous souvenons de deux hommes — un pape devenu saint et un commandant militaire — qui conduisirent les membres d’une Europe catholique divisée et troublée vers une victoire décisive. Dans la prière comme dans l’action, ils étaient centrés sur un seul objectif, dont dépendait l’existence même de la chrétienté.

    C’est aussi une leçon pour notre temps : la prière, et particulièrement le Rosaire, ne sert pas seulement à la sainteté intérieure. Nous n’avons aucune garantie que des victoires miraculeuses se reproduiront, mais nous pouvons être davantage confiants en comprenant que nos combats sont spirituels — que les maux auxquels nous sommes confrontés dépassent de loin le cadre d’un simple pouvoir politique ou économique.

    Les défis civilisationnels auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui ressemblent à certains égards à ceux du XVIᵉ siècle. La « bataille intérieure » — menée entre Européens eux-mêmes — n’oppose plus tant protestants et catholiques qu’elle ne met aux prises révolutionnaires et traditionalistes.

    L’immigration islamique massive, qui a favorisé l’émergence de mouvements islamistes et de violences djihadistes, ainsi que le remplacement démographique, menacent de détruire non seulement la culture européenne, mais aussi l’Église et ses institutions.

    Quo Vadis, Europa ? Comme à l’époque de Pie V, le continent se trouve aujourd’hui à l’heure des choix. Les fidèles qui demeurent, ainsi que leurs alliés qui estiment que cet héritage mérite d’être défendu, décideront-ils qu’il n’est pas nécessaire de régler chaque différend avant d’agir ensemble ? Qu’il existe un bien qui transcende les rivalités immédiates et qui doit être défendu à la fois par la prière et par l’action ?

    Quatre cent cinquante-cinq ans plus tard, don Juan chevauchant vers la mer demeure vivant dans les mémoires. Avec gratitude envers les défenseurs de notre foi catholique, nous pouvons nous demander : « Comment pourrons-nous jamais leur rendre ce qu’ils ont fait ? » Peut-être en retrouvant aujourd’hui la capacité de reconnaître que, malgré toutes nos différences, notre civilisation ne pourra être sauvée que si ceux qui l’aiment agissent ensemble.

  • La COMECE exprime de vives inquiétudes face aux conclusions de l'avocat général de la Cour de l'UE concernant l'effacement des registres de baptême

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    Du site de la COMECE :

    Communiqué de presse

    La COMECE exprime de vives inquiétudes face aux conclusions de l'avocat général de la Cour de l'UE concernant l'effacement des registres de baptême

    Le lundi 5 octobre 2026, le Secrétariat de la Commission des Épiscopats de l'Union européenne (COMECE) a exprimé sa préoccupation quant aux premières indications émergeant de l'affaire C-12/25 de la Cour de justice de l'Union européenne, Bisdom Gent, relative à l'effacement de données à caractère personnel dans les registres de baptême, à la suite des conclusions présentées le 1er octobre.

    Les conclusions non contraignantes de l'avocat général de la Cour de l'UE considèrent les évaluations requises par cette affaire comme « complexes » et laissent place, à plusieurs égards, au rôle des juridictions nationales. L'avis évoque également la pertinence de l'autonomie de l'Église et de sa liberté de religion, ainsi que l'importance pour l'Église de la « bonne administration des sacrements ». Néanmoins, sans préjudice d'analyses ultérieures, plusieurs éléments exprimés dans cet avis soulèvent des inquiétudes et des interrogations.

    Les conclusions rejettent pour l'essentiel la solution consistant à ajouter dans l'acte de baptême une mention marginale reflétant la volonté de la personne concernée. L'avocat général s'éloigne ainsi du fait que — à travers divers systèmes juridiques et modèles de relations entre l'État et l'Église — une jurisprudence nationale constante au sein des États membres de l'Union européenne a admis cette pratique comme une solution juridique pleinement adéquate en cas de demande d'effacement concernant les registres de baptême.

