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Actualité

  • Cinq grandes tendances dans les nouvelles données mondiales sur l'Église

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    De Luke Coppen sur le Pillar :

    Cinq grandes tendances dans les nouvelles données mondiales sur l'Église

    De nouveaux chiffres soulignent les tendances qui définissent l'Église mondiale au XXIe siècle.

    Les chiffres les plus récents proviennent de l' Annuario Pontificio 2026 et de l' Annuarium Statisticum Ecclesiae 2024. Bien qu'il s'agisse des données les plus récentes disponibles, elles ne donnent une image que jusqu'en 2024.

    Cela s'explique par le délai de deux ans imposé à la publication des statistiques catholiques mondiales, probablement dû à la difficulté logistique de collecter les chiffres auprès des Églises locales réparties sur tous les continents habités et dont l'engagement à enregistrer ces chiffres varie.

    Les nouvelles statistiques, publiées par Vatican News le 28 mars, ne réservent guère de surprises. Elles confirment toutefois des tendances qui semblent définir l’Église universelle au XXIe siècle.

    En voici un aperçu.



    1. L'Église catholique est en pleine croissance

    Si votre principale source d'information est constituée par les médias occidentaux laïques, vous pourriez avoir l'impression que le catholicisme est en déclin. La « thèse de la sécularisation » — l'idée que la montée de la modernité entraîne le déclin de la religion — est presque un dogme dans de nombreuses rédactions.

    La sécularisation a indéniablement érodé la pratique catholique dans de nombreux pays occidentaux. Mais à l' échelle mondiale , le nombre de catholiques continue de croître d'année en année. Les derniers chiffres montrent que la population catholique mondiale est passée de 1,406 milliard en 2023 à 1,422 milliard en 2024, soit une augmentation relative de 1,14 %. Même en Europe, le nombre de catholiques a augmenté de 0,8 %.

    Ces chiffres ne peuvent toutefois susciter qu'une célébration modérée. Le nombre de catholiques augmente globalement au même rythme que la population mondiale, ce qui laisse penser que cette hausse n'est pas due à des succès missionnaires, mais plutôt à une conséquence de la croissance démographique générale.



    2. L'essor du catholicisme africain

    L'Afrique est l'une des régions où la croissance du nombre de catholiques dépasse celle de la population en général. Le nombre de catholiques africains est passé de 281 millions en 2023 à 288 millions en 2024.

    Un catholique sur cinq dans le monde est aujourd'hui africain. Pourtant, l'organigramme du Vatican ne reflète pas cette réalité : aucun département n'y est dirigé par un Africain.

    En 2024, les Africains représentaient 20,3 % des catholiques du monde, contre 20,1 % pour les Européens. Pourtant, seulement 12 % des cardinaux sont africains, contre 45 % européens.

    Il faudra probablement des décennies avant que cette tendance catholique vers l'Afrique ne se reflète au sein de la Curie romaine et du Collège des cardinaux.



    3. Une baisse des baptêmes

    Alors que le nombre de catholiques augmente dans le monde entier, le nombre de cérémonies de baptême enregistrées est en baisse.

    Autrement dit, si la population catholique dans son ensemble ne cesse de croître, le nombre de nouveaux membres diminue, principalement parce que les familles catholiques ont moins d'enfants dans de nombreuses régions. Il existe des exceptions, notamment dans les régions à forte fécondité comme l'Afrique, mais celles-ci n'influent pas sur la tendance générale.

    Le nombre de baptêmes a diminué dans le monde en 2024, pour atteindre 13 065 918, soit une baisse de 0,6 % par rapport à l’année précédente. La légère hausse des baptêmes d’adultes observée dans plusieurs pays ne compense malheureusement pas le déclin général de ce sacrement.



    4. Le nombre de séminaristes majeurs est en baisse.

    Le nombre mondial de séminaristes – hommes en dernière année de formation sacerdotale – a diminué, passant de 106 495 en 2023 à 103 604 en 2024.

    Ce chiffre, qui avait augmenté au début du XXIe siècle pour atteindre un pic en 2011, n’a cessé de baisser depuis. De manière inquiétante, le rythme de ce déclin s’accélère : la baisse en pourcentage est passée de 1,3 % en 2022 à 1,83 % en 2023, puis à 2,72 % en 2024.

    Ces variations annuelles peuvent paraître minimes, mais elles pourraient avoir des conséquences importantes, avec un nombre décroissant de nouveaux prêtres confrontés à une charge pastorale toujours plus lourde.



    5. Plus de diacres permanents

    Le nombre de diacres permanents est passé de 51 433 en 2023 à 52 102 en 2024, soit une augmentation de 1,3 %.

    Leur répartition géographique demeure très inégale : les Amériques concentrent à elles seules 86,8 % des diacres permanents du monde.

    Mais ce pourcentage pourrait diminuer dans les années à venir suite à l' approbation du diaconat permanent aux Philippines, pays qui compte le troisième plus grand nombre de catholiques après le Brésil et le Mexique, et à une augmentation du nombre de diacres permanents en Afrique.


    En résumé, l'Église catholique se développe à l'échelle mondiale, mais cette croissance est inégale et comporte ses propres défis : une baisse globale des baptêmes, une diminution accélérée du nombre de séminaristes et une curie romaine toujours tournée vers l'Europe.

    Les changements reflétés dans ces nouvelles statistiques sont-ils le fruit de forces historiques implacables ou l'Église peut-elle les influencer ? Quoi qu'il en soit, ils contribueront probablement à façonner le visage du catholicisme au XXIe siècle.

  • La violence s'intensifie contre les chrétiens en République démocratique du Congo (RDC) du fait du groupe État islamique

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    De Madalaine Elhabbal sur EWTN News :

    Un comité sur la liberté religieuse met en garde contre les attaques visant les chrétiens en Afrique centrale

    La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a tiré la sonnette d'alarme concernant les groupes de l'État islamique en République démocratique du Congo après une escalade de la violence contre les chrétiens.

     
    La violence s'intensifie contre les chrétiens en République démocratique du Congo (RDC) de la part du groupe État islamique, une organisation militante, selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF).

    L'USCIRF a déclaré dans un rapport du 31 mars que les Forces démocratiques alliées (ADF), également connues sous le nom d'État islamique d'Irak et de Syrie-République démocratique du Congo (EI-RDC), « mènent une série d'attaques soutenues dans l'est de la RDC qui constituent une atteinte directe à la liberté religieuse, en particulier pour les communautés chrétiennes des provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri ».

    « Le début de l’année 2026 n’a apporté aucun répit aux violences des ADF, le groupe continuant de mener des attaques contre des zones majoritairement chrétiennes », indique le rapport. « Dans une démonstration de sa cruauté, le groupe a exécuté environ 70 civils dans un village chrétien du Nord-Kivu en février, décapitant hommes, femmes, enfants et personnes âgées sans distinction. »

    Le rapport indique que les dernières attaques s'inscrivent dans une tendance continue à la violence, qu'il fait remonter à 2024, date à laquelle, selon lui, les combattants de l'ADF « auraient mené de multiples attaques contre des villages majoritairement chrétiens et des rassemblements religieux dans et autour de Beni, au Nord-Kivu, y compris des attaques contre des réunions de prière et le meurtre de pasteurs et de fidèles locaux ».

    Le rapport mentionnait également des attaques survenues en juillet de cette année-là, au cours desquelles des combattants des ADF auraient tué une quarantaine de chrétiens, en plus de nombreux enlèvements et déplacements forcés, « ce qui a incité certaines églises à suspendre leurs offices ou à fermer complètement ».

