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Foi

  • Comment réagir face aux persécutions anti-chrétiennes ?

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    Une "opinion" de Benoit Lannoo, Historien de l’Église, spécialiste des chrétiens d’Orient et des relations interreligieuses publiée dans La Libre de ce 13 avril, pp. 26-27 :

    Persécutions anti-chrétiens : comment réagir ?

    L’idée que les chrétiens sont persécutés était taboue. Or, le 21 janvier, le Parlement européen a adopté un texte sur les droits de l’homme dans le monde, dans lequel apparaît pour la première fois la notion de la “christianophobie”. Les députés déplorent que “le christianisme reste aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde, avec plus de 380 millions de personnes concernées”.

    Ce changement de cap a été accueilli avec enthousiasme. L’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’égard des chrétiens en Europe a remarqué que le Parlement “reconnaît non seulement l’ampleur mondiale de la persécution anti -chrétienne, mais met également en avant une asymétrie institutionnelle au sein de l’architecture anti-discrimination existante de l’Union européenne”. Et la Commission des évêques de la Communauté européenne (Comece) a réitéré son appel pour un coordinateur européen contre la “haine anti-chrétienne”. Mais le texte adopté n’est pas contraignant ; reste donc à voir si la Commission d’Ursula von der Leyen s’y conformera.

    Instrument pour diplomates

    Notons d’abord qu’il est bon de cartographier le phénomène, situé dans un angle mort. Parfait de veiller sur la situation précaire des Yézidis en Irak. Mais quand le soi-disant État islamique a attaqué ce peuple avec une violence génocidaire il y a dix ans, des milliers de chrétiens ont aussi été expulsés de la plaine de Ninive, avec moins d’attention internationale.

    Les maisons de chrétiens qui ont fui leur sont d’ailleurs encore toujours extorquées à des prix ridicules. Et quand récemment les Kurdes du nord-ouest de la Syrie ont été attaqués, presque personne n’a rapporté que leurs alliés chrétiens payaient également le prix de cette violence sunnite.

    Plus d’attention pour la persécution des chrétiens peut pousser les diplomates à l’évoquer d’office dans leurs contacts. Quand le président Erdogan va-t-il respecter les villages chrétiens victimes des attaques de la Turquie qui prétend ne viser que la résistance kurde à ses frontières ?

    On n’a d’ailleurs pas encore gagné quand on parvient à convaincre les gouvernements des droits des chrétiens. Un diplomate m’a confié que ses interlocuteurs pakistanais étaient tous d’accord que leurs lois antiblasphème ne peuvent être abusées pour exercer une pression sur des filles chrétiennes non mariées. Mais le gouvernement a-t-il de l’impact sur l’intérieur du pays ?

    Mais le concept de la “christianophobie” a ses limites. En effet, on court le risque d’accusation d’antisémitisme ou d’islamophobie. Ou d’être dit ne pas respecter la liberté d’expression ou autres droits de l’homme. Au Nicaragua, Daniel Ortega persécute l’Église catholique. Depuis 2018, des centaines de prêtres, religieuses et prélats ont été arrêtées ou forcés à l’exil. Les Sandinistes ont fermé la formation sacerdotale dans quatre diocèses, et la Semaine Sainte, les processions y étaient interdites. Mais personne ne s’en soucie. L’extrême gauche européenne continue même à soutenir cette dictature.

    Réciprocité ?

    Le Maroc a ratifié plusieurs traités sur la liberté religieuse et la liberté de conscience. Lors de la visite du pape François en 2019, le roi Mohammed VI a réaffirmé se porter “garant des Juifs marocains et des chrétiens étrangers vivant au Maroc”. Mais le droit pénal impose des peines à quiconque aide un musulman à se convertir à une autre religion. Il n’est donc pas permis d’y annoncer l’Évangile, comme dans tous pays islamiques. L’inverse l’est bien : un djihadiste en Irak vient de séduire une mineure chrétienne pour un mariage polygame. Les autorités locales et la mosquée détournent le regard.

    Le sionisme fanatique en Israël s’engage systématiquement dans la christianophobie. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les chrétiens et leurs églises se font cracher dessus par des Juifs orthodoxes – ce que le ministre extrémiste Itamar Ben-Gvir qualifie de “coutume ancestrale”. Dans le Sud-Liban, Israël continue d’exiger l’évacuation de villages maronites, d’où le Hezbollah tirerait des roquettes. Les résidents chrétiens refusent, ce que le prêtre Boutros al-Raï de Qlayaa a déjà payé avec la vie. Le ministère de l’Éducation vient aussi d’interdire à 200 enseignants chrétiens de Cisjordanie d’enseigner dans des écoles chrétiennes à Jérusalem.

    Le patriarche latin de Jérusalem a été empêché par la police d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem le dimanche des Rameaux, alors qu’il respectait l’interdiction de rassembler plus de 50 personnes, tandis qu’un rabbin a tenu un Seder avec des milliers de juifs hassidiques au Vizhnitz Meor Haim au centre de la veille ville. De plus en plus nombreux sont d’ailleurs les colons qui déclarent ouvertement que “le christianisme est idolâtrie” et que la Torah les exige “de tuer les idolâtres dans tous les territoires que nous occupons et de détruire leurs lieux de culte”.

    Entre-temps, les Églises catholiques en Syrie ont annulé toute manifestation publique pendant la Semaine Sainte, car lors des attaques sunnites contre les chrétiens d’Al Suqaylabiyyah fin mars, les forces de sécurité syriennes ne sont pas intervenues.

    En Iran, ce ne sont pas que les ayatollahs et leurs fidèles chiites qui paient le prix de l’agression occidentale, mais les chrétiens et les juifs : Israël a bombardé la synagogue Rafi-Nia, la cathédrale russe-orthodoxe de Téhéran et deux églises arméniennes-apostoliques à Ispahan.

    Et au Haut-Karabagh, en 2023, après 1700 ans de présence chrétienne ininterrompue, les chrétiens y ont été expulsés par l’Azerbaïdjan.

    En Belgique

    L’antichristianisme existe aussi chez nous. La droite et l’extrême droite se sont emparées du thème, alors qu’ils ne soutiennent pas nécessairement le message chrétien du dialogue avec l’autre ou de l’hospitalité envers les étrangers. Les milieux chrétiens au centre ou à gauche hésitent dès lors à alerter, pour ne pas raviver des tendances islamophobes, homophobes voire antisémites. Le vandalisme contre des églises, la profanation de tombes et l’agression visant des symboles chrétiens, ne sont souvent que des “faits divers”.

    Les chrétiens ont appris à vivre avec la parodie ; mais démolir à coups de marteaux des statues de Jésus et Marie, comme l’ont récemment fait les présentateurs de Studio Brussel, est-ce vraiment drôle ? Ils ne se réalisent pas combien de personnes ils blessent. Et le Samedi Saint, Opera Ballet Vlaanderen a mis en scène des femmes avec une coiffe de nonne se faisant percer les tétons… comme dans un club SM privé.

    Pourquoi quand les chrétiens font l’objet d’insultes vulgaires, ce “n’est pas un sujet” ? “Nous n’y avons tout simplement pas trop réfléchi”, dit-on chez Studio Brussel. J’appelle dès lors les académiques, la société civile, les responsables d’Églises et tout homme et femme de foi, à chercher le narratif adéquat pour défendre les chrétiens.

    Espérance ?

    “Faut-il au fond se défendre ?” L’évêque d’Anvers vient, dans une carte blanche, de soulever la question. “Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux” (Matthieu 5,11-12a).

    En ce temps pascal, il est bon de s’accrocher à l’espérance qui a propulsé les chrétiens depuis la Résurrection. Les insultes que nous subissons ne sont pas grand-chose à côté des persécutions d’innombrables chrétiens, qui n’ont pas peur d’être “témoins” de leur espérance.

  • Le tombeau vide et la promesse de la résurrection

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    Du Frère René Stockman sur le Catholic Herald :

    12 avril 2026

    Le tombeau vide et la promesse de la résurrection

    Quand Jésus fut déposé dans le tombeau, tout sembla définitivement terminé. Pourtant, ses paroles continuaient de résonner parmi ses disciples, notamment celle où il annonçait la démolition du temple et sa reconstruction trois jours plus tard. N'avait-il pas parlé ici du temple de son corps ?

    Les grands prêtres et les pharisiens se souvinrent également de ces paroles, et c'est pourquoi ils demandèrent à Pilate de poster des gardes au tombeau pour empêcher les disciples de Jésus d'enlever le corps de leur maître, afin qu'ils puissent ensuite annoncer au peuple qu'il était ressuscité (cf. Mt 27,62-66).

