Le vote des catholiques en Israël et aux États-Unis; contre Netanyahou et Trump (02/11/2026)

De sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

Le vote des catholiques en Israël et aux États-Unis. Contre Netanyahou et Trump

En Israël, les catholiques sont environ 140 000, sur un total de 184 000 chrétiens, soit 1,9 % de l'ensemble de la population. Ce sont en majorité des grecs-catholiques de rite melkite, arabes à 80 %. Ils vivent pour la plupart en Galilée et dans le nord du pays, à Haïfa et dans ses environs, tandis que Jérusalem et Tel Aviv comptent davantage de chrétiens non arabes, de rite latin ou d'autres rites orientaux, dont une petite communauté d'origine juive et d'expression hébraïque.

À l'approche des élections du 27 octobre, les sondages indiquaient que les chrétiens d'Israël penchaient majoritairement pour les partis arabes, avec une préférence pour Hadash, un parti d'inspiration communiste mais historiquement dirigé aussi par des chrétiens, aujourd'hui rassemblé au sein de la Liste unifiée conduite par Youssef Jabareen. Ra'am, le second parti arabe en lice, emmené par Mansour Abbas, semblait recueillir moins de suffrages. Marqué à l'origine par un profil islamiste prononcé, il l'a récemment atténué, au point de placer en deuxième position sur sa liste un juif, Yoav Segalovitz, ancien haut responsable de la police.

Par ailleurs, la frange de l'électorat chrétien la mieux intégrée dans les milieux universitaires, la santé, la magistrature et l'économie a apporté son soutien aux partis coalisés contre Benjamin Netanyahou, en particulier à Yashar, de Gadi Eisenkot, et aux Démocrates de Yaïr Golan, héritiers des travaillistes qui fondèrent l'État d'Israël.

C'est bien ce qui s'est produit le 27 octobre, à la faveur d'une participation sans précédent des citoyens arabes – qui représentent au total plus de 2 millions de personnes, soit 21 % de la population israélienne – et de la forte poussée de leurs deux partis, la Liste unifiée et Ra'am, qui ont décroché respectivement 11 et 8 sièges.

La coalition de Netanyahou a obtenu 53 sièges au Parlement et celle d'Eisenkot 48, alors qu'il en faut au moins 61 pour gouverner. Avec leurs 19 sièges, dont deux remportés par des candidats juifs, les partis arabes pourraient donc soutenir un gouvernement anti-Netanyahou. La Liste unifiée a proposé un soutien sans participation, et Ra'am s'est dit prêt à revenir dans la majorité, comme ce fut déjà le cas en 2021, lorsque Naftali Bennett était Premier ministre. Mais la coalition d'Eisenkot compte aussi dans ses rangs le faucon Avigdor Lieberman, résolument opposé à toute entente « avec les soutiens du terrorisme ». Or, sans les 7 sièges de son parti, Israël Beiteinou, la coalition anti-Netanyahou plafonnerait à 60 sièges, un de moins que le seuil requis.

Pour surmonter cet écueil, Eisenkot a inscrit le 31 octobre au soir parmi les conditions d’une entente avec les partis arabes – appelés dans un premier temps à un soutien sans participation – la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste et de la nécessité de détruire son emprise militaire et politique sur Gaza.

Une première mise à l'épreuve d'une entente avec les partis arabes interviendra le 10 novembre, lors de l'élection du président du Parlement : la coalition d'Eisenkot y présente la candidature de Yaïr Lapid, qui dirige avec Bennett le parti Beyachad, fort de 12 sièges.

La formation d'un nouveau gouvernement s'annonce donc incertaine et laborieuse. Une grande coalition entre Eisenkot et Netanyahou paraît elle aussi très difficile à réaliser, sans les partis arabes et surtout sans les formations d'extrême droite d'Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich, grandes perdantes de ce scrutin.

Du même coup, les attentes des électeurs restent elles aussi incertaines. Pour l'essentiel, elles ne recoupent d'ailleurs pas du tout les questions débattues sur la scène internationale. Ainsi, la solution à deux États pour deux peuples, juif et palestinien – que le Saint-Siège ne cesse lui aussi de remettre en avant –, est loin d'être au cœur du débat politique israélien. Hormis les formations arabes, seuls les Démocrates continuent de l'inscrire à leur programme, et encore pour un avenir lointain, en avertissant qu'ils estiment « préjudiciable » de reconnaître aujourd'hui un État palestinien.

Il en va de même pour la guerre contre l'Iran et ses relais, du Hezbollah au Hamas. Netanyahou et ses opposants ne divergent que sur la conduite du conflit, non sur le fond. Eisenkot, ancien chef d'état-major, est un faucon plus pragmatique, pas une colombe.

Ce que veulent avant tout la plupart des électeurs, c'est empêcher la reconduction du gouvernement d'extrême droite de Netanyahou et de ses ministres jusqu'au-boutistes, Ben Gvir et Smotrich. Parmi les objectifs les plus plébiscités figurent la conscription des juifs ultraorthodoxes, jusqu'ici exemptés du service militaire, et la création d'une commission d'enquête indépendante sur l'incapacité à prévenir le massacre du 7 octobre 2023.

