Audience générale (28/10/26) : la question de la culture et de ses rapports avec la foi chrétienne (29/10/2026)
Le texte de l'audience générale du mercredi 28 octobre est ICI . Certains s'étonneront peut-être de voir le pape nous inviter à "ne pas vivre la foi dans un esprit d’opposition ou d’hostilité à l’égard du monde, de la culture et de ses expressions humaines". Il faut donc préciser ce qu'est accueillir une culture sans confondre accueil et approbation
Inviter les chrétiens à comprendre leur époque et leurs contemporains n’est pas leur demander d’approuver indistinctement tout ce qui est culturellement accepté. C’est plutôt les appeler à prendre au sérieux les personnes, leurs questions, leurs langages et leurs expériences, afin que la rencontre et l’annonce de l’Évangile ne se réduisent ni à un discours abstrait ni à une opposition réflexe.
Le Concile Vatican II enseigne que l’Église peut entrer en communion avec les diverses civilisations et recevoir de chacune d’elles des ressources pour mieux exprimer le message du Christ. Mais elle n’est liée exclusivement à aucune culture particulière. Le rapport entre foi et culture est donc double : la foi s’exprime dans des formes culturelles concrètes, tandis que l’Évangile renouvelle et purifie ces formes lorsqu’elles sont marquées par le péché.
« L’Évangile du Christ renouvelle constamment la vie et la culture de l’homme déchu, combat et élimine les erreurs et les maux qui découlent de la séduction toujours présente du péché. »
Cette perspective écarte deux erreurs opposées : considérer toute culture contemporaine comme bonne du seul fait qu’elle est contemporaine, ou la rejeter en bloc parce qu’elle ne correspond pas immédiatement aux habitudes chrétiennes. Gaudium et spes reconnaît à la culture et aux sciences une autonomie légitime dans leur domaine, mais rappelle qu’elles doivent servir la personne humaine et le bien commun, dans le respect des droits et des exigences morales.
Comprendre pour dialoguer et discerner
Chercher à comprendre les manières de penser et de sentir de ses contemporains ne signifie donc pas renoncer au discernement. Cela signifie d’abord s’efforcer de comprendre ce qu’une idée ou une pratique exprime, pourquoi elle attire ou inquiète, et quelles aspirations humaines s’y manifestent. Cette écoute rend le dialogue plus juste et l’annonce chrétienne plus intelligible ; elle ne décide pas, à elle seule, si les idées rencontrées sont vraies ou bonnes.
Benoît XVI souligne, à propos de la communication de la foi, qu’il faut apprendre de nouveaux langages et de nouvelles formes d’expression, mais les employer avec un regard critique et un discernement attentif. Il ne s’agit pas d’adapter le contenu de la foi jusqu’à le rendre inoffensif, mais de le présenter de manière compréhensible sans en altérer l’intégrité.
L’inculturation — l’accueil et l’expression de l’Évangile au sein des cultures — n’est donc ni une simple adaptation ni un mélange des croyances. Elle consiste à laisser l’Évangile pénétrer une culture, à en faire grandir les valeurs authentiques et à dépasser ce qui est incompatible avec la foi et la vie chrétienne. La Commission théologique internationale parle à ce sujet de transformation des valeurs culturelles authentiques par leur intégration dans le christianisme.
Apprécier les questions concrètes sans tout confondre
Les termes « wokisme », « idéologie du genre » ou « culture contemporaine » recouvrent des réalités diverses et parfois imprécises. Pour éviter que le débat ne devienne un affrontement de slogans, mieux vaut nommer les propositions, les pratiques ou les œuvres en question, puis les examiner une à une. Il faut distinguer les personnes, qui méritent respect et attention, des idées ou des actes dont le contenu peut appeler une critique.
Il importe également de ne pas réunir sous une seule étiquette des sujets moralement différents. Les questions touchant à la vie, à la sexualité, au corps ou à l’autonomie exigent chacune une argumentation précise et des références adaptées. Les textes mobilisés ici établissent le principe général du discernement culturel, mais ne suffisent pas à exposer en détail l’enseignement de l’Église sur chacun de ces sujets. Il serait donc plus rigoureux de ne pas présenter ces conclusions particulières comme si elles découlaient, à elles seules, de l’appel à comprendre les cultures.
Cette réserve ne diminue pas la portée du discernement chrétien : elle l’empêche plutôt de devenir une condamnation sommaire. Le Conseil pontifical pour la Culture reconnaît que certaines œuvres ou expressions culturelles peuvent s’inspirer du péché ou inciter au péché ; il présente en même temps la critique chrétienne comme une tâche de discernement, qui dénonce les contre-valeurs sans méconnaître les biens présents dans les cultures.
Une présence chrétienne qui propose autant qu’elle critique
Le témoignage chrétien ne consiste donc ni à se retirer de la vie culturelle ni à adopter sans examen ses normes. Il demande une présence capable d’écouter, de parler un langage intelligible et de rendre visible la fécondité de l’Évangile. Dans son discours sur Paul à Athènes, le pape François invite à bâtir des ponts avec ceux qui ne croient pas ou qui ont une autre croyance, « sans agressivité », en annonçant la foi avec sensibilité et amour.
Cette présence implique aussi de reconnaître que la culture a une valeur humaine propre, tout en refusant qu’elle soit détournée de sa fin ou utilisée comme instrument de pouvoir. Gaudium et spes rappelle qu’elle doit favoriser l’épanouissement des facultés humaines et le bien de la communauté ; la foi peut contribuer à cette recherche sans nier l’autonomie légitime des arts et des sciences.
On peut donc reformuler l’idée ainsi : les chrétiens sont appelés à comprendre les cultures pour y témoigner de l’Évangile de façon plus juste et plus crédible, non à s’y conformer sans discernement. Ils peuvent accueillir ce qui y exprime le vrai, le bon et le beau, et critiquer ce qui porte atteinte à la dignité humaine ou détourne la culture de sa vocation. L’enjeu est de joindre la fidélité au Christ à une écoute réelle des personnes : sans hostilité systématique, mais sans dilution de la foi.
(avec Magisterium.com)
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