Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • En Uruguay, le pape Léon XIV appelle les catholiques à une foi solidement enracinée; « Nous ne devons pas nous laisser entraîner par toutes sortes de doctrines étrangères »

    IMPRIMER

    De Quentin Finelli sur Tribune Chrétienne :

    [Léon XIV en Uruguay]  « Nous ne devons pas nous laisser entraîner par toutes sortes de doctrines étrangères »: le pape Léon XIV appelle les catholiques à une foi solidement enracinée

    Le pape Léon XIV lors de la messe célébrée au parc París Londres de Paysandú, en Uruguay, le samedi 7 novembre 2026 - Capture
    Le pape Léon XIV lors de la messe célébrée au parc París Londres de Paysandú, en Uruguay, le samedi 7 novembre 2026 - Capture
    Lors de sa première messe célébrée en Uruguay, ce samedi 7 novembre 2026, à Paysandú, le pape Léon XIV a exhorté les fidèles à préserver l'intégrité de la foi, à transmettre l'héritage chrétien aux nouvelles générations et à poursuivre courageusement l'évangélisation ( intégralité du texte)

    Ce samedi 7 novembre 2026, au parc París Londres de Paysandú, le pape Léon XIV a célébré sa première messe sur le sol uruguayen, deuxième journée de son voyage apostolique en Uruguay, en Argentine et au Pérou. Après avoir rappelé, à bord de l’avion qui le conduisait à Montevideo, sa détermination à accomplir cette visite malgré sa récente opération pulmonaire, le Souverain Pontife a livré une homélie profondément missionnaire, articulée autour de la fidélité doctrinale, de la transmission de la foi et de la communion ecclésiale.

    Au cœur de son enseignement, une exhortation particulièrement significative : « Nous devons être bien préparés à rendre compte de notre foi à quiconque nous le demande et ne pas nous laisser entraîner “par toutes sortes de doctrines étrangères”. »

    En reprenant cette mise en garde de l’épître aux Hébreux, Léon XIV rappelle une exigence fondamentale de la vie chrétienne : la charité ne saurait se construire au détriment de la vérité révélée. L’ouverture aux autres, si nécessaire soit-elle, suppose une identité spirituelle et doctrinale suffisamment solide pour résister aux confusions. Cette conviction traverse toute l’homélie. Évoquant le pont international General Artigas, qui relie l’Uruguay à l’Argentine, le Saint-Père souligne la vocation des chrétiens à devenir des artisans d’unité : « C’est pourquoi il est si important d’être un bâtisseur de ponts ! »

    Mais cette ouverture comporte une condition essentielle : « Il est nécessaire que le pont repose sur de solides fondations, afin qu’il ne succombe pas aux courants les plus déchaînés. »

    La métaphore est particulièrement éclairante sur le plan ecclésiologique. Une Église qui cherche à rejoindre le monde ne peut renoncer à ce qui fonde sa propre mission : annoncer Jésus-Christ, transmettre fidèlement l’Évangile et conduire les âmes vers le salut. Le dialogue n’est pas une dilution de la foi, mais l’une des expressions de sa force missionnaire.

    Le Pape a également rendu hommage au bienheureux Jacinto Vera, premier évêque de Montevideo, figure majeure du catholicisme uruguayen. Surnommé l’« évêque gaucho », ce pasteur parcourait à cheval d’immenses distances pour visiter les fidèles et secourir les malades. Lors du siège de Paysandú, en 1864, il porta assistance aux blessés des deux camps. À travers cet exemple, Léon XIV rappelle que la fidélité à la doctrine ne saurait être dissociée de la charité concrète. L’orthodoxie de la foi trouve son prolongement naturel dans le service du prochain.

    Lire aussi : https://tribunechretienne.com/leon-xiv-en-uruguay-dans-ce-pays-bon-nombre-de-nos-contemporains-connaissent-a-peine-jesus-christ-en-uruguay-leon-xiv-appelle-a-un-reveil-missionnaire/

    « Le message que nous annonçons ne nous appartient pas. C’est un trésor que nous avons reçu du Seigneur, et nous le portons dans des vases d’argile », a-t-il déclaré, reprenant saint Paul.

    Cette affirmation possède une portée théologique considérable. L’Église n’est pas propriétaire de la Révélation. Elle en est la dépositaire et la servante. Sa mission consiste à transmettre ce qu’elle a reçu, non à remodeler le contenu de la foi selon les sensibilités successives des époques.