    Rien n'est écrit dans les Écritures concernant le moment même de la Résurrection. C'est un événement indescriptible. Cela diffère de la résurrection du fils unique de Naïn, fils d'une veuve (Lc 7, 11-17), et de celle de Lazare (Jn 11, 1-44). Tous deux furent ramenés à la vie terrestre par Jésus et moururent de nouveau par la suite. La Résurrection d'entre les morts en Jésus, en revanche, est une entrée dans une vie nouvelle, la vie éternelle, où la mort n'a plus d'emprise. C'est l'amour de Dieu qui s'est pleinement manifesté ici-bas et qui nous conduit à affirmer que l'amour est plus fort que la mort (cf. Cantique des Cantiques 8, 6). Si l'amour de Dieu est à la base de notre création en tant qu'êtres humains, c'est ce même amour divin qui nous recrée et qui, par la Résurrection, nous permet d'entrer dans l'amour éternel avec et en Dieu. Nous ne pouvons que répéter sans cesse que Dieu est amour et que c'est par cet amour que Dieu se manifeste à l'humanité.

    Le Christ ressuscité n'est plus le même que celui qu'ils avaient mis à mort. C'est pourquoi, lors de sa première apparition à Marie-Madeleine, il lui dit : « Ne me retiens pas » (Jn 20, 17). Elle doit se détacher du Jésus qu'elle connaissait, de son « Rabboni », pour suivre désormais le Christ glorifié. Il est frappant de constater qu'au début, elle ne le reconnaît pas et pense avoir affaire au jardinier, mais dès qu'il l'appelle par son nom, ses yeux s'ouvrent véritablement.

    Il en sera de même pour les disciples sur le chemin d'Emmaüs, qui ne reconnaîtront le Christ qu'à la fraction du pain. Eux aussi ne pourront pas garder le Seigneur auprès d'eux, comme ils l'avaient initialement prévu en l'invitant, en tant qu'étranger, à passer la nuit. Il disparaît de leur vue, car Jésus, par son corps ressuscité, participe pleinement à l'éternité où le temps et l'espace n'existent plus.

    Dans les autres récits de ses apparitions, le même schéma se répète : il apparaît soudainement au milieu d’eux, mangeant même avec eux pour montrer qu’il n’est pas un esprit mais qu’il est véritablement ressuscité en chair et en os, avant de disparaître à nouveau. Finalement, il disparaîtra définitivement lors de l’Ascension, lorsque les apôtres recevront l’ordre de ne plus contempler le ciel, mais d’aller dans le monde avec le Seigneur d’une manière nouvelle, après avoir reçu de Jésus lui-même la promesse que son Esprit leur donnerait la force de témoigner de lui (cf. Ac 1, 8-11).

    « La Parole s’est faite chair et a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Ce qui est exprimé dans les premiers versets de Jean résonne encore ici. Jésus est glorifié par le corps qu’il a revêtu en tant qu’être humain. Il ne l’abandonne pas dans le tombeau lorsqu’il est élevé dans la gloire auprès de son Père. Cela nous éclaire sur la manière dont nos corps, eux aussi, seront un jour élevés dans la gloire de Dieu. Ce que Dieu a créé à son image et à sa ressemblance, il ne permet pas qu’il se perde. C’est pourquoi nous professons dans le Credo que nous croyons en la résurrection de la chair, oui, notre corps terrestre avec lequel nous avons accompli notre mission d’êtres humains ici-bas. Le fait que Jean parle si explicitement du corps dès la première page est certainement lié aux gnostiques, un ancien groupe pseudo-chrétien qui avait développé une vision plutôt négative du monde physique. Ils considéraient le corps exclusivement comme une porte vers le mal, créant ainsi une dichotomie entre le spirituel et le physique, et croyaient que seule l’âme vivrait éternellement. Mais aujourd'hui encore, nombreux sont ceux qui croient qu'à la mort, notre âme quittera notre corps pour vivre éternellement, tandis que notre corps disparaîtra pour toujours et retournera à la poussière.

    Par sa Résurrection, Jésus nous montre que nous ressusciterons en tant qu'êtres humains entiers et que Dieu ne permettra pas que le corps qu'il a créé soit perdu. C'est pourquoi nous pouvons affirmer que notre corps est véritablement le temple du Saint-Esprit et mérite, de ce fait, notre plus grand respect.

    Ce thème est particulièrement pertinent aujourd'hui, au vu des débats autour de l'avortement, de l'euthanasie et du suicide assisté. L'autodétermination corporelle semble se substituer à la reconnaissance de la dignité absolue du corps et de son droit à la protection. C'est par notre corps que nous sommes humains et que nous pouvons nous manifester en tant qu'êtres humains. Par conséquent, il ne saurait devenir un objet dont nous disposons librement, car ce serait renier notre véritable nature humaine. Nous n'avons pas un corps ; nous sommes notre corps.

    Ici, nous pouvons également nous référer à l'Eucharistie. Avant son départ, Jésus a partagé le pain et le vin avec ses apôtres et a prononcé ces paroles : « Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang. » Il a clairement parlé ici de son Corps et de son Sang qu'il désirait partager avec nous, et il n'a pas dit : « Ceci est mon Esprit. » À chaque Eucharistie, nous participons donc pleinement à la présence du Seigneur glorifié, non pas par son Esprit, mais par la réalité même de sa présence parmi nous après la Résurrection. Les sacrements ne sont pas de simples paroles prononcées pour commémorer un événement, mais, à travers les signes tangibles du pain, du vin et de l'eau, ils expriment le désir de Jésus d'être présent avec nous et en nous par son Corps glorifié. Les sacrements sont donc des lieux de rencontre avec le Seigneur vivant.

    Mais Jésus a aussi dit que tout ce que nous faisons pour nos semblables, même pour les plus petits d’entre eux, c’est pour lui que nous le faisons (cf. Mt 25, 40). Voilà une réalité nouvelle : Jésus se rend présent en chaque personne, et chaque rencontre avec autrui devient ainsi une rencontre avec Dieu. Vincent de Paul en a fait l’expérience d’une manière particulière dans son service auprès des pauvres, voyant en chaque personne, en chaque pauvre, une icône du Christ. C’est de cette réalité qu’il a pu développer une si grande vénération et un tel amour pour chaque pauvre et unir la prière à la charité, « laisser Dieu à Dieu », comme il le disait. Lorsque, pendant notre temps de prière, un pauvre nous interpelle, nous devons interrompre notre prière pour l’aider, ou plutôt, selon Vincent, poursuivre notre prière en l’aidant, car Jésus, présent dans le tabernacle, est aussi présent en lui. Ainsi, nous devons et pouvons nous éloigner de Dieu pour le rencontrer véritablement en nos semblables.

    Pour nous aussi, la tombe ici-bas ne sera qu'une demeure temporaire. Puisque le temps et l'espace sont des concepts terrestres, sans importance dans l'éternité, nous pouvons croire qu'après notre mort, nous serons emportés dans l'éternité et laisserons notre tombe, encore liée au temps et à l'espace, vide, afin que notre corps glorifié nous permette d'être pleinement accueillis dans l'amour de Dieu. Il nous est extrêmement difficile de l'imaginer, car notre capacité de compréhension ne peut se situer et s'exprimer que dans le temps et l'espace. Tant que nous nous accrocherons à nos conceptions humaines et nous prendrons nous-mêmes comme point de référence, il nous sera difficile, voire impossible, de le saisir. Il nous faut ici faire un acte de foi et ne plus nous prendre nous-mêmes, mais Dieu, comme point de référence de notre pensée.

    D'un point de vue purement humain, nous ne pouvons que supposer qu'au mieux, nous survivrons à notre mort dans le souvenir de nos proches. Les plus illustres d'entre nous peuvent se consoler à l'idée qu'un portrait ou une statue à leur effigie subsistera, ou qu'une biographie sera écrite, leur assurant ainsi une place dans l'histoire et les faisant appartenir au petit groupe des privilégiés qui ne seront pas vite oubliés. Mais la plupart d'entre nous disparaîtront à jamais dans les brumes du temps. Promenez-vous dans un cimetière ; souvent, vous chercherez en vain la dernière demeure de vos connaissances, car leur pierre tombale a déjà été enlevée et remplacée par une autre. Tout cela témoigne de la fugacité de cette vie. Ici-bas, notre vie est en effet confinée entre notre naissance et notre mort. Mais notre foi en la Résurrection nous enseigne que notre mort est en réalité une nouvelle naissance, la naissance à la vie éternelle. C'est de cette foi que sainte Thérèse de Lisieux a déclaré, à l'article de la mort : « J'entre dans la vie. »

    Notre foi nous invite à nous préparer à cette nouvelle naissance, afin d'affronter la mort sans crainte. Notre cheminement terrestre se déroulera différemment si nous connaissons notre destination finale et si nous l'attendons avec sérénité. La foi en la vie éternelle et en la Résurrection doit guider nos vies, et tout ce qui nous arrive doit être perçu et vécu dans cette perspective. Lorsque nous croyons véritablement en la Résurrection, il n'y a plus de désespoir, car derrière chaque nuage sombre brille le soleil, et ce soleil dissipera finalement même les nuages ​​les plus sombres.