    Effacer le prénom et le nom de la personne baptisée de l'acte de baptême prive entièrement l'enregistrement du baptême, en tant que tel, de sa signification, de sa valeur et de sa finalité. Cet aspect crucial semble avoir été négligé. Selon la COMECE, l'avis omet également d'analyser l'impact de l'effacement sur les droits et les intérêts des tiers. De surcroît, les considérations relatives à l'éventuelle détresse émotionnelle qui pourrait résulter de la conservation des données d'une personne dans un registre de baptême ne s'avèrent pas non plus convaincantes.

    La COMECE craint que, si elle était confirmée, l'orientation tracée par ces conclusions ne génère une insécurité juridique considérable pour les responsables ecclésiastiques du traitement des données dans l'ensemble des États membres de l'UE. Cette situation est d'autant plus grave qu'une telle incertitude frapperait les registres de baptême, lesquels constituent un pilier central du fonctionnement et de l'organisation internes de l'Église, et s'avèrent indispensables à l'accomplissement de sa mission.

    Afin d'éviter toute mauvaise interprétation, il importe de souligner qu'aucun droit général ou automatique à l'effacement des données des registres de baptême n'est reconnu dans les conclusions. Lors de sa récente allocution à Metz, le pape Léon XIV, citant l'article 17 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), a rappelé que le principe de laïcité régissant la vie des États présuppose également le respect par les autorités nationales et européennes de l'autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d'organisation, d'expression et de culte.

    La COMECE attend avec intérêt l'arrêt de la Cour de l'UE, attendu dans les prochains mois, et espère qu'il adoptera une ligne plus favorable quant à la protection des registres de baptême contre l'effacement. La Commission des affaires juridiques de la COMECE étudie actuellement ces conclusions en profondeur en vue d'une éventuelle prise de position sur le sujet.
     
  • L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

    Du 7 au 14 octobre, Léon XIV a convoqué au Vatican les chefs des Églises orientales et les présidents des conférences épiscopales du monde entier, pour une rencontre à l’occasion du dixième anniversaire d’« Amoris laetitia », l’exhortation apostolique par laquelle son prédécesseur François avait conclu le synode de 2014 – 2015 sur la famille.

    Ce fut un synode très polémique, surtout sur une question qui divisait verticalement la hiérarchie catholique : fallait-il accorder ou non la communion eucharistique aux divorcés remariés, ce qui avait jusqu’alors toujours été interdit par le magistère de l’Église.

    Dès le consistoire préliminaire des cardinaux de février 2014, François a manifesté un penchant très clair pour le oui. Mais l’opposition de nombreux cardinaux et évêques a été telle que, en tirant les conclusions du synode dans « Amoris laetitia », il s’est limité à formuler un oui allusif dans deux notes de bas de page seulement, les n° 336 et 351, dans lesquelles il envisageait pour les divorcés remariés « aussi l’aide des sacrements » et en particulier de l’eucharistie, qui « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

    Ce qui eut pour effet que l’affrontement entre les deux camps du oui et du non se poursuivit, jusqu’à ce que François ne décide d’y mettre un terme à sa manière, en septembre 2016, en rédigeant une lettre d’éloge aux évêques argentins et à leur interprétation d’« Amoris laetitia » en faveur de la communion pour les divorcés remariés, qualifiée par François de seule interprétation correcte parce que « no hay otras », il n’y en a pas d’autres : une lettre qui sera ensuite publiée dans les « Acta Apostolicae Sedis » sous la qualification de « magisterium autenticum ».

    Une abondante documentation, tant officielle que journalistique, est à la disposition de tous sur ce synode sur la famille et sur le vif débat qui l’a animé.

    À celle-ci, il faudrait toutefois ajouter une intervention d’une grande profondeur et d’une très haute autorité, qui n’a pourtant jamais été prise en considération jusqu’à présent, notamment parce qu’elle est restée inconnue pendant une dizaine d’années. Il s’agit de l’homélie prononcée par Benoît XVI – qui avait déjà démissionné depuis 2013 mais qui était à l’époque encore actif par la parole et par l’écrit – le dimanche d’ouverture de la seconde et dernière session du synode sur la famille, le 4 octobre 2015.

