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Quand Joseph Ratzinger évoque son saint patron

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ANNEE DE SAINT JOSEPH : « SON SILENCE EST EN MEME TEMPS SA PAROLE »

Benoît XVI se réjouit de l’année de saint Joseph.
Une catéchèse du pape émérite sur son saint Patron

Regina Einig - Tagespost (1 avril 2021) - Traduction de Benoît et moi

Saint Père, le pape François a proclamé une année de saint Joseph et rappelle aux fidèles l’élévation de saint Joseph au titre de Patron de l’Eglise en 1870. Quels espoirs y voyez-vous ?

Je suis évidemment particulièrement heureux que le pape François attire ainsi, avec force, l’attention des fidèles sur saint Joseph. Et j’ai donc lu, avec une particulière gratitude et un sentiment de profonde adhésion, la lettre apostolique « Patris Corde » que le saint Père a promulguée à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de l’élévation de saint Joseph au titre de Patron et Protecteur de l’Eglise. C’est un texte très simple, qui vient du cœur et qui parle au cœur et qui, précisément dans cette simplicité, recèle une très grande profondeur. Je pense que ce texte devrait être lu, relu et médité par les fidèles et qu’il devrait contribuer à une purification et à un approfondissement de notre vénération pour les saints en général et pour saint Joseph en particulier.

L’Ecriture ne rapporte aucune parole de saint Joseph. Y a-t-il par contre un passage du Nouveau testament qui exprime particulièrement bien sa personnalité ?

C’est vrai : l’histoire de saint Joseph dans le Nouveau Testament ne rapporte aucune parole qu’il ait prononcée. Mais il y a une correspondance entre la mission confiée par l’ange qui lui apparaît en songe et l’action de saint Joseph qui porte à l’évidence la marque caractéristique de sa personnalité. Dans le récit qui rapporte l’ordre donné en songe de prendre Marie pour épouse, sa réponse est donnée simplement en une unique expression : « Joseph se leva et fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Cette correspondance entre mission et action apparaît encore plus nettement dans l’histoire de la fuite en Egypte où les mêmes mots sont utilisés : « Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère « (Mt 2, 14). Les deux mêmes termes sont utilisés une troisième fois à l’annonce de la mort d’Hérode et de la possibilité de retourner en Terre Sainte. Les deux termes, qui caractérisent saint Joseph, se suivent immédiatement l’un l’autre : « Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère » (Mt 2, 21). L’annonce nocturne du danger que représentait Archélaus n’a pas la même autorité que les informations précédentes.

La réponse que Joseph y donne par son action est exprimée beaucoup plus simplement : « Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée » (Mt 2, 22). Finalement, cette même attitude fondamentale apparaît d’une tout autre manière dans le récit de l’adoration des mages venus d’Orient : « En entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère » (Mt 2, 11). Saint Joseph n’apparaît pas dans la rencontre entre les mages et l’enfant Jésus. Cette manière silencieuse de ne pas se montrer est elle aussi caractéristique et montre très clairement qu’en fondant la Sainte Famille, il a assumé un service qui requérait de lui, à un très haut degré, esprit de décision et capacité d’organisation, mais qui exigeait en même temps un très haut degré de renoncement. Son silence est aussi sa parole. Il exprime le « oui » à cet engagement qu’il a assumé par sa relation avec Marie et donc avec Jésus.

Quelles impressions avez-vous gardées de vos pèlerinages en Terre Sainte, qui seraient particulièrement liées à la vie de votre saint Patron ?

Je dois d’abord préciser que, lors des visites de la Terre Sainte que j’ai pu faire, saint Joseph apparaît à peine. Il est normal qu’il ne soit pas nommé dans les hauts lieux de la vie publique de Jésus en Galilée, surtout le lac de Génésareth et ses environs, ou en Judée. Cela serait en contradiction avec son attitude fondamentale d’obéissance silencieuse et de retrait. Mais à Nazareth et à Bethléem on pourrait imaginer un mot sur saint Joseph. Nazareth surtout renvoie à sa figure. Mais c’est un endroit qui, sauf dans le Nouveau Testament, n’est mentionné nulle part dans l’Ecriture.

Cette absence totale de traditions liées à Nazareth hors du Nouveau Testament est tellement impressionnante que Pierre Benoit, un des plus grands exégètes, qui fut longtemps président de l’Ecole Biblique des Dominicains en Terre Sainte, m’a confié qu’il était finalement parvenu à la certitude que Nazareth n’a jamais existé. Or juste à temps avant qu’il pût publier cette prétendue conclusion parvinrent les nouvelles de fouilles fructueuses à Nazareth, qui nous ont fait retrouver ce lieu. Le directeur de la fouille franciscaine a, de son côté, avoué que, au vu des longs et vains efforts pour retrouver des traces de l’antique Nazareth, il avait été près de jeter l’éponge. Il n’en était que plus heureux d’avoir redécouvert les premières traces et finalement la ville tout entière.

Le Messie annoncé par l’Ancien Testament

Pour saint Matthieu, qui fondait chaque événement de la vie de Jésus sur une parole de l’Ancien Testament et qui cherchait ainsi à prouver que Jésus était bien le Messie promis par l’Ancien Testament, ce fut une vraie difficulté qu’il n’existât pas d’oracle prophétique qui eût évoqué Nazareth. Cela était une difficulté fondamentale dans la légitimation de Jésus en tant que Messie promis : Nazareth ne portait en elle aucune promesse (cf. Jn 1, 46). Matthieu a pourtant trouvé trois voies pour légitimer le Nazoréen Jésus comme le Messie.

