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Santé

  • Pourquoi les moines et les religieuses vivent-ils plus longtemps ? Une nouvelle étude sur 30 ans apporte des éléments de réponse pour un vieillissement en bonne santé.

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    De :

    Pourquoi les moines et les religieuses vivent-ils plus longtemps ? Une nouvelle étude sur 30 ans apporte des éléments de réponse pour un vieillissement en bonne santé.

    Une étude menée sur une longue période dans des monastères allemands et autrichiens suggère que l'écart entre l'espérance de vie des hommes et celle des femmes est en grande partie dû au mode de vie des hommes, et non à la biologie.

    « La vie monastique »
    « La vie monastique » (photo : courtoisie de l'abbaye de Barroux)

    L'écart d'espérance de vie entre les moines et les religieuses disparaît presque complètement à l'intérieur du cloître, et la vie communautaire, avec sa règle de vie, ses prières régulières et son but, contribue à un vieillissement réussi.

    Voici quelques conclusions de l’étude germano-autrichienne menée par Marc Luy, de l’Institut de démographie de Vienne (Académie autrichienne des sciences). Ce projet de recherche, portant sur la santé, le vieillissement et l’espérance de vie, a examiné les facteurs de santé et de longévité qui permettent de comprendre ce que l’on appelle le « vieillissement réussi », c’est-à-dire une vie longue et saine.

    Ces recherches ont suscité un regain d'intérêt en Europe ce mois-ci, après que le frère bénédictin David Steindl-Rast a fêté son 100e anniversaire le 12 juillet, comme l'a rapporté CNA Deutsch , le service frère germanophone d'EWTN News.

    L'étude a débuté en 1997 et s'est concentrée sur les membres des ordres religieux masculins et féminins, car leur mode de vie est très similaire et ils sont faciles à étudier. Ils se ressemblent en termes de routine quotidienne, d'alimentation, de conditions de vie, de foi et de nombreux autres aspects qui influencent la santé et la longévité, explique l'étude.

    L'étude portait sur environ 16 600 membres d'ordres religieux (plus de 9 000 religieuses et le reste des moines) en Allemagne et en Autriche, ainsi que quelques membres résidant en Suisse et en Italie. L'enquête s'est appuyée sur des questionnaires anonymes auto-administrés envoyés à plus de 1 100 religieux et religieuses, et a également consulté les archives de nombreuses communautés religieuses jusqu'en 1890, sources précieuses de données. Les résultats obtenus sont parfois surprenants.

    L'écart d'environ un an entre les deux sexes est attribuable à des facteurs biologiques, selon l'étude. Les différences plus marquées d'espérance de vie entre les sexes au sein de la population sont dues à la mortalité masculine liée à des causes non biologiques, et non à la faible mortalité féminine, comme on le croit souvent.

    L’étude remet également en question l’adage bien connu selon lequel « les femmes sont plus malades, mais les hommes meurent plus vite ».

    Luy a formulé deux hypothèses au début du projet. La première est que « l’inversion globale des écarts de morbidité et de mortalité entre les sexes s’explique par le fait que les affections qui contribuent fortement à la morbidité ont peu d’impact sur la mortalité, et inversement ». La seconde est qu’il est « très probable que la longévité soit directement liée au nombre absolu d’années vécues en mauvaise santé », ce qui signifie que « les femmes présentent des taux de morbidité plus élevés non pas parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles appartiennent au sexe ayant l’espérance de vie la plus élevée ».

    Les hommes qui vivent dans les ordres religieux vivent en moyenne cinq ans de plus que ceux qui vivent en dehors des murs de la communauté, et la vie monastique semble atténuer certains facteurs de risque de mortalité. Ces communautés offrent un cadre quotidien structuré, avec des horaires précis pour le travail, les repas et la prière, des relations durables, un but commun, etc. Elles favorisent ainsi un bien-être optimal, tant mental que physique.

    De plus, dans une communauté monastique, l'entraide est de mise et les signes de déclin physique ou mental sont généralement détectés plus tôt. Le stress chronique y est également réduit et la prière contribue à la stabilité émotionnelle.

    Le principal instigateur du projet, le chercheur en sciences sociales allemand Luy, qui travaille en Autriche depuis 2008, a déclaré à EWTN News qu'il serait « intéressant » d'inclure des ordres religieux d'autres pays. Cependant, « c'est une question de ressources », a-t-il précisé.

    « Néanmoins, je ne m’attends pas à des résultats différents de ceux que nous avons obtenus pour plusieurs commandes en Allemagne et en Autriche », a-t-il ajouté.

    Pourtant, « être moine ou religieuse ne signifie pas nécessairement mener une vie facile et paisible », a déclaré à EWTN News la religieuse slovaque Cecília Kasanová.

    Cette sœur dominicaine vit depuis six ans au monastère Saint-Dominique-et-Sixte de Notre-Dame du Rosaire à Rome, qui abrite l'ancienne icône mariale connue sous le nom d'« Advocata », portée à travers Rome par saint Dominique.

    Bien qu'elle reconnaisse qu'un mode de vie équilibré puisse influencer la longévité, Sœur Cecília a déclaré : « Les moines et les religieuses célèbres pour leur longévité ont enduré des souffrances, la guerre, la persécution en raison de leurs convictions religieuses, ou encore l'emprisonnement. » Elle trouve « extraordinaire » que ces moines et religieuses aient eu la force de persévérer et de ne pas abandonner.

    Elle reconnaissait les bienfaits d'une journée rythmée par des moments de silence : prière personnelle, étude, travail, messe quotidienne, confession régulière et repas en communauté. Il y a aussi des moments d'échange, comme les réunions et les fêtes communautaires, ainsi que des temps de détente et d'accueil des visiteurs à l'entrée.

    Par ailleurs, la vie consacrée dans une communauté de religieuses peut enrichir le séjour des visiteurs, a observé sœur Cécilia. C’est « un grand don pour moi personnellement, pour l’Église et pour le monde », car « nous vivons exclusivement pour le Seigneur » et prions pour ceux qui viennent. Ces fidèles « se sentent souvent mieux car ils sont écoutés, acceptés, sachant qu’ils ne sont pas seuls dans ce qu’ils vivent, car nous les accompagnons par la prière », a-t-elle souligné.

    La vie monastique montre ainsi que nous devons « mettre Dieu au premier plan », car il « donne un sens à tout ce que nous faisons et à ce que nous sommes. Il est notre Dieu et en même temps un ami fidèle », a déclaré la religieuse slovaque.

    Dans une lettre datée du 16 juillet et publiée par le Vatican le 22 juillet, le pape Léon XIV a écrit à l'occasion du 70e anniversaire de la Conférence des supérieurs majeurs des hommes aux États-Unis. Il les a encouragés à considérer la vie communautaire « comme un lieu de sanctification et une source d'inspiration, de témoignage et de force dans votre apostolat ».

    Selon le pontife, lui-même membre de l'ordre des Augustins, « c'est précisément en partageant tout en commun, y compris les biens matériels, les expériences spirituelles, les idéaux apostoliques et le service charitable, que la présence cachée du Seigneur ressuscité se manifeste parmi vous. »

  • (France) Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie

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    Du site de l'Egise catholique en France :

    Communiqué de presse

    Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie

    Ce 15 juillet 2026 marque une rupture grave dans l’histoire de notre pays. En choisissant de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, les députés ont inscrit dans la loi française la possibilité de provoquer la mort. Ce choix rompt avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d’accompagner chaque personne jusqu’au terme naturel de sa vie.

    Depuis quatre ans, avec les évêques de France, nous avons participé de façon sérieuse et responsable au débat sur la fin de vie, par l’expression de nos convictions et en dialogue avec tous. Forts de l’expérience multiséculaire de l’Église dans l’accompagnement des personnes malades, des mourants et de leurs familles, nous avons tenu à partager nos réflexions sur la dignité de toute vie humaine. Le Président de la République avait annoncé un débat serein, éclairé et respectueux mais force est de constater que les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs, ont eu raison de cette ambition. Une question aussi essentielle pour notre pacte social méritait pourtant que les conséquences humaines, médicales, éthiques et sociales de l’euthanasie et du suicide assisté soient pleinement considérées.

    Les effets d’une telle législation ne se mesurent pas encore mais ils se dessinent déjà. Notre rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie, changera. Le lien de confiance entre les générations mais aussi entre les soignants, les patients et leurs familles sera dégradé et le regard de la société sur la fragilité, abîmé. Les plus pauvres risquent d’être les premiers à en payer le prix : ne voulant pas être une charge pour leurs enfants ou petits-enfants, les personnes âgées en précarité pourraient se sentir poussées à partir. En outre, l’expérience d’autres pays montre que les critères d’accès à l’aide à mourir tendent toujours à s’élargir, au détriment des soins palliatifs.

    Par-delà la désapprobation, ce vote du 15 juillet nous appelle donc à un engagement renouvelé, avec les familles, les soignants, les bénévoles, les proches aidants, les associations, les aumôniers, pour témoigner qu’une autre voie est possible, celle d’une présence fidèle et d’un accompagnement attentif qui apaisent les souffrances physiques ou psychologiques, sans jamais abandonner quiconque.

    La Conférence des évêques de France exprime sa profonde gratitude à tous ceux qui, chaque jour, servent les personnes malades, handicapées, âgées ou en fin de vie. Elle encourage aussi les établissements catholiques de soin à être des témoins fidèles de l’indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales, en s’abstenant de comportements clairement illicites d’un point de vue moral, en vertu de la dignité de toute vie humaine.

    Enfin, elle suivra avec attention les saisines annoncées du Conseil Constitutionnel ainsi que les contributions volontaires associatives, afin que soit garanti en particulier le respect de l’éthique des établissements engagés dans l’accompagnement de personnes en fin de vie et qui excluent le recours à l’euthanasie ou au suicide assisté.

    Les catholiques de France continueront, avec beaucoup d’autres hommes et femmes de bonne volonté, croyants ou non, à servir la vie. Ils le feront animés par la ferme espérance que leur donne l’Évangile, sans esprit de résignation ni d’affrontement, convaincus que la grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu’au bout. Car le Christ en qui ils croient est venu pour que le monde ait la vie.

    Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France

    Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, vice-président de la Conférence des évêques de France

    Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise, vice-président de la Conférence des évêques de France

  • La France a touché le fond en matière d'inhumanité

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    De Stefan Rehder sur le Tagespost :

    La France a touché le fond en matière d'inhumanité.

    Ceux qui glorifient le suicide assisté et l'euthanasie comme des « œuvres de miséricorde » se jettent du sable dans les yeux, les leurs comme ceux des autres.

    16 juillet 2026

    Après les Pays-Bas et la Belgique (tous deux en 2002), le Luxembourg (2009), le Canada (2016), l'Espagne et la Nouvelle-Zélande (tous deux en 2021), et l'Autriche (2022), c'est au tour de la France. Même si le temps presse avant l'entrée en vigueur de la loi votée hier par l'Assemblée nationale à Paris – sous réserve de l'approbation du Conseil constitutionnel –, une chose est indéniable.

    Le suicide assisté, euphémisme pour « euthanasie », et l'euthanasie sont en hausse dans les sociétés occidentales. Cela s'explique aisément : le refus persistant des États de trouver des solutions politiques viables à la catastrophe démographique qui se profile depuis des décennies a des conséquences désastreuses.

    L’allongement de l’espérance de vie dû à l’accroissement de la prospérité et aux progrès médico-techniques, conjugué à l’érosion des modèles familiaux stables causée par un individualisme débridé, exige des solutions : la plus primitive et la moins coûteuse d’entre elles est l’injection létale.

    Ce n’est pas une profonde malice, mais un manque de prévoyance, une complaisance persistante et un manque d’idées, ainsi qu’une prise de conscience décroissante de la dignité véritablement royale des êtres humains, qui, malheureusement, n’a jamais été de notoriété publique, qui ont aujourd’hui conduit la France au fond du gouffre de l’inhumanité.

    À tout le moins : le fait que la loi, malgré de nombreux amendements, ait échoué de façon spectaculaire à trois reprises au Sénat de la « Grande Nation » et ait même incité des intellectuels comme Michel Houellebecq (« La Mer noircie par le sang ») à exprimer publiquement leur opposition dans Le Figaro, montre que, même au-delà des communautés pro-vie concernées, il existe un malaise considérable quant à la voie empruntée par le président Emmanuel Macron .

    Malheureusement, tout cela ne change rien au fait que la compréhension que faire le bien, ce qui implique de renoncer à la satisfaction immédiate de tous ses besoins, exige des efforts et (conséquence du péché originel) n'est plus chose facile et spontanée, risque de disparaître de la mémoire collective des sociétés occidentales. Des millions d' avortements ont habitué de larges pans de la société à ne plus considérer le meurtre d'êtres humains sans défense comme un scandale flagrant. Et en effet, il faut se demander : si l'on a le droit de tuer un veau, pourquoi pas une vache ?

    En réalité, comme l'écrivait si justement le regretté philosophe Robert Spaemann dans un essai éponyme, « il n'existe pas de meurtre justifié ». Toute relativisation de l'interdiction de tuer, consciente ou inconsciente, s'accompagne invariablement de l'affirmation : « Tu n'existeras pas. » Cela reste vrai même dans les cas de meurtre commis sous prétexte de compassion. Et nul n'a le droit de proférer une chose aussi monstrueuse, que ce soit à soi-même ou à autrui.

    Dans son encyclique « Evangelium vitae », le pape saint Jean-Paul II a élevé cette même idée à un niveau encore plus élevé : « La vie, et surtout la vie humaine, appartient à Dieu seul ; par conséquent, celui qui cherche la vie humaine cherche la vie de Dieu. » Qui voudrait être à la place de Macron, ou à celle de ces députés qui ont voté hier pour la nouvelle loi ?

  • Le 15 juillet, le jour où le Parlement français a décidé qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine. Par 291 voix contre 241

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    De gènéthique.org :

    « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine. » Par 291 voix contre 241

    15 juillet 2026

    « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine. » Par 291 voix contre 241

    « Vous venez de décider démocratiquement d’une évolution sociétale majeure comme nous en avons connu peu dans notre histoire. Vous avez dit oui à 4 reprises, et aujourd’hui de manière définitive. » Ainsi concluait Laurent Panifous, ministre chargé des Relations avec le Parlement et fervent défenseur du « droit à l’aide à mourir », après le vote solennel intervenu ce 15 juillet. Sans souligner que seuls 291 députés se sont prononcés en faveur du texte, soit 50,4% de la représentation nationale qui compte 577 élus[1]. Un nombre qui s’est encore réduit par rapport à la précédente lecture (cf. « Dans une avalanche aucun flocon ne se sent responsable » : les députés adoptent le « droit à l’aide à mourir » pour la 3e fois). Ce 15 juillet, 241 élus se sont prononcés contre la proposition de loi, et 29 se sont abstenus. Le 30 juin, 232 voix contre et 35 abstentions avaient été recensées.

