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International

  • Au Cameroun, le pape met en garde contre le mélange de la foi catholique avec des croyances ésotériques et gnostiques

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN ALGÉRIE, AU CAMEROUN, EN ANGOLA ET EN GUINÉE ÉQUATORIALE
    (13-23 AVRIL 2026)

    MESSE

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Aéroport international de Bamenda
    Jeudi 16 avril 2026

    Chers frères et sœurs dans le Christ,

    comme pèlerin de paix et d’unité, je viens parmi vous et je vous fais part de la joie que j’éprouve à me trouver ici pour visiter votre pays et, surtout, pour partager votre cheminement, vos peines et vos espoirs.

    Les manifestations festives qui accompagnent vos liturgies et la joie qui jaillit de la prière que vous élevez vers Dieu sont le signe de votre abandon confiant en Dieu Lui, de votre espérance inébranlable en Lui, de votre attachement, par toutes vos forces, à l’amour de Dieudu Père qui se fait proche et regarde avec compassion les souffrances de ses enfants. Dans le psaume que nous avons prié ensemble, cette confiance en Lui, que nous sommes appelés à renouveler aujourd’hui, est chantée : « Le Seigneur est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu » (Ps 34, 19).

    Frères et sœurs, les raisons et les situations qui nous brisent le cœur et nous plongent dans la détresse sont nombreuses. En effet, les espoirs d’un avenir de paix et de réconciliation, où chacun est respecté dans sa dignité et les droits fondamentaux sont garantis à tous, sont sans cesse mis à mal par les nombreux problèmes qui marquent cette magnifique terre : les multiples formes de pauvreté qui touchent encore actuellement un très grand nombre de personnes dans le contexte d’une crise alimentaire en cours ; la corruption morale, sociale et politique, liée surtout à la gestion des richesses qui empêche le développement des institutions et des structures ; les graves problèmes qui en découlent et qui touchent les systèmes éducatif et sanitaire, ainsi que la grande migration vers l’étranger, en particulier des jeunes. Et, aux problèmes internes, souvent alimentés par la haine et la violence, s’ajoute également le mal causé venant de l’extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent de s’emparer du continent africain pour l’exploiter et le piller.

    Tout cela risque de nous faire sentir impuissants et d'ébranler notre confiance. Et pourtant, c'est le moment de changer, de transformer l'histoire de ce pays. Aujourd’hui et non demain, maintenant et non dans le futur, le moment est venu de reconstruire, detisser composer à nouveau la mosaïque de l’unité en réunissant les diversités et les richesses du pays et du continent, d’édifier une société où règnent la paix et la réconciliation.

    Il est vrai que lorsqu’une situation s’est installée depuis longtemps, le risque est celui de la résignation et de l’impuissance, car nous n’attendons aucune nouveauté. Pourtant, la Parole du Seigneur ouvre des espaces de nouveauténouveaux et engendre transformation et guérison, parce qu’elle est capable de mettre le cœur en mouvement, de remettre en question le cours normal des choses auquel nous risquons facilement de nous habituer et de nous rendre acteurs actifs du changement. Rappelons-nous ceci : Dieu est nouveauté, Dieu crée des choses nouvelles, Dieu fait de nous des personnes courageuses qui, en défiant le mal, construisent le bien.

    Nous le voyons dans le témoignage des Apôtres, tel que nous l’avons entendu dans la première Lecture : alors que les autorités du Sanhédrin interrogent les Apôtres, les réprimandent et les menacent parce qu’ils annoncent publiquement le Christ, ceux-ci répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice » (Ac 5, 29-30).

    Le courage des Apôtres se transforme en conscience critique, en prophétie, en dénonciation du mal, et c’est là le premier pas pour changer les choses. Obéir à Dieu, en effet, n’est pas un acte de soumission qui nous opprime ou nous prive de notre liberté ; au contraire, l’obéissance à Dieu nous rend libres, car elle signifie Lui confier notre vie et laisser sa Parole inspirer notre façon de penser et d’agir. Ainsi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, rapportant la dernière partie du dialogue entre Jésus et Nicodème : « Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31). Celui qui obéit à Dieu avant d’obéir aux hommes ou à la pensée humaine et terrestre retrouve sa liberté intérieure, parvient à découvrir la valeur du bien et à ne pas se résigner au mal, redécouvre le chemin de la vie, devient artisan de paix et de fraternité.

    Frères et sœurs, la consolation des cœurs brisés et l’espoir d’un changement de société sont possibles si nous nous en remettons à Dieu et à sa Parole. Nous devons cependant toujours garder dans notre cœur l’appel de l’apôtre Pierre et le remémorer : obéir à Dieu, et non aux hommes. Lui obéir parce que Lui seul est Dieu. Et cela nous invite à promouvoir l’inculturation de l’Évangile et à veiller attentivement, y compris sur notre propre religiosité, afin de ne pas tomber dans le piège de suivre ces courants qui mélangent de manière confuse la foi catholique avec d’autres croyances et traditions de type ésotérique ou gnostique qui, en réalité, ont souvent des finalités politiques et économiques. Seul Dieu libère, seule sa Parole ouvre des chemins de liberté, seul son Esprit fait de nous des personnes nouvelles capables de changer ce pays.

    Je vous accompagne par ma prière constante et je bénis en particulier l’Église ici présente : tant de prêtres, de missionnaires, de religieux et de laïcs qui œuvrent pour être source de consolation et d’espérance. Je vous encourage à poursuivre sur cette voie et je vous confie à l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Reine des Apôtres et Mère de l’Église.

  • La Chine fait pression sur les catholiques clandestins pour qu'ils rejoignent l'Église d'État, selon une organisation de défense des droits humains.

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    De Madalaine Elhabbal sur EWTN News :

    La Chine fait pression sur les catholiques clandestins pour qu'ils rejoignent l'Église d'État, selon une organisation de défense des droits humains.

    « Dix ans après le début de la campagne de sinisation de Xi Jinping et près de huit ans après l'accord de 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, les catholiques en Chine sont confrontés à une répression croissante », a déclaré le chercheur Yalkun Uluyol.

    La Chine fait pression sur les catholiques clandestins pour qu'ils rejoignent l'Église d'État, selon une organisation de défense des droits humains.
    Des pèlerins chinois de Shenzhen assistent à l'audience générale sur la place Saint-Pierre le 5 avril 2016. | Crédit : Martha Calderon/CNA

    16 avril 2026

    Le Parti communiste chinois (PCC) intensifie sa campagne de pression sur les catholiques clandestins, selon un rapport de Human Rights Watch.

    « Dix ans après le début de la campagne de sinisation de Xi Jinping et près de huit ans après l’accord de 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, les catholiques en Chine sont confrontés à une répression croissante qui viole leurs libertés religieuses », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur spécialiste de la Chine à Human Rights Watch, dans un rapport du 15 avril . « Le pape Léon XIV devrait réexaminer d’urgence cet accord et faire pression sur Pékin pour qu’il mette fin à la persécution et à l’intimidation des Églises clandestines, du clergé et des fidèles. »

    Human Rights Watch a déclaré avoir mené des entretiens avec « neuf personnes hors du pays ayant une connaissance directe du catholicisme en Chine » pour son rapport, qui ont déclaré que l'accord Vatican-Chine de 2018 a « fourni une structure globale aux autorités pour faire pression sur les catholiques clandestins ».