    Le Saint-Père a ensuite évoqué les palmeraies uruguayennes, dont les racines profondes permettent aux arbres de résister aux vents. Il y voit une image de la vie chrétienne : « Nous enraciner en Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin de notre vie. » Enfin, prenant l’exemple du maté, symbole sud-américain de convivialité et de partage, Léon XIV a rappelé que la foi se transmet également dans la proximité quotidienne, au sein des familles et des communautés. Son appel final ne laisse aucune ambiguïté sur la finalité de cette communion : « Soyez des ponts, afin que beaucoup puissent rencontrer Jésus. »

    Et de conclure par une interpellation personnelle : « Le Christ compte sur vous ! Le Christ compte sur toi ! »

    À Paysandú, Léon XIV a ainsi rappelé une vérité centrale de la tradition catholique : l’Église ne construit véritablement l’unité que lorsqu’elle demeure enracinée dans le Christ. Sa vocation n’est pas simplement de rapprocher les hommes, mais de les conduire à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN URUGUAY, EN ARGENTINE ET AU PÉROU

    6-17 novembre 2026

    MESSE

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Parc París Londres, Paysandú
    Samedi 7 novembre 2026

    Chers frères et sœurs,

    c’est la première messe de ma visite que je célèbre sur le sol d’Uruguay ; soyez remerciés pour votre présence. Les lectures que nous venons d’entendre nous décrivent la figure d’un homme juste, que le Seigneur aide et fortifie afin qu’il mène à bien la mission qui lui a été confiée. Saint Paul, dans la lettre qu’il adresse aux Philippiens, remercie la communauté pour son soutien dans sa tâche missionnaire, conscient que, dans sa pauvreté, Dieu est toute sa richesse, et que la Divine Providence se manifeste à travers les frères auprès desquels il a été envoyé.

    Le psaume, quant à lui, déclare bienheureux celui qui aime la loi du Seigneur et dont les œuvres sont en accord avec sa foi. De même, dans l’Évangile, Jésus met en avant l’homme intègre, qui sert Dieu et Le place au centre de sa vie, et qui est fidèle en tout ce qui lui est confié, qu’il s’agisse d’une affaire importante ou insignifiante.

    Aujourd’hui, réunis ici à Paysandú pour célébrer l’Eucharistie, avec la joie de rassembler autour d’une même table tant de fidèles de l’Église uruguayenne, ainsi que des pèlerins venus de pays frères, la liturgie de la Parole nous amène à évoquer la présence, sur ces terres du Río de la Plata, de tant de personnes de foi qui, dès les débuts de l’évangélisation du continent, sont venues au nom du Seigneur pour annoncer la grande joie qu’elles avaient elles-mêmes éprouvée en rencontrant le Christ. À l’instar des anges auprès des bergers (cf. Lc 2, 10), elles ont transmis avec joie la bonne nouvelle de l’Évangile, exprimant leur foi à travers des œuvres de charité et de miséricorde.

    À l’occasion de cette célébration, nous souhaitons également rendre hommage et rendre grâce à Dieu pour la vie et le ministère d’un fils de ces terres, le bienheureux Jacinto Vera, évêque de Montevideo, qui fut un témoin cohérent de la foi qu’il annonçait, généreux dans la charité et entièrement dévoué à la mission apostolique. Il a déployé son zèle pastoral dans toutes les directions, sans compter ses sacrifices. Par exemple, il se rendait à cheval auprès des malades, malgré les grandes distances, les dangers de la route et les intempéries. L’« évêque gaucho » a parcouru à trois reprises le territoire uruguayen, apportant foi et espérance à ses habitants. Lors de la défense historique de Paysandú, en 1864, Monseigneur Vera s’installa sur l’île de la Caridad, face à la ville assiégée, pour venir en aide aux réfugiés et aux blessés des deux camps. Il y resta jusqu’à la levée du siège pour accompagner son peuple, suppliant au nom de Dieu que les armées de frères s’étreignent fraternellement.