    Le tombeau vide doit être pour nous un signe puissant que la mort n'aura plus le dernier mot, mais la vie, la vie glorieuse, une vie où nous pourrons demeurer éternellement dans l'amour de Dieu. Nous avons été placés dans le monde par amour pour Dieu, afin de cheminer vers lui. Pour chacun de nous, ce sera un chemin unique, mais tous sont invités à parvenir à la même destination. C'est là que Dieu nous attend pour nous accueillir dans son amour infini, et ce pour l'éternité. Ne nous égarons pas, mais ouvrons-nous sans cesse à la main qui nous guide, celle du Seigneur qui marche à nos côtés. Et si jamais nous nous égarons, nous pouvons avoir confiance : il nous remettra sur le bon chemin. Nous n'avons rien à craindre.

  • Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

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    De Claves (Site de formation et d’évangélisation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre​) :

    11 avril 2026

    Des sacres légitimes ?

    Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

    Œuvre d’un groupe de théologiens (Theologus), cet article a reçu un hommage appuyé du cardinal Sarah  :

    “Un immense merci pour ce texte lumineux. Il éclairera les âmes désireuses de vivre leur Foi dans la Vérité, c’est-à-dire dans le Christ et dans Son Église. Depuis 2001 je fais partie de ceux qui aident le Souverain Pontife à choisir les Candidats à l’Épiscopat, après une longue et minutieuse enquête sur chaque candidat. Je suis douloureusement surpris et choqué qu’une simple décision d’un Supérieur de Communauté décide d’ordonner des « Évêques véritablement catholiques ». Merci pour ce texte merveilleux, clair et bien étudié. Nous devons savoir que ce n’est pas nous qui sauvons les âmes. C’est le Christ Seul qui sauve. Nous, nous ne sommes que des instruments entre Ses Mains.
    Continuons à prier pour qu’on ne déchire pas de nouveau le Corps du Christ.”

    Cardinal Robert Sarah

    Quelle est l’argumentation fondamentale de la FSSPX en défense des sacres projetés pour le 1er juillet 2026 ?

     Elle est résumée de façon officielle dans une Annexe à la réponse de l’abbé Pagliarani au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 18 février 2026 :

    « Une consécration épiscopale non autorisée par le Saint-Siège, lorsqu’elle ne s’accompagne ni d’une intention schismatique, ni de la collation de la juridiction, ne constitue pas une rupture de la communion de l’Église. La constitution Lumen gentium sur l’Église énonce au chapitre III, au n° 21 [LG 21], que le pouvoir de juridiction est conféré par la consécration épiscopale. […]

    L’argumentation qui voudrait conclure que seraient schismatiques les consécrations épiscopales à venir au sein de la Fraternité, repose tout entière sur le postulat du Concile Vatican II selon lequel la consécration épiscopale donne à la fois le pouvoir d’ordre et celui de juridiction ».

    En quoi cette argumentation est-elle critiquable ?

    Elle comporte deux grosses erreurs : une sur ce qu’affirme le Concile ; une sur l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres.

    Que dit en fait le Concile ?

    Il n’affirme pas que la consécration épiscopale confère le pouvoir de juridiction.

    Le saint Concile enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre […]. La consécration épiscopale, en même temps que la charge (ou fonction : munus) de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres (LG 21).

    Pour bien comprendre le texte de LG 21, il faut préciser qu’une Note (Nota explicativa prævia) a été ajoutée à Lumen gentium à la suite des demandes d’éclaircissements de pères conciliaires, dont ceux du groupe dont faisait partie Mgr Lefebvre, le Cœtus internationalis Patrum.

    Que dit la Note qui explique LG 21 ?

    « Dans la consécration épiscopale est donnée la participation ontologique aux fonctions (munera) sacrées comme il ressort de façon indubitable de la Tradition et aussi de la tradition liturgique. De propos délibéré on emploie le terme de fonctions (munera) et non pas celui de pouvoir (potestas), parce que ce dernier pourrait s’entendre d’un pouvoir apte à s’exercer en acte. Mais pour qu’un tel pouvoir apte à s’exercer existe, doit intervenir la détermination canonique ou juridique de la part de l’autorité hiérarchique. […] Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique. Il est évident que cette “communion” a été appliquée dans la vie de l’Église suivant les circonstances des temps avant d’avoir été comme codifiée dans le droit.

    C’est pourquoi on dit expressément qu’est requise la communion hiérarchique avec le chef et les membres de l’Église. La communion est une notion tenue en grand honneur dans l’ancienne Église (comme aujourd’hui encore, notamment en Orient). On ne l’entend pas de quelque vague sentiment, mais d’une réalité organique, qui exige une forme juridique et est animée en même temps par la charité. » (Nota prævia, n. 2).

    Y a-t-il ici une nouveauté erronée de Vatican II ?

    Contrairement à ce que soutient la FSSPX, selon Vatican II il n’est pas question, dans ce que confère la consécration épiscopale, du pouvoir de gouverner (de juridiction), mais de charges ou fonctions. La FSSPX affirme donc – sans le prouver – un « postulat de Vatican II » prétendument erroné. 

    D’ailleurs, un théologien « traditionaliste » reconnu, l’abbé Raymond Dulac, explique au contraire que dans le texte de LG 21, il n’y a pas de rupture avec la doctrine catholique antécédente : « Le sacre produit une destination innée, indélébile, inscrite dans le “caractère épiscopal” de gouverner une portion de l’Église, mais cette aptitude a besoin d’être réduite à l’acte par un vrai “pouvoir” de juridiction ». Et il parle « d’autorité radicale inscrite dans le sacre » (La collégialité épiscopale au deuxième concile du Vatican, Le Cèdre, 1979, pp. 119-120).

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres repose-t-elle toute entière, comme le dit la FSSPX, sur cette supposée « erreur » de Vatican II ?

    Non, car même si la FSSPX avait raison dans sa critique de Lumen gentium, ceux qui s’opposent à son raisonnement ne s’appuient pas sur cette question de la transmission du pouvoir de juridiction. 

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux sacres de la FSSPX repose sur la nature même de l’épiscopat catholique, dont l’essence comporte la communion hiérarchique.

    Comment préciser l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres ?

    Comme on vient de le dire, ce qui est en cause dans les futurs sacres, ce n’est pas la réception ou non d’un pouvoir de juridiction. C’est le fait que toutes les fonctions reçues dans le sacre – y compris celle de la sanctification des baptisés par la collation de la confirmation et de l’ordre – « ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres » ; et que ceci tient à « la nature même » de ces fonctions épiscopales.

    Cela vaut-il aussi pour un évêque sans juridiction, comme un évêque titulaire ou un évêque émérite ?

    Oui, un évêque qui n’a pas reçu de sujets à gouverner (évêque titulaire) ou qui est retiré (évêque émérite), ne confirme ou n’ordonne pas les sujets d’autres évêques dans l’Église, sans la permission de leurs Ordinaires propres. 

    L’évêque titulaire est bien sacré sans qu’on lui ait conféré de juridiction actuelle, mais il exerce toujours cependant, dans l’ordre de la sanctification, sa « grâce de chef » reçue dans le sacre (cf. saint Irénée, Adversus hæreses, III, 17, 2) dans la communion hiérarchique avec le pape et les autres évêques.

    Chaque fois qu’un évêque sans juridiction actuelle exerce son pouvoir sacramentel épiscopal, il le fait donc avec une mission reçue de ceux qui ont juridiction (évêques diocésains ou Supérieurs religieux).

    Une mission particulière est-elle reçue pour les futurs évêques de la FSSPX ?

    Non, ce n’est pas cela qui est envisagé pour les sacres de la FSSPX : « La situation présente, qui est celle d’une invasion généralisée et permanente du modernisme dans l’esprit des hommes d’Église, réclame, pour la sanctification et le salut des âmes, un épiscopat véritablement catholique et indemne des erreurs du concile Vatican II, tel qu’il ne saurait de fait se rencontrer en dehors de l’œuvre suscitée par Mgr Lefebvre » (Abbé Gleize, « Les sacres du 1er juillet 2026 », La Porte Latine, 11 février 2026). 

    Dans la présentation d’un livre en italien, la FSSPX affirme qu’est nécessaire « la consécration d’évêques intégralement catholiques pour l’ordination de prêtres intégralement catholiques qui continueront à transmettre sans altération le Dépôt de la foi » (AA. VV., Al servizio della Chiesa. Le consacrazioni episcopali della Fraternità San Pio X, Edizioni Piane, 2026).