    D’après les témoins cités dans le rapport, les catholiques en Chine estimaient que l’accord ne leur laissait « d’autre choix que de rejoindre l’Église officielle » et que ceux qui étaient restés dans l’Église clandestine « se sentaient trahis par le Vatican ».

    Human Rights Watch a également mis en lumière la persécution des évêques et du clergé catholiques par le gouvernement chinois, citant des cas de détention et de disparition forcée ainsi que la décision de la Chine d'interdire aux prêtres catholiques d'enseigner ou d'évangéliser en ligne .

    « Les membres du clergé catholique libérés de détention continuent d’être victimes de harcèlement », indique le rapport. « En janvier, une personne a déclaré qu’un prêtre qu’elle connaissait s’était vu interdire l’accès à un compte bancaire, à une carte SIM et à un passeport, et qu’il n’avait donc “aucun moyen de subsistance et peinait à joindre les deux bouts, même pour un jour ou deux”. »

    « L’accord et la politique du Vatican concernant l’Église catholique en Chine ces dernières années ont été désastreux », a déclaré Nina Shea, chercheuse principale à l’Institut Hudson, à EWTN News. « Des évêques catholiques fidèles sont victimes de disparitions forcées, de détentions arbitraires, de mises à l’écart mais de “reconnaissance”, ou de menaces d’arrestation s’ils refusent de prêter allégeance uniquement au Parti communiste chinois et non à Rome. »

    Shea, qui est également directrice du Centre pour la liberté religieuse de l'Institut Hudson, a exhorté le pape Léon XIV à diriger une veillée de prière mondiale pour les évêques chinois qui ont été victimes de disparition forcée ou détenus.

    « Le pape Benoît XVI a désigné le 24 mai comme Journée mondiale de prière pour l'Église en Chine, mais cette journée a été pratiquement oubliée ces dernières années et n'a jamais été pleinement soutenue par le Vatican, qui y voit probablement une critique implicite du PCC, ce qu'il répugne à faire », a-t-elle déclaré.

    Madalaine Elhabbal est journaliste pour EWTN News et travaille au siège de Washington, D.C.
  • SOUDAN - Plus de 150 000 morts, 14 millions de personnes déplacées : le bilan tragique de trois ans de guerre civile

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    AFRIQUE/SOUDAN - Plus de 150 000 morts, 14 millions de personnes déplacées : le bilan tragique de trois ans de guerre civile

    16 avril 2026
     

    Khartoum (Agence Fides) – Cela fait trois ans que la guerre fait rage au Soudan et aucune issue ne semble se profiler. Le conflit, qui a éclaté le 16 avril 2023 (voir Fides 17/4/2023), reste dans l'impasse, avec des changements constants dans le contrôle du territoire. À l'heure actuelle, les forces armées soudanaises (SAF – Sudan Armed Forces) ont repris une grande partie de Khartoum (y compris Omdurman et Bahri) ainsi que certaines zones du centre et de l'est du Soudan, établissant leur base à Port-Soudan.

    Leurs adversaires, les miliciens des Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces - RSF), ont consolidé leur contrôle sur la majeure partie de la région occidentale du Darfour après avoir conquis El Fasher (capitale du Darfour-Nord) en octobre 2025, à l'issue d'un long siège (voir Fides 28/10/2025). Les RSF ont conquis certaines zones du Kordofan et d’autres régions, bien que les forces des SAF aient repoussé les troupes dans des zones telles que le Kordofan du Sud (par exemple, Kadugli et Dilling).

    Le conflit a fait au moins 150 000 victimes, pour la plupart des civils. Il a provoqué le déplacement d’environ 14 millions de personnes au total : environ 9 à 10 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, réparties dans d’autres régions du Soudan, tandis qu’environ 4,4 millions de personnes sont réfugiées ou demandeuses d’asile dans les pays voisins (Tchad, Égypte, Soudan du Sud et autres).

    La crise liée à la guerre civile soudanaise reste la plus grande crise de déplacement de population au monde. De nombreux déplacés internes vivent dans des conditions précaires, et ceux qui ont réussi à retourner dans des zones dévastées (comme Khartoum) sont exposés à des risques liés à la présence de munitions non explosées et à l'absence de services essentiels, tels que les soins de santé. Les femmes et les filles représentent une part importante des déplacés et sont les plus exposées aux risques.

    Mgr Paul Swarbrick, Évêque de Lancaster et Évêque délégué pour l'Afrique auprès de la Conférence épiscopale catholique d'Angleterre et du Pays de Galles, a, dans un message commémorant les trois ans de guerre au Soudan, exhorté « les catholiques d'Angleterre et du Pays de Galles à prier pour la paix et a demandé au gouvernement du Royaume-Uni de ne pas perdre de vue cette crise ». « Je suis conscient, grâce à mes liens avec l'Église au Soudan et avec les organisations caritatives catholiques qui œuvrent dans la région, de la crainte que ce conflit ne soit négligé par la communauté internationale ». Il a ensuite poursuivi : « Le Royaume-Uni est le « référent » pour le Soudan au Conseil de sécurité des Nations unies et j'espère qu'il utilisera cette position pour promouvoir un engagement diplomatique continu et pour soutenir une résolution pacifique de ce conflit ». (LM) (Agence Fides 16/4/2026)

  • Corruption, droits de l’homme, fondamentalisme… le discours percutant de Léon XIV aux dirigeants du Cameroun

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN ALGÉRIE, AU CAMEROUN, EN ANGOLA ET EN GUINÉE ÉQUATORIALE
    (13-23 AVRIL 2026)

    RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, AUX REPRÉSENTANTS DE LA SOCIETÉ CIVILE
    ET LE CORPS DIPLOMATIQUE

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE

    Palais Présidentiel (Yaoundé)
    Mercredi 15 avril 2026

    Monsieur le Président,

    Distinguées Autorités et membres du Corps diplomatique,
    Mesdames et Messieurs !

    Je vous remercie sincèrement pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé et pour les paroles de bienvenue qui m’ont été adressées. C’est une profonde joie de me trouver au Cameroun, souvent qualifié d’“Afrique en miniature” en raison de la richesse de ses territoires, de ses cultures, de ses langues et de ses traditions. Cette variété n’est pas une fragilité, mais un trésor. Elle est une promesse de fraternité et une fondation solide pour construire une paix durable.

    Je viens parmi vous en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix. Ma visite exprime l’affection du Successeur de Pierre pour tous les Camerounais, ainsi que le désir d’encourager chacun à poursuivre, avec enthousiasme et persévérance, la construction du bien commun. Nous vivons une époque où la résignation se répand et où un sentiment d’impuissance tend à paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément. Que de faim et soif de justice ! Que de soif de participation, de visions, de choix courageux et de paix ! Mon grand désir est de toucher le cœur de chacun, en particulier celui des jeunes, appelés à façonner, y compris sur le plan politique, un monde plus juste. Je tiens également à manifester ma volonté de renforcer les liens de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun, fondés sur le respect réciproque, sur la dignité de toute personne humaine et sur la liberté religieuse.

