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Foi

  • La situation des chrétiens en Inde est particulièrement préoccupante

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    La situation des chrétiens en Inde est préoccupante en raison d’une augmentation marquée des violences, des discriminations et des pressions sociétales, particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir du BJP (parti nationaliste hindou) en 2014 sous Narendra Modi. Bien que l’Inde soit constitutionnellement un État laïque garantissant la liberté religieuse, la réalité sur le terrain montre une dégradation significative, documentée par de multiples organisations indépendantes.

    Augmentation spectaculaire des violences

    Les chiffres rapportés par des organismes comme l’Evangelical Fellowship of India (EFI), le United Christian Forum (UCF) et Open Doors montrent une tendance claire :

    • Environ 640 incidents vérifiés en 2024 (sur 840 signalés), contre 147 en 2014 — soit une multiplication par plus de 4.
    • Près de 900 incidents en 2025, avec une moyenne de plus de deux attaques par jour dans certaines périodes. Les violences incluent des agressions physiques, des destructions d’églises ou de maisons, des perturbations de cultes, des boycotts sociaux, des humiliations publiques et parfois des meurtres ou viols.

    Les chrétiens (environ 2,3 % de la population selon le recensement de 2011, soit autour de 28-30 millions) sont une petite minorité, mais font face à un niveau de violence élevé, surtout les convertis issus de l’hindouisme ou des communautés tribales/Dalits. L’Inde figure régulièrement dans le haut du World Watch List d’Open Doors (11e ou 12e place ces dernières années), avec un score de violence proche du maximum.

    Causes principales : l’idéologie Hindutva

    Le nationalisme hindou (Hindutva), promu par des organisations comme le RSS, le Bajrang Dal et le BJP, vise à faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue (« Hindu Rashtra »). Les chrétiens (comme les musulmans) sont perçus comme des « étrangers » ou des traîtres dont la loyauté irait à l’Occident ou à une identité non indienne.

    • Accusations de conversions forcées : Toute activité chrétienne (services, charité, éducation, soins) est souvent présentée comme une tentative de conversion par « allèchement » ou fraude. Cela justifie des violences de foule (mob violence) organisées.
    • Impunité fréquente : Les auteurs sont rarement poursuivis ; la police et les autorités locales (dans les États gouvernés par le BJP) sont parfois accusées de partialité ou d’inaction. Les victimes peuvent même être arrêtées sous des prétextes fallacieux.

    Lois anti-conversion

    Plus d’une douzaine d’États ont adopté des lois contre les « conversions forcées ». Elles exigent souvent une autorisation préalable, imposent des peines sévères et sont appliquées de manière discriminatoire contre les chrétiens. Elles ont souvent augmenté les tensions et les fausses accusations plutôt que de protéger la liberté religieuse.

    Exemples notables

    • Manipur (2023-2025) : Violences ethniques et religieuses contre les tribus Kuki majoritairement chrétiennes → centaines de morts, plus de 200 églises détruites, dizaines de milliers de déplacés.
    • Attaques récurrentes pendant Noël, des services dominicaux, ou contre des pasteurs.
    • Pressions sur les convertis pour qu’ils « reviennent » à l’hindouisme (Ghar Wapsi).

    Nuances importantes

    • Tous les hindous ne soutiennent pas cette violence ; beaucoup vivent en paix avec leurs voisins chrétiens (surtout dans le Sud comme au Kerala).
    • Les chrétiens indiens sont anciens (remontant à Saint Thomas selon la tradition, et présence portugaise/britannique), contribuent fortement à l’éducation et la santé, et ne représentent pas une menace démographique (leur part est stable ou en légère baisse relative).
    • La situation varie fortement selon les États : pire dans ceux gouvernés par le BJP (Uttar Pradesh, Chhattisgarh, etc.).

    En résumé, la situation est particulièrement préoccupante car elle combine violence physique récurrente, pression sociétale organisée, instrumentalisation politique et affaiblissement progressif des protections légales, dans un pays qui se veut la « plus grande démocratie du monde ». Des rapports d’USCIRF (États-Unis) et d’autres observateurs internationaux soulignent cette tendance systématique liée à la montée de l’extrémisme hindou. Les chrétiens indiens demandent souvent simplement l’application effective de la Constitution et la fin de l’impunité. (IA)

    (source) Il est difficile d'ignorer les récits de persécution religieuse contre les catholiques en Inde.

    Nombreux sont ceux qui œuvrent auprès des catholiques en Inde et qui doivent s'exprimer avec prudence, voire hésitation. La crainte de représailles est bien réelle : elle détermine ce qui peut être dit publiquement et ce qui doit rester tu. Mais la constance de leurs préoccupations, toutes régions et tous ministères confondus, qu'ils soient laïcs ou clercs, révèle une réalité qu'il est de plus en plus difficile d'ignorer : la situation des catholiques en Inde se détériore.

    Pour ceux qui suivent l'actualité, leur situation devient de plus en plus urgente de semaine en semaine .

    Cette inquiétude est exacerbée par une mesure actuellement en cours au Parlement indien.

    En mars, le gouvernement a présenté un projet de loi visant à modifier la loi sur la réglementation des contributions étrangères (FCRA), qui encadre la réception de fonds étrangers par les organisations non gouvernementales. La FCRA a déjà été utilisée pour restreindre les activités des organisations caritatives chrétiennes. L'amendement proposé irait plus loin, en autorisant le gouvernement à prendre le contrôle des actifs des organisations qui perdent leur admissibilité à recevoir des fonds étrangers.

    Cette autorité ne se limiterait pas aux restrictions financières. Elle s'étendrait à la gestion et, potentiellement, à la réaffectation des infrastructures matérielles construites et entretenues par les communautés religieuses. Pour les diocèses catholiques et les ordres religieux, les conséquences sont immédiates.

    Nombre d'entre elles dépendent, au moins en partie, du soutien international, notamment des dons des États-Unis, pour financer des écoles, des hôpitaux, des orphelinats et des dispensaires au service de populations souvent privées d'un soutien étatique fiable. Si l'accès à ce soutien leur est retiré et si les biens liés à ces activités peuvent alors être transférés sous contrôle étatique, il ne s'agit pas simplement de difficultés financières. Il y a risque de perte d'indépendance institutionnelle et, dans certains cas, de détournement effectif des ressources destinées à la mission caritative de l'Église.

    Il ne s'agit pas d'une préoccupation abstraite. Pour les communautés qui en dépendent, souvent parce que l'État ne propose aucun service comparable, les conséquences seraient immédiates et désastreuses. Et le temps presse.

    Le projet de loi devrait progresser dans les prochains mois. Une fois adopté, ses effets seront probablement difficiles à inverser. Dans ce contexte, un rétrécissement progressif de l'espace dans lequel les chrétiens peuvent agir en Inde est déjà en cours.

    La violence demeure une réalité. Des églises ont été vandalisées, des membres du clergé harcelés et des fidèles perturbés. Dans plusieurs États, les lois « anti-conversion » ont été appliquées de manière à dépasser largement le simple cadre de la prévention de la coercition. En pratique, elles ont servi à enquêter, à détenir et à dissuader les manifestations ordinaires de la foi chrétienne. L’effet cumulatif n’est pas seulement la punition d’individus, mais aussi la création d’un climat où toute activité religieuse comporte des risques juridiques croissants.

    Malgré ces développements, l'Inde n'a pas été désignée comme pays particulièrement préoccupant au titre de la loi sur la liberté religieuse internationale. La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale a recommandé cette désignation à plusieurs reprises, invoquant des violations « systématiques, continues et flagrantes ». Mais le Département d'État a refusé d'agir.

  • La formule gagnante d'un pèlerinage français en pleine expansion

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    La formule gagnante d'un pèlerinage français en pleine expansion

    Le pèlerinage au sanctuaire Sainte-Anne-d'Auray en Bretagne allie évangélisation, liturgie traditionnelle et patrimoine culturel pour attirer les nouvelles générations à la foi.

    En 2024, des pèlerins se rendront au sanctuaire Sainte-Anne en Bretagne via le Feiz e Breizh.
    Des pèlerins se rendent au sanctuaire Sainte-Anne en Bretagne en empruntant le Feiz e Breizh en 2024. (Photo : Courtoisie du Feiz e Breizh)

    Un pèlerinage en pleine expansion dans l'ouest de la France montre comment un nouveau mouvement catholique peut être fondé avec succès en se concentrant sur la mission, la tradition et le patrimoine. 

    Le pèlerinage Feiz e Breizh , qui signifie « Foi en Bretagne », a débuté en 2017, à l’initiative de quatre amis laïcs catholiques et avec le soutien de leur ordinaire local, l’évêque Raymond Centène de Vannes. 

    « Ils souhaitaient créer un événement unique qui rassemble les gens autour de l'essentiel : leur foi », explique Korantin Denis, l'actuel directeur du pèlerinage. « Leur objectif était donc de créer un pèlerinage familial ouvert à tous. »

    Le voyage de deux jours, couvrant 30 à 40 miles à la fin du mois de septembre, se termine au célèbre sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray, où la grand-mère de Jésus est apparue à Yvon Nicolazic au XVIIe siècle — la seule apparition de sainte Anne, patronne de la Bretagne, enregistrée et approuvée par l'Église. 

    « Le pèlerinage renforce la communauté et tisse des liens entre hommes et femmes partageant les mêmes racines », a déclaré Denis lors de la conférence traditionaliste Pax Liturgica au Vatican en octobre dernier. « Il s’agit du renoncement évangélique aux plaisirs de la vie. Nous privilégions l’amitié et le sacrifice, en nous dépouillant du superflu pour nous concentrer sur l’essentiel. » 

    Bien que moins important que des événements majeurs comme le pèlerinage de Chartres, qui attire environ 20 000 participants à la Pentecôte, Feiz e Breizh a connu une croissance rapide. Ouvert à tous, il a vu sa fréquentation passer de 120 pèlerins lors de sa première édition à environ 2 200 en 2025, ce qui en fait l'un des plus importants pèlerinages catholiques de Bretagne.

    Denis attribue cette croissance à un esprit de sacrifice partagé et à un effort collectif. « Cela conduit à la vertu de compassion, à la souffrance partagée avec autrui, qui se mue en une véritable charité fraternelle et en une miséricorde sincère », explique-t-il. « En définitive, le pèlerinage est un cheminement vers un but noble et transcendant. Durant ces deux jours, nous nous efforçons d'obtenir les grâces dont notre pays a besoin – des grâces pour notre société, nos familles et nous-mêmes – car la première vertu que nous recherchons par la prière est de préserver la foi. »

    Famille Feiz et Breizh
    Des familles avec de jeunes enfants participent. (Photo : Courtoisie de Feiz e Breizh)

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  • Un catholicisme en déconstruction

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    De Paul Vaute sur Le Passé belge :

    Un catholicisme en déconstruction

    Sa minorisation dans notre société a conduit de nombre d’organismes et de personnalités à s’engager dans la voie du pluralisme ou à chercher des ajustements avec les idéologies dominantes, quitte à se distancier du magistère ecclésial. Mais il y eut aussi, même si elles peinaient à se faire entendre, des voix pour prôner la résistance (1945-)

       D’un rapport d’activités publié en 2023 par l’Eglise de Belgique, il ressort que la moitié de nos compatriotes se déclarent catholiques [1]. Dans les années 1970, selon l’European Value Study, ils représentaient pas loin de trois quarts de la population (72 %). Le même rapport estime à près de 9 % la proportion des Belges qui se rendent au moins une fois par mois à une célébration religieuse. Les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelare en avaient dénombré moins de la moitié en 2012: seulement 4 % [2].

       Paradoxalement, cette bérézina n’affecte pas ou très peu les principales composantes du pilier catholique – syndicale, mutualiste, scolaire, universitaire… Les chiffres ne peuvent toutefois masquer que le rapport de ces structures à la foi fait l’objet d’interrogations et qu’un pluralisme de fait s’est imposé en leur sein. Même parmi bon nombre de fidèles pratiquants, la prise de distance à l’égard des enseignements du magistère ecclésial, surtout quand ils vont à rebours des idéologies dominantes, a été établie par maintes enquêtes d’opinion. On a pu forger à leur propos le concept de « catholaïques » . C’est principalement à l’étude de ces transformations du paysage religieux que s’est consacrée Cécile Vanderpelen-Diagre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles [3].

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  • Message du vicaire général du diocèse de Gap-Embrun à l’occasion de la messe de départ de Monseigneur André Léonard

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    Messe de départ de Monseigneur André Léonard

    Message du père Jean-Michel Bardet, vicaire général du diocèse de Gap-Embrun, à l’occasion de la messe de départ de Monseigneur André Léonard, évêque émérite de Namur et archevêque émérite de Malines Bruxelles – Savines-le-Lac – Samedi 16 mai 2026.

    Monseigneur,
    En 2015, lorsque vous répondiez positivement à l’invitation de l’évêque de Gap d’alors – Mgr Jean-Michel di Falco Leandri – de venir résider dans le département des Hautes Alpes, vous aspiriez sans doute à un temps de retraite paisible, et mérité.

    C’était peu vous connaitre que de penser que pour vous la retraite consisterait à profiter du soleil et de l’air sec des Alpes du Sud. De fait, durant plus de 10 ans, votre présence parmi nous aura été l’occasion de manifester votre âme de Pasteur auprès des pèlerins de Notre Dame du Laus, des paroissiens du Savinois, et sans doute bien d’autres personnes.

    En effet, au sanctuaire tout d’abord vous avez participé au ministère des Chapelains avec zèle et passion pour le Christ, au service de la Grâce du Laus où la tendresse de Marie se fait proche. Les prêtres du diocèse se souviennent sans aucun doute de la retraite que vous leurs aviez prêchée ; et les pèlerins auront pu savourer au long de ces années votre très beau charisme de prédicateur.

    Puis vous avez accepté de partager votre temps en prenant pied au bord du lac, à Savines, pour apporter votre soutien à la Pastorale de ce secteur paroissial. D’archevêque, vous deveniez « vicaire paroissial », ce que vous aimiez souligner avec humour et humilité, ajoutant votre prénom à ceux de trois autres confrères, les pères André Bernardi et André Foy. (Je me demande parfois pourquoi nous n’avons pas donné comme St Patron à la nouvelle paroisse du savinois : St André !)

    A 80 ans, vous avez – comme l’on dit à la capitainerie – « réduit la voilure », en vous recentrant sur ce ministère paroissial, et sans aucun doute sur vos lectures érudites des ouvrages de votre bibliothèque, apportant aux paroissiens votre connaissance des Mystères de la Foi, et les renforçant dans leur vie spirituelle. (Je parle volontiers à cet instant en tant que curé de Briançon : merci encore pour la récollection que vous nous aviez prêché en introduction à la Semaine Sainte, et merci pour ces temps de partages simples et heureux avec les confrères au presbytère à cette occasion)

    Comme pour tout un chacun, il y a habituellement deux temps de retraite : le premier est actif – autant que nos forces physiques nous le permettent ; le second est plus contemplatif, et c’est sans doute cette nouvelle période qui s’ouvre aujourd’hui pour vous, avec ce retour vers votre Belgique natale.

    Avant d’entrer dans l’Eucharistie, je voulais très simplement, au nom des fidèles du Diocèse de Gap-Embrun et de notre Evêque, vous remercier pour la place que vous avez tenue parmi nous avec générosité et passion. Que le Seigneur puisse toujours vous soutenir, ainsi que Veerle votre soutien fidèle et précieux, dans cette profonde confiance en la présence du Seigneur « tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

    Père Jean-Michel Bardet, vicaire général

  • On fête aujourd’hui saint Yves

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    saint-yves.jpgExtrait d’une notice de Hervé Marie Catta :

    « Yves Hélori de Kermartin est né au Minihy de Tréguier en 1253, sous le règne de Saint Louis. Il est mort là, à deux kilomètres de Tréguier , le 19 mai 1303. Ses parents, petits nobles bretons comme il y en avait tant, l'envoyèrent faire ses études à l'Université de Paris, d'abord en lettres, puis en droit. (…).

    C'est l'époque où l'Eglise, par son droit appelé " canonique " - les " canons " sont les règles de droit - influe beaucoup sur le droit et la procédure en adoucissant les coutumes d'origines barbares et féodales. Aussi beaucoup de plaideurs préfèrent s'adresser à ses tribunaux. Il faut donc de nouveaux juges bien instruits dans le nouveau droit et Yves Hélori est appelé par l'Archidiacre de Rennes, un assistant de l'Evêque alors, à tenir les fonctions de Juge d'Eglise autrement dit " Official ".

    (…) Yves accepte à Tréguier d'être ordonné prêtre et on lui confie la paroisse de Tredrez, plus tard celle de Louannec. Yves a été un modèle de prêtre avant d'être un modèle d'avocat et de juge. Ce qu'on sait, par le procès de canonisation, ce sont les transformations et conversions qu'il opérait par ses sermons , ses visites et ses entretiens avec les personnes. Il lui est arrivé de prêcher cinq fois le même jour à des endroits différents : Tredrez, Saint Michel en Grève, Trédarzec et Pleumeur. Ce qui veut dire qu'on aimait venir de partout entendre ce saint prêtre humble et dont la piété faisait aimer la piété. Il ne ménageait pas sa peine pour aller dire l'espérance de Dieu aux pauvres gens de la campagne bretonne. Il faisait tout le chemin à pied, jamais à cheval.(…).

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  • Léon oui, Benoît non : l'université La Sapienza face à deux papes

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Léon oui, Benoît non : l'université La Sapienza face à deux papes

    Par rapport à la visite pastorale de Léon XIV à l'université romaine, le discours « manqué » de Benoît XVI posait des exigences précises au monde universitaire en abordant le nœud de la relation entre raison, foi et vérité. Relire les deux textes aide à comprendre pourquoi l'accueil a été réservé à l'actuel Souverain Pontife et refusé à son prédécesseur.

    16_05_2026

    Jeudi 14 mai, le pape Léon XIV s’est rendu à l’université La Sapienza de Rome où il a prononcé un discours devant les étudiants. Le 17 janvier 2008, le pape Benoît XVI aurait dû se rendre à l’université romaine, mais il en a été empêché. Le texte du discours jamais prononcé a ensuite été rendu public. La Bussola a déjà rendu compte de cette visite, en exposant également les points principaux du discours du pape et en soulignant la différence entre la contestation de 2008 et l’accueil de 2026. Il peut peut-être être utile de comparer le contenu des deux discours pour comprendre si quelque chose a changé non seulement dans le contexte, mais aussi dans le « texte ».

    Il convient tout d’abord de noter que Benoît XVI, comme prévu, aurait dû inaugurer l’année universitaire. Pour Léon XIV, en revanche, il a été clairement établi dès le départ qu’il ne s’agirait que d’une visite pastorale. La différence est importante. Le pasteur accompagne, mais n’entre pas dans les détails des missions d’une université, n’intervient pas sur le champ du savoir, ne se confronte pas aux disciplines. En d’autres termes, il ne prononce pas de discours « scientifique », ou épistémique, pour ainsi dire. Et en effet, Léon s’est surtout adressé aux étudiants, il a présenté l’université comme un lieu de croissance et de maturation personnelle, il a décrit les efforts et les récompenses liés aux études, il a également souligné que de nombreux jeunes étudiants sont aujourd’hui en difficulté, en mentionnant certains domaines d’engagement social au service des autres.   

    Alors qu'il devait inaugurer l'année universitaire, Benoît XVI ne s'est pas contenté de cela, mais a donné une véritable « conférence », à l'image de celle qu'il avait prononcée à Ratisbonne en 2006, même s'il n'avait jamais enseigné à la Sapienza, contrairement à ce qui avait été le cas en Bavière. Il n’a pas pu faire référence à ses propres expériences personnelles, mais il s’est néanmoins senti tenu de parler du savoir, de sa structure, et de la place qu’y occupent la théologie et la foi. Tant à Ratisbonne qu’à La Sapienza, Benoît XVI s’était adressé à des « collègues », il s’était tourné vers une « communauté universitaire », se plaçant sur le même plan scientifique qu’eux, tant dans le contenu que dans le langage.

    Il convient de souligner ces aspects car, dans le cas de Benoît, la question des exigences épistémiques – c'est-à-dire celles liées à la connaissance en tant que « science » – de la foi chrétienne et de la théologie avait été soulevée, alors que dans le discours de Léon, ce thème n'a été qu'effleuré. Benoît était convaincu que ce n'est que si la révélation chrétienne comportait en soi un appel à la raison scientifique qu'il y aurait pour elle une place structurelle à l'université. À l’inverse, elle se serait réduite à une position personnelle de quelques professeurs, mais on ne lui aurait pas reconnu de rôle propre dans l’univers du savoir. Sa présence à l’université n’aurait été qu’accidentelle. Ce n’est que si la foi en la révélation pose à la raison scientifique des exigences qui lui sont propres, elles aussi scientifiques à leur manière, ce n’est que si elle interpelle la raison sur le plan spécifique de la vérité comprise au sens analogique, ce n’est que si elle exprime en elle-même une manière véridique qui lui est propre de comprendre la vérité de la raison elle-même… ce n’est qu’alors qu’elle aurait été « chez elle » à l’université.

    Dans le discours de Benoît XVI à l’université La Sapienza, on retrouve l’appel de la foi chrétienne pour que la raison ne devienne pas une raison positiviste : « il existe un risque que la philosophie, ne se sentant plus à la hauteur de sa véritable mission, dégénère en positivisme ». C’est à partir de Socrate – écrivait-il – qu’est apparue la séparation de la raison et de la religion mythique pour parvenir au vrai Dieu ; au cours de ce cheminement, la raison a rencontré les exigences de la foi chrétienne. Cette dernière aide la raison à ne pas perdre confiance en ses propres possibilités. Une conception erronée de la « laïcité » du savoir [la laïcité épistémique, pourrait-on dire], selon laquelle celui-ci se construirait de lui-même uniquement « sur la base du cercle de ses arguments », entraînerait sa fragmentation. La foi s’engage à sauver non pas n’importe quelle raison, mais la vraie raison, en la défendant contre les fausses, et elle possède en elle-même les critères pour le faire, c’est-à-dire sa propre épistémologie implicite.

    Benoît XVI s’était montré exigeant en posant certaines conditions à l’université, à partir de la foi et de sa prétention non seulement d’accompagner pastoralement la communauté universitaire, mais aussi de contribuer à fonder le statut même du savoir que l’on recherche et enseigne à l’université. Dans le discours du pape Léon, on ne trouve que quelques éléments dans ce sens, celui-ci ayant choisi de prononcer un discours pastoral et non scientifique. Il a invité les jeunes à œuvrer pour la paix, à protéger l’environnement, à ne pas céder au consumérisme, à cultiver en leur conscience le sens de la justice, et s’est dit satisfait de la collaboration entre l’université et le diocèse de Rome pour ouvrir un couloir humanitaire afin d’acheminer l’aide à Gaza.

    Cette différence d’approche, enfin, peut aussi expliquer l’accueil différent réservé aux deux pontifes. Benoît remettait en question une certaine université, Léon beaucoup moins.

  • Léon XIV : Combien de temps dure une transition ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Combien de temps dure une transition ?

    18 mai 2026

    Le schisme lefebvrien potentiel est la première crise majeure à laquelle Léon XIV a dû faire face depuis son élection au pontificat. Le souverain pontife, dont la mission était de résoudre les conflits au sein de l’Église, se retrouve confronté à un groupe très combatif de prêtres et d’évêques qui ont décidé, pour préserver leur hiérarchie vieillissante, d’ordonner de nouveaux évêques sans mandat papal.

    Cette semaine, la situation s’est rapprochée du schisme.

    Dans une déclaration, le cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, a réitéré que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, dite des Lefebvristes, encourrait l’excommunication latae sententiae si elle décidait, comme annoncé précédemment, de procéder à l’ordination de plusieurs nouveaux évêques.

    Cette déclaration n’était pas seulement un acte nécessaire, mais un acte qui a clairement marqué un point de non-retour. Elle a également mis en évidence à quel point la transition vers le pontificat de Léon XIV est encore loin d’être achevée.

    D’une part, ce genre de manœuvres de la part de la FSSPX n’a rien de nouveau sous le soleil. Les lefebvristes avaient agi de la même manière en 1988, lorsqu’ils s’étaient exposés à l’excommunication latae sententiae après avoir ordonné quatre évêques sans mandat papal, et cette situation n’a pas été résolue pendant vingt ans, jusqu’à ce que Benoît XVI décide de révoquer l’excommunication dans l’espoir de jeter les bases d’un dialogue et d’une unité renouvelée au sein de l’Église.

    La Fraternité prend cette décision à un moment où le mouvement traditionaliste au sein de l’Église semble particulièrement fort. Les images des derniers pèlerinages Paris-Chartres sont sous les yeux de tous, tandis que la forte augmentation des baptêmes d’adultes (pour la plupart traditionalistes) en France a conduit l’archidiocèse de Paris lui-même à se pencher sur la question dans le cadre d’un conseil régional ad hoc de la région Île-de-France.

    La Fraternité se trouve toutefois dans une situation différente de celle de 1988. Au-delà des sympathies personnelles diverses, la FSSPX ne dispose pas d’une figure charismatique comme Mgr Lefebvre, qui jouissait pourtant d’une réputation de missionnaire de grand talent et pouvait compter sur de solides alliances, même au sein du Vatican.

    C’est Lefebvre qui a forcé la main, alors même que le Saint-Siège tentait à tout prix d’éviter l’ordination et, par conséquent, l’excommunication latae sententiae. Et immédiatement après le schisme, le Saint-Siège a créé la Commission Ecclesia Dei, supprimée par la suite par le pape François, ainsi que la Fraternité Saint-Pierre, qui est la réponse du Vatican au mouvement traditionaliste : on peut rester dans l’Église tout en célébrant selon l’ancien rite.

    Entre autres, la Fraternité a reçu un soutien significatif de la part du pape François lors d’une audience qui a suivi la lettre apostolique Traditionis Custodes qui a de fait abrogé la libéralisation des célébrations selon le vetus ordo.

    En bref, l’annonce de la FSSPX intervient à une époque très différente de celle où le premier schisme a été défini, et certainement avec un soutien au sein de l’Église qui, d’une certaine manière, a été intégré.

    L’annonce du cardinal Fernandez, accompagnée d’un communiqué officiel, a donc des allures de déclaration de guerre non sollicitée. Fernandez avait déjà rencontré le supérieur de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, et le communiqué du Dicastère sur cette rencontre expliquait clairement que si les lefebvristes allaient de l’avant avec les ordinations, ils s’exposeraient à l’excommunication.

    De leur côté, les lefebvristes ont joué un jeu subtil. Ils ont demandé miséricorde, faisant ainsi appel à l’un des piliers du pontificat du pape François et tirant parti d’une attitude positive ancrée dans la conviction que le droit canonique ne devrait jamais être punitif. Ils ont toutefois souligné que leur décision répondait à une crise plus large.

    Et, enfin, ils ont lancé un appel en faveur de la vraie foi. De plus, le père Davide Pagliarani a accordé une longue interview, au cours de laquelle il a réitéré leurs positions tout en se montrant assez raisonnable et désireux de rencontrer Léon XIV.

    Léon XIV décida de ne pas intervenir personnellement dans cette affaire. En réalité, cependant, le cardinal Fernández profita de la confiance qui lui était accordée pour déclencher avec force une guerre, presque comme pour laisser entendre que personne ne devrait s’étonner si un schisme venait à se produire.

    Dans quelle mesure la décision de Fernandez est-elle cohérente avec le pontificat de Léon XIV ? Dans quelle mesure cette déclaration relève-t-elle de son initiative personnelle, et dans quelle mesure n’en relève-t-elle pas ? Et pourquoi une déclaration maintenant ?

    Alors que ce débat faisait rage, Léon XIV se rendit à La Sapienza, la plus ancienne université d’Europe, fondée par un pape. Léon se rendait à l’université où Benoît XVI avait refusé de se rendre, suite aux appels et aux critiques des professeurs à son encontre.

    Le texte du discours de Léon XIV est intéressant. Ce n’est pas un discours confessionnel, mais il replace Dieu au centre du mystère, souligne que la culture est aussi une forme de charité et appelle les jeunes à surmonter les polarisations idéologiques. Mais c’est aussi un texte qui semble ignorer l’éléphant dans la pièce : cette même université avait rejeté la venue de Benoît XVI.

    Une évocation de cette visite manquée n’aurait pas été dans le style de Léon XIV. Pourtant, le discours semble manquer de mordant, ressemblant davantage à un discours scolastique qu’à un discours prophétique. Il y avait une référence à Augustin, mais la place centrale d’Augustin, présente dans d’autres discours papaux, faisait défaut.

    La question qui reste en suspens est la suivante : quand la transition entre le pontificat de François et celui de Léon XIV sera-t-elle achevée ? Quand tous les rédacteurs fantômes auront-ils été remplacés par des personnes plus en phase avec la personnalité du pape ? Quand les préfets des dicastères perdront-ils cette importance qui les pousse à faire des déclarations officielles même lorsqu’il n’y a probablement pas lieu de le faire ?

    Léon XIV est engagé dans une longue transition. Cinq chefs de dicastères sont en train de changer, d’autres partiront au cours de l’année prochaine, mais dans d’autres cas, Léon XIV attendra simplement leur départ à la retraite ou la fin de leur mandat. C’est une manière d’éviter les crises internes et de développer le discernement, en permettant aux personnes qui mettront en œuvre les décisions papales de mûrir.

    Au cours des deux ou trois prochaines années, cependant, nous nous retrouverons face à un pontificat à plusieurs vitesses. D’un côté, le pape, avec ses décisions personnelles, ses discours manuscrits et sa volonté d’absorber les conflits de l’Église. De l’autre, les collaborateurs du pontificat précédent, qui ont besoin de montrer au monde qu’ils n’avaient pas tort auparavant et qui, de toute façon, ne peuvent pas pleinement comprendre le nouveau pape.

    Léon XIV risque ainsi d’être freiné par sa propre ouverture d’esprit et sa confiance dans la génération actuelle de dirigeants de la Curie.

    Alors que le pape est confronté à la première crise majeure de son pontificat, nous verrons si sa confiance est bien placée.

  • L'Occident peut-il survivre sans le christianisme ?

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    De kath.net/news :

    « L'Occident peut-il survivre sans le christianisme ? »

    « On peut répondre à cette question en un mot. Car l'Occident est… » Par le cardinal Gerhard Müller

    16 mai 2026

    Rome (kath.net) On peut répondre à cette question en un mot : non. Car l’Occident n’est rien d’autre que la communauté culturelle des tribus et des nations germaniques et slaves, issues de l’héritage de l’Empire romain d’Occident et unies dans la foi en Christ, le Fils de Dieu et Sauveur universel de l’humanité. Ainsi, l’Europe est le christianisme dans sa synthèse avec la métaphysique grecque et la volonté d’ordre romaine selon le principe de justice, c’est-à-dire la volonté de donner à chacun ce qui lui revient – suum cuique (Ulpianus) – ou, pour le formuler en termes théologiques, la dignité inviolable de chaque être humain en tant qu’image et ressemblance de Dieu. En dehors de cette définition, l’Europe perd son âme qui lui donne sa forme et devient un corps sans vie qui, tel un territoire sans maître, tombe entre les mains du premier voisin le plus puissant venu.

    Seuls ceux qui méconnaissent la situation dramatique et de plus en plus grave du monde d'aujourd'hui peuvent refuser de voir cette réalité. Le pape François a souvent déclaré que nous nous trouvions déjà, en quelque sorte, dans une troisième guerre mondiale par étapes. Il suffit de penser, dans un contexte mondial, aux guerres civiles, à l’effondrement de l’ordre juridique dans de nombreux États, à l’État de surveillance digne de l’imaginaire orwellien visé par Bruxelles (Digital Services Act, effacement bureaucratique des identités nationales), à la migration de millions de personnes qui ne peuvent plus être intégrées en Europe mais établissent des sociétés islamiques concurrentes, la faim et la pauvreté qui touchent la moitié de l’humanité, le terrorisme mondial opéré par des bandes criminelles et des États voyous ainsi que le crime organisé, l’instabilité politique dans les démocraties classiques, qui tombent entre les mains d’élites mondialistes avec leur projet d’un monde unique totalement contrôlé par elles, un « Meilleur des mondes » à la Aldous Huxley (1922).

    Même au sein de notre civilisation avancée, dont nous sommes si fiers en Europe centrale, la crise de la modernité et du postmodernisme saute aux yeux de quiconque sait voir. La dissolution du lien social dans le mariage et la famille, ainsi que de l’identité personnelle avec ce qu’on appelle le changement de sexe, la déchristianisation délibérée de l’Europe, autrefois jacobine et aujourd’hui néo-marxiste et « woke » de gauche, la perte d’une idée fédératrice du but et du sens de l’existence humaine dans le post-humanisme et le transhumanisme, l’insistance sur une autodétermination égocentrique sans l’intégration organique de l’ego individuel et collectif dans le bien commun de la famille, de la ville, de la nation et de la communauté des peuples sont autant de signes avant-coureurs apocalyptiques.

    Seule la prétention à la supériorité occidentale est encore vivante. Notre sécularisme et notre matérialisme doivent-ils, comme à l’époque du colonialisme, être imposés comme remède à l’Orient et au Sud prétendument arriérés, avec pour devise : « Aide au développement uniquement à condition de légaliser le mariage homosexuel et l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté – et tout cela dans le but d’une réduction drastique de la population au nom de la protection du climat et de la raréfaction des ressources matérielles » ?

    Si le monde occidental veut imposer son éloignement de Dieu et son relativisme moral à toutes les autres cultures, il ne fait que faire le jeu des extrémistes politiques et idéologiques. On ne peut pas les vaincre par la seule force militaire et économique. Les réactions violentes, de l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie, et aujourd’hui en Iran avec son régime terroriste, sont finalement la preuve qu’il ne peut y avoir de paix dans les cœurs ni de paix sur terre sans un accord sur le sens et le but supérieurs de l’existence humaine, c’est-à-dire au-delà du matérialisme et de l’impérialisme.

    Beaucoup ne voient qu’en surface la lutte pour les matières premières et le pouvoir. Ce qui est déterminant, cependant, c’est la lutte pour l’âme de l’homme. Ce n’est que si nous redécouvrons dans notre cœur et notre conscience que nous descendons tous d’un Père céleste et que nous sommes donc frères et sœurs les uns des autres qu’il pourra y avoir une coexistence prospère.

    Dans son célèbre discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), le pape Benoît XVI a déclaré textuellement : « Dans le monde occidental, l’opinion selon laquelle seules la raison positiviste et les formes de philosophie qui lui sont associées seraient universelles prévaut largement. Mais pour les cultures profondément religieuses du monde » – parmi lesquelles il inclut l’islam religieux, mais non politique, ce que certains avaient omis de noter – « c’est précisément l’exclusion du divin de l’universalité de la raison qui est considérée comme une atteinte à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui est sourde au divin et qui relègue la religion au rang des sous-cultures est incapable de dialogue... Pour la philosophie, et d’une autre manière pour la théologie, l’écoute des grandes expériences et des grandes intuitions des traditions religieuses de l’humanité, mais surtout de la foi chrétienne, est une source de connaissance dont le refus constituerait un rétrécissement inadmissible de notre écoute et de notre réponse... Le courage d’élargir la raison, et non le rejet de sa grandeur – tel est le programme avec lequel une théologie attachée à la foi biblique entre dans le débat contemporain. « Agir sans raison, sans le Logos, est contraire à la nature de Dieu », a déclaré Manuel II à son interlocuteur persan, en se référant à sa conception chrétienne de Dieu.  « C’est dans ce grand logos, dans cette vastitude de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs à participer au dialogue des cultures. Se retrouver sans cesse soi-même, telle est la grande mission de l’université. »

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  • Le dimanche après l'Ascension - évangile et homélie

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    Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 17,1b-11a.

    En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie.
    Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
    Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
    Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire.
    Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.
    J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.
    Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi,
    car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
    Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi.
    Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux.
    Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi.»

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

    Du blog du Père Simon Noël osb :

    Dimanche après l'ascension - homélie

    Le soir du Jeudi-Saint, Jésus quitta le cénacle pour se rendre au jardin des oliviers. A un moment donné, il s'arrêta sur le chemin, et, levant les yeux au ciel, il pria son Père. C’est ce qu'on appelle la prière sacerdotale de Jésus, dont on vient de nous lire le début dans l'évangile de ce jour.

    Jésus voit déjà plus loin que les souffrances de sa passion qui va commencer dans quelques instants avec son agonie au jardin des oliviers. Il voit déjà la gloire qui sera la sienne, sa résurrection et son ascension auprès du Père. Cette glorification à venir, Jésus la demande, à son Père, comme s'il disait ceci : puisque j'ai accompli sur la terre l’œuvre pour laquelle tu m'as envoyé, il faut maintenant que je sois récompensé, par la glorification de cette nature humaine que j'ai prise en descendant dans le monde des hommes. Jésus demande la gloire du ciel pour son humanité à lui, mais aussi pour toute l'humanité, pour nous tous.

    Ainsi Jésus aura accompli sa mission. Il pourra donner la vie éternelle à tous les hommes, qui ne le rejetteront pas. Maintenant Jésus-Christ est dans le ciel, comme dans l'eucharistie, et il nous communique la vie éternelle.

    Or la vie éternelle c'est d'abord de connaître le vrai Dieu et de l'aimer. Le vrai Dieu, c'est-à-dire la Sainte Trinité, une seule divinité, une seule vie, un seul amour, mais en trois personnes. Dans l'éternité, nous verrons le vrai Dieu, face à face, et cela nous rendra parfaitement heureux. Mais ici-bas tout commence par la foi, croire en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. La vie éternelle commence déjà pour nous par la connaissance du vrai Dieu, mais ici-bas, c'est dans l'obscurité de la foi, plus tard ce sera dans la clarté de la lumière éternelle. Pensons-nous à louer et à remercier Dieu pour le don de la foi et de la vie éternelle ?

    Jésus dit qu'il ne prie pas pour le monde. Pourtant Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique et Jésus va mourir sur la croix pour tous les hommes. Jésus ici ne veut pas dire qu'il refuse de prier pour le monde, mais en fait il entend d'une manière spéciale prier pour ses apôtres et pour tous ceux qui croiront en lui. Jésus sait que sous peu il ne sera plus dans le monde, il sera dans la gloire du ciel, mais ses apôtres vont rester dans ce monde pour continuer sa mission.

    Ils auront besoin pour continuer cette mission et pour être des témoins, de la force de l'Esprit Saint. Après sa résurrection, Jésus à plusieurs reprises annoncera la venue de l'Esprit et enjoindra à ses disciples de l'attendre à Jérusalem. Après l'ascension, comme nous l'avons entendu dans la première lecture, les apôtres vont passer des jours à prier pour la venue de l'Esprit Saint, avec Marie, qui nous apparaît ici comme la Mère de l’Église. Ils vont prier pendant neuf jours. C'est la première neuvaine de l'histoire, la neuvaine du Saint-Esprit. Nous sommes maintenant dans cette neuvaine. A vêpres l’Église chante l'hymne du Veni Creator, pour implorer à nouveau la venue du Saint-Esprit à la pentecôte, pour que de nos jours aussi nous soyons de vrais témoins du Christ et que l’Église puisse rayonner dans le monde. Durant cette neuvaine, il faut prier avec la Sainte Vierge, Mère de l’Église, en disant le chapelet, afin qu'elle nous obtienne en abondance les dons du Saint-Esprit.

    C'est aussi tout particulièrement le temps de la louange, car saint Luc nous dit qu'après l'ascension, les apôtres ne cessaient de louer Dieu et à la pentecôte, sous la douce motion de l'Esprit reçu, ils vont proclamer dans toutes les langues les merveilles de Dieu. La louange est une forme de prière très puissante, car elle nous remplit de joie et de lumière et dans la louange, le Seigneur répand sur nous, sur ceux que nous aimons et sur le monde entier, toutes sortes de bénédictions. Louez beaucoup le Seigneur et vous serez surpris de voir comment votre vie se transformera.

    Oui, viens, Esprit Saint, visite le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour.
     
    Gloire à toi, o Dieu, pour toutes les merveilles que tu as accomplies en notre faveur.
  • Eux, ils sont dans le monde... Garde mes disciples dans la fidélité à ton nom (7e dimanche de Pâques)

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    La Lettre à Diognète (vers 190) 
    §5-6 : PG 2, 1174B-1175C (trad. Orval alt ; cf bréviaire et SC 33 bis)

    Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes par leur pays, ni par leur langue, ni par l’habillement. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n'emploient pas un dialecte spécial, et leur genre de vie n'a rien de singulier. Leur doctrine n'est pas sortie de l'imagination fantaisiste d'esprits excités ; ils ne prônent pas, comme tant d’autres, une doctrine humaine quelconque.

    Ils habitent donc, au gré des circonstances, des cités grecques ou barbares ; ils suivent les usages locaux pour ce qui est des vêtements, de la nourriture, des coutumes. Et cependant, ils témoignent clairement d'une manière de vivre qui sort de l'ordinaire. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais ils y sont comme des gens de passage. Ils prennent part à tout comme des citoyens, mais ils supportent tout comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre étrangère… Ils vivent dans la chair, mais pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais leur cité est dans les cieux (He 11,16). Ils obéissent aux lois établies, mais leur façon de vivre va bien au-delà de la loi.

    Ils aiment tous les hommes, et pourtant tous les persécutent. Ils sont méconnus, condamnés, tués ; et c’est ainsi qu'ils viennent à la vraie vie. Pauvres, ils enrichissent un grand nombre ; manquant de tout, ils surabondent en toutes choses… Insultés, ils bénissent ; outragés, ils honorent les autres… Pour tout dire : ce que l'âme est dans le corps, voilà ce que les chrétiens sont dans le monde.

  • "La vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ." (7e dimanche de Pâques)

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    Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,1-11

    Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.
    Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
    Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
    Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'oeuvre que tu m'avais confiée.
    Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde.
    J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole.
    Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi,
    car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d'auprès de toi, et ils ont cru que c'était toi qui m'avais envoyé.
    Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
    Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné en partage, pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes.

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

    COMMENTAIRE DU JOUR

    Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
    Der Gott Jesu Christi (trad. Le Dieu de Jésus Christ, Fayard 1977 p. 17)

    « J’ai fait connaître ton nom aux hommes »

    Qu'est-ce que cela veut dire, le nom de Dieu ?… Dans le livre de l'Apocalypse, l’adversaire de Dieu, la Bête, ne porte pas un nom mais un nombre : 666 (Ap 13,18). La Bête est numéro et elle transforme en numéros. Ce que cela signifie, nous le savons, nous qui avons fait l'expérience du monde des camps de concentration ; leur horreur vient justement de ce qu'ils effacent les visages… Dieu, lui, a des noms et appelle par un nom. Il est personne et cherche la personne. Il a un visage et cherche notre visage. Il a un coeur et cherche notre coeur. Pour lui, nous ne sommes pas des fonctions dans la grande machine du monde, mais ce sont justement ceux qui n'ont aucune fonction qui sont les siens. Le nom, c’est la possibilité d'être appelé, c’est la communion.

    C'est pour cette raison que le Christ est le vrai Moïse, l'achèvement de la révélation du nom. Il ne vient pas apporter, comme nom, un mot nouveau ; il fait plus : il est lui-même la face de Dieu. Il est lui-même le nom de Dieu ; il est la possibilité même qu'a Dieu d'être appelé « tu », d'être appelé comme personne, comme coeur. Son nom propre « Jésus » mène a son terme le nom mystérieux du buisson ardent (Ex 3,14) ; maintenant il apparaît clairement que Dieu n'avait pas fini de parler, qu'il n'avait que provisoirement interrompu son discours. Car le nom de Jésus contient le mot « Yahvé » dans sa forme hébraïque et lui ajoute autre chose : « Dieu sauve ». Yahvé, c’est à dire « Je suis celui qui suis » veut dire maintenant, compris à partir de Jésus : « Je suis celui qui vous sauve ». Son être est salut.

    source: http://www.levangileauquotidien.org

  • Sondage : de moins en moins de Russes se déclarent orthodoxes

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Sondage : De moins en moins de Russes se déclarent orthodoxes

    La réception de la Sainte Communion est en hausse malgré le déclin général de l'identification.

    Selon une nouvelle enquête, la proportion de Russes se déclarant orthodoxes est passée de 78 % à 65 % au cours des 15 dernières années.

    L'enquête, menée par la Fondation russe pour l'opinion publique pour le compte de l'université Saint-Tikhon de Moscou, a également conclu que la proportion de chrétiens orthodoxes qui n'assistent jamais aux offices religieux est passée de 28 % à 32 % au cours de la même période.

    Les résultats, publiés le 14 mai par le journal Vedomosti, sont importants car l'Église orthodoxe russe est la plus importante des 14 Églises orthodoxes orientales universellement reconnues et autonomes. Les estimations de ses fidèles varient ; certaines avancent le chiffre de 110 millions de chrétiens orthodoxes russes dans le monde, dont 95 millions en Russie. Cependant, le nombre de pratiquants serait bien inférieur.

    Cette nouvelle étude, basée sur un sondage mené auprès de 1 501 adultes en février et mars, éclaire également l’état de l’orthodoxie russe dans le contexte de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, lancée en 2022 avec le soutien du patriarche Kirill de Moscou.

    Cependant, certains commentateurs orthodoxes russes ont émis des doutes quant aux conclusions de l'enquête. Le père Alexeï Volkov, prêtre à Oulianovsk, dans l'ouest de la Russie, a déclaré à l'agence de presse nationale russe qu'il n'avait constaté aucun déclin de la pratique religieuse.

    Il a déclaré : « Je suis sceptique face à ces chiffres, car ce que je constate dans l'église où j'officie, et dans d'autres églises, suggère exactement le contraire. Le nombre de paroissiens augmente et la fréquentation des offices ne diminue pas. La foi des fidèles et l'orthodoxie ne sont pas en déclin. »

    Il a ajouté : « Participer à la vie liturgique de l’Église est l’un des attributs les plus importants de la foi. Cependant, personne n’est tenu d’assister à un certain nombre d’offices par an. Il n’y a pas de quotas. Ne pas aller à l’église le dimanche ne signifie pas être un mauvais orthodoxe. Chacun a simplement son propre rythme de vie religieuse. »

    La nouvelle enquête a également examiné l'intensité de la pratique religieuse des chrétiens orthodoxes en Russie, fournissant des données précises sur la fréquence de leur communion. De manière générale, les chrétiens orthodoxes communient moins fréquemment que les catholiques en raison d'exigences plus strictes concernant le jeûne et la confession récente.



    Mais l'enquête a révélé que la proportion de chrétiens orthodoxes pratiquants recevant la communion une fois par mois ou plus a augmenté de manière significative, passant de 14 % en 2011 à 45 % en 2020, puis à 64 % en 2026.

    Parmi les chrétiens orthodoxes de Russie dans leur ensemble, la proportion globale de ceux qui communient mensuellement n'est passée que de 2 % en 2011 à 5 % en 2026.

    Elena Prutskova, chercheuse principale au Laboratoire de recherche en sociologie des religions de l'Université orthodoxe Saint-Tikhon, a suggéré que cette augmentation reflétait un contraste au sein de l'orthodoxie russe entre un noyau de croyants très engagés et un groupe plus large qui s'identifie à l'Église parce qu'elle fait partie de son identité ethnique.



    Commentant le déclin de l'auto-identification, la professeure russe Valentina Slobozhnikova a noté que la religiosité en Russie avait fortement progressé au cours des trois décennies qui ont suivi l'effondrement de l'Union soviétique en 1991.

    Elle a toutefois indiqué à Vedomosti que cette tendance à la hausse s'est interrompue vers 2019, après quoi le nombre de croyants a commencé à diminuer, notamment au sein des principales religions du pays. Elle a suggéré que cette tendance s'inscrivait dans un déclin plus général de l'appartenance religieuse à l'échelle européenne, la jeune génération adoptant une approche plus individualiste de la religion.

    Mais elle a fait valoir que les chrétiens orthodoxes pratiquants s'engageaient encore davantage face aux défis contemporains en Russie, tels que la guerre en Ukraine.