« Les chrétiens d'Éthiopie sont victimes de persécution islamiste. » (02/11/2026)
« Les chrétiens d'Éthiopie sont victimes de persécution islamiste. »
« Les chrétiens appartenant à des communautés minoritaires et les convertis de l’islam subissent des discriminations, des pressions sociales, des menaces et des violences. » Entretien avec la militante Seidi Gösteris après les attentats qui ont coûté la vie à 60 chrétiens orthodoxes.
Entre le 20 et le 24 octobre, tandis que l'Europe était aux prises avec les émeutes qui embrasaient les grandes villes, au moins soixante chrétiens orthodoxes furent brutalement assassinés lors de deux attaques distinctes dans la zone rurale d'Arsi, dans la région d'Oromia en Éthiopie. Le mode opératoire des deux attaques (la première, dans le district de Merti, fit 14 morts ; la seconde, à Shirka, 46) se révéla identique : des hommes armés firent irruption dans les maisons du village et tuèrent les habitants, notamment des personnes âgées, des femmes et des enfants, à coups de couteau et d'armes à feu.
Au moins une église a été endommagée et plusieurs maisons pillées et incendiées. Le gouvernement éthiopien a imputé ces incidents à l' Armée de libération oromo (OLA), un groupe armé membre de l' Alliance pour la survie , une coalition de bandes rebelles opposées au gouvernement fédéral. Le Synode des évêques orthodoxes, sans nommer d'auteurs, a appelé les autorités à renforcer les mesures de sécurité afin de prévenir de nouveaux massacres « horribles et sanglants ». Bien qu'aucune revendication officielle n'ait été faite concernant ces attaques, le caractère ciblé de ces violences et l'attaque du lieu de culte semblent indiquer un extrémisme islamique. Quoi qu'il en soit, la haine antichrétienne n'est pas un phénomène nouveau en Éthiopie, pays en proie à des tensions religieuses et ethniques depuis des années et où des bandes armées terrorisent l'ensemble du territoire, en particulier les zones rurales.
La Nuova Bussola Quotidiana a rencontré Seidi Gösteris , militante pour les chrétiens persécutés et cofondatrice de l'organisation humanitaire Il giardino dei bambini. De confession syriaque orthodoxe d'origine turque, Seidi Gösteris vit depuis plusieurs années en Suisse italienne, où elle coordonne des campagnes d'aide aux chrétiens de Turquie, de Syrie et d'Irak, ainsi qu'aux victimes de guerre, de famine et de catastrophes naturelles. Au printemps dernier, elle s'est rendue dans plusieurs communautés chrétiennes d'Éthiopie.
Madame Gösteris, pourriez-vous décrire la situation des chrétiens en Éthiopie ?
Lors de mon voyage, j’ai visité plusieurs régions et recueilli des témoignages sur les difficultés rencontrées par les chrétiens. La situation de la liberté religieuse en Éthiopie est complexe et varie d’une région à l’autre : dans certaines zones, les chrétiens appartenant à des communautés minoritaires, notamment les convertis d’une confession chrétienne à une autre et les convertis de l’islam, subissent des discriminations, des pressions sociales, des menaces et des violences. Le Département d’État américain, dans ses rapports sur la liberté religieuse, a documenté des actes de violence contre les croyants et les communautés chrétiennes dans plusieurs régions d’Éthiopie ; en particulier, l’Oromia et l’Afar figurent parmi les régions où certains chrétiens sont particulièrement vulnérables en raison du contexte religieux local. Portes Ouvertes , une organisation internationale qui se consacre à la défense des chrétiens persécutés, documente également ces problèmes dans son rapport sur l’Éthiopie . Ces informations ne signifient pas que tous les chrétiens d’Éthiopie sont persécutés de la même manière, ni que chaque acte de violence est nécessairement motivé par la religion. Il est toutefois important de prendre en compte les difficultés constatées et de promouvoir la protection de tous, quelle que soit leur confession.
Les communautés chrétiennes sont-elles également victimes de discrimination économique en Éthiopie ?
Je dirais que les inégalités sociales touchent toutes les communautés éthiopiennes, de la majorité orthodoxe aux communautés protestantes, catholiques et musulmanes. Lors de mon séjour à Addis-Abeba, la capitale, j’ai visité la décharge de Koshe, où j’ai rencontré des familles qui, m’a-t-on dit, avaient été expulsées de leurs logements en raison de « projets de réaménagement urbain », pour une indemnisation dérisoire de 200 à 300 dollars, insuffisante pour se reloger. Certaines familles ont été contraintes d’abandonner leurs petites maisons au toit de tuiles, construites au prix de nombreux sacrifices et qui constituaient désormais leur seul refuge. Près de la décharge de Koshe, j’ai vu des personnes vivant dans une extrême précarité ; d’autres familles, en revanche, ont trouvé refuge hors de la ville, parmi les arbres, tentant de reconstruire, avec les maigres ressources dont elles disposent, de petites maisons qui ne respectent pas les normes internationales minimales en matière de droits humains. Il est difficile de décrire la souffrance de ceux qui perdent leur maison et n’ont pas les moyens de recommencer à zéro. Derrière chaque famille se cachent des enfants, des parents, des personnes âgées, des histoires personnelles et le désir de vivre dans la dignité. J'ai appris que de nombreux pères se sont suicidés faute de pouvoir offrir un logement décent à leurs proches. Mon témoignage personnel est corroboré par des documents recueillis par Amnesty International et d'autres organisations de défense des droits humains, qui ont fait état d'expulsions forcées à Addis-Abeba et dans d'autres centres urbains, sans préavis suffisant, de démolitions et d'une indemnisation insuffisante, voire inexistante, pour les milliers de personnes touchées par les « projets de développement urbain » en Éthiopie. Amnesty International a dénoncé ces pratiques dans son rapport du 7 mai 2025, intitulé « Éthiopie : Mettre fin aux expulsions forcées massives », et les a de nouveau mises en lumière dans son rapport de 2026, également intitulé « Éthiopie : Mettre fin aux expulsions forcées massives », qui souligne par ailleurs une détérioration générale de la situation des droits humains. Rapport mondial sur l'Éthiopie 2026,dans sonHuman Rights Watch, souligné les conséquences des projets de réaménagement urbain pour les familles les plus vulnérables.
Quels sont les projets de votre association pour les chrétiens éthiopiens ?
Nous souhaitons offrir aux familles des opportunités d’emploi concrètes, favoriser leur autonomie économique et les aider à améliorer progressivement leurs conditions de vie. Pour nous, il est important non seulement de fournir des biens de première nécessité, aussi essentiels soient-ils, mais aussi d’offrir une chance, de redonner confiance et de contribuer à bâtir un avenir plein d’espoir. À mon sens, il ne suffit pas d’apporter une aide ponctuelle ; il est crucial de créer des opportunités permettant aux familles de construire un avenir plus digne et indépendant. À Addis-Abeba, par exemple, nous aimerions soutenir la création de petites entreprises indépendantes, comme des commerces de légumes. Nous pourrions également aider les chefs de famille à obtenir un permis de conduire, afin de faciliter leur recherche d’emploi et de subvenir aux besoins de leurs proches. Dans la région Afar, nous souhaitons aussi contribuer à la mise en œuvre de petits projets, élaborés en collaboration avec les populations locales et adaptés à leurs besoins réels. Chaque projet sera guidé par l’écoute, le respect de la dignité humaine et la volonté d’accompagner les personnes vers une plus grande autonomie. Pour passer à l'action, nous sollicitons les personnes de bonne volonté, les associations humanitaires, les fondations, les communautés chrétiennes et les donateurs potentiels afin qu'ils se joignent à cette initiative. Parfois, une opportunité d'emploi, une aide concrète ou la simple présence d'une personne prête à donner un coup de main peuvent être le point de départ d'un changement significatif dans la vie de toute une famille. J'ai bon espoir qu'avec l'aide de Dieu et la collaboration de personnes généreuses, un véritable changement est possible.
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