    Le Cameroun garde en mémoire les visites de mes Prédécesseurs : celle de saint Jean-Paul II, messager d’espérance pour tous les peuples d’Afrique ; et celle de Benoît XVI, qui souligna l’importance de la réconciliation, de la justice et de la paix, ainsi que la responsabilité morale des gouvernants. Je sais que ces moments ont marqué votre histoire nationale, telles des exhortations exigeantes à l’esprit de service, à l’unité et à la justice. Nous pouvons donc nous interroger : où en sommes-nous ? Comment la Parole qui nous a été annoncée a-t-elle porté ses fruits ? Et que reste-t-il à faire ?

    Il y a 1600 ans, saint Augustin écrivait des mots d’une grande actualité : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger ». [1] Dans cette perspective, servir son pays c’est se consacrer, avec un esprit lucide et une conscience intègre, au bien commun de tout le peuple : de la majorité, des minorités, dans leur harmonie réciproque.

    Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres nations, votre pays traverse des épreuves compliquées. Les tensions et les violences qui ont frappé certaines régions du nord-ouest, du sud-ouest et de l’extrême nord ont causé de profondes souffrances : des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école, des jeunes qui ne voient pas d’avenir. Derrière les statistiques, il y a des visages, des histoires, des espérances brisées. Face à des situations aussi dramatiques j’ai, au début de cette année, invité l’humanité à rejeter la logique de la violence et de la guerre, pour embrasser une paix fondée sur l’amour et la justice. Une paix désarmée, c’est-à-dire qui n’est pas fondée sur la peur, la menace ou les armements ; et désarmante, car capable de résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance, l’empathie et l’espérance. La paix ne peut être réduite à un slogan : elle doit s’incarner dans un style, personnel et institutionnel, qui rejette toute forme de violence. C’est pourquoi je le répète avec force : « Le monde a soif de paix. […] Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions, d’exilés ». [2] Ce cri veut être un appel à la volonté de contribuer à une paix authentique, en la faisant passer avant tout intérêt partisan.

    La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s’accueille et se vit. Elle est un don de Dieu qui se développe à travers un travail patient et collectif. Elle est de la responsabilité de tous, en premier lieu celle des Autorités civiles. Gouverner, c’est aimer son pays, mais aussi les pays voisins. Le commandement “aime ton prochain comme toi-même” s’applique également aux relations internationales ! Gouverner, c’est écouter réellement les citoyens, estimer leur intelligence et leur capacité à contribuer à l’élaboration de solutions durables aux problèmes. Le Pape François a souligné la nécessité de dépasser « cette conception des politiques sociales comme une politique envers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais pour les pauvres, et encore moins inscrite dans un projet qui rassemble les peuples ». [3]

    Dans ce changement d’approche, la société civile doit être considérée comme une force vitale pour la cohésion nationale. Le Cameroun est lui aussi prêt pour cette transition ! Associations, organisations de femmes et de jeunes, syndicats, ONG humanitaires, chefs traditionnels et religieux : tous jouent un rôle irremplaçable dans la construction de la paix sociale. Ce sont eux les premiers à intervenir lorsque des tensions surgissent ; ce sont eux qui accompagnent les personnes déplacées, soutiennent les victimes, ouvrent des espaces de dialogue et encouragent la médiation locale. Leur proximité avec le terrain permet de comprendre les causes profondes des conflits et d’entrevoir des réponses adaptées. La société civile contribue en outre à former les consciences, à promouvoir la culture du dialogue et le respect des différences. C’est donc en son sein que se prépare un avenir moins exposé à l’incertitude. Je tiens à souligner avec gratitude le rôle des femmes. Malheureusement, elles sont souvent les premières victimes des préjugés et des violences ; elles restent cependant des artisans infatigables de paix. Leur engagement dans l’éducation, la médiation et la reconstruction du tissu social est sans égal et constitue un frein à la corruption et aux abus de pouvoir. C’est aussi pour cette raison que leur voix doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels.

    Face à tant de dévouements dans la société, la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance. Il est temps d’oser faire un examen de conscience et un saut qualitatif courageux. Que les institutions justes et crédibles deviennent des piliers de la stabilité. L’autorité publique est appelée à être un pont, et jamais un facteur de division, même là où l’insécurité semble régner. La sécurité est une priorité, mais elle doit toujours s’exercer dans le respect des droits de l’homme, en unissant rigueur et grandeur d’âme, avec une attention particulière pour les plus vulnérables. Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté, lorsque la loi est un rempart sûr contre l’arbitraire des plus riches et des plus forts.

    À bien y regarder, frères et sœurs, les hautes fonctions que vous assumez exigent un double témoignage. Le premier témoignage se concrétise dans la collaboration entre les différents organes et niveaux administratifs de l’État au service du peuple, et en particulier des plus pauvres ; le second témoignage se réalise en unissant vos responsabilités institutionnelles et professionnelles à une conduite de vie intègre. [4] Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie. Le véritable gain c’est le développement humain intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée de tous les aspects qui font de la vie sur cette terre une bénédiction.

    Le Cameroun dispose des ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée. Il faut que l’engagement commun en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral transforme les blessures du passé en sources de renouveau. Comme je le disais, les jeunes représentent l’espérance du pays et de l’Église. Leur énergie et leur créativité sont des richesses inestimables. Bien sûr, lorsque le chômage et l’exclusion persistent, la frustration peut engendrer de la violence. Investir dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes est donc un choix stratégique pour la paix. C’est le seul moyen d’endiguer l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète. C’est aussi le seul moyen de lutter contre les fléaux de la drogue, de la prostitution et de la torpeur qui dévastent trop de jeunes vies, de manière toujours plus dramatique.

    Grâce à Dieu, les jeunes Camerounais ont une spiritualité profonde qui résiste encore à l’uniformisation du marché. Elle est une énergie qui rend leurs rêves précieux, ancrés dans les prophéties qui nourrissent leurs prières et leurs cœurs. Les traditions religieuses, lorsqu’elles ne sont pas faussées par le poison des fondamentalismes, inspirent des prophètes de paix, de justice, de pardon et de solidarité. En favorisant le dialogue interreligieux et en associant les responsables religieux aux initiatives de médiation et de réconciliation, la politique et la diplomatie peuvent s’appuyer sur des forces morales capables d’apaiser les tensions, de prévenir les radicalisations et de promouvoir une culture d’estime et de respect mutuels. L’Église catholique au Cameroun, à travers ses œuvres éducatives, sanitaires et caritatives, souhaite continuer à servir tous les citoyens sans distinction. Elle désire collaborer loyalement avec les autorités civiles et avec toutes les forces vives de la nation pour promouvoir la dignité humaine et la réconciliation. Là où c’est possible, elle veut faciliter la coopération avec d’autres pays ainsi que les liens entre les Camerounais dans le monde avec leurs communautés d’origine.

    Que Dieu bénisse le Cameroun, soutienne ses dirigeants, inspire la société civile, éclaire le travail du Corps Diplomatique et accorde à tout le peuple camerounais – chrétiens et non-chrétiens, responsables politiques et citoyens – d’accueillir le Royaume de Dieu, en construisant ensemble un avenir de justice et de paix.

    _______________________________

    [1] Saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 14.

    [2] Discours en présence des chefs religieux à l’occasion de la Rencontre mondiale pour la paix (28 octobre 2025).

    [3] François, Discours aux participants à la 3e Rencontre mondiale des mouvements populaires (5 novembre 2016).