    L’enterrement des valeurs républicaines

    Au lendemain de notre fête nationale, 291 députés ont ainsi choisi d’entériner une fausse « liberté » qui ne propose pas d’alternative, une pseudo-égalité qui ne tient que face à la demande d’« aide à mourir » mais pas face à l’accès aux soins, et une « fraternité » qui abandonne. Reléguant la protection des plus fragiles aux oubliettes d’une « grande loi républicaine, de progrès et d’humanité » comme l’ont vantée ses promoteurs. « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu’il peut être mis fin légalement à une vie humaine », déclarera solennellement Justine Gruet (DR).

    C’est donc malgré trois rejets du Sénat, l’alerte du comité des personnes handicapées de l’ONU (cf. « Aide à mourir » : le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU épingle la France), la multiplication des interpellations des soignants (cf. Claire Fourcade : depuis le mois de juin, « il n’y a pas eu un seul patient ni une seule famille qui m’ait demandé où en était ce projet de loi »), des « éligibles » (cf. Fin de vie : « Nul ne devrait avoir à choisir entre souffrir et mourir »), des collectifs anti-validistes, d’élus de gauche (cf. A mes amis députés de gauche qui ont voté la loi « sur la fin de vie » mais reviendront sur leur décision lors du prochain vote) et de nombreux citoyens (cf. « Si vous doutez, votez non » : l’« appel du 28 juin » aux députés) que le « droit à l’aide à mourir » a été adopté. Malgré aussi – ou grâce ? -à l’annonce de la saisine du Conseil constitutionnel par le Premier ministre à la veille de l’ultime lecture, révélant les craintes vis-à-vis de la proposition, au sein même du gouvernement (cf. « Aide à mourir » : Sébastien Lecornu sort enfin du silence et annonce qu’il saisira le Conseil constitutionnel si le texte est voté). « Pour bien sécuriser certains sujets largement débattus de ce texte et pour s’assurer que l’application de la loi une fois votée se fasse dans le plein respect de nos principes fondamentaux, et particulièrement la dignité humaine, le Premier ministre saisira le Conseil constitutionnel », a déclaré Camille Galliard-Minier, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, à la tribune de l’Assemblée nationale. Certains « sujets » ne seraient donc toujours pas « bien sécurisés » ?

    « Vous pouvez être pour l’aide à mourir mais nous devons être contre ce texte »

    Cette lecture définitive n’aura suscité aucune surprise. « Ce 15 juillet 2026 marquera l’histoire de notre pays. Un jour où notre devise républicaine va une nouvelle fois être consacrée dans la loi. » « Puisse la laïcité, dans son sens le plus noble, le plus universel, entrer dans cet hémicycle. » Entre déclarations grandiloquentes comme celles de Stéphane Delautrette (Socialistes et apparentés) ou de Sandrine Rousseau (Ecologiste et social), hommages appuyés et répétés à Olivier Falorni (Les Démocrates), et rappels lancinants du « droit à disposer de son corps », des appels à l’humilité, à écouter les doutes, ont tenté de se faire entendre.

    « Vous pouvez être pour l’aide à mourir mais nous devons être contre ce texte », interpelle Olivier Fayssat (UPR), soulignant ses dangers. « Vous construisez ici – et c’est tellement surprenant venant de la gauche de cet hémicycle – un modèle de société de la loi du plus fort, le pouvoir de l’homme sur l’homme », alerte quant à elle Justine Gruet.

    Le début d’une nouvelle étape

    Mais le combat n’est pas terminé. Les promoteurs du texte d’ailleurs ne s’en cachent pas : ils veulent déjà « aller plus loin ». Accès aux mineurs, aux personnes en situation irrégulière, introduction des directives anticipées ou encore instauration d’un délit d’entrave, les sujets ne manquent pas et Sandrine Rousseau ou Karen Erodi (LFI – NFP) sont déjà sur les rangs. « L’accompagnement vers la fin de vie fait pleinement partie des missions qui incombent aux soignants », déclare de son côté Nicole Dubré-Chirat (EPR). Elle indique compter sur leur « sens des responsabilités ». La clause de conscience des soignants serait-elle déjà menacée ?

    Le combat n’est pas non plus terminé chez les opposants au texte. Loin s’en faut. En effet, ce sont d’ores et déjà trois saisines du Conseil constitutionnel qui ont été annoncées : celle de Sébastien Lecornu, celle du président du Sénat, Gérard Larcher, mais aussi celle de 60 sénateurs. Une quatrième, venue des rangs des députés, pourrait s’y ajouter. Et quelle que soit la décision des Sages, l’élection présidentielle arrivera à grands pas. Des candidats pourraient envisager d’abroger un texte tout juste entré en vigueur.

    Evoquant d’autres réformes « sociétales » – la loi Veil, le mariage pour tous, la PMA pour toutes – la rapporteur général Philippe Vigier (Les Démocrates) a interpellé ses collègues : « Au final, qui proposera en 2027, aux présidentielles, de revenir sur un de ces textes ? Je mets au défi qui que ce soit de le faire. » Chiche ?

    [1] Scrutin public n°8280 sur l’ensemble de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (lecture définitive)

  • Le visage du prochain. Théologie de la relation dans l’épreuve de la fin de vie. (Marie-Laetitia Calmeyn)

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    De Marie-Laetitia Calmeyn sur le site de la Nouvelle Revue Théologique (article offert) :

    Le visage du prochain. Théologie de la relation dans l’épreuve de la fin de vie

    NRT 148-3 (2026), p. 385-395

    Dans le contexte des débats contemporains sur la fin de vie, cet article propose de recentrer la réflexion sur la dimension relationnelle du soin. À partir d’une interrogation fondamentale – qui est l’autre pour moi ? – il développe une théologie du prochain enracinée dans la tradition biblique et chrétienne. L’auteur met en lumière le primat du don et de la communion sur les logiques utilitaristes ou strictement décisionnelles, en s’appuyant notamment sur la notion de visage et sur le mystère pascal. L’expérience de la vulnérabilité, particulièrement dans la maladie et l’approche de la mort, révèle le prochain comme celui qui appelle à une transformation intérieure et à une relation de fraternité. Ainsi, le soin est compris non seulement comme une pratique, mais comme un lieu théologique où se déploient la présence, la charité et l’espérance.

    Les débats en France autour des lois sur la fin de vie ces dernières années ont replacé les soignants au cœur de questions humaines, éthiques et spirituelles d’une extrême intensité. Il est inévitable que resurgisse face à la souffrance, à la dépendance, à la demande de mourir ou au refus de l’acharnement thérapeutique, cette interrogation fondamentale : qu’est-ce que soigner ? S’agit-il de répondre à une demande, d’exercer une compétence technique, ou d’entrer dans une relation plus profonde avec celui ou celle qui souffre et qui approche de la mort ?

    En cherchant à encadrer les pratiques, les évolutions législatives risquent de déplacer le centre de gravité du soin : de la relation vers la décision individuelle, de la présence vers un « droit à », du service de la vie vers une maîtrise illusoire et mortifère, du respect des consciences et des institutions à un « totalitarisme sournois1 ». Elles suscitent, entre autres chez les soignants, un véritable désarroi.

    Dans ce contexte, il devient essentiel de revenir à une question plus originaire : qui est l’autre pour moi ? Comment me situer face au prochain dans la relation de soin ?

    Le patient est-il d’abord un sujet de droit, un bénéficiaire de prestations, un porteur de demandes ? Ou bien est-il aussi celui qui m’est confié, celui dont la vulnérabilité m’appelle, celui qui, d’une certaine manière, me révèle bien plus que moi-même ?

    La tradition biblique et chrétienne propose ici un éclairage décisif. Elle invite à penser la relation non pas seulement en termes d’actes ou de décisions, mais comme une vocation : vocation à la vie, à la rencontre, à la présence, à la communion. Elle ouvre ainsi à l’approche du care un chemin qui conduit de la relation de soin à une relation plus profonde encore : celle de la fraternité.

    C’est dans cette perspective que nous proposons de relire la figure de « l’autre » et du « prochain ». Car, au cœur même de la fragilité, au seuil de la mort, quelque chose de décisif se joue : la manière d’être en relation – et peut-être, plus profondément encore, la manière d’aimer.

    Lire la suite sur le site de la Nouvelle Revue Théologique

  • Le charisme de saint Camille : assister les malades avec la tendresse d'une mère

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    D'Antonio Tarallo sur la NBQ :

    Le charisme de saint Camille : assister les malades avec la tendresse d'une mère

    Saint Camille de Lellis « nous a demandé de prendre soin des malades avec la même affection et la même tendresse qu’une mère a pour son unique enfant malade ». À l’occasion de la mémoire liturgique du fondateur des Ministres des Malades, La Bussola s’entretient avec le camillien Ange Désiré Ouedraogo.

    14_07_2026

    Hôpital San Giovanni-Addolorata de Rome : les sirènes des ambulances accompagnent notre conversation avec le père Ange Désiré Ouedraogo, religieux camillien et aumônier de cet hôpital romain. En ce jour de la fête de saint Camille de Lellis (1550-1614), nous souhaitons réfléchir avec lui à ce que signifie, aujourd’hui, incarner l’esprit qui animait le saint fondateur des Ministres des Malades.

    Père Ange, que signifie être camillien aujourd'hui ?

    Répondre à cette question n'est pas simple, car elle ne remet pas tant en question nos actions (auxquelles nous avons déjà de nombreuses réponses) que notre être profond. Elle touche au cœur même de l'identité de ceux qui ont consacré leur vie entière au service des malades. Être camillien aujourd'hui, c'est avant tout préserver et actualiser un don reçu, le charisme que Dieu a confié à saint Camille de Lellis : le don d'être le Christ pour les malades et, en même temps, de reconnaître en eux le visage du Christ. C'est aussi incarner l'esprit et la mission que Dieu a voulu donner à l'Église par le témoignage de Camille, qui, pour vivre cet appel, a créé une véritable « nouvelle école de charité » : l'Ordre des Ministres des Malades, connu sous le nom de Camilliens. Enfin, il nous faut nous souvenir de notre quatrième vœu : servir les malades, même au péril de notre vie. Dans un monde blessé, être camillien aujourd'hui signifie être une présence prophétique et un signe tangible de la miséricorde et de la tendresse du Christ pour toute la souffrance humaine.

    Que signifie être au service des souffrants à l'hôpital ?

    Pour un camillien, l'hôpital n'est pas simplement un lieu de travail, mais la « vigne mystique du Seigneur », c'est-à-dire un espace sacré comparable à un lieu de culte. Dans ce contexte, être au service signifie avant tout être présent : être présent, se rapprocher et devenir un « prochain » pour autrui, comme nous l'enseigne la parabole du Bon Samaritain. Cela signifie être une présence historique (physique, concrète) et prophétique, devenir un signe tangible de la miséricorde du Christ pour ceux qui souffrent. Servir à l'hôpital se traduit par plusieurs attitudes fondamentales. Centralité et intégrité de la personne : cela signifie placer le patient au centre de sa globalité physique, sociale et psychologique, en le reconnaissant comme la personne même du Seigneur. Présence au pied de la croix : cela signifie se tenir spirituellement et physiquement au pied des innombrables croix que nous rencontrons à travers le monde, témoignant d'un Dieu qui n'est pas distant, mais qui souffre avec l'humanité. Servir avec amour maternel : préserver et mettre en pratique l’inspiration originelle de saint Camille, qui appelait à soigner les malades avec la même affection et la même tendresse qu’une mère pour son enfant unique malade. Accompagnement spirituel : offrir une présence qui apaise les souffrances de l’âme, notamment par la pastorale et l’aumônerie.

    Quelles sont les paroles les plus importantes de saint Camille de Lellis qui vous viennent à l'esprit dans votre service ?

    « Plus de cœur dans ces mains, frères, plus de cœur ! » – peut-être la phrase la plus connue : un appel pressant à prodiguer des soins dévoués, passionnés et profondément humains. C'est l'invitation à mettre de l'amour dans chaque geste. Puis, « Dieu est tout, le reste n'est rien » : cette expression me revient très souvent à l'esprit dans les services, surtout à la fin d'une conversation intense avec un malade, lorsque, après avoir partagé sa douleur, nous redécouvrons ensemble ce qui compte vraiment dans la vie. « Continue, toi qui es découragé, ce n'est pas ton œuvre, c'est la mienne » : ce sont les paroles encourageantes que Camille disait avoir entendues directement du crucifix dans un moment de crise profonde. Elles nous reviennent à l'esprit dans les moments de lassitude ou face aux difficultés institutionnelles et personnelles, pour nous rappeler que nous ne sommes que des instruments d'une œuvre plus grande.

    Comment parler d'espérance et de vie éternelle à celui qui, à cet instant précis, traverse le drame de la maladie ou du deuil ?

    Devant la souffrance, les mots doivent avant tout s'incarner, devenir présence. Saint Camille de Lellis nous a enseigné à communiquer l'espérance par une proximité attentive et discrète, nous conseillant d'employer peu de mots, mais empreints de compassion . Nous parlons d'espérance lorsque nous devenons nous-mêmes des « icônes de miséricorde » : à l'instar d'une icône sacrée, notre présence doit offrir un aperçu de quelque chose de plus grand et nous aider à y entrer. Outre l'espérance légitime de la guérison physique, nous avons la mission de témoigner que la véritable espérance ne réside pas seulement dans la santé physique, mais aussi dans ce qui nous ouvre à Dieu. C'est pourquoi, selon la tradition camillienne, l'espérance se communique moins par la parole que par des gestes concrets, à travers trois moyens fondamentaux : la charité comme langage ; puis, par une présence consolatrice, la miséricorde de Dieu devient visible et concrète, essuyant les larmes de ceux qui pleurent la mort d'un être cher ou qui luttent contre la maladie et la solitude. Voir l’Éternel dans le présent : parler de la vie éternelle signifie savoir contempler « le Créateur dans la créature », ce qui apporte confiance et remède non seulement au mal physique, mais aussi au mal spirituel.

    Quelle leçon de saint Camille de Lellis considérez-vous comme la plus pertinente ?

    Je crois que la leçon la plus essentielle que saint Camille nous offre à notre époque se résume en trois piliers : le courage de la tendresse, l’importance du cœur et la redécouverte de la dignité humaine sous toutes ses formes. Dans un système de santé moderne de plus en plus technologique, le témoignage de Camille nous rappelle que sans cœur ni humanité, aucun traitement médical ne peut être complet. La réforme de saint Camille était si radicale pour son temps qu’elle lui valut même d’être expulsé de certains hôpitaux. Ce même radicalisme est d’une actualité brûlante : nous avons un besoin profond de créer des systèmes de santé qui valorisent la personne, en harmonisant l’expertise technique et scientifique et la gestion administrative avec le bien-être intégral du patient. Saint Camille a lutté avec acharnement contre les soins purement mercantiles et superficiels, promouvant des soins fondés sur l’amour, la générosité et un dévouement absolu. En tout temps, le but ultime du camillien demeure la sauvegarde, la protection et la valorisation du caractère sacré de la vie humaine. La pensée de saint Camille de Lellis aujourd'hui évoque la figure du Bon Samaritain. Elle nous rappelle que la grâce de Dieu peut transformer radicalement une vie, devenant un don inlassable et durable pour ceux qui souffrent le plus.

  • Le 14 juillet, c'est la fête de saint Camille de Lellis

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    De Vatican News :

    SAINT CAMILLE DE LELLIS, PRÊTRE, FONDATEUR DES CAMILLIENS (CLERCS RÉGULIERS DES INFIRMES)

    Né à Bucchianico, dans la province de Chieti, le 25 mai 1550 et mort à Rome le 14 juillet 1614, Camille est une figure emblématiquement liée à la croix rouge qu’il obtint du pape Sixte V, le 20 juin 1586, de porter cousue sur son habit religieux. En particulier, comme le souligne en 1620 le Père Sanzio Cicatelli, premier biographe du Saint, « c’est pour trois raisons qu’il plut à notre père que nous portions la Croix sur notre vêtement, comme notre entreprise et symbole. La première, pour faire la distinction par rapport à l’habit de la Compagnie de Jésus. La deuxième pour faire connaître au monde que nous tous marqués de cette empreinte du Christ, nous sommes comme des esclaves vendus et voués au service des malades pauvres. Et la troisième, pour démontrer que celle-ci est religion de croix, c’est-à-dire de la mort, de souffrances et de fatigue, pour que ceux qui voudront suivre ce mode de vie sachent d’avance qu’ils viennent embrasser la croix, se renier eux-mêmes et suivre le Christ jusqu’à la mort».

    Les Serviteurs des Infirmes

    La grâce de Dieu rejoint Camille en 1575. Au cours d’un voyage au couvent de San Giovanni Rotondo, il rencontra un frère qui le prit à part pour lui dire: «Dieu est tout. Le reste n’est rien. Il faut sauver son âme qui ne meurt pas…». Il demanda à devenir capucin, mais à deux reprises, il a été renvoyé du couvent à cause d’une plaie ouverte à la jambe, qu’il a eue lors de ses campagnes militaires. C’est pour cette raison qu’il fut hospitalisé à l’hôpital romain saint Jacques. C’est là qu’il eut cette intuition: «unir la discipline militaire à la charité chrétienne en fondant ‘Les Serviteurs des infirmes’» . Il faut quatre vœux pour en faire partie: obéissance, pauvreté, chasteté, service des malades.

    Un grand réformateur

    Il est considéré comme le plus grand réformateur de la profession d’infirmier et de l’organisation d’assistance dans les hôpitaux. Au-delà des soins au corps, celui qui assiste le malade, selon Camille, devrait prendre aussi en charge l’esprit. Ce qui est radicalement différent par rapport à ce qui se passait dans les hôpitaux de l’époque, où les malades étaient abandonnés à eux-mêmes. Homme éminemment pratique et simple, pas sans culture ni intérêts, il ne rechercha pas, dans son apostolat éducatif, les délicatesses théoriques. Peu de lignes directives étaient suffisantes. Puis un discernement aigu des cœurs dont il fut exceptionnellement doué, et un grand bon sens associé à une douceur paternelle.

    Lire : les derniers jours de la vie terrestre de saint Camille de Lellis

  • France : les députés favorables à la loi fin de vie ne pourront plus communier, prévient Mgr Marc Aillet

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    Des 

    Les députés favorables à la loi fin de vie ne pourront plus communier, prévient Mgr Marc Aillet

    Selon le calendrier annoncé, les députés devraient se prononcer le 15 juillet sur la proposition de loi sur l’euthanasie. L’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, Mgr Marc Aillet, invite les parlementaires catholiques à un examen de conscience.
    Peut-on se dire chrétien et voter un texte aussi contraire à l’enseignement de l’Église ?

    Mgr Marc Aillet : Il y a là une contradiction profonde. La question de l’euthanasie ou du suicide assisté n’est pas seulement une question confessionnelle. Elle touche à la loi naturelle, c’est-à-dire à ce qui fonde le respect de toute vie humaine dans une société civilisée. Lorsqu’un député se déclare catholique tout en soutenant une législation qui autorise à donner la mort, il se place objectivement en opposition avec un enseignement constant de l’Église, mais aussi avec un principe fondamental de la raison humaine. L’instruction Samaritanus Bonus, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, a clairement réaffirmé que l’euthanasie était « un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient les circonstances ». Un catholique engagé dans la vie publique ne peut pas l’ignorer.

    Une telle position a-t-elle des conséquences spirituelles ?

    Oui, car la foi chrétienne engage toute l’existence. Chacun doit s’interroger en conscience sur la cohérence entre les actes qu’il pose et la foi qu’il professe. Une adhésion publique à une loi gravement contraire à l’enseignement moral de l’Église pose un vrai problème de cohérence ecclésiale. Les parlementaires catholiques qui auront voté ce projet de loi doivent en peser les conséquences. S’ils sont conscients de cette incohérence, ils ne pourront plus communier. L’Église est fondée à le leur rappeler, comme certains évêques l’ont fait aux États-Unis. J’aimerais les inviter à un examen de conscience sincère. Avons-nous le droit de faire de la suppression volontaire d’une vie humaine une réponse à la souffrance ?

    Certains fidèles ne semblent pas insensibles aux arguments des partisans de l’euthanasie, présentée comme un « geste d’humanité ». Que leur dites-vous ?

    Il faut distinguer la véritable compassion de ce que Jean-Paul II appelait une « fausse miséricorde ». Une société vraiment fraternelle ne répond pas à la détresse par l’élimination de celui qui souffre mais par le développement des soins palliatifs, de l’accompagnement psychologique, familial et spirituel. Quant à la liberté, elle ne consiste pas à pouvoir tout faire. La liberté authentique est ordonnée au bien. Contre le discours dominant qui obscurcit gravement les consciences, contre le matraquage médiatique influencé par de puissants lobbies, les fidèles sont appelés à se former – et à soutenir concrètement les personnes malades, âgées ou isolées.

    Qu’en est-il de celles qui demanderaient l’euthanasie ? Quelles conséquences sur le salut de leurs âmes ? Pourraient-elles avoir des obsèques chrétiennes ?

    L’Église continue d’affirmer que le suicide demeure objectivement contraire à la volonté de Dieu, qui est le maître de la vie. Mais elle tient aussi compte des situations concrètes. La souffrance, la solitude, la dépression, les pressions familiales ou sociales sont parfois si fortes qu’elles peuvent altérer profondément la liberté d’une personne. C’est pourquoi le discernement pastoral est indispensable. Le rôle du prêtre est d’aider la personne à retrouver l’espérance, à se réconcilier avec Dieu et à renoncer à son projet. Cet accompagnement spirituel consiste à l’aider à choisir la vie jusqu’à son terme naturel, jamais à cautionner un geste létal. Concernant les funérailles chrétiennes, chaque situation doit être examinée avec prudence. L’Église tient compte de nombreux éléments, notamment des signes éventuels de repentance avant la mort. Rien ne doit être fait qui laisserait penser qu’elle approuve l’euthanasie.

    Qu’en est-il des soignants qui appliqueraient cette loi ?

    Je pense d’abord aux drames de conscience que cette loi risque de provoquer. Les professionnels de santé ont choisi leur métier pour soigner, soulager, accompagner. On leur demanderait désormais de participer à la mise à mort d’un patient. Mais la loi civile ne peut pas abolir les exigences de la conscience morale, que l’on soit ou non croyant. Il est donc essentiel que la clause de conscience soit pleinement garantie.

    Des religieuses au sein d’établissements de soins catholiques ont annoncé leur intention de « résister » ? Qu’en pensez-vous ?

    Une société véritablement démocratique ne peut pas exiger d’institutions fondées sur le respect inconditionnel de la vie qu’elles agissent contre leurs convictions les plus fondamentales. Veut-on que ces établissements ferment, alors qu’ils gèrent des dizaines de milliers de lits ? Qu’ils s’exilent à l’étranger, comme les congrégations chassées de France au début du XXe siècle ? Va-t-on emprisonner les religieuses qui n’appliqueraient pas cette loi ? Il faut défendre la liberté de ces établissements avec détermination.

    Léon XIV a choisi comme devise pour sa visite en France : « Pour que le monde ait la vie ». Qu’attendez-vous de lui ? N’arrive-t-il pas trop tard, après une probable adoption de la loi ?

    Une loi, même adoptée, ne met pas fin au devoir de témoignage des chrétiens. J’attends du Saint-Père qu’il rappelle avec force la dignité inaliénable de toute vie humaine. J’attends qu’il encourage les familles, les soignants, les bénévoles et tous ceux qui accompagnent les personnes malades ou âgées. J’attends surtout qu’il nous redonne le sens de l’espérance. Car l’enjeu ultime est spirituel. Une société s’affaiblit lorsqu’elle présente la mort comme une solution. Le Christ est venu « pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». C’est cette espérance que l’Église continuera d’annoncer, quelles que soient les évolutions législatives.

  • Fin de vie : CathoBel publie la prose inacceptable d'un moine de Maredsous

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    Alors que les évêques de France, avec le cardinal Aveline en tête, sont mobilisés contre le vote d’une loi libéralisant l’euthanasie et le suicide assisté, le portail officiel de l’Église catholique en Belgique francophone, CathoBel, publie complaisamment un texte du Frère Réginald-Ferdinand Poswick, moine bénédictin de l’abbaye de Maredsous. (1) Celui-ci plaide pour une libéralisation de ces pratiques, suggérant que certaines personnes âgées puissent volontairement mettre fin à leur vie et proposant même une ritualisation ecclésiale exceptionnelle de ce « départ ».

    Ces positions vont à l’encontre de l’enseignement constant de l’Église, qui refuse absolument de provoquer la mort par des moyens artificiels. Un moine, aussi érudit soit-il, ne peut faire prévaloir une opinion personnelle dans un organe officiel de l’Église (2), au nom d’un évangélisme dévoyé et d’un argumentaire contestable.

    La doctrine constante de l’Église

    L’enseignement officiel de l’Église catholique est clair et inchangé : l’euthanasie (acte qui provoque directement la mort pour supprimer la souffrance) et le suicide assisté sont inacceptables. Le Catéchisme (§2324) les qualifie de meurtre grave, contraire à la dignité de la personne et à la souveraineté de Dieu sur la vie. Jean-Paul II l’a solennellement rappelé dans Evangelium Vitae (1995), position confirmée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de nombreux documents ultérieurs, y compris sous le pontificat de François.

    L’Église promeut les soins palliatifs, l’accompagnement humain et spirituel, la sédation proportionnée (qui soulage sans viser la mort) et une spiritualité qui voit dans la souffrance et la mort un passage vers la vie éternelle. La dignité de la vie humaine demeure entière jusqu’à sa fin naturelle.

    Les évêques de France

    En cohérence avec cette doctrine, les évêques français alertent sur les risques de dérive : pression sur les vulnérables, banalisation de la mort provoquée et affaiblissement des soins palliatifs. Ils lancent des neuvaines et défendent une anthropologie de la fraternité qui accueille les fragiles plutôt que de les éliminer.

    Le cas belge

    En Belgique, l’euthanasie est légalisée depuis 2002 et n’a cessé de s’étendre (mineurs, troubles psychiatriques, etc.), avec une augmentation constante des cas. CathoBel a mis en avant les propositions du Frère Poswick sous le titre « proposition-choc », tout en précisant que celles-ci n’engagent que leur auteur et vont « à l’encontre de l’enseignement de l’Église ». Cette clause de style ne change rien au fait de donner une tribune à une rupture doctrinale.

    Un moine bénédictin, connu pour ses travaux sur la Bible, l’informatique et la spiritualité, n’a pas autorité pour proposer une telle évolution. Cette publication (désapprouvée par son supérieur) (1) interroge la gouvernance et la fidélité doctrinale de l’Église en Belgique, déjà mise en cause par d’autres affaires ayant nécessité des interventions vaticanes.

    Pourquoi cette divergence ?

    • Contexte culturel : forte sécularisation et tradition de « tolérance » pragmatique en Belgique et aux Pays-Bas. Une partie des catholiques, clercs inclus, s’aligne sur l’esprit du temps au nom d’une « miséricorde » ou d’une autonomie individuelle absolue.
    • Crise interne : difficulté de transmission doctrinale en Europe occidentale. Certains invoquent un « développement pastoral » qui contourne l’enseignement constant, au profit d’un subjectivisme moral.
    • Évangélisme dévoyé : ritualiser la mort provoquée reviendrait à transformer l’Église en aumônerie de la culture de mort, au lieu d’en être le sel et la lumière.

    Le magistère universel prime sur les initiatives locales. Rome a déjà corrigé des dérives similaires. Les fidèles ont le devoir, selon Donum Veritatis, de s’attacher à l’enseignement constant plutôt qu’à des propositions novatrices isolées.

    La réaction (ou l’absence de réaction) des évêques belges

    La Conférence épiscopale de Belgique a réaffirmé par le passé son opposition de principe à l’euthanasie, tout en privilégiant un ton nuancé et pastoral (« Je te prends par la main », 2019). Cependant, face à la banalisation sociale de l’euthanasie et à cette publication interne, une réaction ferme et claire fait défaut. Cette tiédeur contraste avec la position plus résolue des évêques français.

    Ce silence probable s’explique par la peur du conflit dans un pays très sécularisé, une culture du « dialogue » et de l’« accueil » qui l’emporte souvent sur la clarté doctrinale, et une certaine pusillanimité face à l’opinion publique majoritairement favorable.

    Conclusion

    Cette affaire révèle un défi plus large : celui de l’unité doctrinale face à la pression sociétale. Les évêques français ont raison de résister fermement. En Belgique, l’accommodement progressif affaiblit le témoignage prophétique de l’Église. Si les évêques belges restent silencieux, les fidèles attachés à la doctrine ont toute légitimité à rappeler la vérité et à s’adresser, si nécessaire, directement à Rome. L’accompagnement véritable des mourants passe par l’espérance et le respect inconditionnel de la vie, et non par l’administration de la mort.

    (1) Le Père Abbé de Maredsous vient (le 1er juillet en matinée) de publier une mise au point : Opinion de Fr. Poswick sur la fin de vie: la mise au point du Père Abbé de Maredsous

    (2) CathoBel précise "qu'un texte d'opinion publié sur le site cathobel.be n'a aucunement valeur de prise de position de l'Eglise en Belgique."

  • 5000 personnes à Paris ont manifesté contre l’euthanasie

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    D'Antoinette de la Roulière sur le site de Famille Chrétienne :

    5000 personnes à Paris contre l’euthanasie : « Face aux personnes fragiles, on répond par l'amour ou par la mort ? »

    <p>Une enfant brandit une pancarte avec écrit Aidez à vivre. Pas à mourir lors du rassemblement en opposition au projet de loi de fin de vie débattu en relecture au Parlement à Paris en France le 28 juin 2026.</p>

    Une enfant brandit une pancarte avec écrit "Aidez à vivre. Pas à mourir" lors du rassemblement en opposition au projet de loi de fin de vie débattu en relecture au Parlement à Paris en France le 28 juin 2026. - Quentin de Groeve/Hans Lucas

    5 000. C’est le nombre de Français venus manifester ce dimanche 28 juin place de Fontenoy à Paris contre la loi sur la fin de vie. Des bouteilles d’eau circulent entre les rangs, des bénévoles veillent sur les personnes les plus fragiles. Malgré la chaleur, les voix ne faiblissent pas. “Euthanasier n'est pas soigner ! Euthanasier, c'est abandonner !” Les slogans résonnent tandis que les pancartes s'élèvent dans la foule : “Tuer n'est pas un soin”, ou encore “L'euthanasie est un abandon”. Pour beaucoup, l'enjeu dépasse le débat politique : il s'agit de défendre la dignité humaine et le rôle de la médecine.

    « On est là pour accompagner, pas pour donner la mort »

    Les étudiants en médecine et des filières paramédicales sont venus en nombre. Blouse blanche sur les épaules pour certains, ils veulent rappeler ce qu'ils considèrent comme le cœur de leur futur métier : soigner et accompagner. Pour Clotilde, étudiante en quatrième année de médecine à Strasbourg, il était important de montrer que “certains soignants sont contre l'euthanasie”. “On est censés accompagner nos patients jusqu'au bout. En proposant la mort, on ne cherche plus ce qui pourrait les aider”, explique-t-elle. La future médecin s'inquiète aussi des conséquences de la loi sur la relation de confiance entre le patient et son médecin. “Les députés vont demander à des soignants d'injecter une substance létale. Cela va briser ce lien.”

    Autour d'elle, le même discours revient. “Administrer la mort n'est pas une solution, il faut accompagner les personnes”, affirme Camille, étudiante en orthophonie. “Au quotidien, je serai confrontée à des personnes en grande souffrance. Je suis là pour les aider, pas pour leur donner la mort”, ajoute Clarisse, future psychomotricienne.

    « La réponse, c'est d'aimer et de soulager »

    Pour beaucoup, la réponse à la souffrance passe d’abord par les soins palliatifs. Ergothérapeute, Élisabeth de Courrèges est venue témoigner de son expérience auprès des malades. “J'ai accompagné des personnes qui avaient envie de mourir puis qui ont changé d'avis en étant soulagées et considérées. Face aux personnes fragiles, est-ce qu'on répond par l'amour ou par la mort ? Moi, je crois à la première option.”

    Un témoignage qui fait écho à celui de Maxence de Mentque. Âgé de 22 ans et atteint d'une myopathie de Duchenne, il est venu “défendre la dignité des malades”. “On peut vivre malgré un handicap, avec une joie de vivre”, affirme-t-il. Même détermination chez Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la Vie, qui appelle les parlementaires à continuer de défendre une médecine qui “soigne jusqu'au bout, sans jamais proposer la mort”. Présente dans le cortège, Hanane Mansouri, députée UDR de l’Isère, martèle : “depuis le début de mon mandat, je lutte contre cette proposition de loi. Je suis heureuse de voir des citoyens et des soignants se mobiliser”. 

    Les manifestants ont désormais les yeux tournés vers l'Assemblée nationale. Le vote solennel sur la proposition de loi est prévu ce mardi 30 juin. Le texte sera ensuite examiné par le Sénat à partir du 7 juillet, avant une adoption définitive attendue le 15 juillet. 

     
  • Aux Pays-Bas : la première euthanasie d’un enfant de moins de 12 ans

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    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    Pays-Bas : première euthanasie d’un enfant de moins de 12 ans

    24 juin 2026

    Sophie Hermans, ministre néerlandais de la Santé, a révélé dans une lettre adressée au Parlement qu’un enfant de moins de 12 ans est, pour la première fois, décédé par euthanasie aux Pays-Bas en 2025.

    Elle indique que le médecin qui a effectué le geste létal a signalé l’acte à la commission spéciale chargée de contrôler, a posteriori, les euthanasies de mineurs et les interruptions tardives de grossesse. Celle-ci a été saisie l’an dernier. Elle a ensuite examiné le dossier, auditionné le praticien concerné et transmis son avis au parquet qui déterminera si le praticien a respecté la loi.

    Ni l’âge, ni le sexe, ni la pathologie de l’enfant n’ont été révélées. Aucune information n’a en outre été rendue publique sur sa situation familiale ou l’établissement dans lequel l’acte a eu lieu.

    Extensions progressives de la loi

    Aux Pays-Bas, l’euthanasie d’enfants de 1 à 12 ans, atteints d’une maladie incurable en phase terminale et présentant une « souffrance désespérée et insupportable » sans perspective d’amélioration, est autorisée depuis février 2024 (cf. Pays-Bas : l’euthanasie autorisée pour les enfants de moins de 12 ans). « Le médecin implique l’enfant, dans la mesure de ses capacités, dans la décision et doit s’assurer que sa vie n’a pas été interrompue contre sa volonté » précise la commission d’évaluation.

    A l’époque, le gouvernement considérait qu’un « petit groupe » d’environ cinq à dix enfants pourrait être concerné chaque année. Parmi les situations envisagées se trouvaient les anomalies congénitales sévères, les maladies métaboliques ou les atteintes graves des organes essentiels.

    En 2002, le pays avait été le premier à dépénaliser l’euthanasie et le . En 2014, la pratique a été étendue aux mineurs de plus de douze ans « capables de discernement », et aux bébés de moins d’un an, avec le consentement des parents (cf. Pays-Bas, Belgique, Suisse… L’incontrôlable « pente glissante » de l’euthanasie).

    Selon les données publiées en mai 2025 par les Commissions régionales de contrôle de l’euthanasie, 9 958 personnes sont décédées par euthanasie aux Pays-Bas en 2024, soit 10 % de plus que l’année précédente (cf. Pays-Bas : près de 10 000 euthanasies en 2024). Au total, 5,8 % de l’ensemble des 172 049 décès enregistrés dans le pays ont fait suite à des euthanasies.

    Sources de la synthèse de presse : NL Times (23/06/2026) ; Le Figaro, Marie de Montalembert de Cers (23/06/2026) ; Le JDD, Audrey Senecal (23/06/2026)

  • Euthanasie : quand la liberté pèse lourd sur les plus vulnérables

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    Du site de l'ECLJ :

    Euthanasie : quand la liberté pèse lourd sur les plus vulnérables

    3 juin 2026

    En Oregon, près de 40 % des patients ayant eu recours au suicide assisté en 2025 estimaient être un fardeau pour leurs proches.[1]Derrière l’image d’un individu libre et maître de sa propre mort se cache une réalité bien différente : celle de personnes âgées et isolées, abandonnées par un système défaillant, avertit Sofia Gauruel, chercheuse associée au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).

    Tribune libre de Sofia Gauruel publiée en français dans Valeurs actuelles le 1er juin 2026.