Les électeurs arabes réclament en outre davantage de sécurité face à la vague de criminalité qui les frappe. Mais l'attente principale, partagée bien au-delà des Arabes par une large part de l'électorat, est celle d'un changement de cap en Cisjordanie, qui mette un terme aux violences des colons extrémistes contre les Palestiniens et bloque la création de nouvelles colonies juives.

Les chrétiens sont bien entendu les premiers à porter cette revendication, que leurs chefs religieux ont relayée à maintes reprises, à commencer par le patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa. Car depuis longtemps, les violences, les profanations et les mauvais traitements contre les chrétiens vont crescendo, perpétrés par des juifs extrémistes que les forces de l'ordre laissent faire, non seulement en Cisjordanie mais aussi en Israël, en particulier dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Voilà pour Israël. Qu'en est-il de l'électorat catholique aux États-Unis ?

Outre-Atlantique, les catholiques sont loin d'être une petite minorité comme en Israël. Ils sont plus de 70 millions, soit entre un cinquième et un quart de la population.

En 2024, 55 % des électeurs catholiques avaient voté pour Donald Trump et 43 % seulement pour Kamala Harris, rompant ainsi avec la tradition qui voyait les catholiques voter majoritairement démocrate.

Mais au cours des deux années suivantes, la cote de Trump auprès des catholiques s'est effondrée. Selon une enquête du Pew Research Center de Washington, réalisée quelques semaines avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, elle est passée de 59 à 39 % chez les catholiques blancs, de 47 à 30 % chez l'ensemble des catholiques et de 31 à 18 % chez les catholiques hispaniques, les « latinos ».

Invités à dire pour qui ils voteraient le 3 novembre, les catholiques blancs se sont prononcés à 50 % pour le candidat républicain, contre 32 % pour le démocrate. Mais sur l'ensemble des catholiques, le républicain ne recueillerait que 39 % des voix, contre 42 % pour le démocrate. Et chez les « latinos », l'écart se creuse davantage encore : 19 % pour le républicain, contre 42 % pour le démocrate.

Parmi les chrétiens, les protestants évangéliques blancs sont le seul groupe d'électeurs à se prononcer majoritairement pour le candidat républicain : 73 %, contre 12 % pour le démocrate. Mais la tendance s'inverse chez les protestants noirs : 74 % pour le démocrate, contre 8 % pour le républicain. Et même chez les évangéliques blancs, la cote de Trump a reculé ces deux dernières années, de 78 à 58 %.

Alors que le divorce s'accentuait entre Trump et les catholiques américains, une photo – reproduite en tête de cet article – a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Diffusée par la Maison Blanche le 22 octobre, à douze jours du scrutin, elle montre douze évêques catholiques, dont plusieurs figures en vue de l'épiscopat, réunis en prière autour du président.

Aux côtés de Trump, on remarque, en tenue sombre, Paula White, présidente du Faith Office, le bureau de la foi installé à la Maison Blanche depuis février 2025 et composé presque exclusivement de pasteurs et de prédicateurs évangéliques d'une loyauté trumpiste à toute épreuve.

Pris au dépourvu et sous le feu des critiques, les douze évêques ont fait leur mea culpa, tout en reprochant à la Maison Blanche d'avoir diffusé à mauvais escient la photo de ce moment de prière, qu'on leur avait demandé à l'improviste à l'issue d'une rencontre organisée par la Heritage Foundation sur l'immigration et la dignité humaine.

De fait, cette photo ne traduisait en rien un rapprochement entre Trump et l'Église catholique des États-Unis, qui garde ses distances sur au moins trois grandes questions : la politique migratoire, la guerre contre l'Iran et la protection des droits fondamentaux dans un État démocratique. Sans parler, plus récemment, de la levée de boucliers de l'Église catholique contre la retransmission télévisée en direct – finalement annulée – de l'exécution d'un condamné à mort.

Dernièrement, « First Things », la principale revue intellectuelle du catholicisme conservateur américain, a elle aussi pris ses distances avec Trump. On n'a pas manqué non plus de relever la froideur du vice-président J.D. Vance – catholique fervent et probable futur candidat à la Maison Blanche – envers la guerre contre l'Iran, à laquelle il n'a jamais cru.

En toile de fond, il y a aussi le bras de fer verbal entre Trump et Léon XIV, que le pape a jusqu'ici nettement remporté, tant sur le fond que sur la forme, sans compter ses silences éloquents.

Trump joue souvent la carte de Louis, le frère aîné de Robert F. Prevost. Il l'a encore fait il y a quelques jours : « Son frère est un ami à moi, un type formidable, quelqu'un de fantastique, et sa femme aussi. Vous savez, ce sont de grands supporters de Trump. Ils ont des inscriptions MAGA partout chez eux. »

Mais rien ne dit que cela suffira à faire basculer le vote catholique en faveur de Trump le 3 novembre.

Citoyen américain, le pape Léon a lui aussi voté. Le Saint-Siège a confirmé dans un communiqué du 30 octobre que « le pape a envoyé son bulletin de vote par correspondance à Chicago », en vertu de sa « conviction quant au droit et au devoir des citoyens de prendre part aux processus démocratiques ».

À Chicago, le républicain trumpiste Darren Bailey affronte le démocrate J.B. Pritzker, gouverneur de l'Illinois depuis 2018 et issu d'une famille juive originaire d'Ukraine.
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Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

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