    [4] Discours au Préfets de la République italienne (16 février 2026) .

  • De l'Algérie à Strasbourg: le témoignage de Monique Yakout Khentache

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    Du site de l'ECLJ :

    Monique Yakout Khentache est une chrétienne, convertie de l'islam, écrivaine et d'origine algérienne. Elle vit aujourd'hui en France à Strasbourg et a écrit deux livres sur son parcours spirituel et personnel, de son éducation musulmane dans un village de Kabylie à son travail d'écriture aujourd'hui, en passant par sa conversion et son intégration en France.

    L'ECLJ publie cet entretien suite à la visite de Léon XIV en Algérie et à la publication de notre rapport sur "L'oppression des chrétiens en Algérie" accessible ici sur notre site internet.

    Signer la Pétition de soutien aux chrétiens d’Algérie

  • Léon XIV au Cameroun : entre dictature, guerre civile et djihadisme

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    D'Anna Bono sur la NBQ :

    Léon XIV au Cameroun : entre dictature, guerre civile et djihadisme

    Léon XIV arrive au Cameroun, gouverné par le président-dictateur Paul Biya depuis 1984. Le pays est confronté à de graves problèmes, en guerre contre sa minorité anglophone et ses voisins djihadistes. Les chrétiens sont persécutés par les terroristes et même par le gouvernement.

    16/04/2026

    Léon XIV représenté avec Paul Biya sur des affiches pour le voyage apostolique au Cameroun (AP)

    Paul Biya est président du Cameroun depuis 1982. Il a 93 ans. Depuis son entrée en fonction, quatre papes se sont succédé, et deux d'entre eux se sont rendus dans son pays : Jean-Paul II en 1985 et 1995, et Benoît XVI en 2009. Arrivé au pouvoir suite à la démission soudaine du président Ahmadou Ahidjo, dont il était le vice-président, il a convoqué les premières élections en 1984. Candidat unique, il a remporté 99,98 % des suffrages. Depuis, il s'est présenté à chaque élection et a toujours été réélu avec une large avance, des victoires systématiquement contestées par l'opposition, qui a toujours dénoncé des irrégularités et des fraudes. Après avoir aboli la limitation du nombre de mandats présidentiels en 2008, il a brigué un huitième mandat en octobre dernier. Son principal adversaire, Tchiroma Bakary, a rejeté les résultats, et des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Yaoundé, la capitale. La police a ouvert le feu sur les manifestants, faisant des dizaines de morts. Bakary, craignant à juste titre pour sa vie, s'est réfugié en Gambie. « Un pays ne peut exister au service d'un seul homme », avait-il déclaré en annonçant sa candidature. Mais pour l'instant, le Cameroun semble y parvenir.

    Le 4 avril, Biya a fait approuver par le Parlement, dominé par son parti (le Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais), un amendement constitutionnel rétablissant la fonction de vice-président, supprimée en 1984. Cet amendement stipule que le chef de l'État choisit son vice-président, qui lui succédera en cas de décès, de démission ou d'incapacité du président. Le 15 avril, Biya a promulgué la loi et il ne reste plus qu'à annoncer le nom de son successeur.

    Lors de la dernière campagne électorale, il a promis à ses électeurs : « Le meilleur est à venir. »

    Mais, outre l'aggravation des problèmes économiques , deux facteurs sont préoccupants pour l'avenir du Cameroun : le soulèvement dans les régions anglophones du nord et du sud-ouest et, à l'extrême nord, les attaques de djihadistes venus du Nigéria voisin.

    Au Cameroun, la majorité de la population parle français . La minorité anglophone – environ cinq millions de personnes sur un total de 30 millions – réside dans les régions de l'ancien Cameroun britannique, qui a choisi en 1961 de rejoindre le pays ayant accédé à l'indépendance l'année précédente. Marginalisées et victimes de discrimination, les régions anglophones se sont soulevées en 2016. Des mouvements sécessionnistes ont émergé, proclamant symboliquement l'indépendance en 2017. La violente répression du gouvernement a engendré une lutte armée. Le conflit a fait des milliers de victimes civiles et près d'un million de personnes ont été déplacées. L'armée et les séparatistes sont accusés de cibler sans relâche la population. Des crimes de guerre graves et persistants sont signalés : torture, enlèvements contre rançon, viols et exécutions extrajudiciaires.

    Au nord, à la frontière avec le Nigéria, la population vit depuis des années sous la menace de deux groupes djihadistes nigérians : Boko Haram, affilié à Al-Qaïda, et Iswap, affilié à Daech (État islamique), dont elle constitue une province. Comme dans d’autres pays de la région, au Cameroun, le gouvernement a laissé de vastes territoires pratiquement sans défense, concentrant les forces de sécurité et l’armée dans les grands centres urbains et les zones industrielles. Les djihadistes attaquent et détruisent des agglomérations et des villages, commettent des attentats et des enlèvements, à des fins d’extorsion et pour recruter des combattants. Ils sont même parfois parvenus à établir des bases sur le territoire camerounais. Ils s’en prennent à l’ensemble de la population, mais plus particulièrement aux chrétiens.

    C’est en grande partie grâce à eux que Portes Ouvertes a inclus le Cameroun dans sa liste des 50 pays où les chrétiens sont les plus persécutés depuis des années. Dans l’édition 2026, le pays occupe la 37e place, soit six places de mieux que dans l’édition précédente (43e).

    Mais d'autres facteurs contribuent à rendre la vie difficile aux chrétiens . « Le contrôle clanique, le crime organisé et la corruption », rapporte Portes Ouvertes, « aggravent encore la vulnérabilité des chrétiens, surtout là où l'autorité de l'État est absente ou complice. En vertu des lois antiterroristes, les chrétiens qui dénoncent les abus de l'État risquent d'être surveillés, intimidés, voire arrêtés. Des centaines d'églises ayant critiqué le régime ont été fermées. Les contestations de l'inaction du gouvernement face à la persécution djihadiste et clanique entraînent souvent des représailles. Cela a alimenté un climat de peur et réduit au silence les responsables chrétiens, affaiblissant la résilience des communautés et leur accès à la justice. »

    Environ 57 % des Camerounais sont chrétiens. Les catholiques représentent 38,3 % de la population. Le djihad, la guerre et la répression gouvernementale ont gravement affecté leur situation, mais n'ont pas entamé leur volonté ni leur espoir de participer activement au développement du pays.

    L’Église catholique est responsable d’un vaste réseau scolaire, même dans les zones rurales souvent dépourvues de services éducatifs, offrant aux jeunes des perspectives d’avenir concrètes : 646 écoles maternelles, 953 écoles primaires, 273 collèges et lycées, cinq instituts de formation professionnelle et 17 universités et établissements d’enseignement supérieur. Près de 468 000 élèves sont scolarisés, encadrés par plus de 20 000 enseignants. Outre une éducation d’excellence, les écoles catholiques dispensent une formation morale et spirituelle. « Les écoles catholiques doivent être une force de transformation, un laboratoire d’espérance et un instrument de développement humain intégral », affirme le père Aurélien Lehoun Mbea, secrétaire national à l’Éducation catholique.