    Ce dimanche-là, le missel romain – par une coïncidence fortuite mais parfaite – proposait comme passage évangélique le début du chapitre 10 de l’Évangile de Marc, celui-là même où « des pharisiens abordèrent Jésus et lui demandèrent s’il est permis à un mari de répudier sa femme ». Et avec Jésus qui leur répondait : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

    Il se fait que, dans l’homélie qu’il a prononcée ce jour-là dans son ermitage du Vatican, devant une douzaine de personnes tout au plus – et qui est restée inédite jusqu’en décembre 2025 –, Benoît XVI a commencé par faire remarquer que « la liturgie nous propose cet Évangile précisément le jour où s’ouvre le synode », tout en ajoutant aussitôt qu’il ne voulait pas aborder des « questions aujourd’hui tant discutées », mais plutôt leur « fondement », c’est-à-dire « ce qu’est l’homme », créé par Dieu homme et femme, comme « être en relation » et, pour cela même, « image de Dieu ». Sans compter, dans la dernière partie de cette même homélie, une réflexion originale sur le sens profond du célibat ecclésiastique.

    On se souviendra que ce même dimanche d’octobre, jour de l’ouverture de la seconde session du synode, le pape François a lui aussi prononcé une homélie. Et lui non plus n’a pas fait allusion à la communion pour les divorcés remariés, qui ne trouvait effectivement aucun soutien dans le passage évangélique du jour (à moins d’étendre au temps de l’Église cette condescendance de Dieu envers la « dureté du cœur » de son peuple, en vertu de laquelle le divorce était accordé à l’époque de Moïse, comme l’a notamment soutenu le patrologue et bibliste Innocenzo Gargano, bénédictin camaldule du monastère de San Gregorio al Celio et professeur à l’Institut biblique pontifical).

    Toujours est-il que personne n’a pu prendre connaissance de l’homélie prononcée ce jour-là par Benoît XVI dans son ermitage sur les collines du Vatican, afin de la méditer et le mettre à profit dans le débat synodal.

    C’est le cadeau qui nous est offert par Settimo Cielo, à la veille du sommet convoqué par le pape Léon pour le dixième anniversaire d’« Amoris laetitia ». Nous la reproduisons dans son intégralité avec la permission du dicastère pour la Communication et de la Librairie éditrice du Vatican qui en détient les droits d’auteur.

    L’homélie est tirée des pages 310 – 315 du volume « Dio è la vera realtà. Omelie inedite 2005 – 2017 », Libreria Editrice Vaticana, 2025.

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  • Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

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    De gènéthique.org :

    Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

    6 octobre 2026

    En 2024 comme en 2025, cette Commission de « contrôle » n’a transmis aucun dossier à la justice. « Dans de rares cas, les déclarations ont été acceptées par la Commission bien que l’un ou l’autre point de procédure n’ait pas été suivi à la lettre, précise-t-elle, mais en s’assurant à chaque fois du respect absolu des conditions essentielles de la loi ». Dans ces situations, les médecins concernés ont « systématiquement » reçu une « lettre didactique », poursuit la Commission qui rappelle qu’elle avait « invité le législateur à ne pas prévoir de sanction pénale pour l’éventuel non-respect d’une condition de procédure ou de forme ».

    3,8% des décès en Belgique

    Sur les deux années analysées dans le rapport, la Commission recense 8478 « dossiers reçus », ce qui représente 3,8% des décès survenus en Belgique, soit une augmentation de 14,5% depuis l’année 2023.

    Même si la plupart des patients étaient âgés de plus de 70 ans au moment de leur euthanasie, 111 avaient moins de 40 ans et 2 étaient même mineurs (cf. Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).

    La part prise par les décès qui n’étaient « pas attendus à brève échéance »[1] est plus que significative : elle atteint 24,2% quand elle n’était que de 10% en 2010. Ces décès « augmentent en volume, principalement en lien avec des polypathologies[2] ».

    L’augmentation fulgurante des « polypathologies »

    En effet, bien que les cancers restent la première pathologie motivant une demande d’euthanasie (51,8% des cas), les polypathologies représentent 28,3% des euthanasies. Leur hausse est frappante : en passant de 1070 à 1327 entre 2024 et 2025, elles ont enregistré une croissance de 24% et représentent 57% des euthanasies pratiquées lorsque le décès n’est pas attendu à brève échéance (cf. Euthanasies en hausse, augmentation des « polypathologies » : la Commission de contrôle belge rend son rapport bisannuel).

