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Livres - Publications

  • Comment lisait-on la bible au Moyen Age ? (KTO)

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    Contrairement aux idées reçues, le Moyen Âge n’est pas la période obscurantiste que l’on a pu nous présenter. L’une des plus belles expressions de sa richesse était la lecture, la traduction et le commentaire de la Bible. Dans cette émission d’Au Risque De l’Histoire, Christophe Dickès s’appuie sur le travail d’étude des exégèses bibliques dans l’Occident chrétien, mené par Gilbert Dahan, Directeur de recherche au CNRS et à l’EPHE, assisté par l’expertise de Xavier Laurent Salvador, maître de conférences en langues et littératures médiévales. L’occasion de découvrir les multiples facettes que recouvre la lecture de la Bible au Moyen Âge et les travaux que cela a suscité, jusqu’à la préfiguration de l’humanisme de la Renaissance.

  • L'Occident est le nouveau front de la persécution des chrétiens

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    D'Anna Bono sur la NBQ :

    RAPPORT DE LA CPI

    L'Occident est le nouveau front de la persécution des chrétiens.

    Le nouveau rapport d'International Christian Concern met en lumière l'érosion croissante de la liberté religieuse en Occident. Il dénonce également la répression en Turquie et en Chine, qui cible les minorités religieuses, même en exil. La Russie, par exemple, réprime toute personne qui n'est pas sous l'autorité du Patriarcat de Moscou.

    20/07/2026

    International Christian Concern (ICC), organisation à but non lucratif fondée en 1995 pour venir en aide aux chrétiens confrontés à des difficultés en raison de leur foi, a récemment présenté l’Indice mondial de persécution 2026, couvrant la période du 1er juillet 2024 au 1er juillet 2025. Ce rapport, intitulé cette année « Visages des persécutés », documente la détérioration des conditions de vie des chrétiens, confirmant ainsi l’alerte lancée en janvier par Portes Ouvertes, l’organisation à but non lucratif qui publie chaque année la liste des 50 pays où les chrétiens sont les plus sévèrement persécutés.

    Plus de 388 millions de chrétiens – soit un sur sept – vivent dans des pays où leur droit fondamental à la liberté religieuse est bafoué, où ils subissent violences, discriminations et restrictions de leur culte. La CPI, à l’instar de Portes Ouvertes, désigne le nationalisme religieux, l’islam et les régimes communistes comme les principaux responsables de ces persécutions. Elle fonde son analyse sur des fiches d’information détaillées qui dressent le tableau de 20 pays : trois en Afrique, deux en Amérique du Sud et quinze en Asie.

    Le rapport consacre également un chapitre entier au cas de la Fédération de Russie. La CPI estime qu'un système complexe de répression du christianisme s'est développé dans le pays. L'accusation est grave : « La Russie, affirme la CPI, utilise ses ressources politiques et militaires pour réprimer toute expression du christianisme qui n'est pas sous le contrôle du Patriarcat de Moscou. » Durant la période considérée, le rapport fait état de 37 édifices religieux endommagés ou fermés, de 130 chrétiens arrêtés et de 167 tués – et il ne s'agit là que des cas recensés.

    La CPI attire donc l'attention sur deux phénomènes, tous deux en pleine expansion. Le premier est la persécution que le rapport qualifie de transnationale, c'est-à-dire qui s'étend au-delà des frontières nationales. Selon la CPI, certains gouvernements persécutent de plus en plus les minorités religieuses et les dissidents réfugiés à l'étranger. Le rapport cite notamment les cas de la Turquie et de la Chine. La Turquie a intensifié sa campagne contre les dissidents et les minorités religieuses en exil, utilisant les réseaux de renseignement internationaux pour identifier, surveiller et enlever ses citoyens ayant fui à l'étranger.
    La Chine continue d'étendre sa répression transnationale, ciblant les musulmans ouïghours, les pratiquants de Falun Gong et toute personne associée à des groupes chrétiens non enregistrés. Certains rapports font état d'agents chinois faisant pression sur des gouvernements étrangers pour qu'ils rapatrient des demandeurs d'asile et intimidant les communautés de la diaspora en Asie, en Afrique et en Occident.

    L'autre phénomène croissant est la persécution des chrétiens dans les pays occidentaux, un phénomène qui commence seulement à attirer l'attention et qui reste encore largement méconnu. « Bien qu'ils ne subissent pas les mêmes persécutions horribles que celles infligées aux croyants dans d'autres régions troublées », explique l'ICC, « la liberté religieuse s'érode également en Occident ».
    L'exemple cité est celui de la loi 21 sur la laïcité dans la province de Québec, au Canada, qui interdit aux employés municipaux de porter des signes religieux, établit les lieux et les modalités de prière des chrétiens, ainsi que le contenu qu'ils peuvent partager sur les réseaux sociaux.

    La CPI cite des cas de chrétiens arrêtés pour avoir prié en silence près de cliniques pratiquant l'avortement, en violation des lois sur les « zones tampons ». Le rapport appelle également à prendre en compte la menace que représente pour le christianisme, et les autres religions, l'islamisation croissante de l'Europe et l'augmentation exponentielle des obstacles et des restrictions à la liberté religieuse sur le continent, les actes d'intolérance et les attaques contre les personnes et les biens.

    Le rapport cite plusieurs cas, dont celui de la députée finlandaise Paivi Rasanen, accusée d'incitation à la haine pour avoir remis en question le soutien de l'Église luthérienne à une marche des fiertés homosexuelles sur les réseaux sociaux ; celui du révérend Bernard Randall en Grande-Bretagne, qui a été licencié d'une école chrétienne pour avoir désapprouvé le programme scolaire radical de l'établissement ; et celui du Dr Aaron Edwards, également en Grande-Bretagne, qui a perdu son poste de maître de conférences à l'université pour avoir publié un tweet soutenant la vision biblique du mariage.

    L'ICC, note le rapport, a participé au Sommet international sur la liberté religieuse, qui se tient chaque année à Washington et dont les sessions des deux dernières années ont porté sur les obstacles à la liberté religieuse dans les sociétés occidentales. « Des organisations telles que l'Alliance pour la défense de la liberté, l'Institut pour la liberté religieuse et le Conseil de recherche sur la famille », indique l'ICC, « ont contribué à mieux cerner les atteintes subies par le christianisme. » Par ailleurs, l'Observatoire de l'intolérance et de la discrimination à l'égard des chrétiens en Europe (OIDAC) publie un rapport annuel recensant les agressions et les crimes de haine en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Autriche. S'appuyant sur les rapports de police et ses propres statistiques et conclusions, le rapport 2025 de cette organisation à but non lucratif fait état de 2 211 incidents visant des chrétiens en 2024. L'OIDAC inclut les agressions physiques et les attaques contre des églises. On a dénombré 94 incendies criminels d'églises, soit le double de l'année précédente, la plupart ayant eu lieu en Allemagne.

