« Les hommes ne peuvent ni réformer l’Église ni en fonder une nouvelle selon leur bon vouloir » (cardinal Müller) (26/10/2026)

De kath.net/news :

« Les hommes ne peuvent ni réformer l’Église ni en fonder une nouvelle selon leur bon vouloir »

26 octobre 2026

« C’est Dieu qui nous réforme et nous renouvelle pour que nous devenions de bons chrétiens… Ce n’est pas à nous de réformer l’Église de Dieu, mais de transformer notre propre vie. »

Homélie du cardinal Gerhard Ludwig Müller dans la cathédrale de Łomża (Pologne), à l’occasion de la clôture du centenaire du diocèse.

Traduction française de l’homélie prononcée par le cardinal Gerhard L. Müller le 25 octobre 2026, dans la cathédrale Saint-Michel-Archange de Łomża, à l’occasion de la clôture des célébrations du centenaire du diocèse.

Monseigneur Janusz, évêque diocésain, Monseigneur Tadeusz, évêque auxiliaire, chers prêtres et religieuses, frères et sœurs bien-aimés dans le Christ, notre Seigneur,

À l’occasion de la clôture du centenaire du diocèse de Łomża, nous voulons tourner notre regard vers l’avenir. Que chaque chrétien, et tout particulièrement chaque jeune catholique, profite de cet instant pour se poser cette question : où en suis-je dans ma relation personnelle avec Dieu, l’Un et Trine, le Dieu de l’amour et de la vérité ?

Nous n’appartenons pas, en effet, à une communauté dans laquelle la valeur d’une personne se mesurerait uniquement à sa contribution au service de sa classe sociale et de l’idéologie de celle-ci. Nous ne nous définissons pas comme jacobins, communistes, fascistes ou chauvins. Nous sommes des personnes, créées et aimées par Dieu, appelées par leur nom dans les sacrements du baptême et de la confirmation à mener une vie pleine de sens, vécue en communion avec d’autres personnes qui sont nos égales, dans un esprit d’amour et d’unité.

Nous ne parcourons pas notre chemin dans la solitude, isolés des autres. Nous avançons dans la vie au sein de la communauté du mariage et de la famille, avec nos amis, à l’école, au travail et pendant nos loisirs, dans différents groupes, dans notre ville, notre région et notre nation, en Europe et au sein de toute la communauté des peuples.

Bien plus, nous accomplissons l’ensemble de notre parcours terrestre dans la communion de l’Église en pèlerinage, en direction de notre destination ultime : la vie éternelle, au milieu de la multitude des saints. Et lorsque, après notre résurrection, nous contemplerons Dieu face à face, nous serons de nouveau réunis avec tous ceux que nous avons aimés. Alors, toutes les souffrances auront été surmontées et toutes les larmes oubliées.

Après avoir traversé les vicissitudes de son histoire, depuis sa fondation jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, en passant par la terrible occupation de la Pologne par l’Allemagne nazie et la dictature communiste, jusqu’au recouvrement de la liberté en 1989 — liberté que les Polonais, et tout particulièrement le plus illustre fils de leur nation, le pape Jean-Paul le Grand, ont largement contribué à rendre possible en Europe —, le diocèse de Łomża tourne désormais son regard vers l’avenir.

Qu’est-ce que l’Église ? Et comment, dans le Christ qui en est la Tête, sert-elle le salut des hommes, de chaque personne qui est directement ordonnée à Dieu, notre Créateur, notre Rédempteur et Celui qui conduit toute chose à son accomplissement ?

L’Église n’est pas une organisation non gouvernementale (ONG), et elle ne saurait le devenir. Elle n’est donc pas une communauté religieuse et sociale dont l’objectif serait de construire un paradis terrestre : une telle entreprise est vouée à l’échec dès le départ. L’Église est au contraire un organisme vivant : le Corps du Christ, dont celui-ci est lui-même la Tête et le Sauveur.

Les hommes ne peuvent ni réformer l’Église ni en fonder une nouvelle selon leur bon vouloir. C’est Dieu qui nous réforme et nous renouvelle pour que nous devenions de bons chrétiens, des membres vivants de son Corps, c’est-à-dire de la communauté de l’Église. Il le fait par les sacrements, et tout particulièrement par celui de l’Eucharistie.

Ce n’est pas à nous de réformer l’Église de Dieu, mais de transformer notre propre vie. Saint Paul écrit aux Romains :

« Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser, afin de discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (Rm 12, 2).

Le Christ est la Tête ; nous-mêmes, évêques et prêtres, sommes ses serviteurs (cf. 1 Co 4, 1), appelés à œuvrer au salut de l’humanité.

« De fondation, en effet, nul ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ » (1 Co 3, 11).

Cette Parole de Dieu doit constituer le principe fondamental qui guidera l’avenir de l’Église à Łomża.

L’Église est le Corps du Christ, le Fils de Dieu. Le Seigneur ressuscité a dit aux Apôtres :

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).