    Or, comme le reconnait la Commission, « chez les patients qui ne décéderont pas à brève échéance », selon toute logique, les polypathologies incriminées ne mettent pas la vie du demandeur en danger. Il s’agissait « plus souvent d’affections évolutives généralement non vitales ». « La proportion élevée de patients présentant des maladies du système ostéoarticulaire et des muscles était remarquable, précise le rapport : 61% souffraient d’une polyarthrose douloureuse, accompagnée ou non d’ostéoporose, de fractures par tassement et de troubles de la marche. En outre, 35% présentaient des maladies neurologiques, souvent des séquelles de thromboses cérébrales. Des troubles visuels allant jusqu’à la cécité étaient présents chez 28%, des troubles auditifs allant jusqu’à la surdité totale chez 23%, et des syndromes démentiels chez 14% des patients. »

    Des patients « fatigués de vivre »

    « Les documents d’enregistrement font régulièrement état de fatigue de vivre », relève la Commission. « En pratique, il n’est pas toujours aisé de déterminer si la fatigue de vivre est primaire ou secondaire à l’affection dont souffre le patient et son influence sur la demande d’euthanasie du patient, reconnait-elle. On remarque qu’elle est fréquemment évoquée par des patients atteints de polypathologie, y compris lorsque celle-ci ne met pas directement leur vie en danger et que le décès n’est pas attendu à brève échéance. » Mais « ce n’est que si la fatigue de vivre trouve son origine dans la polypathologie que la demande d’euthanasie peut être évaluée favorablement ».

    Le rapport évoque l’exemple d’un dossier de patient. « Il s’agissait d’une personne octogénaire présentant une polypathologie grave et incurable. La situation médicale se caractérisait par une détérioration fonctionnelle marquée, avec notamment une altération de la motricité fine, une instabilité à la marche, des vertiges, une tendance aux chutes, des douleurs neuropathiques exprimées et une dépendance croissante aux soins. » En somme un ensemble de troubles fréquemment associés à la vieillesse requalifiée en « polypathologie grave et incurable ».

    « Dans ce contexte, la lassitude de vivre apparaissait également comme une composante centrale de sa souffrance, affirme le rapport. Celle-ci résultait d’un long processus de dégradation physique, de perte d’autonomie, de diminution de la qualité de vie et d’épuisement existentiel croissant, lequel persistait malgré un suivi psychiatrique et un traitement antidépresseur. » N’est-ce pas malheureusement la situation de nombreuses personnes âgées ?

    Pourtant le dossier fait état de la « conclusion » du patient : « l’euthanasie constituait « la seule manière d’échapper à sa déchéance progressive et incurable » ». Doublée de celle, sans appel, des médecins, qui estimaient sa souffrance comme « réfractaire et sans issue ». Face à un tel verdict, comment résister à l’« épuisement existentiel » ?

    Des patients psychiatriques souvent jeunes

    Le rapport recense encore 133 euthanasies pour « syndromes démentiels ». « Les euthanasies concernant des patients inconscients[3] ayant fait une déclaration anticipée restent exceptionnelles » (moins de 1%) et « ont même tendance à diminuer ». La Commission avance une explication probable : le champ d’application « très restrictif » de la déclaration anticipée (cf. Belgique : vers l’euthanasie de personnes conscientes mais « incapables de décider par et pour elles-mêmes » ?).

    Un nombre non négligeable d’euthanasies (129, 1,5% du total) a en outre été pratiqué en arguant d’affections psychiatriques : 45 pour dépressions sévères récidivantes ou encore 17 en raison d’un trouble de la personnalité (cf. « Ils m’ont montré que je pouvais servir à quelque chose » : Romain, 25 ans, renonce à l’euthanasie). Ce type d’euthanasie est en augmentation, il est passé de 55 en 2024 à 74 en 2025.