    Il est donc envisagé que les futurs évêques de la FSSPX soient consacrés non seulement sans juridiction ni mission reçues mais aussi en-dehors de la communion hiérarchique catholique, puisque seule la FSSPX peut, à son avis, transmettre sans altération le Dépôt de la foi. 

    Le sacre en dehors de (et a fortiori contre) la communion hiérarchique est-il un acte intrinsèquement mauvais ?

    Oui, car un prêtre sacré sans recevoir de juridiction actuelle reçoit cependant toujours un pouvoir spirituel intrinsèquement ordonné au gouvernement de l’Église. Il ne peut recevoir, en dehors de toute injonction de ceux qui ont autorité dans l’Église (et a fortiori contre eux), une « grâce de chef », c’est-à-dire une puissance essentiellement ordonnée à un acte réservé, de droit divin, à ceux qui dans l’Église sont revêtus de l’autorité. 

    Un sacre en-dehors de la communion hiérarchique revêt donc une grave viciosité qui est, sinon schismatique, du moins dans la ligne même du schisme. Pie XII qualifie ainsi la consécration reçue sans l’institution apostolique de « très grave attentat à l’unité même de l’Église », et il qualifie de « gravement illicite et sacrilège » l’usage du pouvoir d’ordre par des évêques ainsi consacrés (Encyclique Ad apostolorum Principis, 29 juin 1958).

    Conférer ou recevoir l’épiscopat en-dehors de la communion hiérarchique est-il contraire au droit divin ?

    Oui, car le Christ n’a pas établi les apôtres, ni les apôtres institué les évêques, leurs successeurs, comme des entités autonomes, sans lien entre elles. Parlant de la détermination requise pour la communion hiérarchique, la Nota Prævia dit bien : « Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique » (n. 2).

    La réception de l’épiscopat par des prêtres de la FSSPX le 1er juillet se ferait donc de façon autonome et sans aucun lien avec le reste de l’épiscopat catholique. Elle s’opposerait au fait que rappelait l’abbé Berto, théologien (peritus) de Mgr Lefebvre durant le concile Vatican II : « De droit divin, les évêques, même dispersés, sont un corps constitué dans l’Église  » (Pour la Sainte Église Romaine, Éd. du Cèdre, 1976, p. 242).

    Et Pie XII souligne que les trois charges des évêques (y compris celle d’ordre) leur conviennent dans la subordination au Souverain Pontife : « par institution divine, vous appartient, à vous, successeurs des Apôtres, sous l’autorité du Pontife romain, en vertu d’une triple charge et prérogative (cf. can. 329), le magistère, le sacerdoce et le gouvernement (magisterium, sacerdotium, regimen) » (31 mai 1954, Allocution aux Cardinaux et évêques venus à Rome pour la canonisation de saint Pie X).

    De tels sacres sont-ils exempts, comme le soutiennent leurs défenseurs, d’« intention schismatique » ?

    Subjectivement, c’est possible. La grave et longue crise dans l’Église, notamment le fait que certains membres de la hiérarchie puissent parfois favoriser réellement l’erreur ou être complices de fauteurs d’erreurs, peut amener certains, de bonne foi, à perdre de vue des éléments essentiels de la doctrine catholique, comme la communion hiérarchique. Et l’intention subjective relève du jugement de Dieu. 

    Mais objectivement, l’épiscopat lefebvriste ne peut se constituer qu’en niant la qualité de catholiques aux autres évêques : la FSSPX le reconnaît lorsqu’elle affirme qu’il faut constituer « un épiscopat véritablement catholique » pour « le salut des âmes ».

    Comme l’a rappelé Mgr Marian Eleganti, « il ne s’agit pas principalement d’intentions, mais de faits et de comportements objectifs » (thecatholicherald.com, 9 mars 2026). Et Mgr Robert Mutsaerts a écrit : « La FSSPX dispose d’une hiérarchie parallèle (des évêques sans mandat pontifical), elle procède à des ordinations sans juridiction, et ignore souvent les évêques locaux » (lifesitenews.com, 12 mars 2026). 

    La notion de l’épiscopat, telle que la FSSPX la met en avant, est-elle orthodoxe ?

     Malheureusement la FSSPX forge de plus en plus clairement une notion de l’épiscopat manifestement contraire à la Tradition catholique. Elle prétend en effet faire des évêques qui n’ont pas de relation au gouvernement réel de l’Église, et qui ne sont pas de « vrais princes dans la hiérarchie ecclésiastique » (Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ, 10 janvier 1890). 

    A contrario, la notion catholique de l’épiscopat est bien affirmée par saint Thomas : « L’évêque a un ordre par rapport au Corps mystique du Christ, qui est l’Église, sur laquelle il reçoit une charge principale et quasi royale » (Traité de la perfectione de la vie spirituelle, chap. 24, 4).

    La Tradition s’exprime par ailleurs notamment dans les rites liturgiques et l’usage de l’Église, tant orientale qu’occidentale. Elle montre que, par les rites de la consécration épiscopale, les évêques, non seulement reçoivent un pouvoir d’ordre spécifique, mais tiennent la place du Christ comme Maître et Pasteur. Ainsi, le Pontifical romain traditionnel porte, pour tous les évêques, même ceux qui n’ont pas la charge d’un troupeau particulier : « Donnez-lui, Seigneur, une chaire épiscopale pour régir votre Église et le peuple qui lui est confié ». Et Benoît XIV invoque un autre texte du Pontifical : « Recevez l’Evangile, et allez l’annoncer au peuple qui vous est confié » (Lettre Apostolique au Cardinal delle Lanze, 4 août 1747).

    La FSXPX au contraire promeut un épiscopat réduit à l’exercice du pouvoir d’ordre (ordonner des prêtres et confirmer des fidèles). Cela contredit le Concile de Trente, qui enseigne à deux reprises que « la prédication est la charge principale (præcipuum munus) des évêques » (Session 5, Decretum de reformatione, c. 2, et Session 24, Decretum de reformatione, c. 4 ; Mansi, 33, 30 et 159).

    Y a-t-il un danger de dérives vers l’hétérodoxie ?

    Oui. Pour la FSSPX, l’évêque est désigné par les supérieurs d’une société de vie apostolique particulière : la FSSPX. Un tel évêque n’est donc plus institué en union avec le pape et les autres évêques, il n’est plus membre d’un corps. 

    Il y a là une hérésie au moins dans la pratique : « La doctrine catholique la plus élémentaire, enseigne en effet Pie IX, nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime : 

    • s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, 
    • s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, 
    • s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde »

    (Lettre apostolique Etsi multa luctuosa, 21 novembre 1873).

     D’autre part, la notion de l’épiscopat formulée par la FSSPX est prétendument réduite à la fonction de distributeur des sacrements par les évêques sur l’injonction des supérieurs de la FSSPX.

    De tels évêques disent ne pas avoir de juridiction mais ils s’attribuent pourtant, pour confirmer et ordonner, une juridiction sur des sujets qui ne sont pas les leurs. Un des signes de l’insincérité de cette absence de juridiction, c’est précisément l’usage dans les cérémonies pontificales de la FSSPX de nombreux signes des pouvoir d’enseignement et de gouvernement : la mitre, la crosse, le trône, etc. Alors que de tels signes liturgiques ne sont absolument pas requis à la validité de l’usage du pouvoir d’ordre épiscopal.

    La conception d’un épiscopat réduit au pouvoir d’ordre s’oppose ainsi pratiquement à l’affirmation révélée selon laquelle les évêques sont « posés par le Saint-Esprit pour gouverner (paître, poimainein) l’Église de Dieu » (Ac 20, 28) .

  • Quasi modo... Comme des enfants nouveau-nés, alléluia!

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    Introitus Introit
    1 Petri 2, 2  
    QUASI modo géniti infántes, allelúia: rationábile, sine dolo lac concupíscite, allelúia, allelúia, allelúia. Ps. 80, 2 Exsultáte Deo adiutóri nostro: iubiláte Deo Iacob. ℣. Glória Patri. Comme des enfants nouveau-nés, alléluia : en vrais spirituels, soyez avides de lait pur, alléluia, alléluia, alléluia. Ps. 80,2 Chantez avec allégresse Dieu notre protecteur, acclamez le Dieu de Jacob. ℣. Gloire au Père.
  • Le côté transpercé de Jésus, fontaine de miséricorde divine

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    De John Grondelski (*) sur le National Catholic Register :

    11 avril 2021

    Le côté transpercé de Jésus est une fontaine de miséricorde divine

    " Ô sang et eau, qui avez jailli du cœur de Jésus comme une fontaine de miséricorde pour nous, nous nous confions en vous. "

    François-Joseph Navez, “The Incredulity of Saint Thomas,” 1823François-Joseph Navez, "L'Incrédulité de saint Thomas", 1823 (photo : Public Domain)

    Aujourd'hui, c'est le deuxième dimanche de Pâques et le dimanche de la Miséricorde divine. Ce n'est pas un dimanche après Pâques, mais un dimanche de Pâques, parce que tout le temps pascal - les 50 jours qui vont de Pâques à la Pentecôte - est une célébration unifiée du mystère pascal dans laquelle "la joie de la Résurrection" ne peut être contenue dans un seul jour ou même dans une seule octave. La Pâque dure 50 jours.

    Les Évangiles de dimanche dernier nous ont laissés au tombeau vide - l'Évangile de la Veillée pascale relate la rencontre de Marie-Madeleine et de ses compagnons avec le jeune homme, qui leur montre le tombeau vide. L'Évangile de la messe du jour de Pâques raconte comment les saints Pierre et Jean se sont rendus au tombeau et l'ont trouvé vide, voyant les linges funéraires mis de côté et "voyant et croyant". 

    L'Évangile d'aujourd'hui (Jean 20, 19-31) relate la première rencontre des Apôtres avec le Christ ressuscité. Bien qu'une semaine se soit écoulée pour nous, l'Évangile raconte les événements de la nuit du dimanche de Pâques, lorsque les Apôtres - derrière des portes verrouillées, terrés et effrayés - reçoivent la visite de Jésus ressuscité. 

    Ils ont reçu toutes sortes de rapports. Marie-Madeleine voit d'abord un tombeau vide, puis rencontre le Jardinier qu'elle reconnaît comme étant Jésus. Pierre et Jean se sont également rendus au tombeau vide. Peut-être que les disciples qui sont partis frustrés vers Emmaüs sont revenus. Quoi qu'il en soit, les apôtres eux-mêmes rencontrent enfin le Seigneur ressuscité.

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  • Le dimanche de la Divine Miséricorde

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    Nous lisons sur Evangile au quotidien :

    Deuxième dimanche de Pâques
    Dimanche de la Divine Miséricorde - Dimanche de saint Thomas

              Au terme de l'octave pascale - toute la semaine n'est considérée que comme un seul jour célébrant « la fête des fêtes » (saint Augustin) -, le deuxième dimanche de Pâques inaugure l'octave de dimanches qui mène jusqu'à la Pentecôte, comme aussi un jour unique de fête, un « grand dimanche » (saint Athanase) d'allégresse, manifestée par la flamme du cierge pascal qui brûle près de l'ambon.

            Ce dimanche a porté de nombreux noms :

    • ce fut le dimanche in albis (« en blanc ») car, ce jour-là, les baptisés de Pâques revêtent pour la dernière fois le vêtement blanc de leur naissance nouvelle.
    • Ce fut le dimanche de Quasimodo, du premier mot latin de l'antienne d'ouverture de la messe : « Comme des enfants nouveau-nés ont soif du lait qui les nourrit, soyez avides du lait pur de la Parole, afin qu'il vous fasse grandir pour le salut, alléluia ! »
    • Et, depuis le 30 avril 2000, le pape Jean-Paul II a demandé qu'il soit fêté comme le « dimanche de la Divine Miséricorde », selon la demande faite par le Christ à sœur Faustine Kowalska, canonisée ce jour-là : « Je désire qu'il y ait une fête de la Miséricorde. Je veux que cette image que tu peindras avec un pinceau, soit solennellement bénie le premier dimanche après Pâques, ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde » (1931).

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  • Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape en Afrique

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    De Victor Gaetan sur le NCR :

    Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape Léon XIV en Afrique

    ANALYSE : Un examen plus approfondi des quatre pays figurant à l'itinéraire du pape montre comment le rôle de l'Église — avant et après l'indépendance — a façonné sa visite.

    Dans une récente interview accordée au Register, l'archevêque José Avelino Bettencourt, nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale, a évoqué à juste titre de « multiples raisons à plusieurs niveaux » expliquant l'importance du voyage du pape Léon XIV dans quatre pays africains du 13 au 23 avril.

    L’avenir de l’Église en Afrique est une priorité absolue. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit une augmentation de près de 80 % par rapport à aujourd’hui, et le Saint-Siège est pleinement conscient de l’impact de cette croissance sur les priorités pastorales ainsi que sur les structures socio-économiques du continent. Selon la Banque mondiale, d’ici 25 ans, un jeune sur trois dans le monde sera africain.

    Le contexte historique plus large est également prépondérant, notamment lors de la première étape du voyage de Léon en Algérie, où le pape augustinien visitera les ruines de l'église où saint Augustin fut évêque d'Hippone au Ve siècle. Trois thèmes historiques structurent le voyage de dix jours de Léon et permettent d'en comprendre l'écho, ainsi que le profond respect dont jouit l'Église catholique sur le continent.

    1. Ordres missionnaires orientés vers le bien des populations locales

    Une idée fausse très répandue concernant l'Église catholique en Afrique porte sur sa relation avec le colonialisme.

    Bien que l’Église soit généralement arrivée avec des missionnaires sur des routes « pavées » par les puissances coloniales — les Français en Algérie et au Cameroun, les Portugais en Angola, les Espagnols en Guinée équatoriale —, les ordres religieux et le Saint-Siège ont fonctionné indépendamment des autorités coloniales lorsque cela importait. 

    Dès le XIXe siècle, les ordres missionnaires ont œuvré au service des populations locales, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Le Vatican s'est distingué par son opposition à la traite des esclaves, la promotion du clergé autochtone, l'accès à l'éducation et le soutien à la souveraineté nationale. 

    L'Algérie offre un exemple fascinant de la manière dont les religieux et les évêques catholiques ont privilégié les populations locales. (L'ordre des Augustins, fondé en Italie en 1244 par le pape Léon XIV, était voué dès ses débuts à la Règle de saint Augustin, mais ne s'est implanté dans le pays natal du saint qu'en 1933. )

    La première congrégation religieuse d'Algérie, les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, fut fondée en 1835 par une Française de 37 ans, Sainte Émilie de Vialar. Elle traversa la Méditerranée à bord d'un navire militaire français avec plusieurs autres jeunes religieuses, à la demande de son frère, qui travaillait pour le gouvernement colonial. Ce dernier avait constaté le besoin criant de soins médicaux et d'éducation de la population. Les sœurs durent immédiatement faire face à une épidémie de choléra et servirent aussi bien les populations autochtones que les Français. 

    Trois décennies plus tard, Mgr Charles Lavigerie, évêque de Nancy, fut nommé archevêque d'Alger, la plus grande ville d'Algérie. Il créa des foyers pour les orphelins musulmans algériens (malgré l'opposition des autorités locales françaises) puis, en 1868, fonda la Société des Missionnaires d'Afrique, qui s'étendit à l'Afrique centrale et orientale, privilégiant l'apprentissage des langues locales et l'implantation de l'Église là où elle était inconnue. Mgr Lavigerie s'opposait au prosélytisme auprès des musulmans, convaincu que la charité et l'altruisme étaient les caractéristiques du christianisme.

    En Angola, l'histoire du catholicisme remonte à l'arrivée, à la fin du XVe siècle, de frères portugais voyageant avec des explorateurs. En 1491, ils convertirent un roi local et son fils, qui contribuèrent ensuite à la conversion de la région. Une mission jésuite débuta en 1548 et se révéla plus durable, mais l'ordre fut expulsé en 1759, lorsque les gouvernements pratiquant la traite négrière (Portugal, France et Espagne) contraignirent le pape Clément XIV à la supprimer. 

    La Congrégation du Saint-Esprit, ou Spiritains, a insufflé un nouvel élan à l'évangélisation en Angola dès son arrivée en 1866. Les Spiritains ont également joué un rôle important dans l'histoire catholique du Cameroun, notamment dans la ville côtière de Douala, après la prise de contrôle française du territoire colonial allemand à la suite de la Première Guerre mondiale. Sous administration allemande, les Pères Pallottins (de l'appellation officielle Société de l'Apostolat Catholique) ont mené les efforts missionnaires. Chassés du pays en 1916 , les Pallottins sont revenus au Cameroun en 1964 pour y exercer leur ministère.

    Aujourd'hui, plus de 300 congrégations religieuses sont actives au Cameroun, pays qui compte environ 30 millions d' habitants , avec un âge médian de 18 ans.

    La dernière étape du voyage du pape Léon XIV est la Guinée équatoriale, seul pays hispanophone d'Afrique. Aux termes d'un traité signé en 1778 entre le Portugal et l'Espagne pour régler les différends frontaliers en Amérique latine, le Portugal a cédé le territoire de la Guinée équatoriale, comprenant cinq îles et une petite bande côtière continentale. L'Espagne convoitait ce territoire pour y établir une base pour sa traite transatlantique des esclaves. 

    Les Clarétains espagnols (officiellement la Congrégation des Fils Missionnaires du Cœur Immaculé de Marie) ont exercé une influence considérable et durable sur l'Église en Guinée équatoriale, leur première affectation à partir de 1883. Ces missionnaires s'opposèrent à la brutalité coloniale et aux pratiques inhumaines des planteurs. En créant et en encadrant une grande partie du système éducatif, les Clarétains favorisèrent l'ascension sociale.

    Aujourd'hui, les catholiques représentent environ 75 % des 1,9 million d'habitants du pays — l'âge moyen est de 22 ans — et les Clarétains restent profondément engagés dans la vie pastorale.

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  • Une mission du cœur : l’équipage d’Artemis II rend hommage à la foi, à la famille et à une vie perdue.

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    De

    Une mission du cœur : l’équipage d’Artemis II rend hommage à la foi, à la famille et à une vie perdue.

    La mission de survol lunaire a captivé le monde entier, non seulement par son ambition technique, mais aussi par ses moments d'humanité. Parmi ceux-ci, un message de Pâques émouvant et un hommage à la défunte épouse d'un membre d'équipage.

    Coucher de Terre capturé à travers le hublot du vaisseau spatial Orion à 18h41 EDT, le 6 avril 2026, lors du survol de la Lune par l'équipage d'Artemis II.
    Coucher de Terre photographié à travers le hublot du vaisseau spatial Orion à 18h41 EDT, le 6 avril 2026, lors du survol de la Lune par l'équipage d'Artemis II. (Photo : NASA)

    Alors que la mission Artemis II entame son retour des profondeurs de l'espace — ayant parcouru plus de la moitié de son voyage historique —, elle marque un nouveau chapitre dans l'exploration humaine.

    Opérée par la NASA, cette mission habitée a captivé le monde entier, non seulement par son ambition technique, mais aussi par les moments d'humanité qu'elle a suscités. Parmi eux, un message poignant envoyé sur Terre pour célébrer Pâques et rendre hommage à l'épouse disparue d'un membre d'équipage a rappelé que même dans l'immensité silencieuse de l'espace, les thèmes de l'espoir, du renouveau et de la foi continuent de résonner à travers le cosmos.

    Le 4 avril, un journaliste de CBS News a demandé au pilote de la mission, Victor Glover, s'il avait un message à partager avant Pâques. L'astronaute, qui avait emporté sa Bible dans l'espace, a partagé une profonde réflexion sur la beauté de la création.

    « Étant donné la distance qui nous sépare de la Terre et la beauté de la création, je crois que l’une des perspectives personnelles les plus importantes que j’ai ici-haut est de pouvoir vraiment percevoir la Terre comme un tout », a déclaré Glover. « Et quand je lis la Bible et que je vois toutes les choses extraordinaires qui ont été faites pour nous… on se retrouve face à cet endroit extraordinaire, ce vaisseau spatial. »

    Il a ajouté : « Vous nous parlez parce que nous sommes dans un vaisseau spatial très éloigné de la Terre, mais vous, vous êtes sur un vaisseau spatial appelé Terre, créé pour nous offrir un lieu de vie dans l’univers, dans le cosmos. La distance qui nous sépare vous donne peut-être l’impression que ce que nous faisons est exceptionnel, mais nous sommes à la même distance de vous. Et j’essaie de vous dire – croyez-moi – vous êtes exceptionnels. »

    Faisant référence à la Terre, l'astronaute a déclaré : « Au milieu de tout ce vide — ce néant qu'est l'univers — il y a cette oasis, ce magnifique endroit où nous avons la chance d'exister ensemble. »

    « Je pense qu’à l’approche de Pâques, en pensant à toutes les cultures du monde entier, qu’on la célèbre ou non, qu’on croie en Dieu ou non, c’est l’occasion pour nous de nous souvenir où nous sommes, qui nous sommes, que nous sommes tous pareils et que nous devons traverser cette épreuve ensemble. »

    Le 6 avril, Glover a également rappelé aux habitants de la Terre le plus grand commandement que le Christ nous a laissé : aimer Dieu de tout son cœur et aimer son prochain.

    Quelques instants avant que l'équipage ne perde le contact avec la Terre alors que le vaisseau spatial passait derrière la Lune, Glover a déclaré : « Alors que nous nous approchons du point le plus proche de la Lune et du point le plus éloigné de la Terre, alors que nous continuons à percer les mystères du cosmos, je voudrais vous rappeler l'un des mystères les plus importants sur Terre : l'amour. »

    « Le Christ a dit, en réponse au plus grand commandement, qu’il fallait aimer Dieu de tout son être », a-t-il ajouté. « Et lui aussi, en grand maître, a dit que le second commandement lui était égal : aimer son prochain comme soi-même. »

    Glover a toujours été très ouvert sur sa foi chrétienne. Avant le lancement d'Artemis II , il a déclaré que Jésus est la solution aux problèmes du monde : « Nous avons besoin de Jésus, que ce soit ici sur Terre ou en orbite autour de la Lune. »

    Dans un autre moment émouvant, Jeremy Hansen, spécialiste de la mission Artemis, a partagé un message proposant des noms possibles pour deux cratères lunaires encore sans nom. Le premier était « Integrity », en hommage au nom de leur vaisseau spatial, et le second « Carroll », en mémoire de l'épouse du commandant d'Artemis, Reid Wiseman.

    Il a qualifié la proposition de nommer un cratère Carroll de « particulièrement significative pour cet équipage ».

    « Il y a quelques années, nous avons entamé ce voyage au sein de notre famille d'astronautes très unie, et nous avons perdu un être cher », a-t-il confié.

    Hansen a expliqué qu'à certains moments du transit de la Lune autour de la Terre, celle-ci peut être visible depuis la Terre.

    « C'est un point lumineux sur la lune et nous aimerions l'appeler Carroll », a-t-il déclaré, la voix étranglée par les larmes.

    Carroll Taylor Wiseman est décédée d'un cancer en 2020 à l'âge de 46 ans.

    L' équipage d'Artemis devrait faire son retour sur Terre en amerrissant dans l'océan Pacifique le 10 avril. (Ce retour s'est produit sans incident ndB)

    Lire également : Un temps pour lever les yeux vers le ciel

  • Diocèses et paix : la prière suffit-elle ?

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Diocèses et paix : la prière suffit-elle ?

    Suite à l'invitation du pape Léon XIV, les diocèses prient pour la paix, mais cela ne suffit pas tant que le manque d'engagement à construire une société humaine à la lumière de la doctrine sociale de l'Église n'est pas résolu. 

    11/04/2026

    Suite à l'invitation du pape Léon XIV et aux initiatives qu'il a encouragées, de nombreux diocèses et paroisses ont organisé des offices et des veillées de prière pour la paix. La prière est un premier pas, car la paix est le fruit de la charité, mais est-elle pour autant le seul ? Assurément, l'Église œuvre pour la paix dans toute sa vie et son activité, de la liturgie aux sacrements, de la catéchèse aux œuvres de charité spirituelles et matérielles. Tout cela contribue à l'ordre sur lequel la paix se fonde et en quoi elle consiste. Cela aide à bâtir l'ordre et à le restaurer après le péché, participant ainsi à la justice sans laquelle il n'y a pas de paix.

    Il existe cependant une approche spécifique que l'Église doit adopter pour construire la paix, qui est aussi une expression de charité. Je fais référence à la Doctrine sociale de l'Église, à son enseignement et à sa mise en œuvre, à sa doctrine et à sa pratique. Si la paix est la « tranquillitas ordinis », comme le dit saint Augustin au chapitre XIX de De civitate Dei, il ne fait aucun doute qu'elle naît de la construction d'un ordre social et politique conforme à la justice. C'est précisément l'objectif de la Doctrine sociale de l'Église et des énergies de pensée et d'action qui en découlent. Face à la puissance des acteurs en guerre aujourd'hui, cette référence à la Doctrine sociale peut paraître naïve, mais il ne faut pas oublier, comme l'a enseigné Jean-Paul II, que les erreurs s'enracinent et deviennent des structures de péché, tout comme les petites bonnes actions s'enracinent et deviennent des structures de bien. (...)

    Nous savons bien que certains diocèses sont petits, que tous rencontrent diverses difficultés, mais il convient de relever cette contradiction entre la prière pour la paix et le manque d'engagement dans la construction de la société humaine à la lumière de la doctrine sociale de l'Église.

  • Les véritables causes de la guerre et l’unique condition de la paix

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    De Roberto de Mattei sur Correspondance Européenne :

    Les véritables causes de la guerre et l’unique condition de la paix

     

    La plupart des analystes occidentaux sont convaincus que la guerre en cours au Moyen-Orient est due avant tout à des intérêts économiques dans le secteur pétrolier et énergétique. D’autre part, la principale préoccupation de l’opinion publique, en Europe et aux États-Unis, est que la prolongation du conflit puisse affecter la vie quotidienne, en abaissant de manière significative le niveau de vie. Face à cette lecture des événements, une question s’impose spontanément : n’y a-t-il vraiment rien au-delà de la dimension économique qui puisse expliquer ce qui se passe ? Juan Donoso Cortés se trompait-il lorsqu’il affirmait qu’il n’existe pas de question politique qui n’implique, en dernière instance, une question théologique, nous invitant à élever notre regard vers la sphère des principes premiers sur lesquels repose l’univers ? (Ensayo sobre el catolicismo, el liberalismo y el socialismo, BAC, 1946, vol. II, p. 501).

    Pourtant, certains n’hésitent pas à attribuer aux événements confus et dramatiques en cours une signification eschatologique. Aux États-Unis, par exemple, le protestantisme évangélique exerce une forte influence sur la vie politique. Les évangéliques représentent environ 20 à 25 % de la population américaine et disposent d’un vaste réseau médiatique, ce qui en fait l’une des composantes religieuses les plus organisées du pays. Leur galaxie comprend des courants tels que les « chrétiens sionistes », qui interprètent le retour du peuple juif sur la terre d’Israël comme faisant partie du plan divin. Le soutien politique et militaire des États-Unis à l’État d’Israël répondrait à un dessein providentiel, et la reconstruction du Temple de Jérusalem est vue comme une étape nécessaire à l’accomplissement des prophéties bibliques.

    Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, lors d’une intervention à Jérusalem en 2018, a exprimé ouvertement l’espoir de la reconstruction du Troisième Temple. Aujourd’hui cependant, le mont où s’élevaient le Premier et le Second Temple de Jérusalem, détruits par les Babyloniens et les Romains, est occupé par le Dôme du Rocher, l’un des sanctuaires les plus sacrés de l’islam. La reconstruction du Temple en ce lieu ouvrirait un conflit avec l’ensemble du monde musulman et, pour cette raison également, de nombreux juifs interprètent cette reconstruction de manière uniquement symbolique. Le messianisme reste toutefois un élément unificateur qui traverse le judaïsme, en Israël comme en dehors. Pour certains, il s’agit de l’attente d’un Messie personnel, associé à la restauration de Jérusalem ; pour d’autres, la figure personnelle du Messie est remplacée par l’idée d’un « âge messianique », entendu comme une rédemption historique de l’humanité.

    Le messianisme occupe également une place centrale dans l’islam chiite, en particulier dans son courant principal duodécimain. Les fidèles croient que le douzième imam, Muhammad al-Mahdi, n’est pas mort, mais qu’il est entré en état « d’occultation » (ghayba) en 941 apr. J.-C. Selon cette doctrine, il est l’« Imam caché », destiné à réapparaître à la fin des temps comme le Mahdi, le « bien guidé », afin de rétablir la justice et d’inaugurer une ère de vérité. Les dirigeants de la République islamique d’Iran se présentent comme les « régents » temporaires du Mahdi, chargés de gouverner en attendant son retour. Ils considèrent la libération d’Al-Qods (Jérusalem) et des lieux saints de l’islam comme un devoir sacré pour tous les musulmans, afin de permettre le retour du Mahdi. Le conflit avec l’État d’Israël est un élément nécessaire de cette vision eschatologique (Vali Nasr, The Shia Revival, W. W. Norton, 2006).

    Qu’est-ce donc, d’autre part, sinon une vision eschatologique, que le mythe russe de la « Troisième Rome », dans lequel Moscou est présentée comme la dernière héritière de la véritable foi chrétienne, appelée à la garder jusqu’à la fin des temps ?

    Pour l’idéologue de Poutine, Aleksandr Dugin, la « Troisième Rome » représente l’antithèse de l’Occident, décrit comme une civilisation décadente, arrivée à la fin de son cycle historique. Les critiques de Dugin envers l’Occident sont « remodulées » en Iran, en Turquie et dans le monde arabe, surtout dans une perspective anti-sioniste. Kamal Gasimov et Marlene Laruelle, dans leur essai Eurasia and eschatology. Dugin’s antiliberal resonances in the Muslim world, ont montré l’affinité des positions de Dugin avec celles du messianisme chiite (Studies in East European Thought, 78, 2026, pp. 377-399). Françoise Thom, quant à elle, dans un article intitulé États-Unis et Russie : les ravages de l’eschatologie, du 22 mars 2026, montre comment le syncrétisme eschatologique de Dugin naît de l’utilisation de thèmes théologiques au service de l’impérialisme du Kremlin.

    L’erreur commune à toutes les fausses eschatologies est, en dernière analyse, d’interpréter la lutte entre le Bien et le mal comme une lutte entre puissances séculières pour la domination du monde. Cela permet de comprendre que même la Silicon Valley n’est pas étrangère à ces perspectives eschatologiques. Elon Musk se réfère au Russe Konstantin Tsiolkovski, fondateur du « cosmisme », une vision panthéiste de l’univers, dans laquelle l’exploration de l’espace est une étape nécessaire du processus d’évolution de l’homme et de son intégration avec le cosmos.

    De son côté, le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, dans une série de conférences tenues à Rome au mois de mars sur le thème de l’Antéchrist, soutient que la technologie peut devenir soit un instrument de salut, soit un facteur de destruction, selon l’usage qui en est fait. Selon Thiel, les États-Unis incarnent une double possibilité : être le Katechon, la force qui retient le chaos, ou devenir l’Antéchrist, la puissance qui, à travers ses instruments de surveillance, pourrait dominer le monde. Thiel lui-même, créateur de systèmes de contrôle technologique comme l’entreprise Palantir, semble assumer cette double et inquiétante identité.

    Et l’Église catholique ? Peut-elle se limiter à invoquer la paix, dans une perspective aussi immanente que celle de ceux qui proclament la guerre pour des fins mondaines ? L’Église n’a-t-elle pas sa propre théologie de l’histoire, fondée sur l’opposition augustinienne des deux cités : l’une mue par « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu », l’autre par « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi » (De Civitate Dei, livre XIV, chap. 28) ?

    Dans son homélie de Pâques du 9 avril 1939, six mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII rappelait que « le fondement unique et inébranlable sur lequel repose la véritable paix est Dieu. Dieu connu, respecté, obéi. Diminuer ou détruire cette obéissance au Créateur divin revient à troubler ou à détruire complètement la paix dans les individus comme dans les familles, dans les nations comme dans le monde entier ».

    L’éloignement de Dieu est la cause de toute guerre, de même que le retour à l’ordre naturel et divin, que l’Église catholique garde, est la condition de la seule véritable paix. « Alors enfin – s’écrie Pie XI dans son encyclique Quas Primas du 11 décembre 1925 – tant de blessures pourront être guéries, alors tout droit retrouvera sa force originelle, alors enfin reviendront les précieux biens de la paix, et les épées tomberont des mains, lorsque tous accueilleront volontiers le règne du Christ et lui obéiront, lorsque toute langue confessera que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ».

    Le Message de Fatima de 1917, qui prophétise le triomphe du Cœur Immaculé de Marie après le châtiment des nations, scelle cette théologie de l’histoire. Celui qui est capable d’élever son regard au-delà de l’horizon immanent des événements historiques met sa confiance dans cette paix ordonnée que le Rédempteur apportera sur la terre avant la fin des temps, en en confiant la réalisation à sa Mère divine.

  • Le Professeur Jérôme Lejeune : la vérité au prix de la gloire

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    D'Elisabeth de Sansal sur 1000 raisons de croire :

    Jérôme Lejeune : la vérité au prix de la gloire

    Jérôme Lejeune, grand généticien français du XXe siècle, découvre en 1958 l’origine de la trisomie 21 grâce à une technique permettant d’identifier les chromosomes. À l’heure des grands progrès de la génétique, cette découverte ouvre un champ de recherche immense. Mais elle marque aussi un tournant moral décisif. Lejeune comprend en effet que ce savoir nouveau risque de servir non pas à soigner les enfants atteints, mais à les éliminer avant leur naissance. Alors qu’il reçoit en 1969 à San Francisco le prestigieux William Allen Award, la plus haute distinction en génétique, il choisit de dire publiquement la vérité : tuer n’est pas soigner. Par fidélité à sa foi, à sa conscience et à la médecine, il sacrifie une brillante carrière.

    Les raisons d'y croire

    • À l’imitation du Christ, Jérôme Lejeune aime ses petits patients sans distinction de handicap, de morphologie ou de faciès. Il ne veut en aucun cas supprimer la maladie en supprimant le malade, ce qui serait contraire à sa foi, à sa conscience, à la médecine et à la dignité humaine. Il continue d’ailleurs de recevoir des malades en consultation, là où la plupart les délaissent à ce stade de leur carrière.
    • Le généticien est lucide : il sait que ses pairs ne lui pardonneront pas de parler librement selon sa conscience lors de la remise de l’Allen Award à San Francisco, le 3 octobre 1969. Mais, s’il a la moindre chance de toucher leur cœur et leur intelligence, il la saisira. Ses actes sont guidés par la vérité, et non par la bien-pensance ni par la recherche de prestige. Lejeune a le souci de rester disciple du Christ dans toutes les dimensions de sa vie. « De toute façon, je dirai ce que je crois être vrai », écrit-il à son épouse.
    • Il a tout à perdre : sa notoriété, sa carrière, les distinctions… En effet, il est une référence mondiale en génétique et exerce déjà de nombreuses responsabilités, comme professeur à la Sorbonne, titulaire de la première chaire de génétique fondamentale, directeur de recherche au CNRS et chef de l’unité de cytogénétique à l’INSERM. Il a reçu de nombreux prix, dont le prix Kennedy, et figure parmi les « nobelisables ». Comme tout homme, il aimerait être reconnu pour son travail, mais la défense de la vie a pour lui une valeur infiniment supérieure.
    • Lors de son discours, il ne mâche pas ses mots, se référant à Hamlet : « To kill or not to kill, that is the question. » Sa position vis-à-vis de l’avortement est très claire. Le parterre de scientifiques qui l’écoute reste d’ailleurs muet à la fin de sa prise de parole : pas un applaudissement, pas un mot, pas une poignée de main… L’un des médecins présents glisse à son voisin : « C’est le second tremblement de terre en deux jours à San Francisco ! »
    • Deux mois plus tard, Jérôme Lejeune écrit dans son journal : « Je sais pertinemment et je le savais depuis longtemps d’avance que le monde scientifique ne me pardonnerait pas cette incartade ! Être assez anticonformiste pour croire encore à la morale chrétienne et pour voir comme elle s’accorde pleinement à la génétique moderne, en voilà trop. Si jamais les chromosomes ont eu une vague chance pour le Nobel, je sais que je lui tordais le cou en lançant cet avertissement. Mais entre ça et tordre le cou aux petits enfants, y avait-il matière à réflexion ? »
    • Jérôme Lejeune ne se décourage pas et retrousse ses manches pour combattre en « soldat du Christ », selon le désir intime né en lui lors d’une expérience spirituelle vécue quelques années plus tôt en Terre sainte . Le savant vit réellement l’Évangile – « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » ( Mt 25,40 ) – et c’est sa vocation de médecin chrétien qui le guide.
    • « Ou bien nous les guérirons de leur innocence, ou bien ce sera le massacre des innocents », écrit-il dans son journal intime en 1970, avant même que la loi sur l’avortement ne soit votée en France. Cette phrase montre à quel point il est visionnaire. Aujourd’hui, plus de 96 % des enfants diagnostiqués positifs à la trisomie 21 sont éliminés avant la naissance.
    • Les témoignages rendus à la mort du médecin, début avril 1994, sont poignants et révèlent toute la charité qu’il transmettait autour de lui : « L’espérance, la foi et la charité étaient inscrites au front de l’immense savant, du médecin, du médecin chrétien des plus démunis qui sont aussi les plus près de Dieu. »
    • Si le professeur Lejeune avait gardé le silence, des milliers de vies auraient sans doute manqué d’un médecin pour les soigner et leur révéler la dignité que Dieu leur confère en tant que personnes. Par son témoignage et par ses actes, il a suscité après sa mort la création de l’institut et de la fondation qui portent son nom, afin de ne pas laisser les patients sans médecin. Son courage a fait naître des vocations après lui : elles sont l’un des fruits de son exemple.

    En savoir plus

    Le professeur Lejeune a vécu soixante-sept ans. Une vie courte, somme toute, mais si intense que l’on ne peut pas la résumer en quelques mots. Médecin, chercheur, généticien, il a trente-deux ans lorsque, en 1959, il découvre que le « mongolisme », comme on l’appelle alors, est le résultat d’une aberration chromosomique et non d’une malédiction, comme on avait tendance à le dire parfois. Cette découverte ouvre à la science des perspectives de recherche extraordinaires. Mais, en 1969, lorsqu’il comprend que ses travaux ne serviront pas à soigner les enfants trisomiques mais à les supprimer avant qu’ils ne voient le jour, il n’hésite pas à renoncer à une brillante carrière pour se lancer, jusqu’à sa mort, dans un combat acharné en faveur de la vie. Dès ses débuts en médecine, Jérôme Lejeune veut avant tout être un médecin chrétien : servir les malades, c’est servir le Christ. Il rejoint en cela l’exemple des médecins anargyres, les « sans argent », qui ont à cœur de soigner non seulement le corps mais aussi l’âme, comme les saints Côme et Damien, ou Giuseppe Moscati († 1927).

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  • « Un jour, l'Afrique nous ramènera au Christ. »

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    « Un jour, l'Afrique nous ramènera au Christ. »

    « Les missions à l’étranger sont un remède à notre frustration envers l’Église », déclare le père Karl Wallner. Il médite sur les péchés de l’Occident et la joie de la foi chez les chrétiens africains.
    Père Karl Wallner
    Photo : Missio Austria | Le père Karl Wallner dirige Missio – les Œuvres pontificales missionnaires en Autriche – depuis le 1er septembre 2016. Depuis sa prise de fonction, les dons reçus par Missio Austria ont plus que doublé.

    À17 ans, j'ai ressenti un appel à la prêtrise, mais je désirais aussi devenir missionnaire. Ce fut une expérience bouleversante, mais Dieu m'a ensuite clairement conduit à Heiligenkreuz. Je suis devenu curé assez tôt, puis, après mon doctorat, professeur à l'université. Fort de mon élan missionnaire, j'ai pu m'investir comme aumônier de jeunesse, ce qui a attiré de nombreux jeunes dans notre communauté. Ce fut donc une grande surprise lorsqu'on a proposé de nommer un moine cistercien, qui n'avait même jamais mis les pieds en Afrique, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires en Autriche. Je savais que je ne comprenais rien à l'Église universelle et que je devais aller sur le terrain.

    Vous voyagez à travers le monde depuis près de dix ans. Cela a-t-il changé et façonné votre vision de l'Église universelle ?

    Je vis dans un monde et une Église totalement nouveaux ! Mon principal champ d'action et de mission reste cependant l'Autriche, car les missions internationales sont un remède à notre frustration face à l'Église. J'ignorais auparavant que l'Église universelle dans les pays du Sud était si forte et en pleine croissance. J'essaie de partager ce qui m'inspire en Autriche et d'encourager les gens à prier pour l'Église universelle – et bien sûr, à faire des dons pour que nous puissions la soutenir.

    Vous connaissez désormais les deux réalités : africaine et européenne. Ce qui est particulièrement frappant, c’est que l’Europe vieillit, tandis que l’Afrique affiche les taux de natalité les plus élevés. Ce phénomène se reflète-t-il également au sein de l’Église ?

    Oui, démographiquement, nous connaissons un déclin dramatique depuis 50 ans. L'Europe ne représente plus que 9 % de la population mondiale, contre 60 % pour l'Asie. L'Afrique connaîtra une croissance d'un milliard d'habitants supplémentaires au cours de ce siècle. Ce continent a besoin de notre attention car nous sommes très proches. Après tout, seule la mer Méditerranée nous sépare. Par conséquent, prendre soin de cette jeune Église en pleine croissance doit être une priorité absolue pour nous, en Europe.

    En Europe, la connaissance de la foi a diminué, et la ferveur religieuse s'est affaiblie. Quelle expérience avez-vous vécue à ce sujet en Afrique ?

    Avant même de rejoindre Missio, j'étais impressionné par nos étudiants nigérians à Heiligenkreuz : après seulement trois mois d'apprentissage du français, ils étaient capables de lire la Phénoménologie de l'esprit de Hegel ! J'espère donc vivre assez longtemps pour voir un pape noir. Ils en ont assurément le potentiel ! Il y a aussi, bien sûr, les traumatismes causés par le culte des ancêtres et les pratiques magico-occultes comme la croyance aux démons. C'est pourquoi l'Afrique subsaharienne a embrassé le christianisme si rapidement : la foi en un Dieu rédempteur et aimant représente une véritable libération de la croyance aux démons. L'Église est forte en Afrique car la foi y est empreinte d'une grande joie, d'un théocentrisme et d'un amour du divin que nous avons perdus.

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