Ils ont annoncé l’Évangile « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom » (cf. Jn 20, 31).

Dans les discours d’adieu qu’il prononça à l’approche de sa Passion, Jésus répondit à la demande de l’apôtre Philippe :

« Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit » (Jn 14, 8).

Par sa réponse, Jésus nous conduit au cœur même de notre foi lorsqu’il déclare :

« Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu » (Jn 14, 7).

Philippe se demandait comment il était possible de contempler Dieu, lui qui « habite une lumière inaccessible, que nul d’entre les hommes n’a vu ni ne peut voir » (1 Tm 6, 16).

Jésus lui répondit :

« Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).

Lorsque nous nous tenons donc face à Jésus et que nous contemplons son visage humain, nous reconnaissons dans ses yeux la puissance bienveillante, pénétrante, jugeante et salvatrice de l’amour : cet amour qui est Dieu lui-même, dans l’unité et la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

De nos yeux corporels, nous contemplons Jésus ; mais, dans le même temps, grâce aux « yeux de notre cœur illuminés » (Ep 1, 18), nous percevons sa nature et sa puissance divines.

Dans la personne divine du Fils, qui lui vient du Père, la nature divine éternelle du Christ s’unit à la nature humaine qu’il a assumée. C’est uniquement par Jésus que nous pouvons parvenir au Père, car lui seul jette un pont au-dessus de l’abîme infini qui sépare la création du Créateur.

« Car il n’y a qu’un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme » (1 Tm 2, 5).

Le Christ est le dessein universel de salut de Dieu rendu présent dans notre humanité. Il est celui qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).

Dans sa nature humaine, Jésus est le chemin par lequel la vérité et la vie sont entrées dans le monde (cf. Jn 14, 6).

L’apôtre Paul désigne la nature humaine du Christ comme l’« image de Dieu », l’imago Dei (2 Co 4, 4), par laquelle nous reconnaissons la gloire divine et nous en laissons pénétrer.

Il ne s’agit pas ici d’une représentation de Dieu imaginée par une intelligence limitée ou façonnée de main d’homme.

Avant même l’Incarnation du Verbe, le Fils, au sein de la Trinité, est l’image de la substance divine du Père ou, pour reprendre les termes du Nouveau Testament, « l’empreinte de sa substance » (He 1, 3).

Le Christ est vrai Dieu né du vrai Dieu. Il n’est pas un « dieu » entre guillemets, ni un dieu au sens purement métaphorique du terme. Le Christ est le Fils du Père, engendré de la substance même du Père.

Comme saint Athanase le souligne avec justesse dans son ouvrage Contre les ariens (I, 39) :

« Il ne s’agit donc pas de dire qu’il est devenu Dieu après avoir été homme ; c’est au contraire étant Dieu qu’il est devenu homme, afin de nous adopter comme fils. »

Dans les ténèbres du péché, qui aveuglent l’intelligence des incroyants (cf. 2 Co 4, 4), Dieu a fait resplendir sa lumière dans le cœur des croyants, afin que la connaissance de sa gloire rayonne sur le visage du Christ (cf. 2 Co 4, 6).

Frères et sœurs,

Aujourd’hui s’achève une année de célébrations, mais notre mission ne prend pas fin pour autant. Bien au contraire ! Nous franchissons le seuil d’un deuxième siècle. À quoi ressemblera-t-il ? Cela dépend de notre foi, de notre amour et de notre responsabilité à l’égard de l’Église.

Nous sommes confrontés à de nouveaux défis. Aujourd’hui, nous prions avec ferveur pour que se lèvent de nouvelles vocations sacerdotales et religieuses, saintes et nombreuses, afin que ne manquent jamais, sur cette terre, des mains pour bénir et rompre le pain.

Nous prions pour nos familles, afin qu’elles trouvent leur force en Dieu et affrontent courageusement les crises de notre temps.

Nous avons besoin de communautés vivantes, dans lesquelles les jeunes puissent trouver leur chemin vers le Christ.

À l’exemple de notre saint patron principal, saint Bruno de Querfurt, évêque et martyr, nous devons redevenir d’ardents missionnaires dans nos lieux de travail et d’études, ainsi que dans notre vie quotidienne.

Dans quelques instants, avant la conclusion de cette sainte messe, nous entonnerons l’hymne solennel Te Deum, « À toi, Dieu, notre louange ».

Déposons sur l’autel de cette cathédrale de Łomża tout notre passé, avec ses beautés et ses épreuves. Offrons également notre présent et tournons-nous avec confiance vers l’avenir.

Que le siècle qui s’ouvre dans l’histoire du diocèse de Łomża soit un temps où naîtront de nouveaux saints, où les paroisses seront vivantes et où l’amour de Dieu demeurera inébranlable.

Mère du Bel Amour, saint Bruno, notre saint patron, conduisez-nous vers un nouveau matin !

Amen.

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