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  • « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? »

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    De Matteo Matzuzzi sur Il Foglio :

    Un monde où Dieu n’a plus d’importance

    Dans la solitude dramatique de l’Occident sécularisé, on s’est bercé de l’illusion de pouvoir s’en passer. Mais le caractère limité de la vie pose toujours la question du sens, à laquelle il est impossible d’échapper. Entretien avec le cardinal Robert Sarah

    1er août 2026

    Sur la couverture de son dernier ouvrage paru en France, sous le titre 2050, figure une question : « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? ». La question que pose le cardinal Robert Sarah est dramatique ; elle devrait empêcher de dormir les évêques du monde entier, bien plus que les réunions et les discussions autour des tables synodales sur le trafic de drogue et la délinquance juvénile. Et pourtant, il semble que le sujet soit tabou : on continue comme si de rien n’était, on élabore des plans diocésains et on prépare des campagnes pour atteindre les plus éloignés. Avec des résultats, en général, maigres. « Ce qui figure en couverture est justement une question, pas une affirmation, ni un vœu », explique Sarah dans cet entretien accordé au Foglio : « Il est certain que l’Église, du moins en Occident, traverse une période de grandes difficultés, voire de confusion, tant sur le plan doctrinal que sur les plans moral et disciplinaire. L’imbrication entre culture et foi n’est jamais sans importance ; au contraire, elle conditionne souvent de manière déterminante la transmission de la foi. Je pense qu’il ne fait aucun doute qu’on ne peut plus confier à la culture la transmission de la foi ; celle-ci ne peut être transmise aux nouvelles générations que par des expériences et des témoignages significatifs, qui placent au centre la prière, le silence, une liturgie bien célébrée, une fidélité fondamentale à l’Évangile et, par conséquent, une humanité renouvelée, ainsi qu’une manière plus humaine de vivre les relations. Ce sont là les communautés auxquelles Benoît XVI faisait référence, et dont nous voyons déjà poindre l’aube. L’Église, au fil des siècles, a traversé bien des tempêtes, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est divine, et qu’elle ne disparaîtra donc jamais. Oui, l’Église sera toujours un phare, car elle est le Corps mystique du Christ, et le Christ est la Lumière. »

    Et pourtant, comme l’indique clairement l’ouvrage, le discours dominant s’est concentré exclusivement sur d’autres questions : du changement climatique à l’écologie, des migrations au dialogue culturel. Des thèmes sur lesquels il n’y a pas de critique a priori : le cardinal lui-même les qualifie d’importants. Le problème, comme le souligne l’ouvrage, survient lorsque ces questions relèguent au second plan la place centrale de Dieu. Mais pourquoi cela s’est-il produit ? Pourquoi entend-on de plus en plus souvent, dans les homélies, parler d’urgence climatique plutôt que des thèmes profonds de notre foi ? « D’une part, comme je le disais, la culture dominante a imprégné même les milieux ecclésiaux, et même les prédicateurs ne sont pas à l’abri de cette influence. D’autre part, il peut y avoir la tentation de vouloir à tout prix plaire, d’être acceptable aux yeux de l’auditoire, et donc de céder à ces sujets qui font recette parce qu’ils sont plus à la mode. Il en résulte une prédication banale, totalement hors de propos, qui ne répond pas aux désirs profonds de l’homme. L’homme, y compris l’homme contemporain, a absolument besoin de Dieu, d’entendre parler de l’Évangile, de la vie éternelle, de la spiritualité. Il n’est jamais licite de réduire l’Évangile à des thèmes sociaux et horizontaux, aussi pertinents soient-ils, car cela revient à trahir la volonté même du Christ, qui nous a envoyés prêcher le salut éternel, et non la rédemption sociale. »

    Ce que dit le cardinal Sarah, et ce n’est pas nouveau, est évident en Occident et – pour restreindre encore davantage le champ – en Europe. Lorsqu’on s’entretient avec un évêque ou un prêtre du Vieux Continent, des pays qui en constituent le cœur, on perçoit que le problème n’est plus l’athéisme, qui supposait tout de même un débat – plus ou moins approfondi – sur l’existence de Dieu. Non, la question est désormais tout autre : Dieu n’est pas une évidence. On ne se pose plus la question de sa présence dans la vie de chacun et dans la société. Selon le cardinal Sarah, qui a publié en 2024 Dieu existe-t-il ? (Cantagalli), « on peut constater qu’en Occident, d’un point de vue culturel, beaucoup vivent comme si Dieu n’existait pas. Dieu n’est plus au centre des préoccupations des gens, nous n’en avons pas besoin. Le thème de Dieu est devenu sans importance, même si le thème religieux, lui, ne l’est pas, car l’homme est naturellement religieux, et le sens religieux humain fait partie de la structure anthropologique de l’homme et revêt de toute façon une importance universelle. Probablement, en Occident, prévaut une idée déformée de Dieu, qui entre en conflit avec la liberté entendue comme autonomie radicale. L’illusion de la domination par la technoscience favorise cette position de l’homme vis-à-vis de la création et du Créateur. Mais c’est une illusion, car le caractère limité de la vie pose toujours le problème du sens, auquel il est impossible d’échapper. Il faut avoir le courage de proposer avec force le Christ comme seule source permettant de connaître véritablement l’homme, sa destinée, son sens profond. Et cela notamment à travers des expériences de foi communautaires, qui permettent aux personnes de se sentir appartenir à une réalité commune, surmontant ainsi la solitude dramatique de l’Occident sécularisé. La question reste, aujourd’hui comme toujours, anthropologique : qui est l’homme, quel est le sens de sa vie, quelles relations comblent véritablement son besoin profond d’amour ? Cet amour qui est Dieu lui-même.

    On oppose souvent à la torpeur de l’Europe sécularisée – même s’il existe des îlots de bonheur, comme la Norvège de Mgr Erik Varden, ou le nombre record de baptêmes en France – la vivacité de l’Église en Afrique. Mais n’y a-t-il pas un risque de mettre trop l’accent sur cette grande expression de la foi africaine sans tenir compte des dangers d’une foi « jeune », comme le soulignait déjà Benoît XVI il y a de nombreuses années ? Le pape Ratzinger parlait de l’Afrique comme d’un « immense poumon spirituel », mais il ajoutait que les poumons peuvent tomber malades. « Certes – répond le cardinal Robert Sarah, Guinéen –, l’Afrique est un poumon spirituel ; mieux encore, comme le disait le pape Paul VI : nova patria Christi, la nouvelle patrie du Christ, c’est l’Afrique. On peut le dire à la fois, bien sûr, sur le plan démographique, et parce que le christianisme est en expansion constante. Mais, comme toutes les réalités jeunes, elle est fragile, elle a besoin de soutien, et l’Europe, forte de sa longue expérience théologique, liturgique et monastique, dans ce qu’elle a de meilleur – sur le plan culturel, de la foi et à travers ses plusieurs siècles d’histoire –, peut encore offrir ce soutien. Parfois, les prêtres africains qui viennent étudier en Europe ne saisissent pas toute la grandeur et la force de la foi chrétienne bimillénaire, car l’Europe aussi est fragile, distraite, incapable de transmettre sa propre identité profonde. « Je pense qu’il peut y avoir une réciprocité entre l’Afrique et l’Europe : l’Afrique, avec son apport d’une foi jeune, fraîche, enthousiaste, ouverte au martyre, et l’Europe, avec sa force bimillénaire de sainteté et de doctrine. Un équilibre difficile, mais pas impossible. »

    Et quand on parle de l’Afrique, on ne peut s’empêcher d’évoquer la persécution des chrétiens, même si ce sujet ne passionne guère ceux qui organisent les débats télévisés sous nos latitudes. Le pape François disait que les persécutés étaient « plus nombreux aujourd’hui qu’aux premiers siècles de l’Église ». Souvent, en revanche, on a tendance à dire qu’il n’y a pas de persécution, mais qu’il s’agit seulement d’affrontements pour le contrôle des ressources naturelles. Et, si l’on se tourne vers l’Orient, la situation n’est pas meilleure en Chine. « Le drame de la persécution n’est pas fortuit dans le christianisme, mais il fait partie intégrante de l’identité chrétienne elle-même. Le Christ lui-même a été persécuté et est mort sur la croix pour nous ; on pourrait donc dire que la dimension du martyre est essentielle au christianisme ; il n’y a pas de christianisme sans martyre. Si, dans certaines parties du monde, pendant un certain temps, on ne fait pas l’expérience de la persécution, le risque est que la foi devienne tiède, nonchalante, incapable d’un véritable témoignage. Cela étant dit, il est tout à fait évident que l’information est sélective : surtout lorsque la persécution a lieu dans des pays en développement, la valeur de ces vies n’est absolument pas prise en compte, et souvent, les médias occidentaux ignorent complètement le phénomène. Je pense que l’Europe a terriblement peur de reconnaître qu’une persécution antichrétienne, et souvent, plus généralement, antireligieuse, est en cours. Mais la persécution est plus cruelle en Europe. La foi est marginalisée, les valeurs morales et chrétiennes sont combattues. L’Occident a tué Dieu, ou plutôt, il l’a méprisé, voire combattu ouvertement. L’admettre signifierait adopter des positions cohérentes, ce que l’Europe n’a probablement pas la force de faire. Pourtant, les chrétiens doivent être protégés, surtout là où ils sont minoritaires, comme toutes les minorités. La question de la Chine est très complexe, et il faut espérer que cet accord secret vise uniquement à favoriser l’évangélisation, et non à faire des compromis avec un gouvernement qui est, de fait, intrinsèquement antireligieux. »

    L’accord avec la Chine est l’un des points marquants du pontificat de François qui, quelle que soit la manière dont on le considère et l’évalue, a été source de divisions, y compris dans le débat « laïc ». Lors des congrégations générales qui ont précédé le conclave, la recherche de l’unité était évidente. Comment peut-on aider, dans cette œuvre, un pape comme Léon qui a fait de l’unité sa devise et son style de gouvernement ? « La première façon d’aider le pape est de le soutenir quotidiennement par nos prières, afin qu’il se laisse véritablement éclairer par le Saint-Esprit, sans suivre ses propres pensées ni se laisser influencer par un groupe de personnes, mais en écoutant ce que Dieu dit à son Église. Certes, le pape Léon, au cours de cette première année de pontificat, a fait preuve d’un grand équilibre, d’une grande capacité d’écoute et d’une volonté concrète d’apaiser même les tensions qui s’étaient créées. Sa prudence, son calme et sa sympathie humaine nous confortent dans l’idée qu’il est réellement possible d’avancer dans cette direction. Nous pouvons en outre l’aider dans son discernement, en lui présentant les différentes situations de l’Église et du monde, en proposant des pistes de solution possibles, mais surtout en lui fournissant le plus d’éléments possible afin qu’il puisse procéder à une évaluation attentive et prendre les décisions qui s’imposent. Je suis convaincu que le Saint-Père Léon sait très bien quel est le but à atteindre et qu’il cherche, notamment avec l’aide des cardinaux, les voies les plus praticables pour y parvenir. « Nous rendons grâce au Seigneur pour le don que représente le pape Léon ».

    Parler d’unité lorsqu’on aborde la question liturgique semble compliqué. C’est un sujet qui divise, il y a deux camps opposés. D’un côté, ceux qui revendiquent l’usage du vetus ordo comme s’il s’agissait d’une conquête ; de l’autre, une réalité idéologique qui considère presque ces catholiques comme une « secte » à éradiquer. Le Pape a déclaré vouloir bien comprendre la situation, échanger et dialoguer avec tous. Selon le cardinal Robert Sarah, « c’est un drame, voire un véritable péché, qu’il y ait une sorte de guerre sur un sujet aussi essentiel que la liturgie. La liturgie est la source de la communion de l’Église et il est inconcevable que, sur des questions liturgiques – voire, dirais-je, rituelles –, il y ait une telle confrontation et des oppositions aussi féroces. Personne n’a d’autorité sur les rites, qui sont issus de l’histoire séculaire de l’Église. Les rites ne peuvent être arbitrairement abolis, et personne ne peut affirmer qu’un rite n’existe plus, du jour au lendemain. Je pense qu’il faut prendre cette question très au sérieux, en revenant à la position équilibrée, pastorale et théologiquement fondée de Benoît XVI, qui a permis aux deux formes du rite latin de coexister, de s’enrichir mutuellement, d’être connues du peuple saint de Dieu qui, au fil des décennies, pourra choisir la forme qui correspond le mieux à son besoin de foi, de silence et de spiritualité.  Certains excès de ceux qui sont attachés à la forme extraordinaire sont, en partie, justifiés par les abus dramatiques et généralisés de la liturgie de la forme ordinaire, qui, à ce jour, n’est souvent pas célébrée comme le Concile l’aurait souhaité et comme le suggère la réforme liturgique elle-même. La liturgie n’est pas la propriété du célébrant, quel qu’il soit, prêtre, évêque ou cardinal. La liturgie appartient à Dieu ; on y entre et personne n’en est le maître. » Peut-être, cependant, le problème est-il encore plus profond. Regardons la qualité des homélies, souvent mal préparées et rarement capables de laisser une trace dans le cœur et l’esprit des fidèles. Sans parler des célébrations, où les références au transcendant sont souvent réduites à de simples parenthèses. Que faire ? « J’y ai déjà répondu en partie. La clé, c’est la formation liturgique, la formation, et encore la formation. Tant des évêques que des prêtres et des laïcs. Le retour au sens du sacré, dans une société sécularisée qui a chassé Dieu, ne peut se faire qu’à travers l’annonce de la vérité, une catéchèse convaincue et constante, et des expériences concrètes de silence et de spiritualité au sein de la célébration liturgique. Le respect dû à Dieu et l’humilité de sa propre personne sont des éléments fondamentaux pour retrouver le sens du sacré et la fidélité à la célébration telle que l’Église la veut. D’ailleurs, personne ne se permettrait d’entrer dans la chapelle Sixtine pour corriger le Jugement dernier de Michel-Ange.  « Voilà, le missel est bien plus important, bien plus ancien et bien plus contraignant que le Jugement dernier de Michel-Ange ; par conséquent, personne ne peut corriger, supprimer, ajouter ou modifier quoi que ce soit au rite tel que l’Église le présente aux fidèles. Et les fidèles ont le droit sacro-saint de participer à des messes célébrées selon les prescriptions de l’Église, et non selon l’arbitraire ou le caprice d’un prêtre en particulier. »

    Matteo Matzuzzi : Originaire du Frioul, il est né en 1986. Diplômé en politique internationale et diplomatie à Padoue avec un mémoire sur les Turcs et les Américains, il a été arbitre de football. Au Foglio depuis 2011, il s’occupe de l’Église, des papes, des religions et des livres. Son auteur préféré : Joseph Roth (mais tout ce qui concerne la « finis Austriae » lui convient). Il est rédacteur en chef depuis 2020.

  • Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

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    De Filip Mazurczak  sur le CWR :

    Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

    L'ouvrage « La Croix et le Drapeau » , du père John Tanyi Nquah Lebui, offre de nombreuses perspectives, notamment sur l'héritage africain méconnu du pape polonais.

    Le pape Jean-Paul II lors de son premier voyage papal en Pologne en juin 1979. (Image : Wikipédia)

    On peut affirmer que depuis saint Pie V, qui créa la Sainte Ligue et vainquit les Turcs ottomans lors de la bataille de Lépante en 1571, aucun pape n'a exercé une influence aussi profonde sur la politique mondiale que saint Jean-Paul II. Outre sa contribution majeure à la chute pacifique du régime communiste en Europe centrale et orientale, le pontife fut un fervent opposant à la guerre, à la pauvreté, à l'avortement et à toutes sortes d'injustices, et un défenseur de la dignité humaine. Même si les dirigeants du monde ne partageaient pas toujours son avis, ils l'écoutaient toujours.

    Dans son nouvel ouvrage, le père John Tanyi Nquah Lebui examine l'héritage diplomatique de Jean-Paul II. Bien qu'il s'agisse d'un ouvrage précieux sur les relations internationales, il présente quelques défauts assez surprenants.

    diplomatie papale

    Le père John Tanyi Nquah Lebui est un prêtre camerounais et spécialiste des relations internationales, actuellement en poste dans l'archidiocèse de Boston, dans le Massachusetts. Son ouvrage, intitulé « La Croix et le Drapeau : la diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible » , a été publié par St. Augustine's Press.

    Pour ceux qui ne reconnaissaient pas l'Église catholique comme la véritable Église, il semblait, au XIXe siècle, que celle-ci allait s'effondrer comme la Société des Nations, Lehman Brothers, l'Union soviétique, l'Empire britannique ou toute autre construction humaine. Lorsque Napoléon envahit Rome, il emprisonne le pape Pie VII, puis l'exile en France. Parallèlement, lors de l'unification de l'Italie, les États pontificaux se dissolvent, avant que le Vatican ne réapparaisse en 1929, devenant ainsi le plus petit État du monde, huit fois plus petit que Central Park.

    Ces bouleversements historiques, écrit Tanyi, furent cependant une  felix culpa , ou « heureuse faute ». Ayant perdu tout son pouvoir temporel, le Saint-Siège put renaître en tant que superpuissance morale. Tanyi se réfère ainsi aux grands politologues, tels que Fukuyama, Kissinger et Nye, et recourt aux catégories classiques de la science politique pour analyser le Vatican et saint Jean-Paul II en tant qu'acteurs politiques. Il soutient que le Vatican a eu recours à diverses formes de diplomatie durant le pontificat de Jean-Paul II, notamment l'action humanitaire, la communication médiatique (en particulier grâce au regretté porte-parole du Vatican, Joaquín Navarro-Valls), et la diplomatie traditionnelle.

    Le Saint-Siège et la Palestine sont les deux seuls observateurs permanents auprès des Nations Unies. Cependant, comme le démontre Tanyi, grâce à l'autorité morale de Jean-Paul II, le Vatican exerçait une influence considérable à l'ONU. Lors de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire, l'administration Clinton a activement œuvré pour la légalisation et la promotion de l'avortement comme solution au problème de la surpopulation.

    Pourtant, Clinton a échoué, et c'est à cause du Saint-Siège, qui a trouvé des alliés étranges dans divers États à majorité musulmane, notamment au Pakistan et auprès de sa Première ministre de l'époque, Benazir Bhutto, assassinée par un kamikaze en 2007 (et que le pape Léon XIV loue comme une femme « courageuse et généreuse » dans son encyclique Magnifica humanitas ), pour empêcher la promotion de l'avortement.

    Tanyi réfute de manière convaincante la vision marxiste de l'histoire comme étant uniquement déterminée par l'économie, la vision réaliste qui dépeint les relations internationales comme influencées par une lutte de pouvoir, et la vision libérale qui se concentre sur les incitations économiques, démontrant ainsi que les dirigeants peuvent avoir un impact sur l'histoire. Par exemple, Jean-Paul II, Polonais ayant lui-même subi l'oppression du communisme, a, sans surprise, rejeté la politesse mesurée dont certains de ses prédécesseurs italiens faisaient preuve envers les régimes communistes.

    Parallèlement, son enfance à Wadowice, où un cinquième de la population était juive avant l'Holocauste, lui a inculqué un amour pour le peuple juif qui a conduit le Vatican à établir des relations diplomatiques avec l'État d'Israël en 1993.

    Un pape « africain »

    « Les Irlandais sont les Noirs de l'Europe », déclare un personnage du film d'Alan Parker,  The Commitments (1991) , qui raconte l'histoire d'un groupe de jeunes Dublinois formant un groupe de soul. À l'instar des Irlandais, les Polonais ont subi l'oppression étrangère (notamment l'esclavage, parmi les nombreuses injustices commises à leur encontre pendant la Seconde Guerre mondiale), et l'on peut donc affirmer qu'ils sont eux aussi les « Noirs de l'Europe ».

    Dans ce contexte, l'origine polonaise de Jean-Paul II n'est pas fortuite. Selon Tanyi, les Polonais, à l'instar des Africains, ayant subi les pires atrocités du colonialisme, le pontife était particulièrement sensible aux nombreux maux du continent. Tandis que l'Italie, pays d'origine de la plupart des papes, avait commis d'horribles crimes contre l'humanité en Libye et en Éthiopie, la Pologne était elle-même sous le joug étranger lors du partage de l'Afrique.

    L’héritage africain de saint Jean-Paul II est souvent négligé, malheureusement parce que l’Occident fait preuve d’une ignorance délibérée à l’égard de ce continent. Pourtant, comme le souligne Tanyi, Jean-Paul II a effectué onze pèlerinages en Afrique (à titre de comparaison, il s’est rendu neuf fois dans son pays natal, la Pologne, huit fois en France et sept fois aux États-Unis), visitant trente-neuf de ses cinquante-quatre nations. Tanyi cite le biographe du pape, George Weigel, qui affirme qu’aucun dirigeant mondial de la fin du XXe siècle ne s’est autant soucié de ce « continent oublié ».

    L’amour du pape polonais pour l’Afrique et ses peuples était réciproque. Tanyi nous apprend que de nombreux Kenyans, par exemple, donnent son nom à leurs enfants, voire à leurs animaux de compagnie, à leurs animaux d’élevage et même à des hôtels. Tanyi énumère les contributions concrètes de Jean-Paul II à l’Afrique : de ses appels pressants aux nations occidentales et aux institutions financières internationales pour l’annulation de la dette africaine, à son exigence de la libération des prisonniers politiques détenus par des dictateurs africains comme condition nécessaire aux visites papales, en passant par la création de la Fondation humanitaire Jean-Paul II pour le Sahel.

    Lorsque les évêques catholiques de la Côte d'Ivoire, pays appauvri, décidèrent de construire la plus grande basilique du monde dans la capitale, Yamoussoukro, Jean-Paul II n'accepta sa construction qu'à la condition qu'un hôpital destiné aux plus démunis soit construit sur son terrain (cet hôpital a été construit depuis, et son saint patron est le grand médecin altruiste saint Joseph Moscati).

    défauts « idiosyncrasiques »

    L'adjectif de prédilection de John Tanyi semble être « idiosyncrasique », et il apparaît souvent à plusieurs reprises sur une même page. Il explique que, bien que ce mot puisse avoir des connotations négatives, il l'utilise au contraire de manière positive pour évoquer la personnalité et le parcours uniques de Jean-Paul II et leur influence sur sa diplomatie.

    Message reçu. Cependant,  « La Croix et le Drapeau »  souffre de défauts pour le moins originaux. Nombre d'idées sont répétées à l'envi, et l'ouvrage regorge de fautes d'orthographe et de ponctuation. La lecture peut ainsi s'avérer frustrante.

    Plus problématique encore est la bibliographie de Tanyi. Il cite à plusieurs reprises certains auteurs, dont certains sont des « catholiques dissidents » notoires, très critiques envers Jean-Paul II et l'Église, notamment Peter Hebblethwaite, David Willey, et même David Yallop, auteur d'un best-seller anti-catholique de mauvais goût promouvant la thèse, depuis longtemps démentie, selon laquelle le Vatican aurait assassiné le pape bienheureux Jean-Paul Ier.

    De plus, certaines œuvres citées dans *The Flag and the Cross*  (Tanyi utilise le style de citation APA) sont curieusement absentes de la bibliographie. On relève également plusieurs erreurs grossières : par exemple, Tanyi se trompe de six ans lorsqu’il mentionne la béatification de Jean-Paul II, alors que la messe papale de 1983 à Managua s’est déroulée devant une image des Sandinistes, et non de Che Guevara (apparemment, Tanyi a confondu cette messe papale mouvementée avec celle de La Havane quinze ans plus tard).

    Certaines opinions de Tanyi sont étranges. Par exemple, lorsqu'il évoque les dirigeants africains post-indépendance, il cite Ahmed Sékou Touré de Guinée parmi ceux « acclamés comme des héros et des sauveurs par leurs peuples » et des « penseurs », et non parmi les dictateurs mentionnés à la page suivante, tels qu'Idi Amin d'Ouganda, Mouammar Kadhafi de Libye et Hosni Moubarak d'Égypte. Sékou Touré fut l'un des pires tyrans d'Afrique ; le cardinal Robert Sarah, sans doute son critique le plus connu, fut par la suite inscrit sur la liste des personnes à abattre du dictateur.

    Certaines affirmations de Tanyi concernant la Pologne natale de Jean-Paul II sont problématiques. Il écrit, par exemple, que « certains prétendent même que la démocratie et la diversité ne font pas naturellement partie de la culture et de la mentalité polonaises traditionnelles », sans remettre en question ces affirmations. Tenir de tels propos sur n'importe quelle culture serait offensant, et la Pologne d'avant le partage possédait l'un des plus anciens parlements du monde et était le pays le plus tolérant d'Europe sur le plan religieux.

    Par ailleurs, le fait qu'il qualifie à plusieurs reprises la Pologne occupée par l'Allemagne – un pays soumis à une occupation extrêmement dure et sans gouvernement collaborateur – de « Pologne nazie » est regrettable. Et bien que l'antisémitisme ait connu une forte recrudescence en Pologne et en Europe durant l'entre-deux-guerres, la citation par Tanyi des propos du Premier ministre israélien Menahem Begin, selon lesquels les Polonais seraient imprégnés d'antisémitisme dès leur plus jeune âge, est injuste (sans compter qu'il attribue cette citation à tort, car elle provient non pas de Begin, mais d'un autre Premier ministre israélien, Yitzhak Shamir).

    Néanmoins, * La Croix et le Drapeau* est un premier ouvrage universitaire prometteur. Le chapitre consacré à Jean-Paul II et à l'Afrique constitue un apport essentiel à la littérature sur le pontificat de Wojtyła. J'espère qu'il poursuivra ses écrits sur la diplomatie de l'Église, l'Afrique et l'influence politique de la papauté.

    La Croix et le Drapeau : La diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible,
    par John Tanyi Nquah Lebui.
    Préface de Mary Ann Glendon.
    Postface de George Weigel.
    St. Augustine's Press, 2024.
    Broché, 330 pages.

    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things, la St. Austin Review, l'European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • Ceuta : entre le devoir d’accueillir et le droit des États à protéger leurs frontières

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Enclave espagnole de Ceuta : entre le devoir d’accueillir et le droit des États à protéger leurs frontières

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    Les images diffusées dans la nuit du 30 au 31 juillet, montrant des milliers de migrants convergeant vers l'enclave espagnole de Ceuta sont impressionnantes. Une crise qui invite à relire avec précision ce que l'Église catholique enseigne réellement sur l'immigration

    Les images venues de Ceuta ont suscité une vive émotion en Espagne. Face à l’afflux de milliers de migrants, le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, a demandé au gouvernement de Pedro Sánchez de déclarer une « urgence nationale », de mettre en place un commandement unique, de déployer l’armée et de fermer la frontière. Si Madrid a renforcé les effectifs militaires et policiers, il a refusé, à ce stade, de proclamer l’état d’urgence. Cette crise dépasse toutefois le seul débat politique : elle renvoie à une question fondamentale, celle de l’équilibre entre le devoir d’accueil et la responsabilité des États.

    Contrairement aux idées reçues, la doctrine de l’Église ne défend ni l’ouverture sans limites des frontières, ni le repli systématique. Elle affirme deux principes complémentaires.

    Le premier est le devoir d’accueillir celui qui fuit la guerre, les persécutions ou une misère telle qu’elle menace sa dignité. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle ainsi que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine ».

    Mais le même paragraphe du Catéchisme, souvent oublié, ajoute aussitôt : « Les autorités politiques, en vue du bien commun dont elles ont la charge, peuvent subordonner l’exercice du droit d’immigrer à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des immigrés à l’égard du pays d’adoption » (CEC, n° 2241). Autrement dit, l’Église reconnaît explicitement aux États le droit – et même la responsabilité – de réglementer les flux migratoires lorsque les circonstances l’exigent.

    Cet enseignement a été constamment rappelé par les papes. Dans son Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié de 1996, saint Jean-Paul II soulignait qu’il appartient aux autorités publiques de « contrôler les flux migratoires en considération des exigences du bien commun ». Benoît XVI, dans Caritas in veritate (2009, n° 62), appelait lui aussi à une gestion des migrations qui conjugue le respect de la personne humaine et les responsabilités propres des États. Le pape François s’est inscrit dans cette même ligne. Lors de la conférence de presse donnée dans l’avion qui le ramenait de Singapour à Rome, le 13 septembre 2024, il rappelait que les gouvernements doivent accueillir les personnes selon leurs capacités d’intégration, tout en reconnaissant qu’un État « a le droit de défendre ses frontières ». Il précisait cependant que cette protection ne peut jamais conduire à nier la dignité des migrants ou à les traiter de manière inhumaine.

    Lire aussi : https://tribunechretienne.com/incendies-monseigneur-marc-stenger-un-eveque-emerite-bien-mal-inspire-en-sen-prenant-a-leglise/

    La crise de Ceuta illustre précisément cette tension. L’accueil de ceux qui fuient la guerre ou la misère demeure un impératif évangélique. Mais protéger les frontières, garantir la sécurité des citoyens et veiller à ce que l’accueil reste possible font également partie des responsabilités légitimes de l’autorité politique.

    Le pape Léon XIV s’inscrit dans cette continuité. Depuis le début de son pontificat, il n’a jamais remis en cause cet équilibre de la doctrine sociale de l’Église, qui conjugue l’accueil des personnes en détresse avec la responsabilité des États de réguler les migrations dans le respect de la dignité humaine. Loin des slogans et des oppositions idéologiques, l’Église invite ainsi à tenir ensemble ces deux exigences. La charité chrétienne ne supprime pas la prudence politique ; elle l’éclaire. Et le contrôle des frontières, lorsqu’il est exercé dans le respect de la dignité de toute personne humaine, n’est pas contraire à l’Évangile : il s’inscrit pleinement dans la doctrine sociale de l’Église.

    Communiqué du diocèse de Cadix et Ceuta

    « Face à la situation que connaît ces derniers jours la Ville autonome de Ceuta, le diocèse de Cadix et Ceuta souhaite faire la déclaration suivante :

    Tout d’abord, nous exprimons notre profonde préoccupation devant la gravité des événements et la vulnérabilité particulière de tant de personnes touchées par cette situation.

    En tant qu’Église diocésaine, nous réaffirmons notre entière disponibilité à collaborer avec les institutions civiles et les organismes compétents, en mettant à leur disposition les moyens humains et matériels dont nous disposons, afin de contribuer, dans le respect des compétences de chaque administration et en coordination avec elles, à répondre aux besoins qui pourraient se présenter.

    Par ailleurs, nous informons que les quêtes qui seront réalisées ce week-end dans les paroisses de Ceuta seront intégralement affectées à la Délégation diocésaine pour les migrations. Leur produit sera acheminé par l’intermédiaire du Centre d’accueil des personnes migrantes Saint-Antoine, à Ceuta, d’où seront prises en charge les urgences les plus immédiates, en coordination avec les services compétents.

    Nous remercions par avance les fidèles ainsi que toutes les personnes de bonne volonté pour leur générosité et invitons les communautés chrétiennes à intensifier leur prière pour ceux qui souffrent, pour les responsables chargés de gérer cette situation, ainsi que pour tous ceux qui œuvrent à construire des chemins de paix, de justice et d’espérance. »

  • Syrie (Maaloula) : le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    REPORTAGE

    Maaloula : Le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

    Maaloula, ancien village chrétien des montagnes syriennes, a été occupé par des djihadistes entre 2013 et 2014. Aujourd'hui, alors que les djihadistes contrôlent tout le pays, la population revit le cauchemar des massacres et des enlèvements de cette époque. Le père Fadi témoigne. 

    30 juillet 2026

    Maaloula

    Le jour de la rencontre entre  le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et le président de la « nouvelle Syrie », Ahmed al-Shaara, dans un Damas bouclé – trois semaines seulement après la visite du président français Macron,  l'explosion de deux bombes près de son hôtel  avait tué une personne et en avait blessé des dizaines – nous quittons la capitale pour Maaloula, dans les monts Qalamoun, au nord-est de Damas, près de la frontière libanaise.

    Maaloula est un ancien village chrétien aux maisons accrochées à la roche à 1 400 mètres d'altitude. C'est l'un des rares endroits au monde – entre la Syrie, l'Irak et la Turquie – où l'araméen, la langue parlée au temps de Jésus, est encore parlé. Au-delà de cette image de carte postale, Maaloula est peut-être aussi le lieu qui témoigne le mieux de la violence, des atrocités et des contradictions de près de quinze années de guerre en Syrie. Entre septembre 2013 et avril 2014, le village a été le théâtre de violents affrontements entre l'armée d'Assad et les djihadistes d'Al-Nosra, qui ont fait des dizaines de victimes civiles (entre vingt et soixante-dix morts selon les sources,  dont trois exécutés  par  les extrémistes  pour avoir refusé de se convertir à l'islam).

    Maaloula raconte l'histoire de douze religieuses orthodoxes du couvent Mar Takla, enlevées en décembre 2013 par les mêmes djihadistes et libérées en mars suivant dans le cadre d'un échange de prisonniers avec le gouvernement syrien. Elle relate également la libération du village des militants d'al-Nosra par l'armée syrienne, avec l'aide du Hezbollah et du  Parti social nationaliste syrien  (PSNS), alliés d'Assad. Maaloula évoque aussi une autre histoire, plus récente et inimaginable il y a encore quelques années : le retour des extrémistes djihadistes qui menacent les habitants chrétiens. Comme on le sait – ou peut-être pas –, le groupe armé qui a pris le pouvoir en Syrie fin 2024, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), est affilié directement à al-Nosra. Officiellement dissous début 2025, HTS est la pierre angulaire de l'actuel « gouvernement de transition » à Damas et contrôle ses institutions civiles et militaires.

    Fin 2024, dans l'euphorie qui suivit la formation du nouveau gouvernement HTS, des groupes d'islamistes armés, principalement des jeunes, atteignirent Maaloula, désireux de « reconquérir » le bastion chrétien dont ils avaient été chassés. La population locale, accusée de collaboration avec l'ancien régime – une accusation très en vogue en Syrie à l'époque, et applicable à toutes sortes d'adversaires, politiques, religieux et personnels – se retrouva plongée dans les cauchemars du passé :  le meurtre d'un musulman lors d'une fusillade dans une ferme chrétienne  où il s'était introduit par effraction pour voler raviva la haine sectaire et poussa de nombreuses familles chrétiennes à fuir le pays par crainte de représailles.

    La situation semble désormais plus calme, et c'est précisément de ce présent dont nous allons parler avec le père Fadi Barghil, prêtre de l'Ordre basilien du Très Saint Sauveur et curé de l'église-monastère catholique melkite des Saints Serge et Bacchus à Maaloula. Nous arrivons au village dans un minibus branlant, à travers les pittoresques montagnes du Qalamoun. À l'entrée du village, la police nous demande, à nous dix passagers, nos passeports pour « vérifier qui entre ». L'église-monastère des Saints Serge et Bacchus, vieille de 1 700 ans, est le plus haut bâtiment du village ; elle se dresse sur un petit plateau dominant le village et la vallée en contrebas. Les rochers qui enserrent Maaloula dans leur étreinte calcaire sont marqués de symboles chrétiens : des croix taguées sur les murs, une statue du saint libanais Mar Charbel, une statue de la Vierge bénissant le village (une réplique de celle détruite par les djihadistes en 2013). En gravissant la colline, on découvre de nombreux clochers, ainsi que deux mosquées : l’une à l’abandon, l’autre en cours de rénovation. Sur le toit de l’un des édifices, en contraste saisissant avec le paysage environnant, flottent le drapeau de la nouvelle Syrie et la Shahada – la profession de foi de l’islam – est inscrite en noir sur fond blanc.

    Nous trouvons le père Fadi affairé dans le jardin – l’église produit et vend des conserves, des confitures, des sirops et des liqueurs, ainsi que des articles religieux et de l’artisanat. Malgré sa discrétion et le sourire en coin avec lequel il nous accueille, le père Fadi est une figure bien connue à Qalamoun : durant les mois de tension qui ont suivi la chute de Bachar el-Assad,  il a joué à plusieurs reprises le rôle de médiateur entre chrétiens et islamistes  pour éviter de nouveaux bains de sang, à Maaloula et ailleurs. Le père Fadi nous accompagne dans l’église – une merveille taillée dans la roche il y a près de deux mille ans – et nous montre les icônes qui ont survécu aux djihadistes, même si les visages de la Vierge et des saints ont été effacés par les fanatiques d’al-Nosra ; les autres, volées par les miliciens, ont été remplacées par des reproductions afin que leur mémoire ne soit pas oubliée. Nous pénétrons ensuite dans le complexe monastique, désormais dépourvu de communauté monastique, où règne un ordre parfait et où tous ceux que nous rencontrons sont occupés à une activité quelconque : certains font sécher des fruits au soleil, d'autres tiennent ouverte la petite boutique de souvenirs du musée, d'autres encore s'occupent de la cafétéria, d'autres enfin entretiennent les espaces.

    Le père Fadi nous invite dans la salle de réception et accepte de répondre à quelques-unes de nos questions, brièvement toutefois — peut-être par modestie, certainement pas par peur : il a publiquement exprimé à plusieurs reprises le droit des chrétiens de Maaloula de vivre en paix sur la terre qu'ils habitent depuis près de deux millénaires.

    Père Fadi, combien de chrétiens vivent encore à Maaloula aujourd'hui ?

    Environ trois cents familles habitent actuellement le village, soit près de mille personnes au total. Avant 2013, on en comptait environ neuf cents.

    Y a-t-il des musulmans qui vivent en permanence à Maaloula ?

    Après 2014, il n'y en avait plus aucun ; aujourd'hui, oui, certains sont revenus. Soyons clairs : nous n'avons rien contre eux. Nous aimons les musulmans, mais nous n'aimons pas les djihadistes.

    Comment est-il possible, selon vous, que les Syriens soient plus pauvres que jamais, maintenant que les sanctions économiques ont été levées et que leur gouvernement a été officiellement accueilli au sein de la communauté internationale ?

    Demandez à Ahmed al-Shaara.

    Où sont passés les millions d'aide humanitaire alloués par les pays et institutions occidentaux à la Syrie ?

    Posez-lui toujours la question.

    L'avez-vous déjà vu en personne ?

    Seulement en photos.

    N'est-ce pas lui qui a enlevé les religieuses de Mar Takla en 2013 ?

    Non, c'était Abou Malik, qui était à l'époque le commandant d'al-Nosra pour la région de Qalamoun.

    Le père Fadi nous montre une photo sur son téléphone portable d'Abou Malik al-Talli, alias Jamal Zeini, l'une des figures de proue du groupe pendant la guerre en Syrie. Il s'était retiré à Idlib après l'expulsion d'al-Nosra de la région du Qalamoun. Après des années d'absence, Zeini  a refait surface soudainement dans la région  il y a un peu plus d'un mois, accompagné d'une suite de partisans, pour une « visite de reconnaissance » des villages frontaliers du Liban. Coïncidence – ou peut-être pas, difficile à dire –  son retour a coïncidé avec les appels répétés de Donald Trump à al-Charia pour qu'elle  intervienne au Liban afin de combattre le Hezbollah. Tandis que nous parlons, le père Fadi sourit, avec l'air de quelqu'un qui aurait beaucoup à dire mais qui garde le silence par charité chrétienne. Nous nous tournons à nouveau vers lui.

    Comment se fait-il, selon vous, que les institutions occidentales qui ont légitimé le nouveau gouvernement d'al-Shaara – l'ONU en premier lieu – ne réagissent pas à la recrudescence des persécutions contre les chrétiens en Syrie ? Après tout, elles sont composées d'une coalition de pays comptant une forte, voire très forte, proportion de chrétiens.

    À mon avis, la responsabilité de ce phénomène incombe aux dirigeants de nos Églises syriennes – tous sans exception – qui refusent d'attirer l'attention sur la situation des chrétiens dans ce pays.

    Pourquoi pensez-vous cela ? Par peur ?

    Je ne le crois pas : c’est plutôt parce qu’ils veulent conclure des accords, ou plutôt « collaborer », avec le nouveau gouvernement.

    Nous continuons à méditer sur ces dernières paroles du Père Fadi tandis qu'après avoir fait nos adieux à saint Serge et à Bacchus, nous nous hâtons vers le bus du retour – encore plus branlant, si possible, que le premier – croisant en chemin plusieurs femmes voilées.

    La Syrie ne manque pas de prélats courageux comme l'archevêque Yacoub Murad, archevêque syriaque catholique respecté de Homs, qui, il y a à peine une semaine,  a demandé à la communauté internationale de protéger les chrétiens syriens , déconseillant aux Syriens expatriés de retourner dans leur pays d'origine en raison du danger et de l'extrême pauvreté qui y règnent. Pourtant, dans notre partie du monde, nous refusons de les écouter.

  • Le Pakistan, ce pays où la justice protège ceux qui brûlent des chrétiens

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    Le Pakistan, où la justice protège ceux qui brûlent des chrétiens

    Les assassins d'un jeune couple de chrétiens pakistanais, accusés à tort de blasphème et brûlés vifs dans la briqueterie où ils travaillaient à Lahore, ont été acquittés. Zarish Neno décrit la réalité quotidienne de la persécution.

    28/07/2026
    Des manifestations ont lieu au Pakistan contre la loi sur le blasphème (AP)

    Le 17 juillet, on apprenait que les meurtriers d'un jeune couple de chrétiens pakistanais, accusés à tort de blasphème et brûlés vifs dans la briqueterie où ils travaillaient à Lahore, au Pakistan, avaient été acquittés. Cet incident est d'autant plus troublant que le Pakistan aspire à devenir un acteur majeur sur la scène internationale : on peut notamment citer le rôle de médiateur du Premier ministre pakistanais dans le conflit entre les États-Unis et l'Iran.

    La Nuova Bussola Quotidiana a discuté de ce grave épisode d'intolérance religieuse avec ZarishImelda Neno, écrivaine et éducatrice catholique pakistanaise née à Karachi et vivant en Italie. Depuis des années, Neno donne la parole aux chrétiens persécutés au Pakistan à travers des conférences, des articles et des actions de terrain. Elle a fondé le Jeremiah Education Centre à Faisalabad, qui soutient les enfants issus des familles les plus vulnérables, et est l'auteure du livre Una Piccola Penna – Vita di una Donna Cristiana in Pakistan (Une petite fille chrétienne au Pakistan) .

    Madame Neno, pourriez-vous retracer cette histoire pour nos lecteurs ?

    Shama Bibi et Shahzad Masih étaient un jeune couple chrétien qui travaillait dans une briqueterie à Kot Radha Kishan, au Pendjab. Ils étaient esclaves de la dette, une réalité qui perdure au Pakistan au XXIe siècle. Ils avaient contracté une dette auprès du propriétaire de la briqueterie et, comme pour des milliers de familles pauvres, cette dette était devenue un fardeau quotidien, sans espoir de s’en libérer. Ils étaient parents de quatre enfants. Shama était enceinte de leur cinquième. Le 4 novembre 2014, ils furent accusés d’avoir brûlé des pages du Coran. Une accusation qui ne fut jamais prouvée. Pourtant, cette rumeur suffit à mobiliser la population grâce aux haut-parleurs des mosquées. Une foule enragée les captura. Ils furent battus, torturés et traînés devant des milliers de personnes. Puis, ils furent jetés vivants dans le four où ils avaient travaillé pendant des années. Shama mourut avec l’enfant qu’elle portait. Quatre enfants perdirent leurs deux parents le même jour. Quand je repense à cette histoire, je ne vois pas seulement deux victimes. Je vois quatre enfants orphelins. Je vois un enfant qui n'est jamais né. Je vois la foule qui a été témoin de cette horreur. Et aujourd'hui, je vois aussi un système judiciaire qui, après tant d'années, n'a pas été en mesure de leur rendre justice. C'est pourquoi cet acquittement ne se résume pas à une simple sentence. Il s'agit du message qu'il envoie à tout le pays : même un crime d'une telle ampleur peut rester impuni.

    Vous attendiez-vous à ce que les coupables soient acquittés ?

    Malheureusement, oui. Et le fait que cela ne me surprenne pas est peut-être l’aspect le plus tragique de toute cette affaire. Ce n’est pas seulement l’acquittement des meurtriers de Shama et Shahzad qui me peine. C’est le fait que cela semble être le sort réservé à presque tous les cas impliquant des minorités religieuses au Pakistan. À chaque fois, le monde s’indigne. À chaque fois, des enquêtes, des arrestations, la justice sont promises. Puis le temps passe. L’attention internationale s’estompe. Et les responsables reprennent le cours de leur vie, tandis que les victimes restent dans la tombe et que leurs familles continuent de vivre avec une douleur qu’aucun tribunal n’a jamais reconnue. Prenons l’exemple de Jaranwala. En août 2023, plus de vingt églises ont été incendiées, des centaines de maisons chrétiennes détruites et des milliers de personnes contraintes de fuir. Le monde a parlé de Jaranwala pendant quelques jours. Puis le silence. Aujourd’hui, je me demande : où est cette justice promise ? Combien de ceux qui ont dévasté une communauté entière purgent réellement une peine ? C’est une question qui s’applique à d’innombrables autres cas. Pour les enlèvements de jeunes filles chrétiennes. Pour les conversions forcées. Pour les fausses accusations de blasphème. Pour les meurtres. Voilà d'où vient ma colère : au Pakistan, le problème n'est pas seulement que ces crimes se produisent. Le problème, c'est que ceux qui les commettent ont compris qu'ils ne seront probablement jamais punis. Et tant qu'un pays ne démontrera pas que tuer, persécuter ou incendier la maison d'un chrétien entraîne de véritables conséquences, ces crimes continueront. Non pas parce qu'ils sont inévitables, mais parce qu'ils sont tolérés en toute impunité.

    Ce grave incident s'inscrit dans un contexte de persécution croissante des chrétiens au Pakistan. À votre avis, quelle est la raison de cette escalade ?

    Je crois que la réponse est simple, bien que douloureuse : les criminels restent impunis. La protection des minorités religieuses au Pakistan demeure insuffisante. Ceux qui persécutent les chrétiens savent, trop souvent, qu'ils ont de fortes chances de rester impunis. Et la communauté internationale exerce très peu de pression pour que le Pakistan garantisse véritablement les droits fondamentaux de ses minorités. Il est révoltant de penser qu'en 2026, au lieu de constater une diminution de la persécution, nous entendons encore parler de nouvelles victimes, de nouvelles accusations de blasphème, de nouvelles jeunes filles enlevées, de nouvelles conversions forcées, de nouvelles églises attaquées. À chaque fois, nous nous disons : « Espérons que ce soit le dernier cas. » Et pourtant, un autre arrive. Puis un autre. Et encore un autre. Nous, chrétiens pakistanais, continuons d'espérer. Nous continuons de prier. Nous continuons de croire que notre pays peut changer. Mais il serait malhonnête de dire que l'espoir n'est pas mis à rude épreuve quand on lit presque chaque jour un nouveau récit de persécution. La persécution ne persiste pas parce qu'elle est inévitable. Elle persiste parce que ceux qui devraient y mettre fin n'en font pas assez.

    Ces derniers temps, Islamabad s'efforce de jouer un rôle important sur la scène internationale. Pensez-vous que les États avec lesquels le Pakistan entretient des relations ignorent les violations des droits humains qui se produisent dans le pays ou font semblant de ne pas les connaître ?

    Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un manque d'information. Il est impossible de l'ignorer. Les organisations internationales reçoivent des rapports. Les gouvernements reçoivent des rapports. Les ambassades reçoivent des rapports. Des cas sont documentés chaque année. Pourtant, la persécution persiste. Cela me porte à croire que, trop souvent, il est plus commode de détourner le regard. Cela me peine de le dire, mais il semble parfois que la vie d'un chrétien persécuté au Pakistan n'ait pas la même importance que celle d'autres victimes à travers le monde. J'aimerais voir la même indignation, la même pression diplomatique et la même détermination que celles dont fait preuve la communauté internationale face à d'autres violations des droits humains. Car la liberté religieuse n'est pas un droit de second ordre. Et la souffrance des chrétiens pakistanais ne devrait pas être une tragédie dont on se souvient seulement lorsqu'elle fait la une des journaux.

    Enfin, en tant que Pakistanais et chrétien catholique, pensez-vous que la coexistence entre les différentes religions, entre chrétiens et musulmans, soit impossible dans le pays ?

    Absolument pas. Si chrétiens et musulmans ne pouvaient coexister, nous, chrétiens, n’existerions plus au Pakistan aujourd’hui. Notre présence même témoigne que des millions de musulmans et de chrétiens vivent, travaillent et étudient ensemble, et se respectent mutuellement au quotidien. J’ai moi-même grandi entouré d’amis musulmans que je considère comme ma famille. Il serait profondément injuste de blâmer toute une communauté pour les extrémistes. Mais précisément parce que je crois en la coexistence, je crois aussi que parler de dialogue ne suffit pas. Nous devons avoir le courage de faire taire ceux qui instrumentalisent la religion pour justifier la violence. Nous devons avoir le courage de protéger les membres des minorités. Nous devons avoir le courage de punir ceux qui incendient une église, ceux qui kidnappent un enfant, ceux qui tuent au nom de la religion. Car la tolérance ne se mesure pas aux discours. Elle se mesure à la volonté d’un État de défendre ses citoyens les plus vulnérables. Et le jour où un chrétien pakistanais saura qu'il est protégé par la loi au même titre que tout autre citoyen, ce jour-là nous pourrons enfin dire que la coexistence n'est pas seulement possible : elle est devenue une réalité.

  • Pourquoi le catholicisme continue-t-il de progresser aux États-Unis ?

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    De kath.net/news :

    Pourquoi le catholicisme continue-t-il de progresser aux États-Unis ?

    24 juillet 2026

    Avec environ 60 millions de fidèles, les catholiques restent la plus grande confession chrétienne aux États-Unis.

    Alors que l'Église catholique en Allemagne et dans de nombreux autres pays européens subit depuis des années une forte baisse du nombre de ses fidèles, elle demeure remarquablement stable outre-Atlantique. Si environ 300 000 personnes quittent l'Église en Allemagne chaque année, l'Église catholique aux États-Unis ne connaît pas de déclin comparable, malgré les scandales d'abus sexuels qui ont également ébranlé la vie de l'Église dans ce pays. C'est ce que rapporte le journaliste américain Erik Kirschbaum dans un article du quotidien « Die Welt ». Avec près de 60 millions de membres, les catholiques restent la plus importante confession chrétienne aux États-Unis.

    L'une des principales raisons de cette résilience réside dans l'important flux migratoire en provenance d'Amérique latine. L'Église américaine connaît une transformation notable : traditionnellement marquée par les immigrants irlandais, italiens, allemands et polonais, elle s'hispanise de plus en plus.

    D'après les données du Pew Research Center, 36 % des catholiques adultes américains sont aujourd'hui hispaniques, contre 29 % en 2007. Des millions d'immigrants originaires de pays comme le Mexique, le Guatemala, le Salvador et la Colombie insufflent une nouvelle vie aux paroisses. Quiconque assiste à la messe aujourd'hui dans des métropoles comme Los Angeles, Houston ou Miami découvre une Église nettement plus jeune, plus dynamique et plus internationale, où l'espagnol est de plus en plus parlé.

    Les jeunes adultes sont en quête de repères et de tradition.

    Outre les évolutions démographiques, un autre phénomène remarquable se dessine : notamment dans les grandes villes comme New York, un nombre croissant de jeunes adultes rejoignent consciemment l’Église catholique. Ceux qui recherchent la spiritualité y trouvent un accompagnement personnel et un soutien fiable, et sont attirés par les rituels séculaires et la beauté de la liturgie catholique.

  • Au sanctuaire de Banneux, premier Festival marial missionnaire : Marie, visage du dialogue et de la mission en Asie

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    Une dépêche de l'Agence Fides (Marie-Lucile Kubacki) :

    Au sanctuaire de Banneux, premier Festival marial missionnaire : Marie, visage du dialogue et de la mission en Asie

    24 juillet 2026
     

    Banneux (Fides) - Mettre en évidence le lien qui unit la dévotion à la Mère de Dieu à la vocation missionnaire et à la joie d'annoncer l'Évangile, joie que l'on peut ressentir par chaque baptisé : c'est le cœur de la première édition du Festival Marial Missionnaire, qui se tiendra au sanctuaire de Notre-Dame de Banneux, en Belgique, le dimanche 26 juillet 2026.

    Organisé par l’Union Pontificale Missionnaire (UPM) en collaboration avec la communauté européenne de pèlerinage vietnamien, cet événement inédit rassemble fidèles et missionnaires autour de la figure mariale, dont la dévotion est largement répandue sur le continent asiatique. Comme l'explique le Père Dinh Anh Nhue Nguyen (OFMConv), Secrétaire Général de l'Union Pontificale Missionnaire : « Il s'agit de la première édition d'un festival qui réunit la matrice mariale et la matrice missionnaire. La dévotion mariale, très ressentie dans les pays asiatiques, s'unit à l'engagement missionnaire de tous les baptisés. Ils sont appelés à être des disciples missionnaires comme Marie. »

    À l’occasion de cette première édition, une messe d’action de grâce sera célébrée pour la béatification du prêtre martyr Francis Xavier Trương Bửu Diệp le 2 juillet 2026, événement de portée majeur puisqu’il s’agissait de la toute première cérémonie de béatification jamais célébrée sur le sol vietnamien. La célébration eucharistique (en vietnamien) sera présidée par Mgr Frédéric Rossignol, évêque de Tournai. En amont de la messe, deux conférences — dispensées en anglais et en vietnamien — seront animées par le père Anthony Chantry (MHM), directeur national de Missio pour l'Angleterre et le Pays de Galles, et le père Dinh Anh Nhue Nguyen.

    Le Père Anh Nhue indique que ces enseignements :« seront concentrés sur les aspects du vécu et du témoignage de la foi dans toutes les circonstances de la vie, que ce soit à la paroisse, au travail, à l’école, et dans la famille, et donc aussi sur le martyre, autour de la promesse du Christ venu "donner sa vie” afin que ses brebis “aient la vie en abondance." Il souligne également que cette perspective rejoint le message du Pape pour la prochaine Journée Missionnaire Mondiale, dans lequel le Souverain Pontife met l'accent sur la "Mission de l'Amour."

    En plaçant la Mère du Christ au centre de ce festival, les organisateurs mettent également l’accent sur une réalité importante de la vie spirituelle en Asie, celle de la dévotion mariale comme lieu privilégié d'inculturation et de rencontre interculturelle sur le continent. Mais comment? Et quelles conclusions les missionnaires peuvent-ils tirer de ce constat?

    Marie, pont entre les croyants et les cultures

    En 2023, le centre de recherche américain Pew Research Center a publié une enquête sur le bouddhisme, l'islam et le pluralisme religieux en Asie du Sud et du Sud-Est, en interrogeant plus de 12 000 personnes en Thaïlande, au Cambodge, en Malaisie, à Singapour et en Indonésie. Cette enquête a établi que de nombreux non-chrétiens vénéraient Marie. Afin de comprendre en profondeur la manière dont les Chrétiens et non-Chrétiens d'Asie abordent la Mère du Christ, l'Initiative for the Study of Asian Catholics (ISAC), un réseau académique international hébergé par l'Institut de recherche sur l'Asie de l'Université nationale de Singapour, en partenariat avec le Center for Marian Studies de Londres, ont organisé une conférence de recherche. Au cours de cette journée, 18 travaux de recherche explorant les dévotions mariales dans 11 pays et à travers cinq traditions religieuses ont été présentés.

    Le théologien et anthropologue Michel Chambon, fondateur d’ISAC, a présenté les résultats dans le World Mission Magazine, où il relève que la Vierge Marie transcende les frontières religieuses et donne plusieurs exemples. À l'église de la Novéna à Singapour, comme sur les sites de pèlerinage de Velankanni en Inde ou de Mariamabad au Pakistan, des milliers de fidèles musulmans et hindous viennent régulièrement confier leurs intentions et faire des vœux à Marie. À Singapour, le mouvement taoïste « Origin of the Self » (Origine du Soi), fondé par le professeur Zhang Bu Sheng, intègre Marie dans son panthéon aux côtés de Jésus et de saint Joseph. Ces fidèles ne s’intéressent pas à la maternité physique ; pour eux, la figure de Marie, considérée à la lumière de leurs croyances, incarne plutôt le modèle accompli de la personne qui, par la méditation et la vertu, génère un être divin de l'intérieur et transcende la mort. En Asie de l'Est, Marie coexiste avec des divinités féminines comme le Bodhisattva Guanyin ou la déesse Mazu à Taïwan. Des statues japonaises de l'ère Edo (Maria Kannon) aux peintures dissimulées de la dynastie Qing, jusqu'aux statues contemporaines coréennes en granit sculptées par Choi Jong-Tae selon le style bouddhique du VIe siècle, la figure mariale dialogue en profondeur avec le patrimoine artistique et spirituel asiatique.

    Michel Chambon rappelle également que l'attrait pour Marie s'enracine dans l’intimité des maisons, où ses images côtoient parfois d'autres figures spirituelles. La sphère domestique devient ainsi un lieu d'expression d'une « religion vécue ».

    De plus, la réappropriation culturelle de figures comme Notre-Dame de La Vang au Viêt Nam,représentée depuis la fin des années 1990 en tenue traditionnelle (áo dài), montre comment le catholicisme se redéfinit continuellement comme une foi authentiquement asiatique. « Les dévotions asiatiques soulignent la centralité de Marie dans le dialogue que les populations asiatiques entretiennent avec les traditions chrétiennes et non chrétiennes, affirme Michel Chambon. Marie en Asie reste une question intrigante qui nous fait sortir de notre zone de confort. Avec ses dévots haut en couleur, elle est une figure stimulante qui nous invite à reconsidérer notre position religieuse et nos manières de conceptualiser la religion, le catholicisme et le dialogue interreligieux. »

    En rassemblant la communauté à Banneux, ce premier Festival Marial Missionnaire illustre ainsi que la mission est avant tout une affaire de rencontre : celle qu'incarne le témoignage des martyrs et que Marie continue de favoriser entre les cultures et les croyants du monde entier.
    (Agence Fides 24/7/2026)

  • L’archevêque syrien de Homs : « Si cela continue, le christianisme disparaîtra de cette région. »

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    De kath.net/news :

    L’archevêque syrien : « Si cela continue, le christianisme disparaîtra de cette région. »

    24 juillet 2026

    L’archevêque syriaque catholique de Homs, Jacques Mourad, a fait un compte rendu lors d’une conférence de presse à Vienne sur la situation sécuritaire et économique désastreuse, critiquant la communauté internationale, notamment les États-Unis et l’UE, ainsi que le gouvernement syrien.

    Vienne (kath.net/KAP) – L’archevêque syrien Jacques Mourad évoque une situation sécuritaire et économique toujours désastreuse, ainsi qu’une catastrophe sociale et humanitaire dans son pays. Il tient pour responsables à la fois le nouveau gouvernement, au pouvoir depuis fin 2024, et la communauté internationale. Selon l’archevêque, qui s’est exprimé auprès de Kathpress et d’autres médias viennois, aucun d’eux ne se soucie du bien-être du peuple syrien. Par ailleurs, l’archevêque de Homs a souligné, en réponse à une question, qu’il ne conseillerait pas, compte tenu de la situation actuelle, à ceux qui ont fui la Syrie de rentrer chez eux.

    Jacques Mourad (58 ans) est l'archevêque syriaque catholique de Homs et l'un des représentants les plus éminents des Églises en Syrie. Il a acquis une notoriété internationale après son enlèvement par l'État islamique. Après plusieurs mois de captivité, Mourad, membre de l'ordre religieux Mar Musa, a réussi à s'échapper.

    L’archevêque se souvenait parfaitement du renversement du dirigeant de longue date Bachar el-Assad et du changement de pouvoir en Syrie. À Homs, c’était le 8 décembre 2024. « Tout le monde a célébré cet événement incroyable. Nous pensions avoir enfin conquis la liberté, et cette nuit-là, j’ai enfin pu dormir profondément. » À peine deux mois plus tard, les premiers affrontements armés et les premières attaques de milices islamistes contre les Alaouites ont éclaté à Homs. « J’ai compris à ce moment-là que nous n’étions toujours pas libres. Ce jour-là, mon combat pour la liberté a repris. »

    Le christianisme disparaît de la région

    L'archevêque a vivement critiqué la communauté internationale. Il a notamment cité les États-Unis et Israël, mais aussi l'Union européenne, qui, selon lui, ne semblaient pas se soucier de la stabilité au Moyen-Orient. Cette situation, a-t-il affirmé, a des conséquences désastreuses pour le nombre de chrétiens restants en Syrie. Sur les deux millions de chrétiens qui y vivaient autrefois, l'archevêque estime, avec optimisme, qu'il n'en reste aujourd'hui que 300 000 à 350 000. Il a ajouté : « Si cela continue, le christianisme disparaîtra de cette région. » 

    La Syrie est un pays extrêmement dangereux. « Il y a quelques jours à peine, une mère et ses deux enfants ont été assassinés. Et les incidents de ce genre sont légion. » Le gouvernement est incapable ou refuse d'endiguer la violence endémique qui sévit dans le pays. Les armes et les groupes sunnites violents sont omniprésents. Les actes de vengeance visent principalement les Alaouites et les Druzes, accusés de collaborer avec le régime d'Assad. Bien sûr, les milices savent que cette accusation généralisée est fausse. Mais c'est un prétexte commode pour cibler les minorités religieuses, que les islamistes accusent de s'être éloignées de la véritable foi musulmane. « Ces extrémistes haïssent les Alaouites et les Druzes encore plus que les chrétiens », a déclaré l'archevêque Mourad. 

    La liberté religieuse est menacée.

    Bien que les chrétiens soient actuellement moins visés par les islamistes, l'archevêque estime que la liberté religieuse en Syrie est précaire. Ce pays, autrefois largement laïque, s'islamise de plus en plus. La diversité de la société, y compris la diversité religieuse, n'a aucune valeur aux yeux du nouveau gouvernement, même s'il affiche parfois une image modérée sur la scène internationale. L'archevêque a appuyé ses propos en évoquant la composition du nouveau parlement syrien. « Pourquoi n'y a-t-il que six chrétiens et seulement cinq femmes au sein du nouveau parlement syrien ? », a-t-il demandé. La majorité des parlementaires sont des fondamentalistes islamistes, dont beaucoup sont originaires d'Idlib, bastion islamiste.

    L'économie syrienne est en ruine, le système de santé est catastrophique et de plus en plus de personnes n'ont plus les moyens de se procurer des produits alimentaires de base ni de payer les loyers exorbitants, a déclaré l'archevêque Mourad. Ce dernier a exhorté la communauté internationale à enfin prendre au sérieux des projets concrets de paix et de reconstruction. Il a exprimé l'espoir que les investissements soient prioritairement consacrés à l'éducation et aux écoles, élément crucial pour l'avenir du pays. L'emploi est tout aussi important.

    "On va te couper la tête."

    L'archevêque de Homs était à Vienne mercredi pour une brève visite et s'est entretenu avec les médias locaux au sujet de la situation dans son pays. Il a également visité la Fondation Pro Oriente. Mgr Mourad a attiré l'attention internationale en 2015 lorsque des terroristes l'ont enlevé de son monastère de Mar Elian en Syrie et retenu en otage pendant plusieurs mois. Le pape François est intervenu pour obtenir sa libération. 

    Il priait chaque jour pour ses ravisseurs, se souvient Mourad lors d'un entretien à Vienne. « Convertis-toi à l'islam, ou nous te décapiterons », lui avaient-ils dit. Sa foi et la Vierge Marie l'ont soutenu durant cette épreuve, a déclaré l'archevêque : « Chaque fois que la peur me gagnait, je récitais le chapelet, et elle disparaissait pour laisser place au courage. »

    Mourad a relaté son expérience dans le livre « Un moine en captivité ». Il y décrit notamment la visite d'un commandant islamiste venu discuter de sa foi. Au cinquième mois de sa captivité, le moine s'est évadé grâce à l'aide d'un musulman qui, avec d'autres, avait organisé l'évasion de dizaines d'otages de l'État islamique. Les complices de l'évasion ont ensuite été assassinés par des militants de l'EI.

    Communauté de Mar Musa

    Jacques Mourad, né à Alep, a prononcé ses vœux en 1993 au sein de la communauté monastique syrienne de Deir Mar Musa el-Habashi (Monastère Saint-Moïse l'Abyssin), qu'il a cofondée. Il a également été ordonné prêtre la même année. Le monastère de Mar Musa est situé sur les pentes orientales des monts Qalamoun, à environ 80 kilomètres au nord de Damas. Fondé dans les années 1980 par Paolo Dall'Oglio, il appartient à l'Église catholique syriaque depuis les années 1990. Le prêtre italien Paolo Dall'Oglio a disparu dans l'est de la Syrie durant l'été 2013, alors qu'il tentait de libérer des otages détenus par le groupe terroriste État islamique. On est sans nouvelles de lui depuis.

    La communauté Mar Musa a notamment réactivé le monastère Mar Elian (Saint-Élie) à Qaryatayn, près de Homs, grâce au rôle prépondérant du père Mourad. Ce dernier a dirigé le monastère de 2000 à 2015. Après son enlèvement, il a séjourné dans les monastères annexes de Cori (Italie) et de Souleimaniye (Irak). En 2020, il est retourné à son monastère, Mar Elian, en Syrie, et en est devenu le prieur. Le monastère, gravement endommagé par Daech, a été reconstruit en collaboration avec des musulmans.

    En janvier 2023, le pape François a confirmé l'élection de Jacques Mourad comme archevêque de Homs par le synode des évêques de l'Église syriaque catholique. Mourad a été consacré évêque début mars 2023. 

    L'Église catholique syriaque est issue, au XVIIe siècle, de l'Église orthodoxe syriaque d'Antioche. Elle compte aujourd'hui entre 150 000 et 200 000 fidèles à travers le monde, principalement au Liban, en Syrie, en Irak et aux États-Unis. Depuis 1920, son siège est à Beyrouth. Le patriarche Ignace Joseph III Younan est son chef actuel.

  • Léon XIV : Le problème d'être pasteur

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Le problème d'être pasteur

    Fait rare la semaine dernière, les médias officiels du Vatican se sont prononcés sur une controverse concernant des propos récents de l'ambassadeur américain Brian Burch, représentant diplomatique de son pays auprès du Saint-Siège.

    Les médias du Vatican ont tenu à réaffirmer que « le pape parle toujours en pasteur ».

    C’était le titre d’un éditorial d’Andrea Tornielli, directeur éditorial de Vatican Media, qui semblait être une réponse directe à une interview accordée par Burch au New York Times.

    Publiée quelques jours avant l'éditorial de Tornielli mais réalisée en juin, l'interview de Burch par le Times citait l'ambassadeur affirmant que l'opinion du pape, lorsqu'il s'exprime en tant que chef d'État, est égale à celle des autres chefs d'État.

    Il y a beaucoup à analyser, tant dans les remarques de Burch que dans l'éditorial de Tornielli.

    Tornielli explique que le fait que l'évêque de Rome soit également souverain de l'État de la Cité du Vatican ne signifie pas qu'il agisse ou parle en tant que dirigeant politique lorsqu'il intervient sur des questions qui concernent l'humanité.

    Tornielli souligne que l'existence de l'État de la Cité du Vatican sert à garantir la pleine indépendance du successeur de Pierre dans l'exercice de sa mission spirituelle, mais cela ne signifie pas que le pape cumule des fonctions politiques et religieuses.

    Pour étayer cet argument, Tornielli rappelle que Paul VI, aux Nations Unies le 4 octobre 1965, avait souligné que le pape n'avait « aucun pouvoir temporel ni aucune ambition de rivaliser » avec les dirigeants des nations. Avant son accession au trône pontifical, Montini avait soutenu en 1962 qu'après la dissolution des États pontificaux, la papauté pourrait mieux développer sa mission d'enseignement et de témoignage de l'Évangile.

    En bref, « toute exaltation ou exagération du rôle du pontife en tant que chef d’État est trompeuse » car elle « détourne l’attention de sa seule et véritable mission de pasteur universel », qui, lorsqu’il prend la parole pour défendre la vie, la paix, le désarmement, ou appelle à dépasser le concept de guerre juste, ou se préoccupe des pauvres et de la liberté religieuse, « ne fait que proclamer l’Évangile ».

    Dans le New York Times, Burch a souligné que le pape, en tant que chef d'État, devait être considéré comme l'égal d'un autre chef d'État, et que par conséquent ses opinions étaient égales à celles des autres.

    Il a fait remarquer que le Saint-Siège « n’a pas dit et ne déclarera pas définitivement » si le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran est une guerre juste, que le pape le ferait en sa qualité de chef d’État, et que la doctrine de la guerre juste exige que ce soient les gouvernements qui décident ; le pape ne peut pas avoir suffisamment d’informations pour la définir.

    Or, les déclarations de l'ambassadeur américain ont leurs limites.

    D'une part, la tradition de pensée de la guerre juste repose sur des critères très clairs, élaborés sur des milliers d'années, et Léon a déclaré aux journalistes lors de son vol vers l'Espagne le 6 juin dernier que le conflit iranien ne les respecte pas.

    « Je crois que cela a déjà été très clairement indiqué », a déclaré Léon, « en Iran, les critères d'une guerre juste ne sont pas réunis. »

    « La théorie de la guerre juste remonte à des siècles, à une époque où il était impossible d’imaginer les armes et la capacité de destruction dont dispose l’humanité aujourd’hui », a également déclaré Léon.

    Dans sa récente encyclique Magnifica Humanitas , le pape a déclaré que la théorie de la guerre juste est « dépassée », en grande partie à cause du pouvoir destructeur des armes modernes, suivant une voie qui a commencé avec l’ encyclique Pacem In Terris de Jean XXIII .

    En fin de compte, une guerre préventive ne peut jamais être une guerre juste.

    L'affirmation selon laquelle l'opinion du pape, en tant que chef d'État, est dissociable de celle d'un chef religieux est vraie jusqu'à un certain point.

    Le pape ne peut être défini comme un chef d'État au même titre que les autres ; notamment lorsqu'il s'exprime sur un plan diplomatique, il est le Saint-Siège. Il ne représente pas le Saint-Siège. Il est le Saint-Siège. Selon le droit canonique, le pape, le Saint-Siège et le Secrétariat d'État sont synonymes.

    La question n'est donc pas de savoir si le pape est chef d'État. Il l'est, mais d'un territoire fonctionnel. Le problème réside dans la représentation internationale du Saint-Siège.

    Cette représentation internationale s'est poursuivie même pendant la période où, suite à l'invasion des États pontificaux par l'Italie, le pape s'est exilé à Castel Sant'Angelo et le Saint-Siège s'est retrouvé sans État.

    Durant ces années, cependant, les relations diplomatiques se multiplièrent ; Léon XIII fut même invité à la Conférence de paix de La Haye de 1899, et il n'y assista pas uniquement en raison de l'opposition italienne — qui ne voulait pas reconnaître la souveraineté du Saint-Siège — mais envoya un message contenant, entre autres, les germes de nombreuses réformes initiées par l'ère du multilatéralisme.

    Il est donc frappant que l'article de Vatican News se concentre uniquement sur le rôle du pape en tant que pasteur.

    Le Pape est un pasteur ; le Pape proclame l’Évangile, mais l’Évangile est aussi proclamé diplomatiquement, à travers un énorme réseau diplomatique (184 relations bilatérales), et aussi en défendant la vie, la famille et les droits dans les forums internationaux.

    Le pape ne parle jamais uniquement en tant que pasteur, car autrement le discours qu'il adresse au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le discours au corps diplomatique et à la société civile qui constitue le premier rendez-vous de chaque voyage apostolique , ou même le discours qu'il a prononcé devant les Cortes espagnoles lors de son voyage en Espagne, seraient dénués de sens.

    Mais tout cela est absent de l'éditorial de Vatican News, qui s'attache avant tout à écarter toute possibilité de considérer le pape comme un chef d'État comme les autres. Il ne l'est pas, certes, mais il n'est pas non plus un simple pasteur.

    Cette nuance, sans doute considérée comme évidente et implicite, ne figure pas dans le texte, donnant ainsi l'impression que Léon XIV n'entend exercer que ce rôle, créant un court-circuit dans la perception de la diplomatie du pape.

    Ainsi, l'interview à l'origine de la polémique et la réponse qu'elle a suscitée présentent toutes deux des lacunes, incomplètes pour une meilleure compréhension du contexte. La réaction de l'ambassadeur américain n'est guère surprenante, ne serait-ce que parce que l'administration Trump a toujours instrumentalisé cette distinction entre chef d'État et chef spirituel pour tenter de dissocier les paroles du pape des actes du gouvernement.

    Il est surprenant que Vatican News n'ait pas mis l'accent sur le travail diplomatique, mais ait plutôt cherché à démontrer que le pape n'est qu'un chef d'État fonctionnel, dépourvu de pouvoir temporel.

    Il a été dit que l'article de Vatican News avait été commandé par Léon XIV lui-même, ou du moins par des personnes de haut rang, et que le pape souhaitait le lire et l'approuver au préalable. Si cette information se confirme, trois conclusions peuvent être tirées.

    L'interview de Burch aurait été presque inintéressante sans cette réponse, car, au-delà du discours linguistique américain, Burch s'adresse à un public américain, utilisant la terminologie américaine et donc essentiellement locale.

    Si le pape a demandé une réponse, c'est parce qu'il se soucie de la perception des États-Unis.

    En effet, si l'on y réfléchit, il a également accordé sa première interview pour un livre de la journaliste américaine Elise Allen, publié en espagnol pour un public péruvien, afin de clarifier sa position sur certaines situations passées.

    Léon XIV ne veut pas donner l'impression de privilégier les États-Unis dans ses réflexions , mais c'est ainsi que l'opinion publique américaine le perçoit.

    Deuxièmement, définir le Saint-Siège tel qu'il est pose une difficulté considérable.

    La souveraineté du Pape sur l'État de la Cité du Vatican semble occulter le fait que le Saint-Siège possède une souveraineté internationale indépendante de tout territoire. Comme si la présence du Saint-Siège sur la scène internationale devait être justifiée plutôt que réaffirmée. Nous vivons une époque nouvelle où il est difficile d'expliquer le sens de la diplomatie papale.

    Mais tout ne se réduit pas à une simple perspective pastorale ; autrement, le Pape deviendrait – et c’est effectivement le cas – un chef spirituel parmi d’autres . Or, le Pape n’a jamais été un chef spirituel parmi d’autres. Et le Saint-Siège, précisément en ce sens, a toujours été, de mémoire d’homme, un acteur de paix.

    De plus, Montini n'était pas le seul à évoquer le caractère providentiel de la perte des États pontificaux. Benoît XVI, s'exprimant en Allemagne, a également parlé du caractère providentiel des tendances séculières qui ont permis l'avènement d'une Église détachée du monde .

    Cela ne signifie pas pour autant défendre la perte de souveraineté. Cela signifie souligner que, si la souveraineté se réduit à une simple structure, elle perd de vue ses motivations originelles.

    La troisième conclusion concerne la communication.

    Pourquoi les médias du Vatican devraient-ils réagir aux déclarations d'un ambassadeur, même indirectement ? Pourquoi est-il nécessaire de clarifier les déclarations d'un ambassadeur ?

    Il s'agit d'une question importante car elle touche à la dignité même du Saint-Siège et à sa manière d'interagir avec le monde.

    Autrefois, on aurait tout simplement ignoré les propos tenus, lancé une protestation interne ou convoqué l'ambassadeur pour obtenir des explications.

    Le fait que tout soit désormais exposé dans les médias témoigne effectivement d'une modernisation du Saint-Siège.

    Cela témoigne également d'une soumission à la logique du monde, dont l'issue est incertaine.

  • Face à la persécution des chrétiens, un archevêque indien défie le pouvoir devant la Cour suprême

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    De Manon Bordier sur Tribune Chrétienne :

    Inde : face à la persécution des chrétiens, un archevêque défie le pouvoir devant la Cour suprême

    Plus de 800 actes antichrétiens auraient été recensés en Inde en 2025, puis 285 au cours du premier semestre 2026. Face à cette violence persistante et à l’inaction dénoncée des autorités, Monseigneur Peter Machado porte devant la plus haute juridiction du pays la voix d’une minorité chrétienne de plus en plus menacée

    En Inde, les chrétiens ne veulent plus subir en silence. Le 15 juillet 2026, la Cour suprême a repris l’examen d’une requête portée par Monseigneur Peter Machado, archevêque de Bangalore, avec le National Solidarity Forum et l’Evangelical Fellowship of India. Leur objectif : obtenir des mesures concrètes contre les violences, les intimidations et les discours de haine visant les communautés chrétiennes. Le recours avait été engagé dès 2022, avant de connaître plusieurs reports et audiences intermédiaires. Intitulée Most Rev. Peter Machado & Ors. vs. Union of India & Ors., l’affaire est désormais examinée par les juges P. S. Narasimha et Alok Aradhe.

    Les chiffres versés au dossier donnent la mesure du phénomène. Selon les requérants, plus de 800actes antichrétiens ont été documentés en 2025, auxquels s’ajoutent 285 faits signalés durant les six premiers mois de 2026. Réunions de prière interrompues, célébrations attaquées, églises prises pour cible, fidèles intimidés : les violences s’intensifieraient particulièrement lors des grandes fêtes liturgiques, notamment Noël, le Carême, le Vendredi saint et Pâques. Bien souvent, les accusations de « conversions forcées » servent de prétexte à l’intervention de groupes nationalistes hindous. Les victimes peuvent alors se retrouver elles-mêmes poursuivies en vertu de lois anticonversion adoptées dans plusieurs États indiens.

    La requête attire notamment l’attention sur le district de Narayanpur, dans l’État du Chhattisgarh. Des familles chrétiennes y ont été chassées de leurs villages lors de violences survenues en 2022 et 2023. Certaines ont ensuite été poursuivies au lieu de recevoir la protection des autorités. En février et en avril 2026, 38 chrétiens ont finalement été acquittés, faute d’éléments permettant de retenir les accusations portées contre eux.

    Les requérants demandent à la Cour suprême d’imposer une protection policière effective, notamment pendant les grandes fêtes chrétiennes, de garantir des enquêtes impartiales et de faire respecter les directives déjà prononcées contre les violences collectives. Ils réclament également que les victimes ne soient plus traitées comme des coupables sur la seule base d’accusations de prosélytisme.

    Le gouvernement indien conteste cependant cette présentation. Depuis le début de la procédure, New Delhi affirme que certains incidents auraient été exagérés, mal interprétés ou liés à des différends privés sans caractère religieux. La Cour suprême cherche précisément à vérifier la réalité des faits signalés et la manière dont ils ont été traités par les forces de l’ordre. Cette affaire intervient dans un climat marqué par la progression de l’idéologie de l’Hindutva, qui entend définir l’identité nationale indienne à partir de l’hindouisme. Depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et du Bharatiya Janata Party en 2014, les organisations chrétiennes dénoncent une aggravation des violences et un sentiment croissant d’impunité chez les groupes nationalistes hindous.

    À l’issue de l’audience du 15 juillet, la Cour a indiqué avoir besoin de davantage de temps pour étudier les observations écrites présentées par l’avocat Colin Gonsalves. La prochaine audience est annoncée pour le 21 août 2026, sous réserve de son inscription au rôle. Devant la plus haute juridiction de la démocratie indienne, Monseigneur Peter Machado ne réclame aucun privilège. Il demande simplement que les chrétiens puissent prier, célébrer et vivre leur foi sans craindre l’irruption d’une foule hostile, autrement dit, que l’Inde respecte enfin les libertés religieuses inscrites dans sa propre Constitution.

  • Le dernier espoir des chrétiens de Terre sainte

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    Du Dr sur The European Conservative :

    Le dernier espoir des chrétiens de Terre sainte

    Le berceau du christianisme risque de perdre ses communautés chrétiennes autochtones. Un récent voyage à Jérusalem et en Cisjordanie a révélé la gravité de leur situation et les solutions concrètes qui permettent encore de les aider.
    L’archevêque Mor Anthimos Jack Yakoub, vicaire patriarcal de l’Église syriaque de Jérusalem, ainsi qu’un certain nombre d’autres dirigeants chrétiens palestiniens, m’ont assuré qu’ils avaient besoin de notre amour et de nos prières, mais aussi d’un soutien concret si l’on ne veut pas que le christianisme meure de notre vivant sur la terre qui a vu naître notre religion commune.

    L'Église syriaque orthodoxe, qui compte aujourd'hui un peu plus de 2 000 fidèles entre Bethléem et Jérusalem, illustre à merveille la situation critique de l'ensemble de l'Église en Terre sainte. À moins d'un retour massif et rapide des pèlerins et des touristes, elle ne pourra pas survivre ; ses écoles et ses églises devront fermer leurs portes, faute de ressources financières suffisantes.

    Il en va de même à Bethléem (la Cité du Pain), où non seulement les orphelinats français et polonais, mais aussi l'ensemble de la communauté chrétienne dépendent littéralement de la boulangerie salésienne pour leur pain quotidien. L'église de la Nativité de Bethléem, administrée conjointement par l'Église orthodoxe grecque, l'Église apostolique arménienne et l'Église catholique romaine, est vide. Le foyer franciscain voisin est fermé, tout comme les boutiques de souvenirs alentour, tandis que la place de la Mangeoire est si déserte qu'elle semble tout droit sortie d'une ville fantôme.

    La ville entièrement chrétienne de Taybeh, située à un peu plus d'une heure de route au nord de Ramallah, est elle aussi au bord du gouffre. La famille Khoury a fermé son hôtel, sa brasserie est déficitaire et, comme pour le reste du village, les barrages routiers et les actes de vandalisme des colons les empêchent d'accéder à leurs récoltes. Face à cette situation, les chrétiens continuent de fuir via la Jordanie pour demander le statut de réfugié au Portugal. Et personnellement, je ne les blâme pas.

    Bien que les chrétiens soient affaiblis, ils ne sont pas encore vaincus. Le père Bashar Fawadleh, curé de la paroisse catholique de Taybeh, s'active non seulement pour collecter des fonds, mais sa paroisse est désormais le plus gros employeur de la ville, grâce aux différentes écoles, dispensaires et associations qu'elle gère. La famille orthodoxe Khoury est plus entreprenante, mais pour l'instant, elle ne peut que tenir bon et espérer, malgré ses réticences, que des jours meilleurs reviendront avant que la présence chrétienne à Taybeh – qui remonte à Jésus lui-même – ne disparaisse définitivement.

    On peut dire la même chose des Salésiens, qui maintiennent une présence massive à Bethléem , où ils continuent non seulement à fabriquer leur fameux pain, mais aussi à former des générations d'adolescents aux compétences techniques qui leur garantiraient un emploi si jamais l'économie se redressait. 

    Le verre des chrétiens est à moitié vide, mais aussi à moitié plein, notamment grâce à la Pologne. Wiesław Kuceł, le représentant polonais en chef à Ramallah, m'a confié que des milliers de pèlerins polonais attendent de pouvoir se rendre à Bethléem. Cependant, tant que l'UE et ses États membres maintiendront leurs avertissements aux voyageurs, les agences de voyages, piliers du tourisme et du pèlerinage, ne pourront pas obtenir l'assurance nécessaire auprès d'Allianz ni d'autres assureurs, qui doivent déjà faire face à de nombreuses critiques mal informées.

    Cela ne signifie pas pour autant que les Polonais ou l'Église catholique en général soient inactifs à Bethléem et dans ses environs. Les Sœurs polonaises de Sainte-Élisabeth de Hongrie dirigent l'orphelinat polonais de Bethléem, également connu sous le nom de Maison de la Paix. Tout comme pour l'orphelinat La Crèche , bien plus ancien et géré par l'ordre français des Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, elles ne manquent pas d'enfants abandonnés à prendre en charge.

    Comme la plupart des organisations chrétiennes, elles dépendent principalement des dons. Les deux orphelinats ont de plus en plus besoin du pain que les Salésiens préparent chaque matin et leur offrent. Le point culminant de l'année a été la préparation de pizzas par Elias, du foyer de Bethléem, grâce à des dons venus d'Australie. Le père Jesudoss Arockiam, recteur et directeur de l'Institution salésienne de Bethléem, a longuement expliqué le travail concret que les Salésiens accomplissent dans toute la ville. Pour ma part, je me suis concentré sur la manière de collecter des fonds pour eux en ces temps difficiles, alors que beaucoup de ceux qu'ils aident n'ont pas un sou.

    J'ai trouvé une mine d'or pour eux en Australie, mais l'Australie seule est loin d'être suffisante. Lorsque les militants pro-palestiniens ont lancé leur récente flottille du Ṣumūd, ils ont dépensé plus de 10 millions de dollars sans obtenir le moindre résultat, si ce n'est quelques gros titres et une appropriation inappropriée du concept de Ṣumūd. Le terme « Ṣumūd » désigne la détermination palestinienne à s'accrocher à sa terre natale, quelles que soient les chances de succès.

    Les Palestiniens à qui j'ai parlé étaient unanimes : un gaspillage inadmissible. S'il y a bien des personnes qui font preuve d'un véritable Ṣumūd, ce sont celles qui s'accrochent à leur terre et celles qui y demeurent, ainsi que des personnalités comme le patriarche latin, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, l'archevêque Mor Anthimos Jack Yakoub et les Australiens de bonne volonté qui les soutiennent, non seulement à Gaza, Bethléem et Taybeh, mais dans toute la Terre sainte. Le Patriarcat latin de Jérusalem dispose également d'une page de dons .

    Bien sûr, de nombreux groupes chrétiens européens et australiens se joignent à eux. Pourtant, nulle part ailleurs l'appel de Jésus dans Matthieu 9, 35-38 – « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » – n'est plus pertinent que sur la terre même où il a vécu. Cette terre a aujourd'hui besoin non seulement de notre amour et de nos prières, mais aussi de toute l'aide concrète que nous pouvons lui apporter.

    Le Dr Declan Hayes est un professeur de finance irlandais à la retraite, qui s'est récemment rendu à Jérusalem et en Cisjordanie pour voir comment il pouvait au mieux aider leurs communautés chrétiennes en difficulté.
  • L'Occident est le nouveau front de la persécution des chrétiens

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    D'Anna Bono sur la NBQ :

    RAPPORT DE LA CPI

    L'Occident est le nouveau front de la persécution des chrétiens.

    Le nouveau rapport d'International Christian Concern met en lumière l'érosion croissante de la liberté religieuse en Occident. Il dénonce également la répression en Turquie et en Chine, qui cible les minorités religieuses, même en exil. La Russie, par exemple, réprime toute personne qui n'est pas sous l'autorité du Patriarcat de Moscou.

    20/07/2026

    International Christian Concern (ICC), organisation à but non lucratif fondée en 1995 pour venir en aide aux chrétiens confrontés à des difficultés en raison de leur foi, a récemment présenté l’Indice mondial de persécution 2026, couvrant la période du 1er juillet 2024 au 1er juillet 2025. Ce rapport, intitulé cette année « Visages des persécutés », documente la détérioration des conditions de vie des chrétiens, confirmant ainsi l’alerte lancée en janvier par Portes Ouvertes, l’organisation à but non lucratif qui publie chaque année la liste des 50 pays où les chrétiens sont les plus sévèrement persécutés.

    Plus de 388 millions de chrétiens – soit un sur sept – vivent dans des pays où leur droit fondamental à la liberté religieuse est bafoué, où ils subissent violences, discriminations et restrictions de leur culte. La CPI, à l’instar de Portes Ouvertes, désigne le nationalisme religieux, l’islam et les régimes communistes comme les principaux responsables de ces persécutions. Elle fonde son analyse sur des fiches d’information détaillées qui dressent le tableau de 20 pays : trois en Afrique, deux en Amérique du Sud et quinze en Asie.

    Le rapport consacre également un chapitre entier au cas de la Fédération de Russie. La CPI estime qu'un système complexe de répression du christianisme s'est développé dans le pays. L'accusation est grave : « La Russie, affirme la CPI, utilise ses ressources politiques et militaires pour réprimer toute expression du christianisme qui n'est pas sous le contrôle du Patriarcat de Moscou. » Durant la période considérée, le rapport fait état de 37 édifices religieux endommagés ou fermés, de 130 chrétiens arrêtés et de 167 tués – et il ne s'agit là que des cas recensés.

    La CPI attire donc l'attention sur deux phénomènes, tous deux en pleine expansion. Le premier est la persécution que le rapport qualifie de transnationale, c'est-à-dire qui s'étend au-delà des frontières nationales. Selon la CPI, certains gouvernements persécutent de plus en plus les minorités religieuses et les dissidents réfugiés à l'étranger. Le rapport cite notamment les cas de la Turquie et de la Chine. La Turquie a intensifié sa campagne contre les dissidents et les minorités religieuses en exil, utilisant les réseaux de renseignement internationaux pour identifier, surveiller et enlever ses citoyens ayant fui à l'étranger.
    La Chine continue d'étendre sa répression transnationale, ciblant les musulmans ouïghours, les pratiquants de Falun Gong et toute personne associée à des groupes chrétiens non enregistrés. Certains rapports font état d'agents chinois faisant pression sur des gouvernements étrangers pour qu'ils rapatrient des demandeurs d'asile et intimidant les communautés de la diaspora en Asie, en Afrique et en Occident.

    L'autre phénomène croissant est la persécution des chrétiens dans les pays occidentaux, un phénomène qui commence seulement à attirer l'attention et qui reste encore largement méconnu. « Bien qu'ils ne subissent pas les mêmes persécutions horribles que celles infligées aux croyants dans d'autres régions troublées », explique l'ICC, « la liberté religieuse s'érode également en Occident ».
    L'exemple cité est celui de la loi 21 sur la laïcité dans la province de Québec, au Canada, qui interdit aux employés municipaux de porter des signes religieux, établit les lieux et les modalités de prière des chrétiens, ainsi que le contenu qu'ils peuvent partager sur les réseaux sociaux.

    La CPI cite des cas de chrétiens arrêtés pour avoir prié en silence près de cliniques pratiquant l'avortement, en violation des lois sur les « zones tampons ». Le rapport appelle également à prendre en compte la menace que représente pour le christianisme, et les autres religions, l'islamisation croissante de l'Europe et l'augmentation exponentielle des obstacles et des restrictions à la liberté religieuse sur le continent, les actes d'intolérance et les attaques contre les personnes et les biens.

    Le rapport cite plusieurs cas, dont celui de la députée finlandaise Paivi Rasanen, accusée d'incitation à la haine pour avoir remis en question le soutien de l'Église luthérienne à une marche des fiertés homosexuelles sur les réseaux sociaux ; celui du révérend Bernard Randall en Grande-Bretagne, qui a été licencié d'une école chrétienne pour avoir désapprouvé le programme scolaire radical de l'établissement ; et celui du Dr Aaron Edwards, également en Grande-Bretagne, qui a perdu son poste de maître de conférences à l'université pour avoir publié un tweet soutenant la vision biblique du mariage.

    L'ICC, note le rapport, a participé au Sommet international sur la liberté religieuse, qui se tient chaque année à Washington et dont les sessions des deux dernières années ont porté sur les obstacles à la liberté religieuse dans les sociétés occidentales. « Des organisations telles que l'Alliance pour la défense de la liberté, l'Institut pour la liberté religieuse et le Conseil de recherche sur la famille », indique l'ICC, « ont contribué à mieux cerner les atteintes subies par le christianisme. » Par ailleurs, l'Observatoire de l'intolérance et de la discrimination à l'égard des chrétiens en Europe (OIDAC) publie un rapport annuel recensant les agressions et les crimes de haine en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Autriche. S'appuyant sur les rapports de police et ses propres statistiques et conclusions, le rapport 2025 de cette organisation à but non lucratif fait état de 2 211 incidents visant des chrétiens en 2024. L'OIDAC inclut les agressions physiques et les attaques contre des églises. On a dénombré 94 incendies criminels d'églises, soit le double de l'année précédente, la plupart ayant eu lieu en Allemagne.

    Le rapport de la CPI contient cependant une note positive : la foi peut perdurer même en l’absence de liberté. Malgré une répression croissante, le christianisme continue de se développer, même dans des lieux où il est le plus souvent contesté, comme en Iran, où le mouvement des églises de maison demeure l’un des plus dynamiques au monde, alimenté par des réseaux clandestins et l’évangélisation numérique ; et en Chine, où les croyants se réunissent dans des foyers et lors de réunions en ligne cryptées, malgré une surveillance constante.