    Le rapport indique que la violence s'est intensifiée en 2025, avec des attaques contre des villages chrétiens du Nord-Kivu et de Kasanga en février, ainsi qu'une attaque majeure contre des fidèles assistant à une veillée de prière dans une église catholique de Komanda, dans la province d'Ituri, qui a fait des dizaines de morts parmi les hommes, les femmes et les enfants réunis pour prier. D'autres attaques ont eu lieu au cours de l'année, précise le rapport, notamment des attaques contre des villages chrétiens, des veillées funèbres et des infrastructures.

    La commission a pris note des efforts déployés par l'administration Trump pour répondre aux préoccupations sécuritaires en RDC par le biais des Accords de Washington pour la paix et la prospérité entre la RDC et le Rwanda, ainsi que des sanctions ciblées contre les auteurs d'infractions aux droits de l'homme et les groupes militants, mais a noté que « l'insécurité demeure élevée ».

    « Les ADF et d’autres acteurs non étatiques constituent une menace persistante pour les communautés religieuses de la région. Les massacres, les enlèvements et les attaques contre les lieux de culte continuent de semer la terreur, de provoquer des déplacements de population et de perturber la vie religieuse communautaire », indique la commission dans son rapport. « Ces défis soulignent l’urgence de mener des opérations de sécurité continues, de renforcer la responsabilisation et de mettre en place des mesures robustes de protection des civils en RDC afin de garantir à tous la possibilité de vivre, de pratiquer et de vénérer librement leur religion ou leurs convictions. »

    Les membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont condamné les violences dans la région, s'engageant à ne pas rester silencieux face à l'aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire dans une déclaration publiée à l'issue de leur assemblée plénière des 23-25 ​​mars.

    « Notre objectif est de contribuer, entre autres, à la promotion de la dignité inaliénable de la personne humaine et au bien-être du peuple congolais. C’est pourquoi, face à la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire de notre pays, nous ne resterons pas silencieux », ont déclaré les chefs religieux.

  • Terreur pascale en Syrie, entre violences et célébrations à huis clos

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    Terreur pascale en Syrie, entre violences et célébrations à huis clos

    Ce sera littéralement une semaine de « Passion » pour les chrétiens syriens à la merci de l'extrémisme islamique. Au milieu des maisons criblées de bombes, des statues renversées et des magasins pillés, certaines églises ont décidé de suspendre les offices publics, tandis que les auteurs des attentats comptent sur la complicité des forces de l'ordre depuis le changement de régime de 2024.

    01/04/2026

    Au Moyen-Orient, Pâques sera une période difficile pour les chrétiens. Outre les restrictions imposées à Jérusalem pour « raisons de sécurité » – sauf revirement de situation –, la police israélienne a autorisé le Patriarcat latin à célébrer les rites pascaux au Saint-Sépulcre sans la présence des fidèles, qui suivront la cérémonie en direct.

    L’agression israélienne en cours au Sud-Liban et dans d’autres régions empêchera des communautés chrétiennes entières, déjà anéanties par Tsahal, de célébrer Pâques dans leurs lieux saints. Le ministre israélien de la Défense, Katz, a réaffirmé que le territoire libanais au sud du Litani deviendrait une vaste « zone tampon » contrôlée par Tsahal, et que le retour des plus de six cent mille personnes déplacées serait « strictement interdit » jusqu’à ce que « la sécurité des habitants du nord d’Israël » soit garantie. Conformément au plan de Katz, déjà mis en œuvre à Rafah et Beit Hanoun dans la bande de Gaza, les maisons des villages frontaliers – dont beaucoup, rappelons-le, sont habités depuis des temps immémoriaux par des chrétiens catholiques melkites et maronites – seront démolies.

    Quant à la Syrie voisine, utilisée ces derniers jours par Israël comme base arrière pour attaquer la vallée de la Bekaa au Liban par l'est, les communautés chrétiennes vivent une Semaine sainte marquée par la violence des extrémistes islamistes au pouvoir et de leurs alliés, comme cela a déjà été le cas pour les communautés alaouites, kurdes et druzes pendant le Ramadan. Des informations récentes font état d'attaques perpétrées par des milices gouvernementales ou progouvernementales contre des villages chrétiens à travers le pays. Le vendredi 27 mars au soir, les habitants orthodoxes grecs de Suqaylabiyah, ville de la province syrienne de Hama, ont subi une attaque de plusieurs heures menée par des émeutiers venus du village sunnite voisin de Qalaat al-Madiq, avec la complicité de la police locale.

    Des dizaines de maisons ont été criblées de balles, des commerces pillés et endommagés, des voitures incendiées, une statue de la Vierge Marie déboulonnée et un groupe de jeunes femmes a été victime de tentatives de viol. L'origine de ce qui ressemble à une descente punitive semble être une altercation entre un habitant de Qalaat al-Madiq et un vendeur d'alcool de Suqaylabiyah, dans un contexte de restrictions récentes sur la vente et la consommation d'alcool imposées par le régime islamiste de Damas (voir aussi ici et ici ).

    Après l'attaque, certaines églises ont décidé de suspendre les célébrations publiques du dimanche des Rameaux, en raison du climat de terreur qui s'est rapidement propagé parmi les chrétiens de la région, voire de tout le pays.

    Le samedi 28, le patriarche de l'Église grecque-catholique melkite, Joseph Absi, a annoncé que, « compte tenu de la situation actuelle », les célébrations de Pâques dans tout le patriarcat se dérouleraient à l'intérieur des édifices religieux, sans la dimension publique qui caractérise habituellement ces rites. Le dimanche des Rameaux, un marchand de Safita, village chrétien de la campagne de Tartous, a été attaqué, grièvement blessé et dépouillé d'une importante somme d'argent dans son bureau de change par des miliciens du gouvernement.

    L'implication des forces gouvernementales d'Ahmed al-Sharaa dans les violences, les vols et les enlèvements est constante depuis le changement de régime de décembre 2024. Le dimanche des Rameaux, des inconnus ont vandalisé une statue de la Vierge située dans le petit sanctuaire d'al-Basiya à Baniyas, un village alaouite et chrétien déjà durement touché par les hommes de Hayat Tahrir al-Sham lors du massacre des Alaouites en mars 2025. Selon certaines sources, une première statue de la Vierge avait été déboulonnée au même endroit le 19 février, et les habitants l'avaient remplacée par celle visée par ces derniers actes de vandalisme.

    Les perspectives pour la Semaine sainte sont sombres ; de toute évidence, les auteurs de violences contre les minorités religieuses en Syrie bénéficient d'une impunité qui leur permet d'opprimer et de submerger des communautés entières sans défense en toute impunité. La guerre qui fait rage dans les pays voisins ne fait que détourner l'attention de la crise humanitaire qui ravage la Syrie depuis plus d'un an, soit en silence, soit avec la complaisance de la communauté internationale.

  • Le cardinal Woelki met en garde contre le remplacement de l'Eucharistie par des liturgies de la Parole

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    De katholisch.de :

    Woelki met en garde contre le remplacement de l'Eucharistie par des liturgies de la Parole.

    31 mars 2026
     

    Cologne  – Le cardinal Woelki s’inquiète du nombre croissant de liturgies de la Parole célébrées le dimanche dans son archidiocèse. Il appelle les prêtres à célébrer l’Eucharistie quotidiennement, même sans assemblée si nécessaire.

      L’archevêque de Cologne, Rainer Maria Woelki, a mis en garde contre la substitution de l’Eucharistie par les liturgies de la Parole . Il a constaté avec inquiétude que « de plus en plus, le dimanche, les offices de la Parole – incluant souvent la distribution de la sainte communion – remplacent la célébration de l’Eucharistie », a déclaré Mgr Woelki lors de la messe chrismale à la cathédrale de Cologne, comme l’a rapporté le portail « domradio.de » (mardi). Cette évolution de la pratique pastorale touche au cœur même de l’identité catholique. 

      Le cardinal aurait déclaré : « Chers frères, ceci n'est plus catholique, et je vous exhorte à le combattre dès le début ! » Woelki a souligné que la célébration de l'Eucharistie le dimanche est « fondamentalement irremplaçable et indissociable ». L'Église, a-t-il affirmé, est par essence une « assemblée eucharistique » et naît de la célébration même de l'Eucharistie. Dans son homélie, Woelki a plaidé pour un retour conscient au rôle central de l'Eucharistie. Dans l'Église primitive, la communauté se rassemblait autour d'une Eucharistie commune le dimanche. Une telle pratique peut contribuer à renforcer l'unité de la communauté et initier un « renouveau spirituel et eucharistique ».

      L'Eucharistie quotidienne n'est pas simplement un exercice de piété.

      Le cardinal de Cologne a également exhorté les prêtres à célébrer l'Eucharistie quotidiennement. L'Église recommande vivement – ​​et en particulier aux prêtres – la célébration quotidienne de la messe. Celle-ci ne doit pas dépendre du nombre de participants. « Même si peu de fidèles, voire aucun, y assistent, sa célébration quotidienne est significative pour nous, prêtres, et spirituellement essentielle. » La célébration quotidienne de l'Eucharistie n'est pas un simple exercice de piété, mais « un élément constitutif de notre être et de notre ministère sacerdotal ». Parallèlement, Mgr Woelki a averti qu'en déclinant cette pratique, les prêtres pourraient priver davantage les fidèles de la possibilité de participer quotidiennement à la messe.

      La messe chrismale est un office central de la Semaine sainte, durant lequel les évêques consacrent les saintes huiles pour leur diocèse. Le saint chrême est utilisé, entre autres, lors du baptême, de la confirmation et de l'ordination des prêtres et des évêques. De nombreux prêtres du diocèse participent souvent à cette messe, car ce jour leur rappelle particulièrement leur ministère.

      En octobre 2024, l'archidiocèse de Cologne a autorisé les offices de la Parole avec distribution de la sainte communion le dimanche, mais seulement s'il est impossible pour les fidèles de participer à une célébration eucharistique. 

    • Des dizaines de morts lors d'attentats le dimanche des Rameaux au Nigéria

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      Du site Persecution.org :

      Des dizaines de morts lors d'attentats le dimanche des Rameaux au Nigéria

      30 mars 2026

      30 mars 2026

      Des hommes armés ont tué au moins 30 personnes lors d'une attaque perpétrée le dimanche des Rameaux à Ungwan Rukuba, une communauté située dans la zone de gouvernement local de Jos Nord, dans l'État du Plateau, au Nigeria.

      L'incident s'est produit en soirée, lorsque des hommes armés auraient pénétré dans le quartier et ouvert le feu sur les habitants. Des témoins oculaires ont décrit l'attaque comme coordonnée ; plusieurs victimes ont été recensées et plusieurs maisons ont été touchées.

      Suite à l'incident, le gouvernement de l'État du Plateau a imposé un couvre-feu de 48 heures dans certaines parties du nord de Jos afin de contenir la situation. Malgré cette restriction, des habitants, notamment des jeunes, ont manifesté dans les rues pour protester contre les meurtres et bloquer des routes dans certains quartiers.

      Des informations distinctes provenant d'Angwa Rukuba Junction, d'Eto Baba et de résidences étudiantes voisines indiquent qu'au moins dix personnes ont été tuées par balles plus tôt dans la journée de dimanche. Un travailleur humanitaire, Alex Barbir, a déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux que les victimes étaient des chrétiens attaqués le dimanche des Rameaux.

      Les témoignages des habitants divergent quant à l'identité des assaillants. Un témoin les a décrits comme des membres de Boko Haram, tandis qu'un autre a affirmé qu'il s'agissait de miliciens peuls armés arrivés à moto, ayant tiré sporadiquement avant de se replier vers les zones montagneuses avoisinantes. Au moment de la rédaction de cet article, les services de sécurité n'avaient publié aucune déclaration officielle confirmant l'identité des assaillants.

      Des sources locales ont conseillé aux étudiants vivant à proximité des zones touchées de rester chez eux, les tensions persistant.

      Attaque de Kaduna

      Dans un incident distinct survenu dans l'État de Kaduna, des hommes armés ont tué au moins 13 personnes lors d'une attaque menée tôt dimanche matin contre le village de Kahir, dans la zone de gouvernement local de Kagarko.

      Selon des sources locales, les victimes assistaient à un enterrement de vie de garçon lorsque des hommes armés ont ouvert le feu. Un habitant, Habila Markus, a indiqué que plusieurs membres de sa famille figuraient parmi les personnes tuées. D'autres ont été blessés et ont reçu des soins médicaux.

      Les autorités ont identifié les victimes dans les communautés de Kahir, Kadda et Kukyer ; les personnes tuées étaient âgées de 21 à 31 ans, selon les registres communautaires.

      Profil des attaques pendant la Semaine sainte

      Les données compilées à partir de rapports antérieurs indiquent que des attaques ont eu lieu dans l'État de Plateau pendant la période de Pâques ces dernières années.

      En 2025, un rapport de l'International Christian Concern (ICC) a documenté le meurtre d'au moins 54 chrétiens dans le village de Zikke, près de Jos, à la suite des célébrations du dimanche des Rameaux, ainsi que la destruction de plus de 100 foyers.

      En 2024, quatre personnes ont trouvé la mort à Njukkudel et Tangur, dans la zone de gouvernement local de Bokkos, le lundi de Pâques. Des incidents antérieurs, survenus en 2021 et 2022, comprenaient des attaques perpétrées durant le week-end pascal, qui avaient entraîné la destruction de maisons et le déplacement de populations.

      En 2020, neuf personnes, dont des enfants et une femme enceinte, auraient été tuées à Hura-Maiyanga, dans la zone de gouvernement local de Bassa, pendant la Semaine sainte.

      Les incidents de 2026 à Jos et Kagarko se sont produits pendant la même période du dimanche des Rameaux, s'ajoutant à une série d'attaques signalées dans l'État du Plateau et les zones environnantes pendant la période de Pâques ces dernières années.

      On peut lire aussi : Dimanche des Rameaux sanglant au Nigéria : des djihadistes massacrent plus de 40 chrétiens à Jos

    • USA : 1 126 000 avortements en 2025

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      Une synthèse de presse de genethique.org :

      Etats-Unis : 1 126 000 avortements en 2025

      30 mars 2026

      D’après les chiffres publiés par le Guttmacher Institute[1] le 24 mars, 1 126 000 avortements ont été pratiqués aux Etats-Unis en 2025, soit une hausse de moins de 0,2 % par rapport à 2024 (cf. Etats-Unis : les avortements en légère hausse en 2024). Ce chiffre inclut les avortements médicamenteux pratiqués par télémédecine[2].

      L’influence des législations sur le taux d’avortement des Etats

      Les restrictions entrées en vigueur dans certains Etats ont eu une incidence sur le taux d’avortement. Ainsi, la Floride qui a adopté en 2024 un projet de loi, « Heartbeat Protection Act », visant à interdire l’avortement à partir du moment où le rythme cardiaque du fœtus est détecté, a vu les avortements diminuer de plus de 25 % entre 2023 et 2025 (cf. Floride : l’avortement interdit au-delà de six semaines de grossesse). De même, dans l’Iowa, une baisse de plus de 24 % a eu lieu entre 2023 et 2025 (cf. Iowa : la Cour Suprême confirme l’interdiction de l’avortement après 6 semaines de grossesse).

      A l’inverse, le Missouri, qui a voté en faveur de l’inscription de l’IVG dans la Constitution de l’Etat en novembre 2024, a connu une augmentation des avortements de 48 % (cf. Avortement : les électeurs américains se sont prononcés ). Le Dakota du nord a lui aussi connu une hausse de plus de 32 % des avortements en 2025 suite à l’invalidation de l’interdiction d’avorter par un juge (cf. Dakota du Nord : une interdiction quasi-totale de l’avortement).

      Moins de déplacements dans d’autres Etats pour avorter

      Selon les données du Guttmacher Institute, en 2025, 142 000 femmes ont eu recours à l’IVG dans un autre Etat que celui où elles résident, ce qui représente une diminution de 8 % par rapport à 2024. Parmi elles, 62 000 femmes venaient des Etats interdisant totalement l’avortement.

      Concernant les Etats où l’on a pratiqué des avortements chez des femmes résidant dans un autre Etat, l’Illinois vient en tête. 32 000 avortements y ont été ainsi effectués, soit près d’un quart des IVG réalisées sur des femmes ayant changé d’Etat pour avorter. Viennent ensuite la Caroline du nord (environ 18 000 avortements sur des résidentes d’autres Etats), le Nouveau-Mexique et le Kansas (2/3 des avortements concernaient des femmes venant d’autres Etats), ainsi que la Virginie (9 000 avortements sur des non résidentes).

      Une forte hausse des avortements pratiqués par télémédecine

      Cette baisse a toutefois été « compensée » par la hausse de plus de 26 % des avortements par télémédecine pratiqués en 2025 sur des femmes résidant dans des Etats interdisant l’IVG. 91 000 femmes y ont eu recours, contre 72 000 en 2024. « Il est logique que l’on observe une baisse des déplacements, car les personnes qui accèdent à l’avortement par télémédecine n’ont plus besoin de se déplacer » indique Isaac Maddow-Zimet, data scientist à l’Institut Guttmacher. Huit Etats (Californie, Colorado, Massachusetts, Maine, New York, Rhode Island, Vermont et Washington) autorisent les professionnels de santé à proposer des avortements par télémédecine à des patientes résidant dans d’autres Etats, y compris ceux où l’IVG est totalement interdite.

      Depuis 2023, la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé la prescription de mifépristone par téléconsultation (cf. Pilule abortive : vers la confirmation des autorisations de la FDA ? ). Plusieurs recours judiciaires ont toutefois été initiés afin de contester cette autorisation (cf. Pilule abortive : la Cour suprême américaine lève les restrictions ). Actuellement, une procédure intentée par le procureur général de Louisiane, Liz Murrill, est en cours, le juge fédéral devrait bientôt rendre sa décision (cf. Pilule abortive : trois Etats américains poursuivent la FDA).

      Moins de cliniques pratiquant l’avortement

      Désormais, les cliniques en ligne proposant des avortements à distance sont en forte progression dans les Etats n’interdisant pas l’avortement (cf. Pilule abortive : des complications dans plus de 10% des cas selon une étude américaine). 24 % des avortements pratiqués par des professionnels de santé aux Etats-Unis y sont réalisés.

      A l’inverse, le rapport constate une baisse de 2 % du nombre de cliniques pratiquant des IVG. En 2025, 753 cliniques « physiques » pratiquant l’avortement sont en exercice aux Etats-Unis, soit 12 de moins qu’en mars 2024 et 54 de moins qu’en 2020. Cinq Etats ont en particulier connu une diminution du nombre de cliniques : la Californie, la Floride, l’Illinois, le Michigan et New-York.

      Fin 2025, 13 Etats américains avaient instauré des législations interdisant totalement de l’avortement (cf. Dakota du Nord : une interdiction quasi-totale de l’avortement), et 6 Etats l’interdisent au-delà de 6 ou 12 semaines de grossesse (cf. Wyoming : l’avortement interdit au-delà de six semaines de grossesse).

      [1] Le Guttmacher Institute est une organisation favorable à l’avortement. Ses études mensuelles sur l’accès à l’avortement estiment le nombre d’avortements pratiqués par des professionnels de santé chaque mois dans chaque Etat américain et à l’échelle nationale. Les études recueillent des données sur les avortements, médicamenteux ou non, réalisés dans des établissements de santé « physiques » (cliniques ou cabinets médicaux), ainsi que sur les avortements médicamenteux pratiqués par télémédecine.

      [2] Pour la première fois, les données tiennent compte des avortements par télémédecine des femmes résidant dans des Etats ayant instauré une interdiction totale de l’IVG

      Sources de la synthèse de presse : National Review, Michael J. New (24/03/2026) ; NPR, Selena Simmons-Duffin (24/03/2026) ; The Economic Times (27/03/2026)

    • Israël fait volte-face, le Saint-Sépulcre est rouvert mais la plaie demeure

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      De Nicola Scopelliti sur la NBQ :

      Israël fait volte-face, le Saint-Sépulcre est rouvert, la plaie demeure

      Après avoir bloqué l'accès au patriarche Pizzaballa, les autorités israéliennes ont cédé à la pression internationale, autorisant à nouveau la célébration des rites pascaux sur le site de la Résurrection. Un recul tardif et insuffisant.

      31 mars 2026

      La Presse (Ammar Awad/Pool Photo via AP)

      Un accord a été conclu entre le Patriarcat latin, la Custodie de Terre Sainte et la police israélienne pour autoriser les célébrations de Pâques dans la basilique du Saint-Sépulcre, sous certaines conditions. Les autorités israéliennes garantiront l'accès aux représentants des Églises chrétiennes, qui pourront y célébrer les liturgies pascales. Cet accord a été annoncé conjointement par le Patriarcat et la Custodie, dans le respect de l'état de guerre et des restrictions en vigueur concernant les rassemblements publics. Les Églises assureront la retransmission en direct des liturgies et des prières aux fidèles de Terre Sainte et du monde entier. Il ne s'agit donc pas d'un simple revirement, mais d'un net recul. Inévitable et politiquement incorrect.

      La pression institutionnelle a également contribué à ce changement de cap. Selon le Patriarcat et la Custodie de Terre Sainte, la contribution du président Isaac Herzog a été cruciale, saluant sa « promptitude » et son « intervention précieuse », tout en rappelant que « la sauvegarde de la liberté de culte demeure un devoir fondamental et partagé ». Cette action fut suivie de celles de nombreux chefs d'État et représentants internationaux, qui intervinrent promptement, exprimant des positions claires et, dans plusieurs cas, un soutien direct. Un front uni qui accéléra le dénouement, mais souligna du même coup la gravité de l'incident.

      Après de longues heures de fortes tensions, Benjamin Netanyahu sortit de l'impasse qui avait dégénéré en quelques heures. Un ordre péremptoire, publié sur X, rouvrit l'accès du cardinal Pierbattista Pizzaballa à la basilique. Mais il était trop tard pour effacer l'incident. Car dans les crises symboliques – et Jérusalem se nourrit de symboles avant même de rechercher l'équilibre – le facteur temps pèse autant, sinon plus, que les décisions elles-mêmes.

      Car l'important n'est pas le revirement, mais l'erreur initiale. Une patrouille de police bloquant le passage du patriarche latin de Jérusalem et du Custode de Terre Sainte, les empêchant d'entrer au Saint-Sépulcre, est un acte inhabituel. Il ne s'agit pas de simples fidèles ou de visiteurs anonymes. Les plus hautes autorités de l'Église catholique ont été arrêtées et refoulées, ayant été dirigées vers un lieu qui n'est pas seulement un espace religieux, mais un carrefour historique, juridique et politique extrêmement sensible. Cet événement est sans précédent, du moins par sa clarté, sa manifestation publique et sa portée symbolique.

      La justification officielle – la sécurité – se tient jusqu'à un certain point. Car la sécurité, lorsqu'elle devient discrétionnaire, cesse d'être une protection et devient un instrument. Et lorsque cet instrument affecte l'un des piliers les plus fragiles de la coexistence à Jérusalem – le statu quo –Concernant les lieux saints, le problème n'est plus opérationnel. Il est politique. Il touche l'ensemble du système. La référence au statu quo n'est pas rhétorique. Elle est au cœur du problème. C'est cet équilibre, construit au fil des siècles et formalisé à l'époque ottomane, qui régit l'accès, les responsabilités et les prérogatives des différentes confessions chrétiennes aux lieux saints. Un système rigide, souvent lourd, mais précisément pour cette raison essentiel : car il empêche que chaque geste ne dégénère en dispute, que chaque décision ne devienne un conflit ouvert.

      Intervenir dans ce mécanisme, c'est toucher un point sensible. C'est remettre en question non seulement une pratique, mais un principe. Ce n'est pas un hasard si la réaction de l'Église a été extrêmement dure. Ni diplomatique, ni nuancée : sans équivoque. Une violation sans précédent à l'époque moderne. Les mots étaient pesés, mesurés, mais sans équivoque. Car l'enjeu n'était pas seulement une célébration refusée, mais quelque chose de plus profond : la perception d'une compression progressive des espaces d'autonomie religieuse, d'une « normalisation » des restrictions, justifiée par l'urgence.

      Dans cette perspective, l'histoire n'est plus une simple succession d'événements, mais acquiert une valeur symbolique. Car elle ne se limite pas à ce qui s'est passé, mais englobe aussi ce qui pourrait se reproduire. Si le principe est adopté – si l'idée que la sécurité peut suspendre, même temporairement, des droits établis est acceptée – alors le précédent aura forcément du poids. Pas aujourd'hui. Mais demain. Et après-demain. Et pourtant, précisément au moment où la tension est à son comble, une seconde interprétation émerge. Plus subtile. Plus politique. En un sens, plus semblable à celle de Jérusalem.

      D'un côté, le document officiel du Patriarcat : ferme, presque accusateur. De l'autre, les propos du cardinal Pierbattista Pizzaballa lui-même – tenus lors de deux interviews télévisées, la première dimanche soir, la seconde hier matin – qui, quelques heures seulement après les événements, a adouci le ton et qualifié l'épisode de « grave malentendu ». Ces mots rétablissent l'ordre et évitent un affrontement direct. Il ne s'agit pas d'ambiguïté, mais de lucidité. La lucidité qu'à Jérusalem, chaque crise laisse des traces et que chaque fracture, si elle n'est pas gérée, risque de devenir permanente. C'est une diplomatie de proximité, celle qui se pratique non pas dans les palais, mais aux portes de la ville, là où différentes autorités – religieuses, civiles, militaires – se rencontrent et parfois s'affrontent. Le choix du cardinal Pizzaballa apparaît donc pour ce qu'il est : une tentative de limiter les dégâts sans renoncer aux principes, de dénoncer sans attiser les tensions, de concilier deux impératifs qui, dans d'autres contextes, seraient inconciliables : la fermeté et la coexistence.

      Mais la blessure, elle, demeure. Elle demeure dans l'image puissante d'une autorité militaire qui, pour la première fois, défie ouvertement l'autorité religieuse aux portes du lieu le plus sacré de la chrétienté. Elle demeure surtout dans la question que cet épisode laisse en suspens : le statu quo est-il encore solide ? D'autant plus que les réactions internationales ne se sont pas fait attendre. Les États-Unis, par la voix de leur ambassadeur à Jérusalem, Mike Huckabee, ont qualifié la décision de « difficile à comprendre » et ont dénoncé une « ingérence excessive ».

      Lorsque Jérusalem touche aux lieux saints, le périmètre de la crise s'étend immédiatement, devenant mondial. Car ces lieux n'appartiennent pas seulement à ceux qui détiennent le pouvoir administratif. Ils appartiennent, symboliquement, à des centaines de millions de fidèles à travers le monde. Et c'est précisément cette dimension mondiale qui rend l'épisode encore plus délicat. Chaque injustice locale a des répercussions internationales. Chaque restriction perçue comme arbitraire devient, en quelques heures, un enjeu politique, religieux et médiatique mondial.

      Dans ce contexte, refuser au patriarche et au gardien l'accès au Saint-Sépulcre apparaît à la fois disproportionné et irréfléchi. Non seulement parce que cela touche des figures symboliques, mais aussi parce que cela perturbe un équilibre établi précisément pour éviter ce type d'incident. Ainsi, le revirement de Netanyahou, aussi nécessaire soit-il, est insuffisant. Il est insuffisant car il intervient après coup. Il est insuffisant car il s'attaque à l'effet et non à la cause. Il est insuffisant car, entre-temps, le précédent est déjà créé. Car certaines erreurs sont corrigées, tandis que d'autres s'enracinent. Cela relève clairement de la seconde catégorie.

    • Le catholicisme comme religion d'État, l'exception positive de Monaco

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      De Stefano Fontana sur la NBQ :

      Le catholicisme comme religion d'État, l'exception positive de Monaco

      Lors de son voyage apostolique en Principauté de Monaco, le pape Léon XIV a salué le catholicisme comme religion d'État. Un événement aujourd'hui rare, qui porte un coup dur au dogme moderne de la laïcité d'État, à condition toutefois que le catholicisme soit véritablement vécu comme religion publique. 

      31 mars 2026

      Léon XIV et la famille d'Albert II de Monaco

      Le voyage de Léon XIV en Principauté de Monaco, samedi 28 mars, présentait un double intérêt, comme l'a immédiatement souligné la presse : la Principauté est l'un des rares États catholiques où le catholicisme est religion d'État, et le Prince a récemment refusé de signer une loi, approuvée en mai dernier par le Conseil national, autorisant l'avortement jusqu'à la douzième semaine de grossesse, invoquant la religion catholique du souverain. Ces deux raisons sont liées, mais la première a manifestement suscité le plus d'intérêt. Aujourd'hui, en effet, l'idée même d'un État catholique est considérée comme un blasphème par le laïcisme dominant. De ce fait, cette visite a également pu être perçue comme une provocation envers l'un des dogmes les plus largement acceptés de la politique occidentale. Dans son message de bienvenue à la population lors de cette visite de courtoisie au Prince de Monaco, Léon XIV a fait directement référence à la question de l'État catholique dans un passage particulièrement révélateur : « La foi catholique, dont vous êtes parmi les rares pays au monde à avoir la religion d'État, nous place devant la souveraineté de Jésus. »

      Par ces mots, l'idée d'une religion d'État est acceptée positivement, ce qui constitue en soi une bonne nouvelle. Le Pape ne mentionne pas l'« autonomie légitime » de l'État, une expression qui masque souvent l'acceptation du sécularisme moderne. Il ne parle pas d'un sécularisme « ouvert » aux religions, une expression qui conduit généralement à l'indifférence religieuse et à l'égalité politique des différentes religions. En reconnaissant la religion d'État, il confirme que le catholicisme, en Principauté de Monaco, occupe une place primordiale et unique et, implicitement, affirme que cela est juste, conformément aux préceptes de l'Église catholique elle-même. Léon XIV reconnaissait implicitement une relation privilégiée entre l'État, et non seulement la personne du Prince ou sa famille, et une religion unique. La référence à la souveraineté du Christ comme fondement de la religion d'État revêt donc une importance considérable, avec tout ce que ce concept de royauté a signifié et signifie encore, malgré les récents réexamens théologiques. La souveraineté du Christ exige la religion d'État. Cela tend à faire de la situation de la Principauté non pas une exception isolée, mais la règle. D'où peut-être l'insistance du Pape sur des détails – comme la petitesse de la Principauté de Monaco – qui peuvent jouer un rôle majeur dans le plan providentiel de Dieu.

      Cette souveraineté du Christ, a poursuivi le Pape, « engage les chrétiens à devenir un royaume de frères et sœurs dans le monde, une présence qui n’écrase pas mais élève, qui ne sépare pas mais unit, prête à toujours protéger par amour toute vie humaine, à chaque instant et en toute circonstance, afin que nul ne soit jamais exclu de la table de la fraternité ». Ce développement du discours peut être compris comme la lumière que la vraie religion émane pour animer toute la société, dans une fraternité qui, si elle n’est pas fondée sur la religion, risque toujours de se perdre. Nous sommes tous frères au niveau naturel, mais sans la souveraineté du Christ, cette fraternité purement naturelle se perd.

      Le prince Albert II a également évoqué cette fonction sociale directe de la religion : « Le cadre actuel respecte qui nous sommes à la lumière du rôle qu'occupe la religion catholique dans notre pays, tout en assurant un soutien sûr et plus humain. »

      Il serait regrettable de ne pas prendre en compte les développements survenus lors de la visite papale en Principauté de Monaco. La reconnaissance du rôle public et politique (voire institutionnel) de la religion catholique constitue une contre-révolution face à l'irréligion qui domine la vie politique des pays occidentaux, notamment européens, et appelle à une profonde remise en question du concept obsolète de laïcité. Toutefois, il serait naïf de croire que les discours du Pape à Monaco constituaient un appel au retour à un régime chrétien. La Principauté, comme Léon XIV l'a lui-même reconnu, est un microcosme, une société profondément sécularisée, laïque dans son mode de vie et très prospère. Face à cette société, la religion d'État risque de devenir une simple convention, et non plus un élément de la vie quotidienne. Certes, le Prince s'est opposé à la loi sur l'avortement, mais il est tout aussi vrai que le Conseil national l'a approuvée.

      C’est là qu’intervient l’invitation du Pape à la communauté catholique, l’invitant à intégrer dans sa vie les enseignements tirés de son statut de religion d’État. Ce statut exige que la relation privilégiée avec le catholicisme se manifeste et s’accomplisse dans la vie de la communauté, dans le respect des autres religions et des différentes cultures, mais aussi en s’affirmant d’abord comme religion publique et comme culture sociale et politique. Si le catholicisme demeure cantonné à la dévotion privée, sa reconnaissance comme religion d’État risque de rester superficielle, et quelques déclarations marquantes du Prince ne suffiront pas à la garantir.

      Lire aussi : Le pape Léon à Monaco : un succès malgré la controverse

    • Quand Léon XIV se fait chantre de la vie monastique bénédictine

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      DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
      À LA COMMUNAUTÉ MONASTIQUE
      DE L'ABBAYE DE SANTA SCOLASTICA À SUBIACO,
      À LA COMMUNAUTÉ MONASTIQUE
      DE L'ABBAYE DE SANTA MARIA DEL MONTE À CESENA
      ET AUX BÉNÉDICTINES
      DE L'ABBAYE DE SANTA SCOLASTICA À BARI

      Salle du Consistoire, lundi 30 mars 2026

      ______________________________

      Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

      Que la paix soit avec vous !

      Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

      Je me réjouis de cette rencontre, qui nous donne aussi l'occasion de réfléchir ensemble à la valeur du charisme bénédictin dans vos vies, dans la vie de l'Église et dans le monde.

      En identifiant « les instruments des bonnes œuvres », saint Benoît, au chapitre IV de la  Règle , nous exhorte à « veiller sur chacun de nos actes » (48). Vous, moniales bénédictines contemplatives, moines bénédictins, vous savez combien la prière et la lecture priante de la Parole de Dieu, en particulier la  Lectio divina , contribuent à cette vigilance, permettant à ceux qui les pratiquent de comprendre la vérité sur eux-mêmes, de reconnaître leurs faiblesses et leurs péchés et de célébrer les grâces et les bénédictions du Seigneur. C’est ainsi que se renouvelle en nous le désir de lui appartenir et que se confirme notre vœu de consécration. L’Écriture doit donc toujours être « la nourriture de notre vie, de notre contemplation et de notre vie quotidienne, afin que vous puissiez alors partager cette expérience transformatrice » (François, Constitution apostolique  Vultum Dei quaerere , 19).

      Le chemin de sanctification d'une personne consacrée, d'une religieuse, aussi riche soit-il de ferveur et d'inspiration, ne saurait se réduire à un simple parcours personnel. Il comporte une dimension communautaire essentielle, où la proclamation de la libération pascale prend une forme tangible dans le service fraternel, reflet de l'amour universel du Christ pour l'Église et pour l'humanité.

      À cet égard, la synodalité, promue par le pape François comme fondamentale pour la vie de l’Église, se traduit au monastère par la pratique quotidienne du cheminement commun, de l’écoute réciproque, du discernement communautaire sous la conduite de l’Esprit Saint et de la communion avec l’Église locale et la famille bénédictine. Cela se manifeste dans l’assemblée fraternelle, dans la prière commune et dans les décisions partagées, où autorité et obéissance dialoguent pour chercher ensemble la volonté de Dieu. La vie monastique ne saurait se réduire à un simple retrait du monde extérieur. Elle est un moyen par lequel un amour semblable à celui du Maître peut grandir dans le cœur des disciples, prêts à partager et à s’entraider, même entre monastères. Ainsi, dans un monde souvent marqué par le repli sur soi et l’individualisme, la vie monastique deviendra de plus en plus un modèle pour tout le peuple de Dieu, nous rappelant qu’être missionnaire, avant d’agir, exige une manière d’être et de vivre les relations.

      Il convient ici d’évoquer un aspect particulier propre à la vie missionnaire cloîtrée : l’intercession. Par la Parole faite prière, elle nous unit au Christ Médiateur, qui intercède pour nous (cf.  He  7, 25). L’intercession est le privilège des cœurs qui battent à l’unisson avec la miséricorde de Dieu (cf.  Catéchisme de l’Église catholique , 2635), prêts à recueillir et à présenter au Seigneur les joies et les peines, les espoirs et les angoisses des hommes d’aujourd’hui et de tous les temps (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale  Gaudium et spes , 1). C’est là un aspect primordial et fondamental de l’œuvre qui vous est confiée.

      Anne, la prophétesse, en est un exemple. « Elle ne quittait point le temple, y servant Dieu nuit et jour, par le jeûne et la prière » ( Lc  2, 37). Veuve et d’un âge avancé, elle avait fait du temple sa demeure. La prière et l’ascèse l’ont conduite à reconnaître le Messie dans l’enfant pauvre et anonyme présenté par Marie et Joseph : elles lui ont permis de discerner, au cœur de l’histoire, l’intervention divine et d’en faire une proclamation prophétique de joie et d’espérance pour tout le peuple d’Israël.

      La prophétie et le discernement nous conduisent à un dernier thème que je souhaite aborder avec vous : la formation continue, particulièrement nécessaire à notre époque. Elle consiste avant tout à « connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, Instruction  Cor Orans , 223) et est fondamentale pour que la vie consacrée « puisse accomplir son service au monastère, à l’Église et au monde d’une manière toujours plus appropriée » ( ibid ., 236). Toute la communauté est actrice de cette formation, par la prière, la Parole, les temps de célébration et de prise de décision, le dialogue et le renouveau, vécus et partagés dans la primauté de la charité. Cela implique un engagement, pour vous tous, avec sagesse et prudence, d’encourager toute bonne intention et de diriger tout effort vers une croissance commune dans la capacité de donner, afin que chaque monastère devienne, comme le souhaitait saint Benoît, toujours plus une « école du service du Seigneur » (cf.  Prologue à la Règle , 45).

      Chers frères et sœurs, merci pour l’immense bien, souvent invisible, que vous faites à l’Église par vos offrandes, vos prières incessantes, votre service et le témoignage de votre vie. Poursuivez cette œuvre, qui est « l’œuvre de Dieu » (cf. saint Benoît, Règle 43, 3). Je vous confie à Marie Très Sainte, Mère du Silence, Femme d’Écoute, à saint Benoît, à sainte Scholastique et aux nombreux saints bénédictins, et je vous bénis de tout cœur.

    • 689 adultes seront baptisés en Belgique pour Pâques de cette année

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      En Belgique, pour Pâques 2026 (vigile pascale du 4 avril), l’Église catholique recense 689 adultes candidats au baptême (appelés catéchumènes). Ces personnes recevront le sacrement lors de la nuit de Pâques dans les différents diocèses du pays.

      Contexte et évolution

      • Ce chiffre représente une hausse d’environ 30 % par rapport à 2025 (534 catéchumènes).
      • Il s’agit d’un triplement par rapport à 2016 (229 catéchumènes), confirmant une tendance de forte croissance continue observée ces dernières années.
      • Les diocèses les plus concernés sont notamment Malines-Bruxelles (environ 248, dont 200 à Bruxelles pour l’appel décisif) et Tournai (177). D’autres diocèses comme Liège (79) ou Namur (56) contribuent également.

      Ce phénomène intervient dans un contexte de sécularisation avancée en Belgique, où l’Église catholique note une augmentation inattendue des demandes de baptême d’adultes (souvent des jeunes ou des personnes ayant vécu des épreuves personnelles). Les chiffres restent modestes en valeur absolue par rapport à la population belge, mais ils marquent un record récent.

      Note : Ces données proviennent principalement des communiqués de la Conférence épiscopale de Belgique publiés en février 2026 et sont reprises par plusieurs médias catholiques et généralistes. Elles concernent spécifiquement les baptêmes d’adultes (et parfois adolescents) célébrés à Pâques ; aucun chiffre national actualisé post-Pâques n’est encore disponible au moment de cette réponse.

      L’Église catholique en Belgique n’a pas publié d’enquête détaillée et chiffrée sur les motivations exactes des catéchumènes (comme en France), mais les communiqués officiels, les témoignages de responsables diocésains et les analyses de médias catholiques ou généralistes convergent sur plusieurs facteurs explicatifs de cette hausse continue.

      Quête de sens et recherche spirituelle dans un monde perçu comme instable

      De nombreux adultes (souvent jeunes, 18-25 ou 26-40 ans) expriment un besoin d’ancrage spirituel et d’intériorité face à l’accélération du quotidien, à la société de consommation et à un sentiment d’insatisfaction ou de « vide ». Le baptême devient un choix personnel et mûri, plutôt qu’un rite social hérité.

      Épreuves de vie comme déclencheur

      Une part importante des parcours commence après une épreuve personnelle : maladie, deuil, difficultés familiales, « vie cabossée » ou accumulation de crises (post-Covid notamment). Ces événements poussent à une recherche existentielle et à une forme de spiritualité. Des analyses soulignent que cela crée un « sentiment de manque » que la foi vient combler.

      Influence des réseaux sociaux et des médias

      Environ 70 % des nouveaux baptisés déclarent avoir nourri leur foi via les réseaux sociaux (influenceurs catholiques, témoignages en ligne). La parole religieuse y est plus « décomplexée ». On note aussi une hausse des ventes de Bibles et des recherches d’horaires de messes en ligne (via des sites comme egliseinfo.be).

      Moins de baptêmes d’enfants → plus de choix différé

      Les parents baptisent de moins en moins leurs bébés pour laisser la liberté de choix à leurs enfants plus tard. Cela explique mécaniquement une partie de l’augmentation des demandes adultes : une génération qui n’a pas reçu le sacrement enfantin le demande ensuite par conviction personnelle.

      Visibilité accrue du religieux et émulation

      • La présence d’un islam fervent rendrait la parole religieuse plus acceptable et « décomplexée », surtout chez les jeunes (effet d’émulation ou de réaction).
      • L’immigration chrétienne (notamment d’Afrique ou d’Europe de l’Est) redynamise certaines paroisses et rend le catholicisme plus visible.
      • Des stars ou personnalités affichant leur foi, ainsi qu’un regain de pratiquants dans les villes, contribuent à normaliser la démarche.

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    • Noelia, 25 ans, a-t-elle été euthanasiée pour ses organes ?

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      De genethique.org :

      Noelia, 25 ans, euthanasiée pour ses organes ?

      27 mars 2026

      Noelia Castillo Ramos a été euthanasiée le 26 mars après que son père a épuisé tous les recours pour empêcher l’euthanasie de sa fille. La jeune femme de 25 ans, suicidaire après avoir subi un viol collectif alors qu’elle vivait dans un centre pour mineurs, était devenue paraplégique après avoir tenté de mettre fin à sa vie (cf. Euthanasie de Noelia : « Quand l’État tue ceux qu’il n’a pas su protéger »).

      Le cas de Noelia est montré en exemple, celui d’une jeune femme voulant exercer son « droit de mourir dans la dignité » malgré l’opposition de ses proches. Mais « est-on vraiment libre, quand la mort est préférable à la vie ? », interrogeait le philosophe Jacques Ricot décédé au mois de novembre dernier. « Quand on se suicide, c’est finalement qu’on ne voit pas d’autre issue possible. Que l’on a perdu sa liberté. » (cf. « Est-on vraiment libre, quand la mort est préférable à la vie ? »)

      Les organes de Noelia déjà « sous compromis » avant son euthanasie

      Le cas de Noelia est en effet « exemplaire », comme le révèle Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. Mais pas comme on pourrait le croire. En effet, Me Polonia Castellano, l’avocate espagnole qui défend ses parents, affirme que des pressions ont été exercées au sein de l’hôpital sur la mère de Noelia pour que l’euthanasie ait lieu, malgré les recours, au motif que les organes étaient déjà « sous compromis ». En effet, lorsque la mort est décidée sur une personne encore jeune, alors s’enclenche une procédure de « distribution » de ses organes, en particulier si la personne ne souffre que d’une maladie psychique (cf. Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).

      Un important dispositif a d’ailleurs été déployé pour s’assurer que rien ne vienne interrompre la procédure : l’établissement où Noelia a été euthanasiée a été « bouclé en permanence ». Plusieurs agents se sont même répartis à l’intérieur pour surveiller les halls et les couloirs (cf. Espagne : Noelia, 25 ans, a été euthanasiée, après que son père a épuisé tous les recours).

      Euthanasie, dons d’organes : des conflits d’intérêt évidents

      Qu’on ait laissé une jeune femme dépressive et handicapée être euthanasiée, renonçant à tout accompagnement, à tout soulagement, pour l’abandonner à sa souffrance, est déjà scandaleux en soi. Mais qu’on ait fait pression sur sa mère pour s’assurer que les organes seraient disponibles à la date prévue ajoute encore au scandale. Car c’est une réalité : les euthanasies rendent des organes disponibles dans un contexte de pénurie (cf. Espagne : 7 euthanasies, 23 transplantations). Des organes d’autant plus précieux lorsqu’il s’agit d’une personne encore jeune, sans maladie qui engage son pronostic vital.

      Et bien qu’on tente de rassurer la population en certifiant que les procédures sont cloisonnées, certains dénoncent les conflits d’intérêts de militants d’associations pro-euthanasie siégeant à la fois au sein des comités décidant d’autoriser les euthanasies et d’autoriser les prélèvements d’organes (cf. Euthanasie et dons d’organes : des « intérêts » communs ?).

      « La société n’est pas qu’une juxtaposition de libertés individuelles. Nous sommes liés, rappelait Jacques Ricot. Une loi peut être répressive, mais elle est aussi expressive : elle traduit les valeurs d’une société. » De quelles valeurs voulons-nous ?

    • Léon XIV : vers un tournant ?

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      D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

      Léon XIV : vers un tournant ?

      30 mars 2026

      Par une déclaration avisée et réfléchie, Léon XIV a à la fois recentré et relativisé la question de l’usage du rite ancien.

      Dans un message adressé aux évêques français réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière périodique, le pape a exprimé son espoir que le Saint-Esprit incite les évêques à trouver « des solutions concrètes qui permettront l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo », c’est-à-dire aux rites anciens, « selon les lignes directrices établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ».

      Il s’agit d’une déclaration habile pour plusieurs raisons, notamment parce qu’elle cite les lignes directrices de réforme établies par le Concile Vatican II, ce qui a permis aux évêques d’agir sans rompre avec les objectifs déclarés du pape François visant à restreindre la messe traditionnelle en latin en 2021, tout en omettant ostensiblement de mentionner le très impopulaire Traditionis custodes de François, le motu proprio par lequel il a restreint l’ancienne messe.

      Léon XIV a démontré son désir d’aller au-delà du pape François, en d’autres termes, en recherchant une « paix liturgique » qui serait d’un grand service à l’Église aujourd’hui. Léon a également reconnu – sans pour autant rejeter la faute sur quiconque – que le pape François, avec Traditionis custodes, avait créé une fracture qui serait très difficile à réparer.

      Léon XIV, confronté à une Église française qui s'interrogeait sur le nombre sans cesse croissant de baptêmes d'adultes dans un contexte de foi globalement traditionnelle, a souligné que non, les fidèles qui se sentent les plus proches de l'ancien rite ne peuvent être mis à l'écart.

      La démarche du pape est intéressante, car elle laisse entendre que le problème pourrait être surmonté. De plus, en France, même un évêque non traditionaliste comme le cardinal Jean-Marc Aveline, aujourd’hui président des évêques de France, a célébré selon l’ancien rite précisément pour éviter de perdre un groupe important de fidèles qui restent néanmoins dans le giron de la tradition catholique.

      Le sujet est vaste. Face à une sécularisation croissante, on observe un intérêt toujours plus grand pour la tradition de l’Église, qui se reflète également dans le recours au rite ancien. Ce retour à l’Église et à la foi s’observe aussi dans des pays comme la Suisse, où le portail épiscopal catt.ch a consacré une grande enquête au retour à la foi et à l’augmentation des baptêmes d’adultes.

      La réalisation de la paix liturgique serait une grande réussite pour Léon XIV et pour l’Église.

      Depuis le Concile Vatican II, le sujet de la liturgie a suscité de vives polémiques, créant des divisions et plaçant les chrétiens dans une situation de « avant et après », les rangeant d’un côté ou de l’autre. Léon XIV souhaite apaiser ces divisions et rétablir l’unité. Il entend le faire – comme le montre la lettre – en partant d’une perspective locale, en traitant chaque cas individuellement, sans modifier les dispositions du pape François, mais simplement en ne les appliquant pas pleinement. C’est une décision sage, qui marque également un tournant dans le pontificat.

      Léon XIV rencontre et écoute tout le monde. L’audience accordée à Gareth Gore, auteur d’un livre très critique sur l’Opus Dei, a fait sensation, mais s’inscrivait en réalité dans la « campagne d’écoute » de Léon et s’inscrivait dans la continuité de la pratique du pontife consistant à entretenir des contacts avec des journalistes qu’il connaissait au Pérou.

      C’est un pape attentif à l’opinion publique, mais pas pour autant esclave de celle-ci. Gore a demandé au pape de créer une commission d’enquête sur l’Opus Dei, mais il n’est pas certain que le pape donne suite à cette demande, d’autant plus que l’Église dispose des moyens nécessaires pour comprendre les situations au sein des organisations religieuses.

      Écouter ne signifie toutefois pas se soumettre. Le pape recueille des informations et les évalue avant de prendre des décisions.

      La question de la liturgie est cruciale, et le dialogue avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, lorsque celle-ci a annoncé son intention d’ordonner de nouveaux évêques sans mandat papal, a en effet constitué un premier test. Avant même cela, Léon XIV avait adressé un message au pèlerinage Paris-Chartres l’été dernier, ce qui était significatif, étant donné que ce pèlerinage avait été lancé par une association de fidèles de la messe tridentine.

      Dans l’ensemble, Léon XIV s’efforce d’harmoniser le gouvernement de l’Église.

      En ce sens, Léon XIV recherche des profils présentant des caractéristiques très spécifiques. La dernière nomination de la Curie est celle de l’évêque australien Anthony Randazzo au poste de préfet du Dicastère pour les textes législatifs.

      Randazzo vient d’assez loin pour ne pas devenir esclave des procédures romaines, mais il a vécu à Rome assez longtemps pour comprendre le fonctionnement de la Curie. Randazzo a notamment été fonctionnaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet. Il apporte donc un état d’esprit traditionnel ancré dans les pratiques de la Curie de la fin des années 1990, ainsi que l’expérience pastorale d’un évêque venu de l’autre bout du monde et une certaine capacité à relever des défis majeurs sans trop de tapage ni de visibilité. C’est ce que recherche Léon XIV.

      Renzo Pegoraro, chancelier de l’Académie pontificale pour la vie, a occupé le devant de la scène. Léon XIV lui a conféré le titre d’archevêque, rétablissant ainsi le principe selon lequel les responsables des dicastères et des académies pontificales doivent être des archevêques, en collégialité avec le pape.

      Tous les regards sont désormais tournés vers le Dicastère de la Communication, d’autant plus qu’il serait logique de remplacer un laïc comme l’actuel préfet, Paolo Ruffini, par un ecclésiastique. Cela démontrerait que ce pontificat prend une direction claire : pas de rupture avec le pontificat précédent, mais un retour manifeste à un pontificat « romain » dans sa forme (avec tous les chefs de dicastères au moins archevêques, c'est-à-dire en collégialité avec le pape) et institutionnel dans ses méthodes.

      Dans le même temps, il semble que le pape s’apprête enfin à entamer le remaniement de la Secrétairerie d’État : selon les rumeurs, Mgr Edgar Pena Parra serait nommé nonce en Italie, Mgr Paolo Rudelli deviendrait le nouveau sostituto, et Mgr Petar Rajić serait le nouveau préfet de la Maison pontificale. Ces nominations pourraient prendre effet après Pâques, mais il est également possible que le pape promeuve l’archevêque Paul Richard Gallagher, actuellement « ministre des Affaires étrangères » du Vatican, et nomme ensuite un nouveau ministre chargé des relations avec les États.

      En résumé, le pontificat de Léon XIV apparaît de plus en plus comme un pontificat qui ne cherche pas à marquer une rupture, mais plutôt à saisir l’occasion de conduire l’Église au cœur du XXIe siècle et au-delà.

      Pour Léon XIV, un renouveau générationnel s’impose. Mais avant tout, il faut ramener les gens à la foi et les y former. La paix liturgique y contribuera. Des ajustements institutionnels permettront au pape d’agir en tant que pape.