La trilogie messianique d’Isaïe aux chap. 7, 9 et 11 contient, au chapitre 9, la prédiction que même au pays de l’ombre une lumière resplendira. Le pays de l’ombre, Mattieu l’a trouvé dans la Galilée païenne où Jésus commença sa carrière.

Une deuxième légitimation de Nazareth résulte, pour saint Matthieu, de l’inscription fixée à la Croix par le païen Pilate : celui-ci y donne consciemment le « titre » (c’est-à-dire le motif juridique) pour la crucifixion de Jésus : « Jésus le Nazoréen, roi des Juifs » (Jn 19, 19). Le mot transmis sous les deux formes distinctes – Nazaréen et Nazoréen – doit renvoyer, d’une part, à la consécration totale de Jésus à Dieu et, d’autre part, fixe son origine géographique. Ainsi, à travers le païen Pilate, Nazareth est-elle indissolublement liée, comme une partie de son mystère, à la figure de Jésus lui-même.

Finalement, je pourrais m’imaginer qu’une catéchèse faite sur saint Joseph en Terre Sainte introduise un troisième point de vue, qui résume en soi les deux précédents en leur donnant une nouvelle profondeur. Dans un des plus célèbres et des plus beaux chants de Noël (n.d.t. : il s’agit du chant « Es ist ein Ros entsprungen »), nous voyons Jésus comme une « petite rose » (Röslein) que la Vierge Marie nous a offerte dans la nuit de Noël. Dans la version répandue aujourd’hui, il est question au début d’une « rose » (Ros) et la deuxième strophe reconnaît dans la Vierge Marie « la petite rose » (Röslein), dont parle Isaïe ; Marie est identifiée à la Vierge Mère qui nous a apporté la fleur. Cela implique que le texte présente des altérations qui demandent à être élucidées. Mon hypothèse personnelle est qu’au début il faut lire non pas Ros (« rose »), mais Reis (« pousse, rejeton »), et cela nous ramène directement au texte du prophète : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé » (Isaïe 11, 1).

Le mystère du surgeon

La souche de Jessé, l’ancêtre fondateur de la dynastie de David, qui avait reçu la promesse d’une existence éternelle, renvoie, pour les israélites croyants, à la contradiction insupportable entre la promesse et la réalité : la dynastie de David s’est éteinte et il n’en a subsisté qu’une souche morte. Mais précisément cette souche morte devient un signe d’espérance : c’est d’elle que, d’une manière totalement inattendue, surgit à nouveau une pousse. Ce paradoxe est exposé, dans l’arbre généalogique de Jésus, chez Matthieu (1, 1-17) et chez Luc (3, 23-28) comme une réalité vivante et, pour les évangélistes, contient en soi-même une allusion silencieuse à la naissance de Jésus de la Vierge Marie. Joseph, il est vrai, n’est pas le père biologique de Jésus, mais il est son père selon le droit et selon la loi qui est constitutive d’Israël. Ici, le mystère du surgeon s’approfondit encore : de la souche de Jessé proprement dite ne provient plus de vie; la souche est bien morte. Et pourtant elle apporte une vie nouvelle dans le fils de la Vierge Marie, dont Joseph est le père légal.

Tout cela est lié au thème de Nazareth dans la mesure où le mot Nazareth semble contenir en lui le mot nezernaser (« surgeon, pousse, rejeton ») . Le nom Nazareth pourrait justement donc être traduit par « village surgeon ». Un savant allemand qui a vécu toute sa vie en Israël a construit cette théorie : Nazareth serait né après l’exil à Babylone comme un établissement de la tribu des Davidiens et cela serait indiqué, de manière voilée, dans son nom. Quoi qu’il en soit : le mystère de saint Joseph est intimement lié au village de Nazareth. C’est lui qui est le surgeon de la racine de Jessé qui exprime l’espérance d’Israël.

Saint Joseph est traditionnellement invoqué comme le patron de la bonne mort. Que pensez-vous de cet usage ?

On peut tenir pour certain que saint Joseph est mort pendant le temps de la vie cachée de Jésus. Il est fait mention de lui une dernière fois en Luc 4, 22, après la première intervention publique de Jésus dans la synagogue de Nazareth. L’étonnement suscité par ce que Jésus dit et la manière dont il le dit se change en doute pour la foule : « N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là ? » (Lc 4, 22). Qu’il ne soit plus mentionné ensuite, alors que sa mère et « ses frères » prennent la parole, est un signe certain qu’il n’était plus en vie. C’est là un fondement solide pour l’idée qu’il a terminé sa vie terrestre dans les mains de Marie. Le prier de nous accompagner de sa bonté à notre dernière heure est une forme de piété parfaitement légitime.

Comment votre fête patronale était-elle célébrée en famille ?

La Saint-Joseph était la fête de mon père en même temps que la mienne. Autant que possible, on la célébrait dignement. Ma mère avait souvent fait des économies pour m’offrir un beau livre (par exemple, « Der kleine Herder »). En outre, il y avait une nappe réservée pour cette journée qui donnait au petit déjeuner un caractère festif. On buvait du café que mon père aimait beaucoup mais que nous ne pouvions pas nous offrir habituellement. Puis, il y avait une primevère comme signe du printemps que saint Joseph amène avec lui. Et enfin, ma mère avait cuit un gâteau avec du sucre glacé qui manifestait le caractère exceptionnel de la fête. Ainsi, dès le matin, on soulignait nettement tout ce que ce jour de la Saint-Joseph avait de particulier.

Avez-vous fait l’expérience personnelle de l’intercession de votre saint Patron dans votre vie ?

Quand je remarque l’exaucement d’une prière, je n’en répartis pas la cause entre différents intercesseurs, mais je m’en sais redevable à eux tous.

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