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Justice

  • Le Pakistan, ce pays où la justice protège ceux qui brûlent des chrétiens

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    Le Pakistan, où la justice protège ceux qui brûlent des chrétiens

    Les assassins d'un jeune couple de chrétiens pakistanais, accusés à tort de blasphème et brûlés vifs dans la briqueterie où ils travaillaient à Lahore, ont été acquittés. Zarish Neno décrit la réalité quotidienne de la persécution.

    28/07/2026
    Des manifestations ont lieu au Pakistan contre la loi sur le blasphème (AP)

    Le 17 juillet, on apprenait que les meurtriers d'un jeune couple de chrétiens pakistanais, accusés à tort de blasphème et brûlés vifs dans la briqueterie où ils travaillaient à Lahore, au Pakistan, avaient été acquittés. Cet incident est d'autant plus troublant que le Pakistan aspire à devenir un acteur majeur sur la scène internationale : on peut notamment citer le rôle de médiateur du Premier ministre pakistanais dans le conflit entre les États-Unis et l'Iran.

    La Nuova Bussola Quotidiana a discuté de ce grave épisode d'intolérance religieuse avec ZarishImelda Neno, écrivaine et éducatrice catholique pakistanaise née à Karachi et vivant en Italie. Depuis des années, Neno donne la parole aux chrétiens persécutés au Pakistan à travers des conférences, des articles et des actions de terrain. Elle a fondé le Jeremiah Education Centre à Faisalabad, qui soutient les enfants issus des familles les plus vulnérables, et est l'auteure du livre Una Piccola Penna – Vita di una Donna Cristiana in Pakistan (Une petite fille chrétienne au Pakistan) .

    Madame Neno, pourriez-vous retracer cette histoire pour nos lecteurs ?

    Shama Bibi et Shahzad Masih étaient un jeune couple chrétien qui travaillait dans une briqueterie à Kot Radha Kishan, au Pendjab. Ils étaient esclaves de la dette, une réalité qui perdure au Pakistan au XXIe siècle. Ils avaient contracté une dette auprès du propriétaire de la briqueterie et, comme pour des milliers de familles pauvres, cette dette était devenue un fardeau quotidien, sans espoir de s’en libérer. Ils étaient parents de quatre enfants. Shama était enceinte de leur cinquième. Le 4 novembre 2014, ils furent accusés d’avoir brûlé des pages du Coran. Une accusation qui ne fut jamais prouvée. Pourtant, cette rumeur suffit à mobiliser la population grâce aux haut-parleurs des mosquées. Une foule enragée les captura. Ils furent battus, torturés et traînés devant des milliers de personnes. Puis, ils furent jetés vivants dans le four où ils avaient travaillé pendant des années. Shama mourut avec l’enfant qu’elle portait. Quatre enfants perdirent leurs deux parents le même jour. Quand je repense à cette histoire, je ne vois pas seulement deux victimes. Je vois quatre enfants orphelins. Je vois un enfant qui n'est jamais né. Je vois la foule qui a été témoin de cette horreur. Et aujourd'hui, je vois aussi un système judiciaire qui, après tant d'années, n'a pas été en mesure de leur rendre justice. C'est pourquoi cet acquittement ne se résume pas à une simple sentence. Il s'agit du message qu'il envoie à tout le pays : même un crime d'une telle ampleur peut rester impuni.

    Vous attendiez-vous à ce que les coupables soient acquittés ?

    Malheureusement, oui. Et le fait que cela ne me surprenne pas est peut-être l’aspect le plus tragique de toute cette affaire. Ce n’est pas seulement l’acquittement des meurtriers de Shama et Shahzad qui me peine. C’est le fait que cela semble être le sort réservé à presque tous les cas impliquant des minorités religieuses au Pakistan. À chaque fois, le monde s’indigne. À chaque fois, des enquêtes, des arrestations, la justice sont promises. Puis le temps passe. L’attention internationale s’estompe. Et les responsables reprennent le cours de leur vie, tandis que les victimes restent dans la tombe et que leurs familles continuent de vivre avec une douleur qu’aucun tribunal n’a jamais reconnue. Prenons l’exemple de Jaranwala. En août 2023, plus de vingt églises ont été incendiées, des centaines de maisons chrétiennes détruites et des milliers de personnes contraintes de fuir. Le monde a parlé de Jaranwala pendant quelques jours. Puis le silence. Aujourd’hui, je me demande : où est cette justice promise ? Combien de ceux qui ont dévasté une communauté entière purgent réellement une peine ? C’est une question qui s’applique à d’innombrables autres cas. Pour les enlèvements de jeunes filles chrétiennes. Pour les conversions forcées. Pour les fausses accusations de blasphème. Pour les meurtres. Voilà d'où vient ma colère : au Pakistan, le problème n'est pas seulement que ces crimes se produisent. Le problème, c'est que ceux qui les commettent ont compris qu'ils ne seront probablement jamais punis. Et tant qu'un pays ne démontrera pas que tuer, persécuter ou incendier la maison d'un chrétien entraîne de véritables conséquences, ces crimes continueront. Non pas parce qu'ils sont inévitables, mais parce qu'ils sont tolérés en toute impunité.

    Ce grave incident s'inscrit dans un contexte de persécution croissante des chrétiens au Pakistan. À votre avis, quelle est la raison de cette escalade ?

    Je crois que la réponse est simple, bien que douloureuse : les criminels restent impunis. La protection des minorités religieuses au Pakistan demeure insuffisante. Ceux qui persécutent les chrétiens savent, trop souvent, qu'ils ont de fortes chances de rester impunis. Et la communauté internationale exerce très peu de pression pour que le Pakistan garantisse véritablement les droits fondamentaux de ses minorités. Il est révoltant de penser qu'en 2026, au lieu de constater une diminution de la persécution, nous entendons encore parler de nouvelles victimes, de nouvelles accusations de blasphème, de nouvelles jeunes filles enlevées, de nouvelles conversions forcées, de nouvelles églises attaquées. À chaque fois, nous nous disons : « Espérons que ce soit le dernier cas. » Et pourtant, un autre arrive. Puis un autre. Et encore un autre. Nous, chrétiens pakistanais, continuons d'espérer. Nous continuons de prier. Nous continuons de croire que notre pays peut changer. Mais il serait malhonnête de dire que l'espoir n'est pas mis à rude épreuve quand on lit presque chaque jour un nouveau récit de persécution. La persécution ne persiste pas parce qu'elle est inévitable. Elle persiste parce que ceux qui devraient y mettre fin n'en font pas assez.

    Ces derniers temps, Islamabad s'efforce de jouer un rôle important sur la scène internationale. Pensez-vous que les États avec lesquels le Pakistan entretient des relations ignorent les violations des droits humains qui se produisent dans le pays ou font semblant de ne pas les connaître ?

    Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un manque d'information. Il est impossible de l'ignorer. Les organisations internationales reçoivent des rapports. Les gouvernements reçoivent des rapports. Les ambassades reçoivent des rapports. Des cas sont documentés chaque année. Pourtant, la persécution persiste. Cela me porte à croire que, trop souvent, il est plus commode de détourner le regard. Cela me peine de le dire, mais il semble parfois que la vie d'un chrétien persécuté au Pakistan n'ait pas la même importance que celle d'autres victimes à travers le monde. J'aimerais voir la même indignation, la même pression diplomatique et la même détermination que celles dont fait preuve la communauté internationale face à d'autres violations des droits humains. Car la liberté religieuse n'est pas un droit de second ordre. Et la souffrance des chrétiens pakistanais ne devrait pas être une tragédie dont on se souvient seulement lorsqu'elle fait la une des journaux.

    Enfin, en tant que Pakistanais et chrétien catholique, pensez-vous que la coexistence entre les différentes religions, entre chrétiens et musulmans, soit impossible dans le pays ?

    Absolument pas. Si chrétiens et musulmans ne pouvaient coexister, nous, chrétiens, n’existerions plus au Pakistan aujourd’hui. Notre présence même témoigne que des millions de musulmans et de chrétiens vivent, travaillent et étudient ensemble, et se respectent mutuellement au quotidien. J’ai moi-même grandi entouré d’amis musulmans que je considère comme ma famille. Il serait profondément injuste de blâmer toute une communauté pour les extrémistes. Mais précisément parce que je crois en la coexistence, je crois aussi que parler de dialogue ne suffit pas. Nous devons avoir le courage de faire taire ceux qui instrumentalisent la religion pour justifier la violence. Nous devons avoir le courage de protéger les membres des minorités. Nous devons avoir le courage de punir ceux qui incendient une église, ceux qui kidnappent un enfant, ceux qui tuent au nom de la religion. Car la tolérance ne se mesure pas aux discours. Elle se mesure à la volonté d’un État de défendre ses citoyens les plus vulnérables. Et le jour où un chrétien pakistanais saura qu'il est protégé par la loi au même titre que tout autre citoyen, ce jour-là nous pourrons enfin dire que la coexistence n'est pas seulement possible : elle est devenue une réalité.

  • Scandale Rupnik : le procès tourne à la farce.

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    De Riccardo Cascioli sur la NBQ :

    Scandale Rupnik : le procès est devenu une farce.

    Le démenti du Bureau de presse du Vatican concernant l'acquittement du père Rupnik, accusé d'agressions sexuelles sur au moins vingt religieuses, soulève de nouvelles questions. On craint que le système de protection de Rupnik ne manipule le procès, dont on ignore tout.

    24/07/2026

    Bien qu'un communiqué du Bureau de presse du Saint-Siège ait catégoriquement démenti sa véracité, l' information lancée par le blog MessainLatino.it selon laquelle le père Mark Rupnik avait été acquitté dans le procès pénal en cours au Vatican, avait au moins le mérite de mettre en lumière un procès qui, désormais, a des allures de farce.

    Il convient de rappeler que le prêtre slovène, expulsé de l'ordre des Jésuites en 2023, est accusé d'abus sexuels, spirituels et psychologiques sur au moins vingt religieuses dans les années 1980 et 1990. Ces accusations ont été jugées crédibles par l'évêque auxiliaire de Rome de l'époque, Daniele Libanori, lui-même jésuite, qui a mené la première enquête sur les allégations portées contre Rupnik. Cependant, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a classé l'affaire en octobre 2022, le délai de prescription étant expiré. Or, il s'est avéré qu'en 2020, cette même Congrégation avait excommunié le père Rupnik pour avoir absous un complice en confession, une excommunication levée quelques jours plus tard par le pape François.

    Cependant, en octobre 2023, le pape François lui-même fut contraint, suite aux témoignages bouleversants des victimes et sous la pression de la Commission pontificale pour la protection des mineurs dirigée par le cardinal Sean Patrick O'Malley, de déroger au délai de prescription et de demander au Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF), qui était entre-temps tombé entre les mains du « fiable » cardinal Victor M. Fernandez, d'organiser le procès.

    Près de trois ans se sont écoulés, et tout ce que nous avons constaté jusqu'à présent, c'est la perpétuation d'un système de protection et de dissimulation de haut niveau visant le père Rupnik, une situation qui était presque une évidence sous le pontificat de François, mais qui entache désormais également celui de Léon XIV.

    Selon des sources de Messainlatino.it, qui a publié l'information le 20 juillet , « le procès pénal (...) contre le père Marko Ivan Rupnik s'est conclu par un verdict favorable ». Il a fallu deux jours et des dizaines de demandes d'éclaircissements avant que le Bureau de presse du Vatican ne fournisse une version officielle du Saint-Siège, selon laquelle « les informations faisant état de délibérations des juges dans l'affaire du père Marko Ivan Rupnik sont absolument infondées : l'évaluation du dossier est toujours en cours et le panel examine les documents provenant des diocèses concernés, des Jésuites, des parties intéressées et de la presse. »

    En réalité, la réponse du service de presse, loin d'éclaircir les choses, soulève de nouvelles questions et donne l'impression de poursuivre les manœuvres dilatoires observées jusqu'à présent, dans l'espoir qu'avec le temps l'attention se relâche et que le père Rupnik s'en sorte avec le moins de dégâts possible.

    Il suffit de retracer les principales étapes de ce « procès » pour comprendre de quoi il s'agit : après la réouverture de l'affaire Rupnik en octobre 2023, en mars 2024, le secrétaire de la section disciplinaire de la Doctrine de la Foi, l'archevêque John Joseph Kennedy, déclarait que l'enquête était « délicate » mais à un « stade assez avancé ». Exactement un an plus tard, en mars 2025, une source vaticane indiquait que Rupnik serait jugé pour « abus spirituel » et « faux mysticisme », et qu'un verdict était attendu « dans un avenir proche ». Or, deux mois auparavant, en janvier 2025, le cardinal Fernandez avait minimisé la gravité du scandale Rupnik lors d'une interview, affirmant, au sujet de la longueur de l'enquête, qu'il existait « de nombreux autres cas, certains peut-être plus graves mais moins médiatisés ».

    Nous attendons évidemment toujours de savoir s'il y a d'autres cas plus graves, mais concernant Rupnik, Fernandez a ajouté que « le ministère a terminé la phase de collecte d'informations, qui s'est déroulée dans de nombreux endroits, et a procédé à une première analyse. Nous travaillons déjà à la mise en place d'un tribunal indépendant qui entamera la phase finale de la procédure pénale. »

    Il convient de rappeler que de nombreuses informations étaient déjà disponibles, les signalements d'abus commis par le père Rupnik ayant déjà été examinés par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi lui-même. Par la suite, de nombreux nouveaux témoignages et rapports ont émergé, corroborés également par des supérieurs jésuites qui, malgré un retard regrettable, ont présenté leurs excuses aux victimes.

    Mais passons à autre chose : en juillet 2025, Fernandez a finalement annoncé que les cinq juges chargés de l’affaire Rupnik avaient été choisis, mais que leur nomination officielle ne pourrait intervenir qu’en octobre 2025. Or, on ignore tout des noms des juges et des critères de leur sélection, ce qui témoigne d’une opacité et d’un manque de transparence qui contredisent une fois de plus les nombreuses déclarations de sérieux dans la lutte contre les abus.

    Le 4 novembre dernier, le pape Léon XIV, répondant à une question sur l'affaire Rupnik, a appelé à la patience car « les procédures judiciaires prennent du temps. Je sais qu'il est très difficile de demander de la patience aux victimes, mais l'Église se doit de respecter les droits de tous. »

    Nous ignorons s'il répéterait les mêmes propos aujourd'hui, près de neuf mois plus tard, mais nous avions déjà déclaré à l'époque que, compte tenu de tout ce qui s'était passé, le respect des droits de la défense n'était qu'un prétexte fallacieux que nous ne pouvions ignorer dans ce système de dissimulation et de favoritisme impliquant plusieurs prélats et qui, de toute évidence, perdure encore aujourd'hui. La déclaration du Bureau de presse du Vatican, selon laquelle les juges examinent toujours les documents, sonne comme une plaisanterie ; et le secret absolu – y compris celui des noms des juges – dans lequel ce procès se déroulerait (à ce stade, le secret est de rigueur) laisse craindre une manipulation des décisions.

    Peut-être que la nouvelle de l'acquittement est fausse , mais vu comment les choses se sont déroulées jusqu'à présent, cela ne nous surprendrait pas si cela se terminait vraiment ainsi.  

  • Suite aux pressions d'un avocat en faveur de la transparence, le Vatican répond aux rumeurs concernant le prétendu acquittement du Père Rupnik

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    De Paulina Guzik sur OSV News :

    Suite aux pressions d'un avocat en faveur de la transparence, le Vatican répond aux rumeurs concernant le prétendu acquittement de Rupnik.

    (OSV News) — Le Vatican a démenti les informations selon lesquelles l'ancien père jésuite Marko Rupnik aurait été acquitté lors de son procès pénal au Vatican. Dans un communiqué du 22 juillet , le Vatican a déclaré que les rumeurs d'acquittement étaient « totalement infondées » et a confirmé que le procès canonique était toujours en cours d'examen. Les autorités ont indiqué que les juges continuaient d'examiner les preuves fournies par les diocèses, les jésuites, les victimes présumées et les médias. 

    Le communiqué de presse est intervenu un jour après que Laura Sgrò, avocate en droit civil et canonique représentant cinq femmes qui accusent le père Rupnik d'abus, a réprimandé le Dicastère pour la doctrine de la foi du Saint-Siège, affirmant qu'elle et ses clientes n'avaient aucune information sur l'affaire et qu'elles n'avaient même pas été informées du début du procès.

    « L’examen du dossier est toujours en cours. »

    Le 20 juillet, le site web italien Messainlatino.it a rapporté que le père Rupnik, un mosaïste renommé accusé d'avoir abusé de plusieurs femmes, aurait pu être acquitté.

    « INCROYABLE ! Nous avons appris de sources fiables et très autorisées que le procès pénal en cours au Vatican contre le père Marko Ivan Rupnik s’est conclu en sa faveur », a indiqué le site web.

    Le 22 juillet, Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a déclaré aux journalistes : « Concernant certains articles parus dans les médias ces derniers jours, je réaffirme que les informations relatives à une quelconque décision des juges présidant l’affaire du père Marko Ivan Rupnik sont totalement infondées », et que « l’examen du dossier est toujours en cours et le panel examine les documents fournis par les diocèses concernés, les jésuites, les parties concernées et la presse. »

    Cette déclaration répond non seulement aux récentes demandes des médias — dont une envoyée par OSV News le 21 juillet au préfet de DDF, le cardinal Victor Manuel Fernández — mais aussi aux questions posées dans la lettre de Sgrò.

    Sgrò a déclaré à OSV News le 21 juillet qu'elle n'avait reçu aucune confirmation du Vatican quant au début du procès. Elle a adressé une lettre, datée du 21 juillet et obtenue par OSV News, au cardinal Fernández, lui demandant cette information ainsi que toute autre. Le communiqué de presse du Vatican du 22 juillet a confirmé à Sgrò et à ses clients que le procès était bien en cours.

    Dans son communiqué de presse du 22 juillet, Bruni a déclaré : « Au cours de la procédure, comme pour toute procédure judiciaire, aucune information relative à l’enquête en cours ne peut être divulguée, par respect pour la procédure elle-même et afin d’éviter de nuire à toutes les personnes impliquées, comme cela s’est produit ces derniers jours. Si le panel estime avoir besoin d’informations complémentaires, il prendra de sa propre initiative les mesures nécessaires pour les obtenir. »

    « Droit de savoir »

    Après le sommet sur la protection des personnes vulnérables organisé au Vatican en février 2019 par le pape François, l’archevêque Charles Scicluna de Malte a déclaré au National Catholic Reporter que « les victimes qui portent plainte ont le droit de savoir comment leur affaire est traitée ».

    « Nous avons une loi et un système qui permettent aux personnes de signaler les abus ou les inconduites, mais vous avez également le droit de savoir ce qu'il advient de vos signalements », a-t-il déclaré. Depuis 2018, l'archevêque Scicluna est secrétaire adjoint de la DDF. 

    Sept ans après le sommet, le pape Léon XIV, lors du premier consistoire extraordinaire qui s'est tenu à Rome les 7 et 8 janvier, a fermement condamné le manque d'accueil de l'Église envers les victimes d'abus sexuels, qualifiant cela de « scandale » qui aggrave leurs souffrances.

    « La porte de l’Église était fermée » et les victimes « n’étaient pas les bienvenues », a déclaré le pape aux cardinaux.

    « L’abus lui-même cause une blessure profonde qui peut durer toute une vie », a déclaré le pape, « mais bien souvent, le scandale au sein de l’Église est dû au fait que la porte était fermée et que les victimes n’étaient pas accueillies, accompagnées de la proximité d’authentiques pasteurs. » 

    Dans sa lettre au cardinal Fernández, Sgrò a déclaré que ses clients se sentaient « abandonnés et trahis » et « victimes, une fois de plus, d’un système qui ne les a jamais accueillis, protégés ou réconfortés ».

    Mme Sgrò a déclaré n'avoir reçu aucune nouvelle de la DDF depuis juillet 2025, date à laquelle le Vatican a officiellement nommé les juges chargés du procès canonique du père Rupnik. Dans sa lettre au cardinal Fernández, elle affirme que les victimes n'ont été ni entendues ni contactées par les juges, et qu'elle avait déjà écrit à plusieurs reprises au préfet, sans obtenir de réponse.

    Pressés de répondre

    Le prêtre et artiste slovène déchu, dont l'atelier a réalisé de magnifiques mosaïques pour plus de 200 sanctuaires et églises à travers le monde, est accusé d'avoir abusé sexuellement, spirituellement et psychologiquement de plus d'une vingtaine de femmes.

    Le 21 juillet, OSV News a envoyé une demande de commentaires au cardinal Fernández et à Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, pour connaître l'état d'avancement de l'affaire du père Rupnik, ce qui s'est passé depuis l'annonce personnelle du cardinal Fernández concernant la mise en place du panel de juges en juillet 2025, et si le procès a commencé.

    OSV News a également demandé à la DDF si l'abolition du délai de prescription, accordée par le pape François, s'applique à tous les crimes en question ou seulement aux « delicta graviora », et si le procès du père Rupnik est un processus judiciaire ou se déroule uniquement par décret extrajudiciaire, c'est-à-dire par voie administrative.

    « Delicta graviora » (du latin « crimes plus graves » ou « infractions les plus graves ») est un terme technique de droit canonique qui désigne une catégorie spécifique d’infractions canoniques réservées à la compétence du Dicastère pour la Doctrine de la Foi en raison de leur gravité exceptionnelle. 

    Ces crimes comprennent les délits contre la foi (hérésie, schisme et apostasie), certains délits contre l'Eucharistie et le sacrement de pénitence, ainsi que les agressions sexuelles commises sur des mineurs et des personnes atteintes de déficience mentale. Les inconduites sexuelles impliquant des adultes pleinement conscients ne sont généralement pas considérées comme telles, sauf si elles constituent un délit contre le sacrement de pénitence, ont indiqué des canonistes interrogés par OSV News.

    Bien que ni le préfet de la DDF ni le bureau de presse du Saint-Siège n'aient répondu directement aux questions d'OSV News, la déclaration de Bruni du 22 juillet indiquait : « Cette procédure pénale canonique est de nature judiciaire et, comme indiqué précédemment, n'est pas soumise au délai de prescription pour quelque infraction que ce soit et peut déterminer la culpabilité ou l'innocence conformément au droit canonique. »

    Le communiqué ajoute que « le droit canonique a l’autorité pour juger et imposer des sanctions concernant les affaires internes à l’Église, tandis que le révérend Marko Ivan Rupnik reste soumis aux lois des pays où des infractions ont pu être commises, et le délai de prescription pour de telles infractions est déterminé par les lois de chaque pays, indépendamment de l’autorité ecclésiastique. »

    « Nouvelles violences contre mes clients »

    Dans sa lettre au cardinal Fernández, Sgrò a déclaré avoir vécu ce qu'elle considérait comme un manque de communication comme « une violence supplémentaire contre mes clients, dont les blessures sont encore à vif et même pas un tant soit peu guéries ».

    « Comment cela peut-il être concilié avec les notions de droit, de vérité, de justice et d’équité ? Avec les mots que le Saint-Père emploie sans cesse en faveur des victimes d’abus ? » a-t-elle demandé.

    « Depuis hier », a-t-elle écrit dans sa lettre du 21 juillet adressée au préfet de la DDF, « des rumeurs circulent selon lesquelles le père Rupnik aurait été acquitté des accusations de violence. Aucune confirmation officielle n'a été apportée, pas même un démenti » à ce moment-là, ajoutant que les cinq femmes qu'elle représente « sont profondément déçues et attristées ».

    « Ils n’ont jamais reçu la moindre nouvelle, pas même de ma part, au sujet de ce procès, dont tout se murmure et dont on ne sait absolument rien », a-t-elle ajouté.

    Dans sa lettre, Sgrò a déclaré que ses questions étaient « basiques et minimales » face à un procès pénal impliquant des victimes qui ont porté plainte il y a plus de trente ans.

    « Le procès a-t-il commencé ? Si oui, où en est-il ? Qui sont les juges ? Qu’est-il advenu des demandes de mes clientes d’être admises comme parties lésées au procès ? Pourquoi ces femmes n’ont-elles pas été entendues comme témoins ? » a demandé Sgrò la veille du communiqué de presse du Vatican.

    Bien que certaines de ses questions aient trouvé réponse dans le communiqué de presse du Vatican, celui-ci n'indiquait pas directement si les victimes présumées seraient admises comme parties lésées au procès.

    Selon le canon 1729, « Au cours du procès pénal lui-même, une partie lésée peut intenter une action contentieuse pour réparer les dommages subis personnellement du fait du délit. »

    Les Jésuites ont expulsé un prêtre en 2023

    Le père Rupnik a été brièvement excommunié par l'Église en 2020 pour avoir absous, dans le sacrement de la réconciliation, une novice italienne avec laquelle il avait eu des relations sexuelles. L'excommunication a été levée après son repentir.

    En décembre 2022, les Jésuites ont annoncé la suspension de l'artiste slovène suite à des allégations d'abus. En juin 2023, le père Rupnik a été exclu de l'ordre des Jésuites pour avoir refusé de se conformer aux restrictions qui lui avaient été imposées concernant les abus sexuels, spirituels et psychologiques commis sur une vingtaine de femmes et au moins un homme pendant une période de 30 ans.

    Malgré la crédibilité des accusations et son renvoi des Jésuites, le diocèse de Koper, en Slovénie, pays natal du prêtre, a annoncé avoir incardiné le père Rupnik.

    Après que le diocèse a confirmé en octobre 2023 que le prêtre était présent depuis août, le Vatican a annoncé que le pape François avait levé le délai de prescription dans cette affaire, permettant ainsi au Dicastère pour la Doctrine de la Foi de poursuivre son enquête.

    Dans un communiqué publié en octobre 2023, le Vatican a déclaré que cette décision avait été prise après que « la Commission pontificale pour la protection des mineurs ait porté à l'attention du pape de graves problèmes dans la gestion de l'affaire du père Marko Rupnik et d'un manque de soutien aux victimes ».

    Entre-temps, l’évêque émérite du diocèse de Koper, où le père Rupnik a été incardiné en août 2023, a déclaré à OSV News en février 2025 que le prêtre « poursuit son travail dans le monde entier ».

    Début juin 2025, dans une démarche discrète mais significative, Vatican News a commencé à retirer de son site web les œuvres du père Rupnik. Ses mosaïques, longtemps utilisées pour célébrer les grandes fêtes en ligne, ont récemment été remplacées ou laissées vierges – un changement que de nombreux survivants jugent attendu depuis longtemps.

    Évolutions du droit canonique

    OSV News a interrogé plusieurs canonistes, qui ont souhaité garder l'anonymat, afin de savoir en vertu de quels canons le père Rupnik pourrait être jugé. Le plus probable est le canon 1395, qui traite des infractions sexuelles commises par des clercs, notamment les violations du sixième commandement (« Tu ne commettras point d'adultère »).

    « Un clerc qui persiste dans un autre péché extérieur contre le sixième commandement du Décalogue, et qui cause le scandale, doit être puni de suspension. À cela, d'autres peines peuvent être ajoutées progressivement s'il persiste dans sa faute après un avertissement, jusqu'à sa destitution », stipule le canon.

    Des experts en droit canonique ont déclaré à OSV News que l'un des aspects les plus importants de la réforme du livre VI du Code de droit canonique par le pape François en 2021, qui traite du droit pénal, était de mettre à jour la loi afin de criminaliser explicitement les abus sexuels sur adultes commis par contrainte ou abus d'autorité. 

    « Le clerc qui, par la force, les menaces ou l’abus de son autorité, commet une infraction au sixième commandement du Décalogue ou contraint quelqu’un à accomplir ou à subir des actes sexuels doit être puni » par « des peines justes, n’excluant pas la destitution de l’état clérical si le cas le justifie », peut-on lire.

    Conformément au principe fondamental « lex retro non agit » – « la loi n'agit pas rétroactivement » –, les nouvelles lois et réglementations ne devraient pas s'appliquer aux actions, événements ou relations juridiques antérieurs à leur promulgation. Des experts en droit canonique ont indiqué à OSV News que le père Rupnik ne peut donc être poursuivi pour « abus d'autorité », une notion introduite par la réforme du pape François.

    Groupe de travail sur les abus spirituels

    En novembre 2024, la DDF a annoncé que le pape François avait approuvé la création d'un groupe de travail conjoint entre la DDF et le Dicastère pour les textes législatifs, sous la direction de l'archevêque Filippo Iannone, alors préfet du Dicastère pour les évêques . Ce groupe avait pour mandat d'étudier comment les « abus spirituels » pourraient être définis et punis en droit canonique, et de présenter des propositions concrètes.

    Plus tôt dans la même année, en février 2024, le chef de la doctrine du Vatican a déclaré à OSV News que son bureau travaillait à « sensibiliser et à prévenir » l’utilisation de la spiritualité catholique comme moyen d’abus.

    « Aujourd’hui, nous sommes plus attentifs qu’auparavant à la possibilité que des éléments mystiques ou spirituels soient utilisés pour exploiter les gens, voire abuser d’eux », a déclaré le cardinal Fernández.

    Le cardinal a qualifié ces tactiques de « faux mysticisme » et a déclaré que son dicastère « étudie comment alerter à temps sur les risques et comment les prévenir ».

    « L’Église a besoin de transparence »

    Près de deux ans après la création officielle de la commission, très peu de détails ont été publiés concernant les projets de textes.

    Toutefois, en octobre 2025, le cardinal Fernández a déclaré que le groupe de travail avait « travaillé avec succès » et a demandé que l’archevêque Iannone reste à sa tête même après son transfert à un dicastère majeur, précisément pour assurer la continuité.

    Aucun canon proposé ni projet de loi n'a été publié, et aucun calendrier de promulgation n'a été annoncé. Par conséquent, même si le cas du père Rupnik a pu inspirer la commission, les lois établies ne seront pas applicables à son procès.

    Les avocats canonistes qui se sont entretenus avec OSV News ont souligné que les abus spirituels sont une « question complexe » à prouver lors d'un procès.

    Faisant référence aux rumeurs répandues concernant l'éventuel acquittement du père Rupnik, Sgrò a déclaré au cardinal Fernández dans sa lettre du 21 juillet : « Je n'ai pas entendu un seul mot bon à propos de cette procédure, et cela m'alarme et m'attriste. »

    « L’Église, comme les victimes, a besoin de transparence, de justice et de vérité », a insisté Sgrò, demandant au préfet « de me tenir informé, autant que possible, de ce qui se passe, afin de ne pas envenimer davantage des cœurs déjà profondément meurtris. »

    Elle a déclaré que ses clients « devraient être considérés comme une ressource et non comme un obstacle sur le chemin de la vérité » et qu’« ils n’ont aucune intention de renoncer à la justice ni de reculer lorsqu’ils voient le tort qu’ils ont subi reconnu ».

    Paulina Guzik est rédactrice internationale d'OSV News. Suivez-la sur X  @Guzik_Paulina .

    Lire également : Dans l'affaire Rupnik, le coût du secret est visible.

  • Rumeurs autour de Marko Rupnik – et ce qui pourrait suivre

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    De JD Flynn sur le Pillar :

    Rumeurs autour de Rupnik – et ce qui pourrait suivre

    Que se passe-t-il lorsque le procès du prêtre déshonoré prend fin ?

    21 juillet 2026

    Des rumeurs ont commencé à circuler à Rome lundi, selon lesquelles le procès canonique de l'ancien jésuite, le père Marko Rupnik, serait arrivé à son terme, sans condamnation pour les crimes canoniques non spécifiés actuellement examinés par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi du Vatican.

    Ces rumeurs ne sont que cela : non confirmées et imprécises, empreintes d'ambiguïté quant à ce qui s'est précisément passé lors du procès canonique de Rupnik, et quant à ce que l'on sait des détails.

    Ces rumeurs n'ont pas été confirmées par The Pillar. Elles ont néanmoins suscité un vif intérêt, témoignant de la forte curiosité des catholiques du monde entier pour l'affaire Rupnik, et préfigurant l'attention médiatique considérable que suscitera le verdict final.

    Quel que soit le dénouement annoncé de l'affaire Rupnik, celle-ci sera inévitablement close. Le moment venu, le Saint-Siège devra se préparer à la double complexité d'une affaire comme celle de Rupnik : une attention institutionnelle soutenue, à la fois pour garantir un résultat juridique juste et pour gérer les attentes suscitées par cette affaire médiatisée au passé tumultueux.


    Les rumeurs concernant une résolution de l'affaire Rupnik s'appuient sur des articles et des publications parus le 20 juillet sur un blog italien proche des traditionalistes, et sur un site web anglophone relativement inconnu qui semble couvrir l'actualité du Vatican.

    Aucun des deux n'a fourni beaucoup de détails sur la nature du verdict présumé — s'il s'agissait d'un acquittement délibéré de Rupnik des allégations d'abus sexuels portées contre lui, ou — plus probablement — d'une conclusion selon laquelle les preuves disponibles ne permettaient pas de trancher définitivement l'affaire.

    Rupnik est accusé d'avoir abusé de plusieurs religieuses pendant des années, mêlant manipulation spirituelle et création de ses désormais tristement célèbres mosaïques de scènes bibliques, et d'avoir contraint des femmes consacrées à des pratiques sexuelles spiritualisées dans le cadre de la création de son art.

    L'affaire est examinée par un tribunal organisé par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, après que le pape François a levé en 2023 le délai de prescription canonique qui empêchait auparavant que le prêtre soit jugé pour les accusations d'abus sexuels lui-même.

    Mais le pape n'a pas précisé à l'époque les crimes canoniques dont Rupnik serait accusé. Ce dernier avait déjà été condamné par un tribunal du Dicastère pour avoir tenté d'absoudre une partenaire sexuelle, un crime contre le sacrement de la confession. De ce fait, le dicastère était l'instance compétente pour juger tous les crimes connexes, y compris, semble-t-il, ceux découlant des allégations de manipulation et de coercition sexuelles de religieuses.

    Les crimes dont il était accusé auraient été commis en vertu du code pénal initial du Code de droit canonique de 1983 — considérablement révisé en 2021 — et le prêtre aurait donc été jugé selon la loi en vigueur au moment des faits. De manière générale, les canonistes présument que Rupnik est jugé pour une violation présumée du canon 1395, qui stipule que :

    « Tout clerc qui persiste dans un péché extérieur contre le sixième commandement du Décalogue sera suspendu. À cette suspension s’il persiste dans sa faute après un avertissement, d’autres sanctions pourront être ajoutées progressivement, et il pourra finalement être destitué de l’état clérical. »

    Le canon se poursuit :

    « Un clerc qui a enfreint… le sixième commandement du Décalogue, si le crime a été commis par la force, ou par des menaces, ou en public, ou avec un mineur… doit être puni des peines justes, y compris la destitution de l’état clérical si le cas le justifie. »

    En 2021, le canon a été révisé pour inclure la criminalité des infractions au sixième commandement commises par « abus d'autorité » — mais au moment où Rupnik aurait commis son crime, cette loi n'était pas en vigueur, et ce n'est donc pas la loi en vertu de laquelle il est jugé.

    Les canonistes expérimentés en matière de procès pénaux s'accordent généralement à dire que, pour le meilleur ou pour le pire, prouver, selon les critères légaux de la condamnation, l'existence d'éléments constitutifs de l'infraction tels que la « force », les « menaces » et même la « persévérance » peut s'avérer difficile dans de nombreux cas. Et dans l'affaire Rupnik, où le délai de prescription était déjà expiré, rassembler les preuves a sans doute été encore plus ardu. De fait, l'une des raisons d'être des délais de prescription est simple : avec le temps, il devient d'autant plus difficile d'obtenir des preuves juridiquement suffisantes.

    Par ailleurs, The Pillar a reçu depuis des mois des plaintes de sources vaticanes concernant des irrégularités de procédure dans le procès pénal de Rupnik, certaines se demandant si ces défaillances procédurales pourraient éventuellement entraver les poursuites contre le prêtre.

    Pour le meilleur ou pour le pire, de telles choses arrivent dans les affaires criminelles — et peut-être d'autant plus dans les affaires qui ont connu l'histoire longue et compliquée des diverses procédures juridiques et d'enquête de Rupnik au Vatican et dans son ancien ordre religieux, la Compagnie de Jésus.

    En résumé, les canonistes ont reconnu qu'il existe de nombreuses raisons pour lesquelles l'affaire Rupnik pourrait se conclure sans condamnation, et que toutes ces raisons ne reposent pas directement sur la culpabilité ou l'innocence du prêtre déchu. Tel est le cas des procédures judiciaires, qui ne constituent que le meilleur effort humain disponible pour établir les faits dans le respect des droits des personnes concernées.

    Il est possible de croire à la fois que les preuves accessibles au public indiquent que Rupnik a probablement commis des actes de maltraitance graves, et de croire qu'un procès pourrait ne pas aboutir à sa condamnation.

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  • La réponse de Malte au lobby pro-avortement

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    De Jonathan Van Maren sur First Things :

    La réponse de Malte au lobby pro-avortement

    Depuis près de dix ans, les militants pro-avortement prennent Malte, petit pays méditerranéen, pour cible. Malte est le dernier bastion pro-vie de l'Union européenne ; l'avortement y est illégal sauf en cas de danger immédiat pour la vie de la femme. Pourtant, contrairement aux affirmations des militants pro-avortement et des ONG militantes, Malte affiche l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas au monde : aucune femme n'est décédée pendant ou après l'accouchement entre 2012 et 2023. 

    Le régime anti-avortement maltais, largement décrié, prouve que les nations peuvent protéger à la fois les femmes et les enfants à naître. Cette situation a placé les militants pro-avortement face à un dilemme. En 2018, leur campagne pour la légalisation de l'avortement s'est intensifiée. En 2022, une touriste américaine enceinte, Andrea Prudente, a demandé un avortement après une rupture des membranes. Sa demande a été refusée et elle s'est envolée pour l'Espagne. L'affaire a fait la une des journaux internationaux, des médias comme le New York Times et la BBC affirmant que sa vie était en danger.

    Les militants pro-avortement et leurs alliés médiatiques ont réutilisé la même stratégie qu'après la mort tragique de Savita Halappanavar en Irlande en 2012. Malgré trois enquêtes distinctes (dont le rapport du coroner) concluant que Savita était décédée d'une septicémie et non des suites d'un refus d'avortement, les militants ont instrumentalisé l'affaire pour inciter l'opinion publique irlandaise à voter contre les protections constitutionnelles des enfants à naître, en présentant un faux dilemme : protéger les femmes ou protéger leurs enfants à naître, et non les deux.

    Au départ, cette stratégie semblait prometteuse à Malte. Le gouvernement proposa un amendement au code pénal autorisant l'avortement si la « santé » de la mère, définie de manière vague, était menacée. Le mouvement pro-vie réagit par une campagne massive, notamment un rassemblement de plus de 20 000 personnes – soit 4 % de la population – en décembre 2022 dans la capitale. Comme je l' avais rapporté à l'époque : « Les représentants du gouvernement ont reçu des courriels de plus de 25 000 personnes… une coalition de médecins, de juristes, d'ONG et d'experts a fait pression sur le gouvernement pour qu'il revienne sur sa décision. »

    Les militants pro-vie ont compris que le terme vague de « santé » aboutissait inévitablement à un régime d’avortement à la demande. Leur campagne a porté ses fruits. En juin 2023, le gouvernement maltais a fait marche arrière et a reformulé l’amendement pour bien préciser que l’avortement n’était pas légalisé. 

    Les militants espéraient qu'un juge prendrait une décision que le gouvernement refusait d'adopter. En septembre 2022, Prudente a déposé un recours constitutionnel, arguant que les lois anti-avortement de Malte violaient ses droits fondamentaux. Elle réclamait des dommages et intérêts et demandait à la Cour de déclarer inconstitutionnelles les lois maltaises sur l'avortement, au motif qu'elles étaient contraires à la Convention européenne des droits de l'homme. Elle invoquait également une discrimination, affirmant que sa vie avait été mise en danger (un récit relayé par la presse internationale) et que sa vie privée avait été violée. 

    Le jugement tant attendu, rendu le 1er juillet dernier, a anéanti ces espoirs. La juge Miriam Hayman, après avoir examiné les témoignages médicaux et entendu les experts, a conclu qu'il n'y avait aucune preuve de risque imminent pour la vie de Prudente et qu'elle avait reçu les soins médicaux appropriés. En réalité, la juge Hayman a déclaré que Prudente s'était persuadée, à tort, qu'elle mourrait d'une septicémie si elle n'avortait pas, suite à des conversations avec des médecins favorables au droit à l'avortement. « Cette pauvre mère », a-t-elle écrit, « a été soumise à la peur et à une forte pression émotionnelle, craignant que l'on lui retire le bébé ou qu'elle ne meure. »

    Hayman a ensuite fustigé les militants pro-avortement pour avoir instrumentalisé l'affaire. « La Cour n'hésite pas à affirmer que cette femme a été utilisée par les prétendus défenseurs du droit à l'avortement pour faire avancer leur revendication de changements législatifs plus radicaux, sans tenir compte de son état émotionnel ni de celui du père », a écrit Hayman . Prudente, a-t-elle ajouté, « s'est pliée à leurs exigences ». Depuis l'échec de l'arrêt Prudente visant à légaliser l'avortement, des militants ont lancé une campagne de distribution illégale de pilules abortives.

    L'arrêt Prudente constitue un nouveau revers pour la stratégie de Savita. L'année dernière, trois médecins polonais ont été condamnés pour le décès, en 2021, d'Izabella, une femme enceinte de trente ans. Des militants avaient affirmé que sa mort était due à un refus d'avortement, et d'importantes manifestations pro-avortement avaient secoué la Pologne. Dans cette affaire également, l'enquête a conclu qu'Izabella était décédée d'une septicémie et que la faute médicale, et non le refus d'avortement, était en cause. Les militants espéraient que ce procès ferait chuter le régime pro-vie polonais.

    Pourtant, l'idée que les lois ne peuvent protéger à la fois les femmes et leurs enfants à naître reste puissante et persuasive. Aux États-Unis, les militants pro-avortement ont exploité cet argument avec succès lors des référendums d'État, et les médias l'ont relayé sans relâche . Une stratégie similaire est employée dans les pays en développement. Les militants pro-avortement instrumentalisent les morts tragiques pour réclamer des avortements volontaires ; ils brandissent le sang et en demandent davantage. Le fait que Malte (avec la Pologne) affiche l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas au monde tout en protégeant les enfants à naître prouve qu'il ne s'agit là que de propagande. 

  • Face à la persécution des chrétiens, un archevêque indien défie le pouvoir devant la Cour suprême

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    De Manon Bordier sur Tribune Chrétienne :

    Inde : face à la persécution des chrétiens, un archevêque défie le pouvoir devant la Cour suprême

    Plus de 800 actes antichrétiens auraient été recensés en Inde en 2025, puis 285 au cours du premier semestre 2026. Face à cette violence persistante et à l’inaction dénoncée des autorités, Monseigneur Peter Machado porte devant la plus haute juridiction du pays la voix d’une minorité chrétienne de plus en plus menacée

    En Inde, les chrétiens ne veulent plus subir en silence. Le 15 juillet 2026, la Cour suprême a repris l’examen d’une requête portée par Monseigneur Peter Machado, archevêque de Bangalore, avec le National Solidarity Forum et l’Evangelical Fellowship of India. Leur objectif : obtenir des mesures concrètes contre les violences, les intimidations et les discours de haine visant les communautés chrétiennes. Le recours avait été engagé dès 2022, avant de connaître plusieurs reports et audiences intermédiaires. Intitulée Most Rev. Peter Machado & Ors. vs. Union of India & Ors., l’affaire est désormais examinée par les juges P. S. Narasimha et Alok Aradhe.

    Les chiffres versés au dossier donnent la mesure du phénomène. Selon les requérants, plus de 800actes antichrétiens ont été documentés en 2025, auxquels s’ajoutent 285 faits signalés durant les six premiers mois de 2026. Réunions de prière interrompues, célébrations attaquées, églises prises pour cible, fidèles intimidés : les violences s’intensifieraient particulièrement lors des grandes fêtes liturgiques, notamment Noël, le Carême, le Vendredi saint et Pâques. Bien souvent, les accusations de « conversions forcées » servent de prétexte à l’intervention de groupes nationalistes hindous. Les victimes peuvent alors se retrouver elles-mêmes poursuivies en vertu de lois anticonversion adoptées dans plusieurs États indiens.

    La requête attire notamment l’attention sur le district de Narayanpur, dans l’État du Chhattisgarh. Des familles chrétiennes y ont été chassées de leurs villages lors de violences survenues en 2022 et 2023. Certaines ont ensuite été poursuivies au lieu de recevoir la protection des autorités. En février et en avril 2026, 38 chrétiens ont finalement été acquittés, faute d’éléments permettant de retenir les accusations portées contre eux.

    Les requérants demandent à la Cour suprême d’imposer une protection policière effective, notamment pendant les grandes fêtes chrétiennes, de garantir des enquêtes impartiales et de faire respecter les directives déjà prononcées contre les violences collectives. Ils réclament également que les victimes ne soient plus traitées comme des coupables sur la seule base d’accusations de prosélytisme.

    Le gouvernement indien conteste cependant cette présentation. Depuis le début de la procédure, New Delhi affirme que certains incidents auraient été exagérés, mal interprétés ou liés à des différends privés sans caractère religieux. La Cour suprême cherche précisément à vérifier la réalité des faits signalés et la manière dont ils ont été traités par les forces de l’ordre. Cette affaire intervient dans un climat marqué par la progression de l’idéologie de l’Hindutva, qui entend définir l’identité nationale indienne à partir de l’hindouisme. Depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et du Bharatiya Janata Party en 2014, les organisations chrétiennes dénoncent une aggravation des violences et un sentiment croissant d’impunité chez les groupes nationalistes hindous.

    À l’issue de l’audience du 15 juillet, la Cour a indiqué avoir besoin de davantage de temps pour étudier les observations écrites présentées par l’avocat Colin Gonsalves. La prochaine audience est annoncée pour le 21 août 2026, sous réserve de son inscription au rôle. Devant la plus haute juridiction de la démocratie indienne, Monseigneur Peter Machado ne réclame aucun privilège. Il demande simplement que les chrétiens puissent prier, célébrer et vivre leur foi sans craindre l’irruption d’une foule hostile, autrement dit, que l’Inde respecte enfin les libertés religieuses inscrites dans sa propre Constitution.

  • Trois bonnes nouvelles (ECLJ)

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    Un courriel de l'ECLJ (European Centre for Law & Justice) :

    ECLJ

    Madame, Monsieur,

    Nous avons trois bonnes nouvelles à vous communiquer!

    La première nous vient de Luxembourg: la Cour de justice a pris une décision salutaire dans la lutte contre la pornographie en ligne.

    Depuis un an, la France oblige les sites pour adultes à vérifier correctement l'âge de leurs visiteurs. Or, tous les pays membres de l'Union européenne n'ont pas encore mis en place de telles obligations pour protéger les mineurs de la pornographie en ligne.

    Ainsi, certains sites internet s'implantent dans les pays ayant la législation nationale la plus laxiste et invoquent ensuite la liberté de circulation des services dans l'Union européenne pour ne pas respecter la loi française.

    La Cour de justice de l'Union européenne vient de trancher: la France a le droit d'imposer ses propres règles plus protectrices des personnes qui accèdent à ces sites depuis la France. 

    C'est une bonne nouvelle pour nos enfants et pour la protection de la souveraineté des États. 

    Les résultats de notre loi commencent déjà à apparaître: «On constate une baisse moyenne de 24% de l’audience des mineurs» affirme la directrice générale adjointe de l’Arcom, Pauline Combredet-Blassel, dans Libération.

    Pour aller plus loin: le communiqué et l'explication de l'arrêt de la CJUE

    La deuxième bonne nouvelle nous vient de Genève.

    Le Rapporteur spécial sur la violence faite aux femmes a publié un nouveau rapport sur «la violence à l'égard des mères» dénonçant l'avortement pour cause économique et l'avortement sous contrainte.

    L'ECLJ est fier d'avoir contribué à l'élaboration de ce rapport, d'être cité nommément dans ce dernier, mais surtout heureux de voir émerger la notion d'avortement contraint.

    Des milliers de femmes n'avortent pas "librement" sans être pour autant physiquement "forcées" de le faire. Ce sont les circonstances familiales et économiques qui poussent ces femmes à ne voir qu'une solution à la grossesse, celle que leur propose systématiquement et uniquement le Planning familial: l'avortement. Elles avortent par dépit, suite à des pressions, des incitations, en étant poussées par des proches ou leur conjoint, sans qu'on leur présente aucune alternative.

    Le Rapporteur recommande aux États de: 

    • Veiller à ce que les femmes qui envisagent un avortement reçoivent des informations précises et complètes sur les alternatives disponibles, y compris l'accès à des services d'accompagnement" 
    • d'ériger en infraction pénale l'avortement sous contrainte ou forcé, y compris l'avortement sélectif fondé sur le sexe ou le handicap.

    À notre connaissance, c'est la première fois que l'avortement sous contrainte est dénoncé en droit international et c'est véritablement grâce à notre action institutionnelle depuis des années aux Nations unies.

    Pour aller plus loin: lire le rapport complet

    ­Je soutiens l'action de l'ECLJ­

    La troisième bonne nouvelle vient de Bruxelles:

    Charlène, une jeune femme qui a avorté sous la contrainte va être officiellement auditionnée mardi prochain par une commission du Parlement européen.

    Charlène avait témoigné de ce qu'elle avait vécu auprès de députés européens, pendant l’examen de l’initiative "Ma Voix Mon Choix". Elle a ensuite voulu poursuivre son action et a déposé une pétition officielle auprès de l'Union européenne, toujours avec notre soutien.

    Sa pétition a été examinée et retenue: elle va donc pouvoir témoigner de son expérience et dire aux députés européens que, face au fléau du nombre d'avortements et de ses conséquences psychologiques et sociales, ils doivent proposer autre chose aux femmes que l'avortement.

    L'ECLJ est heureux d'avoir invité de nombreuses femmes à témoigner de leur expérience traumatique de l'IVG. Nous l'avons fait pour dés-idéologiser le débat sur l'avortement en laissant parler les femmes de ce qu'elles ont réellement vécu.

    conference YT

    Grâce au courage de Charlène et de toutes les autres femmes, nous avons pu organiser des rencontres, des conférences comme celle ci-dessus, initier des pétitions et pousser effectivement les hommes politiques à l'action.

    Pour aller plus loin: la protection de la maternité dans l'Union européenne

  • Au Pakistan : la peine de mort pour blasphème contre l'islam

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    De Constance Avenel sur le site de l'ECLJ :

    Pakistan : ECLJ alerte l'ONU sur la peine de mort pour blasphème contre l'islam

    12 juin 2026

    Au Pakistan, une quarantaine de personnes sont actuellement condamnées à mort pour blasphème contre l'islam, tandis que plus d'une centaine d'autres ont été lynchées avant même d'être jugées. Le 23 mai 2026, l'ECLJ a officiellement alerté le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies sur ces condamnations à mort, documentant des cas où les enquêtes avaient été bâclées et les garanties procédurales ignorées.

    L’article 295-C du Code pénal pakistanais prévoit la peine de mort par pendaison pour quiconque « profane le nom sacré du Prophète Muhammad ». La notion de profanation est interprétée de manière très large, car elle peut résulter d’actes commis « par des paroles, orales ou écrites, par une représentation visible, ou par toute imputation, insinuation ou allusion, directement ou indirectement ».

    Le nombre de poursuites pour blasphème au Pakistan a fortement augmenté ces dernières années. Selon un rapport publié par le Centre pour la justice sociale (CSJ) en avril 2025, un nombre record de 344 nouveaux cas de blasphème ont été enregistrés en 2024. Bien que le Pakistan n'ait jamais exécuté de personne reconnue coupable de blasphème, les peines de mort prononcées pour ce délit sont généralement commuées en réclusion à perpétuité. Néanmoins, ces condamnations continuent d'envoyer des dizaines d'individus dans le couloir de la mort. Une quarantaine de personnes attendent actuellement leur exécution.

    De plus, les accusations de blasphème s'accompagnent fréquemment de violences extrajudiciaires visant aussi bien les accusés que leurs familles. Au moins 104 personnes ont été lynchées publiquement à la suite d'accusations de blasphème entre 1994 et 2024, dont 26 chrétiens. Tandis que des chrétiens innocents sont condamnés sur la base de fausses accusations, les responsables de ces actes de « justice populaire » continuent de bénéficier de l'impunité.

    Procès et condamnations entachés d'irrégularités, prononcés sous la pression

    Il n'est pas rare que les accusations de blasphème soient fondées sur de fausses déclarations, les accusés étant condamnés malgré des preuves insuffisantes, en raison d'enquêtes bâclées et du non-respect des garanties procédurales. Le sort des accusés est souvent scellé dans un climat d'intimidation et de peur, des organisations islamistes fondamentalistes envahissant les salles d'audience pour faire pression sur les juges.

    La peur paralyse tout le système de justice pénale. Avocats, policiers, procureurs et juges sont empêchés d'exercer leurs fonctions efficacement et impartialement. Les acquittements restent extrêmement rares, laissant les accusés dépendants des juridictions supérieures, elles-mêmes débordées et qui reportent fréquemment les audiences sine die. L'État non seulement manque à son devoir de protéger les accusés, mais ne leur verse aucune indemnisation pour les années de détention injuste qu'ils subissent.

    Ces affaires révèlent une réalité que l'ECLJ documente régulièrement : l'instrumentalisation de la législation sur le blasphème contre les minorités religieuses, notamment les chrétiens. Ces derniers représentent moins de 2 % de la population pakistanaise, mais 6 % des personnes poursuivies pour blasphème. Le 27 février 2026, l'ECLJ avait déjà soumis une contribution sur cette question au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.

    L'ECLJ défend quatre chrétiens injustement condamnés à mort.

    L'organisation partenaire de l'ECLJ au Pakistan représente actuellement cinq personnes poursuivies en vertu de l'article 295-C. Quatre d'entre elles sont actuellement détenues dans l'attente de leur exécution.

    Shahzad Masih avait seize ans lorsqu'il a été inculpé en juillet 2017. Au cours d'une conversation, il n'a fait que répéter des propos tenus par un ami de son père, propos jugés irrespectueux envers le nom de « Muhammad ». Cela a suffi pour qu'il soit dénoncé aux autorités. Lors du procès, même le commissaire de police a témoigné que les propos de Shahzad n'étaient pas insultants envers l'islam. Malgré cela, le tribunal l'a condamné à mort en novembre 2022, refusant de le juger comme mineur. Shahzad a passé plus de huit ans en prison. « Ils devraient simplement me pendre. Je ne supporte plus l'angoisse d'attendre chaque jour de savoir ce qui va se passer », a-t-il déclaré à ses avocats.

    Qaisar et Amoon Ayub, deux frères chrétiens, ont été arrêtés en 2014 après que leurs noms et adresse sont apparus sur un blog en ligne au contenu jugé blasphématoire. La police n'a jamais cherché à vérifier s'ils étaient réellement responsables de ce blog. L'Agence fédérale d'enquête (FIA) a bien adressé une demande à WordPress pour connaître l'identité du créateur du site, mais n'a jamais reçu de réponse. Les deux frères ont néanmoins été condamnés à mort en 2018, une peine confirmée en appel en 2022. Ils ont passé plus de dix ans en prison. Aujourd'hui, l'épouse d'Amoon effectue chaque semaine un trajet de cinq heures en bus aller-retour pour rendre une courte visite à son mari, qui souffre de dépression.

    Ahsan Masih, âgé de vingt-six ans, a été arrêté en août 2023 pour avoir prétendument republié une image blasphématoire sur TikTok , une image déjà partagée des milliers d'internautes. L'image n'a jamais été retrouvée sur son téléphone et aucune preuve n'a été produite contre lui. Malgré cela, il a été condamné à mort. Toute sa famille vit désormais dans la crainte d'un lynchage médiatique s'il venait à être libéré.

    Intizar Masih, représenté par notre organisation partenaire au Pakistan, a été arrêté en mars 2023 pour des propos qu'il aurait tenus dans un groupe WhatsApp privé . Vingt personnes sont poursuivies dans cette affaire, qui s'inscrit dans une vague plus large de plus de deux cents procédures similaires visant des participants à des groupes de discussion en ligne. Son épouse, sans qualification professionnelle, vit de la charité. Leurs enfants grandissent sans leur père. S'il est reconnu coupable, Intizar encourt la peine de mort.

    L'ECLJ appelle à une action internationale urgente

    Le 16 mai 2026, la conférence annuelle Justice AR Cornelius s'est tenue sur le thème « La liberté religieuse dans la Constitution du Pakistan ». Le président de la Cour constitutionnelle fédérale, Aminuddin Khan, s'est engagé à protéger les droits constitutionnels de chaque Pakistanais sans discrimination, réaffirmant ainsi l'attachement du pouvoir judiciaire à l'égalité et à la justice pour tous.

    Globalement, la conférence est toutefois restée largement évasive sur les questions les plus sensibles. Sans aborder de front la persécution des minorités religieuses ni les abus liés aux accusations de blasphème, les intervenants se sont principalement limités à des déclarations institutionnelles soulignant l'importance de la liberté religieuse et de l'égalité devant la loi.

    Compte tenu de la gravité de la situation, l’ECLJ appelle les États membres du Conseil des droits de l’homme à exhorter le Pakistan à :

    • Abolir la peine de mort prévue par ses lois sur le blasphème ;
    • Mener des enquêtes impartiales et approfondies dans tous les cas de blasphème ;
    • Accélérer les procès et les appels afin de mettre fin à des années d'emprisonnement injuste ;
    • Acquitter et libérer les personnes détenues sur la base d'accusations de blasphème non fondées.

    Ces recommandations sont énoncées dans une déclaration écrite soumise au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies le 23 mai 2026.

  • Quand enseigner la foi devient un crime en Islande

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    De Jennifer Roback Morse et Maura Eckels Scherber sur le NCR :

    Quand enseigner la foi devient un crime en Islande

    COMMENTAIRE : Un prêtre fait l'objet d'une enquête après avoir expliqué que les personnes en état de péché grave ne devraient pas recevoir la sainte communion.

    En mars, le père Jakob Rolland, prêtre catholique islandais, a fait l'objet d'une enquête après avoir déclaré lors d'une interview radio un enseignement de l'Église catholique concernant l'Eucharistie — plus précisément, que ceux qui ont conscience de péchés graves non confessés, y compris des actes homosexuels, ne devraient pas recevoir la sainte communion.

    Cela l'exposait à des poursuites pénales pour violation potentielle de l'interdiction des « thérapies de conversion » en Islande. Or, le père Rolland n'a en réalité rien fait de ce qui lui était reproché. Alors, quel est le véritable enjeu en Islande : un prêtre proposant des « thérapies de conversion » ou un gouvernement s'attaquant à une croyance qu'il juge intolérable ?

    Quelle est la loi ?

    La loi islandaise interdit les « thérapies de conversion ». L'interdiction des thérapies de conversion en Islande « interdit à quiconque d'obliger une personne, par la contrainte, la tromperie ou les menaces, à subir un traitement non éprouvé dans le but de supprimer ou de modifier son orientation sexuelle, son identité de genre ou son expression de genre, et expose les contrevenants à des amendes ou à des peines d'emprisonnement ».

    Rien de ce qu'a fait le père Rolland ne correspond à cette description.

    Ses propos n'avaient rien d'une thérapie. Ils n'ont exercé aucune pression, contrainte, menace ou pression sur quiconque pour l'obliger à suivre une « thérapie de conversion ». Il n'a pas non plus tenté de « convertir » l'orientation sexuelle de qui que ce soit.

    Il a simplement énoncé un enseignement moral de son Église : recevoir l’Eucharistie requiert un état de grâce. Ce principe s’applique universellement – ​​et non sélectivement – ​​à toute personne consciente d’un péché grave, qu’il soit lié à la sexualité, à la malhonnêteté, à la cupidité ou à toute autre chose.

    Assimiler la communication d'un enseignement religieux à une « thérapie de conversion » est non seulement manifestement inexact, mais aussi très suspect.

    Les mots ont une signification

    Le père Rolland n'empêchait personne de recevoir l'Eucharistie. Dire à quelqu'un qu'il ne devrait pas la recevoir n'équivaut pas à l'en empêcher . Le père Rolland n'a physiquement bloqué personne. Il n'a pas imposé le respect du droit canonique. En Islande, chacun restait pleinement libre d'agir comme il l'entendait.

    Le contexte général est le suivant : l’Islande est un pays traditionnellement luthérien qui s’est considérablement sécularisé ces dernières années. Le père Rolland est un prêtre missionnaire français installé en Islande depuis plusieurs années. L’immigration récente en provenance de pays traditionnellement catholiques comme la Pologne a contribué à porter le pourcentage de catholiques à 4 % de la population. On peut aussi interpréter la situation de manière plus bienveillante comme une occasion pour le père Rolland d’expliquer un point fondamental de l’enseignement catholique sur le péché grave à un public plus large qui, probablement, n’en avait jamais entendu parler auparavant.

    Si une personne choisit de recevoir l'Eucharistie en sachant qu'elle est en état de péché mortel non confessé, elle commet un autre péché grave : le sacrilège. Cet enseignement ne se limite pas à l'homosexualité, mais s'applique à tout péché grave. Chaque individu porte la responsabilité morale de sa décision. Le rôle d'un prêtre catholique est de former les consciences. Un prêtre ne prétend avoir aucune autorité pour contraindre qui que ce soit.

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  • Pakistan : le tribunal fédéral de la charia valide le mariage d’une jeune chrétienne de 13 ans avec un homme musulman

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    De Nirmala Carvalho sur Crux :

    Les évêques du Pakistan dénoncent la décision de justice dans une affaire de mariage d'enfants

    L’archevêque Joseph Arshad du diocèse catholique d’Islamabad-Rawalpindi au Pakistan a exprimé sa profonde inquiétude et son inquiétude face à une décision récente du tribunal fédéral de la charia validant le mariage d’une jeune fille chrétienne de 13 ans avec un homme musulman.

    En vertu de la loi pakistanaise, l'âge légal du consentement au mariage est de 18 ans.

    Créée en 1980, la Cour fédérale de la charia examine la conformité des lois pakistanaises aux principes islamiques. Les évêques catholiques, d'autres chefs religieux et des représentants de la société civile au Pakistan affirment que la nouvelle décision de la charia contredit les décisions antérieures et pourrait créer un dangereux précédent.

    L'adolescente de Lahore a été portée disparue en juin 2025. Son père, Masih Shahbaz, affirme qu'elle a été enlevée et manipulée par Shehryar Ahmad, un mécanicien local.

    Au Pakistan, un panel de deux juges a validé le mariage malgré les actes de naissance officiels présentés au tribunal qui indiquaient que la jeune fille avait 13 ans au moment de sa disparition.

    Le tribunal a qualifié les documents gouvernementaux de « non fiables » et a plutôt cru l'affirmation du défendeur selon laquelle le mineur avait atteint un « âge de maturité » et s'était converti volontairement à l'islam.

    Les responsables religieux s'inquiètent de ce que cette décision permette aux interprétations religieuses de primer sur les lois d'état civil.

    « Cette situation est profondément troublante », a déclaré Arshad à Crux Now, « et l’incohérence apparente dans l’application des lois destinées à protéger les mineurs mine la confiance dans le système judiciaire et soulève de graves préoccupations quant à la sécurité et à la dignité des communautés vulnérables. »

    Arshad a déclaré que de tels cas devaient être traités dans le strict respect de la loi, qui fixe clairement l'âge minimum du mariage à 18 ans. Il s'est dit préoccupé par le fait que les garanties juridiques destinées à protéger les enfants ne soient pas appliquées de manière uniforme.

    L’archevêque a réaffirmé l’engagement de l’Église à défendre la justice, la dignité et l’égalité de protection pour tous les citoyens, en particulier les plus vulnérables.

    Il a appelé les autorités compétentes à prendre des mesures immédiates et efficaces pour assurer la protection des mineurs, faire respecter les garanties constitutionnelles et respecter les engagements du Pakistan en matière de normes internationales relatives aux droits de l'homme.

    La Conférence des évêques catholiques du Pakistan (PCBC) et la Commission nationale des évêques pour la justice et la paix (NCJP) ont publié une déclaration commune par l'intermédiaire du projet de journalisme sur les droits de l'homme Voicepk.net, avertissant que les cas impliquant des filles chrétiennes enlevées sont jugés d'une manière incompatible avec la loi du pays.

    « Les tribunaux n’appliquent pas systématiquement la législation interdisant le mariage des personnes de moins de 18 ans », indique le communiqué conjoint. « Cette application sélective de la loi est profondément préoccupante. »

    Le PCBC et le NCJP ont souligné que, si l'indépendance judiciaire doit être respectée, les tribunaux ont également l'obligation de veiller à ce que les allégations de conversion forcée et de mariage d'enfants fassent l'objet d'enquêtes transparentes, impartiales et pleinement conformes aux protections constitutionnelles et aux normes internationales relatives aux droits de l'homme.

    Des organisations de défense des droits des femmes et des droits humains, dont Minority Rights March, Aurat March et le Minority Forum Pakistan, ont organisé un rassemblement de protestation et une conférence de presse au Karachi Press Club contre la décision de la Cour constitutionnelle fédérale concernant la fille de M. Shehbaz.

    Voicepk.net a rapporté que les organisations ont appelé les autorités compétentes à revoir leur décision et à faire respecter les droits et la dignité de tous les citoyens, quelle que soit leur religion.

    Les participants ont exigé une révision du verdict, exprimant leur profonde tristesse et leur colère face à cette décision et soulignant que la jeune fille est victime d'enlèvement et de mariage d'enfant et qu'elle court désormais le risque de subir des préjudices graves supplémentaires.

    Les manifestants ont averti que cette décision compromet de fait les lois contre le mariage des enfants et pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les jeunes filles mineures à travers le pays. Ils ont appelé les autorités à revenir sur leur décision et ont exhorté les institutions étatiques à agir, les mettant en garde contre de graves répercussions en cas d'inaction.

    Les manifestants ont également affirmé que cette décision contredisait les jugements précédents, notamment ceux de la Cour fédérale de la charia, et qu'elle pourrait donc mettre en danger non seulement les filles issues de minorités, mais aussi les filles musulmanes.

    « Les tribunaux », a déclaré l’archevêque d’Islamabad-Rawalpindi à Crux Now, « ont la responsabilité fondamentale de veiller à ce que toutes les allégations, en particulier celles concernant les conversions forcées et les mariages d’enfants, fassent l’objet d’enquêtes transparentes, impartiales et justes. »

  • Justice sera faite. Mais sur les affaires Rupnik et « Lute », la démarche de Léon XIV est incertaine

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Justice sera faite. Mais sur les affaires Rupnik et « Lute », la démarche de Léon XIV est incertaine

    Solide expert en droit, le pape Léon XIV a d'ores et déjà imprimé sa marque réformatrice en imposant un tournant radical au "procès du siècle". Cette procédure, visant le cardinal Becciu ainsi que les instigateurs de la débâcle immobilière du 60 Sloane Avenue à Londres, témoigne de sa volonté d'assainissement.

    Le 17 mars, la Cour d’Appel de l’État de la Cité du Vatican a décrété la « nullité relative » du procès en première instance et ordonné la « reprise à zéro des débats », ainsi que la mise à disposition des accusés de toutes les pièces et de tous les actes de procédure.  Cette démarche s’inscrit dans l’obéissance aux principes fondamentaux énoncés par le pape lors de la rentrée des tribunaux, trois jours plus tôt : le respect des garanties de procédure, l’impartialité du juge et l’effectivité véritable des droits de la défense, tous considérés comme ayant été gravement bafoués au cours du premier procès.

    Mais c’est sur un autre terrain judiciaire que la démarche de Léon semble à ce jour plus indécise. Il s’agit des procès canoniques pour les abus sexuels commis par des membres du clergé sur des mineurs et des adultes « vulnérables ».

    Le 18 mars, dans la lettre envoyée en son nom par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin aux évêques français réunis en assemblée plénière à Lourdes, le pape leur a demandé de continuer à manifester aussi bien « la sollicitude de l’Église envers les victimes » que « la miséricorde de Dieu envers tous », appelant dans la foulée à ce que « les prêtres coupables d’abus ne soient pas exclus de cette miséricorde et qu’ils fassent l’objet de vos réflexions pastorales ».

    S’en est suivie une vague de protestations de la part des défenseurs des victimes les plus acharnés en raison de cette égalité de traitement que le pape a souhaité étendre aux auteurs d’abus eux-mêmes. Mais il faut ajouter qu’en d’autres occasions, Robert F. Prevost avait déjà pris la défense des droits pour tous, tout en étant bien conscient que « dire cela est parfois une cause de souffrances supplémentaires pour les victimes ».

    Il l’avait déjà affirmé notamment lors d’un entretien avec Elise Ann Allen publié dans un livre sorti au Pérou à la fin de l’été 2025 :

    « Le fait qu’une victime sorte du silence et formule une accusation, et que cette accusation soit présumée fondée, n’annule en rien la présomption d’innocence. Et donc qu’il faille également protéger l’accusé et que ses droits doivent être respectés. » Et ce d’autant plus que “les statistiques démontrent que bien plus de 90 % des personnes qui témoignent et portent des accusations sont de véritables victimes, disent la vérité et n'inventent rien. Cependant, il existe aussi toutes sortes de cas avérés de fausses accusations. Certains prêtres ont eu leur vie brisée à cause de cela. »

    Toujours dans le même livre, le pape Léon affirme que même si la question des abus est d’une importance fondamentale, l’Église ne peut pas délaisser ce qui fait le cœur de sa mission : « Nous ne pouvons pas faire en sorte que l’Église se concentre exclusivement sur cette problématique, parce que ce ne serait pas une réponse authentique à ce que le monde attend en termes d’impératifs de la mission de l’Église »

    Le 4 novembre suivant, à Castel Gondolfo, en réponse à une question sur le procès canonique en cours contre l’artiste et ex-jésuite Marko I. Rupnik, le pape Léon réaffirmait que « l’Église doit respecter le droit de toutes les personnes » et que « jusqu’à preuve du contraire, le principe de la présomption d’innocence est également d’application dans l’Église ».

    Or, ce procès est justement celui qui est le plus emblématique de l’opacité et des incohérences qui pèsent encore aujourd’hui sur le Saint-Siège en matière de gestion des abus.

    Le cas de Rupnik a été abordé à de nombreuses reprises sur Settimo Cielo. Cette affaire avait éclaté au grand jour avec les premiers dépôts publics de plaintes en décembre 2022, après avoir connu un prologue secret en mai 2020 avec l’excommunication du célèbre mosaïste pour avoir absous en confession une complice d’un péché « contre le sixième commandement » : une excommunication qui allait cependant être rapidement levée à la demande du pape François.

    Une seconde procédure pour abus sexuels sur plusieurs religieuses de la communauté qu’il avait fondée a été ouverte contre le P. Rupnik en 2021, avant d’être elle aussi classée sans suite en octobre 2022 pour le motif que les faits qui lui étaient reprochés, bien que « la matérialité des accusations ait été établie », devaient être « considérés comme prescrits pour dépassement des délais de l’action publique ».

    L’affaire étant devenue publique, la Compagnie de Jésus imposa à son tour des sanctions à Rupnik, qu’il ignora d’ailleurs largement, avant de l’expulser de l’ordre, en considérant que les faits dénoncés par de nombreuses victimes étaient non seulement crédibles mais qu’ils se caractérisaient surtout par leur gravité inouïe, avec des abus spirituels et physiques perpétrés au nom d’aberrantes justifications théologiques et mystiques.

    Entretemps, le P. Rupnik clamait son innocence et se faisait incardiner comme prêtre dans le diocèse de Koper en Slovénie où il continuait à jouir de puissantes protections, en particulier grâce à celui qui était à l’époque le Vicaire général de Sa Sainteté pour le diocèse de Rome, le cardinal Angelo De Donatis, aujourd’hui Pénitencier majeur du Saint-Siège, qui qualifiait toute cette affaire de « campagne de dénigrement médiatique ».

    La commission pontificale pour la protection des victimes présidée par le cardinal Sean O’Malley fit pression pour obtenir la tenue d’un procès en bonne et due forme et qui parvint à convaincre le pape François d’ordonner le 27 octobre 2023 l’ouverture d’un nouveau procès, cette fois sans tenir compte de la limite de prescription de vingt ans qui couvrait la quasi-totalité des délits reprochés au P. Rupnik.

    Et en effet, dès l’été 2020, le pape François avait introduit dans les procès canoniques de nouvelles règles qui non seulement autorisaient mais encourageaient même à déroger à cette prescription, au nom de la « tolérance zéro » universellement réclamée à cor et à cris contre les personnes accusées d’abus sexuels : une dérogation aujourd’hui largement mise en œuvre dans les procès canoniques mais que tous les juristes considèrent inimaginable en matière de droit civil, tant elle ouvre la porte à une forme de justice expéditive, aux antipodes du garantisme auquel le pape Léon est très attentif.

    Il n’en demeure pas moins que ce procès aussi traîne en longueur. Il aura fallu attendre le 13 octobre 2025 pour apprendre que le Dicastère pour la Doctrine de la foi avait enfin trouvé et nommé les juges, cinq « femmes et clercs » extérieurs au Saint-Siège dont les noms n’ont pas encore été communiqués. « Les procès judiciaires prennent beaucoup de temps et je sais qu’il est très difficile aux victimes de s’entendre demander de faire preuve de patience », a déclaré à ce sujet le pape Léon le 4 novembre dernier, des mots qui sont d’ailleurs toujours d’actualité vu l’absence de toute avancée depuis lors.

    Mais en attendant, une autre affaire a éclaté, et elle concerne cette fois le pape en personne.

