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Un triomphe du djihad mondial

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De François Brousseau en opinion (chroniques) sur le site du Devoir (Canada) :

Le triomphe du djihad

16 août 2021

Vingt ans, 180 000 morts et 80 milliards de dollars américains plus tard, la défaite est totale, catastrophique, sans appel. L’équipée afghane de 2001-2021, longtemps appelée « mission » par l’OTAN, les généraux canadiens et autres croisés naïfs, passera à l’histoire comme une grande débandade militaire et idéologique des États-Unis et de leurs alliés.

L’Afghanistan confirme une fois de plus sa réputation de tombeau des armées étrangères : britannique au XIXe siècle, soviétique au XXe et maintenant états-unienne.

Cette défaite se solde, au mieux, par un retour à la case départ : la reconquête du pouvoir par les islamistes radicaux non réformés qui en avaient été chassés après le 11 Septembre, pour leur alliance avec al-Qaïda. De retour au programme : des femmes intégralement voilées, interdites à l’école et au travail, la charia intégrale dans les tribunaux, etc. Les rares et fragiles conquêtes des femmes et des intellectuels libéraux à Kaboul seront balayées.

On blâme aujourd’hui Joe Biden pour avoir déguerpi au plus vite, sous-estimant la force des talibans et surestimant les capacités de résistance d’une armée restée fantoche malgré les sommes colossales engouffrées, sur deux décennies, dans son équipement et son « entraînement ». Mais la « négociation » menée par l’administration Trump au cours des deux années précédentes, par-dessus la tête du gouvernement de Kaboul, annonçait clairement la débâcle actuelle : les habiles talibans connaissaient parfaitement l’inconditionnel « désir de partir » de l’ennemi. De partir vite, quoi qu’il advienne…

Les doigts croisés derrière le dos (« Non, non, rassurez-vous, nous sommes contre le terrorisme, nous ne sommes plus les amis d’al-Qaïda ! »), les négociateurs enturbannés n’ont eu qu’à faire de vagues promesses et à « jouer la montre ». Ils récoltent aujourd’hui le pouvoir comme un fruit mûr, après avoir très habilement joué la partie diplomatique… et militaire.

Par exemple, ils ont commencé leur reconquête par le nord et l’ouest (non pachtounes) de l’Afghanistan qui, en principe, n’étaient pas leur territoire naturel. Ajoutée à la désorganisation de l’armée afghane, la tactique s’est avérée payante : de Hérat et Mazar-i-Sharif à Kandahar, les dominos sont tombés à une vitesse déconcertante. Kaboul s’est rendu sans coup férir, avec des soldats fantômes et un président en fuite.

Drames afghans, la guerre et la victoire des talibans (qui étaient, à l’origine, des nationalistes pachtounes doublés d’intégristes « locaux » ne désirant la dictature religieuse que chez eux) ont aujourd’hui une portée internationale qu’elles n’avaient pas en 1996.

C’est une humiliation des États-Unis, puissance en déclin, doublée d’un triomphe du djihad mondial.

C’est un pion de plus qui tombe dans le grand affrontement constitutif du XXIe siècle, vécu comme tel par les djihadistes de toutes les latitudes… et même par certains islamistes « non combattants », opposants à la laïcité moderne, qui pratiquent l’entrisme partout où ils le peuvent.

Par son côté emblématique — deux décennies d’une intervention hypermédiatisée, soldée par une déculottée occidentale —, la victoire foudroyante des talibans peut donner un formidable coup de pouce aux islamistes du monde entier.

On pense bien sûr à al-Qaïda, qui n’a jamais totalement quitté le territoire afghan et a survécu à ses défaites. Au groupe État islamique maintenant très présent en Afrique, en Asie (et en Afghanistan même), après son recul relatif au Proche-Orient (Irak, Syrie). Aux combattants du Mozambique, de la Côte d’Ivoire, du Sahel — qui aujourd’hui font reculer l’armée française. Aux djihadistes « dormants » de Paris, Bruxelles, Birmingham, Manille, Sydney…

On ne sait pas encore, après leurs « promesses » faites aux Américains, quelle attitude les talibans revenus au pouvoir adopteront envers al-Qaïda et les autres extrémistes islamistes qui voient leur combat comme mondial, et l’Afghanistan de 2021 comme un exemple et une inspiration. Garderont-ils une distance « tactique » envers leur ancien allié, en se souvenant de 2001 ?

La combinaison d’un Afghanistan dirigé par les talibans, d’une humiliation américaine aux mains des islamistes, d’un Moyen-Orient en proie à la violence et à la radicalisation, avec la propagation des idéologies djihadistes dans tous les coins du monde, donne froid dans le dos.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

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