    Chers frères et sœurs, c’est à nous aujourd’hui de perpétuer l’héritage que ces semeurs de l’Évangile nous ont laissé. Nous devons le faire en tenant compte de ce que nous dit la Parole de Dieu : avec justice, honnêteté et fidélité, conscients que le message que nous annonçons ne nous appartient pas. C’est un trésor que nous avons reçu du Seigneur, et nous le portons dans des vases d’argile (cf. 2 Co 4, 7).

    Trois symboles caractérisent cette région et peuvent nous aider à réfléchir au trésor de la foi qui nous a été transmis et à la mission qui nous est confiée aujourd’hui. Le premier est le pont, le deuxième les palmeraies et le troisième le maté.

    C’est dans cette ville de Paysandú que se trouve le pont international General Artigas, qui enjambe le fleuve Uruguay et relie deux pays voisins. Il n’est pas difficile d’imaginer les bienfaits qu’apporte un pont : ouverture, communication, échange. C’est pourquoi il est si important d’être un bâtisseur de ponts ! Telle est la vocation à laquelle nous sommes tous appelés : construire des ponts, resserrer les liens, unir, communiquer, transmettre la joie de la foi, comme l’a fait le bienheureux Jacinto « à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2).

    De plus, il est nécessaire que le pont repose sur de solides fondations, afin qu’il ne succombe pas aux courants les plus déchaînés. En effet, tout comme la maison bâtie sur le roc reste ferme au milieu de la tempête et que celle construite sur le sable risque de s’effondrer (cf. Mt 7, 24-27), un pont a lui aussi besoin de supports adéquats pour ne pas s’écrouler sous la force du vent et des eaux. Chaque fois que vous vous rendrez sur la côte et que vous apercevrez le pont, souvenez-vous que ce symbole nous représente et nous rappelle l’importance d’une solide formation chrétienne. Nous devons être bien préparés à rendre compte de notre foi à quiconque nous le demande (cf. 1 P 3, 15) et ne pas nous laisser entraîner « par toutes sortes de doctrines étrangères » (He 13, 9). Ce n’est qu’ainsi que nous serons des instruments d’unité et des liens de charité.

    Un autre symbole qui caractérise et embellit cette terre, ce sont les palmeraies. Le livre des Psaumes nous dit que « le juste grandira comme un palmier » (Ps 92, 13). Cet arbre résiste à la force des vents, possède des racines profondes, s’élève droit vers le ciel à la recherche de la lumière et produit le fruit sucré du yatay. C’est là une belle image de l’origine et de la destinée auxquelles nous sommes appelés : nous enraciner en Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin de notre vie, afin que, en restant unis à Lui, nous portions de bons fruits (cf. Jn 15, 5).

    Par ailleurs, nous constatons que dans cette région, les palmiers ne poussent pas isolés, mais forment des palmeraies ; en d’autres termes, ils sont nombreux, ils ne sont ni seuls ni éloignés les uns des autres. De même, l’Église est une communauté de frères qui plonge ses racines et puise à une source commune : la Parole de Dieu, les sacrements, la prière et l’action caritative ; et ses fidèles lèvent les yeux pour louer ensemble le Christ, soleil qui se lève d’en haut, dont la lumière guide les pas de l’humanité sur le chemin de la paix (cf. Lc 1, 78-79).

    Enfin, pensons à un symbole présent dans chaque foyer de ce pays, dans chaque lieu d’étude et de travail, lors de chaque réunion entre amis. Je veux parler du maté, cette boisson si typique de l’Amérique du Sud, dont vous pouvez mieux expliquer la signification profonde que moi. Le maté vous a certainement accompagnés aujourd’hui encore, pendant le trajet qui vous a menés à cette célébration, et il vous accompagnera lors de votre retour. Le maté a même fait son chemin jusqu’à Rome !

    Le maté est un signe de familiarité, d’amitié et de rencontre. Il nous apprend à partager et à être ensemble, à resserrer les liens qui nous unissent et nous fraternisent. C’est un signe d’accueil, d’intégration et de valeurs communes. “Boire le maté” est un rituel chargé de symbolisme, où l’on dialogue sans paroles et où chaque détail possède sa propre signification. Je pense également aux tasses de maté que l’on boit lorsqu’on est seul et qui accompagnent un moment de silence et de prière. Dans ces moments de solitude, combien d’entre vous ont confié à Dieu leurs préoccupations et leurs besoins, leurs désirs et leurs aspirations les plus profondes ?