    Les données disponibles dans les pays ayant légalisé l'euthanasie ou le suicide assisté dressent un portrait relativement homogène des participants. Dans l'ensemble, la grande majorité sont des personnes âgées, généralement entre 70 et 80 ans.[2]Au Canada, l’âge médian des personnes recevant l’aide médicale à mourir (AMM) était de 77,6 ans en 2023.[3]

    Hormis l'âge, les raisons les plus fréquemment invoquées pour l'euthanasie ne sont pas la douleur physique, mais plutôt un sentiment d'abandon. En Oregon, l'une des rares juridictions à recenser systématiquement les sources de souffrance telles que celles mentionnées précédemment, les principales raisons sont la perte d'autonomie (89 %), la diminution de la capacité à participer à des activités plaisantes (89 %) et un sentiment de déclin (65 %).[4]Le sentiment d'être un fardeau pour ses proches figure également parmi les raisons fréquemment invoquées. En ce sens, la décision de recourir à l'aide médicale à mourir n'est pas un choix pleinement libre, mais résulte souvent d'un sentiment d'abandon que la société n'a pas su prévenir.

    L’isolement confirme et renforce cette observation. Les données canadiennes montrent que les personnes qui demandent de l’aide médicale à mourir sont plus susceptibles de vivre seules, dans des zones caractérisées par une plus grande instabilité résidentielle, avec une proportion plus élevée de locataires ou de personnes sans conjoint. Pourtant, la solitude n’est pas une fatalité médicale. Dans une étude de 2024, l’Institut national du vieillissement a noté qu’au Canada, 19 % des personnes âgées de 50 ans et plus se sentaient très seules, 40 % ressentaient une certaine solitude et 43 % étaient à risque d’isolement social.[5]

    Le sixième rapport annuel sur l’aide médicale à mourir au Canada apporte des éclaircissements importants à ce sujet. En 2024, l’isolement ou la solitude a été cité comme source de souffrance par 21,9 % des personnes ayant fait une demande d’aide médicale à mourir et par 44,7 % de celles dont le décès n’était pas prévisible à court terme.[6]L'isolement, lorsqu'il est évoqué, n'est jamais un phénomène isolé. Il aggrave de multiples formes de souffrance déjà existantes, les rendant encore plus insupportables. L'isolement ne remplace donc pas les autres formes de souffrance, mais les complète et les exacerbe. Par conséquent, ce qui apparaît comme un choix libre et éclairé est parfois en réalité le symptôme d'une défaillance systémique qui exige des politiques publiques adaptées.

    Il est néanmoins important de souligner une limite majeure de ces analyses : dans la grande majorité des pays européens ayant légalisé l’euthanasie, les systèmes de réglementation ne recueillent pas de données socio-économiques individuelles. De même, les gouvernements ne publient pas de statistiques systématiques sur le profil des personnes souhaitant mourir, les raisons réelles de leurs demandes, ni les pressions qui auraient pu les influencer. Ce manque de données rend toute comparaison rigoureuse entre pays difficile et prive tout débat public des outils nécessaires à une analyse rationnelle des effets de cette législation.

    Mais ce manque de transparence statistique n'est pas anodin. Il permet au mythe du libre choix éclairé de perdurer en occultant le contexte dans lequel il se manifeste. La collecte de données socio-économiques est nécessaire, et il est tout aussi important de savoir qui décide de cette collecte et pourquoi.

    La dépénalisation de l'euthanasie et ses conséquences pour les plus vulnérables

    La légalisation de l'euthanasie n'affecte pas tout le monde de la même manière. Elle touche principalement les personnes souffrant de dépendance, d'isolement ou d'un manque de soutien au sein d'un système de santé défaillant. Pour ces personnes, l'existence d'une option létale légalisée n'est pas neutre ; elle exerce une pression implicite, comparable à un message silencieux de la société. La légalisation transforme ainsi une option autrefois impensable en une solution envisageable, modifiant la perception même de la vie pour celles et ceux qui n'ont pas les ressources matérielles, émotionnelles et médicales nécessaires pour envisager autre chose.

    De nombreux cas illustrent le recours à l'euthanasie comme solution à un problème apparemment insurmontable. Au Canada, Sophia a demandé à mourir en 2022.[7]Après des années d'errance au sein d'un système incapable de lui trouver un logement décent, Shanti de Corte, rescapée des attentats de Bruxelles de 2016, a été euthanasiée en 2022 à l'âge de 23 ans en Belgique, souffrant d'un syndrome de stress post-traumatique que le système de santé n'avait pas su traiter. Toujours en 2022, Nathalie Huygens a bénéficié d'une euthanasie suite à un viol ; sa souffrance psychologique a été jugée incurable, là encore en raison d'un manque de soins adaptés au traumatisme subi. Tous ces cas ont en commun d'être officiellement classés comme médicaux, mais leurs véritables causes sont profondément sociales.

    Ces cas ne sont pas isolés dans le temps : l’affaire Noelia Castillo Ramos, actuellement dans l’actualité, en est la dernière illustration.[8]Victime d'un viol collectif, Noelia a bénéficié d'une aide médicale à mourir en raison de souffrances psychologiques jugées incurables par les autorités. Sa décision illustre l'extrême vulnérabilité de nombreuses personnes qui y ont recours. Dans bien des cas, ces choix, présentés comme individualisés, trouvent leur origine dans des causes sociales. L'expérience de pays pionniers comme la Belgique et le Canada le confirme : face au manque de logements, à l'inaccessibilité des soins psychiatriques et à l'absence de soutien affectif, l'euthanasie peut combler un vide que la société n'a pas su combler.

    La convergence des facteurs sociaux et la responsabilité du législateur français

    Derrière la diversité des systèmes juridiques qui ont dépénalisé l'aide à mourir (Pays-Bas, Belgique, Canada, Oregon, Suisse, Nouvelle-Zélande et autres) se dessine un profil distinct de facteurs sociaux dont les caractéristiques sont suffisamment cohérentes pour suggérer plus qu'une simple coïncidence.

    Pour la France, où la dépénalisation de l'euthanasie fait l'objet de vifs débats, l'absence de données au niveau européen constitue un signal d'alarme plutôt qu'une garantie. Légiférer sans une évaluation rigoureuse des effets empiriques dans les pays voisins revient à s'engager sur une voie incertaine aux conséquences potentiellement irréversibles.

    La France n’est pas à l’abri des facteurs sociaux qui, ailleurs, façonnent ces revendications. La véritable question n’est donc pas de savoir si les individus pourront exercer une liberté dans des conditions idéales, mais si l’État est prêt à institutionnaliser un système dont les effets prévisibles toucheront en premier lieu les plus vulnérables.

    _______

    [1]Autorité sanitaire de l'Oregon. (2026). Résumé des données de la loi Oregon Death with Dignity 2025 (p.16).

    [2]Comités régionaux d’examen de l’euthanasie (RTE). (2025). (p.20) Rapport annuel 2024.

    [3]Santé Canada. (2025). Sixième rapport annuel sur l’aide à mourir au Canada (tableau C.2). Gouvernement du Canada.

    [4]Autorité sanitaire de l'Oregon. (2026) (p.9).

    [5]Iciaszczyk, N., Gallant, G., Bronstein, T., Brierley, A. et Sinha, SK (2024). Perspectives sur le vieillissement au Canada : Enquête 2024 de l'ANI sur le vieillissement au Canada (p. 19). Institut national sur le vieillissement.

    [6]Santé Canada. (2025). Sixième rapport annuel sur l’aide à mourir au Canada (Fig. 3.4a). Gouvernement du Canada.

    [7]  Favaro, A. (2022). Une femme souffrant d'hypersensibilité chimique choisit l'euthanasie après l'échec de sa demande de logement . CTV News.

    [8]Puppinck, G. (2026). Comment la CEDH a contourné l'interdiction de l'euthanasie. Centre européen de droit et de justice (ECLJ).