Une lettre inédite révèle les dernières réflexions de Benoît XVI sur la prière et l'avenir de la foi (03/03/2026)

De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

2 mars 2026

Une lettre inédite révèle les dernières réflexions de Benoît XVI sur la prière et l'avenir de la foi

Une lettre inédite du pape Benoît XVI, écrite un peu plus d'un an avant sa mort, a été publiée dans un nouveau livre italien, offrant un aperçu de la théologie du défunt pontife et de sa vision de l'avenir de la foi à la fin de sa vie.

Le texte figure dans La fede del futuro, quatrième volet d'une collection d'écrits inédits et difficiles à trouver de Joseph Ratzinger, publiée par la maison d'édition Edizioni Cantagalli, basée à Sienne. La série est introduite par une préface du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican.

Le cardinal Parolin écrit que « le thème de l'avenir fait de plus en plus l'objet d'une réflexion théologique sur la foi, car il n'est pas certain que l'humanité continuera à croire en Dieu ». Il note que les préoccupations de Ratzinger dans cet essai ne se limitent pas au seul sort de la foi, mais englobent également « l'incertitude et la confusion qui règnent dans le monde, causes de la perte de l'espoir et d'une peur généralisée ». La question de ce qui nous attend, observe-t-il, ne se limite pas aux croyants, mais touche toute l'humanité.

Faisant référence à l'accélération sans précédent du développement historique ces dernières années, le cardinal affirme que l'humanité est confrontée à « des possibilités extrêmes, mais aussi à des dangers extrêmes ». L'avenir, dit-il, « n'est plus attendu avec espoir, mais avec appréhension ; il est même devenu un cauchemar pour beaucoup ». Dans ce contexte, il se demande si « la foi a encore un rôle à jouer dans la construction du monde de demain ? L'Église continuera-t-elle d'exister ? ».

La lettre inédite de Benoît XVI, datée du 27 avril 2021 à la Cité du Vatican, est intitulée « Introduction : Réflexions sur la prière chrétienne » et présente une méditation concise mais théologiquement dense sur la nature de la prière en tant qu'acte religieux fondamental. Écrit dans la dernière période de sa vie, le texte revient sur des thèmes qui ont caractérisé son œuvre théologique pendant des décennies, notamment le Christ comme médiateur, la centralité de l'Eucharistie et la purification du désir humain.

Le pape Benoît XVI commence par définir la prière en termes généraux comme « l'acte religieux fondamental » et « la tentative d'entrer concrètement en contact avec Dieu ». Il distingue immédiatement la prière chrétienne des autres formes de prière en affirmant qu'elle est menée « avec Jésus-Christ et, en même temps, qu'elle prie vers Lui ». Le Christ, écrit-il, est à la fois homme et Dieu et peut donc « être le pont, le pontife, qui permet de surmonter l'abîme infini entre Dieu et l'homme ».

En ce sens, poursuit-il, le Christ est « la possibilité ontologique de la prière » et aussi son « guide pratique ». Benoît XVI rappelle la scène évangélique dans laquelle les disciples, ayant vu Jésus en prière, demandent : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11, 1). Il note qu'ils étaient conscients que même Jean-Baptiste avait enseigné la prière à ses disciples, mais que Jésus était « infiniment plus proche de Dieu que même la plus grande figure religieuse : Jean-Baptiste ». Il en tire ce qu'il appelle les deux caractéristiques fondamentales de la prière, celle qui concerne l'être et celle qui concerne la conscience, entrelacées dans un lien profond avec Dieu qui consiste à demeurer avec Lui.

Abordant ce qu'il décrit comme des formes de prière erronées ou insuffisantes, Benoît XVI rappelle les paroles prophétiques de Samuel : « L'obéissance vaut mieux que le sacrifice, l'écoute vaut mieux que la graisse des béliers » (1 S 15, 22). Il écrit que la juxtaposition avec la Croix est évidente tout au long de la proclamation du Christ et que la prière chrétienne, unie à Jésus, est inséparable de son offrande de soi.

Il affirme que la prière chrétienne, dans la mesure où elle est une prière avec le Christ, « est toujours ancrée dans l'Eucharistie, y conduit et s'y déroule ». L'Eucharistie, écrit-il, est « la prière accomplie de tout son être » et représente « la synthèse critique du culte et de la véritable adoration ». En elle, Jésus a prononcé son « non » définitif aux simples paroles et aux sacrifices d'animaux, leur substituant « le grand « oui » de sa vie et de sa mort ».

C'est pourquoi Benoît XVI décrit l'Eucharistie comme « la critique définitive du culte » et « le culte au sens large du terme ». Il note que les Pères de l'Église la caractérisaient d'une part comme la fin des coutumes païennes et d'autre part comme ce qui définit le christianisme lui-même en tant que prière. Il ajoute : « Je crois que nous devrions réfléchir beaucoup plus profondément à cette opposition fondamentale. »

La lettre poursuit en soulignant le réalisme de l'enseignement de Jésus sur la prière. Citant la parabole de l'ami qui refuse de se lever de son lit pour donner du pain, Benoît XVI écrit que la prière est « toujours aussi un dépassement de notre inertie, qui inspire tant d'excuses pour ne pas se lever ». Prier, dit-il, « signifie lutter contre cette inertie du cœur » et implique l'humilité d'apporter même « les petites choses de notre vie quotidienne » devant Dieu et de lui demander son aide.

