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  • L'hymne Placare, Christe, servulis : chef-d'œuvre absolu de la tradition liturgique pour la Toussaint

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    Dans le patrimoine liturgique ancien et le chant grégorien, le chef-d'œuvre absolu pour la Toussaint est l'hymne Placare, Christe, servulis (parfois modifiée sous la forme Christe, Redemptor omnium, conserva tuos famulos au cours des réformes du Bréviaire romain).
    Attribuée à Raban Maur au IXe siècle, cette magnifique hymne est traditionnellement chantée aux Vêpres de la Toussaint. Chaque strophe invoque un ordre de saints (la Vierge Marie, les anges, les prophètes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges) pour qu'ils intercèdent auprès de Dieu.
    Voici le texte original en latin accompagné de sa traduction poétique classique :

    Placare, Christe, servulis
     
    Placare, Christe, servulis,
    Quibus Patris clementiam
    Tuæ advenatæ postulant
    Præversa cæli lumina.
    Auctoræ sanctæ Virginis,
    Regis superni civitas,
    Apostolorum præmia,
    Quorum fides est splendida.
    Vates, Prophetæ, Martyres,
    Confessionis gloriam,
    Sanctæque castæ Virgines,
    Ad cæli sedem ducite.
    Gentem reprime perfidam,
    In hanc quietam patriam,
    Ut una fides omnium
    Regnet per omne sæculum.
    Sit laus Patri cum Filio,
    Sancto simul Paraclito,
    In sæculorum sæcula,
    Amen.

    O Christ, apaise ta colère envers tes serviteurs,

    Pour qui l'intercession de la Vierge ta Mère
    Et des esprits bienheureux de la cour céleste
    Réclame la clémence de ton Père.
    Marie, Mère du Roi des Cieux,
    Saints Anges qui peuplez la cité divine,
    Apôtres dont la foi fut si éclatante,
    Secourez-nous par vos prières.
    Prophètes, Témoins et Martyrs,
    Saints Pasteurs et Confesseurs de la foi,
    Et vous, Vierges pures et saintes,
    Conduisez-nous vers la demeure céleste.
    Éloignez l'esprit d'erreur et de division,
    Gardez ce pays dans la paix,
    Pour qu'une seule et même foi
    Règne désormais dans tous les siècles.
    Louange soit au Père et au Fils,
    Ainsi qu'au Saint-Esprit Consolateur,
    Dans tous les siècles des siècles.
    Amen.
  • Toussaint : la victoire de Dieu dans la vie de chacun

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    L'homélie de l'abbé Christophe Cossement pour le jour de la Toussaint 2023 :

    Toussaint, la victoire de Dieu en nous

    Aujourd’hui nous fêtons tous ceux qui sont arrivés au Paradis, la foule immense de ces hommes, ces femmes, ces jeunes, ces vieux, ces chanceux, ces malchanceux qui ont le cœur comblé d’être unis à Dieu et de bondir de sommets d’amour en sommets d’amour. À Pâques nous célébrons la victoire de Dieu sur la mort dans la résurrection de son Fils. À la Toussaint, c’est Pâques multiplié pour la multitude : c’est la victoire de Dieu dans la vie de chacun. Voilà qu’il a triomphé sur le mal et sur la mort dans toutes ces vies humaines !

    Ceux que Jean aperçoit dans la vision de l’Apocalypse ont blanchi leur robes dans le sang de l’Agneau (Ap 7,14). Ce n’est pas par eux-mêmes qu’ils pouvaient paraître face à Dieu avec le vêtement de noces. C’est l’Agneau, le Christ, qui leur offre cette contenance, cette dignité devant le Père, c’est lui qui rend la joie possible. Et il la leur offre par son sang versé, par sa passion et par sa croix. La Toussaint est vraiment sa victoire en chacun de ceux qui acceptent d’être sauvés par lui. Rappelez-vous, il y a un mois, celui qui voulait entrer au banquet des noces du fils du roi sans le vêtement de noces, rappelez-vous comment il a été rabroué et jeté dehors. Ici, ceux qui paraissent devant le Trône de Dieu ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau, ils ont accepté d’être redevables du salut, d’en être tributaires. Ils ne se sont pas sauvés eux-mêmes, ils n’ont pas prétendu que leur justice suffirait. En comptant sur Dieu ils ont été capables d’un amour bien plus grand, bien plus fort que ce qu’ils pouvaient humainement réaliser. En comptant sur Dieu, en aimant comme le Christ, en vivant les sacrements, ils sont parvenus à un degré d’amour qui leur a rendu familier le style de vie du Paradis. Ils sont les saints du ciel.