    L'Église catholique est également présente dans le secteur de la santé, où elle joue un rôle fondamental. Elle gère 100 hôpitaux, 492 centres de santé et 88 unités de traitement du VIH : près de 600 structures au total qui prennent en charge plus de deux millions de personnes chaque année, principalement dans des zones rurales délaissées par le système de santé public. Ces structures emploient 297 médecins généralistes, 149 spécialistes et du personnel paramédical, soit plus de 5 500 personnes. Là aussi, la grande qualité des soins prodigués s'accompagne d'une dimension spirituelle et d'une priorité accordée à l'humain plutôt qu'au profit.

    Lire aussi : Le pape Léon XIV en Afrique : 8 choses à savoir sur l’Église catholique au Cameroun

  • La visite du pape peut-elle avoir un impact réel sur la situation au Cameroun ?

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    Oui, la visite du pape Léon XIV au Cameroun (du 15 au 18 avril 2026) peut avoir un impact réel, mais il sera principalement symbolique, moral et à moyen terme, plutôt qu’immédiat et structurel. Voici une analyse équilibrée basée sur le contexte actuel.

    Contexte de la visite

    Le pape arrive à Yaoundé, rencontre le président Paul Biya, les autorités, la société civile et les évêques. Il se rend ensuite à Bamenda (région anglophone du Nord-Ouest) pour une messe pour la paix et la justice, puis à Douala. C’est sa troisième étape d’une tournée africaine (après l’Algérie).

    Le Cameroun traverse plusieurs crises :

    • La crise anglophone (depuis 2016) : conflit armé entre forces gouvernementales et groupes séparatistes, avec des milliers de morts, plus de 600 000 déplacés internes, et des violences persistantes.
    • Les tensions post-électorales de 2025 (réélection contestée de Paul Biya).
    • Des problèmes structurels comme la corruption, les inégalités et les divisions linguistiques/culturelles (francophone/anglophone).

    Impacts potentiels positifs (réels mais limités)

    • Message de paix et de réconciliation : À Bamenda, le pape lancera un appel fort pour la paix. Les séparatistes ont déjà annoncé une pause de 3 jours dans les combats pour permettre aux fidèles d’assister à la messe. C’est un geste concret de « respect » qui montre que la visite est prise au sérieux des deux côtés. Certains habitants et l’archevêque de Bamenda espèrent que cela « adoucira les cœurs » et relancera le dialogue.
    • Attention internationale : La crise anglophone est souvent oubliée face à d’autres conflits en Afrique. La présence du pape braque les projecteurs mondiaux sur le Cameroun, ce qui peut exercer une pression morale sur le gouvernement et les groupes armés, et encourager des médiations futures.
    • Effet unificateur au sein de l’Église et de la société : Le Cameroun est majoritairement chrétien (environ 70 %, dont plus de 8 millions de catholiques). La visite crée un moment de communion nationale, avec des messes massives et des infrastructures améliorées (routes, aéroports). Des fidèles parlent déjà de « guérison » et d’espoir. Des « miracles » symboliques sont évoqués, comme l’unité temporaire dans le discours public.
    • Pression sur la corruption et la gouvernance : Le pape a déjà exhorté les autorités à « briser les chaînes de la corruption » et à faire un « examen de conscience ». Cela renforce le discours moral de l’Église locale.

    Limites et risques d’impact limité

    • Pas de pouvoir politique direct : Le pape peut proposer, exhorter, mais il ne peut pas imposer. La résolution du conflit anglophone dépend avant tout du gouvernement camerounais, des leaders séparatistes et d’un vrai dialogue politique. Les visites papales précédentes (Jean-Paul II et Benoît XVI) n’ont pas suffi à résoudre les problèmes structurels.
    • Risque d’instrumentalisation politique : Une partie de la communauté catholique camerounaise craint que le régime de Biya n’utilise la visite pour redorer son image internationale, surtout après les contestations électorales. Certains parlent de « validation » symbolique du pouvoir en place. Les évêques appellent à rester positifs et à se concentrer sur le message spirituel, mais le débat divise même l’Église.
    • Impact à court terme symbolique : La pause dans les combats est temporaire. Sans suivi concret (libération de prisonniers politiques, négociations inclusives, réformes), l’enthousiasme peut retomber rapidement. Des analystes estiment que le pape peut « semer une graine », mais que la « responsabilité incombe au gouvernement ».

    En résumé : un impact réel, mais pas miraculeux

    Oui, cette visite a un impact réel :

    • Elle apporte un souffle moral et une fenêtre d’espoir rare dans un pays fatigué par les crises.
    • Elle peut favoriser une désescalade temporaire et encourager le dialogue.
    • Elle renforce le rôle de l’Église comme acteur de paix et met en lumière les souffrances des populations.

    Cependant, elle ne résoudra pas seule les problèmes profonds (gouvernance, inégalités, séparatisme). L’impact dépendra surtout de ce que les acteurs camerounais (pouvoir, opposition, société civile, Église locale) en feront après le départ du pape.

    Beaucoup de Camerounais y voient une « dernière chance » pour la cohésion nationale. L’histoire montre que les visites papales laissent souvent une trace spirituelle durable, mais les changements politiques exigent du temps et une volonté locale forte.

    (en recourant à l'IA)

  • Léon l’Africain; ce que peu savent sur son étape au Cameroun

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Léon l’Africain. Ce que peu savent sur son étape au Cameroun

    Au cours de son voyage en Afrique, le pape Léon se prépare à faire étape au Cameroun, un pays ravagé par une guerre dont les médias du monde entier ne parlent pas beaucoup. Et même c’est sans doute pour cette raison que le Pape a voulu s’y rendre, avec une escale, jeudi 16 avril en plein épicentre du conflit, à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest du Cameroun, où il organisera une « rencontre pour paix » avec les communautés locales.

    La région du Nord-Ouest, ainsi que la région limitrophe du Sud-Ouest, qui donne sur l’océan Atlantique, toutes deux frontalières avec le Nigéria, est le théâtre d’une guerre civile qui fait rage depuis octobre 2016, menée par des séparatistes voulant faire sécession du Cameroun pour former un nouvel État d’ « Ambazonie » (du nom de la baie d’Ambas, sur l’océan), qui a proclamé son indépendance en 2017, jusqu’ici sans la moindre reconnaissance de la communauté internationale.

    Mais d’autres régions du Cameroun sont également la cible de raids armés, comme les régions plus au Nord, entre le Nigéria et le Tchad, où le terrorisme Jihadiste fait rage, et où des guérilleros de Boko Haram et de l’État Islamique de la Province d’Afrique Occidentale (ISWAP) attaquent fréquemment  des villages, des églises, des écoles, perpétrant des massacres et des enlèvements dont les chrétiens sont les premières victimes, dans un pays où 60% de la population est chrétienne et 20% musulmane.

    Si ce terrorisme djihadiste frappe également d’autres pays du Sahel tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ainsi que le Nigéria et le Tchad, la guerre civile qui fait rage depuis 2016 est en revanche spécifique au Cameroun.  Elle a principalement deux causes, une cause immédiate et une autre plus lointaine, remontant à la période coloniale, toutes deux expliquées en détail par le jésuite kenyan Mathew Bomki dans le dernier numéro de « La Civiltà Cattolica ».

    Entre la fin du XIXe siècle et la première guerre mondiale, le « Kamerun » était un protectorat allemand, avant d’être transféré à la France par la Société des Nations, ainsi que pour une plus petite partie, soit un cinquième de son territoire, à la Grande-Bretagne.