    Le rapport de la CPI contient cependant une note positive : la foi peut perdurer même en l’absence de liberté. Malgré une répression croissante, le christianisme continue de se développer, même dans des lieux où il est le plus souvent contesté, comme en Iran, où le mouvement des églises de maison demeure l’un des plus dynamiques au monde, alimenté par des réseaux clandestins et l’évangélisation numérique ; et en Chine, où les croyants se réunissent dans des foyers et lors de réunions en ligne cryptées, malgré une surveillance constante.

  • C'est maintenant à Jésus qu'ils s'en prennent : une militante anti-sectes admet vouloir détruire le christianisme

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    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    Maintenant, ils s'en prennent à Jésus : une militante anti-sectes admet vouloir détruire le christianisme

    16 juil. 2026

    Dans un ouvrage exceptionnel (quoique déplaisant), la « chasseuse de sectes » Be Scofield s'en prend à Jésus, le qualifiant de « chef de secte » par excellence. Elle n'est pas la seule.

    Be Scofield et son nouveau livre.
    Be Scofield et son nouveau livre.

    Il m'arrive de rencontrer des chefs religieux respectés qui me reprochent de m'inquiéter outre mesure des campagnes accusant les « sectes » de « lavage de cerveau », de « manipulation » ou de « trafic d'êtres humains ». Après tout, selon eux, ces campagnes ne concernent que des organisations religieuses marginales. Les religions traditionnelles sont différentes et, par conséquent, sans danger. Certains chefs religieux pensent même pouvoir se prémunir contre les problèmes en s'alliant aux instances anti-sectes, à l'instar des instances officielles catholiques et évangéliques en France.

    Cet argument est aujourd'hui intenable. En Australie, une commission d'enquête de l'État de Victoria propose de légiférer contre le « contrôle coercitif » qui serait pratiqué par des groupes religieux, ciblant explicitement les églises chrétiennes , en particulier celles aux opinions politiques conservatrices. La Nouvelle-Galles du Sud vient de lancer une enquête ce mois-ci, visant spécifiquement un groupe baptiste conservateur et ses écoles, également accusés de « contrôle coercitif ». En Argentine, le parquet élargit la définition locale, très large, du « trafic d'êtres humains » pour y inclure le travail bénévole à vocation religieuse et poursuit l'Opus Dei ainsi que la grande organisation caritative évangélique internationale REMAR . Aux États-Unis, des affaires de trafic d'êtres humains sont en cours contre des églises pentecôtistes , et même les Sœurs de Maryknoll, congrégation catholique, ont été poursuivies au civil pour trafic d'êtres humains par une ancienne novice.

    Les deux dirigeantes de OneTaste, une organisation promouvant la spiritualité féminine et l'éveil sexuel, ont été frappées par la toute première condamnation aux États-Unis pour complot en vue de travail forcé visant les responsables d'une organisation de méditation et d'enseignement spirituel – sans aucune allégation de contrainte physique et uniquement fondée sur le « contrôle coercitif ». Bien que les racines de OneTaste soient davantage ancrées dans les spiritualités orientales que dans le christianisme, ces condamnations au premier degré constituent un précédent dangereux également pour les Églises chrétiennes.

    En réalité, l'argument selon lequel les religions traditionnelles ne seraient pas prises pour cible par les militants anti-sectes (surtout si elles les soutiennent dans leurs croisades contre les « sectes ») n'a jamais été valable. Malgré nos désaccords quasi constants, j'entretenais des relations respectueuses avec Johannes Aagaard, regretté luthérien danois engagé dans la lutte contre les sectes, et j'étais régulièrement invité chez lui à Aarhus. Dès 1991, il mettait en garde les parents de jeunes membres de nouveaux mouvements religieux qui brandissaient l'argument du « lavage de cerveau » contre les « sectes », car il savait que cet argument pouvait tout aussi bien être utilisé contre les Églises chrétiennes.

    Finalement, écrit-il, ces « parents contre les sectes sont aussi des parents contre le christianisme » (« Une rencontre chrétienne avec les nouveaux mouvements religieux et le Nouvel Âge », « Mise à jour et dialogue », I(1), 19-23).

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  • 380 millions de chrétiens persécutés dans le monde : le rapport 2026 qui accuse l’indifférence internationale

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    De Tribune Chrétienne :

    [ Document] « 380 millions de chrétiens persécutés dans le monde »: le rapport 2026 qui accuse l’indifférence internationale

    « Nous devons nous tenir à leurs côtés », rappellent les auteurs du rapport , qui soulignent que des croyants sont encore battus, emprisonnés ou tués uniquement parce qu'ils sont chrétiens. ( intégralité du rapport)

    Publié le 7 juillet 2026 par l’organisation américaine International Christian Concern (ICC), le Global Persecution Index 2026 dresse un état des lieux particulièrement documenté de la persécution antichrétienne dans plus de vingt pays. Chiffres, témoignages et analyses convergent vers un même constat : alors que la liberté religieuse recule sur tous les continents, les violences contre les chrétiens continuent de s’intensifier dans une indifférence qui interroge la communauté internationale. Le Global Persecution Index 2026 d’International Christian Concern (ICC) constitue l’un des rapports les plus complets consacrés à la persécution des chrétiens dans le monde. Sur plus de 120 pages, cette étude passe en revue la situation de 21 pays répartis en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et même en Occident.

    S’appuyant sur des données de terrain, des témoignages, des statistiques et des enquêtes menées tout au long de l’année écoulée, elle met en lumière une réalité trop souvent ignorée : les chrétiens demeurent aujourd’hui la communauté religieuse la plus persécutée au monde.

    Le premier chiffre avancé par l’ICC donne la mesure du drame : près de 380 millions de chrétiens sont victimes, chaque année, de persécutions ou de discriminations graves en raison de leur foi. Beaucoup sont arrêtés, torturés, emprisonnés, expulsés de leurs villages ou assassinés. Dans plusieurs pays, partager l’Évangile est passible de prison, tandis que dans d’autres, participer à une simple réunion de prière clandestine peut coûter la liberté ou la vie.

    « Nous devons nous tenir à leurs côtés », rappellent les auteurs, qui soulignent que des croyants sont encore battus, emprisonnés ou tués uniquement parce qu’ils sont chrétiens.

    Le rapport montre que la persécution ne relève plus seulement de groupes terroristes isolés. Elle résulte désormais de la combinaison de plusieurs phénomènes : nationalisme religieux, autoritarisme, terrorisme islamiste, contrôle des organisations religieuses par les États, répression au-delà des frontières et surveillance technologique. Les auteurs dénoncent notamment l’utilisation de technologies développées en Occident pour renforcer les systèmes de contrôle mis en place par certains régimes contre les communautés chrétiennes. L’Afrique apparaît comme l’épicentre mondial de cette persécution. Selon le rapport, le continent concentre désormais près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Boko Haram, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), les Allied Democratic Forces (ADF) et Al-Shabaab poursuivent une stratégie visant explicitement les communautés chrétiennes. Églises incendiées, villages détruits, prêtres enlevés et populations déplacées rythment désormais le quotidien de nombreuses régions du Nigeria, du Sahel, de la Somalie ou de la République démocratique du Congo.

    La République démocratique du Congo illustre cette violence extrême. Entre le 1er juillet 2024 et le 1er juillet 2025, l’ICC a recensé près de 400 chrétiens tués, 94 enlèvements, 23 édifices religieux endommagés, 72 habitations attaquées et 346 personnes contraintes de quitter leur foyer. Le rapport rappelle également le massacre de 70 chrétiens décapités à Kasanga ainsi que celui de près de 50 fidèles assassinés lors d’une veillée de prière à Komanda, deux attaques attribuées aux ADF affiliés à l’État islamique. Les auteurs parlent d’une véritable campagne de terreur religieuse.

    Lire aussi : https://tribunechretienne.com/euthanasie-les-pauvres-demanderont-a-partir-monseigneur-etienne-guillet-lance-un-appel-solennel-aux-parlementaires/

    En Érythrée, la persécution est moins spectaculaire mais tout aussi implacable. Le régime du président Isaias Afwerki continue d’emprisonner des croyants sans procès. L’ICC cite notamment le cas du Dr K, détenu depuis plus de vingt ans sans inculpation ni jugement. Pour la seule période couverte par le rapport, l’organisation recense plus de 100 arrestations de chrétiens, 15 attaques contre des habitations et au moins 12 déplacements forcés.Le rapport pointe également l’Asie. En Inde, les lois dites « anti-conversion » servent régulièrement à poursuivre des chrétiens accusés d’évangélisation. En Chine, le Parti communiste contrôle les nominations des responsables religieux, les prédications, les rassemblements en ligne et jusqu’à l’architecture des lieux de culte. Au Nicaragua, le régime de Daniel Ortega poursuit son offensive contre l’Église catholique, tandis qu’en Iran les autorités continuent d’incarcérer des chrétiens convertis.

    L’étude consacre enfin un chapitre entier à l’Occident. Sans établir de parallèle avec les persécutions sanglantes subies ailleurs, elle observe une érosion progressive de la liberté religieuse. Elle évoque notamment les restrictions imposées à certaines manifestations publiques de la foi au Canada, les arrestations de personnes priant silencieusement près de centres pratiquant l’avortement au Royaume-Uni ou encore les 2 211 actes antichrétiens recensés en Europe en 2024, parmi lesquels 94 incendies d’églises, soit deux fois plus que l’année précédente.

    Pour International Christian Concern, ces statistiques ne représentent qu’une partie de la réalité, tant de nombreuses persécutions demeurent impossibles à documenter dans des pays fermés ou en guerre. Derrière ces chiffres se cachent des familles brisées, des prêtres emprisonnés, des enfants devenus orphelins et des communautés contraintes de vivre leur foi dans la clandestinité. Le Global Persecution Index 2026 rappelle avec force que la liberté religieuse continue de reculer dans une grande partie du monde, tandis que des millions de chrétiens paient encore leur fidélité au Christ au prix de leur liberté et, trop souvent, de leur vie.

  • L'encyclique Magnifica Humanitas ne fait-elle que traiter de l’intelligence artificielle ?

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    De John M. Grondelski sur The Catholic Thing :

    L'unité anthropologique de « Magnifica Humanitas »

    14 juillet 2026

    Magnifica humanitas, l’encyclique inaugurale du pape Léon XIV, est largement perçue par le grand public comme traitant de l’intelligence artificielle. L’opinion générale est que, à l’instar de son homonyme il y a 135 ans dans Rerum Novarum, le pape Prevost entend aborder les « choses nouvelles » du XXIe siècle.

    Pour citer Abraham Lincoln : « Il y a une part de vérité là-dedans… »  Mais pour reprendre sa citation : « … Je m’en réjouis, mais ce n’est pas ENTIÈREMENT vrai. » (italiques dans l’original)

    Certains vont même jusqu’à présenter Magnifica humanitas comme un abandon par le pape de la « théologie pelvienne » au profit de la « justice sociale ».

    Il y a bien moins de vérité là-dedans.

    Si le pape a cherché à aborder les « choses nouvelles », les bons intendants savent comment puiser dans le trésor de l’Église « des choses anciennes et nouvelles » (Matthieu 13, 52). Oui, nous devons aborder les « choses nouvelles ». Mais nous les abordons avec la sagesse d’autrefois.

    Ce qui est toutefois au cœur de *Magnifica humanitas*, c’est une vérité anthropologique plus fondamentale : la personne humaine est irremplaçable.  La personne humaine est insubstituable. Comme nous l’a rappelé Vatican II, la personne humaine est la seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même (Gaudium et spes, 24).  

    Le défi que pose l’intelligence artificielle, sur le plan pratique, réside dans le risque de chômage qu’elle fait peser sur les humains en raison de la technologisation du travail, en particulier des tâches élémentaires souvent qualifiées de « débutantes ».  Cela menace tout particulièrement les populations vulnérables : les jeunes qui tentent de percer sur le marché du travail, les personnes inexpérimentées et celles qui n’ont pas reçu de formation. Si, il y a dix ans, une certaine suffisance conseillait aux mineurs de « apprendre à coder », la réponse orgueilleuse d’aujourd’hui pourrait être « perfectionnez vos compétences de barista ».

    L’emploi et le chômage ne sont pas seulement des phénomènes économiques, car le travail (comme l’a noté le pape Jean-Paul II il y a 45 ans dans *Laborem exercens*) n’est pas seulement un facteur de coût. L’emploi est essentiel à l’épanouissement humain (qui est une catégorie plus vaste et plus importante que la prospérité économique elle-même, bien que ces deux notions ne s’excluent pas mutuellement).  

    Les gens ont besoin de travailler. Une société qui prive les gens de travail – au nom d’une vision utopique ou pour maximiser les profits – est une société inhumaine. Et ne laissons pas certains s’en tirer en minimisant cette vérité, sous prétexte qu’ils refusent d’admettre que ce qu’ils souhaitent, c’est une société régie uniquement par l’économie. Comme le dit le vieil adage, ce sont des gens qui connaissent le prix de tout, mais la valeur de rien.

    L’IA pose également un défi théorique. Depuis Platon – et surtout depuis Descartes –, on est tenté de considérer l’être humain comme un esprit qui n’est qu’un simple habitant d’un corps. Le transhumanisme contemporain ne fait que radicaliser cette erreur en imaginant une conscience détachée de l’incarnation. 

    L’anthropologie chrétienne insiste au contraire sur le fait que la personne humaine est une unité incarnée dont la dignité ne peut être réduite à de l’information ou à des calculs. (Bien sûr, selon certains théologiens des premiers temps, c’est précisément cet état d’incarnation qui a provoqué la rébellion diabolique.) Le fait que certains « transhumanistes » aient en tête des visions d’esprits détachés de leurs corps suggère que la menace théorique persiste.

    Le problème fondamental n’est pas la technologie : c’est l’humanité.

    Oren Cass a saisi ce problème dans ses réflexions sur la question couramment posée lors d’événements sociaux : « Que faites-vous dans la vie ? »  Comme l’observe Cass, cette question sert généralement à cataloguer les gens : faire X vous vaut des mérites particuliers, faire Y est sans intérêt (sauf lorsque ceux qui jouissent de ces mérites particuliers ont besoin de livraisons de repas, de réparations de plomberie ou de travaux d’électricité).  

    Très peu de gens posent la question du point de vue de la valeur anthropologique chrétienne du travail, c’est-à-dire : en quoi ce que vous faites exprime-t-il qui vous êtes ?

    Une vérité cruciale de *Magnifica humanitas* est la centralité et le caractère irremplaçable de la personne humaine. L’homme n’est pas simplement un penseur qu’une machine peut remplacer.  L’homme n’est pas simplement un travailleur que le robot devrait remplacer. L’encyclique pose la question suivante : pensez-vous que la distinction qualitative d’une personne l’emporte sur sa substituabilité fonctionnelle potentielle d’un point de vue technico-économique ? Une personne est-elle plus qu’un simple rouage dans le grand dessein de quelqu’un ?

    Car il n’est pas un simple rouage dans le dessein de Dieu. Oui, Dieu l’a créé et lui a même confié une tâche à accomplir, non pas en guise de châtiment pour le péché, mais parce que cela était essentiel à sa nature et à son rôle en tant qu’image et ressemblance de Dieu.  La place de l’homme dans l’univers de Dieu est celle d’une personne libre et aimante, invitée à participer à l’amour libre et éternel avec trois Personnes aimantes.  Tel est le message du salut.  Cela diffère fondamentalement de la conception de l’homme comme simple « rouage » divin.

    Dans la mesure où Magnifica humanitas illustre comment l’IA pourrait mettre en péril cette vérité, elle met en lumière une perspective sur une question plus large à laquelle le pape répond d’un point de vue chrétien : qui est l’homme ?  Mais cette question n’est pas seulement soulevée par l’IA. Elle est en jeu dans la mentalité de la « pilule », qui se reflète dans les contraceptifs des années 1960 et, aujourd’hui, dans les abortifs que sont la mifépristone et le misoprostol. Cette position part du principe que les problèmes humains et les conséquences des choix humains peuvent être résolus par une sorte de « pilule ».  Elle trouve un écho dans les sous-cultures de la drogue et de l’alcool, qui imaginent que le bonheur humain peut, temporairement, être induit chimiquement.  

    Elle est impliquée dans ce que l’archevêque sud-africain Denis Hurley a un jour appelé « l’impératif technologique » et l’écrivain Walker Percy « la technophilie » – l’idée que si nous pouvons faire quelque chose, nous pouvons le faire, voire que nous devrions peut-être le faire. Et personne ne peut remettre le génie dans la bouteille une fois que quelqu’un a franchi le Rubicon technologique.  

    C’est cette mentalité qui considère que la fécondation d’ovules en éprouvette n’est qu’une autre façon de faire des bébés, un « processus », peut-être même meilleur en termes de « contrôle qualité » que la méthode traditionnelle. L’amour conjugal n’est-il qu’un « processus » parmi d’autres ?

    C’est pourquoi, n’en déplaise aux David Gibson de ce monde, Magnifica humanitas n’est pas un choix binaire – et encore moins une opposition – entre « théologie pelvienne » et « justice sociale ». La justice sociale commence dans l’utérus : comment un enfant y arrive-t-il et est-il protégé une fois qu’il y est ?  Oui, cet enfant devrait un jour avoir la possibilité de travailler. Mais ce droit présuppose la possibilité préalable de vivre. Dieu n’a pas créé l’homme à son image et à sa ressemblance uniquement pour qu’il travaille : il l’a créé avant tout pour qu’il soit.

  • Fidèle à une vocation particulière : le cas de Rémi Brague

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    De Paul Seaton sur le CWR :

    Fidèle à une vocation particulière : le cas de Rémi Brague

    Ce philosophe et intellectuel catholique français est resté remarquablement fidèle à sa vocation intellectuelle, ramenant les Européens à eux-mêmes et œuvrant pour sauver l'Europe de l'autodestruction.

    Je suis fasciné par les catholiques qui vivent pleinement leur vocation. Lorsque j'en rencontre un, je suis attentif. Je le fais pour voir Dieu à l'œuvre et pour en tirer des enseignements et des encouragements. C'est pourquoi je porte un intérêt particulier aux théologiens et penseurs catholiques.

    Rémi Brague (né en 1947), intellectuel et philosophe catholique français, est un homme qui est resté remarquablement fidèle à sa vocation intellectuelle. Une vocation bien particulière, en effet. Au fil du temps, il a compris qu'il était appelé à ramener les Européens à eux-mêmes et à contribuer à sauver l'Europe de l'autodestruction.

    Dans les pages qui suivent, je relaterai quelques exemples révélateurs de sa fidélité, puis j'esquisserai le cheminement et la stratégie qu'il a suivis pour accomplir sa vocation. Je terminerai par une brève réflexion sur le fossé entre fidélité et réussite matérielle.

    Deux moments déterminants

    Brague a débuté sa carrière universitaire comme spécialiste de philosophie antique. Ses trois premiers ouvrages portaient sur des textes et des thèmes philosophiques classiques : le  Ménon de Platon ; le temps chez Platon et Aristote ; et le concept du monde (le  kosmos ) dans la philosophie d’Aristote. Mais la philosophie classique ne s’est pas arrêtée à l’Antiquité ; elle a influencé et été influencée de diverses manières par les trois grandes religions : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

    Afin d'étudier de près cette rencontre aux multiples facettes, Brague entreprit d'apprendre l'hébreu et l'arabe. La connaissance des langues classiques et des langues modernes du savoir ne lui suffisait pas.

    Pour sa fidélité et son apprentissage des langues sémitiques, il fut largement récompensé : il obtint un accès direct aux textes et auteurs fondamentaux (Maïmonide, Alfarabi, Averroès) et aux études dans ces langues, et il se rapprocha encore davantage du cœur de l'Europe, comprise comme un dialogue entre la raison philosophique et la religion révélée, et un trilogue entre les religions et leurs adeptes versés en philosophie.

    Avec le temps, il découvrit également qu'il pouvait mettre à profit ses connaissances, anciennes et nouvelles, pour une cause publique encore plus noble. Ce moment révéla pleinement sa vocation.

    Qu'est-ce que l'Europe ?

    C’était en 1989-1991 : avec l’effondrement du communisme soviétique, un ancien ordre s’était écroulé et un nouveau était en train d’émerger. Certaines questions fondamentales préoccupaient autant le public que les hommes politiques et les universitaires. Qu’était-ce que la démocratie ? Quel était le statut de l’État-nation dans une Europe où les anciens pays du Pacte de Varsovie savouraient leur nouvelle indépendance, tandis que les démocraties occidentales s’employaient à « mettre en commun leurs souverainetés » et à construire une nouvelle Communauté européenne ?

    Cette dernière question a soulevé une troisième série : qu’était réellement l’Europe ? Sur quelles bases une Europe nouvellement unifiée devrait-elle se rassembler ? Quelle était  l’identité fondamentale de l’Europe ?

    Avec d'autres penseurs catholiques (dont le cardinal Joseph Ratzinger), Brague s'est engagé dans la vie publique. En 1992, il publia un ouvrage rare, à la fois érudit et accessible au grand public : * Europe, la voie romaine* (traduit en anglais sous le titre * Eccentric Culture *). Il s'y attachait à définir l'Europe comme une culture. C'était là sa contribution à la recherche et à la vie publique européenne : une  anamnèse  philosophique qui permettrait aux Européens de se remémorer l'Europe et de réfléchir à l'avenir  en connaissance de cause.

    Deux strates et ce qu'il appelait deux formes d'« excentricité » – l'ouverture et l'appropriation de modèles extérieurs d'excellence humaine – formèrent le fondement de la culture européenne. La première strate était la Rome impériale, la seconde, les tribus barbares qui lui succédèrent. Après avoir conquis la Grèce et la Judée, la Rome impériale finit par les adopter comme modèles. Horace immortalisa la première lorsqu'il écrivit que « la Grèce captive mena Rome, captive elle aussi ». Les Actes des Apôtres (1, 8) laissaient entrevoir le parcours providentiel des saints Pierre et Paul et la « conquête » finale de la Rome païenne par le christianisme. Des siècles plus tard, le père de l'Europe , Charlemagne (le chef franc devenu empereur du Saint-Empire romain germanique), s'ouvrit lui aussi, ainsi que son royaume, à la culture classique et à la foi chrétienne. L'Europe se forgea ainsi une double dette et une combinaison singulière de domination et de disciple.

    L'ouvrage contenait également des mises en garde, Brague ayant décelé des évolutions inquiétantes sur la scène contemporaine. Il forgea une expression frappante, « marcionisme culturel », pour désigner un ensemble de tentatives visant à rompre la continuité de la culture et de l'histoire européennes à l'époque moderne. Marcion, l'hérétique du IIe siècle qui niait le lien intrinsèque entre les deux Testaments de la Bible, avait des équivalents contemporains qui s'efforçaient de déchirer le tissu culturel européen au nom de l'individu moderne pleinement émancipé.

    Dans une postface à l'édition de 1998 de son ouvrage, il actualisa son analyse de la situation contemporaine, tout en exposant les craintes et les inquiétudes liées au déclin culturel qui avaient initialement motivé son étude. Hélas, les six années précédentes n'avaient fait que confirmer que l'Europe contemporaine – et notamment nombre de ses dirigeants culturels et politiques – continuait de renier son héritage européen. Il faudrait donc déployer de nouveaux efforts pour convaincre ses contemporains du caractère erroné de la voie empruntée.

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  • Lire en été : “Les mutations de l’Eglise catholique au XXème siècle” de Marcel De Corte

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    Du site de la FSSPX :

    Lecture d’été : “Les mutations de l’Eglise catholique au XXème siècle” de Marcel De Corte

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    Pour le troisième volume de la collection « Marcel De Corte », les éditions Hora Decima proposent les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l’Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l’Église.

    Professeur de philosophie à l’Université de Liège en Belgique, Marcel De Corte 1905-1994 était un catholique convaincu et engagé, qui nourrissait un profond amour de l’Église. Il montra une inquiétude très vive devant l’évolution qu’elle connaissait dans la deuxième moitié du XXe siècle, ce qui l’amena à publier de nombreux articles dans diverses revues pour en rendre compte : ItinérairesCourrier de RomeL’Ordre français...

    Cet ouvrage réunit pour la première fois une anthologie raisonnée de ses analyses des bouleversements survenus dans l’Église à partir des années 1960. Le présent recueil offre ainsi une synthèse de la pensée religieuse de Marcel De Corte.

    Il s’honore d'une préface de Mère Marie-Geneviève Rivière qui fut durant trente ans (1993-2023), prieure générale de la Congrégation des dominicaines enseignantes du Saint-Nom-de-Jésus de Fanjeaux.

    Référence de l’ouvrage

    Marcel De Corte
    Les mutations de l’Église catholique au XXᵉ siècle – Où en est le catholicisme ?
    Préface de Mère Marie-Geneviève Rivière.
    Collection Marcel De Corte.
    Éditions Hora Decima, 2025.
    536 pages – Format : 13,5 × 22 × 2,8 cm.
    ISBN/EAN : 9782915844245.
    Prix : 25,50 € TTC.

    Présentation par Mère Marie-Elisabeth sur TV Libertés

    (Sources : TV Libertés - FSSPX Actualités)
  • Mettre à jour le Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise avec les encycliques de François ?

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    L'impossible mise à jour du Compendium avec les encycliques de François

    2 juillet 2026

    Dans un essai récent, Marco Invernizzi a exprimé l'espoir que le Compendium de la doctrine sociale de l'Église soit mis à jour avec les enseignements sociaux de Benoît XVI et de François : « Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église date de 2004. Il rassemble tous les enseignements sociaux et les présente par thèmes. Il devrait certainement être mis à jour avec les dernières encycliques sociales des pontificats de Benoît XVI ( Caritas in veritate , 2009) et de François ( Laudato si' , 2015 et Fratelli tutti , 2020), et il est étrange que cela n'ait pas encore été fait après plus de vingt ans » [M. Invernizzi, « La doctrine sociale de l'Église entre révolution et contre-révolution », dans O. Sanguinetti, La doctrine sociale de l'Église aujourd'hui – une lecture « forte », Ares, Milan, 2026, p. 53-54].

    Cet espoir, cependant, est difficile, voire impossible, à réaliser . À cet égard, deux observations s'imposent. La première nous rappelle que Jean-Paul II avait demandé la rédaction d'un Compendium de la doctrine sociale de l'Église , qu'il qualifiait même de « catéchisme », en vue du Grand Jubilé de l'an 2000. Son désir et son projet étaient de léguer le précieux héritage de sa doctrine sociale à l'Église du troisième millénaire. Derrière cette démarche se cachait donc une profonde conviction de l'importance de la doctrine sociale de l'Église, de la nécessité de la synthétiser en un corpus doctrinal unitaire et de veiller à ce qu'elle puisse continuer à porter ses fruits au fil du temps, même à travers les millénaires. Le Compendium était le fruit de cette conviction, qui, toutefois, s'est estompée par la suite. Non pas tant chez Benoît XVI, qui, à sa manière, y est resté fidèle, mais chez François.

    Nous en arrivons donc à la seconde observation . Rien n'était plus éloigné de la vision de François que l'idée d'un Compendium de la doctrine sociale de l'Église . Ses deux encycliques considérées comme sociales sont en réalité très en décalage avec l'enseignement social antérieur et pourraient difficilement y être intégrées par une mise à jour du Compendium . Oscar Sanguinetti lui-même, aux pages 235 et 236 de l'ouvrage susmentionné, qui contient l'essai d'Invernizzi, formule diverses critiques à l'égard de Laudato si' : pour avoir défendu des « opinions scientifiques qui, en réalité, restent souvent à vérifier », pour avoir avancé des « hypothèses de responsabilité plutôt audacieuses et conspirationnistes », pour avoir proposé des thérapies « dont la faisabilité n'est pas évaluée, et pour lesquelles il est impossible de distinguer ceux qui les appliquent correctement… de ceux qui, au contraire, spéculent à leur sujet », pour sa bienveillance « envers des acteurs de l'action sociale… pour la plupart doctrinalement ambigus, voire explicitement hostiles à la doctrine sociale de l'Église traditionnelle et au christianisme en tant que tel ». Sanguinetti est intervenu avec des pincettes, car d'autres éléments de cette encyclique pouvaient être critiqués, tels que les concepts d'« écologie intégrale » et de « conversion écologique ». Sanguinetti ne mentionne même pas Fratelli Tutti .

    La raison plus profonde de la difficulté à mettre à jour le Compendium pour le pontificat de François est encore plus vaste que les imperfections de ces deux encycliques. On peut citer un exemple parmi tant d'autres. La doctrine sociale de l'Église fait partie de la théologie morale, et le Compendium le réaffirme clairement. Or, François s'est efforcé de transformer la théologie morale catholique, tant avec Amoris laetitia qu'avec la transformation de l'Institut Jean-Paul II et la nouvelle synodalité.

  • Il y a cinquante ans, Pierre Chaunu, historien visionnaire, annonçait notre présent

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    Pierre Chaunu (1923-2009) est de ces historiens qu’on a trop souvent lu en diagonale, ou seulement pour ses travaux monumentaux sur Séville et l’Atlantique et l’histoire quantitative, alors qu’il avait une profondeur anthropologique, démographique et civilisationnelle particulièrement aiguë, surtout dans ses derniers livres et ses interventions publiques.

    Il insistait beaucoup sur :

    • La continuité comme essence de l’histoire (« l’essentiel s’appelle permanence ») face à l’écume du changement perpétuel.
    • La démographie comme révélateur ultime du moral d’une civilisation (il parlait très tôt de « déchristianisation » et de « suicide démographique » de l’Europe).
    • Le rôle central du christianisme dans la genèse de l’Occident moderne, et le vide spirituel et anthropologique qu’a laissé son recul.
    • Une vision tragique mais lucide de l’Histoire : l’homme n’est pas maître absolu de son destin, les structures profondes (démographie, croyances, cadres mentaux) pèsent lourdement.

    Beaucoup de ses mises en garde des années 70-90 sur la dénatalité, la perte de sens, le rapport au temps long, sonnent aujourd’hui avec une force presque prophétique.

    Pour lui, la démographie n’est pas un simple indicateur économique ou statistique parmi d’autres : elle constitue le révélateur ultime du moral d’une civilisation, de sa vitalité profonde, de son rapport à la vie, à l’avenir et à la transcendance. Contrairement aux événements spectaculaires (guerres, crises), le déclin de la natalité est insidieux : il ne fait pas de « cadavres visibles », il est un « refus de la vie » silencieux.

    Contexte historique et comparaison

    Chaunu arrive à cette conviction par son travail sur l’Amérique espagnole (surtout Séville et l’Atlantique). Il observe le choc démographique colossal post-Conquête : la population amérindienne s’effondre (estimations très débattues, de ~80 millions à une fraction en quelques décennies), en grande partie à cause des maladies, mais aussi des ruptures culturelles et spirituelles. Cela lui montre que les civilisations peuvent mourir par implosion démographique, pas seulement par conquête extérieure.

    En Europe, il contraste cela avec la vitalité médiévale : le « monde plein » du XIIIe siècle, avec une forte densité, des défrichements massifs, des clochers partout. L’Église y joue un rôle ambivalent : elle promeut le mariage tardif pour réguler la pression sur les ressources, ce qui finit par internaliser une certaine méfiance vis-à-vis de la chair et du plaisir, selon lui.

    La « peste blanche » et le suicide démographique

    Dans Le Refus de la vie (1975) et surtout La Peste blanche : comment éviter le suicide de l’Occident (1976, avec Georges Suffert), Chaunu alerte sur le retournement brutal de la fécondité européenne après le baby-boom. Il parle explicitement de « suicide » parce que :

    • C’est un choix collectif inconscient, porté par l’individualisme hédoniste, la société de consommation, la sécularisation.
    • La pilule (1960) et la légalisation de l’avortement (1975 en France) accélèrent le phénomène.
    • Le « refus de l’enfant » révèle un rapport altéré au temps et à la mort : l’enfant incarne l’avenir et rappelle la finitude. Une société qui ne veut plus d’enfants est une société qui ne veut plus se projeter au-delà d’elle-même.

    Citation emblématique :

    « La dénatalité, pour un homme quelconque, est comme la peste et la guerre, de l’ordre du destin. [...] La peste et la guerre font des morts, le refus de la vie ne fait rien. Les premiers se voient, le second ne se voit pas. »

    Lien avec la déchristianisation

    Chaunu, protestant engagé, voit une corrélation profonde entre le recul du christianisme et ce suicide démographique. Le christianisme avait fourni :

    • Une sacralisation de la vie et de la famille.
    • Un « transfert eschatologique » vers les valeurs laïques (Lumières, République) qui avait maintenu un temps la vitalité.
    • Une vision de l’homme comme créature responsable devant Dieu et l’avenir.

    Avec la déchristianisation (qu’il observe déjà dans les mentalités du XVIIIe siècle, via les travaux comme ceux de Vovelle qu’il a encadrés), ce cadre s’effondre. La société devient « stérile » spirituellement et biologiquement : culte de l’adolescent/consommateur immédiat, rejet de la transmission, égoïsme temporel. Il note que « le racisme est une fleur qui pousse dans la famille trop réduite » — les sociétés vieillissantes et atomisées deviennent plus craintives face à l’Autre.

    Actualité de Chaunu

    Dès les années 1970, il prédit l’« hiver démographique » européen, la pyramide des âges inversée, les tensions migratoires et identitaires qui en découlent. Il ne cesse de répéter que la démographie est la prospective par excellence : plus fiable que les indicateurs économiques.

    Ses analyses restent discutées (certains lui reprochent un ton alarmiste ou une lecture trop « civilisationniste »), mais les chiffres lui donnent rétrospectivement raison sur l’ampleur du déclin de la fécondité autochtone en Europe.

    La Peste blanche (1976).

    Ce livre est un dialogue entre Pierre Chaunu (l’historien) et Georges Suffert (le journaliste). Il s’inscrit dans la continuité de Le Refus de la vie (1975) et prend la forme d’une enquête vive, alerte, parfois prophétique. Il ne s’agit pas d’un traité académique lourd mais d’un cri d’alarme accessible, structuré autour du contraste entre le passé vital de l’Occident et son présent suicidaire.

    Le concept central : la « peste blanche »

    Chaunu oppose deux fléaux :

    • Les pestes traditionnelles (Noire, etc.) : visibles, bruyantes, dramatiques, avec cadavres, cloches, quarantaines. Elles tuent brutalement mais laissent des survivants qui reconstruisent.
    • La peste blanche : invisible, indolore, silencieuse. Elle ne fait pas de « morts visibles » immédiatement. C’est le refus de la vie, le déclin volontaire de la natalité, l’indifférence à la transmission.

    Citation clé (extraite des présentations du livre) :

    « Lorsque autrefois la peste s’abattait sur une ville […], chacun en était averti par la rumeur, les cloches, les grands feux […]. La peste blanche, au contraire, est invisible, apparemment indolore. Pourtant à court terme, elle est tout aussi dramatique que les pestes d’autrefois. »

    Qu’est-ce que cette peste ?

    • La désespérance (perte de sens et d’avenir).
    • L’indifférence à la vie et à la postérité.
    • Le culte du bonheur immédiat (hédonisme consumériste).
    • Le mépris de l’histoire et de l’avenir (présentisme).

    Conséquence directe : le suicide démographique de l’Occident.

    Analyse historique et causes

    Chaunu mobilise son expertise (notamment sur l’Amérique latine post-Conquête) pour montrer que les civilisations peuvent s’effondrer par implosion interne plus que par choc externe. Il relie cela à :

    • La déchristianisation progressive : le christianisme avait sacralisé la vie, la famille, la transmission. Son recul laisse un vide anthropologique.
    • L’individualisme moderne et la société de consommation qui font de l’enfant un « coût » plutôt qu’une bénédiction et un projet.
    • Les évolutions techniques (pilule, avortement) qui accélèrent un mouvement déjà entamé dans les mentalités.
    • Un rapport altéré au temps : l’Occident, qui avait inventé le progrès et la projection dans l’avenir, se replie sur l’instant.

    Il parle d’un « refus de la vie » collectif, inconscient, qui n’est pas perçu comme tel par les individus (« pour un homme quelconque, la dénatalité est […] de l’ordre du destin. […] Le refus de la vie ne fait rien. Les premiers [peste/guerre] se voient, le second ne se voit pas »).

    Structure et ton

    Le livre alterne :

    • Diagnostic historique (« jadis », « naguère »).
    • Analyse du présent (« aujourd’hui »).
    • Perspectives d’« avenir retrouvé » (propositions pour inverser la tendance).

    Chaunu et Suffert sont décrits comme optimistes par tempérament, mais lucides. Ils ne se contentent pas de déplorer : ils cherchent des voies de redressement (retour à un certain sens du sacré, valorisation de la famille, prise de conscience collective).

    Actualité en 2026

    Écrit il y a cinquante ans, le livre a vu ses prédictions confirmées de manière spectaculaire : fécondité européenne durablement sous le seuil de remplacement, vieillissement accéléré, dépendance migratoire croissante, tensions identitaires et économiques liées à la pyramide des âges inversée. Chaunu y voyait déjà le risque d’une « résignation anticipée devant les asservissements possibles ».

  • La conversion de JD Vance

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    De Maximilien Lutz sur le Tagespost :

    La conversion de JD Vance

    Dans « Communion », le vice-président américain relate sa conversion au catholicisme. Ce livre est aussi un manifeste politique. Que révèle-t-il sur Vance, sa vision du monde et ses ambitions politiques ? Et quel lien peut-on établir entre un verre à vin brisé et le destin ?

    22 juin 2026

    Août 2018 : JD Vance se sentait de plus en plus attiré par la foi catholique, mais les doutes des années précédentes ne l’avaient pas encore totalement dissipé. Les graves affaires d’abus sexuels qui avaient secoué l’Église américaine cette année-là l’avaient particulièrement marqué. Puis, lors d’un voyage en Europe avec sa femme Usha et leur jeune fils, il vécut une sorte de révélation spirituelle : dans une cathédrale vide en Bourgogne, il fut saisi par un profond sentiment d’appartenance et d’espoir : « Cette église, dans un pays étranger, où ma famille et moi étions les seuls visiteurs, me semblait m’appartenir. Je lui devais quelque chose, tout comme elle me devait quelque chose. » Peu importaient les gros titres négatifs et le déclin du christianisme dans de nombreux endroits : « Si le Titanic coule, je préfère être à bord que de monter dans un canot de sauvetage. » Suite à cette expérience, il décida de se faire baptiser pour la première fois.

    JD Vance : Communion. Retrouver le chemin de la foi.

    Vance relate cet épisode dans son nouveau livre, « Communion : Retrouver la foi ». Cet ouvrage très attendu du vice-président américain, actuellement disponible uniquement en anglais, fait d'une pierre deux coups : autobiographie à thématique religieuse, il raconte la conversion du numéro deux des États-Unis. Parallèlement, « Communion » est aussi un manifeste politique. Ce livre apporte de nouvelles pièces au puzzle de cet homme politique qui pourrait bientôt viser des fonctions plus importantes. Car Vance est considéré comme un successeur potentiel de Donald Trump.

    La conversion politique et la conversion religieuse sont inextricablement liées.

    Le livre de Vance arrive à point nommé à plusieurs égards : depuis un an, un Américain, Léon XIV, occupe le trône pontifical et jouit d’une popularité bien supérieure dans son pays que son prédécesseur, François. Par ailleurs, l’intérêt pour la foi catholique s’accroît aux États-Unis : les jeunes adultes, notamment, se font baptiser – même si cette tendance n’a pas encore enrayé le déclin général du nombre de fidèles. En outre, les critiques à l’égard de l’administration Trump se sont récemment intensifiées au sein des milieux chrétiens conservateurs américains. Le livre de Vance s’inscrit donc dans cet intérêt grandissant pour le catholicisme, mais peut aussi être interprété comme un message adressé à l’électorat traditionnel, qui n’est plus entièrement satisfait : « Voyez, nous pensons toujours de la même manière. »

    Lorsque JD Vance a accédé à la notoriété publique, il ne partageait pas encore les idées du camp MAGA alors naissant. Dans son autobiographie à succès de 2016, « Hillbilly Elegy », une étude concise de la classe ouvrière marginalisée de la Rust Belt américaine, Vance se présentait comme un critique conservateur de Trump. Depuis, Vance, aujourd'hui âgé de 41 ans, a opéré une conversion politique. Depuis son élection victorieuse au Sénat dans l'Ohio en 2022, il est considéré comme une figure importante du camp Trump. Ce changement politique a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Ses détracteurs l'accusent d'opportunisme. Le vice-président américain aborde ouvertement ce sujet dans « Communion » : pour ses critiques, cette conversion politique n'était qu'une « manœuvre cynique » pour accéder au pouvoir. « Je doute de jamais pouvoir les faire changer d'avis. »

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  • Thomas More, champion de la Contre-Réforme

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    Saint Thomas More

    Saint Thomas More (source)

    Le 15 juin 1520, Léon X signe la bulle Exsurge Domine contre Luther. Dès le 24, celui-ci rédige son Appel à la Noblesse chrétienne de la Nation Allemande pour l’amélioration de la Chrétienté. C’est une déclaration de guerre à la Papauté. Puis, il lance un violent réquisitoire contre l’Église et ses Sacrements, suivi de la revendication d’une totale liberté du chrétien par rapport à toute autorité ecclésiastique, et d’un appel à la libération des moines par rapport à leurs vœux. Le 10 décembre, à Wittemberg, il brûle la Bulle de l’Antéchrist  !

    Le Roi d’Angleterre a jugé de son devoir d’intervenir. Le 12 juillet 1521 paraît son Assertion des Sept Sacrements, en réponse au réquisitoire de Luther, et se voit décerner le titre de “Defensor fidei” par le pape Léon X.

    Luther répond en lançant avec insolence et mainte grossièreté un défi au roi (…). Celui-ci ne peut décemment relever le défi sans déchoir  : il en laisse le soin à son ami et conseiller l’honorable Sir Thomas More, qui, sans négliger aucune de ses charges publiques répond par un énorme pamphlet  : l’Adversus Lutherum, sous le pseudonyme de Guilelmus Rosseus, le donneur de rossées. L’ouvrage parut en 1523. (…)

    L’ADVERSUS LUTHERUM

    Les sept premiers chapitres du Livre Premier nous apprennent beaucoup sur la personne de Luther. Pour y être vivement rossé, il n’en est pas moins fort exactement observé et critiqué. (…) More fustige l’incommensurable orgueil de ce Docteur. (…)

    Mille détails le dépeignent dans sa pleine vérité, n’en déplaise à ses admirateurs. Thomas More lui reproche sa conduite vulgaire, nous le montrant écrivant ses livres dans la compagnie des buveurs de bière. Puis, plus sérieusement, il lui reproche, à lui qui n’est pas un saint et loin de là, de ne pas distinguer les vices répréhensibles des gens d’église de leurs fonctions toujours saintes et du dépôt de la doctrine et des sacrements qui sont choses divines.

    More manie la langue verte, pour répondre à Luther en son propre langage, parce qu’il jugeait que l’autre le méritait.

    Sur le fond doctrinal, More démontre l’absurdité d’un système selon lequel il ne faudrait rien tenir pour certain qui ne soit prouvé par un texte évident de l’Écriture. Et d’autant plus que Luther falsifie et truque les textes, les oublie ou leur fait dire le contraire de ce qu’ils signifient  ! Avec force, More déclare qu’un tel principe autorise et provoque une destruction totale de l’Église, comme Magistère de vérité, Autorité législative, Dispensatrice des sacrements…

    More défend la primauté et l’antériorité de la Tradition sur l’Écriture. (…) Là, il atteint la vérité la plus profonde  : ce libre-examen fondé sur l’Écriture est une nouvelle forme de rationalisme  !

    Luther fait encore appel à «  l’Église  », mais «  l’Église du Christ  », qui n’est pas l’Église Catholique, devenue à ses yeux Babylone, la Synagogue de Satan. Son Église, c’est l’Église invisible, parce qu’elle doit être sans péché  ? Mais, rétorque Thomas More, Luther veut une Église sans péché  ? Mais pour lui toute œuvre bonne est péché et orgueil et damnation  ; toute œuvre mauvaise au contraire est principe d’humiliation et de salut par la foi. La foi seule sauve, même sans confession  ! Alors, l’Église romaine qui est saturée de péchés devrait être la vraie, dans la foi  ! L’Église des Purs, selon Luther, n’en est que la diabolique caricature, pleine d’orgueil, qui n’a pas besoin de prier et ne peut avoir la foi  ! L’Église romaine se sait pauvre et faible, elle croit, et elle prie…

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  • « Cultum Regni » : une encyclique de Pie XII qui aurait pu prévenir les dérives théologiques et liturgiques des décennies suivantes

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    « Cultum Regi Regum » (ou « Cultum Regni ») est le titre envisagé pour une encyclique que Pie XII préparait dans les derniers mois de sa vie, mais qui n’a jamais été publiée en raison de sa mort le 9 octobre 1958.

    Ce projet, découvert dans les archives vaticanes ouvertes en 2020 (pour le pontificat de Pie XII), constitue une suite et un approfondissement de l’encyclique Humani generis (1950) sur les erreurs doctrinales menaçant les fondements de la foi catholique. Il visait à condamner les courants de la « Nouvelle Théologie » et les formes modernes de modernisme qui se diffusaient déjà dans les séminaires et universités catholiques, particulièrement en France.

    Contexte de préparation

    • L’idée remonte à 1956-1957, initialement pour marquer le 50e anniversaire de Pascendi Dominici Gregis de saint Pie X (1907), qui condamnait le modernisme.
    • Une commission du Saint-Office (dirigée notamment par des théologiens comme les Pères Tromp, Gagnebet, Garrigou-Lagrange, Philippe, etc.) a travaillé sur des schémas successifs.
    • Le dernier schéma, intitulé Cultum Regi Regum (« Culte du Roi des rois »), a été finalisé peu avant la mort du pape et communiqué à la commission le 27 septembre 1958.

    Pie XII suivait de près les travaux, inquiet des dérives internes à l’Église (relativisme, affaiblissement de l’autorité doctrinale, etc.), plutôt que d’une crise venue de l’extérieur.

    Contenu principal du schéma

    Le texte était structuré en six chapitres couvrant l’ensemble de la vie ecclésiale, morale et sociale. Il exposait « l’hérésie globale de la modernité », c’est-à-dire l’acceptation d’une rupture entre la société et Dieu.

    1. La nature de la religion : Rappel que la religion est une vertu par laquelle l’homme reconnaît l’excellence divine et rend un culte à Dieu, créateur et maître de l’ordre naturel qu’Il transcende.
    2. Le culte liturgique et les dévotions privées : Importance du culte public et social (d’où le titre de l’encyclique, centré sur le Christ Roi). Cela incluait probablement des précisions sur la liturgie contre certaines dérives anticipant des réformes post-conciliaires.
    3. La théologie morale : Condamnation probable de positions laxistes ou subjectivistes.
    4. La profession de foi : Affirmation de la nécessité d’adhérer pleinement à la doctrine.
    5. La relation entre autorité et liberté dans l’Église : Réaffirmation forte que le munus docendi (charge d’enseigner) appartient uniquement à la hiérarchie (Pape et évêques), contre toute idée de démocratisation ou de relativisation de l’autorité.
    6. Les relations entre l’ordre religieux et l’ordre profane : Doctrine traditionnelle sur l’Église et l’État, la société et la royauté sociale du Christ, s’opposant aux idées préfigurant la liberté religieuse telle qu’elle sera développée plus tard.

    Le document réaffirmait la royauté du Christ, la centralité de la hiérarchie, et condamnait des erreurs comme le naturalisme, le relativisme doctrinal, ou des conceptions affaiblissant l’unité de l’Église et sa mission dans la société.

    Destin du projet

    Jean XXIII n’a pas poursuivi ce texte après la mort de Pie XII. Il prit une orientation pastorale radicalement différente. Plutôt que de publier une nouvelle condamnation doctrinale globale, il choisit de convoquer le Concile Vatican II pour engager un dialogue avec le monde moderne, laissant définitivement Cultum Regni dans les cartons de l'histoire ecclésiastique;

    Ce projet est souvent évoqué dans les milieux traditionalistes comme un document qui aurait pu anticiper et contrer certaines évolutions théologiques et liturgiques des décennies suivantes. Il s’inscrivait dans la continuité de la théologie romaine traditionnelle (École romaine) face à la Nouvelle Théologie.