Dans une réflexion finale, il aborde ce qu'il appelle les objections à la prière de demande, à savoir l'idée que la véritable prière devrait consister uniquement en louanges plutôt qu'en demandes répétées. Une telle position, écrit-il, serait absurde si elle supposait que Dieu ne devrait pas se préoccuper des besoins humains. Au contraire, « nous avons besoin de Dieu précisément pour pouvoir vivre notre vie quotidienne en partant de Lui et en nous orientant vers Lui ».

Il souligne la structure du Notre Père, qui comprend sept demandes, comme preuve que la demande est intrinsèque à la prière chrétienne. « Demander à Dieu, c'est aussi et avant tout purifier nos désirs afin de pouvoir les présenter à Dieu et qu'ils puissent s'inscrire dans le « nous » de la famille du Christ », écrit-il.

La publication de cette lettre dans La fede del futuro offre un dernier aperçu de la pensée spirituelle du pape Benoît XVI dans la dernière phase de sa vie, alors que, malgré sa retraite et sa fragilité physique, il restait intellectuellement précis. La lettre est reproduite ci-dessous dans son intégralité, avec l'aimable autorisation des éditions Cantagalli :

INTRODUCTION RÉFLEXIONS SUR LA PRIÈRE CHRÉTIENNE par Benoît XVI

D'une manière générale, la prière est l'acte religieux fondamental : elle est, en quelque sorte, la tentative d'entrer concrètement en contact avec Dieu. La particularité de la prière chrétienne réside dans le fait que l'on prie avec Jésus-Christ et, en même temps, que l'on prie pour Lui. Jésus est à la fois homme et Dieu et peut donc être le pont, le pontifex, qui permet de surmonter l'abîme infini entre Dieu et l'homme. En ce sens, le Christ est aussi, d'une manière générale, la possibilité ontologique de la prière. C'est pourquoi il est aussi le guide pratique de la prière. C'est pourquoi ses disciples, qui l'avaient vu prier, lui ont adressé cette demande : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11, 1). Ils se souvenaient que Jean-Baptiste avait enseigné à ses disciples à prier, sachant bien qu'il est infiniment plus proche de Dieu que même la plus grande figure religieuse : Jean-Baptiste. Ainsi apparaissent les deux caractéristiques fondamentales de la prière : celle relative à l'être et celle relative à la conscience. Elles sont étroitement liées l'une à l'autre. Le lien profond avec Dieu, en termes généraux, consiste à demeurer avec lui. Dans l'école de prière de Jésus, notre connaissance de Lui grandit, tout comme notre proximité avec Lui. À cet égard, nous devons également garder à l'esprit la critique de Jésus à l'égard des manières erronées ou insuffisantes de prier. La juxtaposition avec la Croix, évidente tout au long de sa proclamation et même dans les paroles prophétiques qui avaient marqué la teneur de la prophétie jusqu'à Jésus – « L'obéissance vaut mieux que le sacrifice, l'écoute vaut mieux que la graisse des béliers » (1 Sam 15, 22) – est déjà claire. De plus, la prière chrétienne, dans la mesure où elle est une prière avec Jésus-Christ, est toujours ancrée dans l'Eucharistie, y conduit et s'y déroule. L'Eucharistie est une prière accomplie de tout son être. Elle est la synthèse critique du culte et du véritable culte. En elle, Jésus a dit son « non » définitif aux simples paroles et son « non » aux sacrifices d'animaux, et il a mis à leur place le grand « oui » de sa vie et de sa mort. Ainsi, l'Eucharistie représente la critique définitive du culte et, en même temps, le culte au sens large du terme. Les Pères de l'Église l'ont à juste titre caractérisée d'une part comme la fin du paganisme, comme consuetudo [coutume], et d'autre part comme caractérisant le christianisme lui-même comme prière. Je crois que nous devrions réfléchir beaucoup plus profondément à cette opposition fondamentale. Cette orientation fondamentale de l'histoire dramatique de la prière de Jésus nous permet de comprendre tout le réalisme avec lequel il a mené sa proclamation. La parabole de l'homme qui ne voulait pas se lever pour donner du pain à son ami dit clairement que la prière est toujours aussi un dépassement de notre inertie, qui inspire tant d'excuses pour ne pas se lever. Prier signifie lutter contre cette inertie du cœur et signifie donc aussi l'humilité de présenter à Dieu même les petites choses de notre vie quotidienne, en demandant son aide. Une dernière remarque. Souvent, la manière réaliste et humble de prier est présentée comme une objection à la prière de demande en tant que telle : une prière adéquate devrait toujours et uniquement être une louange à Dieu, et non une mendicité continuelle. Ce serait déjà insensé, car Dieu ne peut et ne doit pas être dérangé par nos petites choses. Dans notre vie quotidienne, cependant, nous devons penser à nous-mêmes. Mais en réalité, nous avons besoin de Dieu précisément pour pouvoir vivre notre vie quotidienne en partant de Lui et en nous orientant vers Lui. C'est précisément pour ne pas oublier que notre Père est celui en qui nous avons confiance que le Notre Père comporte sept demandes. Demander à Dieu signifie aussi et surtout purifier nos désirs afin de pouvoir les présenter à Dieu et qu'ils s'inscrivent dans le « nous » de la famille du Christ.

10:00 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |