Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L'Esprit d'Assise trahit les intentions de Jean-Paul II

IMPRIMER

De Stefano Fontana sur la NBQ :

L'Esprit d'Assise trahit les intentions du pape Wojtyła

Dans la ville d'Ombrie se conclut l'événement de la Communauté de Sant'Egidio, 40 ans après la rencontre de saint Jean-Paul II avec les chefs religieux. Dès son pontificat, on chercha à en préciser le sens, bien différent de cet esprit galvaudé qui domine encore la scène aujourd'hui.

27/10/2026

Se conclut aujourd'hui la rencontre interreligieuse pour la paix intitulée Paix désarmée et désarmante, en mémoire de la rencontre des religions du monde convoquée par Jean-Paul II à Assise le 27 octobre 1986. L'événement a été organisé par la Communauté de Sant'Egidio, en collaboration avec les diocèses d'Ombrie et les familles franciscaines d'Assise. Après 155 rapports, 24 forums et la prière finale de tous les participants réunis dans la basilique inférieure d'Assise, une déclaration conjointe des chefs religieux est prévue, accompagnée d'un message de Léon XIV (qui sera absent sur conseil de ses médecins).

L'expression « l'esprit d'Assise » — souvent écrite avec un « E » majuscule — a régné sans partage : que ce soit dans les interviews de Marco Impagliazzo, président de la Communauté de Sant'Egidio, dans l'éloge de Sergio Mattarella envers la communauté du Trastevere pour avoir maintenu vivant cet esprit pendant 40 ans, dans les titres des conférences, sur les affiches des programmes ou encore dans les articles de présentation et les commentaires. L'usage fréquent et désormais systématique de cette expression n'est pas sans susciter une certaine inquiétude.

Nous savons tous que l'on a beaucoup parlé — et que l'on continue de parler — de « l'Esprit du Concile », pour signifier que le sens historique et providentiel de cet événement ne résidait pas tant dans les contenus enseignés à travers les textes, mais dans le fait même de se réunir, convoqués par l'Esprit pour une Église nouvelle. C'est l'École de Bologne qui parlait de l'esprit en ce sens, mais cette perspective s'est propagée bien au-delà des murs de l'Institut pour les sciences religieuses fondé par Giuseppe Dossetti. Brunero Gherardini avait quant à lui évoqué un autre esprit, un Gegen-Geist (un « Esprit contre »), pour désigner la ligne devenue majoritaire parmi les Pères conciliaires : une attitude d'ouverture au neuf doublée d'une opposition parallèle (le gegen) à l'ancien, un désir de nouveauté pas toujours argumenté. C'était une position culturellement moins solide que celle de Bologne, plus ressentie que pensée, mais qui eut des effets majeurs sur les travaux du Concile.

Dans la même mesure, on a parlé ces jours-ci d'un « Esprit de Nostra aetate », initié il y a 60 ans avec l'approbation de ce décret conciliaire et qui perdure encore, comme en témoigne le récent document du Vatican Un chemin d'espérance. Pourtant, on ne lit nulle part dans Nostra aetate que les religions non chrétiennes ne doivent pas être évangélisées ni que le prosélytisme est à condamner, contrairement à ce qu'affirme ce document émanant de trois dicastères pontificaux. Mais on a manifestement considéré que, tout en ne respectant pas la lettre du décret conciliaire, il en interprétait néanmoins l'esprit. Et nous y revoilà.

En nous rappelant ces dynamiques du passé, y compris du passé récent, nous ne partageons pas la lecture de la rencontre selon le critère de « l'Esprit d'Assise », continuellement invoqué en Ombrie ces derniers jours, comme si Jean-Paul II avait voulu enclencher un processus devenu ensuite incontrôlable car motivé par le souffle de l'Esprit Saint. Ce n'est pas là le sens de l'adjectif « prophétique », qui a pourtant été employé ces jours-ci à propos de l'événement d'il y a 40 ans.

La rencontre d'Assise voulue par Jean-Paul II en 1986 fut un choix risqué. Les images du Pape mis sur le même plan que des animistes et des bouddhistes ont suscité de la perplexité, et la présence de symboles religieux païens sur les autels des églises catholiques a provoqué une opposition impulsive. Beaucoup y voyaient un coup de force contre Nostra aetate elle-même, un pas de trop, une rupture. Il est légitime de penser que le cardinal Ratzinger partageait lui aussi certaines de ces réserves. Dans son livre Foi, vérité, tolérance. Le christianisme et les religions du monde (2003), il écrivait qu'il ne faut pas « prier ensemble », mais plutôt « être ensemble pour prier ». Dans sa lettre-préface au livre de Marcello Pera, Pourquoi nous devons nous dire chrétiens. Le libéralisme, l'Europe, l'éthique, publié chez Mondadori en 2008, Benoît XVI soutenait que le dialogue théologique avec les religions non chrétiennes est impossible sans mettre en péril sa propre foi, même s'il admettait la possibilité d'un dialogue de nature culturelle sur les thèmes de la justice et de la paix. Or, dans le cas d'Assise, on était allé au-delà du plan culturel, tout comme lors des rencontres de ces derniers jours en Ombrie.

L'initiative de Jean-Paul II ne convainquit pas tout le monde, mais il n'avait nullement le désir de lancer un quelconque « esprit ». Par la suite, on s'efforça d'en préciser la signification et elle fut replacée dans un ensemble d'enseignements — au premier rang desquels la Déclaration Dominus Jesus de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (2000) — afin de réaffirmer l'unicité salvifique du Christ. À tel point que l'on peut émettre l'hypothèse que le but des clarifications doctrinales postérieures à Assise était précisément d'éclairer et, peut-être, de corriger la lecture tendancieuse qui en avait été faite, surtout pour en atténuer l'interprétation en tant qu'« Esprit ».

La rencontre qui s'achève aujourd'hui a été promue par la Communauté de Sant'Egidio, et il ne pouvait en être autrement, étant donné que Sant'Egidio a été le premier protagoniste de cette longue période de culture et de promotion d'un « Esprit d'Assise » à l'égard duquel il est légitime de nourrir des réserves.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel