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Actualité

  • La COMECE exprime de vives inquiétudes face aux conclusions de l'avocat général de la Cour de l'UE concernant l'effacement des registres de baptême

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    Du site de la COMECE :

    Communiqué de presse

    La COMECE exprime de vives inquiétudes face aux conclusions de l'avocat général de la Cour de l'UE concernant l'effacement des registres de baptême

    Le lundi 5 octobre 2026, le Secrétariat de la Commission des Épiscopats de l'Union européenne (COMECE) a exprimé sa préoccupation quant aux premières indications émergeant de l'affaire C-12/25 de la Cour de justice de l'Union européenne, Bisdom Gent, relative à l'effacement de données à caractère personnel dans les registres de baptême, à la suite des conclusions présentées le 1er octobre.

    Les conclusions non contraignantes de l'avocat général de la Cour de l'UE considèrent les évaluations requises par cette affaire comme « complexes » et laissent place, à plusieurs égards, au rôle des juridictions nationales. L'avis évoque également la pertinence de l'autonomie de l'Église et de sa liberté de religion, ainsi que l'importance pour l'Église de la « bonne administration des sacrements ». Néanmoins, sans préjudice d'analyses ultérieures, plusieurs éléments exprimés dans cet avis soulèvent des inquiétudes et des interrogations.

    Les conclusions rejettent pour l'essentiel la solution consistant à ajouter dans l'acte de baptême une mention marginale reflétant la volonté de la personne concernée. L'avocat général s'éloigne ainsi du fait que — à travers divers systèmes juridiques et modèles de relations entre l'État et l'Église — une jurisprudence nationale constante au sein des États membres de l'Union européenne a admis cette pratique comme une solution juridique pleinement adéquate en cas de demande d'effacement concernant les registres de baptême.

    Effacer le prénom et le nom de la personne baptisée de l'acte de baptême prive entièrement l'enregistrement du baptême, en tant que tel, de sa signification, de sa valeur et de sa finalité. Cet aspect crucial semble avoir été négligé. Selon la COMECE, l'avis omet également d'analyser l'impact de l'effacement sur les droits et les intérêts des tiers. De surcroît, les considérations relatives à l'éventuelle détresse émotionnelle qui pourrait résulter de la conservation des données d'une personne dans un registre de baptême ne s'avèrent pas non plus convaincantes.

    La COMECE craint que, si elle était confirmée, l'orientation tracée par ces conclusions ne génère une insécurité juridique considérable pour les responsables ecclésiastiques du traitement des données dans l'ensemble des États membres de l'UE. Cette situation est d'autant plus grave qu'une telle incertitude frapperait les registres de baptême, lesquels constituent un pilier central du fonctionnement et de l'organisation internes de l'Église, et s'avèrent indispensables à l'accomplissement de sa mission.

    Afin d'éviter toute mauvaise interprétation, il importe de souligner qu'aucun droit général ou automatique à l'effacement des données des registres de baptême n'est reconnu dans les conclusions. Lors de sa récente allocution à Metz, le pape Léon XIV, citant l'article 17 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), a rappelé que le principe de laïcité régissant la vie des États présuppose également le respect par les autorités nationales et européennes de l'autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d'organisation, d'expression et de culte.

    La COMECE attend avec intérêt l'arrêt de la Cour de l'UE, attendu dans les prochains mois, et espère qu'il adoptera une ligne plus favorable quant à la protection des registres de baptême contre l'effacement. La Commission des affaires juridiques de la COMECE étudie actuellement ces conclusions en profondeur en vue d'une éventuelle prise de position sur le sujet.
     
  • Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

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    De gènéthique.org :

    Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

    6 octobre 2026

    En 2024 comme en 2025, cette Commission de « contrôle » n’a transmis aucun dossier à la justice. « Dans de rares cas, les déclarations ont été acceptées par la Commission bien que l’un ou l’autre point de procédure n’ait pas été suivi à la lettre, précise-t-elle, mais en s’assurant à chaque fois du respect absolu des conditions essentielles de la loi ». Dans ces situations, les médecins concernés ont « systématiquement » reçu une « lettre didactique », poursuit la Commission qui rappelle qu’elle avait « invité le législateur à ne pas prévoir de sanction pénale pour l’éventuel non-respect d’une condition de procédure ou de forme ».

    3,8% des décès en Belgique

    Sur les deux années analysées dans le rapport, la Commission recense 8478 « dossiers reçus », ce qui représente 3,8% des décès survenus en Belgique, soit une augmentation de 14,5% depuis l’année 2023.

    Même si la plupart des patients étaient âgés de plus de 70 ans au moment de leur euthanasie, 111 avaient moins de 40 ans et 2 étaient même mineurs (cf. Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).

    La part prise par les décès qui n’étaient « pas attendus à brève échéance »[1] est plus que significative : elle atteint 24,2% quand elle n’était que de 10% en 2010. Ces décès « augmentent en volume, principalement en lien avec des polypathologies[2] ».

    L’augmentation fulgurante des « polypathologies »

    En effet, bien que les cancers restent la première pathologie motivant une demande d’euthanasie (51,8% des cas), les polypathologies représentent 28,3% des euthanasies. Leur hausse est frappante : en passant de 1070 à 1327 entre 2024 et 2025, elles ont enregistré une croissance de 24% et représentent 57% des euthanasies pratiquées lorsque le décès n’est pas attendu à brève échéance (cf. Euthanasies en hausse, augmentation des « polypathologies » : la Commission de contrôle belge rend son rapport bisannuel).

    Or, comme le reconnait la Commission, « chez les patients qui ne décéderont pas à brève échéance », selon toute logique, les polypathologies incriminées ne mettent pas la vie du demandeur en danger. Il s’agissait « plus souvent d’affections évolutives généralement non vitales ». « La proportion élevée de patients présentant des maladies du système ostéoarticulaire et des muscles était remarquable, précise le rapport : 61% souffraient d’une polyarthrose douloureuse, accompagnée ou non d’ostéoporose, de fractures par tassement et de troubles de la marche. En outre, 35% présentaient des maladies neurologiques, souvent des séquelles de thromboses cérébrales. Des troubles visuels allant jusqu’à la cécité étaient présents chez 28%, des troubles auditifs allant jusqu’à la surdité totale chez 23%, et des syndromes démentiels chez 14% des patients. »

    Des patients « fatigués de vivre »

    « Les documents d’enregistrement font régulièrement état de fatigue de vivre », relève la Commission. « En pratique, il n’est pas toujours aisé de déterminer si la fatigue de vivre est primaire ou secondaire à l’affection dont souffre le patient et son influence sur la demande d’euthanasie du patient, reconnait-elle. On remarque qu’elle est fréquemment évoquée par des patients atteints de polypathologie, y compris lorsque celle-ci ne met pas directement leur vie en danger et que le décès n’est pas attendu à brève échéance. » Mais « ce n’est que si la fatigue de vivre trouve son origine dans la polypathologie que la demande d’euthanasie peut être évaluée favorablement ».

    Le rapport évoque l’exemple d’un dossier de patient. « Il s’agissait d’une personne octogénaire présentant une polypathologie grave et incurable. La situation médicale se caractérisait par une détérioration fonctionnelle marquée, avec notamment une altération de la motricité fine, une instabilité à la marche, des vertiges, une tendance aux chutes, des douleurs neuropathiques exprimées et une dépendance croissante aux soins. » En somme un ensemble de troubles fréquemment associés à la vieillesse requalifiée en « polypathologie grave et incurable ».

    « Dans ce contexte, la lassitude de vivre apparaissait également comme une composante centrale de sa souffrance, affirme le rapport. Celle-ci résultait d’un long processus de dégradation physique, de perte d’autonomie, de diminution de la qualité de vie et d’épuisement existentiel croissant, lequel persistait malgré un suivi psychiatrique et un traitement antidépresseur. » N’est-ce pas malheureusement la situation de nombreuses personnes âgées ?

    Pourtant le dossier fait état de la « conclusion » du patient : « l’euthanasie constituait « la seule manière d’échapper à sa déchéance progressive et incurable » ». Doublée de celle, sans appel, des médecins, qui estimaient sa souffrance comme « réfractaire et sans issue ». Face à un tel verdict, comment résister à l’« épuisement existentiel » ?

    Des patients psychiatriques souvent jeunes

    Le rapport recense encore 133 euthanasies pour « syndromes démentiels ». « Les euthanasies concernant des patients inconscients[3] ayant fait une déclaration anticipée restent exceptionnelles » (moins de 1%) et « ont même tendance à diminuer ». La Commission avance une explication probable : le champ d’application « très restrictif » de la déclaration anticipée (cf. Belgique : vers l’euthanasie de personnes conscientes mais « incapables de décider par et pour elles-mêmes » ?).

    Un nombre non négligeable d’euthanasies (129, 1,5% du total) a en outre été pratiqué en arguant d’affections psychiatriques : 45 pour dépressions sévères récidivantes ou encore 17 en raison d’un trouble de la personnalité (cf. « Ils m’ont montré que je pouvais servir à quelque chose » : Romain, 25 ans, renonce à l’euthanasie). Ce type d’euthanasie est en augmentation, il est passé de 55 en 2024 à 74 en 2025.

    « L’euthanasie chez les patients souffrant d’une affection psychiatrique reste un exercice d’équilibre délicat entre, d’une part, la difficile appréciation de la résistance thérapeutique et la question du caractère ou non épuisé des traitements pertinents et, d’autre part, l’importance de la souffrance du patient qui, malgré un traitement de longue durée, ne perçoit plus aucune perspective », estime la Commission (cf. Euthanasie pour trouble psychique : aux Pays-Bas et au Canada, des psychiatres sonnent l’alerte). Or pour cette catégorie de patients, la répartition par âge est sensiblement différente : « 29% des patients psychiatriques avaient moins de 40 ans et 10% moins de 25 ans ». Et, dans cette catégorie d’âge, « il s’agissait de troubles de l’humeur, de troubles névrotiques liés au stress, de troubles du comportement et de troubles du spectre de l’autisme » (cf. Autiste et suicidaire, un Belge de 26 ans demande l’euthanasie « surtout pour ses parents »). Donc sans lien avec une éventuelle situation de fin de vie.

    Toujours quelques « euthanasies en duo »

    Le rapport de la Commission d’évaluation dénombre par ailleurs 6 « euthanasies en duo » en 2024, et 7 en 2025. « Les médecins ne sont pas obligés de le signaler », précise l’instance. Aussi, ce nombre pourrait être sous-estimé. Mais pour la Commission de contrôle, « comme ces cas sont inférieurs à 10 par an, il n’est guère souhaitable d’entrer dans les détails » (cf. Euthanasie « en duo » : il met fin à ses jours, elle, « entourée », change d’avis).

    Face à l’avalanche des dossiers, la Commission appelle à « sortir d’un fonctionnement sous tension », tout en recommandant « d’améliorer la disponibilité des produits utilisés pour les euthanasies » et « d’en réduire le coût ».

    Car il ne saurait être question de remettre en cause cette pratique, présentée désormais comme une « option de fin de vie » au même titre que les . Et même quand le patient n’est pas en fin de vie.

    Lorsqu’elle détaille sa « mission », la Commission explique vérifier – qu’entre autres conditions – « le médecin et son patient partagent la conviction qu’il n’y a aucune autre solution raisonnable à sa situation ». Face à la souffrance, à la fragilité, l’abandon serait-il la seule « solution raisonnable » ?

    ___________________

    [1] Lorsque « le décès n’est pas attendu dans les semaines ou les mois qui viennent ». On notera le caractère flou de la définition. Il revient au médecin de décider de quelle catégorie relève son patient et d’adapter la procédure en fonction.

    [2] Selon le rapport de la Commission, il s’agit de l’« association de maladies évolutives et non améliorables, entraînant une perte d’autonomie croissante (parfois jusqu’à une défaillance d’organes) : certaines affections mettent la vie en danger, tandis que d’autres altèrent principalement la qualité de vie ».

    [3] « coma irréversible ou état végétatif persistant »

  • Le cardinal Gambetti laisse une basilique Saint-Pierre écologique mais vidée de son caractère sacré

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    D'Andrea Zambrano sur la NBQ :

    Gambetti laisse une basilique Saint-Pierre écologique mais vidée de son sacré

    Le retour du sens du sacré au sein de la basilique Saint-Pierre est une priorité. Sous la gestion du cardinal Gambetti, le monument a ambitionné d'atteindre la neutralité climatique et une haute efficacité énergétique, mais il a cédé à une « muséification » chaotique et irrespectueuse, entre profanations de touristes et distractions de fidèles.

    Le remplacement du cardinal Mauro Gambetti à la tête de la basilique Saint-Pierre en tant qu'archiprêtre n'aura de sens que si son successeur rompt avec la trajectoire des cinq dernières années. Ce quinquennat a suffi à rompre des équilibres délicats, un échec qui pèse aujourd'hui sur la perception même de l'Église du Pape. Cinq ans ont suffi, notamment à travers la réforme des statuts du Chapitre de Saint-Pierre, pour dénaturer cette institution historique, pourtant indispensable au décorum et à la dignité de la plus importante basilique de la chrétienté.

    C'est pourquoi, si le profil que le pape Léon XIV a en tête n'impose pas un virage radical dans la gestion du Chapitre, la « rétrocession » de l'ingénieur franciscain au rang d'évêque de Chieti restera une occasion manquée. Sous la direction de Gambetti, les bouleversements se sont accélérés, visibles au quotidien sous la colonnade de Bernin et préjudiciables à la ferveur des fidèles.

    Une restructuration administrative contestée

    Le cœur du problème réside dans la révision des statuts capitulaires. Celle-ci a réduit le nombre de chanoines à quelques dizaines, les écartant de leur mission séculaire : veiller sur la liturgie et le fonctionnement de la Fabrique de Saint-Pierre. Ils ont parfois été remplacés par des parvenus incapables de mesurer la gravité de leur charge.

    Marqué par le projet controversé de bistrot sur les toits de Saint-Pierre (achevé mais non encore inauguré en septembre dernier), le mandat de Gambetti incarne pour certains les excès de l'idéologie bergoglienne. Parmi ses mesures les plus contestées :
    • Limitation des mandats des chanoines à 5 ans seulement.
    • Mise à la retraite d’office à 80 ans.
    • Retrait des stalles des chanoines de la zone presbytérale (un geste qualifié de « vulgaire » par certains prélats de la Curie).
    • Plafonnement des salaires et des retraites des chanoines à 1 800 euros.
    • Soumission du Chapitre à la Fabrique de Saint-Pierre, appauvrissant de fait sa mission spirituelle.
    De la dévotion au tourisme de masse

    Ce « désencombrement pastoral » arbitraire a profondément affecté la vie liturgique de la basilique. Par ricochet, la sensibilité des fidèles s'est émoussée et les touristes peinent désormais à y percevoir le sacré, favorisant une transformation du lieu en simple musée. Pour s'inscrire dans la dynamique de révision voulue par le pape, il faudrait avoir le courage de révoquer ces statuts — pour l'instant adoptés ad experimentum (à l'essai) — et de rétablir ceux de Saint Jean-Paul II. Non par passéisme, mais par pure nécessité.

    Sous l'ère Gambetti, les messes quotidiennes ont été drastiquement réduites. Surtout, les célébrations privées dans les chapelles latérales ont été supprimées. C'étaient pourtant elles qui conféraient à la basilique, dès l'aube, cette atmosphère de grave sacralité aujourd'hui disparue. De plus, ne maîtrisant pas le latin, Gambetti a supprimé les offices dans cette langue.

    La mise en place d'une file d'attente dédiée exclusivement aux fidèles venus pour prier crée un contraste saisissant : une voie presque toujours déserte qui jouxte le flux ininterrompu et bruyant des touristes. Une véritable « vivisection de supermarché », selon un Mgr de la Curie.

    Le constat d'une crise du sacré

    Une fois franchie la porte de Filarète, les visiteurs adoptent tous les comportements possibles, sauf celui de réaliser qu'ils entrent dans un lieu de culte. Rares sont ceux qui font un signe de croix ou une génuflexion. Le balai des touristes occupés à des selfies improbables, des photos de mode ou des appels téléphoniques bruyants a réduit Saint-Pierre à un grand souk. Le sacré n'y est pas totalement exclu, mais il est relégué au second plan, réservé à ceux qui font l'effort de le chercher.

    Il n'est pas surprenant que sous la gestion Gambetti, en parallèle des travaux d'efficacité énergétique pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2030, les profanations se soient multipliées. Certaines ont été spectaculaires, comme cet individu déséquilibré urinant au pied des colonnes de Bernin ; d'autres, plus diffuses mais tout aussi graves, concernent la gestion désinvolte de la Sainte Communion lors des messes de grande affluence. Même l'acte de réparation qui a suivi s'est déroulé dans la confusion.

    Rendre à Saint-Pierre sa dimension de lieu saint — que les touristes, même non catholiques, doivent réapprendre à respecter — est la condition sine qua non pour restituer sa dignité à un édifice qui est bien plus qu'une simple église. Elle est aujourd'hui le miroir de la crise profonde du sacré que traverse l'Église dans ses structures. Pour inverser la tendance, il faudra du courage, de la volonté et de la fermeté pour restaurer le décorum. Car la liturgie, pour parodier le Pie XIII (personnage principal fictif de la série télévisée The Young Pope ndb) de Sorrentino, doit redevenir un travail exigeant.

    Lire également : L' « opération Gambetti » du pape Léon a-t-elle une signification particulière ?

  • Les Frères Musulmans, « sève vitale de l'islamisme mondial » (la Petite Feuille Verte)

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    D'Annie Laurent sur la Petite Feuile Verte (n°113, octobre 2026) :

    LES FRÈRES MUSULMANS, « SÈVE VITALE DE L’ISLAMISME MONDIAL »

     

    Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans (photo Commons Wikipédia)

    Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans (photo Commons Wikipédia)

    Après avoir exposé les circonstances contemporaines qui ont produit l’émergence d’une distinction entre les termes « islam » et « islamisme », ce dernier mot étant désormais appliqué à la dimension idéologique de la religion musulmane (cf. PFV n° 112), il convient d’en examiner les étapes historiques, les fondements doctrinaux et leur mise en œuvre. 

    Notons d’abord que l’islamisme n’est pas uniforme. D’une part, il se développe au sein des deux principales branches de l’islam (sunnisme et chiisme) avec des particularités propres à chacune d’elles ; d’autre part, il se répartit en plusieurs écoles (avec des noms variés) qui rivalisent entre elles ou s’entraident pour atteindre l’objectif qui leur est commun : le triomphe universel de l’islam. 

    L‘Europe n’est donc pas exclue de ce programme qui s’y impose sous l’influence principale des Frères musulmans (FM), « la sève vitale de l’islamisme mondial » selon Zidane Meriboute, docteur en relations internationales, cité par Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi dans leur livre Le projet (éd. L’Artilleur, 2019, p. 21). Ces spécialistes sont rejoints dans leur recherche par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blacker, également auteur d’un ouvrage de référence, Le frérisme et ses réseaux, l’enquête (éd. Odile Jacob, 2023), titre qui évoque l’universalisme des FM.

     

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  • France : « Tout est spirituel »

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    D'Emmanuel Tourpe sur Facebook :

    « Tout est spirituel » : cela me paraît plus profond pour comprendre la France d’aujourd’hui que le célèbre « tout est politique » de Gramsci. Je ne parle même pas ici de religion mais je prends spirituel en son sens natif : ce qui relève de l’esprit, et non de l’extériorité de l’histoire.

    Nous avons devant les yeux dans la même semaine, touchant la même génération, deux images exactes d’une lutte spirituelle intense dans l’âme française. Presque un tableau de Jérôme Bosch ou un chapitre de Dante: le chaos du cœur ou l’élévation des âmes. La géhenne des haines et des frustrations face au surmontement des peurs individuelles et au choix de voir le tout du destin commun. Il n’y a pas deux France qu’on pourrait opposer dans l’actualité médiatique : mais un conflit en nous tous, chez chacun de nous, dans nos cœurs français. Nous portons ces deux France en nous-mêmes.

    Stade de France il y a une semaine : un idéal, comme tous les idéaux forcément un peu embelli voir fantasmé, donnant le sens de l’histoire passée pour ressourcer l’avenir. Une semaine après - wesh : un désordre monumental, né d’un empilement de revendications assez vagues, de reprises ultra gauchistes, de vrais casseurs et de violences de tous bords. Chaque image d’émeute ou lycée brûlé renforçant les votes extrémistes.

    Cette France prise entre deux anges - Danielou parlait à raison jadis de la réalité des « Anges des nations » - c’est une guerre intime, profondément spirituelle avant d’être politique. Cette France de 2026 au bord du gouffre, guettée par les hedge funds rapaces, à deux doigts de la faillite comme de l’anarchie ou la tyrannie, c’est nous.

    C’est nous pris dans les tentations et les grands désirs. Le bon et le mauvais ange. C’est l’histoire d’une âme française qui est au désert, tentée par l’avoir sans effort, le pouvoir immérité et la gloire sans talent. C’est un défi spirituel que vit la France tout entière : devant l’énormité du monde qui vient, entre déclassement occidental, vieillissement brutal, démographie nulle, assimilation ratée, dette ingérable, polarisations partout, individualisme forcené, l’âme française est acculée à un choix intérieur plus que politique. « Une sorte de sérieux sans pitié, de force brutale, le développement intérieur qu’il faut pour s’affronter à l’énorme - tout ce qui est exigé ici c est j’en ai peur ce qu’il n’a pas. Le temps du déclin rend toujours triste » (Guardini, Lettre du lac de Côme.)

    C’est un défi qui est lancé à chacun de nous devant le danger réel désormais de la chute. Le déclin n’est pas certain : son risque l’est absolument. Devant les échéances présidentielles qui s approchent c’est bien à une retraite intérieure que chaque français est invité : devant les forces en présence, qu’est ce donc que je choisis entre les valeurs possibles ? L’individu dans ses frustrations et ses capitulations ou le ressort du plus haut, du meilleur ? Depuis des années nous n’avons plus su choisir ; or tout ange est terrible et appelle une décision. Il impose soit un renoncement aux petitesses, soit un abaissement de toute noblesse.

    En dézoomant des émeutes on voit une France qui continue à vouloir que les choses se calment, que la justice se pose, que le dialogue s’installe et que surtout par un effort collectif on prenne au sérieux les enjeux profondément spirituels du chaos politique et de ce que nous pouvons encore lui opposer. Ignace appelle ce temps de recul une « élection ».

    Faisons élection avant les urnes : quelles valeurs voulons nous et non pas quels intérêts défendre ? Quelle transformation intérieure, quelle humanité, quelle citoyenneté régénérée - ou dégénérée, c’est un possible - voulons-nous ? C’est un choix profondément moral et qui concerne chacun autant que tous. Les civilisations sont mortelles, la France est mortelle : ou bien peut suivre l’Ange du meilleur, du ressaut, du sursaut, de la paix collective et du bien commun.

    Dans ces conditions, et alors seulement, « le seul véritable homme politique sera celui qui comprendra les forces en présence et les formes génératrices d’ordre en tenant compte de leur rapport réciproque, qui les sentira et sera capable de les faire jouer » (Guardini, Lettres du Lac de Côme).
  • RCF en Belgique : l’Église baisse-t-elle le micro ?

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    RCF en Belgique : l’Église baisse-t-elle le micro ?

    Après la disparition de 1RCF Belgique, la fermeture annoncée de RCF Bruxelles et le désengagement financier du diocèse de Namur, le réseau RCF est confronté à une question qui dépasse largement le destin de quelques stations de radio : l’Église catholique belge veut-elle encore parler au monde par ses propres médias ?

    Il y a quelque chose de paradoxal dans la situation actuelle. Au moment où l’Église déplore souvent sa difficulté à faire entendre sa voix dans une société saturée de messages, elle se retire progressivement de l’un des moyens les plus simples de cette présence : la radio.

    Le constat est désormais difficile à éluder. 1RCF Belgique a disparu. RCF Bruxelles cessera d’émettre en janvier 2027. RCF Sud Belgique sait déjà que le soutien financier du diocèse de Namur prendra fin en décembre 2027. RCF Liège continue, mais dans un environnement où le soutien institutionnel aux radios chrétiennes n’est plus une évidence.

    Ce n’est donc plus une succession de décisions isolées. C’est un mouvement.

    Une radio nationale abandonnée

    Le destin de 1RCF Belgique est à cet égard emblématique. Le projet avait une ambition claire : donner à la Belgique francophone une voix chrétienne capable de dépasser les frontières diocésaines.

    Il n’aura finalement pas résisté aux contraintes financières et aux nouvelles priorités institutionnelles.

    Avec sa disparition, l’Église belge a perdu non seulement une radio, mais aussi une ambition médiatique nationale.

    Or une Église qui renonce à ses propres moyens de communication ne peut ensuite s’étonner de voir son message dépendre entièrement de médias qui ne partagent pas nécessairement ses catégories, ses priorités ou sa vision de l’homme.

    Bruxelles : trente ans qui s'achèvent

    Le cas de RCF Bruxelles est encore plus symbolique.

    Trente années d’existence et, bientôt, le silence.

    La capitale belge — et européenne — ne disposera bientôt plus de cette voix radiophonique chrétienne. Ce n’est pas un détail. Bruxelles est précisément l’un des lieux où les questions de société, de culture, de politique et de liberté religieuse se croisent quotidiennement.

    Et c’est là que le paradoxe devient presque cruel : l’Église perd une voix dans la capitale au moment même où elle aurait intérêt à en avoir davantage.

    Sud Belgique : la dernière chance ?

    RCF Sud Belgique offre cependant un autre scénario.

    Le diocèse de Namur ne supprime pas brutalement la radio. Il réduit progressivement son aide : 42 000 euros aujourd’hui, 21 000 euros en 2027, puis zéro à partir de la fin de 2027.

    La radio veut relever le défi et rechercher d’autres ressources.

    Cette stratégie pourrait fonctionner. Elle pourrait aussi annoncer une transformation profonde : une radio autrefois soutenue par l’institution ecclésiale devra désormais convaincre directement ses auditeurs de payer pour qu’elle continue d’exister.

    C’est à la fois une menace et une opportunité.

    Une menace, parce que les dons ne remplacent pas automatiquement un financement institutionnel.

    Une opportunité, parce qu’une radio qui dépend davantage de ses auditeurs peut aussi devenir plus autonome, plus enracinée dans son territoire et plus attentive aux attentes de son public.

    Et RCF Liège ?

    C’est évidemment la question qui se pose dans la région liégeoise.

    RCF Liège n’est pas condamnée. Elle continue à émettre et dispose d’un ancrage régional réel.

    Mais il serait imprudent de considérer sa situation comme définitivement acquise.

    Les exemples de Bruxelles et de Namur montrent que le paysage peut changer rapidement lorsque les diocèses redéfinissent leurs priorités.

    La question n’est donc pas seulement : RCF Liège est-elle aujourd’hui en bonne santé ?

    Elle est plutôt : le diocèse de Liège considère-t-il encore cette radio comme un instrument stratégique d’évangélisation et de présence chrétienne dans la société ?

    Car une radio chrétienne n’est pas simplement une entreprise médiatique parmi d’autres.

    Elle est un lieu où l’Église peut parler de Dieu, de la foi, de la culture, de la famille, de la vie, de la mort, de la politique, de la justice, de l’éducation ou de la société sans demander à un média extérieur la permission de choisir ses sujets et son angle.

    Le paradoxe de la « présence »

    Depuis quelques années, l’Église insiste à juste titre sur la nécessité de sortir de ses murs, d'aller à la rencontre des périphéries, de dialoguer avec la société et de rejoindre les hommes là où ils se trouvent.

    Mais la radio est précisément l'un de ces lieux.

    Elle entre dans les maisons, les voitures, les cuisines, les bureaux. Elle accompagne les personnes seules. Elle peut toucher des auditeurs qui ne franchiront jamais la porte d’une église.

    Alors pourquoi se retirer ?

    Bien sûr, il serait absurde de nier les difficultés économiques du secteur radiophonique. Le numérique bouleverse les habitudes, les audiences se fragmentent et les ressources financières sont rares.

    Mais c’est précisément dans une époque de concurrence médiatique que la question d’une voix chrétienne propre devrait être posée avec davantage de sérieux, et non avec moins.

    De la radio au numérique : attention au faux choix

    On objectera que l’avenir est numérique : podcasts, vidéos, réseaux sociaux, plateformes et médias en ligne.

    C’est vrai.

    Mais il serait dangereux d’opposer artificiellement la radio au numérique. Une radio moderne peut produire des podcasts, alimenter les réseaux sociaux, filmer ses émissions, créer des contenus vidéo et toucher ainsi plusieurs générations.

    Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut choisir la radio ou Internet.

    Il est de savoir si l’Église veut encore investir dans des médias capables de porter une parole chrétienne identifiable.

    Le silence n’est jamais neutre

    La disparition progressive des radios RCF ne provoquera probablement aucun grand scandale. Pas de manchettes nationales. Pas de manifestations. Pas de crise institutionnelle.

    Une fréquence s’éteindra ici. Une autre là. Un studio fermera. Quelques émissions disparaîtront.

    Et puis le silence.

    Mais le silence médiatique n’est jamais complètement neutre. Quand une voix cesse de parler, d’autres voix occupent immédiatement l’espace qu’elle abandonne.

    C’est pourquoi la question posée par RCF dépasse largement la comptabilité de quelques stations.

    L’Église belge est-elle en train de se convaincre qu’elle n’a plus besoin de ses propres médias ?

    Si tel est le cas, il faut au moins avoir le courage de le dire clairement.

    Car une Église qui veut évangéliser sans médias, dans une société où les médias façonnent une part considérable de l’imaginaire collectif, risque de découvrir un jour une évidence assez simple : on ne peut pas vouloir être entendu tout en abandonnant progressivement les instruments qui permettent de parler.

    (avec l'IA)

  • Le cardinal Müller appelle à renouer avec la prière quotidienne du chapelet : « Il ne doit pas être relégué au fond d’un tiroir »

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    D'InfoVaticana :

    Müller appelle à renouer avec la prière quotidienne du chapelet : « Il ne doit pas être relégué au fond d’un tiroir »

    5 octobre 2026

    Le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a présidé le 4 octobre à Lublin (Pologne) une célébration à l'occasion de la fête patronale de l'église Notre-Dame-du-Rosaire.

    Dans son homélie, Müller a rappelé la bataille de Lépante et l’origine de la fête de Notre-Dame du Rosaire, a médité sur la place de la Vierge Marie dans l’histoire du salut et a encouragé les fidèles à renouer avec la prière quotidienne du rosaire.

    « Le chapelet ne doit pas rester oublié au fond d’un tiroir », a affirmé le cardinal, qui a recommandé de l’emporter avec soi et de recourir à cette prière tout au long de la journée : « Lors d’un voyage, en se promenant ou dans la fatigue silencieuse de l’après-midi ».

    Homélie du cardinal Gerhard Müller

    Son Excellence l’archevêque Stanisław, cher curé Marek, chers frères prêtres, chères religieuses, chers frères et sœurs dans le Christ, le Seigneur :

    Je suis très heureux de pouvoir présider ici, à Lublin, la célébration en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire. Pour comprendre pleinement la puissance du rosaire, il faut remonter à l’année 1571, plus précisément au 7 octobre, lorsque le destin de notre foi et de notre liberté s’est joué dans les eaux du golfe de Corinthe, lors de la bataille navale de Lépante. La situation était dramatique. La flotte chrétienne, dite la « Sainte Ligue », était largement inférieure en nombre, moins bien armée et semblait vouée à la défaite. D’un point de vue humain, il n’y avait aucune perspective de victoire.

    C’est alors que le pape de l’époque, saint Pie V, fit quelque chose qui, aux yeux des stratèges militaires, pouvait sembler une folie. Au lieu de rechercher uniquement des alliés terrestres, il appela toute l’Europe à une mobilisation spirituelle. Il demanda à chaque cardinal, à chaque prêtre, à chaque mère, à chaque père et à chaque enfant de prendre son chapelet.

    Le jour de la bataille, les rues de Rome et d’autres villes se remplirent de personnes qui, à genoux, imploraient Marie de leur accorder le salut. Le pape Pie V lui-même priait dans ses appartements du Vatican.

    C’est alors qu’un miracle, que les historiens continuent de décrire encore aujourd’hui, s’est produit : un changement soudain de vent. Au moment décisif de la bataille, le vent, qui jusqu’alors soufflait en faveur des voiles des envahisseurs et repoussait les navires chrétiens, a brusquement changé de direction.

    Au même moment, à Rome, le pape Pie V interrompit son travail, s’approcha de la fenêtre et son visage s’illumina. Il s’adressa à ses secrétaires et dit : « Notre Seigneur nous a accordé une grande victoire. Rendons grâce à Dieu. »

    La nouvelle de la victoire navale ne parvint à Rome que plusieurs jours plus tard et confirma exactement les paroles du pape.  En signe d’action de grâce pour cette extraordinaire délivrance, le pape fit du 7 octobre la fête de Notre-Dame de la Victoire. Deux ans plus tard, son successeur, le pape Grégoire XIII, rebaptisa cette journée « fête de Notre-Dame du Rosaire », que nous continuons à célébrer aujourd’hui encore.

    La victoire de Lépante n’est pas le fruit de généraux de génie ni de canons plus performants. Elle est le fruit de la prière adressée à la Mère de Dieu. Car Marie est, après Jésus, Fils de Dieu et unique Rédempteur du monde, la personne la plus importante de l’histoire du salut. Par son « oui », en réponse à l’annonce de l’ange, elle est devenue, dans une disponibilité fidèle, la Mère du Fils éternel de Dieu : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). C’est de Marie que le Verbe éternel, qui avec le Père et le Saint-Esprit est un seul Dieu, a pris notre nature humaine.

    Marie est un personnage historique, une personne réelle, une fille d’Israël. Mais qui est-elle pour Jésus et que signifie-t-elle pour nous, son Église ? On ne peut l’interpréter uniquement à travers des métaphores mythologiques ou des vérités existentielles intemporelles. Ce qui est déterminant, c’est de comprendre son rôle dans la perspective du plan divin du salut, que Dieu a réalisé historiquement en Jésus-Christ. Dans le sein de la Mère de Dieu, le Fils éternel de Dieu revêt notre chair et habite pendant neuf mois dans son corps ; elle le porte sous son cœur. Jésus-Christ, le Dieu-homme, reste présent au milieu de son peuple et de tous les peuples qui rejoignent son Église pour former une seule famille de Dieu.

    Marie est, en outre, le modèle originel de l’Église. Elle est la disciple éminente et exemplaire de son Fils. Elle constitue pour nous un exemple lumineux d’amour de Dieu par-dessus tout et d’amour du prochain comme soi-même. Le jour de la Pentecôte, après que le Seigneur ressuscité se fut assis à la droite du Père, Dieu a envoyé l’Esprit Saint sur les apôtres, qui s’étaient préparés à cet événement, au début de l’histoire de l’Église, aux côtés de Marie, la Mère de Jésus.

    Les Pères du Concile Vatican II résument ainsi la mission de Marie dans l’histoire du salut :
    « Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, une fois achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste et exaltée par le Seigneur comme Reine de l’univers, afin qu’elle ressemble plus pleinement à son Fils, Seigneur de ceux qui règnent et vainqueur du péché et de la mort » (Lumen gentium, 59).

    C’est pourquoi, en tant que membres du Corps du Christ en pèlerinage vers la Jérusalem céleste, nous pouvons lui adresser nos supplications. Car elle est avec le Christ au ciel. À la tête de la communion de tous les saints, elle unit ses prières aux nôtres. C’est ainsi qu’ielle nous confie, nous-mêmes, nos familles, notre peuple, tous les peuples et toute l’Église à Dieu le Père par son Fils dans l’Esprit Saint.

    La vénération liturgique et privée de Marie, de dont le sein est né le salut du monde, nous montre clairement qu’il n’existe aucune relation avec Dieu en dehors de l’Église visible, le Corps du Christ. « Celui qui n’a pas l’Église pour Mère ne peut avoir Dieu pour Père » (De unitate Ecclesiae, 6). C’est ainsi que l’a formulé le saint évêque Cyprien de Carthage face à tous ceux qui se séparent de l’Église, leur Mère, que ce soit par orgueil ou même par déception face aux faiblesses humaines de ses représentants.

    En tant qu’Épouse et Corps du Christ, ainsi que temple du Saint-Esprit, l’Église est la présence sacramentelle de la Parole de Dieu, qui a pris notre chair de Marie et a habité parmi nous. C’est là que s’accomplit la plus grande union de toute l’histoire. Marie est la véritable image et le modèle éternel de l’accomplissement de la volonté de Dieu, qui veut toujours notre salut et notre bonheur.

    Chers frères : c’est pourquoi le chapelet ne doit pas rester oublié au fond d’un tiroir. Il doit avoir sa place dans notre poche, dans notre sac ou près de notre lit. Prenons-le tout au long de la journée : pendant un voyage, en se promenant ou dans la fatigue silencieuse de l’après-midi. Notre-Dame du Rosaire attend notre petit « Je vous salue Marie ». Confions-lui, à chaque grain que nous faisons passer entre nos doigts, nos soucis, nos familles et notre avenir.

    Amen.

  • La révolution française inachevée du pape Léon

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    La révolution française inachevée du pape Léon

    5 octobre 2026

    Les foules immenses qui se sont rassemblées pour accueillir le pape Léon partout en France ont surpris tout le monde – et pas le moins, hélas, les évêques français. Espérons que sa visite aura des effets encore plus grands. Mais à peine quelques jours plus tard, la France est en proie à des émeutes et des incendies généralisés, que l’on présente à tort comme des « troubles étudiants », alors qu’il s’agit en réalité d’une opération d’extrême gauche avec des collaborateurs islamistes. Dans le message que le pape a lu lors de sa réception par le président français Emmanuel Macron, Léon a proposé ce que l’on ne peut appeler autrement que des « corrections » aux trois termes (liberté, égalité, fraternité) qui ont marqué la Révolution française. C’était un geste audacieux, mais il doit l’être encore davantage pour remédier à ce qui afflige la France et une grande partie de l’Occident.

    Si l’on nous le demandait (on ne retient pas son souffle), on dirait que Léon ferait bien d’aller beaucoup plus loin et de faire de cela un projet pour tout son pontificat. Car, comme le bienheureux Fulton Sheen – lui aussi récemment dans l’actualité – l’avait déjà vu dans son livre de 1938 Liberty, Equality, and Fraternity, sous ces mots apparemment simples et bons, des développements pervers ont surgi dès le début.

    Les révolutionnaires français ont commencé par utiliser la guillotine et d’autres instruments de terreur de masse contre les figures religieuses, puis – comme la nuit suit le jour chez ceux que la politique rend radicalement fous – les uns contre les autres.

    Cela ne s’est pas arrêté là. Dans les premières années du XXe siècle, un gouvernement socialiste radical sous Émile Combes a pris possession de toutes les cathédrales, monastères, couvents, sanctuaires et autres édifices religieux de France, a fermé 10 000 écoles religieuses et a contraint de nombreux prêtres et religieux à l’exil. Dans certains récits, on présente cela simplement comme la « séparation de l’Église et de l’État » en France. Mais, comme le grand Charles Péguy l’a dit, c’était en réalité une trahison de ce que le socialisme français lui-même prétendait – un plus grand respect pour les êtres humains qu’auparavant – en persécutant, en somme, les gens « pour avoir dit leurs prières ».

    Et aujourd’hui, comme Léon l’a souligné, l’interprétation « humaniste » des trois idéaux a conduit, entre autres maux, à la monstruosité de l’avortement inscrit dans la Constitution française comme un droit fondamental et à l’euphémisme orwellien de « droit de mourir » (c’est-à-dire la médication létale).

    Pour mémoire, partout où l’avortement – le meurtre délibéré de la vie humaine dans le ventre – est confondu avec la « liberté » et érigé en droit fondamental, nous nous plaçons au même niveau moral que le pire de l’histoire humaine : Cananéens, Ammonites, Aztèques, Soviétiques, maoïstes, Khmers rouges, et bien d’autres. Pas d’égalité ni de fraternité pour ces innocents à naître que nous tuons, année après année, en nombres bien plus grands que les monstres historiques.

    Fulton Sheen comprenait déjà, il y a des décennies, que de telles choses découlent de fausses notions de « liberté ». Les Pères fondateurs américains, eux aussi, mettaient en garde contre la « licence », cette fausse croyance selon laquelle la liberté consiste à faire tout ce que l’on veut. Sheen : « Le libéralisme a détruit la liberté en dispensant l’individu de ses responsabilités sociales ; le communisme et le fascisme détruisent la liberté en asservissant l’individu à la volonté d’un dictateur. »

    La vraie liberté, affirmait Sheen, s’apparente au juste milieu d’Aristote (et de l’Église) : non pas simplement quelque chose à mi-chemin entre les deux, mais un « et… et » qui est tout autre chose que l’un ou l’autre.

    De même, l’« égalité » au sens moderne détaché se transforme inévitablement en ce que nos gourous de la DEI appellent « équité », où les individus ne sont plus simplement traités de manière égale, mais où les industrieux et les paresseux, les vertueux et les vicieux, une « race » ou un groupe ou un autre, doivent être rendus statistiquement égaux par la tyrannie d’État et l’ostracisme social.

    Le remède réside dans la juste compréhension de la « fraternité » – la fraternité et la sororité telles que Dieu les a voulues, et non les substituts idéologiques : citoyen, tovaritch, compañero, les « woke » – qui aiderait aussi à corriger les notions modernes erronées de liberté et d’égalité.

    Léon l’a formulé ainsi à la France moderne :

    « Que votre liberté grandisse dans le souci constant du bien commun. Que votre fraternité embrasse toute la famille humaine. Et que l’égalité à laquelle vous aspirez soit toujours bâtie sur les fondements de la justice et de la charité – non pas en effaçant les différences entre les personnes, mais en leur permettant de s’épanouir harmonieusement pour le bien de la société tout entière. »

    C’est un bon début, mais ce n’est pas suffisant. Certaines des choses que Léon a déjà mises en avant dans son pontificat – une immigration de masse encore plus importante, moins de « peur de l’islam », la résistance à l’« extrême droite » (c’est-à-dire aux réactions populistes face au désordre social et à la violence), et un christianisme « désarmé et désarmant » – jouent le jeu des forces qui détruisent le bien commun.

    Il était sur un terrain plus solide en affirmant que l’égalité doit être établie non pas seulement sur la charité – et une charité qui n’a pas été réduite à de la simple gentillesse et à l’évitement des conflits – mais sur la justice. La vraie justice implique inévitablement une juste appréciation de la vérité – sur le monde, l’homme et Dieu. Les substituts idéalistes ou idéologiques à la vérité ont un bilan terrifiant. Et pas seulement en France.

    Il y a une meilleure voie.

    Un journaliste a demandé au pape, lors de la conférence de presse en vol (une pratique périlleuse que le Vatican ferait bien de suspendre), s’il n’avait pas empiété sur le terrain politique en France. Il a hésité un instant, puis a retrouvé ses marques, affirmant que s’il peut y avoir une juste séparation de l’Église et de l’État, les groupes religieux, comme les non-religieux, ont le droit de parler de politique.

    Et d’ailleurs : « Je suis venu avant tout pour prêcher l’Évangile, pour prêcher la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ Lui-même dit lorsqu’Il dit “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, pour dire la vérité que Jésus nous offre… Donc, je dirais, si c’est de la politique, je l’ai fait, mais ce n’était pas pour m’immiscer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit vraiment. »

    Certains progressistes français ont exprimé leur « crainte » face à l’enthousiasme suscité par la visite du pape ; d’autres ont déploré le pouvoir que l’Église catholique possède encore d’attirer les masses. En vérité, la plupart des paroles du pape ont été applaudies parce qu’elles étaient compatibles, trop compatibles, avec la compréhension libérale actuelle de la vie humaine et de la société.

    Mais il y avait une différence – la différence que fait le Christ. Et même sous une forme encore en développement, elle surpasse tout le reste.

  • Le pape Léon XIV et l’Europe

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    De Filip Mazurczak sur le CWR :

    Le pape Léon XIV et l’Europe

    Le retour de Léon XIV vers l’Europe, contrairement à ce qu’avait fait le pape François, est une bonne nouvelle à plusieurs titres.

    3 octobre 2026

    Lors du conclave de 2013, de nombreux cardinaux électeurs européens ont probablement voté pour Jorge Mario Bergoglio, Argentin d’origine italienne, dans l’espoir qu’il jetterait un pont entre l’Europe, berceau traditionnel de l’Église, et les Amériques, où vivent aujourd’hui la moitié des catholiques du monde. Nombre d’entre eux ont donc sans doute été déçus de constater que le pape François accordait si peu d’attention au Vieux Continent.

    Le pape Léon XIV, en revanche, redonne rapidement à l’Europe toute sa place, en effectuant avec succès des visites pastorales à Monaco, en Espagne et en France. Ce changement est bienvenu, et ce pour plusieurs raisons.

    Il existe aujourd’hui un pays où le nombre de baptêmes d’adultes et d’adolescents a triplé en seulement quatre ans. La Bible y est devenue un best-seller, tout comme la dernière encyclique du pape. Les vocations sacerdotales sont en hausse, et la théologie devient une filière universitaire de plus en plus prisée, malgré le déclin des inscriptions dans les sciences humaines à travers le monde, les jeunes se tournant davantage vers les études d’ingénieur, l’informatique ou l’intelligence artificielle. La récente visite du pape Léon XIV dans ce pays a été un franc succès.

    Ce pays n’est ni le Nigeria, ni l’Ouganda, ni les Philippines ; il ne fait même pas partie du Sud global. Je parle de la France.

    Pour quiconque possède quelques connaissances historiques, la France est connue pour son laïcisme particulièrement affirmé depuis la Révolution de 1789. La laïcité a inspiré des mouvements laïcistes dans le monde entier, et pas seulement en Occident, dans cette région historiquement chrétienne. Le père fondateur de l’État turc moderne, Atatürk, s’est par exemple inspiré du modèle français pour bâtir la première société musulmane dotée d’un gouvernement explicitement antireligieux.

    En 1980, le pape saint Jean-Paul II déclarait, sur la terre de sainte Jeanne d’Arc, de sainte Bernadette et de sainte Thérèse de Lisieux : « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait de ton baptême ? » Pourtant, le pape polonais n’a pas renoncé à la France, pas plus que son successeur allemand, qui s’y rendit en 2008. Jean-Paul II a visité la France à huit reprises, plus que tout autre pays à l’exception de sa Pologne natale, et il y a nommé comme évêques des figures emblématiques de la nouvelle évangélisation, notamment le regretté cardinal Jean-Marie Lustiger, lui-même converti du judaïsme.

    L’évolution récente de la situation française montre que l’attention portée à ce pays, qui semblait encore récemment constituer un cas désespéré du point de vue de l’Église, était pleinement justifiée. La France n’est d’ailleurs pas le seul pays européen où le catholicisme connaît actuellement un renouveau.

    En Irlande, comme en France, dans cette nation aux profondes racines catholiques où la foi paraissait autrefois irrémédiablement perdue, la génération Z est désormais davantage susceptible de se déclarer catholique et d’assister à la messe que la génération Y. En Espagne, la proportion de jeunes adultes se déclarant catholiques est en constante augmentation. Dans des régions traditionnellement protestantes comme la Scandinavie et le Royaume-Uni, la forte progression du nombre de catéchumènes catholiques remet en cause les effets durables des réformes de Martin Luther et d’Henri VIII.

    Et, même s’ils ne sont pas à l’abri de la sécularisation, des pays comme la Pologne, la Croatie, la Slovaquie, l’Ukraine, ravagée par la guerre, et, dans une certaine mesure, l’Italie, notamment dans ses régions méridionales, conservent des cultures catholiques relativement intactes.

    Autrement dit, l’Esprit Saint n’a pas renoncé à l’Europe.

    Pourtant, durant le pontificat de François, on aurait parfois pu le croire. En 2013, l’élection du premier pape non européen depuis plusieurs siècles fut interprétée par beaucoup comme le début d’une Église désormais « post-européenne ». Et François a, dans une certaine mesure, agi en conséquence.

    Le pape argentin effectua sa première visite pastorale en Albanie, un an et demi après son élection. Il s’agissait d’une forme de justice historique, car ce petit pays à majorité musulmane — qui compte néanmoins une importante minorité catholique — n’avait reçu qu’une seule visite papale auparavant : celle, d’une journée, de Jean-Paul II en 1993.

    Pourtant, François n’a jamais mis les pieds dans plusieurs pays européens comptant d’importantes populations catholiques et possédant un riche patrimoine catholique. Il ne s’est jamais rendu en Autriche, en Croatie ni en Slovénie. Bien que la situation de la foi en Allemagne soit déplorable, près de vingt millions de catholiques vivent dans le pays natal de Benoît XVI. Ils auraient certainement eu besoin du soutien d’un pape, mais n’en ont jamais reçu de son successeur immédiat.

    Le Royaume-Uni est certes historiquement une nation protestante, mais il abrite des millions de catholiques qui ont dû se rendre à Rome pour rencontrer leur pape. Il en va de même pour les millions de catholiques ukrainiens. L’invasion russe à grande échelle n’a commencé que près de neuf ans après le début du pontificat de François ; auparavant, aucun problème de sécurité majeur n’empêchait une visite papale, par exemple à Kiev ou à Lviv.

    La France, elle non plus, n’a jamais bénéficié d’une véritable visite papale sous François. Celui-ci n’a effectué qu’une visite d’une journée en Corse. Il s’est certes exprimé au Parlement européen à Strasbourg et a prononcé, devant les évêques réunis à Marseille, un discours consacré notamment à la nécessité d’accueillir les migrants en Méditerranée, mais ces deux événements étaient fermés au public.

    L’affront le plus surprenant fut sans doute celui infligé à l’Espagne, pays qui compte quarante-cinq millions de catholiques baptisés. Cette nation a apporté la foi à la région d’origine de François en Amérique latine et a donné naissance à d’innombrables saints et ordres religieux, parmi lesquels la Compagnie de Jésus, fondée par le pape argentin. À titre de comparaison, Benoît XVI s’est rendu à trois reprises dans ce pays ibérique au cours de son pontificat, pourtant relativement court — huit années.

    Lorsque François se rendait dans un pays européen comptant des millions de catholiques, ce n’était souvent pas pour y effectuer une véritable visite pastorale, mais pour présider des événements internationaux de l’Église, comme la Rencontre mondiale des familles en Irlande ou les Journées mondiales de la jeunesse en Pologne — François ne s’est même jamais rendu à Varsovie — ou au Portugal.

    François s’est également rendu à Fatima en 2017, à l’occasion du centenaire des apparitions mariales, mais cette visite n’avait pas été accompagnée de déplacements dans les principales villes portugaises.

    Lors du conclave de 2013 qui élut François, un peu plus de la moitié des cardinaux électeurs étaient européens. Douze ans plus tard, ils représentaient moins de 40 %. De plus, une proportion importante des cardinaux européens nommés par François étaient des responsables de la Curie romaine ou des diplomates plutôt que des évêques résidents. Ainsi, en 2025, des sièges épiscopaux européens aussi importants et anciens que Milan, Venise, Vienne, Cracovie, Prague et Vilnius n’étaient pas représentés au conclave.

    Le recentrage de Léon XIV sur l’Europe est une excellente nouvelle pour plusieurs raisons.

    Premièrement, Jésus lui-même nous exhorte à « aller dans le monde entier et à proclamer l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Nous sommes appelés à aller dans le monde entier, et à n’en négliger aucune partie.

    On pourrait certes objecter que Benoît XVI, qui n’a jamais effectué de visite pastorale en Asie, par exemple, était peut-être trop attentif au Vieux Continent. Mais accorder davantage d’attention aux régions du monde où l’Église est jeune et dynamique ne signifie pas qu’il faille négliger les Églises locales plus anciennes. Le Vatican étant situé en Europe, les visites dans les pays européens sont, d’un point de vue logistique, bien plus faciles à organiser que ne le laissait penser l’itinéraire de François.

    Fils spirituel de saint Augustin, né dans l’actuelle Algérie, le pape Léon XIV connaît le sort qu’a connu l’Église en Afrique du Nord et en Asie Mineure. On ne voudrait pas que le même destin soit réservé à un continent possédant un patrimoine catholique aussi riche que l’Europe.

    Voulons-nous vraiment que la cathédrale de Chartres, la Sagrada Família ou le Mont-Cassin — sans parler d’autres hauts lieux du christianisme oriental comme le mont Athos — deviennent de simples musées ? Sur les seize apparitions mariales reconnues par l’Église, seules deux ont eu lieu hors d’Europe : Guadalupe, au Mexique, et Kibeho, au Rwanda. Qui en sera le gardien lorsque la foi aura disparu ?

    Bien que l’Église catholique connaisse aujourd’hui un renouveau dans plusieurs pays européens, notamment en France, ce dynamisme doit être amplifié. En France, ce regain fait suite à des décennies de profond déclin. La culture dominante en Europe demeure hostile à la foi. Une attention accrue du pape envers le Vieux Continent pourrait redonner confiance aux nouveaux convertis, confrontés à de nombreux défis, et les aider à affermir leur foi naissante.

    Récemment, l’Afrique a dépassé l’Europe en nombre de catholiques. Il y a plus d’un siècle, Hilaire Belloc écrivait : « L’Europe est l’Église, et l’Église est l’Europe. » Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui, ce qui constitue la preuve encourageante que de nombreux missionnaires ont pris à cœur le mandat du Christ de prêcher la Parole de Dieu partout dans le monde.

    Pourtant, l’Europe abrite encore un catholique sur cinq, soit près de 300 millions de personnes. En nombre de catholiques, l’Amérique du Sud et l’Afrique devancent désormais l’Europe, mais celle-ci demeure la région où le nombre total de croyants reste le plus élevé, devant l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Océanie. L’Europe demeure donc un centre majeur de l’Église, et ses fidèles sont trop nombreux pour que leurs besoins spirituels soient ignorés.

    Aujourd’hui, il est facile d’être impressionné par le dynamisme de l’Église en Afrique subsaharienne et dans certaines régions d’Asie, et de penser, pour paraphraser Sinclair Lewis, que la sécularisation y est impossible.

    Pourtant, jusqu’au début des années 1960, les Irlandais, les Québécois, les Belges et les Autrichiens étaient tout aussi fervents que nombre d’Ougandais, de Congolais ou de Vietnamiens aujourd’hui. On peut imaginer que, dans soixante ans, les fidèles des cathédrales de Kinshasa ou de Lagos soient aussi clairsemés et vieillissants que ceux de Dublin ou de Vienne aujourd’hui.

    De fait, l’Afrique du Sud a légalisé le « mariage » homosexuel il y a vingt ans, plus tôt que la plupart des États américains et de nombreux pays européens. Aucun pays ni aucune région n’est à l’abri de la sécularisation.

    On en trouve également la preuve sur le continent natal de François. En 2002, Philip Jenkins écrivait dans son ouvrage The Next Christendom que l’Europe n’était plus au cœur de l’Église et que l’Amérique latine était peut-être une candidate plus légitime à ce rôle.

    Pourtant, l’élection d’un pape latino-américain n’a pas enrayé la progression de la sécularisation dans sa région d’origine. Ces dernières années, plusieurs pays d’Amérique latine, dont l’Argentine, pays natal de François, ont légalisé le mariage homosexuel et l’avortement sur demande.

    Un signe tangible de réaction anticléricale, comparable à ceux observés au Québec dans les années 1960 ou en Irlande dans les années 1990, s’est manifesté au Chili il y a une dizaine d’années, où plusieurs églises ont été incendiées.

    Au Chili, un peu plus de la moitié de la population est encore catholique, tandis que plus d’un quart des Chiliens se déclarent sans religion. À l’instar de l’Italie et de l’Espagne, autrefois synonymes de familles nombreuses, le Chili et Porto Rico — qui affiche également l’un des taux de stérilisation les plus élevés au monde — connaissent des taux de fécondité parmi les plus faibles du monde.

    L’Uruguay, quant à lui, est une sorte d’Amsterdam latino-américain : il est devenu le premier pays d’Amérique du Sud à légaliser l’euthanasie et le premier au monde à autoriser l’usage récréatif du cannabis.

    La progression fulgurante de la sécularisation en Amérique latine démontre que le rejet de la foi et de la morale n’est pas un phénomène exclusivement européen. L’Europe a toutefois été la première région à connaître une telle vague de réaction antichrétienne.

    En raison de leur position dominante sur les plans économique et politique, l’Europe et l’Occident servent souvent de modèles aux pays en développement. Puisque l’Occident a contribué à plonger le monde dans ce chaos sécularisé, il serait judicieux de soutenir les catholiques qui y mènent le combat culturel.

    Face à l’évolution de la répartition géographique des catholiques, aucun pape ne peut être eurocentré. Mais il ne peut pas davantage être américano-centré, afro-centré ou asiatico-centré. L’Église d’aujourd’hui est présente sur tous les continents, ce qui témoigne magnifiquement de l’universalité de notre foi.

    Pourtant, le récent renouveau du catholicisme en Europe, sans doute particulièrement manifeste en France, ne signifie pas la disparition de l’identité catholique européenne. Ignorer les besoins spirituels de tout un continent irait à l’encontre de l’essence même de l’évangélisation.

    Il est donc réconfortant de constater que le pape Léon XIV, qui, en moins d’un an et demi de pontificat, a effectué avec succès des visites pastorales dans trois pays européens, semble l’avoir bien compris.

    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things , la St. Austin Review , l' European Conservative , le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.

  • Tragédie éthiopienne

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    Tragédie éthiopienne

    La guerre est de retour en Éthiopie, mais l’Occident ignore largement un conflit aux multiples facettes qui a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes et forcé des millions d’autres à fuir leur foyer.

    L’Éthiopie sombre dans le sang et les larmes. Bien en dessous du seuil de perception d’une opinion publique mondiale submergée chaque jour par les nouvelles choquantes provenant des fronts d’Ukraine et du Moyen-Orient, une guerre ethnique fait rage dans l’un des plus anciens pays chrétiens du monde, sans fin en vue. Au moins 600 000 personnes ont été tuées entre novembre 2020 et les deux années qui ont suivi, dans la [guerre civile] entre l’armée éthiopienne et le « Front de libération du peuple du Tigré » (TPLF) ; des millions d’autres ont été contraintes à la fuite.

    À présent, les combats flambent à nouveau. Et ils sont attisés de l’extérieur. L’Érythrée voisine, dirigée de manière dictatoriale, autrefois une province de l’Empire éthiopien et devenue indépendante en 1993 après des décennies de guerre, soutient le TPLF séparatiste. Les relations diplomatiques entre les États voisins s’effondrent en ces jours ; le Soudan s’en mêle également. Plus dramatique encore : l’État éthiopien tout entier menace de s’effondrer. Le chef du gouvernement éthiopien Abiy Ahmed, récompensé en 2019 – non seulement trop tôt, mais probablement à tort – par le prix Nobel de la paix, en porte une part de responsabilité. Depuis des années, il a lui-même attisé les tensions ethniques au lieu de les apaiser.

    À présent, la désintégration de l’État menace

    Tandis que le monde regarde, fasciné, le danger russe et le chaos au Moyen-Orient, s’effondre en Afrique le seul État qui, historiquement, a toujours su résister aux empiètements colonialistes. La résilience de l’Éthiopie reposait autrefois sur la [foi chrétienne] et la forte position de l’Église orthodoxe éthiopienne, sur la maison impériale traditionnelle et sur une conscience identitaire supranationale qui unissait cet État multiethnique. Depuis le putsch militaire de gauche contre la monarchie en 1974, tout cela a commencé à vaciller. À présent, les tensions ethniques menacent de plonger le pays dans une guerre civile sans fin.

    Comme si souvent en ce siècle, l’Occident néglige également dans ce cas une poudrière qui pourrait déclencher, bien au-delà de ses propres frontières, la guerre et des déplacements massifs de populations. La crise intérieure de l’Éthiopie plonge toute l’Afrique de l’Est dans la turbulence ; un effondrement de l’État, lui, déploierait ses ondes de choc bien au-delà.

  • Léon XIV : le début de la transition

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : le début de la transition

    La nomination du cardinal Mauro Gambetti comme archevêque de Chieti-Vasto représente le premier véritable changement de personnel du pontificat de Léon XIV.

    Gambetti était devenu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre en 2021 et a achevé son mandat de cinq ans. Il aurait pu être reconduit. Il aurait pu être nommé à un autre poste au Vatican, mais cela n’a pas été le cas.

    Il est envoyé à la tête de l’archidiocèse de Chieti-Vasto, un diocèse mineur jusqu’ici dirigé par l’archevêque Bruno Forte.

    Il est ironique de penser qu’au début du pontificat du pape François, l’archevêque Forte semblait une étoile montante, secrétaire spécial du Synode sur la famille et auteur, entre autres, d’un texte controversé lors de la session synodale de 2014 qui ouvrait la porte à l’accueil des homosexuels.

    Forte incarnait le synode selon le pape François, et il y a douze ans, on lui prédisait une brillante carrière, avec un cardinalat tout proche. Forte a cependant été assez imprudent pour révéler des détails en coulisses du Synode qui, entre autres, mettaient en lumière une certaine ruse de la part du pape François. Il est donc resté à Chieti-Vasto, sans plus occuper de rôles de premier plan, à l’âge de 77 ans.

    Celui qui prend sa place est l’un des cardinaux qui, plus que tout autre, a incarné le modus gubernandi du pape François. Gambetti a été créé cardinal lors du consistoire de 2020, mais n’a occupé aucune charge jusqu’en février 2021, date à laquelle il est devenu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, en remplacement du cardinal Angelo Comastri.

    Sous Gambetti, la basilique Saint-Pierre a cessé d’accueillir de multiples messes. On a plutôt encouragé la concélébration de messes communautaires. L’accès à la basilique a été divisé entre pèlerins et touristes. Divers consultants ont été engagés, y compris au sein de la Fabrique de Saint-Pierre, créant des disparités de traitement et de travail.

    Après cinq ans comme archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, et six ans comme cardinal, il était assez évident que le cardinal Gambetti serait nommé à un nouveau poste, même s’il n’était absolument pas acquis qu’il irait diriger un diocèse périphérique du centre de l’Italie, sans grande influence même au sein de la Conférence épiscopale italienne.

    C’est une nomination qui ne donne pas l’impression d’une promotion, même si elle ne ressemble pas non plus exactement à une sanction.

    La nomination de Gambetti à Chieti-Vasto a été annoncée le 3 octobre, mais dès le 2 octobre, il a convoqué le Chapitre de Saint-Pierre à 8 heures du matin pour l’annoncer. Ce geste inhabituel montre que très peu de choses, durant le mandat du cardinal Gambetti, ont été véritablement ordinaires.

    Léon XIV a également convoqué une réunion du Chapitre et des membres de la Fabrique de Saint-Pierre pour le 30 novembre à midi. Cela aussi est inhabituel et annonce peut-être de nouvelles nominations ou une nouvelle structure pour la basilique Saint-Pierre et sa Fabrique, avec tout son patrimoine. Il est toutefois frappant que le Pape n’ait pas nommé immédiatement le successeur de Gambetti comme archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

    Il semble que, avant de nommer un successeur, le Pape veuille que les finances de la basilique, du Chapitre et de la Fabrique soient examinées de près, car on murmure que la basilique, le Chapitre et la Fabrique se trouvent désormais en difficulté financière, et l’on raconte aussi que 22 millions auraient été perdus en seulement cinq ans.

    Concernant le nouvel archiprêtre et vicaire du Pape pour l’État de la Cité du Vatican, on évoque le nom de Mgr Corrado Sanguinetti, évêque de Pavie, ainsi que celui de l’ancien maître des cérémonies, Mgr Guido Marini, aujourd’hui à la tête du diocèse de Tortone. Cependant, la nomination prendra du temps.

    Léon XIV s’engage ainsi dans la réforme de l’une des administrations les plus controversées des dernières années du pontificat de François. La succession de Gambetti marque le début d’un nouveau chapitre et, probablement, un tournant dans le pontificat léonin.

    Le Pape doit envisager de remplacer plusieurs chefs de dicastères qui ont plus de 75 ans et approchent de l’âge de la retraite.

    L’un des dicastères clés est le Dicastère pour le Culte divin, dirigé par le cardinal Arthur Roche, aujourd’hui âgé de 77 ans. En tant que secrétaire puis préfet du Dicastère, Roche a renforcé et soutenu la « bataille » du pape François contre le monde traditionaliste. Son remplacement, et celui qui prendra sa place, ont également un poids idéologique. Son adjoint est l’archevêque Vittorio Viola, un autre considéré comme un ennemi de la tradition liturgique, même si, dans le diocèse de Tortone d’où il venait, il s’était distingué par une attention particulière à la liturgie.

    On murmure que Roche comme Viola s’apprêtent à partir.

    Roche pourrait être remplacé par l’archevêque Ravelli, actuellement maître des cérémonies pontificales, mais cette candidature ne semble pas avoir trouvé beaucoup d’écho. Ravelli figure cependant invariablement parmi ceux destinés à un nouveau poste, car Léon XIV pourrait vouloir un autre maître des cérémonies à ses côtés. Il est peut-être plus probable qu’il soit nommé secrétaire du dicastère, tandis que l’archevêque Viola semble destiné à une promotion au cardinalat, à savoir préfet du Dicastère pour les Causes des saints. Le préfet actuel, le cardinal Marcello Semeraro, a 78 ans et prendra bientôt sa retraite.

    On ne sait pas encore qui sera le nouveau préfet de la liturgie, et Léon XIV s’est jusqu’ici montré très habile à redistribuer les cartes. Les préfets choisis jusqu’à présent par Léon sont de deux types : les clercs sont en général des hommes laborieux, modestes et pas nécessairement charismatiques, mais reconnus comme honnêtes ; les laïcs ont jusqu’ici été toutes des femmes, de sœur Alessandra Smerilli à Maria Montserrat Alvarado, qui prendra ses fonctions de préfète du Dicastère pour la Communication en novembre.

    Le nouveau préfet instaurera-t-il enfin la paix liturgique ?

    On l’espère, étant donné que la fracture entre le monde traditionaliste et le Saint-Siège est aujourd’hui plus ouverte que jamais, à la suite du schisme des lefebvristes qui ont consacré de nouveaux évêques sans mandat papal.

    Certes, la question lefebvriste méritait un examen plus approfondi, et le décret du Dicastère pour la Doctrine de la foi présente plusieurs problèmes, puisqu’il déclare même nuls les sacrements de confession et de mariage administrés par les membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

    Les prêtres de la FSSPX pouvaient validement entendre les confessions et absoudre les pénitents en vertu de certaines exceptions existantes et d’une permission explicite de l’époque de François, mais le mariage est différent. Les ministres du sacrement sont les époux eux-mêmes, et les clercs se contentent de recevoir les vœux des époux pour l’Église. C’est une affaire compliquée, et le décret du DDF n’a sans doute pas rendu justice à toute cette complexité.

    En tout cas, il n’est pas question, pour l’heure, d’un changement à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la foi, où le cardinal Victor Manuel Fernández a encore deux ans de mandat. Léon XIV ne semble pas vouloir mettre en œuvre un système de dépouille radical, mais plutôt agir lorsque les mandats des nominations du pontificat précédent expirent.

    Une exception à ce raisonnement concerne le Secrétariat d’État.

    Des rumeurs suggèrent que le cardinal Pietro Parolin serait prêt à se retirer pour devenir grand maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre. Parolin a 72 ans, avec encore trois ans avant la retraite, mais il a exercé les fonctions de secrétaire d’État pendant plus de deux mandats de cinq ans. Ce ne sont cependant que des rumeurs. Pour l’instant, le cardinal Parolin semble solidement en place.

    Le départ de Gambetti marque toutefois le moment où Léon XIV commence à assembler son équipe et à imprimer sa propre marque personnelle sur le pontificat. Le pape François a laissé de nombreuses questions en suspens, et jusqu’à présent, Léon XIV s’est principalement concentré sur les questions ecclésiastiques. Sur le plan économique, il a privilégié la continuité, tant en nommant le cardinal Reinhard Marx pour un troisième mandat à la présidence du Conseil pour l’économie qu’en nommant François Pauly président du Conseil de surveillance de l’IOR après de Franssu. Pour les ministères ecclésiastiques, il a maintenu un profil bas, recherchant la normalité. Pour les ministères plus opérationnels, comme les communications, il a recherché des profils plus opérationnels et managériaux.

    Ces tendances ne reflètent pas pleinement le caractère du pontificat, mais ne révèlent qu’un pape qui s’efforce de prendre des décisions prudentes.

    Il n’est ni François 2.0 ni un second François. C’est un pape avec ses propres caractéristiques, qui n’a rien contre le pontificat précédent, mais qui cherche néanmoins sa propre dimension dans le gouvernement de l’Église. On ne peut le définir ni comme progressiste ni comme conservateur. Il est, tout simplement, Léon. C’est une synthèse personnelle qui inclura des actions telles que le retrait de l’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, ou l’inaction dans d’autres situations.

    Ce n’est pas surprenant. Ce n’est qu’une transition lente.

  • Le pape Léon en France : la guillotine et la cathédrale (Mgr Mutsaerts)

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    De Mgr Rob Mutsaerts sur son blog :

    27 septembre 2026

    Le pape Léon en France : la guillotine et la cathédrale

    La Révolution française a offert au monde trois mots magnifiques : liberté, égalité et fraternité. Il est difficile de s’opposer à de tels mots. Le problème n’est apparu que lorsque les révolutionnaires ont décidé d’expliquer ce qu’ils entendaient par là.

    La liberté signifiait, par exemple, qu’un prêtre était parfaitement libre de prêter serment au nouvel État. Et s’il ne le faisait pas, l’État l’accompagnait aimablement jusqu’à la guillotine. L’égalité signifiait que tous étaient égaux devant la loi, à ceci près que certains devaient d’abord être éliminés. Et la fraternité finit par tourner au fratricide.

    Le tragique des révolutions, c’est qu’elles commencent souvent par une indignation parfaitement légitime et s’achèvent par une solution parfaitement insensée. L’Église française de l’Ancien Régime avait elle aussi ses défauts. Elle possédait des richesses, des privilèges et entretenait parfois avec le pouvoir des relations par trop confortables. Une réforme était urgente. Mais les révolutionnaires ont généralement une curieuse façon de résoudre le problème d’un toit qui fuit : ils mettent le feu à la maison.

    À partir de 1789, les biens de l’Église furent confisqués — évidemment sans indemnisation ; les ordres religieux furent supprimés et, en 1790, la Constitution civile du clergé soumit l’Église à une organisation étatique tyrannique. La radicalisation qui suivit déboucha sur la déchristianisation de 1792-1794 : les églises furent fermées ou désacralisées et les membres du clergé comptèrent parmi les victimes de la violence révolutionnaire.

    On voulait libérer la France de la superstition. Et, pour démontrer à quel point on était devenu rationnel, on inventa ensuite un nouveau calendrier, de nouvelles fêtes, de nouveaux cultes et même un Culte de la Raison. Il n’y avait évidemment plus de place pour Noël ni pour Pâques dans ce nouveau calendrier.

    Il est difficile d’imaginer meilleure satire de l’athéisme que des athées construisant un autel à la Raison. Car l’homme se révèle être un animal obstinément religieux. Dès qu’il chasse Dieu du temple, il se met curieusement à construire des temples pour des abstractions.

    Regardez notre époque, où certains embrassent l’absurde culture woke. Il y a quelque chose de touchant dans une époque qui a supprimé Dieu et se met aussitôt à chercher un remplaçant. L’homme libéral progressiste a quitté l’Église parce qu’il estimait qu’elle parlait trop du péché, de la culpabilité, de la conversion et de la vérité. Il a ensuite inventé le wokisme, qui parle essentiellement de péché, de culpabilité, de conversion et de vérité. Mais sans pardon, sans grâce et sans humour.

    Et voici maintenant la partie véritablement comique de l’histoire.

    Plus de deux siècles plus tard, un pape traverse Paris. Pas en cachette, pas dans une voiture fermée, pas entouré de dix personnes de l’amicale des retraités. Non : ce week-end, les Champs-Élysées étaient remplis pour Léon XIV. Selon Reuters, le Vatican a estimé à environ 700 000 personnes l’assistance à la messe en plein air. Quelques jours auparavant, 80 000 jeunes avaient rempli le Stade de France pour une veillée de prière avec le pape.

    Ce dernier chiffre est peut-être encore plus étonnant. Car pendant des années, on nous a assuré que le christianisme allait disparaître. Voltaire était convaincu que, cent ans après la Révolution française, plus personne ne parlerait du christianisme. L’avenir serait séculier. Les églises deviendraient des musées. La religion disparaîtrait dès lors que la population serait enfin « éclairée ».

    Et puis voilà que quatre-vingt mille jeunes se présentent. C’est plutôt gênant pour la théorie.

    Plus gênants encore sont les chiffres des baptêmes. En France, selon les chiffres de l’Église française, plus de 13 000 adultes ont été baptisés à Pâques dernier. C’est plus de trois fois le chiffre enregistré dix ans auparavant.

    Il ne faut évidemment pas en conclure immédiatement que la France redeviendra demain la France de saint Louis. L’Europe continue de se séculariser fortement, la pratique religieuse reste faible dans de nombreux endroits et l’Église catholique porte en outre de profondes blessures, notamment en raison des scandales d’abus sexuels auxquels le pape Léon a de nouveau été confronté précisément au cours de ce voyage.

    Mais c’est justement ce qui rend la situation intéressante. Le christianisme ne revient pas parce que les circonstances lui seraient particulièrement favorables. Il revient alors que presque personne, dans la culture dominante, ne s’y attendait.

    Et peut-être est-ce précisément ainsi que le christianisme revient habituellement.

    Après tout, il a commencé un jour dans une étable, avec douze hommes plutôt mal choisis et avec le fils d’un charpentier crucifié. Le christianisme possède cette habitude irritante d’être enterré juste avant de ressusciter.

    La Révolution française pensait pouvoir remplacer l’Église par la Raison. Mais l’homme ne demande pas seulement : Comment fonctionne le monde ? Il demande aussi : Pourquoi est-ce que j’existe ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi dois-je être bon ? Pourquoi la culpabilité fait-elle souffrir ? Pourquoi désirons-nous un amour qui survive à la mort ?

    Et lorsqu’une civilisation sécularisée a jeté toutes les réponses à ces questions, elle ne devrait pas s’étonner de voir un jour ses enfants monter au grenier à la recherche des caisses laissées par leurs grands-parents.

    Ils y découvrent soudain un crucifix, un chapelet, Thomas d’Aquin, Augustin, un chant grégorien, une cathédrale.

    Et surtout une affirmation pour le moins singulière : l’univers n’est pas indifférent, le bien et le mal existent réellement, chaque être humain possède une dignité inaliénable et Dieu n’est pas resté à distance, mais s’est lui-même fait homme.

    Pour quelqu’un qui a grandi avec le message selon lequel il n’est qu’un assemblage fortuit d’atomes autorisé à consommer pendant quelques décennies avant que la lumière ne s’éteigne, cette nouvelle peut avoir quelque chose d’étonnamment rafraîchissant.

    C’est peut-être là qu’il faut chercher une part de l’attrait exercé sur les jeunes. Non pas parce qu’ils seraient soudainement tous devenus réactionnaires, mais parce que la rébellion change de direction lorsque l’ordre établi change lui-même.

    En 1968, il était rebelle de contredire le curé. En 2026, il peut être presque rebelle de l’écouter.

    Lorsque tout le monde affirme que la liberté consiste à n’être lié à rien, un jeune peut découvrir que l’amour signifie précisément accepter de se lier. Lorsque tout le monde affirme que la vérité est personnelle, il devient aventureux de soupçonner que la vérité est peut-être une réalité objective, valable pour tous. Lorsque tout le monde affirme que la tradition est étouffante, une Église vieille de deux mille ans peut soudain paraître plus exotique que la énième tendance TikTok, déjà ringarde le jeudi suivant.

    Et c’est là que se trouve une magnifique ironie de l’histoire.

    Les révolutionnaires avaient voulu faire disparaître les croix. La France les a remises en place.

    Ils avaient fermé les monastères. Il existe toujours des monastères.

    Ils avaient voulu rendre la foi inutile. Plus de deux siècles plus tard, des jeunes font la queue pendant des heures pour voir un pape.

    Ils avaient même changé le calendrier pour montrer clairement qu’une nouvelle ère avait commencé. Et aujourd’hui, personne ne demande : « Quel jour sommes-nous dans le mois de Thermidor ? »

    Même la République française utilise de nouveau le calendrier qui compte les années à partir de la naissance de Jésus.

    Ce n’est pas un si mauvais résultat pour une foi dont on a annoncé la mort à plusieurs reprises.

    Il existe une conviction moderne tenace selon laquelle la sécularisation serait une sorte de loi naturelle : plus une société devient moderne, plus Dieu disparaît naturellement.

    Peut-être la réalité est-elle plus complexe.

    Peut-être une civilisation peut-elle perdre sa mémoire religieuse sans perdre pour autant sa faim de religion. On peut retirer le menu à un homme ; cela ne suffit pas à lui faire perdre l’appétit.

    Et voilà donc qu’au cœur de Paris se rassemble une foule immense. À quelques kilomètres seulement des lieux où des révolutionnaires pensaient avoir définitivement réglé son compte à l’ancienne foi.

    La guillotine a disparu.

    Et voici maintenant qu’apparaît un homme vêtu de blanc, brandissant fièrement la croix.

    Cela ne prouve pas que toutes les périodes de l’histoire de l’Église aient été glorieuses ni que l’Europe soit à la veille d’une conversion générale.

    Mais, comme image historique, il est difficile d’y résister.

    La Révolution promettait la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle découvrit qu’il n’était pas particulièrement convaincant de défendre ces idéaux en coupant la tête de ceux qui pensaient autrement.

    L’Église, pendant ce temps, annonçait quelque chose de très différent : la foi, l’espérance et la charité.

    Deux siècles plus tard, les arrière-petits-enfants de la Révolution se retrouvent à nouveau devant une cathédrale.

    Le monde a déjà organisé à de nombreuses reprises les funérailles du christianisme.

    La seule chose étrange, c’est que le défunt se présente chaque fois à nouveau.

    + Rob Mutsaerts