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  • Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

    Il n’est pas toujours évident de bien comprendre le pape Léon XIV lorsqu’il parle de paix. Dès sa première salutation après son élection, il l’a qualifiée de « désarmée et désarmante » — une formule à la fois poétique et exigeante, difficile à traduire en actes dans les nombreux conflits qui déchirent le monde.

    Mais il l’a aussi qualifiée de « sauvage », dans son message solennel « urbi et orbi » de Noël (photo ci-dessus), en citant le poète israélien Yehuda Amichai (1924 – 2000) dans son anthologie publiée aux États-Unis : « Qu’elle vienne comme les fleurs sauvages, à l’improviste, car le champ en a besoin : une paix sauvage. »

    « Amichai ne croit pas à la paix comme miracle », commente Sara Ferrari, spécialiste d’hébreu à l’Université de Milan. « La vraie paix ne naît pas de l’innocence, mais de la conscience d’être capable du mal. C’est un message profondément biblique. »

    Et Léon n’atténue pas la réalité d’un mal qui envahit la terre. Dans son homélie de Noël — jour où « le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente » — il a
    poursuivi sans détour :

    « Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir. »

    Il n’est guère étonnant que nombre de ses propos — notamment ceux sur les soldats forcés à se battre sans raison, ou sur la course effrénée aux armements — soient repris et relayés par des mouvements pacifistes, catholiques ou non, pour défendre leurs thèses. Le message du 1er janvier pour la Journée mondiale de la paix, notamment, a fourni un terrain fertile aux pacifistes, dénonçant un réarmement démesuré allant « bien au-delà du principe de légitime défense ».

    Mais c’est justement ce rappel à la « légitime défense » qui inscrit la condamnation des armes par Léon au sein du cadre de la doctrine bimillénaire de l’Église sur la guerre et la paix.

    De la même manière, on ne peut imputer aux soldats ukrainiens — qui, depuis quatre ans, sacrifient héroïquement leur vie pour défendre leur pays et l’Europe — « le mensonge de ceux qui les envoient mourir ». Ce mensonge est en revanche imputable à l’agresseur, la Russie.

    Dans ses discours, le pape évite de nommer explicitement ses cibles. Mais quand il dénonce avec force, dans son homélie des vêpres du 31 décembre, ces « stratégies armées visant à conquérir marchés, territoires, zones d’influence, dissimulées derrière des discours hypocrites, des déclarations idéologiques ou de faux motifs religieux », il ne fait pas référence à l’Ukraine ou à l’Europe mais bien à la Russie et à Vladimir Poutine, le patriarche Cyrille — ainsi qu’au maître de la Maison Blanche.

    Pour dissiper tout malentendu sur le fond de sa pensée, le pape Léon a adopté une forme de communication informelle, presque chaque mardi soir, à son retour à Rome après sa journée de repos à Castel Gandolfo. C’est l’occasion pour lui se de prêter brièvement au jeu des questions et réponses avec les journalistes sur des sujets d’actualité avant de monter en voiture. Il répond en des termes sobres mais clairs, ou parfois par un silence dont il ne manque pas d’expliquer la raison.

    Le 9 décembre, après avoir reçu à Castel Gandolfo le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a déclaré, à propos des enfants ukrainiens déportés en Russie, que le travail du Saint-Siège « se déroulait en coulisses » et « malheureusement très lentement ». Ajoutant : « Je préfère donc ne pas commenter, mais continuer à travailler pour ramener ces enfants dans leurs maisons, à leurs familles. »

    Quant au plan de paix en 28 points proposé par Donald Trump — en concertation évidente avec Poutine —, le pape a répondu qu’il ne l’avait pas lu en entier, mais que : « Malheureusement, je crois que certaines parties de ce que j’ai vu apportent un changement considérable à ce que beaucoup ont considéré être pendant de nombreuses années, une véritable alliance entre l’Europe et les États-Unis. Je pense en effet que le rôle de l’Europe est très important, surtout dans cette affaire. Il n’est pas réaliste de chercher un accord de paix sans inclure l’Europe dans les négociations. La guerre se déroule en Europe, et je pense que l’Europe doit faire partie des garanties de sécurité que l’on recherche aujourd’hui et demain. Malheureusement, tout le monde n’a pas l’air de le comprendre. »

    Il est évident que les « garanties de sécurité » invoquées par Léon pour l’Ukraine et l’Europe reposent largement sur les armes et les armées. Mais le pape rappelle souvent qu’il y a un autre chemin vers la paix — celui qu’il a par exemple rappelé lors de l’Angélus de la fête de saint Étienne, le protomartyr : « Ceux qui croient aujourd’hui en la paix et ont choisi la voie désarmée de Jésus et des martyrs sont souvent ridiculisés, exclus du débat public, et accusés de favoriser les adversaires et les ennemis. »

    Il y a donc, dans la prédication de Léon, une distinction fondamentale entre d’un côté, une paix « désarmée » relevant d’un choix strictement personnel pouvant aller jusqu’au sacrifice de soi, comme l’a fait Jésus sur la croix, face au mépris du monde ; et d’un autre côté une paix « désarmée et désarmante », à travailler dans le monde civil, pour le bien de tous, afin que la force du droit l’emporte sur la force des armes.

    Flavio Felice, président du centre d’études Tocqueville-Acton et professeur d’histoire des doctrines politiques dans plusieurs universités européennes et américaines — dont l’Université pontificale grégorienne —, a mis en lumière cette distinction dans un article publié dans le journal « Il Foglio » du 2 janvier :

    « Le martyre est un acte suprême de la conscience qui engage la personne qui le choisit et dont les conséquences ne peuvent que retomber que sur cette dernière. On ne peut donc pas choisir le martyre pour autrui. Si un frère est attaqué, ne pas le secourir au nom de la paix équivaut simplement à le condamner à la défaite. Il n’y a aucune noblesse dans une telle omission qui ne peut résulter en une paix ‘désarmante’, il s’agit au contraire d’un ordre criminel et funeste, où le bourreau aura triomphé de la victime. »

    En revanche, dans un cadre civil et à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, la paix « désarmée et désarmante » dont parle Léon XIV « peut naître aussi de la légitime défense et de la dissuasion, afin que le bourreau ne triomphe pas de la victime, en œuvrant pour un ordre
    institutionnel susceptible de rendre improbable le recours à la guerre et de remplacer la force brute par le droit. »

    Ces considérations du professeur Felice rejoignent celles d’un autre analyste politique renommé, qui, dans l’éditorial du dernier numéro de la revue catholique progressiste « Il Regno » —
    qu’il dirige depuis 2011 —, parvient à cette conclusion :

    « Quand l’annonce chrétienne affirme que la paix est la synthèse de tous les biens messianiques, elle ne nie pas l’histoire ni la réalité. Et quand cette réalité est celle du mal, ce mal doit être combattu par tous les moyens moralement et juridiquement licites. Il y a un droit à la vie, à commencer par soi-même. Il est légitime — et c’est le magistère de l’Église qui l’affirme — de faire respecter ce droit. Et ce droit devient un devoir envers les autres, surtout pour ceux qui ont des responsabilités publiques, comme l’enseigne ‘Gaudium et spes’. Ainsi, la légitime défense, en plus d’être un droit, peut également devenir un devoir grave pour celui qui est institutionnellement responsable de la vie d’autrui. Défendre la vie de populations entières — en raison de leur faiblesse et de leur impuissance — exige de mettre l’agresseur hors
    d’état de nuire, y compris par la force, si nécessaire. Ne pas intervenir, alors qu’on pourrait le faire, constitue une complicité par omission — et donc une faute. Le chrétien ne peut collaborer au mal. C’est ce que nous avons vécu en Europe à cause d’opportunismes, d’omissions et de peurs dans les années 1930. L’odeur était âcre, et la couleur était gris-cendre. »

    Le pape Léon ne se berce pas d’illusions. Mais il ne capitule pas non plus. Il a réaffirmé à plusieurs reprises — y compris lors de son entretien avec les journalistes ce 9 décembre — que « le Saint-Siège est prête à offrir un lieu et des opportunités pour des négociations ». Et quand cette offre n’est pas acceptée — comme ça a été le cas — il répète : « Nous sommes prêts à chercher une solution, une paix durable et juste. »

    Car le Saint-Siège a un rôle particulier à jouer en vue d’une paix « désarmée et désarmante », et Léon n’entend pas y renoncer. « Le Saint-Siège ne se positionne pas comme un acteur géopolitique parmi d’autres, mais comme une conscience critique du système international, une sentinelle dans la nuit qui voit déjà poindre l’aube, qui appelle à la responsabilité, au droit, à la place centrale de la personne », comme l’a souligné l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, dans un entretien à l’agence SIR de la Conférence épiscopale italienne le 1er janvier.

    Mais c’est surtout la vision grandiose du « De civitate Dei » de saint Augustin qui guide Léon XIV : les deux cités qui coexistent dans l’histoire et la conscience de chaque homme : la cité de Dieu, « éternelle, marquée par l’amour inconditionnel de Dieu, auquel est uni l’amour
    du prochain », et la cité terrestre, « centrée sur l’amour égoïste de soi, la soif de pouvoir et la vaine gloire qui conduisent à la destruction ».

    Le pape Léon XIV a largement développé cette distinction dans son discours annuel au corps diplomatique, le 9 janvier. Selon lui, saint Augustin «
     souligne que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Mais le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil. »

    Respect du droit humanitaire même en temps de guerre, vérité des paroles dans les relations entre États, liberté d’expression, liberté de conscience, liberté religieuse en tant que « premier des droits humains », inviolabilité de la vie du sein maternel jusqu’à la mort naturelle : tels sont les fruits de ce regard tourné vers la cité de Dieu, à laquelle « notre époque semble plutôt encline à nier le droit de citoyenneté », a déclaré le pape aux diplomates.

    Sur chacun de ces points et bien d’autres encore, Léon XVI s’est exprimé avec la transparence qui le caractérise. Concernant la persécution des chrétiens — « un sur sept » —, il n’a pas fait preuve de langue de bois devant « la violence djihadiste ». À propos du « court-circuit des droits humains », il a dénoncé la « limitation, au nom de prétendus nouveaux droits », des libertés fondamentales de conscience, de religion « et même de la vie ». Au sujet de la liberté d’expression, il a mis en garde contre « un langage nouveau, à l’odeur orwellienne, qui, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent ». Concernant le conflit israélo-palestinien, il a appelé à la paix et la justice pour les deux peuples sur leurs propres terres. Et sur l’Ukraine, il a dénoncé « le fardeau de souffrances infligé à la population civile », avec « la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, de logements », à la suite d’un « acte de force pour violer les frontières d’autrui ».

    Ce discours du 9 janvier du pape Léon mérite d’être lu dans son intégralité dans la mesure où il s’agit presque d’un manifeste de son pontificat. Léon XIV y revisite saint Augustin à la lumière du monde actuel, un monde dans lequel « la guerre est revenue à la mode, et où une ferveur guerrière est en train de se répandre ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • « Dieu protège la Bulgarie » : les nouvelles pièces bulgares en euros adressent un message à Bruxelles

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    « Dieu protège la Bulgarie » : les nouvelles pièces bulgares en euros adressent un message à Bruxelles

    En rejoignant la zone euro, la Bulgarie choisit de réaffirmer son identité chrétienne.

     
    La pièce bulgare de 2 euros à l'effigie de saint Païssius de Hilendar

    La pièce bulgare de 2 euros à l'effigie de saint Païssius de Hilendar Banque centrale européenne

    Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a officiellement rejoint la zone euro, adoptant l'euro comme monnaie légale et abandonnant le lev. Ce changement majeur s'est accompagné d'un choix symbolique fort : sur la face nationale de certaines pièces en euros, le gouvernement bulgare a décidé de faire figurer des saints importants et des symboles religieux ou historiques, affirmant ainsi l'importance de son patrimoine chrétien et culturel.

    Contrairement aux pièces, les billets en euros ne permettent aucune expression nationale ou religieuse, car ils ont été conçus pour être identiques dans tous les pays de la zone euro, avec des motifs architecturaux stylisés et neutres afin d'éviter toute référence politique, religieuse ou nationale. Ce caractère abstrait et impersonnel a souvent été critiqué. La neutralité des billets contraste avec la personnalisation des pièces, qui permettent à chaque pays de la zone euro de mettre en valeur certains aspects de son identité propre.

    La pièce de 2 euros rend hommage à Païssi Hilendarski (Saint Païssius de Hilendar), moine orthodoxe du XVIIIe siècle. Auteur de l'ouvrage fondamental « Histoire slavo-bulgare » , texte qui joua un rôle essentiel dans le renouveau national bulgare sous la domination ottomane, Païssi exhortait ses compatriotes à se souvenir de leur foi, de leur langue et de leur identité nationale. L'avers de la pièce présente son portrait. La tranche est gravée de l'inscription « Dieu, protège la Bulgarie », une devise ancienne du royaume bulgare, qui confère à cette pièce une dimension religieuse et historique unique.

    La pièce bulgare d'un euro est dédiée à saint Jean de Rila. Ce saint, patron de la Bulgarie, est une figure centrale du christianisme bulgare. Né au Xᵉ siècle, Jean de Rila mena une vie d'ermite, profondément marquée par la prière et l'ascétisme, avant de fonder le monastère de Rila , qui devint au fil du temps le principal centre spirituel du pays. Sur la pièce, il est représenté de face, tenant une croix et un rouleau, symbolisant à la fois la foi et l'enseignement spirituel. L'inscription « БЪЛГАРИЯ » (Bulgarie) et le mot « ЕВРО » en caractères cyrilliques soulignent l'identité nationale et linguistique de la Bulgarie dans sa nouvelle monnaie commune.

    Pour les pièces de faible valeur (50, 20, 10, 5, 2 et 1 centime), le motif commun est le Cavalier de Madara. Ce bas-relief monumental, datant du VIIIe siècle et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, représente un cavalier transperçant un lion de sa lance. Bien que ce motif soit, à proprement parler, antérieur à la christianisation de la Bulgarie, il est devenu au fil des siècles un symbole de victoire, de protection et de continuité de l'État bulgare, imprégné de la dimension chrétienne, et s'inscrit dans la mémoire collective.

    Ainsi, par ses choix iconographiques, la Bulgarie a cherché à concilier son appartenance à l'Union européenne et à l'euro avec la préservation de ses racines chrétiennes et historiques. Avec l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro, la croix figurera pour la première fois sur les pièces en euros.

    Le message envoyé par Sofia est clair : la participation au projet collectif européen, souvent perçue comme une garantie de modernité, ne doit pas se faire au détriment des traditions nationales, notamment et surtout lorsqu’elles sont religieuses. L’histoire bulgare, marquée par des siècles de domination ottomane, cherche aujourd’hui à s’appuyer sur son passé chrétien de résistance aux envahisseurs. Espérons que ce message sera bien accueilli à Bruxelles.

  • Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

    Léon XIV a exposé ses priorités diplomatiques pour l'année à venir.

    Ce discours, traditionnellement prononcé en début d'année, est souvent qualifié de discours papal sur « l'état du monde ». Celui de cette année revêtait une importance particulière : c'était la première occasion pour Léon XIV d'esquisser ses priorités diplomatiques et d'indiquer sur quels points il souhaitait poursuivre ou, au contraire, s'éloigner du pape François.

    Qu’a dit Léon dans son discours – et quel éclairage son allocution apporte-t-elle sur ses priorités et son style diplomatiques pour l’année à venir ?

    Venezuela

    La partie du discours qui a sans doute été la plus scrutée concernait le Venezuela, suite à la capture par les États-Unis du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas et aux frappes aériennes contre des cibles militaires dans la ville.

    Dans son Angélus du 4 janvier, le pape a adopté un ton prudent, déclarant que « le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et nous conduire à surmonter la violence et à emprunter les voies de la justice et de la paix, en sauvegardant la souveraineté du pays, en assurant l'état de droit inscrit dans la Constitution, en respectant les droits humains et civils de chaque personne et de tous. »

    Il a repris ces propos dans son discours aux diplomates, déclarant qu'il renouvelait son « appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous, afin d'assurer un avenir de stabilité et de concorde.

    Il a cité l'exemple des deux saints vénézuéliens récemment canonisés, saint José Gregorio Hernández et sainte Carmen Rendiles.

    « Puisse leur témoignage inspirer la construction d’une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et permettre ainsi à la nation de se relever de la grave crise qui la frappe depuis tant d’années », a-t-il déclaré.

    Il est à noter que la version espagnole du discours du pape comprenait un paragraphe supplémentaire qui a été lu par erreur par le traducteur espagnol pendant le discours, mais que le pape n'a pas lu et qui n'apparaissait dans aucune autre version écrite du discours.

    Ce paragraphe désigne le trafic de drogue comme l'une des causes de la crise vénézuélienne.

    « Parmi les causes de cette crise figure sans aucun doute le trafic de drogue, qui est un fléau pour l’humanité et exige l’engagement conjoint de tous les pays pour l’éradiquer et empêcher que des millions de jeunes à travers le monde ne deviennent victimes de la toxicomanie », indique le rapport.

    « Parallèlement à ces efforts, il est indispensable d’investir davantage dans le développement humain, l’éducation et la création d’emplois pour les personnes qui, bien souvent, se retrouvent impliquées dans le monde de la drogue sans le savoir », conclut le texte.

    La mention du Venezuela dans son discours s'inscrit dans la continuité de l'approche mesurée de Leo face à la crise dans le pays, puisqu'il marche sur un fil entre la défense de la paix et du dialogue et le risque de donner l'impression de faire le jeu de Maduro en critiquant ouvertement les attaques menées par les États-Unis.

    Cependant, la mention apparemment effacée du trafic de drogue pourrait être perçue par les observateurs comme une occasion manquée d'attribuer la responsabilité de l'effondrement du Venezuela d'une manière que de nombreux Vénézuéliens — et gouvernements occidentaux — reconnaîtraient aisément.

    Liberté de conscience

    Le pape a consacré plusieurs paragraphes de son discours à la défense de la liberté de conscience et de religion dans le monde entier.

    Tout d'abord, Léon XIV a critiqué ouvertement les restrictions politisées à la liberté d'expression dans les pays occidentaux, affirmant que « la liberté d'expression est garantie précisément par la certitude du langage et le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater à quel point, surtout en Occident, l'espace pour une véritable liberté d'expression se réduit rapidement. »

    « Parallèlement, un nouveau langage de type orwellien se développe qui, dans une tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’alimentent », a-t-il ajouté.

    Il a déclaré que cet « affaiblissement du langage » a contribué à la violation de la liberté de conscience.

    « L’objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s’agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, de la part des médecins et des professionnels de la santé, de pratiquer des actes tels que l’avortement ou l’euthanasie », a-t-il déclaré.

    « La liberté de conscience semble être de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se disent démocratiques et respectueux des droits de l’homme… Une société véritablement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant les tendances autoritaires et promouvant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social », a-t-il ajouté.

    Le pape a également critiqué les attaques contre la liberté religieuse en Occident.

    « Parallèlement, il ne faut pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’encontre des chrétiens, qui se répand même dans les pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique. »

    « Là-bas, leur capacité à proclamer les vérités de l’Évangile est parfois restreinte pour des raisons politiques ou idéologiques, notamment lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille », a-t-il déclaré.

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  • Les chrétiens d'Alep pris en étau entre les Kurdes et les djihadistes

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    Les chrétiens d'Alep pris en étau entre les Kurdes et les djihadistes

    Un an après la chute d'Assad, la guerre civile entre les vainqueurs a repris en Syrie. Les forces d'Al-Charia et les milices djihadistes s'affrontent aux milices kurdes, notamment à Alep. L'ancienne communauté chrétienne locale se retrouve prise en étau. La Bussola a entendu leurs voix.

    10/01/2026

    Conformément aux accords conclus en mars dernier par le président autoproclamé de la Syrie, Ahmed al-Sharaa, avec les dirigeants des milices kurdes des FDS (Forces démocratiques syriennes), ces dernières étaient censées fusionner avec l'armée gouvernementale avant le 31 décembre 2025. Comme prévu, cela ne s'est pas produit et, à l'approche du Nouvel An, une escalade des affrontements entre les deux armées a commencé.

    La ville d'Alep a été le théâtre de violents combats, notamment les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et d'Achrafieh, ainsi que les quartiers adjacents de Bani Zaid, al Siryan, al Halak et al Midan, habités par des Kurdes et des chrétiens. Durant les affrontements, la quasi-totalité de la ville a été bombardée sans discernement. Il va sans dire que les victimes civiles, contraintes de fuir massivement leurs foyers, ont été les principales victimes. Ces derniers jours, l'ultimatum ayant expiré, les combats se sont rapidement intensifiés. Le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, s'est rendu à Damas dimanche dernier pour négocier avec les autorités gouvernementales la fusion des deux armées et la création d'un État kurde autonome au sein de l'État syrien, conformément aux accords de mars. Mais le jour de l'Épiphanie, lorsque la nouvelle du report des négociations est parvenue, les affrontements ont atteint une intensité brutale, avec des bombardements massifs de civils sans défense et la destruction de quartiers entiers, à tel point que les autorités syriennes ont fermé l'aéroport d'Alep.

    Le 6 janvier, les autorités syriennes ont tenu une réunion à Paris, sous l'égide des États-Unis, avec des responsables israéliensLe communiqué conjoint publié à l'issue de cette réunion indiquait que « le leadership de Trump au Moyen-Orient a permis un dialogue constructif, axé sur le respect de la souveraineté et de la stabilité de la Syrie ainsi que sur la sécurité d'Israël ». Les deux pays « se sont engagés à mettre en place un mécanisme conjoint visant à faciliter le partage de renseignements, la détente militaire, le dialogue diplomatique et les opportunités commerciales sous la supervision des États-Unis ».

    Le 7 janvier, l'armée syrienne a déclaré « zone militaire » les quartiers d'Alep où se déroulaient les combats à partir de 15 heures, précisant avoir mis en place deux « couloirs humanitaires » pour permettre l'évacuation des civils dévastés par trois jours de bombardements ininterrompus. L'administration d'Alep a également fermé les écoles, les universités et les bâtiments publics, à l'exception des hôpitaux.

    Étrangement, les ordres d'évacuation donnés par les autorités gouvernementales aux habitants de quartiers entiers ressemblent étrangement aux méthodes qu'Israël utilise quotidiennement au Liban pour éloigner des villages entiers des bombardements de Tsahal. On pourrait croire que la coopération entre Israël et les hommes d'Al-Sharaa commençait à porter ses fruits, si ce n'est que, le 8 janvier, Israël, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, n'a fermement condamné « les attaques des autorités syriennes contre la minorité kurde à Alep ».

    Après au moins 17 morts (ou 9, ou 12, selon la source), dont 99 % de civils, et un appel du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, les autorités syriennes ont conclu une trêve avec les milices des FDS dans la nuit du 8 au 9 janvier et ont imposé un couvre-feu à toute la ville, avec une interdiction totale de circulation.

    La communauté internationale aurait accueilli avec satisfaction l'annonce du cessez-le-feu ; pourtant, elle est restée impassible face à la transformation du pays en un véritable abattoir, digne de l'ancien dictateur Bachar el-Assad. Le sort des FDS demeure quant à lui incertain.

    Le New Daily Compass s'est entretenu avec Aline (ce n'est pas son vrai nom), une chrétienne maronite de 35 ans originaire d'Alep, qui est piégée avec d'autres réfugiés dans le sous-sol d'un immeuble depuis plus de soixante-douze heures, fuyant les bombardements qui ont détruit son quartier. « Depuis trois jours, notre ville est le théâtre de violents affrontements entre les milices kurdes des FDS et les forces gouvernementales : à mon avis, ce sont des terroristes. Les deux camps sont lourdement armés et s’affrontent depuis des mois, mais la dernière escalade est la plus intense. Ces combats se déroulent en plein cœur des quartiers résidentiels, menaçant directement les civils. Pendant trois jours, les tirs de mortier, d’obus et de roquettes ont été incessants, causant d’importants dégâts et mettant en danger sans distinction tous les citoyens. Depuis minuit ce soir (jeudi soir pour ceux qui lisent ces lignes), les tirs ont cessé ; le calme est revenu, mais nous n’osons pas encore rentrer chez nous. Les troupes kurdes viennent de commencer à se retirer de la ville. Nous attendons, espérant que la trêve tienne pour pouvoir aller voir ce qu’il reste de nos maisons », nous confie-t-il en français au téléphone.

    Nous demandons à Aline de confirmer si les chrétiens d'Alep sont directement touchés par les combats. « Absolument », répond-elle. « Entre les lignes de démarcation des forces kurdes et de l'armée syrienne, où sont stationnées leurs troupes respectives, se trouvent des quartiers chrétiens déjà fragilisés. Les Kurdes, en particulier, attaquent l'armée syrienne dans les rues al-Jabaa et al-Suryan, majoritairement habitées par des chrétiens. L'Église y a construit des logements pour les personnes dont les maisons ont été détruites lors du tremblement de terre de février 2023. Malheureusement, ces nouveaux bâtiments ont maintenant été touchés par des bombardements. De nombreux habitants ont été contraints de fuir vers des zones moins dangereuses, abandonnant leurs maisons et leurs biens, qui sont désormais la proie des pillages et des saccages perpétrés par des groupes armés. »

    Nous demandons si les chrétiens se sont organisés d'une quelconque manière, et comment, et s'ils sont capables de se défendre. « Certaines églises ont mis leurs salles paroissiales à la disposition des personnes déplacées, mais en tant que communauté chrétienne, nous n'avons que la prière face à ces événements. Nous vivons dans un climat de peur et d'incertitude. Nous avons récité le chapelet et imploré la protection du Seigneur pendant les huit heures de bombardements continus qui ont eu lieu mardi, jour de l'Épiphanie. »

    Le père Fadi Azir, prêtre franciscain de l'église de Terre Sainte à Alep, a lancé un appel à la paix dans une vidéo publiée sur la page Facebook Add Alsama. Tandis qu'il raconte comment ses frères et lui ont accueilli des réfugiés dans la salle paroissiale, on entend en arrière-plan de violents tirs d'artillerie, témoignant, s'il en était besoin, de la gravité de la situation. « L'avenir de la Syrie est incertain. Pour l'instant, nous tenons le coup… nous vivons dans l'incertitude, comme tout le monde. Prions », nous invite au téléphone sœur Giovanna (un nom d'emprunt), supérieure d'un monastère situé dans une autre région de Syrie. Prions et écoutons le cri de ces frères et sœurs, pour lesquels, nous en sommes certains, nous devrons rendre des comptes.

  • Le pape Léon XIV condamne l'avortement et la gestation pour autrui dans son discours adressé aux diplomates

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV 
    AUX MEMBRES DU CORPS DIPLOMATIQUE 
    ACCREDITÉ PRÈS LE SAINT-SIÈGE 
    POUR LA PRÉSENTATION DES VŒUX POUR LA NOUVELLE ANNÉE

    Salle des bénédictions
    Vendredi, 9 janvier 2026

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    Excellences,
    Distingués membres du Corps diplomatique,
    Mesdames et Messieurs,

    je tiens tout d’abord à remercier Son Excellence l’Ambassadeur George Poulides, Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles aimables et respectueuses qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et je vous souhaite bienvenue à cette rencontre organisée pour échanger nos vœux au début de la nouvelle année.

    Il s’agit d’un événement traditionnel dans la vie du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, mais qui constitue une nouveauté pour moi qui ai été appelé il y a quelques mois à paître le troupeau du Christ. Je suis donc heureux de vous accueillir ce matin et je vous suis reconnaissant de votre forte participation, enrichie cette année par la présence des nouveaux Chefs de Mission résidents du Kazakhstan, du Burundi et de la Biélorussie. Je remercie les autorités gouvernementales respectives pour leur décision d’ouvrir des Représentations diplomatiques près le Saint-Siège à Rome, signe tangible des bonnes et fructueuses relations bilatérales. À travers vous tous, chers ambassadeurs, je souhaite adresser mes vœux de bonheur à vos pays et partager un regard sur notre époque tellement troublée par un nombre croissant de tensions et de conflits.

    L’année qui vient de s’achever a été riche en événements, à commencer par ceux qui ont directement touché la vie de l’Église, celle-ci ayant vécu un Jubilé intense et vu le retour à la Maison du Père de mon vénéré prédécesseur, le Pape François. Le monde entier s’est rassemblé autour de son cercueil le jour des funérailles, percevant la disparition d’un père qui a guidé le Peuple de Dieu avec une profonde charité pastorale.

    Il y a quelques jours, nous avons fermé la dernière Porte Sainte, celle de la basilique Saint-Pierre, que le Pape François avait ouverte lui-même la nuit de Noël 2024. Au cours de l’Année Sainte, des millions de pèlerins ont afflué à Rome pour accomplir le pèlerinage jubilaire. Chacun est venu chargé de son expérience, de ses questions et de ses joies, mais aussi de ses douleurs et de ses plaies, pour franchir les Portes Saintes, symbole du Christ lui-même, notre céleste médecin qui, en venant dans la chair, a pris sur lui notre humanité pour nous faire participer à sa vie divine, comme nous l’avons contemplé dans le mystère de Noël récemment célébré. Je suis convaincu que lors de ce passage, de nombreuses personnes ont pu approfondir ou redécouvrir leur relation avec le Seigneur Jésus, trouvant ainsi du réconfort et une espérance renouvelée pour affronter les défis de la vie.

    Je tiens ici à exprimer une particulière gratitude aux Romains qui, avec beaucoup de patience et de sens de l’hospitalité, ont reçu les nombreux pèlerins et touristes venus du monde entier dans la Ville éternelle.

    Je tiens à adresser une gratitude particulière au Gouvernement italien, à l’Administration capitoline et aux forces de l’ordre qui ont travaillé avec zèle et précision pour que Rome puisse accueillir tous les visiteurs et pour que les événements du Jubilé, comme ceux qui ont suivi le décès du Pape François, puissent se dérouler dans la sérénité et la sécurité.

    Le Saint-Siège et l’Italie partagent non seulement une proximité géographique, mais surtout une longue histoire de foi et de culture qui relie l’Église à cette magnifique Péninsule et à son peuple. En témoignent également les excellentes relations bilatérales scellées cette année par l’entrée en vigueur des modifications apportées à l’Accord sur l’assistance spirituelle des Forces Armées qui permettra un accompagnement spirituel plus efficace des femmes et des hommes exerçant leur service dans les Forces Armées en Italie comme dans leurs nombreuses missions à l’étranger, mais aussi par la signature de l’accord pour une installation agrivoltaïque à Santa Maria di Galeria, qui permettra d’alimenter la Cité du Vatican en électricité grâce à des sources renouvelables, confirmant ainsi l’engagement commun en faveur de la création. Je suis également reconnaissant pour les visites que m’ont rendues les hautes autorités de l’État au début de mon Pontificat et pour l’exquise hospitalité qui m’a été réservée au Palais du Quirinal par le Président de la République à qui je souhaite adresser mon cordial et reconnaissant souvenir.

    Au cours de l’année, répondant à l’invitation qui avait été faite au Pape François, j’ai eu la joie de pouvoir me rendre en Turquie et au Liban. Je suis reconnaissant aux Autorités des deux pays pour leur accueil. À İznik, en Turquie, j’ai eu l’occasion de commémorer, avec le Patriarche œcuménique de Constantinople et les représentants des autres confessions chrétiennes, les 1700 ans du Concile de Nicée, le premier concile œcuménique. Ce fut une occasion importante pour renouveler notre engagement sur le chemin vers la pleine unité visible de tous les chrétiens. Au Liban, j’ai rencontré un peuple qui, malgré les difficultés, est plein de foi et d’enthousiasme et j’ai perçu l’espoir émanant des jeunes qui aspirent à construire une société plus juste et plus soudée en renforçant l’entrelacement entre les cultures et les confessions religieuses qui rend le pays du Cèdre unique au monde.

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  • Les foules sont de retour aux audiences papales, mais la question de fond demeure

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    8 janvier 2026

    Les foules sont de retour aux audiences papales, mais la question de fond demeure.

     
    La fréquentation des audiences papales et des célébrations liturgiques a fortement augmenté en 2025, atteignant 3,17 millions de participants, selon les chiffres publiés par la Préfecture de la Maison papale, ce qui représente une augmentation de 88 % par rapport à l'année précédente après plus d'une décennie de déclin constant.

    Les données, qui couvrent les audiences générales, les célébrations liturgiques et la prière de l'Angélus, montrent une année divisée entre les derniers mois du pontificat du pape François et les huit premiers mois de celui du pape Léon XIV. Prises ensemble, elles indiquent une nette reprise numérique, bien qu'elle fasse suite à une longue période de contraction de la participation du public aux événements du Vatican.

    Au début du pontificat du pape François en 2013, la fréquentation annuelle des messes dépassait 7,3 millions de fidèles, un record absolu. Dès lors, la participation a chuté de façon quasi ininterrompue. En 2024, elle était tombée à 1 682 100, soit moins du quart du niveau observé au début de son pontificat, et aucune année n'a permis d'inverser durablement cette tendance.

    Au cours des premiers mois de 2025, la fréquentation est restée historiquement faible. Les chiffres de janvier à avril, durant la dernière phase du pontificat de François, font état d'un total de 262 820 participants. En janvier, on a dénombré 35 000 participants aux audiences générales et jubilaires, 8 500 aux audiences spéciales, 26 000 aux célébrations liturgiques et 60 000 à l'Angélus.

    En février, la fréquentation a encore diminué : 25 500 personnes ont assisté aux audiences générales, 1 750 aux audiences spéciales, 36 000 aux liturgies et 30 000 à l’Angélus. Mars et avril ont été marqués par une faible participation du public : seulement 70 personnes ont assisté aux audiences spéciales en avril, contre 40 000 à l’Angélus ce même mois.

    La dernière audience générale du pape François a eu lieu le 12 février, peu avant son hospitalisation et son décès. À ce moment-là, la participation avait atteint son niveau le plus bas du pontificat.

    L'élection du pape Léon XIV en mai a entraîné une augmentation immédiate de la fréquentation. De mai à décembre, 2,9 millions de personnes ont assisté aux événements pontificaux. Rien qu'en mai, on a dénombré 55 000 participants aux audiences générales, 11 000 aux audiences spéciales, 106 000 aux célébrations liturgiques et 200 000 à l'Angélus. En juin, on a enregistré 151 000 participants aux audiences générales, 18 000 aux audiences spéciales, 218 000 aux liturgies et 100 000 à l'Angélus.

    La fréquentation a baissé pendant les mois d'été, avec 35 000 personnes présentes aux audiences générales en juillet et 76 000 en août, avant de remonter à l'automne. En septembre, 180 000 personnes ont assisté aux audiences générales, 24 500 aux audiences spéciales, 136 000 aux liturgies et 60 000 à l'Angélus. Octobre a été le mois le plus fréquenté, avec 295 000 participants aux audiences générales, 54 000 aux audiences spéciales, 200 000 aux célébrations liturgiques et 50 000 à l'Angélus. Novembre et décembre sont restés forts, clôturant l'année avec respectivement 200 000 et 77 000 participants aux audiences générales.

    Si l'augmentation sous Léon XIV est significative, les chiffres restent bien inférieurs à ceux enregistrés au début du pontificat de François, lorsque la fréquentation annuelle dépassait régulièrement les sept millions.

    Si la visibilité publique a connu une augmentation positive, peu de gens ont remarqué que la reprise numérique ou tout regain d'intérêt à Rome ne saurait se substituer à la clarté doctrinale et à la confiance ecclésiale. L'Église n'est pas une démocratie. Elle ne se nourrit pas uniquement de popularité, mais de la cohérence entre ce qu'elle proclame, la manière dont elle gouverne et la manière dont elle comprend la personne humaine devant Dieu. Le soi-disant « effet Léon » risque d'être mal compris s'il est considéré comme une preuve de renouveau plutôt que comme un test permettant de déterminer si l'Église a tiré les leçons du long déclin qui l'a précédé.

    Après des années de baisse de fréquentation pendant la dernière partie du pontificat du pape François, l'afflux soudain de pèlerins et de visiteurs a été présenté comme une justification de la continuité. La logique semble évidente si la visibilité est interprétée comme une confirmation. Pourtant, l'histoire même de l'Église met en garde contre de telles hypothèses. Souvent attribuée à tort au pape Saint Jean-Paul II, mais pertinente ici, est la phrase selon laquelle « nous devons défendre la vérité à tout prix, même si nous ne sommes plus que douze ». Les périodes de vitalité visible ont souvent coïncidé avec une ambiguïté doctrinale, tandis que les périodes de faiblesse numérique ont parfois été celles de la plus grande clarté théologique.

    Léon XIV a été explicite quant à ses intentions. S'adressant au Collège des cardinaux le 10 mai, il les a exhortés à « reprendre ce précieux héritage [du pape François] et à poursuivre le chemin », une formulation qui ne laisse guère de doute sur le fait qu'il se considère comme un héritier plutôt que comme un correcteur. Depuis le début du pontificat, les questions d'orientation pastorale et de ton ont jusqu'à présent conservé la même posture fondamentale que celle qui définissait le précédent.

    Le déclin prolongé de l'engagement au cours de la dernière décennie ne s'est pas produit du jour au lendemain. Il s'est déroulé parallèlement à des années de disputes controversées avec Rome, notamment sur la théologie morale et les préférences liturgiques, exacerbées par un style de communication papale qui privilégiait souvent les remarques improvisées et impréparées plutôt que la précision. Pour de nombreux catholiques, le résultat n'a pas été la libération, mais l'incertitude. La participation a diminué non pas parce que l'Église était trop exigeante, mais parce qu'elle semblait de plus en plus incertaine de ce qu'elle souhaitait exiger.

    Léon XIV hérite de ce paysage et, à bien des égards, a choisi de ne pas le redessiner. Sur le plan doctrinal, son approche des questions pastorales controversées a jusqu'à présent reflété celle de son prédécesseur, en maintenant une posture d'ouverture. Dans le même temps, des signes plus subtils d'ajustement ont été observés. Les réformes au sein de la gouvernance du Vatican, notamment la surveillance financière et la restructuration administrative, ainsi que les nominations épiscopales dans plusieurs régions suggèrent un rééquilibrage, favorisant les candidats locaux et compétents sur le plan administratif. On note notamment un retour visible à des vêtements liturgiques et à une tenue papale plus traditionnels. Ces changements, bien que modestes, ont été remarqués par ceux qui craignaient une poursuite ininterrompue des tendances les plus déstabilisantes de l'ère François.

    La tension reste toutefois irrésolue. La popularité, même lorsqu'elle est réelle, ne répond pas à la question sous-jacente de la crédibilité. Les foules peuvent se rassembler par curiosité, par goût de la nouveauté ou par soulagement, mais elles ne témoignent pas en elles-mêmes d'un renouveau de la foi. La mission de l'Église n'a jamais été de rivaliser sur le marché de l'approbation.

    C'est pourquoi l'attitude publique de Léon XIV est aussi importante que ses politiques. L'habitude des remarques spontanées qui caractérisait une grande partie du pontificat précédent a diminué mais n'a pas disparu, refaisant surface à certains moments, notamment dans des commentaires aux médias à l'extérieur de Castel Gandolfo.

    Dans le même temps, Léon XIV bénéficie d'un taux d'approbation exceptionnellement élevé dans les sondages internationaux, en particulier aux États-Unis et dans certaines régions d'Europe. Cela lui confère un certain pouvoir d'influence et façonne le discours médiatique autour de son pontificat. Cependant, l'approbation est une base fragile pour le renouveau ecclésial.

    La caractéristique la plus révélatrice du moment présent n'est donc pas l'augmentation de la fréquentation, mais la combinaison de gestes visant à rassurer sur la doctrine, de modestes réajustements dans la gouvernance et d'un style moins conflictuel, qui ont contribué à stabiliser une Église qui, sous le pape François, semblait souvent en guerre contre elle-même. Cette maîtrise des conflits internes peut expliquer pourquoi la participation a rebondi sans pour autant revenir à ses niveaux historiques. Le véritable test de ce pontificat ne sera pas le nombre de personnes qui se rassemblent sur la place Saint-Pierre, mais la capacité de l'Église à affirmer avec plus de certitude ses convictions.

  • Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?

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    A la question : "Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?", un site d'intelligence artificielle nous répond :

    La question porte sur une évaluation de la politique de Donald Trump envers le Venezuela, en particulier l'opération d'exfiltration de Nicolás Maduro en janvier 2026, à la lumière d'une conception chrétienne des relations internationales. Je vais aborder cela de manière équilibrée et non partisane, en m'appuyant sur des principes chrétiens classiques tels que la théorie de la guerre juste (développée par saint Augustin et saint Thomas d'Aquin), le respect de la souveraineté des nations, la poursuite de la paix et de la justice, ainsi que l'amour du prochain et la miséricorde, inspirés des Écritures (par exemple, Matthieu 5:9 : « Heureux les artisans de paix » ; Michée 6:8 : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu »).

    Principes chrétiens en relations internationales

    Dans une perspective chrétienne, les relations entre nations ne sont pas régies par la seule puissance ou l'intérêt national, mais par des normes éthiques dérivées de la Bible et de la tradition chrétienne. Voici les clés pertinentes :

    • Souveraineté et non-ingérence : Les nations sont vues comme des entités ordonnées par Dieu (Actes 17:26), avec un droit à l'autodétermination. L'intervention étrangère doit être exceptionnelle, justifiée par une grave menace ou une crise humanitaire, et préférablement autorisée par une instance légitime comme l'ONU (analogue à une « autorité supérieure » dans la théorie augustinienne).
    • Théorie de la guerre juste : Pour qu'une action militaire soit légitime, elle doit répondre à des critères stricts :
      • Cause juste (défense contre une agression ou protection des innocents).
      • Autorité légitime (décision prise par une instance reconnue, non unilatérale).
      • Intention droite (viser la paix et la justice, non le gain personnel ou la vengeance).
      • Dernier recours (après épuisement des moyens pacifiques comme la diplomatie ou les sanctions).
      • Proportionnalité (les bénéfices doivent l'emporter sur les dommages).
      • Chance raisonnable de succès.
    • Justice, miséricorde et humanité : Le christianisme insiste sur la protection des opprimés (Psaume 82:3-4), mais aussi sur la non-violence quand possible (Matthieu 26:52). Les actions doivent promouvoir la dignité humaine, éviter les souffrances inutiles et viser une paix durable, non une domination.

    Les chrétiens sont divisés sur l'application de ces principes : certains, influencés par une vision « providentialiste » ou nationaliste, soutiennent des interventions pour « libérer » des peuples ; d'autres, plus pacifistes ou universalistes, les rejettent comme contraires à l'Évangile de paix.

    La politique de Trump envers le Venezuela

    Sous la première présidence de Trump (2017-2021), la politique vis-à-vis du Venezuela s'est centrée sur des sanctions économiques sévères contre le régime de Maduro, accusé de violations des droits humains, de fraude électorale et de liens avec le narcotrafic. Trump a reconnu Juan Guaidó comme président intérimaire en 2019 et a exploré des options pour un départ négocié de Maduro. Dans sa seconde présidence (à partir de 2025), cela a culminé en une escalade militaire : déploiement naval dans les Caraïbes, frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, et enfin l'opération « Absolute Resolve » le 3 janvier 2026. Cette opération, menée par des forces spéciales américaines, a consisté en une incursion nocturne à Caracas pour capturer Maduro et son épouse, Cilia Flores, les extrayant vers les États-Unis pour les juger sur des chefs d'accusation liés au narcotrafic. Trump a annoncé que les États-Unis « géreraient » le Venezuela temporairement jusqu'à une transition, en soutenant Delcy Rodríguez comme présidente intérimaire (bien qu'elle ait condamné l'action), et a évoqué l'exploitation des réserves pétrolières vénézuéliennes par des compagnies américaines.

    Cette « exfiltration » – un euphémisme pour une opération d'enlèvement militaire – a été justifiée par Trump comme une action de « maintien de l'ordre » contre un « narco-terroriste », non comme une guerre, mais elle a entraîné des morts (au moins 40 Vénézuéliens selon des rapports) et a été condamnée internationalement comme une violation de la souveraineté. (En fait, cette opération américaine de capture du couple Maduro aurait fait au moins 55 morts, 23 militaires vénézuéliens et 32 cubains (n.d.B.))

    Évaluation à la lumière des principes chrétiens

    Du point de vue chrétien, cette politique soulève des tensions profondes. Voici une analyse équilibrée :

    Aspects potentiellement positifs ou justifiables

    • Protection des opprimés et justice : Le régime de Maduro a causé une crise humanitaire majeure – hyperinflation, famine, exode de millions de Vénézuéliens, répression violente des opposants. Des chrétiens vénézuéliens et évangéliques (comme certains pasteurs exilés ou Franklin Graham aux États-Unis) y voient une « intervention divine » ou une réponse à des prières pour la libération d'un « dictateur maléfique ». Cela résonne avec des passages bibliques sur la chute des tyrans (Psaume 37:35-36) et la défense des faibles. Si l'intention était purement humanitaire, cela pourrait s'aligner avec une « intervention responsable » pour restaurer la justice, comme certains théologiens chrétiens défendent dans des cas de génocide ou d'oppression extrême.
    • Fin d'une menace : Les liens présumés de Maduro avec le narcotrafic affectent les États-Unis (via l'immigration et les drogues), ce qui pourrait être vu comme une cause juste de défense nationale, analogue à la protection du « prochain » (Lévitique 19:18).

    Aspects critiques ou problématiques

    • Violation de la souveraineté et absence d'autorité légitime : L'opération unilatérale, sans approbation du Congrès américain, de l'ONU ou d'une coalition internationale, contrevient à la Charte des Nations Unies (que des théologiens chrétiens comme Mary Ellen O'Connell de Notre-Dame considèrent inspirée de principes chrétiens de paix). Cela ressemble à une agression impérialiste, contraire à la théorie de la guerre juste, qui exige une autorité reconnue. Des leaders chrétiens modérés (comme l'Église épiscopale américaine) appellent à une enquête, craignant l'instabilité et la violence accrue, et la qualifient de contraire aux résolutions de leur convention générale sur l'usage de la force.
    • Intention discutable et proportionnalité : Trump a explicitement mentionné le contrôle des réserves pétrolières (« Nous allons le gérer... et garder tout ce pétrole »), ce qui suggère des motifs économiques plutôt que purs. Cela évoque une convoitise (Exode 20:17) et une domination, non la miséricorde. L'opération, bien que rapide, a causé des morts civiles et militaires, et risque un chaos post-Maduro (luttes de factions, instabilité régionale). Était-ce un dernier recours ? Les sanctions et la diplomatie étaient en place depuis des années, mais l'escalade militaire semble précipitée, non proportionnée.
    • Manque de paix et de miséricorde : Des chrétiens progressistes et catholiques (comme les évêques vénézuéliens) insistent sur la confiance en Dieu plutôt que la violence, appelant à la prière et à la calme. Ils soulignent que célébrer la « chute » d'un homme, même tyran, ignore la dignité humaine (Genèse 1:27) et risque de perpétuer un cycle de vengeance. Des voix évangéliques vénézuéliennes, tout en espérant le changement, refusent la haine et appellent à la réconciliation.

    En somme, une conception chrétienne authentique tendrait à critiquer cette politique comme non conforme à la guerre juste : elle manque d'autorité légitime, d'intention pure et de dernier recours, et risque de prioriser le pouvoir sur la paix. Bien que le soulagement pour les Vénézuéliens opprimés soit compréhensible – et que certains chrétiens y voient une justice divine –, l'approche unilatérale et motivée par l'intérêt national apparaît comme une forme d'arrogance humaine, contraire à l'humilité prônée par le Christ (Philippiens 2:3-4). Au lieu d'une intervention militaire, une réponse chrétienne privilégierait la diplomatie multilatérale, l'aide humanitaire et le soutien à une transition pacifique, en priant pour la guérison du Venezuela. Les divisions parmi les chrétiens reflètent des interprétations variées, mais l'appel biblique à la paix reste central.

    ... et vous, qu'en pensez-vous ?

  • Missionnaires et agents pastoraux tués en 2025

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    Missionnaires et agents pastoraux tués en 2025

    30 décembre 2025
     

    Rome (Agence Fides)- Même l'espérance des missionnaires et des agents pastoraux catholiques qui meurent assassinés est « une espérance pleine d'immortalité, car leur témoignage reste comme une prophétie de la victoire du bien sur le mal ».

    C'est l'une des phrases du Pape Léon XIV choisies pour introduire le rapport habituel publié à la fin de l'année par l'Agence Fides sur les missionnaires et les agents pastoraux catholiques tués dans le monde. Elle suggère de manière simple la source même de l'espérance chrétienne, gage d'une vie qui ne meurt pas.

    Les informations, souvent succinctes, sur les biographies et les circonstances de leur mort montrent cette année encore que les missionnaires tués n'étaient pas sous les feux de la rampe pour des exploits spectaculaires. Ils rendaient témoignage au Christ dans leurs occupations quotidiennes, même lorsqu'ils travaillaient dans des contextes marqués par la violence et les conflits.

    Quelques données

    Selon les informations recueillies par l'Agence Fides, 17 missionnaires ont été tués dans le monde en 2025 : prêtres, religieuses, séminaristes, laïcs.

    La répartition continentale montre que, l'année dernière, le nombre le plus élevé de pasteurs tués a été enregistré en Afrique, où 10 missionnaires (6 prêtres, 2 séminaristes, 2 catéchistes) ont été assassinés. Sur le continent américain, 4 missionnaires (2 prêtres, 2 religieuses) ont été tués, en Asie 2 (un prêtre et un laïc). En Europe, un prêtre a été tué.

    Ces dernières années, l'Afrique et l'Amérique se sont alternées à la première place de ce classement tragique.

    Plus précisément, parmi les 10 pasteurs tués en Afrique, 5 ont perdu la vie au Nigeria, 2 au Burkina Faso, 1 en Sierra Leone, 1 au Kenya et 1 au Soudan.
    Parmi les 4 missionnaires tués en Amérique, deux religieuses ont été assassinées en Haïti, un prêtre a été tué au Mexique et un autre prêtre d'origine indienne a été tué aux États-Unis.

    Des deux prêtres tués en Asie, l'un a été brutalement assassiné au Myanmar, l'autre a été tué aux Philippines.
    Le seul prêtre tué en Europe a perdu la vie en Pologne.

    Parmi les pasteurs assassinés en 2025 figure également le très jeune séminariste nigérian Emmanuel Alabi, mort lors de la marche forcée imposée par ses ravisseurs, qui avaient attaqué le petit séminaire d'Ivianokpodi et, après l'avoir blessé, l'avaient enlevé avec deux de ses compagnons ; il y a sœur Evanette Onezaire et sœur Jeanne Voltaire, assassinées par des membres d'un des gangs armés qui tiennent Haïti en otage ; il y a aussi Donald Martin, premier prêtre catholique birman tué dans le conflit civil qui ensanglante le Myanmar, dont le corps sans vie, horriblement mutilé, a été retrouvé par des paroissiens dans l'enceinte de la paroisse.

    Entre 2000 et 2025, 626 missionnaires ont été tués dans le monde entier.

    « Ces frères et sœurs peuvent sembler être des ratés, mais aujourd'hui, nous voyons que ce n'est pas le cas. Aujourd'hui comme alors, en effet, la graine de leurs sacrifices, qui semble mourir, germe, porte du fruit, car Dieu, à travers eux, continue à accomplir des prodiges, à changer les cœurs et à sauver les hommes » (Pape François, 26 décembre 2023, fête liturgique de saint Étienne, premier martyr).

    (Agence Fides 30/12/2025)

  • Le cardinal Ambongo alerte sur la persécution des chrétiens en Afrique : « Si l'on n'agit pas, la violence s'aggravera »

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    D'InfoVaticana :

    Le cardinal Ambongo alerte sur la persécution des chrétiens en Afrique : « Si l'on n'agit pas, la violence s'aggravera »

    Le cardinal Ambongo alerte sur la persécution des chrétiens en Afrique : « Si l'on n'agit pas, la violence s'aggravera »

    Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa et président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM), a mis en garde contre l’aggravation de la persécution des chrétiens dans divers pays africains, dans un contexte marqué par la violence armée, l’avancée du djihadisme islamiste et la faiblesse des structures politiques. Il l’a déclaré dans une longue interview accordée à Vatican News à l’occasion de la clôture du Jubilé de 2025.

    Chrétiens, cible croissante de la violence djihadiste

    Ambongo a exprimé sa profonde préoccupation face aux enlèvements et aux assassinats de chrétiens dans des pays comme le Nigeria, la République démocratique du Congo et le Cameroun. Bien qu’il ait reconnu que la violence touche aussi les musulmans, il a souligné qu’il existe une tendance de plus en plus claire à cibler spécifiquement les chrétiens.

    Le cardinal a cité le cas du diocèse de Bunia, dans l’est du Congo, où des groupes djihadistes ont assassiné des fidèles chrétiens alors qu’ils étaient en prière. Des situations similaires —a-t-il signalé— se répètent fréquemment au Nigeria, l’un des pays les plus touchés par cette forme de persécution religieuse.

    Un risque pour la coexistence religieuse

    Face à cette violence « gratuite et impitoyable », Ambongo a averti du risque que l’insécurité pousse les chrétiens vers des positions extrêmes, détériorant la coexistence avec les communautés musulmanes qui, a-t-il rappelé, souffrent également des conséquences du terrorisme. Par conséquent, il a fait appel à la conscience du monde entier pour que ce phénomène soit combattu « à la racine » et non par des mesures superficielles.

    La paix comme responsabilité morale et chrétienne

    Dans le cadre du Jubilé de 2025, le cardinal a situé la persécution des chrétiens dans une crise morale plus large. En commentant le message de Noël du pape Léon XIV, centré sur la paix, Ambongo a souligné que la paix ne se construit pas avec des armes, mais par la conversion personnelle, le dialogue et la solidarité avec les plus faibles et les opprimés.

    Selon le prélat, l’appel du Pape interpelle directement la conscience chrétienne, en rappelant que l’indifférence et l’égoïsme des puissants alimentent les conflits et laissent sans défense les communautés les plus vulnérables, parmi lesquelles les chrétiennes.

    Violence, pouvoir injuste et effondrement démocratique

    Ambongo a lié la persécution religieuse à la détérioration politique de nombreux pays africains. Le recul de la démocratie, la concentration du pouvoir entre les mains d’élites et l’absence d’une redistribution juste de la richesse créent un terreau fertile pour la violence, les coups d’État et l’expansion des groupes armés.

    Dans ce contexte, il a signalé que l’exercice du pouvoir détaché du bien commun non seulement appauvrit les populations, mais laisse des communautés entières —y compris les chrétiennes— sans protection effective face à la violence.

    Le pillage de l’Afrique et ses conséquences humaines

    Le cardinal a également dénoncé le pillage systématique des ressources naturelles africaines par des puissances étrangères, souvent avec la complicité de dirigeants locaux. Ce saccage —a-t-il averti— perpétue la pauvreté, alimente les conflits et affaiblit les États, facilitant l’expansion du terrorisme et la persécution religieuse.

    Ambongo a appelé les Africains à assumer la défense des biens que Dieu a confiés au continent et à exiger de leurs dirigeants un exercice du pouvoir compris comme un service et non comme un instrument d’enrichissement personnel.

    « La paix et la libération de l’Afrique sont entre nos mains »

    En concluant sa réflexion, le président du SECAM a insisté sur le fait que l’avenir de l’Afrique dépend des Africains eux-mêmes. Malgré la violence et la persécution que subissent les chrétiens, Ambongo a exhorté à ne pas sombrer dans le désespoir et à persévérer dans l’espérance.

    « La paix et la libération de l’Afrique sont entre nos mains », a-t-il affirmé, en soulignant que seule la justice, la conversion morale et l’engagement pour la coexistence permettront de freiner la violence et de garantir un avenir digne pour tous.

  • L'Église : une ONG spirituelle au service de l'État libéral ?

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    De sur le CWR :

    Le visage souriant de l'effacement 

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    J'ai récemment été interviewé sur CTV, la chaîne de télévision nationale canadienne, au sujet des débuts du pontificat de Léon XIV. L'intervieweur m'a posé une question qui m'a été posée dans d'innombrables interviews concernant le pontificat de Léon XIV ou de François : « Parviendra-t-il enfin à moderniser l'Église ? »

    Lorsque les recruteurs posent cette question, ils ne cherchent pas à savoir si l'Église utilisera les derniers smartphones, l'intelligence artificielle ou TikTok pour l'évangélisation. Ils n'entendent pas par là une modernisation technologique, ni une modernisation organisationnelle, ni l'adoption des dernières idées en matière de leadership ou d'efficacité managériale.

    Non, ce qu'ils veulent dire, et ce qu'ils ont toujours voulu dire lorsqu'ils ont évoqué la modernisation depuis plus de 150 ans, c'est simplement ceci : « L'Église va-t-elle commencer à nous ressembler davantage, à adopter nos valeurs et nos principes ? »

    Le mot « nous » est ici essentiel. Car ceux qui posent cette question – qu’il s’agisse de représentants de la presse, d’universitaires ou de journalistes – sont attachés à des valeurs et des principes fondamentaux qu’ils partagent. Ce sont, selon eux, les valeurs fondamentales de l’Occident moderne. L’inclusion est une bonne chose ; l’exclusion, une mauvaise. Le passé est suspect car il a exclu des groupes, et ces groupes, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes homosexuelles, doivent désormais être inclus. La tradition, dès lors, est suspecte car elle n’est qu’un vestige poussiéreux de cette époque répressive. La démocratie, comme le savent tous les gens sensés, est une bonne chose ; et le fait que tous les catholiques de nom ne votent pas pour leurs dirigeants est antidémocratique, et donc mauvais.

    Je pourrais m'étendre sur le sujet, mais nous connaissons tous ces valeurs. Elles sont omniprésentes dans les cours universitaires, les films de série Z, les séries télévisées, la publicité et les articles de presse. Ce sont les valeurs du libéralisme, pour être précis, ou tout simplement de « bonnes valeurs » si l'on est tellement imprégné de culture occidentale qu'on ignore leur caractère simpliste et discutable. Elles ne sont pas présentées comme une option parmi d'autres, mais comme le aboutissement neutre et inévitable de l'histoire.

    Ainsi, la question de la « modernisation » de l’Église, au XIXe siècle comme aujourd’hui, est une question d’absorption de l’Église par la « modernité » ou le libéralisme. Lorsque le pape Pie IX fut pressé de se réconcilier avec le « progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » dans les années 1860, on lui demandait précisément de faire ce que les experts exigent du pape aujourd’hui. Cette exigence est constante car le projet de modernité est totalisant.

    L'histoire de l'Occident moderne est celle d'institutions et de groupes qui, les uns après les autres, fusionnent avec cette idéologie. Des monarchies aux gouvernements, des nations aux instances sportives, des universités aux médias, des entreprises à l'ensemble de la population, la modernité est un processus d'effacement des différences et des spécificités au nom du « progrès ». C'est un processus inexorable où tous sont convertis à ces principes. Les médias et les universités font office d'évangélistes et de prêtres ; ils sont les missionnaires de première ligne.

    Surtout, ils ne se considèrent pas comme des colonisateurs ; ils croient simplement œuvrer pour le progrès, la justice ou le bien commun. Ce sont des religieux fervents, dénués de tout doute. Ils cherchent à effacer l'identité d'autrui au nom de la justice, du progrès, et même pour le bien de ceux qu'ils tentent de convertir. Il ne s'agit pas de l'impérialisme violent des canonnières, mais de l'impérialisme insidieux des services des ressources humaines, des comités d'attribution des subventions et des normes de radiodiffusion. Il conquiert non pas en détruisant le corps, mais en réécrivant l'âme.

    Quand on m’interroge sur la modernisation de l’Église, on me demande en réalité si elle est prête à être colonisée. Est-elle prête à accepter la réalité et à se soumettre à l’idéologie dominante, ou à persévérer dans le combat, telle une soldate japonaise fanatique sur une île du Pacifique, ignorant que la guerre est terminée depuis longtemps ?

    Bien que ce discours de colonisation et de combat puisse paraître rhétorique, il est important de comprendre que les groupes qui se « modernisent » ne sont pas de simples groupes qui se relookent. Ils ne se contentent pas d'adopter l'apparence d'appartenir à la même « marque » que le libéralisme moderne tout en conservant leur nature et leur identité. Certes, les instances sportives continuent de se consacrer au sport tout en se faisant les porte-parole de l'idéologie dominante, arborant des drapeaux arc-en-ciel et portant des lacets multicolores. Apple peut toujours vendre des iPhones et Disney peut toujours produire des films tout en diffusant des idées à travers ses fonds d'écran ou ses contenus.

    Lorsqu'elles se modernisent, elles peuvent conserver en grande partie leur mission principale. De même que les pays colonisés pouvaient garder la quasi-totalité de leurs revenus, ne versant qu'une faible part d'impôts à l'Empire, ils pouvaient mener leurs propres conflits la plupart du temps et n'avaient besoin d'envoyer leurs soldats en renfort au pays colonisateur que ponctuellement. La colonisation n'entraîne pas toujours la disparition complète d'une fonction ; souvent, elle se traduit simplement par un réalignement des allégeances.

    Mais l'Église se concentre sur la pensée et l'action, la foi et les œuvres. Elle s'attache à définir comment vivre, ce qu'il faut croire et les biens et vérités auxquels nous devons nous rattacher pour nous conformer à ce bien et à cette vérité. Que ce soit dans les médias, les entreprises ou le monde universitaire, l'idéologie moderne qui les unit porte également sur ce qu'il faut croire (concernant l'inclusion et l'exclusion), sur les biens et vérités auxquels adhérer (concernant la liberté et l'émancipation) et sur la manière de vivre (jusqu'aux conceptions de la sexualité).

    Par conséquent, pour l'Église, la colonisation par l'idéologie de l'Occident moderne ne serait pas partielle, mais totale. L'Église ne vend pas un produit que l'on pourrait emballer dans un drapeau arc-en-ciel ; l'Église  est un mode de vie qui exige une allégeance absolue. Si un comptable musulman peut se convertir au christianisme et continuer d'exercer sa profession, un imam musulman ne peut se convertir tout en restant imam. Microsoft peut continuer à vendre des logiciels, tant que les utilisateurs peuvent choisir des thèmes de couleurs « pride » dans Outlook, tout en adhérant à la vérité de l'Occident moderne. Mais les Églises, elles, ne le peuvent pas.

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    Les Églises qui s'y essaient deviennent rapidement l'avant-garde évangélique des valeurs libérales modernes. Elles cessent d'annoncer l'Évangile et se transforment en prédicateurs de ces mêmes valeurs. On le constate chez les principales dénominations protestantes qui ont embrassé tous les préceptes de la révolution sexuelle ; leurs bancs sont vides, mais leurs communiqués de presse sont d'une orthodoxie irréprochable, selon les critères du New York Times . Elles prêchent avec ferveur religieuse les valeurs qui nous définissent, nous autres Occidentaux laïcs modernes.

    Il y a ici une psychologie particulière à l'œuvre. Si Paul n'avait été qu'un fabricant de tentes, il aurait pu se convertir du judaïsme au christianisme et continuer à fabriquer des tentes. Mais Paul, le prédicateur zélé, était un prédicateur zélé du christianisme. Les Églises qui se « modernisent » deviennent des évangélistes zélés du libéralisme. Souvent, le converti est plus fanatique que celui qui est né dans la foi. Le chrétien « modernisé » est souvent plus désireux de prouver sa loyauté au nouveau régime que le laïc qui la considère comme allant de soi. Ils deviennent les inquisiteurs du nouvel ordre, traquant les éléments « rétrogrades » de leur propre tradition pour les offrir en sacrifice aux nouveaux dieux du progrès.

    Nous avons déjà vu ce processus. Le paganisme qui a jadis prospéré dans le monde antique s'est modernisé sous l'effet du christianisme. Des chercheurs attentifs peuvent encore en déceler des vestiges dans certaines pratiques chrétiennes actuelles, mais il n'en reste plus grand-chose. Il en va de même avec l'essor de l'islam. Les chrétiens d'Afrique du Nord et de la Méditerranée orientale se sont modernisés sur plusieurs siècles, adoptant souvent une synthèse entre leur foi chrétienne et la nouvelle foi qui commençait à être appelée islam. En quelques siècles, ils ont complètement disparu. Certains esprits extrémistes, comme Jean Damascène, théologien et moine de la fin du VIIe et du début du VIIIe siècle, les qualifiaient encore d'hérétiques chrétiens, mais les vestiges de leur christianisme étaient de plus en plus difficiles à déceler sous la nouvelle idéologie qu'ils avaient adoptée. Ils pensaient s'adapter pour survivre ; en réalité, ils s'adaptaient pour disparaître.

    L'intervieweur qui m'a posé cette question, comme ceux qui m'avaient posé des questions similaires auparavant, était un homme sympathique. Il est peut-être même chrétien, ou plus probablement, ses parents ou grands-parents l'étaient. Et je comprends pourquoi il a posé cette question. Il représente une idéologie mondiale dominante et souhaite que l'Église catholique s'y rallie et devienne partie intégrante de son mouvement ; qu'elle cesse d'être cette institution à part depuis 2 000 ans et qu'elle se fonde, au contraire, dans le monde glorieux où il vit.

    Il ne pose pas cette question par malice. Il la pose par perplexité face à notre choix de rester à l'écart du consensus. Mais ce n'est qu'en comprenant, nous autres catholiques, que cette question relève de la colonisation, de l'anéantissement par une idéologie dominante, que nous pourrons saisir pleinement les enjeux. C'est le sourire de l'effacement, porteur de l'espoir de notre disparition.

    David Deane est professeur agrégé de théologie à l'Atlantic School of Theology. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont *Nietzsche and Theology* et *The Tyranny of the Banal: On the Renewal of Catholic Moral Theology* . On peut le retrouver en ligne sur le site Good Theology .

  • Plus de cent millions de vies innocentes fauchées chaque année : des chiffres que le monde préfère ignorer

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    D'InfoVaticana :

    Plus de cent millions de vies innocentes fauchées chaque année : des chiffres que le monde préfère ignorer

    Le 28 décembre, jour de la fête des Saints Innocents, l'Église commémore les enfants assassinés par Hérode, victimes de la crainte de la naissance d'un roi. Deux mille ans plus tard, la violence contre les innocents prend d'autres formes : plus cliniques, plus techniques, plus invisibles, mais non moins réelles. Aujourd'hui, des millions de vies humaines sont délibérément interrompues avant la naissance, que ce soit par l'avortement, par des mécanismes pharmacologiques empêchant le maintien d'une grossesse précoce, ou par l'élimination silencieuse d'embryons humains créés en laboratoire.

    Ce texte n'a pas pour vocation de susciter la polémique, mais de donner des chiffres et de situer ce drame non pas comme une simple pièce d'un ensemble cohérent, mais comme le centre du débat anthropologique contemporain.

    Espagne : plus de cent mille avortements légaux par an

    En 2024, selon les données officielles du ministère de la Santé, 106 172 avortements légaux ont été pratiqués en Espagne . Cela représente en moyenne plus de 290 vies humaines interrompues chaque jour . Ce chiffre n'est ni exceptionnel ni isolé : depuis des années, l'Espagne enregistre environ 100 000 avortements par an, avec une tendance à la hausse.

    L'Europe et le monde : des millions d'avortements chaque année

    Si l'on élargit notre perspective, l'ampleur du phénomène devient difficile à appréhender. À travers l'Europe, les estimations démographiques situent le nombre d'avortements à environ 3,3 millions par an . L'Espagne n'est pas une exception, mais s'inscrit plutôt dans une tendance continentale à normaliser l'avortement comme une solution courante.

    À l'échelle mondiale, le chiffre est encore plus alarmant. L'Organisation mondiale de la santé et divers instituts de démographie s'accordent à dire qu'environ 73 millions d'avortements provoqués ont lieu chaque année dans le monde . Cela représente plus de 200 000 vies humaines fauchées chaque jour, année après année.

    Nous sommes confrontés à une réalité sans précédent historique : aucune guerre, aucun régime totalitaire, aucune catastrophe naturelle n'a éliminé autant de vies humaines de manière aussi continue et silencieuse.

    La pilule du lendemain : le maillon le moins visible

    Parallèlement à l’avortement chirurgical ou pharmacologique, il existe un phénomène beaucoup moins débattu mais extrêmement répandu : l’utilisation de la pilule du lendemain .

    En Espagne, des centaines de milliers d'unités sont délivrées chaque année (les estimations courantes situent ce chiffre entre 700 000 et 800 000), et il s'agit d'un médicament largement normalisé, vendu sans ordonnance et socialement perçu comme une « contraception d'urgence ».

    D'un point de vue médical, la pilule du lendemain agit principalement en inhibant ou en retardant l'ovulation. Cependant, la littérature scientifique indique que, lorsque l'ovulation a déjà eu lieu, elle empêche ou entrave la nidation de l'embryon.

    Il n'existe pas de chiffre définitif ni de consensus absolu, mais des estimations prudentes évaluent cet effet potentiel à environ 5 % (selon le stade du cycle et le médicament utilisé). Appliqué à des volumes de consommation très élevés, même un faible pourcentage pourrait se traduire par des milliers d'embryons qui ne s'implantent pas chaque année.

    Il s'agit d'une perte statistiquement invisible, mais moralement importante.

    Reproduction assistée : des embryons humains sans avenir

    Le troisième grand axe de ce drame est la fécondation in vitro .

    En Espagne seulement, plus de 167 000 cycles de fécondation in vitro (FIV) sont pratiqués chaque année (selon des données récentes). Chaque procédure consiste à créer plusieurs embryons humains, dont un seul, parfois deux, est transféré dans l’utérus. Les autres sont congelés, éliminés pour des raisons techniques ou conservés pendant des années dans un réfrigérateur industriel.

    Il n'existe pas de statistiques officielles consolidées indiquant le nombre d'embryons détruits chaque année en Espagne. Cependant, les données relatives à l'activité et à la pratique clinique permettent d'aboutir à une conclusion sans équivoque : des dizaines de milliers d'embryons humains ne sont jamais transférés chaque année , et une proportion importante finit par être éliminée, abandonnée ou détruite.

    En Europe, plus d'un million de traitements de procréation médicalement assistée sont pratiqués chaque année. À l'échelle mondiale, ce chiffre se chiffre en millions. Il en résulte inévitablement l'existence de centaines de milliers, voire de millions, d'embryons humains dont le développement est interrompu ou interrompu.

    La grande blessure de notre temps

    L’avortement, la pilule et l’interruption de grossesse ne sont pas des phénomènes isolés ou marginaux. Ils ne constituent pas non plus un simple élément parmi d’autres débats moraux. Ensemble, ils représentent la grande plaie anthropologique de notre époque.

    Jamais auparavant l'humanité n'a créé et détruit autant de vies humaines dans leur période la plus vulnérable. Jamais auparavant il n'a été aussi facile de nier l'humanité d'autrui précisément au moment où il dépend le plus de notre protection.

    Mais la Journée des Saints Innocents n'est pas seulement un jour de dénonciation. C'est aussi un jour d'espoir. L'espoir que la vérité, exprimée clairement et sans agressivité, retrouve sa place centrale dans le débat. L'espoir que la science et la technologie soient mises au service de la vie, et non l'inverse. L'espoir qu'une culture qui aujourd'hui rejette ses innocents puisse à nouveau les reconnaître, les accueillir et les défendre.

    Car une civilisation ne se mesure pas à sa puissance ni à son progrès, mais à la façon dont elle traite ceux qui ne peuvent se défendre . Et c’est là, précisément, que réside l’avenir moral de notre époque.

  • Interview : Le cardinal Pizzaballa s'exprime sur les chrétiens en Terre sainte et explique pourquoi le chemin synodal allemand est sans importance

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    Du Catholic Herald (Regina Einig) :

     
    27 décembre 2025

    Interview : Le cardinal Pizzaballa s'exprime sur les chrétiens en Terre sainte et explique pourquoi le chemin synodal allemand est sans importance.

    Éminence, la situation des chrétiens en Terre sainte s'est-elle améliorée depuis le cessez-le-feu d'octobre ? 

    Les conditions de vie des chrétiens et de beaucoup d'autres ne se sont pas améliorées de façon significative. La principale différence réside dans la guerre elle-même. Il n'y a plus de combats aussi intenses qu'au cours des derniers mois, mais les conditions de vie restent exactement les mêmes. Peut-être que la situation est différente dans la région de Bethléem grâce à Noël. Nous avons décidé de célébrer Noël de façon normale et festive, avec des lumières et de la musique, afin d'offrir un peu de répit aux gens. Ils ont besoin de lumière dans leurs vies. Mais notamment à Gaza et en Cisjordanie, les conditions de vie demeurent très difficiles, sur les plans social, économique et politique. L'avenir du prochain gouvernement reste incertain.

    Vous avez récemment assisté à la visite du pape au Liban. Qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué ?

    Ce qui m'a d'abord impressionné, c'est l'enthousiasme du peuple libanais, sans exception, catholiques ou non. Pendant de longues années, les gens se sont sentis oubliés, même après la guerre du Liban, surtout dans le sud. Les blessures y sont encore vives. La visite du Pape a insufflé un nouvel élan à la communauté, et cela s'est ressenti partout. La rencontre avec les jeunes, à laquelle j'ai assisté, a également été un grand cadeau. Ces jeunes étaient non seulement heureux, mais aussi pleins d'espoir. Le Pape Léon a particulièrement insisté sur ce point. L'espoir et la paix étaient les thèmes récurrents de ses discours. L'atmosphère générale était très positive.

    Durant son voyage apostolique, le Saint-Père a lancé un vibrant appel à l'unité des chrétiens. Quelle pourrait être la prochaine étape pour les chrétiens sur leur chemin commun ?

    Il est important que nous poursuivions sur cette voie. Nous savons que le chemin est encore long. Ne soyons pas naïfs et ne pensons pas que cela puisse se faire rapidement. Tout d'abord, reconnaissons ce que nous avons déjà en commun, notamment au Moyen-Orient, où des chrétiens de différentes confessions vivent déjà ensemble. Les familles sont mixtes et les chrétiens collaborent dans les écoles et bien d'autres lieux. Il est essentiel de reconnaître et de renforcer cette solidarité pastorale. Nous devons également trouver une voix commune sur les questions internationales et universelles telles que la paix, la justice et la dignité humaine. Ces valeurs nous unissent, quelles que soient nos différences et nos confessions. Nous devons continuer à œuvrer en ce sens et améliorer progressivement nos relations pastorales quotidiennes au sein de nos communautés. Peut-être aurons-nous un jour un calendrier commun. Prenons notre temps. L'important pour moi est que, dans l'intervalle, nous n'oublions pas les petits pas, afin de réaliser de plus grandes choses.

    Quelles sont les relations œcuméniques entre catholiques et orthodoxes en Terre sainte ?

    Nos relations au niveau institutionnel sont très bonnes, et au niveau local, elles fonctionnent également bien. J'admets volontiers que, des deux côtés, certains prêtres ont tendance à faire preuve d'une rigueur excessive, mais fondamentalement, les relations sont bonnes. Je tiens à souligner à nouveau que 90 % des familles chrétiennes parmi nous sont mixtes sur le plan confessionnel. Les catholiques et les chrétiens orthodoxes se marient entre eux. Les relations entre les Églises sont pour nous une question pastorale, et non théologique.

    Comment l'œuvre de paix du Saint-Père affecte-t-elle la Terre Sainte, notamment en ce qui concerne les chefs religieux ?

    L'œuvre de paix du Saint-Père est très importante. En particulier en cette période de guerre, avec toutes les dévastations humaines qu'elle entraîne, alors que nous nous sentons parfois perdus, nous avons besoin de repères, de quelqu'un qui nous aide à voir au-delà de nos propres horizons et qui nous donne une orientation. En ce sens, le pape, en tant que leader reconnu, peut nous aider par ses paroles à façonner notre récit chrétien dans cet environnement très complexe.

    Vous avez récemment déclaré dans une interview au National Catholic Register que le chemin synodal allemand n'avait aucune pertinence pour la vie des chrétiens en Terre Sainte. Quelles discussions théologiques considérez-vous personnellement comme importantes pour la réforme de l'Église ?

    Les questions soulevées par le Chemin synodal en Allemagne, ainsi que de nombreux autres sujets abordés dans les pays occidentaux, ne trouvent pas particulièrement d'écho au Moyen-Orient. Nous vivons dans une réalité complètement différente. Ce n'est pas un jugement, c'est simplement un fait. C'est la réalité. La théologie n'est pas vécue ici de manière aussi dramatique. Nos Églises sont traditionnelles, et nous vivons dans et à travers la communauté de l'Église. Pour nous, le renforcement des relations entre les Églises est ce qui importe le plus. Pour les chrétiens d'ici, la coexistence harmonieuse entre les Églises est la priorité.

    Pouvez-vous donner des exemples de projets ou d'institutions communes que vous considérez comme des exemples positifs de ces efforts ?

    Il existe de nombreux exemples. Je commencerai par le contexte le plus dramatique à l'heure actuelle, Gaza. Les paroisses orthodoxes et catholiques travaillent ensemble partout, non seulement dans le domaine de l'aide humanitaire, mais aussi dans les écoles et les activités pastorales. Elles coordonnent également leurs activités liturgiques afin qu'elles ne se gênent pas mutuellement. Ce n'était pas le cas il y a quelques années. Dans les villages où il y a des écoles catholiques et orthodoxes, nous essayons de coopérer. Comme nous avons malheureusement moins d'élèves chrétiens, nous organisons les choses de manière à ce qu'une Église gère l'école primaire et l'autre l'école secondaire, ou vice versa. De cette façon, nous offrons la même éducation. Les écoles orthodoxes et catholiques utilisent les mêmes livres de catéchisme, que nous élaborons ensemble. Il existe de nombreux autres exemples.

    Dans ces écoles, comment les classes sont-elles composées ?

    Cela dépend de l'école, mais en général, environ la moitié des élèves sont chrétiens. Dans certaines écoles, les musulmans constituent la majorité des élèves, selon l'endroit. Dans toutes nos écoles, la présence de non-chrétiens est très importante, non seulement en termes de nombre, mais aussi en termes de mission.

    Qu'espérez-vous pour votre troupeau en Terre Sainte ?

    J'espère de meilleures conditions de vie politiques et sociales pour nous. J'espère que la communauté préservera son unité, son engagement envers la vie et sa résilience dans cette situation compliquée. Mais cela demande plus de patience. Il ne faut pas confondre espoir et solution politique.