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Croire en Dieu ne fait pas nécessairement de moins bon scientifiques

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Une chronique de Rik Torfs parue sur le site de La Libre en contribution externe :

Non, croire en Dieu ne fait pas nécessairement de moins bon scientifiques. L'inverse est-il vrai?

À chacun de mes séjours aux États-Unis, je suis frappé par l'importance qu'y occupe la religion. Les gens n'hésitent pas à afficher leur foi. Contrairement à ce qui se passe souvent en Belgique. Je pense que les scientifiques croyants parviennent souvent à un équilibre personnel qui ne peut que renforcer leur travail et leur réflexion.

20-10-2026

Une chronique" J'assume" de Rik Torfs, professeur de droit canonique, écrivain, recteur honoraire de la KU Leuven

Les Américains sont peut-être devenus un peu moins religieux au cours des décennies récentes, même si cette évolution semble s'être interrompue ces dernières années. Pourtant, à chacun de mes séjours aux États-Unis, je suis frappé par l'importance qu'y occupe la religion. Les gens n'hésitent pas à afficher leur foi. Contrairement à ce qui se passe souvent en Belgique, et certainement en Flandre, cela ne leur vaut aucune perte de statut social.

Les États-Unis seraient-ils donc à la traîne d'une Europe plus éclairée ? Sur le plan scientifique, certainement pas. En matière de technologie, les grandes innovations, de l'ordinateur à l'intelligence artificielle, ne viennent pas de l'Europe éclairée, mais de l'Amérique religieuse. Croire en Dieu ne fait donc pas nécessairement de moins bon scientifiques, contrairement à une idée qui, aujourd'hui encore, reste répandue, souvent de manière implicite. Faut-il en conclure que l'inverse est vrai ? Je me garderai bien de l'affirmer. Je pense néanmoins que les scientifiques croyants parviennent souvent à un équilibre personnel qui ne peut que renforcer leur travail et leur réflexion.

La théorie des deux voies selon Lemaître

Georges Lemaître, le célèbre astronome et cosmologiste, était prêtre. C'est à lui que l'on doit la théorie des deux voies vers la vérité. La voie scientifique permet de découvrir les vérités physiques, tandis que la voie spirituelle mène au salut. Le seul lien entre les deux est le scientifique lui-même, lorsqu'il choisit d'emprunter simultanément ces deux chemins.

La démarche proposée par Lemaître ne peut évidemment être imposée à personne : la foi est une grâce. Mais elle constitue un excellent rempart contre le fondamentalisme. Celui qui cherche dans la religion une explication scientifique aux mystères de l'univers ne la trouvera pas. Il risque de prendre les textes religieux au pied de la lettre et de ne tolérer aucune contradiction dans leur interprétation, de peur de voir sa vision du monde remise en cause.

Il en va de même pour celui qui attend tout de la science. Si celle-ci se confond avec la réalité, elle doit tôt ou tard être capable d'en percer tous les secrets. Mais la réalité se révèle récalcitrante. L'un des problèmes auxquels se heurte la recherche scientifique est celui de la reproductibilité : une étude menée selon une méthodologie apparemment rigoureuse aboutit-elle à des résultats identiques, ou du moins comparables, lorsqu'elle est reproduite ? Ce n'est pas toujours le cas, notamment dans la recherche médicale. Mais c'est surtout dans les sciences humaines, comme la psychologie, que le problème se pose avec une acuité particulière. Les ambitions scientifiques sont grandes, alors même que la reproductibilité des résultats laisse régulièrement à désirer.

Se préserver du fanatisme

Sans vouloir généraliser, il existe bel et bien des similitudes entre les fondamentalistes religieux et les fondamentalistes scientifiques. Les uns comme les autres n'empruntent qu'une seule voie. À leurs yeux, il est inconcevable que celle-ci puisse parfois se révéler inefficace, voire les entraîner sur une fausse piste. C'est précisément pour cette raison qu'ils la défendent bec et ongles. Et, paradoxalement, l'acharnement avec lequel ils le font finit par miner la crédibilité de leur démarche.

Deux exemples. Il fut un temps où, dans les Églises protestantes en particulier, le récit de la Création faisait l'objet d'un fondamentalisme rigide. Il y a cent ans, le pasteur néerlandais Johannes Geelkerken fut exclu de son Église par le synode d'Assen pour avoir osé mettre en doute le fait que le serpent du livre de la Genèse ait réellement parlé à Ève.

Aujourd'hui, quiconque ose poser ne serait-ce que des questions purement méthodologiques sur les recherches relatives au climat se voit aussitôt taxé de "négationniste scientifique". Toute question est une question de trop.

Ces deux exemples illustrent les dangers du fondamentalisme. La colère qui l'accompagne trahit d'ailleurs un manque de confiance en soi chez ceux qui s'y abandonnent.

La théorie des deux voies, telle que l'avait conçue Georges Lemaître, nous préserve du fanatisme de la voie unique, érigée en seule voie possible. Elle offre aussi à ceux qui empruntent deux chemins le plaisir de ne pas devoir trouver, à chaque question, une seule et unique réponse.

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