    Le Cameroun français a obtenu son indépendance en 1960 et, le 11 février de l’année suivante, un plébiscite a été organisé sous l’égide des Nations Unies au Cameroun britannique, afin de permettre aux Camerounais anglophones de choisir entre l’adhésion au Nigéria voisin ou bien à la toute nouvelle République du Cameroun francophone.

    La troisième option, celle de l’indépendance, fut exclue du référendum alors qu’aux dires des évêques locaux, elle était bien la plus populaire des trois.

    En fin de compte, le plébiscite de 1961 vit la partie Nord du Cameroun britannique voter pour l’adhésion au Nigéria tandis que la partie Sud choisit de s’unir au Cameroun, qui avait à l’époque une structure fédérale mais qui allait ensuite, sous la pression du gouvernement central, progressivement se restructurer de manière unitaire, au détriment de l’autonomie de la zone anglophone.

    Le 28 décembre 2016, les évêques de cette région ont envoyé un Mémorandum au président Paul Biya, aujourd’hui âgé de 93 ans et aux commandes du pays depuis 1982 sans interruption :

    « Les Camerounais anglophones sont étranglés à petit feu, parce que chaque élément de leur culture est systématiquement pris pour cible et absorbé dans la culture et la manière de faire propre au Cameroun francophone. Qu’il s’agisse de la langue, du système d’enseignement, de l’administration ou de gouvernement – dans lequel les structures de représentation démocratiques en pratique contournées par l’intervention de fonctionnaires nommés par l’autorité centrale — ou encore du système judiciaire. »

    Au moment où les évêques rédigeaient ce Mémorandum, les avocats, les enseignants et les étudiants des régions anglophones venaient de descendre manifester pacifiquement dans la rue (voir photo © Teller Report) pour défendre l’usage du « common law » dans les procès judiciaires ainsi que le système scolaire de tradition anglo-saxonne. Mais le gouvernement central a violemment réprimé ces manifestations. Et c’est ce qui a déclenché la guerre civile, avec l’entrée en scène de groupes armés séparatistes, les « Amba boys », avec à la clé des massacres et des enlèvements de la part des deux camps – dont les tristement célèbres massacres de Kumba et Ngarbuh en 2020 – où les deux camps se renvoient la balle en matière de responsabilité.

    L’explosion de violence a causé un nombre important d’homicides, d’incendies volontaires et de destructions de biens et de vies innocentes. Des villages entiers ont été rasés au sol et de nombreuses écoles ravagées. Dans « La Civiltà Cattolica », voici comment Mathew Bomki évalue les dommages causés par cette guerre civile :

    « Dans la partie anglophone du Cameroun, l’économie est à l’arrêt. Plus de 6000 Camerounais ont trouvé la mort dans le conflit, des centaines de milliers ont fui les conflits et 80 000 d’entre eux ont trouvé refuge au Nigéria voisin. Ces sept à huit dernières années, les écoles ont fonctionné de manière précaire, quand elles ne sont pas restées fermées. Selon l’International Crisis Group, l’instruction de plus de 600 000 élèves a été compromise par le conflit ».

    Il faut encore ajouter à ce bilan environ 2000 prisonniers politiques et l’afflux de réfugiés en provenance de la turbulente République Centrafricaine.

    Et l’Église ?  Voici ce que le pape François déclarait au terme de l’audience générale du 28 octobre 2020, peu après le massacre de Kumba :

    « Je m'unis à la douleur des familles des jeunes étudiants barbarement tués samedi dernier à Kumba, au Cameroun. Un acte si cruel et insensé, qui a arraché des enfants innocents à la vie alors qu'ils suivaient les leçons à l'école me déconcerte totalement. Que Dieu illumine les cœurs, pour que des gestes semblables ne soient plus jamais répétés et pour que les régions martyrisées du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays puissent finalement retrouver la paix ! Je souhaite que les armes se taisent et que puissent être garanties la sécurité de tous et le droit de chaque jeune à l'éducation et à l'avenir. J'exprime mon affection aux familles, à la ville de Kumba et à tout le Cameroun et j'invoque le réconfort que Dieu seul peut donner. »

    Mais quelques jours plus tard, le 5 novembre, à quelques kilomètres de Bamenda, un commando a séquestré une dizaine de personnes dont le chef d’une tribu locale, Fon Sem Mbinglo II, ainsi que le cardinal camerounais Christian Tumi (1930 – 2021), à l’époque archevêque émérite de Douala. Relâché le lendemain, Mgr Tumi avait été jugé coupable par les uns de se battre pour la population anglophone et par les autres de prendre parti pour le gouvernement central et d’avoir soutenu en 2018 une « All Anglophone General Conference » visant à promouvoir un apaisement par la négociation, une initiative qui s‘était soldée par un échec.

    Les enlèvements ont pris pour cible des prêtres et des missionnaires catholiques à plusieurs reprises, dont dernièrement le curé John Berinyuy Tatah et son vicaire, enlevés non loin de Bamenda le 15 novembre dernier et relâchés le 2 décembre. Le pape Léon avait d’ailleurs tenu à se faire entendre pendant l’Angélus du 23 novembre : « C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle des enlèvements de prêtres, de fidèles et d’étudiants au Nigeria et au Cameroun. Je ressens une grande douleur, surtout pour les nombreux jeunes gens et jeunes filles séquestrés et pour leurs familles angoissées. Je lance un appel pressant pour que les otages soient immédiatement libérés et j’exhorte les autorités compétentes à prendre les décisions appropriées et opportunes pour assurer leur libération. Prions pour nos frères et sœurs, et pour que les églises et les écoles restent toujours et partout des lieux de sécurité et d’espérance »

    On estime que sur la seule année 2023, les enlèvements auraient rapporté plus de 7,8 millions de dollars de rançon.

    En janvier 2021, peu après la mésaventure du cardinal Tumi, le pape François avait envoyé au Cameroun le cardinal Pietro Parolin en mission de pacification. Mais peine perdue. À l’annonce de son arrivée, les sécessionistes ont même menacé de représailles quiconque serait allé accueillir le Secrétaire d’État, accusé lui aussi d’avoir pris parti pour le gouvernement.

    Mais aujourd’hui, c’est le pape Léon en personne qui se rend au Cameroun en messager de paix, en dépit des objections de ceux qui, à l’instar du jésuite camerounais Ludovic Lado, docteur à Oxford en anthropologie sociale et spécialiste en économie du développement, a déclaré à la revue « America » avoir déconseillé au Vatican cette visite du pape Léon, à cause de la situation politique chaotique dans lequel le pays est plongé et dans la crainte que sa visite ne puisse être interprétée comme une caution morale aux autorités politiques de Yaoundé.

    Quoi qu’il en soit, l’aéroport de Bamenda, qui est fermé depuis six ans, vient d’être rouvert pour l’arrivée du pape Léon et la ville a été rénovée de fond en comble, comme l’a déclaré avec enthousiasme l’archevêque du diocèse, Mgr Andrew Nkea Fuanya, par ailleurs président de la Conférence épiscopale du Cameroun.

    Beaucoup espèrent que la visite du pape Léon pourra à nouveau attirer l’attention du monde entier sur le sort de la population camerounaise, qui est l’une des plus impactées de toute l’Afrique par les coupes sombres opérées par Donald Trump dans les programmes d’aides aux pays défavorisés distribués par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • « Personne n’a le droit de critiquer le pape lorsqu’il s’acquitte fidèlement de sa mission » (cardinal Müller)

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    De kath.net/news :

    Card. Müller : « Personne n’a le droit de critiquer le pape lorsqu’il s’acquitte fidèlement de sa mission »

    14 avril 2026

    « On ne peut attendre autre chose du Saint-Père que son engagement en faveur de la paix terrestre entre les peuples. » Réaction à la polémique du président américain Trump au sujet du pape Léon XIV. Par le cardinal Gerhard Ludwig Müller

    Vatican-Washington DC (kath.net) Les cardinaux ont élu pape, en toute liberté et uniquement conscients de leur responsabilité devant Dieu, celui parmi leurs confrères que Dieu lui-même a choisi et voulu comme successeur de saint Pierre. Et nous, cardinaux, avons promis obéissance au pape Léon XIV et déclaré notre volonté de défendre sa cause et celle de l’Église du Christ jusqu’au sacrifice de notre propre vie. Il n’y aura pas de nouvel Avignon, dont on parlait de manière menaçante, et quiconque est élevé au rang d’antipape par un dirigeant quelconque ou se laisse faire est un traître maudit à l’œuvre du Christ. 

    On ne peut attendre autre chose du Saint-Père que son engagement en faveur de la paix terrestre entre les peuples, qui est un avant-goût de la paix de tous les hommes en Dieu, qui nous a réconciliés avec lui-même et les peuples entre eux dans le Christ. En tant que superpuissance politique, économique, technologique et militaire, les États-Unis ont une responsabilité historique particulière pour la paix, la liberté et le bien-être de l’humanité dans notre monde globalisé. Ils sont une démocratie fondée sur les droits fondamentaux de l’homme. On ne peut nier leur rôle particulier, notamment dans la lutte contre les régimes dangereux et les dictatures qui ont été et restent une menace mortelle pour le monde entier. Le droit international, développé par l’école de Salamanque dans l’esprit de saint Thomas d’Aquin sur la base de la loi morale naturelle, ne sert pas à protéger les tyrans et les conquérants, mais les peuples. Les crimes brutaux commis contre son propre peuple et les autres peuples doivent, dans les circonstances actuelles, être combattus y compris par des sanctions économiques et des moyens militaires. La politique d’apaisement envers Hitler s’est avérée être une catastrophe et s’est vengée amèrement lors de la Seconde Guerre mondiale. Le pape François a mis en garde contre une Troisième Guerre mondiale qui viendrait par étapes et se terminerait par une explosion du monde entier.

    Le régime iranien doit être dénoncé dans le monde entier comme un détournement de la religion, qui est le culte de Dieu et qui, sous quelque forme que ce soit, ne doit jamais servir à justifier le meurtre d’innocents. Il vaut la peine de relire le discours de Ratisbonne du pape Benoît XVI (2006) ainsi que Gaudium et spes, paragraphes 77 à 90. La destruction du matériel de guerre des États dictatoriaux, et surtout de leur capacité à utiliser des armes nucléaires, n’est pas moralement illégitime et peut être historiquement nécessaire. Il y a ici toujours le dilemme que les acteurs politiques et militaires se rendent eux aussi coupables, car il n’existe par nature pas de guerres propres, surtout lorsque tous les moyens pacifiques de négociation ont été épuisés. Qui voudrait nier aux Ukrainiens le droit de se défendre, même s’ils doivent recourir aux mêmes moyens que leurs ennemis mortels ? Un dilemme moral presque insoluble !

    Dans ce cas précis, il faut toutefois affirmer clairement que personne n’a le droit de critiquer le pape lorsqu’il s’acquitte fidèlement de la mission que le Christ lui a confiée, à savoir témoigner de l’Évangile de la paix. Le message du Christ prime sur les intérêts politiques, et Dieu est notre juge. Et aucun mortel ne doit se permettre d’instrumentaliser le nom de Dieu pour servir ses propres intérêts. Même une bonne cause ne justifie pas l’emploi de mauvais moyens. Nous ne pouvons qu’œuvrer et prier pour la paix, mais pas à n’importe quel prix, plutôt pour une paix juste, y compris pour le peuple iranien, afin qu’il soit libéré d’un régime terroriste. Et le droit d’Israël à exister ne doit jamais être remis en question. Mais nous espérons que les moyens guerriers ne seront plus nécessaires, car tous les voisins du Proche-Orient souhaitent vivre en paix les uns avec les autres. Le pape Léon XIV a commencé son ministère apostolique par la salutation biblique adressée à tous les hommes de bonne volonté en ces termes : « Que la paix soit avec vous ! »

  • Le deuxième jour du pape en Algérie, consacré à saint Augustin

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Deuxième jour du pape en Algérie, consacré à Augustin

    Déjeuner avec ses frères et un olivier planté à Hippone, symbole de paix, par Léon XIV qui, lors de la messe célébrée en la basilique Saint-Augustin, déclara : « Là où règne le conflit, l’Église apporte la réconciliation. » Alors que l’étape algérienne s’achève, le Cameroun se prépare à accueillir le pape.

    15/04/2026

    Le deuxième jour du voyage de Léon XIV en Algérie était consacré à saint Augustin. Le pape s'est rendu sur le site archéologique d'Hippone, mais la visite fut plus restreinte que prévu. Le mauvais temps ne l'a cependant pas empêché de déposer une gerbe en mémoire du saint et de planter un olivier, symbole de paix. La paix était également au cœur de sa visite à Annaba, à la maison de retraite des Petites Sœurs des Pauvres . « Le cœur de Dieu est déchiré par les guerres, la violence, l'injustice et le mensonge », a déclaré le pape Prévost, ajoutant que « le cœur de notre Père n'est pas avec les méchants, les arrogants ni les orgueilleux : le cœur de Dieu est avec les humbles et les faibles, et avec eux il fait progresser jour après jour son Royaume d'amour et de paix. » Le premier pape augustinien de l'histoire a choisi de déjeuner avec la petite communauté augustinienne locale, renouant ainsi avec la tradition instaurée par son prédécesseur François avec les Jésuites.

    Lors de la messe célébrée en la basilique Saint-Augustin, le pontife a évoqué le rôle de l'Église et des chrétiens. Mettant l'accent sur la paix, Léon XIV a déclaré que « là où règne le conflit, l'Église apporte la réconciliation » et a également observé que « les chrétiens naissent de nouveau, régénérés par Dieu comme frères et sœurs de Jésus, et l'Église qui les nourrit des sacrements est un sein accueillant pour tous les peuples de la terre ». Dans son homélie, il a aussi invité la communauté chrétienne locale à être « un signe humble et fidèle de l'amour du Christ ».

    Soulignant l'importance de la charité, le Pontife a rappelé que « Dieu est amour », un concept qui fait écho à  Deus caritas est  la première encyclique de Benoît XVI. S'adressant aux évêques présents dans la basilique, Léon XIV a rappelé que « la première mission des pasteurs, ministres de l'Évangile, est de témoigner de Dieu au monde d'un seul cœur et d'une seule âme, sans que les soucis ne nous corrompent par la peur ni que la mode ne nous affaiblisse par le compromis ».

    Après avoir quitté Annaba, le Pape est retourné à Alger et a passé la nuit à la nonciature apostolique. Aujourd'hui, il quitte l'Algérie pour la deuxième étape de son troisième voyage apostolique. Le pape se rendra au Cameroun où, outre une rencontre avec les autorités civiles au palais présidentiel, il visitera l'orphelinat de Ngul Zamba puis s'entretiendra en privé avec les évêques camerounais. L'annonce de sa venue a déjà eu des retombées positives : les séparatistes anglophones du Cameroun ont annoncé qu'ils cesseraient temporairement les combats afin de garantir la sécurité de la visite. 

  • « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane » (Mgr Rey)

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Monseigneur Rey : « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane »

    "Je regrette profondément que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine"

    13 avril 2026

    À l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en Afrique, et plus particulièrement de sa visite aujourd’hui et demain en Algérie, nous avons voulu entendre une autre voix que celle du consensus général que certains s’efforcent d’afficher. Derrière les discours officiels, cette interview donne la parole à Monseigneur Rey, ancien évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, attentif à la réalité vécue par les communautés chrétiennes sur place:

    Pourquoi avez-vous co-signé cette tribune dans le JDD consacrée à la liberté religieuse menacée en Algérie ?

    Je connais plusieurs chrétiens arabes et kabyles qui se sont ouverts à moi et m’ont exprimé leur vision des choses. Je suis très sensible à leur témoignage et à la situation globale des chrétiens en Algérie, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes. Donc je suis sensible à la situation des chrétiens qui tombent dans une situation de quasi persécution. En Algérie nous assistons à des restrictions dans l’exercice du culte et de la pratique religieuse de plus en plus importantes. La liberté de croire doit être respectée, j’ai donc profité de cette tribune pour exprimer aux côtés d’autres témoignages cette conviction que je fais mienne.

    Que vous inspire la visite du pape et les propos du cardinal Jean-Paul Vesco ?

    Le cardinal Vesco parle d’une rencontre du souverain pontife avec le peuple algérien, ce qui en soi est très bien, mais il faut aussi savoir mettre sur la table les sujets de tension et en particulier la marginalisation des communautés chrétiennes suite aux restrictions légales qui ont été récemment décrétées.

    Que pensez-vous du fait que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine ?

    Je regrette profondément que cette étape n’ait pas lieu alors que le martyre de tous ces témoins de la foi marque l’histoire religieuse des chrétiens en Algérie. Le souci légitime de promouvoir la fraternité requiert que l’on soit en transparence sur la situation actuelle des chrétiens qui méritent d’être respectés afin de pouvoir vivre leur foi en toute liberté. À vouloir être trop consensuel on n’est plus dans la vérité.

    Comment qualifiez-vous aujourd’hui la situation des chrétiens en Algérie ?

    La pression des autorités actuelles en Algérie n’est pas admissible. Cela rejoint d’ailleurs le principe de la laïcité, au bon sens du terme, qui doit accepter que chacun puisse exprimer sa croyance ou sa non-croyance. C’est une distinction qui n’est pas faite en Algérie aujourd’hui, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane.

    Est-ce que le Vatican est conscient de cette réalité ?

    Je pense que les autorités du Saint-Siège ont reçu des témoignages de communautés chrétiennes qui sont profondément blessées par cette situation actuelle. Le Vatican cherche à rentrer dans un chemin de dialogue mais il faut aussi que la diplomatie et le dialogue intègrent et évoquent l’expression des difficultés, des épreuves et des souffrances.

    Vous êtes-vous déjà rendu en Algérie ?

    Oui, je suis allé plusieurs fois, dont en pèlerinage à Tamanrasset sur les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Je suis également allé à Tibhirine, quelques années après le massacre des moines. Je me suis recueilli sur leur tombe qui se trouve dans l’enclos du monastère.

    Propos recueillis par Philippe Marie

  • Le pape Léon XIV en Afrique : les chiffres de l’Église

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    De zenit.org :

    Logo Voyage apostolique Cameroun

    Léon XIV en Afrique : les chiffres de l’Église

    Les statistiques officielles dressent un panorama précis de la présence catholique et des défis pastoraux dans les quatre pays africains visités par le saint-Père

    1 avril 2026

    À l’occasion du voyage apostolique du pape Léon XIV en Afrique, les données publiées par le Bureau central de statistique de l’Église offrent un aperçu chiffré de la vitalité, des contrastes et des enjeux missionnaires de l’Église en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale.

    Algérie : une présence infime mais fortement structurée

    En Algérie, l’Église catholique représente une présence très minoritaire : 9 000 catholiques pour une population de 46,8 millions d’habitants, soit seulement 0,02 % de la population.

    Le pays compte 4 circonscriptions ecclésiastiques, 29 paroisses et 5 centres pastoraux, avec un total de 60 prêtres.

    Fait notable, le ratio est inversé par rapport à l’Afrique subsaharienne : on compte seulement 146 catholiques par prêtre, mais cela s’explique par la dispersion géographique et la mission essentiellement de présence.

    Cameroun : une Église nombreuse et structurée

    Au Cameroun, l’Église catholique est solidement implantée, avec 8,3 millions de fidèles, soit 28,9 % de la population.

    Le pays dispose d’un réseau très dense : 26 diocèses, 1 426 paroisses et plus de 3 000 centres pastoraux.

    Avec 3 300 prêtres, le ratio est d’environ 2 516 catholiques par prêtre, signe d’un encadrement pastoral relativement équilibré.

    Le dynamisme se confirme avec 2 218 séminaristes majeurs et plus de 26 000 catéchistes, illustrant une Église en pleine vitalité missionnaire.

    Angola : une Église majoritaire sous pression pastorale

    En Angola, l’Église catholique est majoritaire, avec 20,3 millions de fidèles, soit 57,8 % de la population.

    Le pays compte 20 circonscriptions, 519 paroisses et plus de 1 400 centres pastoraux, desservis par 1 511 prêtres.

    Mais cette croissance s’accompagne d’une forte pression : chaque prêtre doit en moyenne accompagner 13 441 catholiques, l’un des ratios les plus élevés.

    Le pays se distingue toutefois par un nombre important de vocations, avec 2 366 séminaristes majeurs, soit 156 séminaristes pour 100 prêtres, un signe de fort renouvellement.

    Guinée équatoriale : une forte densité catholique

    En Guinée équatoriale, l’Église catholique est largement majoritaire : 1,25 million de fidèles sur 1,67 million d’habitants, soit près de 75 % de la population.

    Le pays dispose de 5 diocèses, 99 paroisses et 568 centres pastoraux, avec 265 prêtres.

    Le ratio est de 4 709 catholiques par prêtre, plus équilibré que dans d’autres pays africains.

    L’Église y joue un rôle structurant, notamment à travers ses institutions éducatives et sociales, dans un pays où elle est profondément enracinée dans la société.

    Conclusion

    Ces données officielles mettent en lumière une Église à géométrie variable : quasi invisible en Algérie, elle devient une force majeure en Afrique subsaharienne, portée par une croissance démographique, un dynamisme missionnaire et des vocations nombreuses — mais aussi confrontée à des défis pastoraux considérables.

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