    « L’euthanasie chez les patients souffrant d’une affection psychiatrique reste un exercice d’équilibre délicat entre, d’une part, la difficile appréciation de la résistance thérapeutique et la question du caractère ou non épuisé des traitements pertinents et, d’autre part, l’importance de la souffrance du patient qui, malgré un traitement de longue durée, ne perçoit plus aucune perspective », estime la Commission (cf. Euthanasie pour trouble psychique : aux Pays-Bas et au Canada, des psychiatres sonnent l’alerte). Or pour cette catégorie de patients, la répartition par âge est sensiblement différente : « 29% des patients psychiatriques avaient moins de 40 ans et 10% moins de 25 ans ». Et, dans cette catégorie d’âge, « il s’agissait de troubles de l’humeur, de troubles névrotiques liés au stress, de troubles du comportement et de troubles du spectre de l’autisme » (cf. Autiste et suicidaire, un Belge de 26 ans demande l’euthanasie « surtout pour ses parents »). Donc sans lien avec une éventuelle situation de fin de vie.

    Toujours quelques « euthanasies en duo »

    Le rapport de la Commission d’évaluation dénombre par ailleurs 6 « euthanasies en duo » en 2024, et 7 en 2025. « Les médecins ne sont pas obligés de le signaler », précise l’instance. Aussi, ce nombre pourrait être sous-estimé. Mais pour la Commission de contrôle, « comme ces cas sont inférieurs à 10 par an, il n’est guère souhaitable d’entrer dans les détails » (cf. Euthanasie « en duo » : il met fin à ses jours, elle, « entourée », change d’avis).

    Face à l’avalanche des dossiers, la Commission appelle à « sortir d’un fonctionnement sous tension », tout en recommandant « d’améliorer la disponibilité des produits utilisés pour les euthanasies » et « d’en réduire le coût ».

    Car il ne saurait être question de remettre en cause cette pratique, présentée désormais comme une « option de fin de vie » au même titre que les . Et même quand le patient n’est pas en fin de vie.

    Lorsqu’elle détaille sa « mission », la Commission explique vérifier – qu’entre autres conditions – « le médecin et son patient partagent la conviction qu’il n’y a aucune autre solution raisonnable à sa situation ». Face à la souffrance, à la fragilité, l’abandon serait-il la seule « solution raisonnable » ?

    ___________________

    [1] Lorsque « le décès n’est pas attendu dans les semaines ou les mois qui viennent ». On notera le caractère flou de la définition. Il revient au médecin de décider de quelle catégorie relève son patient et d’adapter la procédure en fonction.

    [2] Selon le rapport de la Commission, il s’agit de l’« association de maladies évolutives et non améliorables, entraînant une perte d’autonomie croissante (parfois jusqu’à une défaillance d’organes) : certaines affections mettent la vie en danger, tandis que d’autres altèrent principalement la qualité de vie ».

    [3] « coma irréversible ou état végétatif persistant »

  • Le cardinal Gambetti laisse une basilique Saint-Pierre écologique mais vidée de son caractère sacré

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    D'Andrea Zambrano sur la NBQ :

    Gambetti laisse une basilique Saint-Pierre écologique mais vidée de son sacré

    Le retour du sens du sacré au sein de la basilique Saint-Pierre est une priorité. Sous la gestion du cardinal Gambetti, le monument a ambitionné d'atteindre la neutralité climatique et une haute efficacité énergétique, mais il a cédé à une « muséification » chaotique et irrespectueuse, entre profanations de touristes et distractions de fidèles.

    Le remplacement du cardinal Mauro Gambetti à la tête de la basilique Saint-Pierre en tant qu'archiprêtre n'aura de sens que si son successeur rompt avec la trajectoire des cinq dernières années. Ce quinquennat a suffi à rompre des équilibres délicats, un échec qui pèse aujourd'hui sur la perception même de l'Église du Pape. Cinq ans ont suffi, notamment à travers la réforme des statuts du Chapitre de Saint-Pierre, pour dénaturer cette institution historique, pourtant indispensable au décorum et à la dignité de la plus importante basilique de la chrétienté.

    C'est pourquoi, si le profil que le pape Léon XIV a en tête n'impose pas un virage radical dans la gestion du Chapitre, la « rétrocession » de l'ingénieur franciscain au rang d'évêque de Chieti restera une occasion manquée. Sous la direction de Gambetti, les bouleversements se sont accélérés, visibles au quotidien sous la colonnade de Bernin et préjudiciables à la ferveur des fidèles.