    Je crois qu’on peut dire que Dieu jubile de pouvoir sanctifier ses enfants qui acceptent son action de salut en eux. Cette fête de Toussaint nous baigne dans la joie de Dieu qui devient vainqueur dans ses enfants au fur et à mesure qu’ils cèdent à son amour transformant. Et dès maintenant nous voulons laisser carte blanche au Seigneur pour qu’il nous sanctifie, pour qu’il saisisse tous nos désirs et les oriente dans le sens de l’amour le plus beau, l’amour qui se donne, l’amour qui aime la vérité, la justice, la bonté. Seigneur, nous voici ! Embrase-nous de ton amour ! Fais-nous désirer le ciel, le bonheur de te contempler, toi le sens de notre vie, toi la vérité de notre être, toi l’être le plus désirable qui soit !

    Notre bonheur, nous le trouvons dès maintenant en faisant de Dieu et de sa promesse le centre de notre vie. Cela nécessite de nous dépouiller de beaucoup de choses que nous estimons nécessaires à notre bonheur, des choses qui au final nous alourdissent, nous attristent, nous inquiètent, nous fatiguent. Les Béatitudes proclamées par Jésus nous surprennent toujours. Mais lorsque nous pensons qu’elles nous poussent à faire de Dieu et de sa promesse le centre de notre vie, nous commençons à comprendre comment on peut être heureux en étant ceux qui pleurent, ceux qui ont faim de justice, ceux qui sont persécutés à cause de leur amour du Christ. Jésus nous parle de beaucoup de dépouillements : dépouillement de nos prérogatives, dépouillement de la joie naturelle, de la force, de toutes sortes de contentements… et au fil de ces dépouillements nous nous trouvons comme ramenés toujours plus au centre, au cœur brûlant de Dieu qui veut nous consoler et nous combler. Plus la présence de Dieu grandit dans notre vie, dans le flot de nos heures, de nos soucis, plus notre bonheur s’établit fermement et nous sommes de plus en plus proches du bonheur du Ciel.

    Seigneur, réalise ta victoire dans nos vies et dans celle de ceux qui nous sont proches ! Sois vainqueur dans la vie de nos chers défunts ! Sois vainqueur dans la vie de tous ces gens qui meurent en ces jours tragiques .

  • Avec tous les saints, nous exulterons devant la face de Dieu

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    L'homélie du père Joseph-Marie Verlinde fsJ (homelies.fr - archive 2008)

    La Toussaint atteste qu’à la fin de notre existence terrestre la vie n’est pas détruite : elle est transformée. Tous nous sommes appelés à ressusciter un jour avec le Christ, à être associés à sa gloire éternelle, à son bonheur sans fin. « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; mais nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est » (2nd lect.). Avec tous les saints, c’est-à-dire tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont accepté de se laisser saisir et transformer par l’amour rédempteur, nous exulterons devant la face de Dieu : « Ils étaient cent quarante-quatre-mille, douze mille de chacune des douze tribus d’Israël, foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : “Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau !” » (1ère lect.).

    Les saints sont des hommes et des femmes comme nous, qui ont « traversé la grande épreuve ; et qui ont lavé leurs vêtements, les ont purifiés dans le sang de l’Agneau » (Ibid.) ; ce sont des pécheurs qui se sont livrés à la miséricorde divine. L’Esprit a enfanté des saints à toutes les époques ; les uns sont plus connus, d’autres sont demeurés cachés : ce sont ces derniers que nous fêtons tout particulièrement aujourd’hui. Humbles mères de familles qui dans l’ombre se sont usées à la tâche, pères qui se sont tout donnés pour faire vivre leur foyer envers et malgré tous les revers de fortune, malades qui ont enduré en silence leurs souffrances du corps ou de l’âme, et bien plus largement : tous les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de la justice, les miséricordieux, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les témoins de l’Evangile insultés pour leur appartenance au Christ : « En eux tous, Dieu lui-même nous parle, il nous donne un signe de son Royaume et nous y attire puissamment, tant est grande la nuée de témoins qui nous enveloppent (cf. He 12, 1) et tant la vérité de l’Évangile se trouve attestée » (Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise : Lumen Gentium, 50).

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  • Aujourd'hui, l'Eglise fête sa dignité de "mère des saints, image de la cité céleste"

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    L'HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (Basilique Vaticane)
    Mercredi 1er novembre 2006

    Chers frères et soeurs,

    Notre célébration eucharistique s'est ouverte par l'exhortation "Réjouissons-nous tous dans le Seigneur". La liturgie nous invite à partager l'exultation céleste des saints, à en goûter la joie. Les saints ne constituent pas une caste restreinte d'élus, mais une foule innombrable, vers laquelle la liturgie nous invite aujourd'hui à élever le regard. Dans cette multitude, il n'y a pas seulement les saints officiellement reconnus, mais les baptisés de chaque époque et nation, qui se sont efforcés d'accomplir avec amour et fidélité la volonté divine. Nous ne connaissons pas le visage ni même le nom de la plupart d'entre eux, mais avec les yeux de la foi, nous les voyons resplendir, tels des astres emplis de gloire, dans le firmament de Dieu.

    Aujourd'hui, l'Eglise fête sa dignité de "mère des saints, image de la cité céleste" (A. Manzoni), et manifeste sa beauté d'épouse immaculée du Christ, source et modèle de toute sainteté. Elle ne manque certes pas de fils contestataires et rebelles, mais c'est dans les saints qu'elle reconnaît ses traits caractéristiques,  et  c'est  précisément en eux qu'elle goûte sa joie la plus profonde. Dans la première Lecture, l'auteur du Livre de l'Apocalypse les décrit comme "une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue" (Ap 7, 9). Ce peuple comprend les saints de l'Ancien Testament, à partir d'Abel le juste et du fidèle Patriarche Abraham, ceux du Nouveau Testament, les nombreux martyrs du début du christianisme, les bienheureux et saints des siècles successifs, jusqu'aux témoins du Christ de notre époque. Il sont tous unis par la volonté d'incarner l'Evangile dans leur existence, sous l'impulsion de l'éternel animateur du Peuple de Dieu qu'est l'Esprit Saint.

    Mais "à quoi sert notre louange aux saints, à quoi sert notre tribut de gloire,  à  quoi  sert  cette  solennité elle-même?". C'est par cette question que commence une célèbre homélie de saint Bernard pour le jour de la Toussaint. C'est une question que nous pourrions nous poser également aujourd'hui. Et la réponse que le saint nous donne est tout aussi actuelle:  "Nos saints - dit-il - n'ont pas besoin de nos honneurs et et ils ne reçoivent rien de notre culte. Pour ma part, je dois confesser que, lorsque je pense aux saints, je sens brûler en moi de grands désirs" (Disc. 2; Opera Omnia Cisterc. 5, 364sqq). Telle est donc la signification de la solennité d'aujourd'hui:  en regardant l'exemple lumineux des saints, réveiller en nous le grand désir d'être comme les saints:  heureux de vivre proches de Dieu, dans sa lumière, dans la grande famille des amis de Dieu. Etre saint signifie:  vivre dans la proximité de Dieu, vivre dans sa famille. Et telle est notre vocation à tous, répétée avec vigueur par le Concile Vatican II, et reproposée aujourd'hui de façon solennelle à notre attention.

    Mais comment pouvons-nous devenir saints, amis de Dieu? On peut répondre à cette interrogation tout d'abord par une négation:  pour être saint, il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des oeuvres extraordinaires, ni de posséder des charismes exceptionnels. On peut ensuite répondre par une affirmation:  il est nécessaire avant tout d'écouter Jésus, et de le suivre sans se décourager face aux difficultés. "Si quelqu'un me sert - nous avertit-Il - qu'il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera" (Jn 12, 26). Celui qui a confiance en Lui et l'aime d'un amour sincère, comme le grain de blé tombé en terre, accepte de mourir à lui-même. En effet, il sait que celui qui veut garder sa vie pour lui-même la perd, et que celui qui se donne, se perd, et trouve précisément ainsi la vie. (cf. Jn 12, 24-25). L'expérience de l'Eglise démontre que toute forme de sainteté, tout en suivant des parcours différents, passe toujours par le chemin de la croix, le chemin du renoncement à soi-même. Les biographies des saints décrivent des hommes et des femmes qui, dociles aux desseins divins, ont parfois affronté des épreuves et des souffrances indescriptibles, des persécutions et le martyre. Ils ont persévéré dans leur engagement, "ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve - lit-on dans l'Apocalypse - ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau" (v. 14). Leurs noms sont inscrits dans le livre de la vie (cf. Ap 20, 12); leur demeure éternelle est le Paradis. L'exemple des saints est pour nous un encouragement à suivre les mêmes pas, à ressentir la joie de celui qui a confiance en Dieu, car l'unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l'être humain est de vivre loin de Lui.

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  • Toussaint : introit "Gaudeamus"

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    Gaudeámus omnes in Dómino, diem festum celebrántes sub honóre Sanctórum ómnium, de quorum solemnitáte gaudent Angeli et colláudant Fílium Dei. 

    Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu.