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Foi

  • Vingt ans après la mort de Carlo Acutis, son histoire arrive dans 200 cinémas français et 30 pays

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    D'Elisabeth Vimele sur Tribune Chrétienne :

    [Vidéo] Carlo Acutis : vingt ans après sa mort, son histoire arrive dans 200 cinémas français et 30 pays

    CARLO ACUTIS THE MILLENIAL SAINT

    Canonisé par Léon XIV le 7 septembre 2025, Carlo Acutis sera à l'affiche de 200 cinémas français dès le 4 novembre. Archives inédites, témoignages familiaux et récits de miracles composent ce documentaire consacré au jeune saint italien

    Vingt ans après sa mort, Carlo Acutis continue de susciter un engouement qui dépasse largement les frontières de l’Église catholique. Le 4 novembre prochain, le documentaire Carlo Acutis, un saint pour notre temps, réalisé par Luca Salmaso et distribué en France par Saje Distribution, sera projeté dans 200 salles françaises. Une sortie qui s’inscrit dans une diffusion internationale annoncée dans une trentaine de pays, de l’Europe à l’Amérique, jusqu’en Australie et en Corée du Sud.

    Présenté le 29 septembre dernier à la Filmothèque vaticane, puis programmé dans les cinémas italiens du 15 au 21 octobre, ce documentaire de 86 minutes entend restituer le véritable visage de cet adolescent mort à quinze ans, dont la tombe à Assise attire désormais, selon les producteurs, près d’un million de pèlerins chaque année. Pour réaliser ce portrait, Luca Salmaso a rassemblé des archives familiales, des photographies personnelles et des vidéos inédites, mais surtout les témoignages de ceux qui ont connu Carlo. Ses parents, Antonia Salzano et Andrea Acutis, sa grand-mère Luana Pennino, ses amis d’enfance, son enseignante et plusieurs prêtres qui l’ont accompagné prennent ainsi la parole. Le réalisateur a également rencontré le médecin qui l’avait suivi pendant sa dernière maladie.

    « Carlo est une bonne nouvelle »

    Lors de la présentation du film au Vatican, Antonia Salzano a rappelé la portée du témoignage de son fils : « Carlo est une bonne nouvelle. Il nous montre qu’il est possible de devenir saint aujourd’hui, malgré les nombreuses difficultés et les dangers qui nous entourent. » Elle a également proposé une comparaison particulièrement éclairante sur le rapport entre les nouvelles technologies et la vie spirituelle : « Si nous n’avons pas Internet, nous nous sentons souvent désespérés, mais si nous n’avons pas la prière, nous ne pouvons pas nous connecter au Ciel. » Ces propos ont été rapportés le 30 septembre par Sergio Perugini, pour la Commission nationale d’évaluation des films de la Conférence épiscopale italienne.

    Né à Londres le 3 mai 1991 et élevé à Milan, Carlo Acutis avait développé très jeune une profonde dévotion eucharistique. Passionné d’informatique, il avait notamment conçu une exposition numérique consacrée aux miracles eucharistiques à travers le monde. Pour lui, Internet ne constituait pas une fin en soi, mais un instrument susceptible de servir l’évangélisation. Atteint d’une leucémie foudroyante, il meurt le 12 octobre 2006, à seulement quinze ans. Béatifié en 2020, il est canonisé par Léon XIV le 7 septembre 2025, lors d’une célébration qui aurait rassemblé quelque 80 000 fidèles place Saint-Pierre, selon les chiffres repris par les producteurs.

    Le documentaire revient également sur la guérison de Valeria Vargas Valverde, jeune Costaricienne grièvement blessée dans un accident de la circulation à Florence. Sa mère s’était rendue prier sur la tombe de Carlo à Assise. Cette guérison, reconnue comme miraculeuse par l’Église, a ouvert la voie à sa canonisation.

    L’intérêt suscité par Carlo Acutis se mesure également à l’audience des productions qui lui sont consacrées. En Italie, le téléfilm Il mio nome è Carlo, diffusé le 27 septembre sur Canale 5, a réuni plus de quatre millions de téléspectateurs. Une production distincte du documentaire de Luca Salmaso, mais révélatrice de l’attention portée à son histoire. Ce rayonnement repose sur un paradoxe apparent : Carlo Acutis n’était ni religieux, ni prêtre, ni théologien. Il menait une existence d’adolescent, avec ses amis, ses passions et ses activités ordinaires, tout en plaçant la messe, la prière et la charité au centre de ses journées.

    À l’heure où les nouvelles technologies façonnent profondément la jeunesse, son témoignage rappelle que la modernité n’exclut ni l’exigence spirituelle ni la fidélité à la Tradition de l’Église. Carlo Acutis n’a pas cherché à adapter la foi à son époque : il a montré qu’il était possible de vivre pleinement la foi catholique au cœur de son époque. C’est sans doute là que réside la force singulière de son témoignage, et l’une des raisons de son extraordinaire rayonnement.

    Diffusion dans les cinémas en Belgique

    Le réseau de distribution traditionnel prévoit des sorties coordonnées dans plusieurs salles à travers la Belgique francophone. Vous pourrez suivre la programmation spécifique et réserver vos places de deux manières principales :

    • Les grands réseaux de cinémas : La liste des séances par ville et l'achat de tickets à tarifs préférentiels pour la Belgique seront mis à jour directement sur la plateforme OZZAK Belgique. [1]
    • Séances locales et paroissiales : Des projections uniques, des ciné-débats ou des avant-premières thématiques sont également organisés localement au sein de centres culturels, de cinémas indépendants ou de communautés religieuses (comme le pèlerinage ou les sessions de prière régulièrement organisés autour de sa figure au Centre spirituel de La Pairelle à Wépion). [1]

     

    Demander une projection près de chez vous

    Si le film n'est pas encore programmé dans le cinéma le plus proche de votre localité en Belgique au moment de la sortie du 4 novembre, vous avez la possibilité de remplir un formulaire de demande de projection ou de vous inscrire aux alertes directement sur le site officiel de SAJE Distribution. Les distributeurs indépendants de films chrétiens programment régulièrement de nouvelles salles en fonction de la demande du public local. [1]

  • Léon XIV confie aux théologiens une réflexion sur la Tradition et la diversité des cultures

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    Léon XIV confie aux théologiens une réflexion sur la Tradition et la diversité des cultures

    La Commission théologique internationale devrait étudier ce qui constitue la Tradition apostolique et la manière dont la foi chrétienne s’exprime dans les cultures. L’enjeu : mieux distinguer le cœur transmis de la foi des formes historiques et locales qui peuvent évoluer.

    Selon l’annonce rapportée, le pape Léon XIV a nommé 24 nouveaux membres à la Commission théologique internationale pour un mandat de cinq ans. Les travaux de la Commission s’organiseraient autour de deux thèmes : la nature de la Tradition de l’Église et les formes culturelles par lesquelles la foi se transmet.

    La première réflexion chercherait notamment à préciser ce que désigne la Tradition avec un « T » majuscule, comment on la reconnaît et comment elle se distingue des usages propres à une époque ou à une région. La seconde porterait sur l’inculturation, la piété populaire et les langages employés pour exprimer la foi dans des contextes différents.

    Distinguer la Tradition des traditions

    Dans la théologie catholique, la Tradition apostolique désigne la transmission vivante de la foi reçue des apôtres. Elle ne se réduit pas à un ensemble de coutumes anciennes ou à la répétition immuable de formes héritées. Elle se transmet dans la vie de l’Église, notamment dans la liturgie, l’enseignement, la prière et le témoignage chrétien. La Commission théologique internationale souligne que cette transmission se déploie dans des langues et des cultures diverses, tout en gardant l’unité de la foi.

    Il faut ainsi distinguer la Tradition apostolique des traditions particulières : pratiques, dévotions ou manières de célébrer qui se sont développées dans une région ou à une époque donnée. Ces traditions peuvent exprimer fidèlement la foi, mais elles ne sont pas toutes de même portée ni nécessairement destinées à toute l’Église. Leur examen théologique vise à discerner ce qui transmet réellement la foi et ce qui relève d’une forme contingente, susceptible d’être renouvelée ou corrigée.

    Une tradition vivante, sans rupture avec la foi reçue

    Qualifier la Tradition de « vivante » ne signifie pas que le contenu de la foi pourrait être changé au gré des époques. Cela signifie que l’Église reçoit et transmet la foi dans l’histoire, avec une compréhension qui peut s’approfondir, tout en demeurant fidèle à ses origines apostoliques. La Commission théologique internationale présente cette croissance comme un développement de l’intelligence de la foi, et non comme son remplacement.

    Cette distinction permet d’éviter deux simplifications : considérer toute nouveauté comme une trahison, ou, à l’inverse, tenir toute adaptation pour légitime du seul fait qu’elle est nouvelle. Un texte du Saint-Siège met en garde contre l’identification de la Tradition à la seule conservation de pratiques anciennes : la fidélité ne consiste pas à figer toutes les formes historiques, mais à transmettre ce qui est essentiel en discernant les évolutions possibles.

    Transmettre la foi dans des cultures diverses

    Le second thème annoncé concerne les manières dont la foi prend forme dans les cultures. L’inculturation désigne le processus par lequel l’Évangile est exprimé dans une culture particulière, avec ses langues, ses symboles et ses pratiques. La Commission théologique internationale reconnaît que cette diversité peut produire des expressions propres à des Églises locales, à condition qu’elles restent fidèles à la foi apostolique et puissent s’inscrire dans la communion de l’Église.

    Ce discernement ne revient ni à rejeter les cultures ni à accepter automatiquement toutes leurs expressions. Une culture peut offrir des ressources précieuses pour transmettre la foi, mais certains de ses éléments peuvent aussi demander une purification ou une correction à la lumière de l’Évangile. La piété populaire, par exemple, peut soutenir la prière et la vie chrétienne ; elle doit toutefois être accompagnée pour conduire à une foi plus profonde et à la communion ecclésiale.

    Une réflexion théologique, pas une redéfinition annoncée

    La Commission théologique internationale assiste le Saint-Siège dans l’étude de questions doctrinales importantes. Le fait qu’elle examine la Tradition ne signifie donc pas, en soi, que l’Église s’apprête à en changer le contenu. Il s’agit plutôt de clarifier les critères permettant de distinguer la foi transmise des formes historiques par lesquelles elle s’exprime.

    Les conclusions éventuelles des travaux ne sont pas établies par l’annonce elle-même. La question centrale demeure celle du discernement : une pratique ou une expression culturelle transmet-elle fidèlement la foi apostolique, ou risque-t-elle de l’obscurcir ? C’est dans cet équilibre entre fidélité et adaptation que se situe la réflexion annoncée.

    (avec Magisterium.com)

  • « Le saint donne une nouvelle orientation à l'Histoire » (cardinal Semeraro)

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    D'Alessandro Di Bussolo sur Vatican News :

    Le saint donne une nouvelle orientation à l'Histoire, affirme le cardinal Semeraro

    Le dicastère des Causes des Saints est à l’initiative d’un colloque autour de «La sainteté dans l’histoire». Son préfet a assuré à son ouverture ce lundi que la recherche historique «nous fait reconnaître comment la grâce agit dans la liberté d’une personne, dans les conditions et même dans les contradictions de son époque». Mercredi matin, les participants seront reçus en audience par le Pape.

    «La sainteté n’efface pas l’humanité de la personne, elle l’assume, elle la transfigure. Elle n’élimine pas l’histoire, mais la traverse, en lui imprimant une nouvelle orientation. C’est ce qui rend nécessaire le travail de l’historien», selon le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère des Causes des Saints, qui a introduit ce 19 octobre, les travaux du colloque 2026 sur le thème «La sainteté dans l’histoire , à l’Institut pontifical patristique Augustinianum. L’historien, dans ses recherches, «ne peut se contenter, selon le cardinal Semeraro, de reproduire une image déjà consolidée par la dévotion, mais doit reconstituer les faits concrets, interroger les sources d’un œil critique, distinguer les événements des interprétations ultérieures et comprendre le contexte dans lequel une expérience spirituelle donnée a mûri».

    Jusqu’au 21 octobre après-midi, les experts convoqués par le dicastère analyseront l’importance de la contribution des études historiques aux causes des saints, qui s’est accrue au fil des ans pour devenir partie intégrante de toutes les causes de béatification et de canonisation, comme le prescrivent la constitution apostolique Divinus perfectionis magister (1983) de saint Jean-Paul II et l’instruction Sanctorum Mater. Mercredi 21 octobre, avant l’audience générale, le Pape recevra les participants aux travaux du colloque, qui s’inscrit dans la lignée de ceux qui, au fil des ans, ont abordé ces différents thèmes: «La sainteté aujourd’hui», «Dimension communautaire de la sainteté», «Martyre et offrande de la vie» et «La mystique. Les phénomènes mystiques et la sainteté».

    Les saints, aussi contestataires des idées dominantes

    Pour le préfet, la recherche historique «n’appauvrit pas la sainteté, n’en remet pas en cause la signification spirituelle», au contraire, elle contribue à la ramener à la vérité humaine, «en nous permettant de reconnaître comment la grâce agit dans la liberté d’une personne, dans les conditions et même dans les contradictions de son époque» ; et c’est précisément dans cette rencontre entre le caractère concret de l’histoire et l’œuvre de la grâce que s’ouvrent des espaces de réflexion pour les participants au colloque. Un sujet qui présente un grand intérêt tant pour la recherche historique que pour l’approfondissement théologique. La sainteté, en effet, rappelle le cardinal Semeraro, «n’est pas un idéal abstrait, séparé des événements humains, ni une perfection que l’on atteint en dehors des conditions concrètes de la vie». Elle prend corps chez des hommes et des femmes «qui ont réellement existé, ancrés dans des époques déterminées, appartenant à des communautés, à des cultures, à des institutions, qui ont influencé leurs choix, ont favorisé leur témoignage, ou, dans certains cas, ont même rendu leur chemin plus difficile». Les saints sont des fils et des filles de l’Église qui ont parlé le langage de leur époque, «en ont, dans une certaine mesure, assimilé les orientations, et même, bien souvent, ont profondément contesté les idées dominantes de la société dans laquelle ils vivaient».

    L’exemple de saint Louis de Gonzague

     

    Par exemple, saint Louis de Gonzague n’est pas seulement le jeune homme tenant un lys à la main tel que le dépeignent les hagiographies, mais l’homme qui prend sur ses épaules le poids d’un malade atteint de la peste et le transporte à l’hôpital, au risque d’être lui-même contaminé. Il ne s’agit donc pas, selon le cardinal, d’une figure hors de son temps, «comme si sa perfection spirituelle l’avait soustrait aux inquiétudes, aux tensions et aux choix liés à sa condition humaine». C’est pourquoi, pour l’historien, il ne suffit pas de «recueillir des témoignages qui alimentent une renommée déjà bien établie, il ne suffit pas de répéter des images transmises par la dévotion». Il faut «remonter aux événements concrets vécus par les personnes», examiner les sources, les distinguer des interprétations qui se sont superposées au fil du temps, «reconstruire le contexte dans lequel une expérience spirituelle donnée a pris forme et s’est manifestée».

    L’enseignement de saint Augustin

    À ce stade, le préfet se demande dans quelle mesure «les outils de la recherche historique permettent de comprendre la sainteté» et, d’autre part, «comment la théologie peut-elle en approfondir la signification sans perdre de vue l’intégralité de l’expérience humaine dans laquelle elle s’est réalisée ?». En s’inspirant de l’enseignement de saint Augustin dans La Cité de Dieu, il est possible de concilier «la rigueur de la recherche historique et la spécificité du regard théologique». En effet, le saint ne se soustrait pas «aux tensions et aux contradictions de son temps», mais il peut, en aimant Dieu jusqu’au mépris de soi, transformer la grâce et «orienter progressivement sa vie selon la logique de l’amour de Dieu». La sainteté se développe dans des conditions concrètes «et, dans la mesure où elle se laisse façonner par la charité, elle peut transformer les relations, les communautés et la manière même de reconnaître le bien».

    Le travail de l’historien et du théologien

    C’est pourquoi l’historien peut retracer l’origine d’une sainteté, en suivre le développement, étudier ses rapports avec le contexte social, en documenter les transformations, tandis que le théologien, «sans se substituer à cette recherche, y reconnaît une autre dimension: la possibilité que la charité, par l’œuvre du Saint-Esprit, édifie la communion chrétienne et rende présente dans l’histoire la vie même du Christ».

    L’historiographie et la compréhension de la sainteté

    Après l'introduction du préfet, l'historien du christianisme Roberto Rusconi a prononcé son discours d'ouverture sur «la contribution de l'historiographie à la compréhension et à l'approfondissement de la sainteté». Il a rappelé les paroles de Léon XIV: «Les saints font l’histoire», pour souligner que la sainteté «ne peut être appréhendée en dehors des personnes et ne peut être considérée de manière abstraite par rapport à des personnages qui vivent immergés dans l’histoire. Ne pas tenir compte de ces aspects réduit les saints à de simples images de dévotion». Il a également repris une réflexion d’Albino Luciani, avant qu’il ne devienne Jean-Paul Ier: «La sainteté vécue est bien plus vaste que la sainteté canonisée». Ce sont les «saints d’à côté» du Pape François.

    Les trente ans de l’Aiscca, qui étudie la sainteté en Italie

    Dans son analyse, Roberto Rusconi a approfondi trois éléments. Le premier concerne la manière dont, au fil du temps, «l’approche historico-critique à l’égard des saints et de la sainteté a évolué». Le deuxième porte sur «les répercussions, sur le travail historique, des modifications apportées aux procédures de reconnaissance de la sainteté». Et le troisième concerne les perspectives de recherche les plus significatives apparues à l’époque contemporaine et ces dernières années. Il rappelle également que, dans deux jours, s’ouvrira un colloque organisé à l’occasion du 30e anniversaire de la fondation de l’Association italienne pour l’étude de la sainteté, du culte et de l’hagiographie (Aiscca), sur le thème: «Famille et sainteté de l’Antiquité à nos jours».

    Depuis la fin du XIXe siècle, le rôle de la sociologie et de l’anthropologie

    L’historien souligne que, depuis un siècle et demi, c’est-à-dire depuis la fin du XIXe siècle, l’application de la méthode historico-critique aux documents du premier millénaire chrétien – non seulement aux textes strictement hagiographiques, mais aussi aux sources liturgiques – a «enrichi une approche qui se limitait exclusivement à la dimension théologique et dévotionnelle». Et depuis les dernières décennies du XXe siècle, d’autres sciences humaines, telles que la sociologie et l’anthropologie, «ont également fait leur apparition» dans la méthodologie de recherche, et sont utilisées non seulement pour l’analyse de la sainteté à l’époque moderne.

    Les innovations dans les procédures de reconnaissance de la sainteté

    Roberto Rusconi a ensuite retracé les innovations dans les procédures de reconnaissance de la sainteté, depuis la réserve papale de 1234 sous Grégoire IX jusqu’au décret de non cultu d’Urbain VIII en 1600, qui  interdisait toute forme de reconnaissance dévotionnelle de la sainteté, en particulier de la part des fidèles, soustraite à un contrôle préalable de la part de l’autorité hiérarchique». Si, sous le Pape Benoît XIV, au milieu du XVIIIe siècle, on introduit la vérification médicale des miracles de guérison, avec la constitution Divinus Perfectionis Magister de 1983, le Pape Jean-Paul II instaure une réduction drastique du délai prévu pour l’ouverture d’une cause en vue de la reconnaissance de la sainteté, qui passe de 50 à 5 ans (avec des exceptions notables). Cela déplace la genèse de la documentation disponible «vers le rôle prépondérant des témoins directs (et donc aussi des personnes ayant bénéficié d’un miracle) – exacerbant ainsi le caractère procédural de la procédure». Avec l’utilisation directe du matériel biographique et chronique. De plus, la norme «selon laquelle le martyre dispense de la vérification du seul miracle requis» revêt une grande importance.

    Schuman, De Gasperi et saint Carlo Acutis

    Enfin, l’historien a analysé dans son discours d’ouverture l’évolution des modèles de sainteté, notamment l’émergence de la question d’une «politique des canonisations» au cours des premières décennies du XIVe siècle, pendant le transfert du Pape et de la Curie à Avignon. La canonisation des fondateurs et d’autres figures des ordres mendiants dans la première moitié du XIIIe siècle, ainsi que celle des ordres de clercs réguliers au début du XVIIe siècle, «constituait à la fois la reconnaissance et la promotion d’un rôle au sein de l’Église», selon l’intervenant. En analysant ensuite l’évolution du rôle des écrits des saints, Roberto Rusconi en vient à des personnalités politiques telles que le Français Robert Schuman et l’Italien Alcide De Gasperi, pour lesquels la recherche historique menée jusqu’à présent n’a pas tenu «particulièrement compte de la composante religieuse de leur personnalité». Enfin, l’historien évoque l’utilisation de la photographie comme source historiographique, jusqu’à l’utilisation actuelle de l’intelligence artificielle. Il ne fait qu’une brève allusion au phénomène hagiographique à l’ère du web, avec «les formes et les thèmes de la religion numérique», en citant un «phénomène sous les yeux de tous» comme celui de saint Carlo Acutis.

  • Quand une réunion de prière organisée le 21 octobre suscite les critiques du Centre d'Action Laïque

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    Une chronique de l'abbé Eric de Beukelaer sur le site de La Libre en contribution externe :

    Les élus peuvent afficher leur athéisme. Pourquoi leur foi chrétienne devrait-elle rester invisible ? Quel paradoxe !

    Un déjeuner de prière organisé le 21 octobre suscite les critiques du Centre d'Action Laïque qui défend la liberté de conscience tout en contestant l'expression de la foi. Une myopie sélective.

    19-10-2026

    Une chronique d'Eric de Beukelaer, prêtre (*)

    Ce 28 juin, notre premier ministre se dévoilait dans une interview à De Zondag : "Je n'ai pas de talent pour être heureux. Ceci, parce que je suis plutôt pessimiste qu'optimiste. […] Je ne suis pas croyant. Je pense que c'est l'homme qui a créé Dieu et non l'inverse. […] Life is a cosmic joke". Un chef de gouvernement belge peut donc s'affirmer incroyant et considérer la vie comme une farce, sans que cela n'étonne. Et c'est heureux. Ce 1eraoût, Yves Coppieters ministre wallon de la Santé et de l'Environnement, par ailleurs épidémiologiste et docteur en santé publique, déclarait dans La Libre : "Je vais remettre ma casquette de chercheur un instant. La planète va continuer à exister, mais l'humanité elle va disparaître. On va droit dans le mur." Un ministre wallon de la santé peut diagnostiquer une maladie mortelle à notre humanité, sans créer d'émoi. Pourquoi pas ?

    Le président du Centre d'Action Laïque (CAL) s'offusque

    Ce qui par contre choque certaines consciences, c'est l'invitation inhabituelle adressée aux parlementaires chrétiens. Ce 21 octobre, un déjeuner de prière est organisé pour eux dans un club privé, avec la participation d'un ancien ministre de la justice. Le président du Centre d'Action Laïque (CAL) s'en offusque : "Organiser une prière parlementaire est dangereux, car cette rencontre est le signal de la volonté de certains de faire en sorte que la religion influe sur les décisions politiques. […] Ce serait problématique pour une partie de la population qui ne correspondrait pas à ce que les conservateurs, et notamment les conservateurs religieux souhaitent comme société." Je réagis en 3 points : 1. Curieux manichéisme. C'est oublier que certains conservateurs sauvèrent la démocratie (Churchill, de Gaulle,…), là où des progressistes collaborèrent avec les nazis (Henri de Man, président du parti socialiste, Jean Luchaire…). 2. Étonnante contradiction. Le CAL se veut défenseur de l'autonomie du choix individuel, mais réfute le droit pour des politiciens de se rassembler entre croyants pour prier. Si des parlementaires francs-maçons se réunissent en fraternelles, pourquoi des élus ne pourraient-ils en faire autant au nom de leurs convictions religieuses ? 3. Myopie sélective. Le CAL accepte sans broncher les professions de foi agnostiques ou athées de la part de politiques, mais veut bannir les manifestations croyantes de mandataires chrétiens.

    Emmanuel Tourpe, "lynché" pour ses convictions

    Évacuer les croyants trop assertifs de l'espace public pour invisibiliser la religion, est une vieille tactique. J'en fis jadis les frais : présenté par deux fois en ordre utile pour rejoindre l'Académie Royale de Belgique, je fus écarté en dernière sélection. Je pensais laisser la place à de meilleurs candidats, jusqu'à la parution d'un article sur l'institution : "Y a-t-il des recalés au CV pourtant bien fourni ? […] On mentionne Eric de Beukelaer ex-porte-parole des évêques de Belgique : trop marqué 'philosophiquement' pour être admis". (Le Vif, 15 mars 2013 p.35) Le philosophe chrétien et homme des médias, Emmanuel Tourpe, candidat malheureux à la direction de la RTBF, connut le même sort. J'ignore s'il était le meilleur choix, mais je puis témoigner de la campagne de lynchage "en meute" dont il fut la cible sur les réseaux sociaux. Elle brocarda non pas ses compétences, mais bien ses convictions.

    Ce 21 octobre, osez prier ensemble

    Comment réagir ? Une foi tiède est peu signifiante. Disciples du Christ, ayons le courage de nos convictions. Témoignons de notre baptême avec le sourire. Dans le respect du pluralisme et l'accueil de la contradiction. Associant l'absolu chrétien avec les nuances du quotidien. Et vous, les élus du peuple tous partis confondus : si vous êtes chrétiens de conviction et non simplement d'éducation, répondez ce 21 octobre à l'invitation à prier avec vos pairs. La démocratie en sortira renforcée. "Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ?" (Matthieu 5, 13)

    → Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/

  • Réalisme et Islam

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    Du Père James V. Schall, S.J. sur le CWR :

    Archives : Réalisme et Islam

    Nos dirigeants ne parviennent pas à comprendre ce qui se passe, qu’il s’agisse de la perte de foi et de repères moraux de toute une civilisation occidentale, ou du réveil de l'Islam face aux implications de sa propre foi et de sa vision d'une conquête mondiale.

    Note de l'éditeur : Cet essai du regretté Père Schall a été publié initialement sur CWR le 17 avril 2016.

    I. 

    Le réalisme politique, longtemps associé à Saint Augustin, nous contraint à examiner ce que Machiavel nous recommandera plus tard : à savoir, regarder ce que les hommes font réellement, et non ce qu'ils devraient faire. Ce conseil serait plus convaincant si, en fait, certains hommes ne faisaient pas ce qu'ils doivent faire, ou si d'autres ne faisaient pas ce qu'ils ne doivent pas faire. Les deux camps se persuadent généralement qu'ils doivent suivre leurs convictions. Machiavel pensait que si les hommes faisaient ce qu'ils « devraient » faire, ils ne survivraient pas aux assauts et à la ruse de ceux qui utilisent leur pouvoir pour faire tout ce qui est en leur capacité. Cependant, le réalisme augustinien ne justifiait pas, contrairement à Machiavel, cet examen attentif de ce que les hommes « font » comme une raison de nier la distinction entre le bien et le mal afin d'employer n'importe quel moyen pour parvenir à ses fins.

    Le regard « réaliste » l'était pour Augustin précisément parce que le bien et le mal étaient inclus dans ce regard lui-même, dans la réalité telle qu'elle est perçue. Voir et agir en fonction de la réalité du bien ou du mal, c'est voir la réalité dans ses dimensions les plus complètes. La vérité pratique, qui consiste à agir selon une description exacte de ce qui existe, est le premier principe du réalisme ainsi que de l'action politique. Ainsi, Jacques Maritain pouvait à juste titre soutenir, dans la tradition augustinienne, que « la justice, l'intelligence et la force » n'ont pas à être séparées. Elles vont de pair. Ou, pour faire une allusion indirecte à Lord Acton, le manque de puissance peut lui aussi corrompre absolument. Ne pas posséder et ne pas utiliser une puissance responsable pour défendre ce qui est juste est en soi un mal, une lâcheté.

    Gardant ce contexte à l'esprit, rappelons les événements récents depuis le « 11 septembre », les attentats en Espagne, en Angleterre, à Bombay, Bali, Fort Hood, San Bernardino, deux fois à Paris, Lahore et Bruxelles, sans parler des persécutions et des décapitations au Pakistan, en Irak, au Yémen, au Nigeria, en Libye, en Somalie, au Tchad, en Syrie, et les luttes intestines entre sunnites et chiites au sein du monde musulman. Quelle est la manière la plus plausible de juger cette violence continue et ses origines ? Pour faire cette évaluation, nous devons reconnaître que l'Islam, en principe, est réellement et potentiellement violent tout au long de son histoire. La raison fondamentale de cette approche est l'obéissance à la Loi d'Allah, et non l'amour de la violence en soi.

    Sur la base des preuves et de la théorie, nous ne pouvons pas conclure du fait que l'Islam soit une « religion » qu'il n'est donc pas « violent » ou qu'il ne le serait que par un dévoiement de ses propres fondements. Il est possible d'être une religion et d'épouser la violence. (Si ce n'était pas le cas, nous devrions exclure de nombreux passages clés de l'Ancien Testament lui-même.) Nous ne pouvons pas occulter ce qui est présent et affirmé comme tel par les musulmans eux-mêmes. Le réalisme signifie que nous pouvons et devons appeler ce qui se passe par son nom propre. Cela signifie également que si nous ne pouvons pas ou ne voulons pas le nommer correctement, nous ne sommes pas réalistes. Nous subirons inévitablement les conséquences de notre échec à énoncer la vérité de ce qui est là.

    Ces propos ne sont pas tenus pour promouvoir une contre-violence face aux musulmans ou pour justifier la violence islamique envers autrui. Il s'agit plutôt de respecter l'insistance de l'Islam à ce que tous ceux qui se trouvent à l'intérieur et à l'extérieur de son enceinte soient soumis à la loi du Prophète. Qu'on le veuille ou non, cette vision d'une domination mondiale propre à l'Islam ne peut être qualifiée que de nature « religieuse ». Elle est enracinée dans l'adoration du dieu appelé Allah et promue comme telle. Ne pas prendre ces mots au sérieux est irréaliste. Les musulmans qui prétendent pouvoir lire leurs textes religieux comme si une telle violence n'y était ni préconisée ni justifiée peuvent être salués pour leur tentative d'atténuer le bilan historique. Mais le fait est que ceux qui considèrent cette violence comme essentielle à la religion ont le meilleur rôle dans l'argumentation et sont les meilleurs témoins de ce que représente l'Islam historique.

    II.

    Ce qui est avancé ici n'a donc pas pour but d'être « critique » envers l'Islam de manière injuste. Au contraire, cela est écrit avec une admiration considérable pour le zèle, la cohérence et l'efficacité manifestés au cours des siècles par les armées et le droit islamiques. Et bien qu'il puisse être politiquement incorrect d'énoncer ces choses, elles doivent l'être et constituent en fait la vérité — des réalités que les musulmans comme les non-musulmans ont besoin d'entendre et de méditer. L'objectif désigné et déterminé de la conquête du monde pour Allah a été revigoré à maintes reprises dans l'histoire mondiale depuis l'époque de Mahomet au VIIe siècle. Ces réveils et expansions, qui n'ont été que temporairement stoppés par une contre-force supérieure, ont leurs racines dans le Coran lui-même et dans ses commentaires.

    Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, à notre grande surprise, n'est qu'une étape supplémentaire dans la mission mondiale historique que l'Islam conçoit pour lui-même comme la volonté d'Allah, un objectif qui inspire la vigueur réelle et récurrente que l'on retrouve dans son histoire. La raison pour laquelle nous ne l'appelons pas par son nom ne réside pas dans l'Islam, mais dans nos propres concepts de la philosophie, de la religion et du droit, qui sont très différents. En ce sens, c'est notre propre culture qui nous empêche souvent d'être des réalistes politiques.

    De nombreux musulmans croyants, probablement plus que nous ne voulons l'admettre, sont fatigués et frustrés de voir les principes de leur religion niés. Les observateurs extérieurs refusent de croire ou d'imaginer que ce que les partisans musulmans disent d'eux-mêmes, tant dans leurs textes fondateurs que dans leurs actions historiques, est vrai. La conquête du monde au fil du temps est ce qu'ils soutiennent devoir être accompli.

    En d'autres termes, qu'ils soient musulmans ou non, beaucoup de gens refusent de reconnaître que la violence est théorisée et exécutée au nom de l'Islam. En dehors de l'Islam, on la désigne par ce mot singulier de « terrorisme ». Elle est rarement appelée pour ce qu'elle est, à savoir une entreprise religieuse visant à conquérir le monde comme un acte de piété. Les musulmans, dans cette tradition centrale, ne sont pas des « terroristes » juste pour le plaisir. C'est insultant et cela suscite du ressentiment. Ils pratiquent ce que nous appelons la « terreur » parce qu'ils s'estiment investis de la volonté d'Allah, allant parfois jusqu'à leur propre mort pour l'accomplir. Ceux qui, au cours de ce processus, tuent des « infidèles » — c'est-à-dire tout non-musulman ou tout musulman qui n'accepte pas l'Islam véritable — sont considérés comme des « martyrs » de la cause de l'Islam. Ce n'est que si l'Islam est faux que ces meurtres rituels peuvent être perçus comme le mal objectif qu'ils sont.

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  • Cinq saints handicapés qui démontrent la beauté de chaque personne

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    De sur le CWR :

    Cinq saints handicapés qui démontrent la beauté de chaque personne

    Inspirons-nous de leur exemple et rappelons-nous, durant ce Mois du respect de la vie, que chaque personne, quel que soit son âge ou sa condition, a de la valeur et de la dignité.

    « Le Christ glorifié à la Cour du Ciel » (1428-30) par Fra Angelico [WikiArt.org]
    « Le Christ glorifié à la Cour du Ciel » (1428-30) par Fra Angelico [WikiArt.org]
    Les saints du ciel défendent nos causes et intercèdent pour nous chaque fois que nous le leur demandons. C'est une immense responsabilité, qu'ils prennent très au sérieux. Nous ne sommes jamais un fardeau, et si nous nous adressons à eux sincèrement et avec foi en Notre Seigneur, nous ne pouvons jamais trop leur demander.

    En effet, avant sa mort, sainte Thérèse de Lisieux déclara : « Je passerai mon ciel à faire le bien sur la terre. » Elle espérait devenir sainte et consacrait chaque jour de sa vie terrestre à se préparer pour le ciel, sachant qu'à son arrivée, elle prierait avec joie pour tous ceux qui solliciteraient son intercession. Cette pensée lui procurait une immense joie, et nous pouvons être assurés qu'elle n'était pas la seule à nourrir ce désir.

    Nombreux sont les saints qui ont vécu avec un handicap ou une maladie et qui ont connu cette épreuve de près, mais ils n'ont pas laissé leurs limitations les empêcher de servir Dieu. Malgré leurs grandes souffrances physiques, ils ont persévéré dans leur mission d'aider les autres. Voici cinq saints et saintes qui ont consacré leur vie à Dieu et qui ont pris soin de leur prochain. Inspirons-nous de leur exemple et rappelons-nous, en ce Mois du respect de la vie, que chaque personne, quel que soit son âge ou sa condition, a de la valeur et de la dignité.

    1. Bienheureux Hermann de Reichenau

    Le bienheureux Hermann naquit en Allemagne et vécut de 1013 à 1054. Selon les récits , il « était extrêmement handicapé dès son enfance, avec une mobilité et une élocution très limitées ». Il souffrait notamment de paralysie, d'une fente palatine et d'un spina bifida, et on le surnommait « l'infirme ». Son handicap était si sévère que sa famille fabriqua un fauteuil spécial pour pouvoir le transporter en ville. Malgré ces handicaps physiques, il était d'une intelligence remarquable. En 1043, il entra au monastère bénédictin de Reichenau et en devint finalement l'abbé. Hermann excellait en mathématiques, en musique, en astronomie, en théologie et en poésie. Il composa même les hymnes « Salve Regina » et « Alma Redemptoris Mater », dont des versions sont encore chantées lors de la messe aujourd'hui.

    2. Saint Joseph de Cupertino

    Joseph naquit en 1603 à Cupertino, en Italie, de parents pauvres qui perdirent leur maison peu avant sa naissance. Dès son plus jeune âge, il souhaita entrer au monastère et tenta d'abord sa chance chez les Capucins. Mais il ne s'y épanouit pas et fut renvoyé car il était maladroit et incapable d'accomplir même les tâches les plus simples. Il fut finalement accueilli comme domestique dans un monastère franciscain, où il excella, surmontant nombre de ses difficultés initiales. Pendant un temps, il nettoya les écuries, mais il continua d'éprouver des difficultés scolaires en raison d'un trouble de l'apprentissage. Il fut finalement ordonné prêtre et sa vie spirituelle s'épanouit. Dès lors, il « vécut des extases et des visions et accomplit des miracles ». On raconte qu'il lévitait fréquemment et qu'on l'a vu le faire plus de 70 fois. Après une maladie, il mourut à l'âge de 60 ans en 1663.

    3. Sainte Pauline du Cœur Agonisant de Jésus

    Pauline est née en Italie en 1865, mais sa famille s'installe au Brésil lorsqu'elle est enfant. Elle développe une profonde compassion pour les pauvres et les souffrants, et après avoir pris soin, avec une amie, d'une femme atteinte d'un cancer et totalement démunie, elle se sent appelée à poursuivre cette œuvre d'aide aux autres. Avec quelques autres femmes, elle fonde la Congrégation des Petites Sœurs de l'Immaculée Conception. Ensemble, elles s'occupent d'orphelins et d'enfants d'anciens esclaves. Pauline commence à souffrir de diabète et de complications liées à cette maladie. Selon le Vatican , « après deux opérations, on lui ampute d'abord le majeur, puis le bras droit. Elle passe les derniers mois de sa vie complètement aveugle. » Pauline affronte la souffrance avec courage, ne laissant jamais ses problèmes de santé ni son handicap l'empêcher de servir son prochain. Elle est aujourd'hui la sainte patronne des diabétiques.

    4. Bienheureuse Chiara Luce Badano

    Née en Italie en 1971, Chiara mena une vie de foi dès son plus jeune âge. Sa dévotion à Dieu était telle qu'on la surnommait Luce, qui signifie lumière. À 17 ans, Chiara commença à souffrir d'une douleur à l'épaule. Passionnée de tennis, elle pensa d'abord à une blessure, mais la douleur persista et les médecins diagnostiquèrent bientôt un cancer des os rare. Chiara accepta sa croix avec joie et décida d'embrasser ses souffrances et de les offrir au Christ. Pendant deux ans, elle subit traitements et opérations, mais en vain, ce qui ne parvint pas à ralentir la progression du cancer. Elle mourut en 1990 à l'âge de 19 ans et fut béatifiée par le pape Benoît XVI. Il déclara : « Dix-neuf années pleines de vie, d'amour et de foi. Deux dernières années, également marquées par la douleur et la souffrance, mais toujours dans l'amour et la lumière, une lumière qui rayonnait autour d'elle et qui venait de l'intérieur : de son cœur rempli de Dieu ! »

    5. Saint Alphonse de Liguori

    Saint Alphonse naquit en 1696 dans une famille aisée près de Naples, en Italie. De santé fragile, il entreprit néanmoins des études de droit. À 18 ans, il rejoignit la Confrérie de Notre-Dame de la Miséricorde. Au sein de cette confrérie, il soignait les malades de l'hôpital des incurables, lavant les corps souffrants, nourrissant les plus démunis, changeant les draps et se consacrant à des œuvres de miséricorde et de compassion. Il devint avocat et fut considéré comme l'un des plus doués du royaume de Naples. Cependant, ce travail ne le comblait pas. Il quitta finalement son poste et entra dans les ordres. Dès lors, il consacra sa vie au service des pauvres. Mais il finit par se rendre compte qu'il ne pouvait vivre loin de ceux qu'il aidait. Désireux de vivre parmi eux, il rechercha l'aide d'autres personnes désireuses de partager cette mission. Ensemble, ils fondèrent la Congrégation du Très Saint Rédempteur, également appelée les Rédemptoristes. Les Rédemptoristes expliquent que ses « dernières années furent marquées par des affections physiques très graves et invalidantes, notamment l'arthrite, qui lui causa de grandes douleurs et le contraignit à se déplacer en fauteuil roulant ». Il mourut en 1787.

    Chacun de ces saints et bienheureux comprenait la souffrance, mais savait aussi qu'il pouvait l'offrir pour se rapprocher du Christ. Alors que nous célébrons ce mois du Respect de la Vie et que nous pensons à ceux qui souffrent, à ceux qui vivent avec un handicap et à ceux dont la vie est menacée par la culture de mort, n'oublions pas que nous avons, comme ces saints, un rôle à jouer pour les protéger et les défendre. Et souvenons-nous toujours que nous pouvons implorer l'intercession des saints pour nos proches souffrants.

  • La joie de l’amour par Mgr Varden

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    De Mgr Varden sur Coram Fratribus :

    La joie de l’amour

    15 octobre 2026

    Introduction

    En la fête de saint Joseph, cette année, le pape Léon XIV a annoncé son intention de réunir à Rome tous les présidents des conférences épiscopales du monde afin de réfléchir aux effets d’Amoris laetitia, dix ans après sa promulgation.

    Le Saint-Père nous a demandé de réfléchir à la manière dont nous pourrions annoncer plus efficacement l’Évangile aux familles.

    La rencontre, qui a duré une semaine, s’est achevée hier. Un compte rendu sera publié lorsque le Saint-Père se sera remis de sa maladie — nous prions pour que son rétablissement soit rapide et complet. Mais le pape Léon XIV a demandé aux participants de faire sans tarder part de leur expérience à leurs conférences épiscopales et à leurs diocèses.

    Les travaux se sont déroulés selon un cadre organisé autour de cinq grands thèmes. Chacun d’eux a donné matière à une journée entière d’échanges. Voici mes réflexions personnelles sur ces différents thèmes.

    Ces réflexions n’engagent pas l’assemblée, dont chacun pourra découvrir en temps voulu la richesse des travaux. Elles ne sont que la contribution d’une voix singulière, celle d’un second alto dans un orchestre vaste et harmonieusement composé.

    1. Les familles aujourd’hui

    La vie familiale est aujourd’hui soumise à des tensions de toutes sortes : sociologiques, financières et culturelles. Nous en sommes pleinement conscients. Toutes méritent que l’on s’y intéresse.

    La tension la plus persistante est toutefois plus profonde. En un laps de temps remarquablement court, nous avons perdu notre sens collectif de l’humanité. En dehors de certains groupes défendant leurs intérêts particuliers, il est désormais difficile de trouver des mots communs pour dire ce qu’est un être humain. Nous ne nous accordons plus sur ce qui fait une femme, un homme ou un enfant.

    Les transhumanistes technologiques nous projettent dans un avenir où l’homme risque d’être laissé derrière par le « progrès », tant que sa nature n’aura pas été « augmentée ». Ayant abandonné l’idée de rédemption, nous plaçons désormais notre espérance dans les mises à niveau. Nous tenons pour acquis que les paramètres qui valent aujourd’hui ne s’appliqueront plus demain. Dès lors, l’idée même d’un engagement permanent, quel qu’il soit, semble absurde.

    Les alliances et les pactes cèdent la place aux « accords » en politique comme dans le commerce. Il en va de même des relations humaines, de plus en plus considérées comme des transactions pragmatiques : je reste attaché à une chose ou à une personne aussi longtemps que j’en retire un avantage ou du plaisir. Ensuite, je passe à autre chose.

    Dans un tel contexte, la famille, unité fondamentale de la société humaine, ne peut que se désagréger. Il ne semble plus aller de soi que les familles doivent être des unités stables, fondées sur le lien durable d’un homme et d’une femme, unis pour la vie dans l’espérance d’avoir des enfants.

    Un homme et une femme peuvent toujours se mettre ensemble — nous vivons dans un monde libre, après tout. Mais leur union n’est plus considérée comme fondamentalement différente de celle de deux femmes ou de deux hommes, ou de deux personnes qui se définissent comme ayant une identité de genre fluide. Et pourquoi limiter cette unité à deux personnes ? Les revendications en faveur d’une reconnaissance juridique du polyamour se multiplient.

    Nous vivons dans une éclipse métaphysique.

    La foi en Dieu comme Créateur bienveillant s’est largement perdue. Nous ne croyons plus que notre existence ait été voulue. Comment, dès lors, conserver le sentiment que notre vie est un don que nous pouvons, à notre tour, offrir à un autre, voire consacrer à lui ?

    Notre époque est celle d’une profanation née d’un désespoir littéral, d’un monde qui exclut jusqu’à la possibilité même de l’espérance.

    Je constate ces évolutions dans mon environnement social, dans mes correspondances et mes conversations, ainsi qu’au confessionnal.

    J’observe cependant une tendance contraire. Je rencontre beaucoup de jeunes, mais aussi de personnes moins jeunes, qui sont las de ce qui est éphémère. Ils refusent de renoncer à l’espérance. Ils osent penser qu’il pourrait exister une « vérité » sur laquelle bâtir leur vie.

    En encourageant et en soutenant ces personnes, en les aidant à s’épanouir, nous pouvons contribuer au renouveau d’une culture familiale. Après tout, chacun veut être heureux. Or beaucoup ne le sont pas. Sur ce point, les sociologues s’accordent.

    La vue d’une famille qui s’épanouit donnera à d’autres le désir de s’épanouir à leur tour.

    S’épanouir ne signifie pas être constamment dans un état d’euphorie.

    La vie humaine est difficile, quelle que soit la forme qu’elle prend. Je trouve que la plupart des gens en ont une conscience lucide. C’est pourquoi ils peuvent se lasser d’un vocabulaire bien intentionné, mais répétitif, qui parle d’« accompagnement », de « cheminement » et d’« écoute ».

    Ils souhaitent, bien entendu, être accueillis avec attention et respect. Mais ce qu’ils recherchent, c’est une direction, l’indication d’un but, un enseignement sur la manière de bien vivre.

    Dieu s’est fait homme dans ce but : nous montrer en quoi consiste la vie et vers quoi elle tend, nous enseigner, par ses conseils et ses commandements, comment mener une existence bonne et féconde.

    Lorsque le Christ a rencontré la Samaritaine au puits, il ne lui a pas dit : « Asseyons-nous donc, et racontez-moi tout. » Il lui a révélé « tout ce qu’elle avait fait » (cf. Jn 4, 29).

    C’est ce qui lui a permis de commencer une vie nouvelle.

    Nous devons laisser le Christ nous dire qui nous sommes, nous montrer nos mauvais choix, nous faire reconnaître nos fautes et nous orienter vers la fin pour laquelle nous avons été créés.

    Le Christ est notre Sauveur, mais il est bien davantage. Il est aussi l’Image à laquelle nous avons été façonnés, le Modèle originel qui nous révèle à nous-mêmes. Notre action pastorale ne sera efficace que dans la mesure où nous demeurerons dans une obéissance aimante à son égard.

    Nous aurons alors peut-être une chance de réintroduire l’espérance au cœur de la société.

    2. Les jeunes et la découverte du mariage

    Une étude publiée il y a quelques années par l’American College of Pediatricians indiquait que 54 % des adolescents avaient vu de la pornographie avant l’âge de treize ans, et 15 % avant onze ans. Ces chiffres ont certainement augmenté depuis.

    L’usage de la pornographie est relativement généralisé chez les jeunes adultes, hommes et femmes, partout dans le monde. Il a des conséquences considérables sur la manière dont les jeunes vivent leurs relations affectives.

    Lorsqu’on a été hanté depuis l’enfance par un univers de luxure dans lequel le sexe est un objet de consommation, où l’objet du désir est constamment interchangeable — mais toujours physiquement parfait —, où la romance est absente et où aucune règle ne s’impose, franchir le pas vers une relation durable et fidèle avec un être humain concret, faillible et vulnérable, dont l’altérité ne peut être réduite à une abstraction, devient une démarche immense, peut-être insurmontable.

    L’univers pornographique transgresse les limites. Il suggère l’existence de frontières dans le seul but d’attirer le consommateur au-delà d’elles, en lui faisant miroiter des possibilités de puissance sans cesse renouvelées.

    Le modèle classique du garçon qui rencontre une fille a depuis longtemps été dépassé. L’homoérotisme, autrefois associé à la notion d’« orientation » sexuelle, est désormais présenté comme une option accessible à tous et intégré aux divertissements grand public.

    Les tendances à la fluidité du genre expriment des fantasmes qui prennent naissance, souvent dans une souffrance intérieure, sur le marché d’un éros sans entraves : un univers où le désir du moment est intronisé comme un dieu, où la réalité objective cède la place aux formes que l’imagination subjective lui impose et suscite.

    Nous déplorons les séductions du virtuel et de l’irréel, mais cela ne suffit pas. Nous devons tendre une main amicale aux jeunes hommes et aux jeunes femmes pris dans des formes d’irréalité qui exercent sur eux une puissante attraction. Nous devons les tirer de ce bourbier et leur permettre de redécouvrir le monde tel qu’il est.

    Pour y parvenir, nous devons être capables de leur montrer que ce monde réel est meilleur, en fait plus intéressant, et qu’il est davantage à même de les rendre heureux.

    Il y a trois ans, j’ai publié un livre intitulé Chastity (« La chasteté »). Certains m’ont alors tourné en ridicule, principalement des hommes européens d’un certain âge, qui m’assuraient que ce sujet n’intéressait personne.

    J’ai pourtant été frappé de constater, dans un pays après l’autre, que je me retrouvais devant de larges auditoires, composés en grande partie de jeunes gens désireux d’entendre parler de cette vertu presque oubliée, apparemment embarrassante.

    Loin de se laisser séduire par des substituts hypersexualisés aux relations humaines, beaucoup de jeunes en sont las. Ils recherchent l’amitié et un amour stable.

    Je ne prétends pas qu’ils représentent la majorité. Mais ils sont suffisamment nombreux pour témoigner d’une tendance.

    Pour aider les jeunes à découvrir la valeur du mariage, nous devons nous adresser à cette aspiration, en commençant par aider les jeunes femmes et les jeunes hommes à se réconcilier avec eux-mêmes.

    Dans l’un de ses principaux passages sur le mariage, la lettre de saint Paul aux Éphésiens compare les époux à un corps, avant de remarquer : « Jamais personne n’a haï sa propre chair » (Ep 5, 29).

    Or, de nos jours, beaucoup de personnes se haïssent elles-mêmes et se sentent étrangères à leur propre corps.

    Dans une vision séculière, le corps n’est qu’un assemblage de muscles et de tendons que l’on peut réaffecter à d’autres usages. Le message chrétien, remarquable et libérateur, est tout autre : je suis mon corps, et mon corps, tout autant que mon âme, est créé à l’image de Dieu et mérite notre révérence.

    Si nous voulons préparer les jeunes au mariage, nous devons d’abord les aider à découvrir leur identité incarnée d’hommes et de femmes. Mais, avant de chercher à aider les autres, nous devons accomplir nous-mêmes ce travail.

    Il peut être salutairement humiliant de découvrir, même à l’âge adulte, que nous avons encore du chemin à parcourir sur ce point.

    Quel langage peut aider les jeunes à grandir affectivement ?

    Un langage de vérité qui nomme sereinement les choses, sans violence, et sans jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. Ce langage reconnaît les blessures sans idéaliser le statut de victime. Il jaillit de la foi en la volonté du Christ de nous sauver.

    Le mariage manifeste le salut. Pour pouvoir s’y engager, il faut d’abord découvrir que l’on peut soi-même être sauvé.

    3. Les premières années de la vie conjugale

    Un couple que je connais m’a raconté une décision qu’il avait prise lorsqu’il avait compris que sa relation devenait sérieuse. Les deux fiancés étaient partis ensemble dans une cabane au milieu des bois pour un long week-end.

    Pendant ce séjour, ils se sont raconté leur vie. Chacun voulait que l’autre connaisse toute son histoire, avec ses lumières et ses ombres, ses réussites et ses échecs.

    S’ils devaient s’engager l’un envers l’autre pour l’avenir, ils voulaient s’assurer qu’aucun obstacle ne surgirait plus tard d’un passé qui n’aurait pas été reconnu ou révélé.

    Une telle démarche est courageuse et sage.

    L’essence de l’amour est de savoir que je peux être moi-même, sans masque, et être néanmoins aimé. Dieu nous aime de cette manière. Apprendre à aimer comme lui, c’est faire de même.

    Le mariage s’épanouira si chacun des époux peut confier à l’autre ce qu’il a de plus intime.

    Au début de la célébration du mariage, le prêtre demande aux futurs époux : « Est-ce de votre plein gré que vous venez vous engager dans le mariage ? »

    La liberté dont dépend la validité du sacrement suppose que les époux sachent avec qui ils se marient. Nombre des difficultés qui surgissent au cours des premières années de la vie conjugale pourraient être évitées si chacun recherchait une transparence honnête avant que l’alliance matrimoniale ne soit ratifiée.

    Les époux sont eux-mêmes les acteurs du sacrement. Ils le célèbrent néanmoins dans l’église, devant la croix.

    Répondre oui à cette question : « Voulez-vous vous aimer et vous respecter tous les jours de votre vie et accueillir avec amour les enfants que Dieu voudra vous donner ? », c’est consentir à prendre part à la croix.

    Tout amour conjugal et parental implique une souffrance. Il transpercera le cœur. Il exigera que l’on donne sa vie pour que d’autres puissent vivre.

    Embrasser lucidement cette réalité dès le commencement, en consentant à prendre part à la croix du Christ qui donne la vie, donnera aux époux la force de porter leurs fardeaux et rendra même les charges les plus lourdes apparemment légères.

    La relation horizontale entre mari et femme, parents et enfants, sera soutenue par un axe vertical solide et fiable.

    J’aime le rite que prévoit la liturgie romaine lorsque le prêtre, après avoir reçu les consentements, enveloppe de son étole les mains jointes des époux et déclare :

    « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. »

    Chaque fois qu’il revêt son étole, le prêtre récite cette belle prière d’habillement :

    « Seigneur, rends-moi l’étole de l’immortalité que j’ai perdue par la faute de nos premiers parents. »

    L’alliance matrimoniale nous laisse entrevoir la gloire dont Adam et Ève étaient revêtus avant la chute. Dans certains rites orientaux, les époux sont couronnés, en reconnaissance de la dignité royale de leur filiation retrouvée.

    Dans notre climat d’hyper-sécularisation, qui idéalise sentimentalement le mariage et considère les enfants selon une logique consumériste — comme des biens dont on peut programmer l’arrivée à un moment commode et que l’on préférerait voir produits selon des caractéristiques déterminées —, cette perspective surnaturelle est précieuse.

    Elle rappelle que le mariage ne concerne pas seulement un homme et une femme. Il les fait entrer dans une communion vivante avec Dieu ; plus encore, il les établit ensemble comme une image, une icône vivante, de la sainte Église de Dieu.

    Savoir que le Christ est constitutivement présent dans leur union les encourage dans le difficile travail qui consiste à abandonner la première personne du singulier au profit de la première personne du pluriel : ne plus dire « je veux », mais « nous voulons » ; non plus « j’ai », mais « nous avons ».

    Cela peut les aider à apprivoiser la puissance brute et la profonde vulnérabilité de la sexualité, en intégrant harmonieusement ses dimensions unitives et procréatives.

    Cela les préparera à recevoir les enfants avec révérence, comme des dons bienveillants de Dieu.

    Un couple marié a besoin d’être soutenu par une communauté. Il est faux de considérer les époux comme autosuffisants, en attendant d’eux qu’ils produisent eux-mêmes toutes les ressources et toute la satisfaction dont ils ont besoin.

    Une telle conception ne fait qu’appliquer l’individualisme séculier à une unité collective qui finira par vaciller sous le poids de cette exigence.

    C’est ici que la communauté catholique et la paroisse peuvent jouer pleinement leur rôle. Elles sont appelées à apporter l’attention, l’aide pratique, l’humour et les conseils empreints de compassion que les grandes familles, aujourd’hui largement disparues, pouvaient autrefois offrir.

    4. Les familles confrontées à des situations complexes

    Nous parlons de la « joie et de la beauté » du mariage. Nous avons raison de le faire. Ces qualités correspondent bien à un idéal.

    Mais nous devons aussi faire preuve de prudence et éviter les lieux communs.

    Il suffit de lire Anna Karénine ou de regarder Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman pour constater qu’un couple peut se rendre mutuellement la vie infernale. Il ne faut pas l’oublier.

    Avant de recevoir l’habit monastique, le postulant lit souvent ce passage du Siracide :

    « Mon fils, si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à l’épreuve. »

    Les fiancés pourraient faire de même. Les épreuves viendront.

    Le pape François a écrit Evangelii gaudium, mais aussi Amoris laetitia. Cette distinction sémantique est intéressante.

    Le sens fondamental de la racine latine laet-, qui nous donne laetus et laetare, est celui du bonheur. Mais, dès le latin classique, cette racine possédait aussi une signification agroécologique : elle évoquait l’épanouissement des plantes et la fertilité du sol.

    Cela est parfaitement cohérent.

    Une végétation « heureuse » pousse dans une terre qui a été travaillée pour devenir nourricière. La racine laet- a ainsi également donné le nom laetamen, qui signifie « engrais ».

    Dans l’Antiquité, l’engrais était essentiellement du fumier, lequel sent mauvais.

    La joie de l’amour suppose un terrain débarrassé de ses pierres, soigneusement labouré et suffisamment enrichi de fumier bien riche.

    En formulant cette idée, il ne s’agit pas de retirer au mariage et à la famille leur joie. Il s’agit d’affirmer que cette joie naît du travail, et que ce travail est difficile, souvent sans gratification apparente.

    La vie monastique et la vie conjugale se présupposent et se reflètent mutuellement. Je crois, et je constate, que les familles peuvent bénéficier de la sagesse et de l’expérience héritées de la vie monastique.

    Les moines vivent selon une règle qui consacre l’alliance de la vie commune et en explicite le but et la finalité.

    Lorsque mari et femme s’accordent sur la finalité de leur famille, ils seront mieux préparés à surmonter les obstacles que s’ils n’ont jamais défini leur union comme une tâche à accomplir.

    Cela vaut tout particulièrement lorsque leur finalité commune est transcendante. Ils laissent alors Dieu agir en eux. Ils voient les difficultés comme des occasions de conversion, comme des invitations à sortir de la cellule poussiéreuse de leur propre moi.

    Les moines et les moniales connaissent bien les luttes inhérentes à leur vocation. Les premiers écrits du monachisme, les Apophtegmes des Pères du désert, abordent de front les combats habituels.

    Ces sentences permettent aux moines de rechercher des moyens de résoudre les difficultés concrètes auxquelles ils sont confrontés, sous des rubriques très pragmatiques telles que « Le détachement », « La patience », « La luxure » ou « La tolérance ».

    La pertinence pratique de ces conseils, quinze siècles plus tard, demeure stupéfiante.

    Il serait très profitable, me semble-t-il, de constituer pour les familles un recueil de sentences spirituelles — des apophtegmes — fondé sur l’expérience et éclairé par la foi. Il montrerait comment affronter les épreuves de manière constructive, à la lumière clarificatrice des commandements du Christ et de la grâce efficace qu’il nous donne.

    Lorsque les choses vont mal, nous rétrécissons notre horizon. Nous ne voyons plus que la souffrance présente, et non le chemin qui pourrait se prolonger au-delà.

    L’une des principales préoccupations pastorales dans de telles situations consiste à rappeler l’horizon plus vaste, afin que ceux qui souffrent puissent découvrir le sens potentiellement fécond de leurs difficultés. Celles-ci peuvent contribuer à réduire l’égoïsme et à purifier l’amour.

    Le mariage, pas moins que la vie monastique, est une école de conversion.

    En ce qui concerne les relations dites « irrégulières », je constate que nos communautés catholiques les accueillent généralement avec maturité et justesse.

    Pour les personnes qui se trouvent dans ces situations, il peut être libérateur d’appartenir à un milieu où leur « irrégularité » est reconnue, et non relativisée, et où elles sont néanmoins accueillies dans une amitié chrétienne qui leur permet de contribuer à la vie de la communauté.

    Je pense à l’exemple de nombreuses personnes fidèles que je connais et qui, dimanche après dimanche, viennent recevoir une bénédiction au moment de la communion. Elles savent qu’elles ne peuvent accéder au sacrement, mais se confient à la miséricorde de Dieu à l’œuvre dans l’Église.

    Leur exemple de fidélité contribue largement à édifier la communauté chrétienne. Il témoigne du réalisme vital du sacrement et de la vertu d’espérance.

    Un exil sacramentel vécu dans la durée peut préparer un retour au foyer dans la joie.

    Le Christ nous a donné ses commandements exigeants pour nous éduquer et nous libérer de nous-mêmes, « afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui qui est mort et ressuscité pour eux » (quatrième prière eucharistique).

    Son dessein est de nous faire grandir jusqu’à la pleine stature de la vie nouvelle, divinisée.

    C’est toujours cette vie que nous devons proposer aux personnes, et non la simple approbation humaine — même si nous avons tous besoin, aussi, d’un peu de reconnaissance.

    5. Les familles, actrices de la mission

    Qu’est-ce qui distingue la vision du monde du chrétien de celle des sécularistes ?

    La conviction que, malgré toutes les vicissitudes de l’histoire, malgré les changements provoqués par l’évolution de la nature et l’ingéniosité humaine, la fidélité de Dieu envers l’humanité, créée à son image, est absolue.

    Quoi qu’il arrive par ailleurs, l’amour de Dieu, définitivement révélé en Jésus-Christ, est sûr. Il est le roc sur lequel peuvent se bâtir une vie et une société.

    Les tempêtes peuvent se lever, les vents souffler et frapper : cette fondation demeure.

    La première mission de la famille consiste à témoigner de cet amour stable.

    C’est pourquoi l’indissolubilité du mariage doit être considérée comme un don et une haute mission, comme une marque de confiance de la part de Dieu (cf. Amoris laetitia, 62).

    En se promettant fidélité jusqu’à la mort, mari et femme rendent présente dans l’histoire la réalité de l’amour de Dieu.

    La nature humaine, blessée par le péché, est marquée par l’égoïsme et la promiscuité : nous recherchons notre propre avantage et n’hésitons pas à le poursuivre dans plusieurs directions à la fois.

    Nous pouvons y trouver quelques sensations fortes, mais nous avons peu de chances d’y découvrir une paix véritable.

    Nous continuons à aspirer à un amour unique, capable de donner son sens à toute une existence. Les chansons populaires de toutes les époques en témoignent, y compris celles de notre époque généralement sans Dieu.

    La famille est donc missionnaire avant tout par sa fidélité.

    Aujourd’hui, alors que tant de structures traditionnelles de cohésion sociale se désagrègent autour de nous, cette mission revêt une importance vitale.

    Une deuxième forme de mission familiale est l’hospitalité.

    De même qu’un monastère ne doit « jamais être dépourvu d’hôtes » (Règle de saint Benoît, 53) — il ne doit pas devenir un club replié sur lui-même, réservé au seul bénéfice de ses membres —, une famille chrétienne ouvre sa porte aux autres.

    « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35).

    En s’engageant dans cet idéal avec sagesse et responsabilité, la famille peut renforcer sa propre cohésion dans un esprit de service et de courtoisie.

    On pose parfois la question suivante : comment les familles peuvent-elles contribuer à la formation des prêtres ?

    Pas principalement en débarquant au séminaire, équipées de présentations PowerPoint sur la vie familiale, mais en invitant des séminaristes, des prêtres — et pourquoi pas des évêques ? — à prendre part à leur vie.

    Le prêtre célibataire fidèle à sa vocation rappelle à la famille sa dimension surnaturelle ; la famille rappelle au prêtre que son célibat est ordonné à la fécondité.

    Il en résulte un enrichissement mutuel et joyeux.

    Il est nécessaire de témoigner de la fécondité.

    Les taux de natalité s’effondrent dans le monde entier. Notre espèce ne se renouvelle plus suffisamment.

    Il y a trente ans, les sociologues s’inquiétaient de la surpopulation et déversaient leur fiel sur l’enseignement catholique concernant la régulation des naissances. Nous constatons aujourd’hui que la tendance inverse prévaut.

    Le désir confiant de donner naissance à des enfants s’affaiblit rapidement sur tous les continents.

    La pastorale catholique de la famille doit désormais se concentrer sur la capacité des familles à dire oui aux enfants.

    Cela exige des mesures concrètes : un logement abordable, des services de garde accessibles et des écoles. Cette mission comporte donc aussi une dimension politique.

    Mais, avant tout, elle touche à la conversion des cœurs.

    Désirer fonder aujourd’hui une famille féconde est un acte à contre-courant, presque comme vouloir être punk dans l’effervescence des années 1970.

    L’Église est appelée à soutenir cette saine révolution, en donnant aux jeunes les moyens de choisir la vie et de s’y engager.

    Naturellement, toute tentative de présenter la famille comme un agent de la mission se heurte à une difficulté d’interprétation des Écritures.

    L’attitude du Christ envers la famille peut en effet être déroutante.

    Il appelle Jacques et Jean à quitter leurs liens familiaux, laissant le pauvre Zébédée perplexe dans sa barque (Mc 1, 19-21).

    Lorsqu’il guérit la belle-mère de Pierre, on peut se demander ce qu’est devenue madame Pierre lorsque Céphas a reçu son appel (Mc 1, 30-31).

    Nous frémissons en entendant ces paroles :

    « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37).

    De telles déclarations ne diminuent pas la valeur de la famille. Elles nous invitent à la considérer à la lumière d’un discipulat radical.

    « Cherchez d’abord le Royaume des cieux ! » (Mt 6, 33).

    Ce principe s’applique également aux familles. Lorsqu’elle le met en pratique, une famille peut manifester ce Royaume d’une manière mystérieuse, mais bien réelle.

    Conclusion : la sainteté dans la vie ordinaire

    Le lendemain de la rencontre romaine, tandis que nous qui avons eu la grâce d’y participer en regardons les travaux avec gratitude, l’Église célèbre, comme la Providence l’a voulu, cette incomparable docteur de l’Église qu’est sainte Thérèse d’Avila.

    L’office des lectures de ce jour nous propose un passage de son Autobiographie, qui commence ainsi :

    Celui en qui le Christ Jésus demeure comme un ami et un noble chef peut tout supporter. Le Christ nous aide, nous fortifie et ne nous abandonne jamais. Il est un véritable ami. Et je vois clairement que, si nous voulons lui plaire et recevoir l’abondance de ses grâces, Dieu désire que celles-ci nous parviennent des mains du Christ, par son humanité très sainte, en laquelle Dieu trouve ses délices.

    Voilà une perspective admirable pour considérer les grâces et les défis de la vie familiale.

    Dans la prière d’ouverture de la messe de cette fête, nous demandons :

    « Allume en nous le désir de la véritable sainteté. »

    Amen !

    Mais un tel appel n’est-il pas trop élevé pour nous, pauvres gens ordinaires ?

    Non, si nous laissons Dieu accomplir en nous son œuvre de rédemption et si nous nous souvenons de la haute signification des actes ordinaires de fidélité quotidienne, par lesquels se traduit et se renouvelle une résolution prise une fois pour toutes : celle d’aimer fidèlement.

    Le dernier mot revient à Tevye et Golde.

    Erik Varden est un moine et évêque norvégien, né en 1974. En 2002, après dix années passées à l’Université de Cambridge, il a rejoint l’abbaye de Mount Saint Bernard, dans la forêt de Charnwood, en Angleterre. Le pape François l’a nommé évêque de Trondheim en 2019.

  • Les saints martyrs jésuites du Canada (19 octobre)

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    " Aujourd'hui, nous commémorons la fête des Martyrs d'Amérique du Nord, un groupe de jésuites et religieux français : Jean de Brébeuf, Isaac Jogues, Jean de Lalande, Antoine Daniel, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Noël Chabanel et frère René Goupil. Il est bon de se souvenir de chacun d'eux par leur nom, pour rappeler qu'ils étaient des hommes comme nous (quoique plus saints et plus héroïques), et non de simples figures historiques lointaines. C'étaient des hommes courageux et dévoués qui ont subi les horreurs les plus indicibles – le feu, la torture, la mutilation – sur le chemin de la mort, alors qu'ils s'efforçaient d'accomplir le commandement du Seigneur de prêcher l'Évangile à toutes les nations. " (source)   

    Saint-Martyrs Canadiens

    Les Saints Martyrs Canadiens (source)

    Canonisés et proclamés par Pie XII: PATRONS DU CANADA

    Brève biographie des Saints Martyrs Canadiens

    Le 27 septembre 1540, le basque Ignace de Loyola avec un groupe d'amis dans le Seigneur fonde l’ordre des Jésuites. En 1625, une mission des Jésuites arrivent d’abord en Acadie puis ils iront sur les rives du St-Laurent. En 1626, les Jésuites installent une mission le long de la rivière St Charles qui se situe près de Québec. Ils construisent leurs habitations et apprennent des langues amérindiennes. Le père Lejeune est alors le directeur de la communauté.

    Le père Jean de Brébeuf aura pour tâche de fonder une mission chez les Hurons-Wendat. Ils habiteront un territoire qu'on nommera la Huronie. Ce territoire est situé sur la péninsule de Penetanguishene, aux abords de la Baie Georgienne dans le comté de Simcoe en Ontario.

    Les Jésuites, ou « Robes-noires » comme les autochtones les nommaient, ont transmis le christianisme aux populations autochtones. Les missionnaires ont converti beaucoup de Hurons. Les Français ont malheureusement apporté la variole et d'autres maladies européennes. Les épidémies ont tué un grand nombre d'autochtones.

    Les Iroquois qui étaient les ennemis des Hurons, considéraient les Jésuites comme des cibles légitimes car ils se posaient en alliés des Hurons, lesquels étaient leurs ennemis. Les missionnaires furent tués lors des guerres entre les Hurons et les Iroquois.

    Saint-Jean-de-Brebeuf

    JEAN DE BRÉBEUF est né le 25 mars 1593 à Condé-sur-Vire en Normandie. En 1617, il entre chez les Jésuites. Ses ennuis de santé lui empêchent cependant d'acquérir une connaissance théologique très étendue. De 1622 à 1625, il sera économe au collège de Rouen.

    Il est un des premiers Jésuites à arriver en Nouvelle-France. Le 19 juin 1625, il arrive donc à Québec.

    Les colons ne font pas très bon ménage avec les Jésuites. Le père Brébeuf s'installe le long de la rivière St-Charles dans un tipi et essaie de vivre la vie des Autochtones pincipalement avec les Montagnais. Il vivra une errance de 5 mois.

    En 1626, il franchit 800 milles en canot vers les villages de la Huronie. Cette route conduit les voyageurs par le St-Laurent et l'Outaouais vers la Baie Georgienne et aux Grands-Lacs. Il existait un pacte de bonne entente entre les Hurons et les Français. Champlain les côtoyait et leur faisait confiance.

    De 1626 à 1629, le père Brébeuf s'établit à Troanché, son premier défit est d'apprendre leur langue. En 1629, il est rappelé d'urgence à Québec et assiste à la prise du poste par les Kirke. En juillet 1629, il repart pour la France où il occupera différents postes. En 1633, il retourne en Huronie et cette fois pour y fonder une mission afin de tenter d'évangéliser les Amérindiens. Le 19 septembre 1634, après réflexion, Jean de Brébeuf fixe sa mission à Ihonatiria (St-Joseph) et commence l'évangélisation des Hurons qui s'avère difficile à cause de leurs moeurs. Deux ans plus tard, c'est une épidémie de petite vérole et de grippes malignes qui les frappent. La petite vérole fait tomber à 12,000 une population de 30,000 âmes. Cette épidémie souleva toute la nation contre le père Brébeuf et ses compagnons. Cette situation rendait odieuse la présence des missionnaires. Le père Brébeuf, sentant son sort vulnérable, écrit un testament dans lequel il annonce un futur massacre.

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  • Ego clamavi (Introit du 29e dimanche du TO)

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    Ego clamavi, quoniam exaudisti me, Deus:
    inclina aurem tuam, et exaudi verba mea:
    custodi me, Domine, ut pupillam oculi:
    sub umbra alarum tuarum protege me.

    Moi, j’ai lancé mon appel, car vous m’avez exaucé, mon Dieu:

    prêtez-moi l’oreille, et exaucez mes paroles:
    gardez-moi, Seigneur, comme la prunelle de l’œil:
    à l’ombre de vos ailes protégez-moi.
    Ps.  1
    Exaudi Domine iustitiam meam:
    intende deprecationem meam.
    Écoutez, Seigneur, ma juste cause:
    soyez attentif à ma supplication.
  • Dimanche des missions : Qui va leur dire ?

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    Une homélie de l'abbé Christophe Cossement (Tournai) (archive 2013) :

    Qui va leur dire?

    homélie du 29e dimanche, « des missions »

    Le pape François fait des déclarations interpellantes, qui ne laissent pas les médias indifférents. Dernièrement il a dit que le prosélytisme était une bêtise grandeur nature1. Il pourrait y avoir des gens qui en concluraient qu’il ne faut pas parler explicitement de Dieu, du Christ, de notre foi en lui, mais plutôt servir, transformer l’Église en un grand service social. Or, le pape est bien clair : le service fait partie de l’action normale de toute communauté chrétienne et de tout chrétien, mais ce n’est pas à ce service que se résume la mission de l’Église et du baptisé. S’il ne faut pas de prosélytisme, il faut la mission, en faveur de tous ceux qui connaissent mal ou pas du tout l’amour de Dieu que le Christ nous révèle et nous fait vivre. Depuis le moment où il a été élu successeur de Pierre, le pape Bergoglio n’a pas arrêté d’inciter l’Église à « s’ouvrir », à atteindre les hommes jusque dans leurs plus lointaines « périphéries existentielles ». Il ne faut pas persuader, mais il faut annoncer.

    Sommes-nous convaincus que le Christ est pour tous, et que c’est manquer l’essentiel de sa vie que de l’ignorer ? Jadis on parlait du salut de l’âme et on craignait de ne pas être sauvés ou que des gens ne soient pas sauvés. Cela motivait à parler du Christ, mais c’était une motivation piégée, où la peur avait au moins autant d’importance que l’amour, où on répandait l’image d’un Dieu qui finalement demande des comptes et présente la facture de nos bêtises. Aujourd’hui on a tendance à penser que la foi n’est plus quelque chose de fondamental. Elle est un élément facultatif de la vie, un « si tu veux » qui ressemble à la crème fraîche qu’on peut ajouter sur ses fraises « si on veut, si on aime ça »… Nous considérons que le monde se sauve bien tout seul, ou qu’en tous cas les hommes de bonne volonté suffisent. « Qu’est-ce que la foi ajoute ? On n’a tout de même pas besoin d’être croyant pour faire le bien ! » Dieu devient une aide facultative, pour ceux qui ont le goût de la croyance.

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  • Message du Saint-Père Léon XIV pour la 100e Journée Mondiale des Missions

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    MESSAGE DU SAINT-PÉRE LÉON XIV
    POUR LA 100e JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 

    [18 octobre 2026

    ____________

    Un dans le Christ, unis dans la mission

    Chers frères et sœurs !

    Pour la Journée Mondiale des Missions 2026, qui marque le centenaire de cette célébration instituée par Pie XI et si chère à l’Église, j’ai choisi le thème « Un dans le Christ, unis dans la mission ». Après l’Année jubilaire, je souhaite exhorter toute l’Église à poursuivre avec joie et zèle dans l’Esprit Saint le chemin missionnaire, qui exige des cœurs unifiés dans le Christ, des communautés réconciliées et, chez tout le monde, une disponibilité pour collaborer avec générosité et confiance.

    En réfléchissant à notre être un dans le Christ et unis dans la mission, laissons-nous guider et inspirer par la grâce divine, afin de « renouveler en nous le feu de la vocation missionnaire » et d’avancer ensemble dans l’engagement de l’évangélisation, pour « une nouvelle ère missionnaire » dans l’histoire de l’Église (Homélie lors de la messe pour le Jubilé du monde missionnaire et des migrants, 5 octobre 2025).

    1. Un dans le Christ. Disciples-missionnaires unis en Lui et avec les frères et sœurs

    Au centre de la mission se trouve le mystère de l’union avec le Christ. Avant sa Passion, Jésus a prié le Père : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi » (Jn 17, 21). Ces paroles révèlent le désir le plus profond du Seigneur Jésus et, en même temps, l’identité de l’Église, communauté de ses disciples : être une communion qui naît de la Trinité et qui vit de et dans la Trinité, au service de la fraternité entre tous les êtres humains et de l’harmonie avec toutes les créatures.

    Être chrétien n’est pas avant tout un ensemble de pratiques ou d’idées : c’est une vie en union avec le Christ, dans laquelle nous sommes rendus participants de la relation filiale qu’Il vit avec le Père dans l’Esprit Saint. Cela signifie demeurer dans le Christ comme les sarments en la vigne (cf. Jn 15, 4), immergés dans la vie trinitaire. De cette union jaillit la communion réciproque entre les croyants et naît toute fécondité missionnaire. Oui, « la communion est à la fois source et fruit de la mission », comme l’enseignait saint Jean-Paul II (cf. Exhort. ap. Christifideles laici, 32).

    C’est pourquoi la première responsabilité missionnaire de l’Église est de renouveler et de maintenir vivante l’unité spirituelle et fraternelle entre ses membres. Dans de nombreuses situations, nous assistons à des conflits, des polarisations, des incompréhensions, une méfiance réciproque. Lorsque cela se produit également dans nos communautés, leur témoignage en est affaibli. La mission évangélisatrice que le Christ a confiée aux disciples exige avant tout des cœurs réconciliés et désireux de communion. Dans cette optique, il sera important d’intensifier l’engagement œcuménique avec toutes les Églises chrétiennes, en saisissant également les occasions offertes par la célébration commune du 1700e anniversaire du Concile de Nicée.

    Enfin, et ce n’est pas le moins important, être « un dans le Christ » nous appelle à toujours garder les yeux tournés vers le Seigneur, afin qu’Il soit vraiment au centre de la vie personnelle et communautaire, de toute parole, action, relation interpersonnelle, de sorte que nous puissions dire avec émerveillement : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Cela sera possible par l’écoute constante de sa Parole et par la grâce des sacrements, afin d’être des pierres vivantes de l’Église qui est aujourd’hui appelée à recueillir les demandes fondamentales du Concile Vatican II et du Magistère pontifical qui a suivi, en particulier celui du Pape François. En effet, comme l’affirme saint Paul, « ce n’est pas nous que nous prêchons mais le Christ Seigneur » (2 Co 4, 5). Je répète donc les paroles de saint Paul VI : « Il n’y a pas de véritable évangélisation si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Royaume, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas proclamés » (Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, 22). Ce processus d’évangélisation authentique commence dans le cœur de chaque chrétien pour s’étendre à toute l’humanité.

    Ainsi, plus nous serons unis dans le Christ, plus nous pourrons accomplir ensemble la mission qu’Il nous confie.

    2. Unis dans la mission. Pour que le monde croie dans le Christ Seigneur

    L’unité des disciples n’est pas une fin en soi : elle est ordonnée à la mission. Jésus l’affirme clairement : « Pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). C’est dans le témoignage d’une communauté réconciliée, fraternelle et solidaire que l’annonce de l’Évangile trouve toute sa force communicative.

    Dans cette perspective, il convient de rappeler la devise du bienheureux Paolo Manna : « Toute l’Église pour la conversion du monde entier ». Celle-ci exprime de manière synthétique l’idéal qui a animé la fondation, en 1916, de l’Union Pontificale Missionnaire. À l’occasion de son 110e anniversaire, je lui adresse ma reconnaissance et ma bénédiction pour son engagement à animer et à former l’esprit missionnaire des prêtres, des personnes consacrées et des fidèles laïcs, en favorisant l’union de toutes les forces évangélisatrices. En effet, aucun baptisé n’est étranger ni indifférent à la mission : tous, chacun selon sa vocation et sa condition de vie, participent à la grande œuvre que le Christ confie à son Église. Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le Pape François, l’annonce de l’Évangile est toujours une action chorale, communautaire, synodale.

    C’est pourquoi être unis dans la mission revient à préserver et à nourrir la spiritualité de communion et de collaboration missionnaire. En grandissant chaque jour dans cette attitude, nous apprenons, avec la grâce divine, à regarder nos frères et sœurs toujours davantage avec les yeux de la foi, à reconnaître avec joie le bien que l’Esprit suscite en chacun, à accueillir la diversité comme une richesse, à porter les fardeaux les uns des autres et à rechercher toujours l’unité qui vient d’En Haut. En effet, nous avons tous ensemble une seule mission provenant d’ « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, partout, et en tous » (Ep 4, 5-6). Cette spiritualité constitue la forme quotidienne du fait d’être disciple missionnaire. Elle nous aide à retrouver une vision universelle de la mission évangélisatrice de l’Église, en dépassant la fragmentation des efforts et les divisions en factions – “de Paul”, “d’Apollos” – entre les disciples du Seigneur unique (cf. 1 Co 1, 10-12).

    L’unité missionnaire ne doit évidemment pas être comprise comme une uniformité, mais comme une convergence des différents charismes vers un même but : rendre visible l’amour du Christ et inviter chacun à Le rencontrer. L’évangélisation se réalise lorsque les communautés locales collaborent entre elles et lorsque les différences culturelles, spirituelles et liturgiques s’expriment pleinement et harmonieusement dans la même foi. J’encourage donc les institutions et les réalités ecclésiales à renforcer le sens de la communion missionnaire ecclésiale et à développer avec créativité les voies concrètes de collaboration entre elles pour et dans la mission.

    À ce propos, je remercie les Œuvres Pontificales Missionnaires pour leur service à la coopération missionnaire, dont j’ai déjà fait l’expérience avec gratitude pendant mon ministère au Pérou. Ces œuvres – Propagation de la Foi, Enfance Missionnaire, Saint Pierre Apôtre et Union Missionnaire – continuent à nourrir et à former la conscience missionnaire des fidèles, petits et grands, et à promouvoir un réseau de prière et de charité qui relie les communautés du monde entier. Il est significatif que la fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la Foi, la bienheureuse Pauline Marie Jaricot, ait conçu il y a deux cents ans le Rosaire vivant, qui rassemble encore aujourd’hui de nombreux fidèles en groupes à distance pour prier pour tous les besoins spirituels et missionnaires. Il convient également de rappeler que c’est précisément sur la proposition de l’Œuvre de la Propagation de la Foi que Pie XI institua en 1926 la célébration de la Journée Mondiale des Missions, dont les offrandes recueillies chaque année sont distribuées par celle-ci, au nom du Pape, pour les divers besoins de la mission de l’Église. Les quatre Œuvres, dans leur ensemble et chacune dans sa spécificité, continuent donc à jouer un rôle précieux pour toute l’Église. Elles sont un signe vivant de l’unité et de la communion missionnaire ecclésiale. J’invite tout le monde à collaborer avec elles dans un esprit de gratitude.

    3. Mission d’amour. Annoncer, vivre et partager l’amour fidèle de Dieu

    Si l’unité est la condition de la mission, l’amour en est la substance. La Bonne Nouvelle que nous sommes envoyés annoncer au monde n’est pas un idéal abstrait : c’est l’Évangile de l’amour fidèle de Dieu, incarné dans le visage et la vie de Jésus-Christ.

    La mission des disciples et de toute l’Église est le prolongement, dans l’Esprit Saint, de celle du Christ : une mission qui naît de l’amour, se vit dans l’amour et conduit à l’amour. À tel point que le Seigneur lui-même, dans sa grande prière au Père avant sa Passion, après avoir invoqué l’unité des disciples, conclut ainsi : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que moi aussi, je sois en eux » (Jn 17, 26). Les Apôtres ont ensuite évangélisé, poussés par l’amour du Christ et pour le Christ (cf. 2 Co 5, 14). De la même manière, au cours des siècles, des foules de chrétiens, de martyrs, de confesseurs, de missionnaires ont donné leur vie pour faire connaître cet amour divin au monde. Ainsi, la mission évangélisatrice de l’Église se poursuit sous la conduite de l’Esprit Saint, Esprit d’amour, jusqu’à la fin des temps.

    Je tiens donc à remercier tout particulièrement les missionnaires ad gentes d’aujourd’hui : des personnes qui, comme saint François Xavier, ont quitté leur terre, leur famille et toute forme de sécurité pour annoncer l’Évangile, apportant le Christ et son amour dans des lieux souvent difficiles, pauvres, marqués par des conflits ou culturellement éloignés. Ils continuent à se donner avec joie malgré les adversités et les limites humaines, car ils savent que le Christ lui-même, avec son Évangile, est la plus grande richesse à partager. Par leur persévérance, ils montrent que l’amour de Dieu est plus fort que toute barrière. Le monde a encore besoin de ces courageux témoins du Christ, et les communautés ecclésiales ont encore besoin de nouvelles vocations missionnaires, que nous devons toujours garder à cœur et pour lesquelles nous devons sans cesse prier le Père. Qu’Il nous accorde le don de jeunes et d’adultes prêts à tout quitter pour suivre le Christ sur le chemin de l’évangélisation jusqu’aux extrémités de la terre !

    En admirant les missionnaires, j’adresse un appel particulier à toute l’Église : unissons-nous tous à eux dans la mission évangélisatrice par le témoignage de la vie dans le Christ, la prière et la contribution pour les missions. Souvent, nous le savons, « l’amour n’est pas aimé », comme l’a dit saint François d’Assise, vers qui nous tournons notre regard tout particulièrement 800 ans après son entrée au ciel. Laissons-nous contaminer par son désir de vivre dans l’amour du Seigneur et de le transmettre à nos proches comme à ceux qui sont loin, car, comme il l’affirmait, « il faut beaucoup aimer l’amour de Celui qui nous a tant aimés » (Saint Bonaventure de Bagnoregio, Leggenda maggiore, chap. IX, 1 ; Fonti francescane, 1161). Sentons-nous également stimulés par le zèle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui s’était fixé pour objectif de poursuivre sa mission même après sa mort, déclarant : « Au Ciel, je désirerai la même chose que sur terre : aimer Jésus et le faire aimer » (Lettre au révérend M. Bellière, 24 février 1897).

    Encouragés par ces témoignages, engageons-nous tous à contribuer, chacun selon sa vocation et les dons reçus, à la grande mission évangélisatrice, qui est toujours une œuvre d’amour. Vos prières et votre soutien concret, en particulier à l’occasion de la Journée Mondiale des Missions, seront d’une grande aide pour apporter l’Évangile de l’amour de Dieu à chacun, en particulier aux plus pauvres et aux plus nécessiteux. Chaque don, même le plus modeste, devient un acte important de communion missionnaire. Je renouvelle donc mes sincères remerciements « pour tout ce que vous ferez pour m’aider à aider les missionnaires partout dans le monde » (Message vidéo pour la Journée Mondiale des Missions 2025). Et afin de favoriser la communion spirituelle, je vous laisse, avec ma bénédiction, cette simple prière :

    Père saint, accorde-nous d’être un dans le Christ, enracinés dans son amour qui unit et renouvelle. Fais que tous les membres de l’Église soient unis dans la mission, dociles à l’Esprit Saint, courageux dans le témoignage de l’Évangile, annonçant et incarnant chaque jour ton amour fidèle pour toute créature.

    Bénis les missionnaires, soutiens-les dans leurs efforts, garde-les dans l’espérance !

    Marie, Reine des missions, accompagne notre œuvre d’évangélisation aux quatre coins de la terre : fais de nous des instruments de paix, et fais que le monde entier reconnaisse dans le Christ la lumière qui sauve. Amen.

    Du Vatican, le 25 janvier 2026, Troisième dimanche du Temps ordinaire, fête de la Conversion de Saint Paul

    LÉON PP. XIV

  • "Les césars changent, Dieu demeure"

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    Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain de l’Auxerrois (source)

    Saint-Germain de l’Auxerrois (1er) - (archive 18 octobre 2020)

    29e dimanche du temps ordinaire – Année A

    - Is 45,1.4-6 ; Ps 95, 1.3-5.7-10 ; 1 Th 1,1-5 ; Mt 22,15-21

    « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21).

    Cette parole du Christ a traversé l’histoire. Pour beaucoup d’analystes, elle a permis de séparer le temporel du spirituel, ce qui vient des hommes et ce qui vient de Dieu. Les affaires publiques et la chose privée. En réalité, l’histoire nous enseigne que ce n’est pas aussi simple.

    Des gouvernants et des rois ont voulu gérer les affaires de l’Église. Constantin au concile de Nicée, Charlemagne pour résoudre la question épineuse du filioque, l’empereur d’Allemagne Henri IV pour nommer les évêques à la place du Pape, Henri VIII d’Angleterre… A contrario, des hommes d’Église se sont piqués de gouverner les états ou de s’immiscer dans leurs affaires.

    Cette question aujourd’hui se pose particulièrement avec l’extension du salafisme. Certains sondages nous révèlent qu’une majorité de musulmans préfèrent obéir à la charia plutôt qu’aux lois de la République. Et nous alors, les chrétiens ?

    Il y a une tradition portée par saint Paul et saint Pierre dès le début du christianisme. D’un côté, ils demandent le respect de l’autorité, la participation citoyenne et l’obéissance aux lois du pays dans lequel vivent les chrétiens (Rm 13, 1 ; 1Tm 2, 1-2 ; 1P 2, 13-14).

    En même temps, la tradition catholique valorise le primat de la conscience. Saint Pierre écrit : « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). Ainsi les premiers chrétiens ont refusé d’adorer l’empereur de Rome comme un dieu. Ils l’ont payé de leur vie.

    Aujourd’hui encore, il est légitime de faire valoir son droit à l’objection de conscience chaque fois qu’il apparaît une injustice inacceptable. Cette objection est même un devoir. Ainsi s’exprime l’encyclique de saint Jean Paul II L’Évangile de la vie (73). Le 2e procès de Nuremberg a opposé ce principe en réponse aux médecins des camps qui invoquaient leur obéissance aux ordres pour justifier leur attitude. Il n’est pas acceptable de poser un acte contraire à sa conscience, comme pratiquer un avortement pour un médecin qui a intégré le serment d’Hippocrate dans lequel est écrit le respect de toute vie : « Je ne donnerai pas de pessaire abortif ». Alors, que penser ?

    Écoutons Jésus répondre à Pilate qui pense avoir le droit de vie et de mort sur lui : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’était donné d’en haut » (Jn 19, 11). Encore une fois il s’agit du principe de subsidiarité. Dieu permet à un homme de gouverner parce qu’il entre dans ses projets, comme Cyrus le roi de Perse dans la première lecture. Ce dernier doit exercer son rôle pour le bien de tous et doit être respecté. En revanche, s’il outrepasse sa fonction et contrevient au bien commun, ses décisions deviennent invalides. Le bien commun, différent de l’intérêt général qui peut supporter le sacrifice du plus faible, peut être recherché indépendamment d’un lien conscient à Dieu puisqu’il s’agit du bien de chacun, personnellement et ensemble. Les chrétiens, inspirés par l’amour de Dieu, y sont particulièrement sensibles. Ils peuvent et doivent s’engager dans la chose publique (res publica) au service du bien de tous. Mais il convient que jamais ils n’oublient que la source de leur action vient de Dieu qui est Amour. Si nos pièces de monnaie sont à l’effigie de l’un ou l’autre César d’aujourd’hui, nous sommes nous, et pour toujours, à l’effigie de Dieu. Les césars changent, Dieu demeure.

    +Michel Aupetit, archevêque de Paris.