    Une restructuration administrative contestée

    Le cœur du problème réside dans la révision des statuts capitulaires. Celle-ci a réduit le nombre de chanoines à quelques dizaines, les écartant de leur mission séculaire : veiller sur la liturgie et le fonctionnement de la Fabrique de Saint-Pierre. Ils ont parfois été remplacés par des parvenus incapables de mesurer la gravité de leur charge.

    Marqué par le projet controversé de bistrot sur les toits de Saint-Pierre (achevé mais non encore inauguré en septembre dernier), le mandat de Gambetti incarne pour certains les excès de l'idéologie bergoglienne. Parmi ses mesures les plus contestées :
    • Limitation des mandats des chanoines à 5 ans seulement.
    • Mise à la retraite d’office à 80 ans.
    • Retrait des stalles des chanoines de la zone presbytérale (un geste qualifié de « vulgaire » par certains prélats de la Curie).
    • Plafonnement des salaires et des retraites des chanoines à 1 800 euros.
    • Soumission du Chapitre à la Fabrique de Saint-Pierre, appauvrissant de fait sa mission spirituelle.
    De la dévotion au tourisme de masse

    Ce « désencombrement pastoral » arbitraire a profondément affecté la vie liturgique de la basilique. Par ricochet, la sensibilité des fidèles s'est émoussée et les touristes peinent désormais à y percevoir le sacré, favorisant une transformation du lieu en simple musée. Pour s'inscrire dans la dynamique de révision voulue par le pape, il faudrait avoir le courage de révoquer ces statuts — pour l'instant adoptés ad experimentum (à l'essai) — et de rétablir ceux de Saint Jean-Paul II. Non par passéisme, mais par pure nécessité.

    Sous l'ère Gambetti, les messes quotidiennes ont été drastiquement réduites. Surtout, les célébrations privées dans les chapelles latérales ont été supprimées. C'étaient pourtant elles qui conféraient à la basilique, dès l'aube, cette atmosphère de grave sacralité aujourd'hui disparue. De plus, ne maîtrisant pas le latin, Gambetti a supprimé les offices dans cette langue.

    La mise en place d'une file d'attente dédiée exclusivement aux fidèles venus pour prier crée un contraste saisissant : une voie presque toujours déserte qui jouxte le flux ininterrompu et bruyant des touristes. Une véritable « vivisection de supermarché », selon un Mgr de la Curie.

    Le constat d'une crise du sacré

    Une fois franchie la porte de Filarète, les visiteurs adoptent tous les comportements possibles, sauf celui de réaliser qu'ils entrent dans un lieu de culte. Rares sont ceux qui font un signe de croix ou une génuflexion. Le balai des touristes occupés à des selfies improbables, des photos de mode ou des appels téléphoniques bruyants a réduit Saint-Pierre à un grand souk. Le sacré n'y est pas totalement exclu, mais il est relégué au second plan, réservé à ceux qui font l'effort de le chercher.

    Il n'est pas surprenant que sous la gestion Gambetti, en parallèle des travaux d'efficacité énergétique pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2030, les profanations se soient multipliées. Certaines ont été spectaculaires, comme cet individu déséquilibré urinant au pied des colonnes de Bernin ; d'autres, plus diffuses mais tout aussi graves, concernent la gestion désinvolte de la Sainte Communion lors des messes de grande affluence. Même l'acte de réparation qui a suivi s'est déroulé dans la confusion.

    Rendre à Saint-Pierre sa dimension de lieu saint — que les touristes, même non catholiques, doivent réapprendre à respecter — est la condition sine qua non pour restituer sa dignité à un édifice qui est bien plus qu'une simple église. Elle est aujourd'hui le miroir de la crise profonde du sacré que traverse l'Église dans ses structures. Pour inverser la tendance, il faudra du courage, de la volonté et de la fermeté pour restaurer le décorum. Car la liturgie, pour parodier le Pie XIII (personnage principal fictif de la série télévisée The Young Pope ndb) de Sorrentino, doit redevenir un travail exigeant.

    Lire également : L' « opération Gambetti » du pape Léon a-t-elle une signification particulière ?