Jimmy Lai et les siens : le martyre blanc d'une famille (04/11/2026)

De George Weigel sur First Things :

Une famille martyre d’un martyre blanc

4 novembre 2026

Imaginez que vous ayez soixante-dix-huit ans, que vous soyez diabétique, condamné à tort à l’issue d’un simulacre de procès pour avoir menacé la sécurité nationale, et emprisonné depuis plus de 2 200 jours dans une cellule d’isolement de haute sécurité, dont vous ne sortez que cinquante minutes par jour pour faire de l’exercice. Seriez-vous capable de répondre, lorsqu’on vous demande si ce que vous endurez en vaut la peine : « Oui, pour la gloire de Dieu » ?

Imaginez-vous dans la peau de cette même personne, songeant au chemin qui l’a conduit du statut d’entrepreneur milliardaire à celui de prisonnier politique.

Seriez-vous capable d’écrire que vous avez « découvert en prison un sanctuaire sacré où rencontrer Dieu » ? Pourriez-vous affirmer que vous êtes « en réalité profondément reconnaissant envers Dieu de m’avoir fait traverser cette souffrance afin de me rapprocher de Sa présence » ? Pourriez-vous accueillir votre emprisonnement injuste comme « une joie et un trésor pour cette vie et pour la vie à venir » ? Pourriez-vous écrire que, même si « l’action de Dieu nous déconcerte, elle finit toujours par se révéler merveilleuse pour nous » ?

Imaginez-vous enfin dans la peau de cette même personne écrivant à une fille que vous n’avez pas vue depuis longtemps. Vous venez d’apprendre qu’elle est atteinte d’un lymphome. Seriez-vous capable de lui écrire ces mots :

Ma très chère fille… sois forte et fais confiance au Seigneur : Il te sauvera de cette épreuve. C’est une mise à l’épreuve, et Dieu te l’a envoyée pour une raison, une raison qui dépasse notre compréhension, mais nous devons avoir confiance… Il doit te préparer à rencontrer quelque chose d’important et de bon. Car Dieu ne fait rien en vain. […] Que la grâce de notre Seigneur illumine ton cœur, afin que tu puisses discerner la sagesse de cette souffrance. […] Ne t’inquiète pas, sois certaine que Dieu est à tes côtés, qu’Il veille sur toi et te console.

En un mot : pouvez-vous vous imaginer à la place de Jimmy Lai ?

Le mot martyr, issu du grec et signifiant « témoin », désigne généralement aujourd’hui une personne mise à mort « par haine de la foi ». Une homélie irlandaise du VIIe siècle nous apprend cependant que, durant le premier millénaire chrétien, la conception du martyre était plus large et englobait plusieurs formes de témoignage :

Il existe trois sortes de martyre, qui sont considérées comme une croix pour l’homme : le martyre blanc, le martyre vert et le martyre rouge. Le martyre blanc consiste, pour un homme, à abandonner tout ce qu’il aime par amour pour Dieu, en acceptant les privations du jeûne et les fatigues qui en résultent. Le martyre vert consiste à se libérer de ses mauvais désirs par le jeûne et le travail, ou à endurer les peines de la pénitence et du repentir.

Le martyre rouge, bien entendu, tire son nom du sang effectivement versé par fidélité au Christ.

On pourrait même considérer le martyre blanc comme une préparation au martyre rouge. Pensons à la famille Ulma, qui a vécu un martyre blanc en mettant en péril sa sécurité et son bonheur pour protéger des Juifs pendant l’occupation allemande de la Pologne. Ses membres furent finalement massacrés par les séides des nazis en 1944. Béatifiés en 2023, ils sont reconnus comme des martyrs rouges, ayant versé leur sang pour le Christ.

Jimmy Lai est aujourd’hui le plus éminent martyr blanc du catholicisme. Et puisque le dictateur chinois Xi Jinping semble éprouver une véritable terreur à son égard, il se pourrait que son martyre blanc débouche sur un martyre rouge.

Car, malgré les efforts de l’administration Trump pour obtenir sa libération, ce témoin intrépide des vérités évangéliques relatives à la dignité humaine et à la liberté authentique pourrait mourir en prison. C’est un sort qu’il savait possible lorsqu’il a choisi de rester à Hong Kong pour combattre la tyrannie communiste chinoise, plutôt que de s’installer en Grande-Bretagne, pays dont il possède également la nationalité.

Intensifier nos prières pour que Jimmy soit délivré de sa captivité est une obligation de solidarité chrétienne. Il en va de même pour notre devoir de prier davantage pour sa famille, qui, à l’instar de Jimmy, vit elle aussi un martyre blanc au long cours, avec un courage et une grâce extraordinaires.

La situation ne doit pas être facile pour son épouse, Teresa, ni pour leurs enfants, Sebastien, Augustine et Claire. Eux aussi souffrent profondément.

Pourtant, au début de son éprouvante chimiothérapie — qui coïncidait avec l’intervention chirurgicale du pape Léon XIV pour son cancer du poumon —, Claire m’a écrit pour me dire qu’elle priait pour la guérison du Saint-Père.

Compte tenu des circonstances clandestines dans lesquelles ils risquaient leur vie pour sauver des Juifs persécutés, les membres de la famille Ulma ne pouvaient bénéficier de la solidarité dans la prière que leur héroïsme méritait. Il n’en va pas de même pour la famille Lai. Celle-ci bénéficie du soutien fidèle d’un autre héros de la foi, l'infatigable cardinal Joseph Zen, qui approche aujourd’hui de son quatre-vingt-quinzième anniversaire. Ce soutien est un réconfort, d’autant plus précieux que la famille ne reçoit guère d’appui de la part de l’actuel évêque de Hong Kong.

Le manque de solidarité de l’évêque local peut être en partie compensé par les prières de tous les autres membres de la communion de l’Église universelle. Nous devrions nous sentir profondément humbles devant le privilège — mais aussi fiers — de partager ce moment de l’histoire catholique avec Jimmy Lai et sa famille.

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George Weigel est chercheur émérite au Ethics and Public Policy Center, où il occupe la chaire William E. Simon d’études catholiques.

Sa chronique « The Catholic Difference » est publiée en syndication par le Denver Catholic, publication officielle de l’archidiocèse de Denver.

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