La querelle des historiens à propos de la « légende noire » espagnole (17/05/2026)

De Javier Esparza sur le site de La Nef :

La querelle des historiens face à la « légende noire » espagnole

L’Espagne connaît depuis quelques années une remise en cause de la « légende noire » espagnole qui présente l’histoire de ce pays, tout partioculièrement depuis le XVIe siècle, d’une façon simpliste et manichéenne. Point de la situation par l’un des intellectuels espagnols en pointe contre le mythe de cette « légende noire ».

Le fait le plus marquant de la culture espagnole, au cours du dernier quart de siècle, est le mouvement populaire de réappropriation de l’identité historique nationale. Il y a vingt-cinq ans, il était difficile de publier des livres qui présentaient l’histoire de l’Espagne sous un jour favorable. Aujourd’hui, au contraire, les librairies regorgent d’ouvrages qui valorisent la Reconquista, la conquête de l’Amérique ou l’Espagne du Siècle d’or, et pas seulement les librairies : cette vague déferle sur Internet et a même atteint le cinéma indépendant. Tout cela, et il est très important de le souligner, s’est fait en marge du pouvoir et contre lui : le discours officiel en Espagne continue de reposer sur les clichés de la Leyenda negra (Légende noire), et ce non pas pour des raisons scientifiques, mais pour des raisons politiques, car c’est dans ce discours que convergent les intérêts de la gauche hispanophobe, de la droite mondialiste et des caciquismes séparatistes. L’endophobie, la haine de soi, est en Espagne une politique d’État depuis un demi-siècle. Mais aujourd’hui, le mur s’effrite à la base : une partie croissante de la société a cessé de gober ce discours. Et le pouvoir s’inquiète, comme il est naturel.

Récemment, deux professeurs pro-gouvernementaux (c’est-à-dire de gauche), dont l’un est célèbre pour l’absurdité de ses propos, ont publié une prétendue « étude » sur le poids croissant de ce patriotisme historiographique, phénomène qu’ils jugent avec la plus grande sévérité et qu’ils identifient à l’« extrême droite ». Cette « étude » n’a fait parler d’elle que parce qu’elle a trouvé un écho dans Eldiario.es, le journal de référence de la gauche radicale espagnole. Dans l’acte d’accusation, figurent plusieurs noms concrètement : Javier Rubio Donzé, Javier Santamarta, Marcelo Gullo, Fernando Díaz Villanueva… et votre serviteur. Nos délits sont surtout au nombre de trois. Le premier est de faire de la vulgarisation historique sans avoir suivi de cursus universitaire en histoire. Le deuxième est de diffuser une vision romantique et irréaliste de l’histoire de l’Espagne, éloignée du « consensus académique ». Le troisième est de commettre des erreurs de fond, comme mettre en avant « l’exception espagnole » ou utiliser des concepts politiques actuels pour interpréter le passé. Examinons chacun d’entre eux.

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