    Le 22 novembre 2025, une jeune péruvienne qui s’appelle Ana María Quispe Díaz, qui prétend avoir été victime d’abus sexuels depuis qu’elle est toute petite, en compagnie de ses deux sœurs et d’autres enfants, a déclaré dans un communiqué avoir été informée que dix jours plus tôt, le 13 novembre, le pape avait concédé la dispense de l’état clérical à leur abuseur présumé, le P. Eleuterio Vásquez González, un prêtre de Chiclayo surnommé « Lute », l’exonérant de tout procès canonique, pour des faits qui se seraient déroulés pendant que Robert F. Prevost était l’évêque de ce diocèse.

    La première enquête ouverte à la suite de la plainte avait déjà été conduite « avec des erreurs de procédure », selon la responsable pour les abus du diocèse de Chiclayo, mais Ana María Quispe Díaz a surtout protesté face au refus d'un procès régulier qui établirait enfin la vérité des faits et protégerait les victimes.

    Le communiqué se terminait sur une « demande d’audience personnelle avec le pape, pour lui expliquer la douleur que de telles situations causent aux victimes et lui demander un changement de cap dans la manière dont l’Église traite le cas d’abus.

    Deux journalistes péruviens, Paola Ugaz et Pedro Salinas étaient déjà intervenus pour prendre la défense de Prevost, comme évêque de Chiclayo et comme pape, dès l'apparition de ces accusations en 2023, Amis de longue date de Robert Prevost, ils sont très actifs depuis 2015 dans la dénonciation de crimes commis au sein d'une société de vie apostolique fondée au Pérou, le « Sodalitium Christianae Vitae », dissoute par le pape François à la fin de son pontificat.

    Cependant, le pape Prevost n'a jamais prononcé un seul mot en public sur ces accusations le concernant, pas même après sa mise en cause directe par Ana María Quispe Díaz. Tout le contraire de ce qu'avait fait Benoît XVI quand il avait été confronté à des accusations similaires d’avoir « couvert » un prêtre abuseur, quand il était archevêque de Munich et Freising.

    Au contraire. Lorsque ces accusations refirent surface durant sa dernière année de vie, en janvier 2022, Benoît XVI a de nouveau réagi avec un mémoire de 82 pages, rédigé par un groupe d'amis sur la base d'une documentation abondante, suivi d'une déclaration personnelle corrigeant « une erreur » contenue dans le rapport et qui a fait l’objet d’une lettre adressée le 6 février aux fidèles de l'archidiocèse allemand.

    Cette lettre, qui compte parmi ses tout derniers écrits, mérite d'être lue intégralement. Benoît XVI y rappelle la confession et la demande de pardon pour notre « très grande » faute que « l'Église place jour après jour au début de la célébration de la Sainte Messe ». Et il poursuit :

    « Je comprends de plus en plus la répugnance et la peur que le Christ a ressenties sur le Mont des Oliviers quand il a vu tout ce qu’il allait devoir surmonter intérieurement. Que les disciples dorment à ce moment-là représente malheureusement la situation qui, aujourd’hui encore, se reproduit et par laquelle je me sens aussi interpellé. Ainsi, je ne peux que prier le Seigneur et supplier les anges et tous les saints et vous aussi, chères sœurs et frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu ».

    Et encore :

    « Bientôt, je serai face au juge ultime de ma vie. Bien que, regardant en arrière ma longue vie, je puisse avoir beaucoup de motifs de frayeur et de peur, mon cœur reste joyeux parce que je crois fermement que le Seigneur n’est pas seulement le juge juste mais, en même temps, l’ami et le frère qui a déjà souffert lui-même mes manquements et qui, en tant que juge, est aussi mon avocat, Paraclet. […] Il me revient sans cesse à l’esprit ce que Jean rapporte au début de l’Apocalypse : il voit le Fils de l’homme dans toute sa grandeur et tombe à ses pieds comme mort. Mais Lui, posant sur lui sa main droite, lui dit : ‘Ne crains pas ! C’est moi’ (cf. Ap 1, 12 – 17) ».

  • Une jeune femme de 25 ans euthanasiée en Espagne malgré l'opposition de ses parents

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    De National Catholic Register :

    Une jeune femme de 25 ans euthanasiée en Espagne malgré l'opposition de ses parents

    « Cette affaire met en lumière les lacunes de la loi sur l’euthanasie. Elle facilite le suicide sans que la personne concernée ait bénéficié d’un traitement psychiatrique préalable », a déclaré un représentant légal.

    Noélia Castillo Ramos.
    Noélia Castillo Ramos. (photo : Photo de courtoisie / Y AHORA SONSOLES)

    L'euthanasie de Noelia Castillo Ramos, âgée de 25 ans, a eu lieu en Espagne le 26 mars, après qu'elle ait dû faire face à d'immenses difficultés depuis son enfance et après près de deux ans de bataille juridique menée par ses parents pour préserver sa vie.

    Selon la loi espagnole, pour demander l'euthanasie, une personne doit être majeure et être à la fois mentalement capable et pleinement consciente au moment de la demande ; elle doit également posséder la nationalité espagnole ou avoir résidé légalement en Espagne pendant plus de 12 mois et « souffrir d'une maladie grave et incurable ou d'une affection grave, chronique et invalidante, certifiée par le médecin traitant ».

    Le 24 mars, il a été rapporté que la Cour européenne des droits de l'homme avait rejeté les mesures provisoires demandées par la famille de Castillo pour mettre fin à son euthanasie, mettant ainsi un terme à une bataille juridique qui durait depuis près de deux ans.

    Le lendemain, une interview de Castillo a été diffusée sur la chaîne de télévision espagnole Antena 3, dans laquelle elle décrivait son état : « Je n’ai envie de rien faire — ni de sortir, ni de manger, ni de rien du tout… J’ai beaucoup de mal à dormir ; de plus, je souffre de douleurs au dos et aux jambes. »

    « Je me suis toujours sentie seule, car je ne me suis jamais sentie comprise ; personne n’a jamais fait preuve d’empathie à mon égard, et j’ai toujours eu des difficultés dans mes relations interpersonnelles », a-t-elle raconté.

    « Même avant de demander l’euthanasie, je voyais mon monde comme un endroit très sombre ; je voyais une fin très sombre m’attendre. Je n’avais aucun but, aucun objectif — rien du tout — et je n’ai toujours aucun but, aucun objectif », a-t-elle reconnu.

    Défis de la vie

    La vie de Castillo a été jalonnée de nombreuses épreuves. Placée sous la tutelle des services sociaux suite à la séparation de ses parents, elle a été victime de multiples agressions sexuelles.

    Selon Abogados Cristianos (Avocats chrétiens) — l'organisation représentant le père de Castillo dans ses efforts pour empêcher l'euthanasie de sa fille —, à cette époque, la jeune femme avait été officiellement reconnue comme ayant un handicap de 67 % dû à une maladie mentale.

    En octobre 2022, elle a tenté de se suicider en se jetant d'un balcon, subissant des blessures qui l'ont laissée en fauteuil roulant ; cela a porté son taux d'invalidité à 74 % — un fait qui, selon l'organisation Christian Lawyers, « démontre que le problème sous-jacent est psychiatrique ».

    « C’est essentiel : la Cour constitutionnelle elle-même (arrêt STC 94/2023) indique clairement que l’euthanasie ne peut être administrée lorsque la source de souffrance est une maladie mentale et que l’État a l’obligation de protéger ces personnes du risque de suicide », ont souligné les avocats chrétiens à ACI Prensa, le service frère hispanophone d’EWTN News. 

    Bien que des rumeurs aient circulé selon lesquelles elle serait devenue paraplégique, Castillo a elle-même démenti ces allégations : « Je ne suis pas alitée, loin de là ; je me lève. Je prends ma douche toute seule. Comme vous l’avez constaté, je me maquille et je gère mes affaires moi-même », a-t-elle déclaré.

    D'après son propre témoignage, Castillo avait été admise en établissement psychiatrique à au moins deux reprises auparavant et, durant ces séjours, elle avait fait plusieurs tentatives de suicide. Elle est sortie en juin 2023.

    En avril 2024, elle a demandé l'euthanasie conformément à la procédure légale, et celle-ci a été approuvée pour août 2024. Cela a marqué le début d'une bataille juridique menée par son père, soutenu par l'organisation des Avocats chrétiens.

    Au cours de la procédure, ils sont parvenus à faire cesser la procédure et à obtenir la reconnaissance du droit des membres de la famille de s'opposer à la demande d'euthanasie.

    Parallèlement, l'association Christian Lawyers a déposé une plainte pénale contre le médecin et l'avocat qui avaient initialement évalué la demande de Castillo conformément au protocole.

    L’organisation a allégué que, malgré leur accord pour autoriser l’euthanasie, les deux parties « ont feint un désaccord afin de renvoyer la décision à la Commission des garanties et de l’évaluation, forçant ainsi un niveau d’assurance supposément plus élevé dans le processus décisionnel » — un point relevé par la Cour suprême dans un arrêt.

    En septembre 2025, Christian Lawyers a également déposé une plainte contre sept membres de la commission des garanties pour conflit d'intérêts ainsi que contre l'ancien ministre catalan de la santé, Josep María Argimón, pour les avoir nommés.

    Par la suite, en janvier de cette année, la Cour suprême a confirmé la demande d'euthanasie — une décision qui a fait l'objet d'un appel devant la Cour constitutionnelle, laquelle a rejeté l'appel en février.

    L’organisation Christian Lawyers a également porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui a rejeté la demande de mesures provisoires sans se prononcer sur le fond de l’affaire le 24 mars.

    Suite à cela, il a été annoncé que l'euthanasie aurait lieu le 26 mars à 18h, heure locale. L'intervention dure environ 15 minutes et implique l'utilisation de trois produits chimiques. Conformément à la volonté de Castillo, ses parents n'ont pas été autorisés à y assister.

    « Cette affaire met en lumière l’échec de la loi sur l’euthanasie. »

    Selon Christian Lawyers, « cette affaire met en lumière les lacunes de la loi sur l'euthanasie. Elle facilite le suicide sans que la personne concernée ait bénéficié d'un traitement psychiatrique préalable. »

    Par conséquent, l’organisation juridique a souligné qu’« il est impératif d’établir des protocoles imposant une tentative de traitement psychologique et psychiatrique avant d’autoriser l’euthanasie. Sans traitement, il n’y a pas de libre choix ; il y a abandon. »

    Enfin, ils tiennent les autorités sanitaires du gouvernement régional catalan pour responsables : « Avant de proposer la mort, elles doivent s’assurer d’avoir offert toutes les alternatives de vie. En cas de maladie mentale, elles devraient investir dans les traitements psychiatriques les plus avancés et dans la réadaptation. »

    Lire aussi : Scandale de l'euthanasie en Espagne : Noelia Castillo Ramos s'est-elle vu refuser le droit de retirer sa demande ?

    et aussi : « Barbare » – Les évêques espagnols condamnent l’euthanasie de Noelia Castillo