    Chers frères et sœurs, nous devons réfléchir à ces symboles qui nous sont communs, en nous conférant une identité et un sentiment d’appartenance, en nous parlant de nos origines et en nous projetant vers l’avenir. La foi fait elle aussi partie intégrante du peuple uruguayen depuis ses origines, et il est nécessaire de la transmettre aux générations futures avec un courage créatif.

    Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous rappelle l’importance de la fidélité aux dons reçus : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande » (Lc 16, 10). De nombreux hommes et femmes ont incarné ces paroles, à l’instar de l’évêque Jacinto Vera. Ils sont restés fidèles à la vocation qu’ils avaient reçue et ont semé les graines de l’Évangile dans l’âme du peuple uruguayen. Ces graines restent vivantes au sein de la communauté, mais il faut continuer à créer les conditions nécessaires pour qu’elles puissent grandir et exprimer tout leur potentiel. Il faut continuer à former les enfants et les jeunes à la foi, à accompagner les familles, à soutenir les personnes âgées et à pratiquer les œuvres de charité.

    Chers frères et sœurs : je vous encourage à poursuivre la mission d’évangélisation avec enthousiasme. Soyez des ponts, afin que beaucoup puissent rencontrer Jésus. Soyez une communauté fraternelle, qui se rassemble et partage la vie et les projets, les rêves et les espoirs, en particulier avec les plus démunis. Soyez une communauté de prière, qui entretient le dialogue avec le Seigneur « comme un ami parle à un autre ami » (cf. Jn 15, 15). Le Christ compte sur vous ! Le Christ compte sur toi !

    Que notre Mère céleste, la Vierge des Trente-Trois, vous protège sur le chemin de la vie et vous guide toujours vers la rencontre avec son Fils Jésus. »

    Source : Saint-Siège, homélie du pape Léon XIV, Paysandú, 7 novembre 2026

  • Ce que dit le Pape face à la progression de la sécularisation et à une indifférence religieuse de plus en plus répandue

    IMPRIMER

    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LÉON XIV
    EN URUGUAY , EN ARGENTINE ET AU PÉROU,

    DU 6 AU 17 NOVEMBRE 2026

    VEILLÉE DE PRIÈRE

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE LÉON XIV

    Stade Centenario (Montevideo), samedi 7 novembre 2026

    ___________________________________

    Chers frères et sœurs, cher Uruguay : bonne nuit !

    Je remercie Dieu de m’avoir donné l’occasion d’être parmi vous. Je remercie également le cardinal Sturla, archevêque de Montevideo, pour ses paroles de bienvenue, ainsi que Federica, Giovanni et la famille Gutiérrez Hernández pour la sincérité avec laquelle ils ont partagé leurs témoignages. Je sais que derrière ce que l’on peut voir lors d’une brève visite se cachent des années de fidélité. Je pense aux familles qui ont transmis la foi, aux prêtres et aux personnes consacrées qui ont donné leur vie, aux laïcs – dont beaucoup sont jeunes – qui font vivre leurs communautés, et à tant d’autres qui se consacrent au service d’autrui par amour pour Dieu. Merci de rendre Jésus-Christ présent dans tant de vies. Il nous a choisis pour aller et porter du fruit (cf. Jn 15, 16), et peut-être qu’une grande partie de ce fruit demeure là où nous ne pouvons même pas le voir. L’Église vous est profondément reconnaissante.

    Être parmi vous ce soir me permet de partager une réflexion sur une réalité que vivent aujourd'hui de nombreuses communautés chrétiennes : la progression de la sécularisation et une indifférence religieuse de plus en plus répandue. Dans bien des endroits, la foi ne se transmet plus aussi naturellement qu'auparavant, et le nombre de personnes qui passent une partie importante de leur vie sans relation régulière avec l'Église ni pratique religieuse ne cesse d'augmenter. Les croyants en pèlerinage en Uruguay ont dû apprendre à vivre et à proclamer leur foi dans ce contexte, comme nous l'avons entendu ce soir. Leur expérience peut donc être précieuse pour nos frères et sœurs d'autres régions du monde qui commencent à découvrir, chacun à leur manière, ce que signifie être en minorité. Mais même dans ces circonstances, certains persévèrent : des parents qui prient avec leurs enfants, des enseignants qui s'efforcent de vivre et de témoigner de la foi, des jeunes qui ont découvert le Christ et souhaitent le suivre même lorsqu'ils se sentent seuls, des communautés qui continuent de se réunir et des prêtres qui parcourent de longues distances pour apporter les sacrements aux fidèles. En pensant à tout cela, une petite ville biblique m'est venue à l'esprit : Bethléem.

    Le prophète Michée l’avait qualifiée de « petite parmi les clans de Juda » (5,2) ; saint Matthieu, quant à lui, affirmait : « Vous n’êtes certes pas la plus petite » (2,6). Bethléem demeurait petite. Sa taille et son importance politique étaient restées inchangées. Peut-être Bethléem peut-elle nous apprendre quelque chose sur cette réalité : lorsque nous sommes peu nombreux, lorsque nos forces déclinent, ou lorsque nous prenons conscience que notre présence sociale n’est plus la même, nous risquons de juger notre situation selon des critères très humains. L’Évangile nous invite à voir les choses autrement. Dieu a choisi Bethléem, et ce choix à lui seul suffit à nous empêcher d’assimiler petitesse et insignifiance.

    Songez à l’Eucharistie : le Seigneur de l’univers présent sous l’humble apparence du pain et du vin ! Cette même logique divine est déjà manifeste dans sa naissance. Saint Luc nous dit qu’au moment de la naissance, « il n’y avait plus de place pour eux » (2,7). Tout était pris. Peut-être pouvons-nous voir dans ce passage une image de notre indifférence actuelle. La vie se remplit d’occupations, d’affections, de projets et de distractions, jusqu’à ce que l’absence de Dieu ne soit plus ressentie comme une absence. Nous pouvons même en venir à vivre sans le chercher et, plus encore, sans réaliser combien nous avons besoin de lui.

    Pourtant, le Christ arrive, mais la maison est pleine. Il n'y a plus de place, et il finit par être couché dans une mangeoire ; peu après, Hérode tentera de le tuer, incapable de supporter un règne qu'il ne peut contrôler. À Bethléem, il y a quelque chose qui se répète sans cesse : Dieu peut être considéré comme superflu, et la foi confinée à la sphère privée, comme si elle n'avait rien à apporter à la vie communautaire. Lorsque nous essayons de construire un monde sans Dieu, nous risquons de laisser l'humanité sans place. Mais rien de tout cela ne change la réalité : cet Enfant est Dieu, et il vient nous sauver . Et dans ce « nous », nous sommes tous inclus, car l'indifférence peut aussi s'insinuer, peu à peu, dans la vie de ceux d'entre nous qui croient.

    Bethléem nous pose une question simple : y a-t-il une place pour Lui ? Une place dans notre temps, dans notre raisonnement, dans nos foyers ; une place pour L’écouter, pour recevoir Son pardon, pour nous laisser corriger par Sa Parole. Nous devons préserver le Christ au centre de nos vies par la prière, la messe, la confession et la lecture méditative de l’Évangile. Nous devons tous revenir sans cesse à Lui pour être disciples. Si nous voulons que d’autres trouvent le Christ, nous devons connaître personnellement le chemin de Bethléem.

    À Bethléem arrivèrent aussi des Rois mages qui avaient aperçu une étoile au loin. Ils n'étaient pas versés dans les Écritures, ils ignoraient où leur voyage les mènerait et ne pouvaient même pas expliquer ce qu'ils cherchaient. Mais cette lumière éveilla en eux une aspiration profonde qui les mit en route. Chers amis, vous aussi, avec humilité et simplicité, pouvez refléter la lumière du Christ dans vos vies. Il y a peut-être des personnes qui n'ouvrent jamais la Bible de leur propre chef, qui n'ont pas mis les pieds dans une église depuis des années, ou qui ne savent même pas si elles croient en Dieu. Mais, en vous voyant, le désir et la recherche de Dieu pourraient s'éveiller en elles ; elles pourraient découvrir que cela vaut la peine de risquer leur vie.

    Jeunes amis, osez franchir le pas du mariage et fonder une famille. N'ayez pas peur de l'engagement éternel ! Couples mariés, ouvrez vos foyers à la vie, même si le monde vous dit qu'un enfant est un fardeau. Si quelqu'un sent que le Christ l'appelle à tout quitter pour le suivre dans le sacerdoce ou la vie consacrée, n'ignorez pas cet appel par crainte de manquer d'autres opportunités. Quand la justice et l'honnêteté ont un prix, payez-le. Quand pardonner semble être un échec, pardonnez. Quand tout le monde vous dit de penser d'abord à vous-mêmes, n'ayez pas peur de vous mettre en dernier ; soyez prêts à renoncer à du temps, de l'argent, du confort et à vos projets pour servir les autres. Puisse ceux qui vous regardent se demander : « Pourquoi vivent-ils ainsi ? D'où leur vient cette liberté ? Pourquoi s'aiment-ils autant ? »

    L'étoile que virent les Rois mages n'était pas leur destination. Leur mission était de les conduire à Bethléem, là où se trouve le Christ. Si nos vies suscitent une question, elles porteront du fruit lorsque cette question guidera quelqu'un vers Jésus. Pour rayonner, il n'est pas nécessaire d'être nombreux, mais plutôt de refléter la lumière du Seigneur.

    Saint Luc nous transporte maintenant dans une autre scène : des bergers qui veillent sur leurs troupeaux pendant la nuit. Ils n’ont suivi aucune étoile, ils n’ont entrepris aucun voyage et ils ne semblent rien chercher. Ils sont simplement plongés dans leurs activités quotidiennes, vaquant à leurs occupations nocturnes. Et c’est précisément là que Dieu vient à leur rencontre : « N’ayez pas peur, car voici, je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple » (2,10). Cette annonce inspire la devise de ma visite parmi vous : Je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie !

    Ces paroles doivent toujours occuper une place centrale dans la vie de l'Église. La Bonne Nouvelle a besoin de témoins. Et nous avons reçu une nouvelle qui mérite d'être proclamée au monde entier : Jésus-Christ ! Le Fils de Dieu s'est fait homme ! Il est Dieu avec nous !

    Par Lui, nous savons que le péché peut être pardonné. Nous pouvons accompagner ceux qui meurent et leur dire que leur vie ne s’achèvera pas dans le néant. Nous pouvons apporter le pain et le vin à l’autel et recevoir son Corps et son Sang. Nous pouvons dire à ceux qui sont tombés : « Relevez-vous, vous pouvez encore recommencer. » Voyez ce qui nous a été confié ! Jésus-Christ est notre espérance ! La société peut trouver de nombreuses choses précieuses dans d’autres institutions, mais rien ne peut remplacer la proclamation que l’amour de Dieu est plus fort que la mort, la haine, la violence, la guerre et le péché. C’est cette joie que nous portons, c’est cette joie que le Pape vient vous rappeler.

    Remarquez que l'ange précise que cette joie est destinée à « tout le peuple ». Il ne dit pas « à ceux qui l'attendaient », ni « aux parfaits ». Certains, comme les Rois mages, sont déjà en quête, et nous devons les accompagner dans leur cheminement. D'autres, en revanche, comme les bergers de Bethléem, ne cherchent rien. Cette joie doit leur parvenir au cœur même de leurs ténèbres.

    Après avoir entendu la nouvelle, les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons à Bethléem » ( Lc 2, 15). Ils y trouvèrent Marie, Joseph et l’Enfant. L’évangéliste ajoute qu’ils retournèrent à leurs champs « glorifiant et louant Dieu » ( Lc 2, 20). Ils reprirent leur travail, leurs chemins, sans doute confrontés aux mêmes problèmes. Mais ils n’étaient plus les mêmes. Ils avaient trouvé le Christ.

    Chers amis, que cette rencontre soit comme Bethléem, afin que vous reveniez transformés à votre vie ! Que le Christ pénètre véritablement dans vos actions, vos amours, vos choix, et même dans ce que personne ne voit. Soyez saints ! Ne vous contentez pas d'une vie simplement convenable ni d'une foi routinière satisfaite du strict minimum. Ne vous offrez pas à Dieu partiellement ; offrez-vous entièrement ! Les saints sont des hommes et des femmes débordant de la vie en Christ, libres et authentiques, dont la vie rend irrésistible un « oui » retentissant à l'amour, à la vérité et au bonheur. N'ayez pas peur d'aspirer à cela. Le Christ ne nous a pas appelés à la médiocrité ; il nous a appelés à une vie nouvelle et pleine, à l'image de la sienne.

    Chers frères et sœurs, cher Uruguay : sachez que nous sommes allés à Bethléem ! Sachez que le Christ est vivant et que le rencontrer change tout. Ce même Jésus, né à Bethléem, mort et ressuscité, vit éternellement et demeure avec nous. Le Christ nous attend vraiment, présent dans l’Eucharistie. Quelle beauté que Bethléem signifie précisément « maison du pain » ! C’est là qu’est né Celui qui allait se donner à nous comme le Pain de Vie. Et aujourd’hui, nous pouvons continuer à le rencontrer, si proche et si humble, dans chaque tabernacle. Cherchez-le là, dans l’adoration eucharistique. Parlez-lui comme à un ami et laissez son regard vous envelopper.

    Confions aussi nos vies au regard de Notre-Dame des Trente-Trois. Qu'elle, l'Étoile du Matin, qui nous conduit à son Fils, nous apprenne à le reconnaître et à le suivre. Demandons au Seigneur la grâce de toujours répondre, comme elle, à son appel : « Me voici, Seigneur, me voici, ta servante, ta servante ; qu'il me soit fait selon ta parole ! »

    Merci beaucoup.

  • Que ma prière aille jusqu'à Toi (Introit du 32e dimanche du T.O.)

    IMPRIMER

    Introitus Introït
    Ps. 87, 3  
    INTRET orátio mea in conspéctu tuo: inclína aurem tuam ad precem meam, Dómine.    Ps. ibid., 2 Dómine, Deus salútis meæ: in die clamávi, et nocte coram te. ℣. Glória Patri. Que ma prière pénètre jusqu’à Toi, Seigneur, prête l’oreille à ma supplication.
    Ps. ibid., 2. Seigneur, Dieu de mon salut, devant Toi j’ai crié le jour et la nuit. ℣. Gloire au Père.
  • 32e dimanche : "Mériter de posséder Dieu"

    IMPRIMER
    La première lecture essaie de nous faire goûter combien l’intimité de Dieu est désirable. Nos désirs d’être aimé, de nous sentir proche de quelqu’un, d’être accepté et compris, tout cela vient d’une semence que Dieu a mise en nous en nous créant à son image. Comme disait saint Augustin, « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi ».

    Nous sommes faits pour cette rencontre et cette intimité, mais encore faut-il la chercher, la désirer suffisamment. Sinon on se retrouve comme une vierge imprévoyante, dont la lampe vacille. C’est le désir de son cœur qui n’est pas assez ferme pour traverser la nuit. Ni pour aller à la rencontre de l’époux. Qu’à cela ne tienne, ne pourrait-il pas se contenter de la pénombre ? Cet époux n’est-il pas capricieux ? Ce n’est pas lui que cela gêne, c’est nous, car en faisant cela nous allons alors manquer notre bien propre.

    Notre bien propre ! C’est bien de cela qu’il s’agit. Si on lit sans faire attention on se dira : quelles vilaines égoïstes, ces vierges dites sages qui ne veulent même pas partager ! Mais la parabole suggère plutôt que le bien dont il s’agit n’est pas partageable, c’est notre bien propre. Samedi matin nous entendions Jésus nous dire dans la liturgie : « si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? » (Lc 16,12) Quel est donc ce bien propre ?

    Dans la troisième prière eucharistique, on demande à Dieu : « que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire, pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir ». Longtemps j’ai été gêné par cette tournure : « que nous obtenions les biens du monde à venir ». N’y a-t-il pas quelque chose d’exagérément possessif, pour un Royaume où nous devons être une offrande, être don de nous-mêmes ? J’ai eu envie de dire « pour que nous entrions dans les biens du monde à venir ». Peut-être l’ai-je même dit… Que Dieu me pardonne. Puis je me suis laissé instruire. Cette tournure est vraiment adéquate à la logique de l’amour, qui veut pouvoir saisir et posséder l’être aimé. Il n’y a rien là qui blesse l’amour, au contraire. Ce qui blesse l’amour, c’est de vouloir posséder l’aimé pour soi tout seul. Mais pas de l’avoir à soi vraiment. Pour reprendre un terme mis à mal dans la théologie ces dernières décennies, il nous faut « mériter de posséder Dieu ». Et il est important de trouver dans ce besoin humain et cette promesse de Dieu la clé spirituelle de nos manques les plus cuisants : nous avons besoin de posséder Dieu.

    J’essaie d’expliquer. Trop souvent nous nous apprêtons à vivre la vie éternelle comme des locataires ou des touristes. Nous espérons y parvenir, quand nous y pensons, mais nous ne pensons pas que nous serons vraiment chez nous et que le Seigneur pourra nous dire comme à son Fils bien-aimé : « tout ce qui est à moi est à toi ». Nous pensons au ciel comme à un immense parc d’attraction, en nous disant que nous espérons que nous pourrons nous acquitter du prix de l’entrée. Au lieu de cela, pensons au ciel comme à notre maison à nous qui serait encore plus fascinante que le plus rêvé des parcs d’attraction. N’imaginons pas que nous serons comme les invités de Dieu, bienvenus tant que nous n’abîmons rien, dans un ciel où nous pourrons surtout continuer nos petites affaires comme nous l’entendons ! Le Seigneur ne veut pas nous accueillir comme des invités, mais comme les enfants de la maison, qui sont partout chez eux.

    Nous pouvons aussi regarder les choses du côté du cœur. Quel amour vivrons-nous au ciel ? Est-ce que ce sera le prolongement de nos plus belles amours terrestres ? Incroyablement plus ! Un amour fou cherchera à nous saisir, à nous combler. Ce ne sera pas l’éblouissement d’un soir. Par l’engagement de notre liberté, nous pourrons répondre au Seigneur : ton cœur est à moi pour toujours, et moi je suis à toi pour toujours. C’est l’amour le plus fou et le plus inébranlable que nous vivrons, celui qui nous est acquis par la victoire du Christ sur la croix. Contemplons sa victoire sur tous les obstacles à l’amour, en nous et autour de nous. Entrons dans une immense reconnaissance : ô Christ, tu as fait que nous puissions appartenir à la Trinité toute entière et qu’elle soit à nous aussi ! Gloire à toi ! Et maintenant, mettons en œuvre notre liberté, élargissons notre cœur en aimant nos frères comme nous-mêmes, afin de mériter de posséder Dieu. Car, comme disait aussi saint Augustin, « Dieu, qui t’a créé sans toi, ne peut pas te sauver sans toi ».

  • 32e dimanche "ordinaire": Voici l'époux! Sortez à sa rencontre

    IMPRIMER

    "Evangile au Quotidien" propose cette méditation sur la parabole de ce dimanche :

    Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
    Les Exercices, n°5 ; SC 127 (trad. SC p. 175 rev.)

    « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre »

          Mon Dieu, mon très doux Soir, lorsque pour moi sera venu le soir de cette vie, fais-moi m'endormir doucement en toi, et expérimenter cet heureux repos que tu as préparé à ceux qui te sont chers. Que le regard si paisible et gracieux de ton amour ordonne et dispose avec bonté les préparatifs de mes noces. Par la richesse de ta bonté, couvre...la pauvreté de ma vie indigne ; que mon âme habite dans les délices de ta charité avec une confiance profonde.       

          Ô amour, sois alors pour moi un soir si beau, que mon âme dise avec joie et allégresse à mon corps un doux adieu et que mon esprit, retournant au Seigneur qui l'a donné, repose en paix sous ton ombre. Alors tu me diras clairement...: « Voici venir l'Époux : sors maintenant et unis-toi à lui plus intimement, afin qu'il te réjouisse par la gloire de son visage »...

          Quand, quand est-ce que tu te montreras à moi, afin que je te voie et que je puise avec délices à cette source vive que tu es, mon Dieu ? (Is 12,3) Alors je boirai, je m'enivrerai dans l'abondance de la douceur de cette source vive, qui sourd des délices de la face de celui que mon âme désire (Ps 41,3). Ô douce face, quand me combleras-tu de toi ? Alors j'entrerai dans le sanctuaire admirable, jusqu'à la vue de Dieu (Ps 41,5) ; je ne suis qu'à l'entrée, et mon cœur gémit de la longueur de mon exil. Quand me combleras-tu de joie par ta douce face ? (Ps 15,11) Alors je contemplerai et embrasserai le véritable Époux de mon âme, mon Jésus... Là je connaîtrai comme je suis connue (1Co 13,12), j'aimerai comme je suis aimée ; ainsi je te verrai, mon Dieu, tel que tu es (1Jn 3,2), en ta vision, ta jouissance et ta possession bienheureuse à jamais.