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Benoît et François, la "cohabitation" (heureuse?) des deux papes selon Peter Seewald

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I preti possono sposarsi? Papa Benedetto le suona a Papa Francesco

Du site "Pro liturgia" :

Jorge Bergoglio, fils d’un émigré italien, chimiste de formation, qui aime cuisiner et apprécie l’opéra, Shakespeare et Hölderlin, a conquis “son” monde par son entrée en scène non-conventionnelle qui se voulait proche des gens. « Il est contre l’avortement », glisse pourtant un journaliste, comme si cela devait étonner de la part d’un pape...

L’ancien archevêque de Buenos Aires n’a pas pris ses quartiers au Palais Apostolique, mais à l’hôtellerie du Vatican, tout proche du monastère “Mater Ecclesiae”. L’ancien et le nouveau pape semblaient bien s’entendre. La situation est « des meilleures », estima d’ailleurs le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi.

Jorge Bergoglio a tenu à offrir à son prédécesseur un exemplaire de sa Lettre « Evangelii Gaudium » reliée de blanc, la couleur réservée aux papes. Et avant chacun de ses grands voyages, il a rendu visite à Benoît XVI. Il parle ainsi de Benoît XVI : « C’est un penseur subtil qui est resté inconnu ou du moins incompris par la majorité des gens ; il est très agréable d’échanger avec lui ».

De son côté, Benoît XVI a assuré n’avoir aucun problème avec le “style” de François : « Au contraire, avance-t-il, je trouve que cela a du bon ; c’est un souffle d’air frais dans l’Église, une joie renouvelée, un nouveau charisme qui parle aux gens ». Il rapporte que son successeur lui demande parfois un conseil même si, en général, il n’a pas besoin de cela. « En règle générale, cela me convient très bien de ne pas être mis à contribution. » ajoute-t-il.

Tout n’était cependant qu’une question de temps : il n’a pas fallu attendre longtemps avant que, venant de différents bords, des voix se fassent entendre pour chercher à opposer les deux papes, ne serait-ce que dans l’espoir de vendre du papier. Ainsi, les « progressistes » ont-ils taillé pour François un habit sur mesure, celui de “grand réformateur” : « Le combattant au Vatican », « François au milieu des loups », ou encore « Le pape solitaire » qui se confronte obstinément à toutes les têtes de bois au Vatican. Les « conservateurs » utilisent, de leur côté, des images bien rodées comme celle du « pape dictateur ». Selon eux, Jorge Bergoglio serait un homme de pouvoir qui, en trahissant l’héritage reçu de ses prédécesseurs, mène l’Église au bord du gouffre.

Le rôle attribué à Benoît XVI, largement étalé par les médias, ne date pas d’aujourd’hui : il avait été défini en son temps par Hans Küng qui le traitait de « pape des occasions manquées ». Ce rôle s’est peu à peu enrichi de celui de “conspirateur” qui met constamment son nez dans les affaires de son successeur François et rassemble autour de lui, dans le petit couvent “Mater Ecclasiae”, des personnalités réactionnaires ayant un seul but : torpiller les plans de François. Certains commentateurs jubilent : les discours de François ne sont à leurs yeux que des règlements de compte avec Benoît ! Un théologien protestant est allé jusqu’à affirmer que François aurait obtenu en trois semaines plus que Benoît XVI en huit ans.

Pendant ce temps, François n’a pas cessé de louer son prédécesseur. Joseph Ratzinger aurait, selon lui, apporté une contribution fondamentale aux efforts de modernisation de l’Église au cours des trois dernières décennies. Il affirme éprouver pour Benoît « un profond sentiment de solidarité et d’amitié ». Et lorsque le “Corriere della Sera” lui demande, en 2014, s’il lui est arrivé de demander conseil à Benoît XVI, il répond brièvement par l’affirmative et souligne que le pape émérite « n’est pas une statue dans un musée mais une institution ».

François parle de Benoît comme d’une personne discrète et humble, qui n’aime pas déranger. Pourtant, « il serait mieux qu’il côtoie des gens, qu’il sorte et prenne part à la vie de l’Eglise. Sa sagesse est un don de Dieu ». Lors d’un vol au retour d’un voyage en Arménie, François avait insisté : « Par sa prière, Benoît m’est un véritable bouclier ». Il l’a remercié aussi « d’avoir ouvert la voie au statut de pape émérite. Au vu de l’augmentation actuelle de l’espérance de vie, il devient effectivement raisonnable de se demander s’il est possible de continuer à gouverner l’Église malgré les limitations physiques dues à l’âge. Pourra-t-il y avoir à l’avenir deux ou trois papes émérites ?

A l’occasion du 65e anniversaire de l’ordination sacerdotale de Joseph Ratzinger, François l’a gratifié d’un hommage qu’on pourrait presque qualifier d’affectueux. Il dit à son successeur : « En vivant et en témoignant aujourd’hui d’une manière si intense et lumineuse de cette unique chose vraiment décisive - avoir le regard et le cœur tournés vers Dieu - vous continuez, Sainteté, à servir l’Église ; vous ne cessez de contribuer vraiment avec vigueur et sagesse à sa croissance et vous le faites depuis ce petit monastère “Mater Ecclesiae” au Vatican, qui se révèle ainsi être tout autre chose qu’un de ces petits lieux oubliés dans lesquels la culture du rebut qui a cours aujourd’hui tend à reléguer les personnes quand, avec l’âge, les forces viennent à leur manquer. C’est tout le contraire. (…) Ainsi, la Providence a voulu que vous, cher confrère, arriviez dans un lieu pour ainsi dire spécifiquement “franciscain”, duquel émane une tranquillité, une paix, une force, une confiance, une maturité, une foi, un dévouement et une fidélité qui me font tant de bien et me donnent tant de force, ainsi qu’à toute l’Église. » Benoît a souri et s’est dit reconnaissant pour tout le bien dont il a bénéficié depuis le premier moment de son élection pontificale : « Je remercie Votre Sainteté ; je me sens sous votre protection. »

Les témoignages d’amitié de François à l’encontre de Benoit se sont prolongés dans le temps. Pour l’Église, « la présence d’un pape émérite aux côtés du pape régnant est une nouveauté », comme le notait le théologien Elio Guerriero dans la préface de la biographie de Benoit XVI. « Et parce les deux s’apprécient mutuellement, il s’agit d’une belle nouveauté. Dans une certaine mesure, cela exprime de façon particulièrement claire la continuité de la mission pétrinienne, sans interruption, comme les éléments, soudés par l’amour, d’une unique chaine. »

De son côté, Benoît ne s’est pas seulement montré loyal envers son successeur, mais aussi d’une discrétion à toute épreuve. Devant chacun de ses visiteurs, il a témoigné de son attachement pour François et souligné la cordialité de leurs rapports mutuels. On ne connait pas la moindre parole par laquelle Benoît aurait commenté les actes de François ou émis une critique. Ce qui ne signifie pas que le pape émérite soit d’accord avec tout ce que fait Jorge Bergoglio ; mais ça, c’est une autre histoire dont il n’a jamais été question...

Extrait de « Benoît XVI, une vie » le nouveau livre de Peter Seewald (Trad. MH/APL)

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