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International

  • La Chine tient l’Église à sa botte, à la grande satisfaction de l’opinion publique internationale

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La Chine tient l’Église à sa botte, à la grande satisfaction de l’opinion publique internationale

    En juillet, août et septembre, la Chine a célébré les quatre premières ordinations d’évêques intégralement attribuables au pontificat de Léon. Les deux évêques précédents, ordonnés à l’automne 2025, avaient en effet été choisis de manière unilatérale par les autorités chinoises pendant l’interrègne entre la mort du pape François et l’élection de son successeur.

    Cette année encore, tout s’est déroulé comme prévu dans  l’accord secret sur la nomination des évêques signé par Pékin et Rome en 2018, et actuellement prorogé jusqu’en 2028. Et comme d’habitude, deux communiqués séparés ont été publiés, par le bureau de presse du Saint-Siège d’un côté, et par l’agence de l’Association patriotique des catholiques chinois de l’autre. Le premier annonce que l’ordination a eu lieu, avec la biographie du nouvel évêque et la notification du jour où le pape l’a nommé. Le second donne les noms des évêques consécrateurs et insiste sur le caractère « officiel » de la nomination du nouveau prélat par le Conseil des évêques chinois (une conférence épiscopale fantoche non reconnue par Rome), datant de plusieurs mois avant l’acceptation de cette même nomination par le pape — qui n’est par ailleurs jamais mentionné.

    En théorie, le pape est censé avoir la faculté de refuser une nomination faite en première instance par les autorités chinoises, mais dans les faits, cela n’est jamais arrivé. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord, Rome a toujours avalisé les nominations décidées par Pékin, y compris celles qui ont été décidées en violation manifeste de l’accord lui-même, comme pour l’actuel évêque de Shanghai, Joseph Shen Bin.

    Sur les quatre récentes ordinations épiscopales, la plus significative est celle de Joseph Chang Yanfeng à la tête du diocèse de Chifeng, dans la province de Mongolie-Intérieure.

    Depuis des décennies, une immigration massive de populations d’ethnie Han est en cours dans cette région, réduisant désormais la population d’origine mongole à moins d’un cinquième. Ceci dans le but avoué de promouvoir l’unité nationale — culture, traditions et langue —, avec obligation de l’apprentissage le mandarin dès l’école primaire.

    Et le nouvel évêque de Chifeng est plus qu’aligné sur cette directive politique, qui a récemment pris corps dans une loi « pour la promotion du progrès de l’unité nationale », en symbiose absolue avec le processus de « sinisation » des religions, si cher au président Xi Jinping.

    Le 30 juin dernier, alors que le pape Léon l’avait déjà nommé évêque mais avant que la nouvelle ne soit rendue publique, Chang Yanfeng a organisé une réunion avec les notables du diocèse et des cadres politiques. L'objectif ? « Adapter activement » le diocèse « aux exigences du travail ethnique et religieux de la nouvelle ère, en promouvant soigneusement l’éducation à l’unité nationale et l’étude du droit, en maintenant une foi et une pratique authentiques, en renforçant l’unité des fidèles par une discipline rigoureuse et en garantissant, par l’État de droit, l’harmonie, la stabilité et le bon ordre dans le secteur catholique », d’après le compte-rendu officiel.

    Fin août, nous avons eu la confirmation que cette ligne politique inspire bel et bien le choix des nouveaux évêques par Pékin avec l’inauguration à Wuhan d’un musée dédié aux « œuvres patriotiques et catholiques de Dong Guangqing » — le tout premier évêque ordonné en Chine sans mandat du Saint-Siège, en 1958, en plein règne de Mao Tsé-toung.

    Pour chanter les louanges de cet évêque « pionnier de la voie de l’indépendance, de l’autonomie et de l’autogestion » lors de l’inauguration, deux des plus hauts représentants actuels de l'Église catholique chinoise intégrée au régime ont pris la parole : l’évêque de Shanghai, Joseph Shen Bin, président du Conseil des évêques chinois, et l’évêque de Pékin, Joseph Li Shan, président de l’Association patriotique.

    Un musée similaire de la sinisation de l’Église chinoise a déjà ouvert à Pékin en 2023, lors du quinzième anniversaire de la nomination de Li Shan. Et un autre est en projet à Shanghai.

    Pendant ce temps, le 3 septembre à Hong Kong, la condamnation prononcée en 2022 contre le cardinal Joseph Zen Ze-kiun (96 ans) a été confirmée. L'irréductible défenseur de la liberté de l’Église et des citoyens a été condamné pour avoir collecté des fonds afin d’aider des manifestants détenus ou blessés, avec toujours en toile de fond une accusation jamais classée de « collusion avec des puissances étrangères ».

    Tout cela sans que les organes de presse du Saint-Siège n’y fassent la moindre allusion. Ces derniers ont également passé sous silence les condamnations infligées le 22 août pour « incitation à la transgression » à deux figures de l’opposition démocratique de Hong Kong, Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan, deux convertis au catholicisme. Sans parler de leur mutisme assourdissant sur la condamnation définitive à 20 ans de prison, le 20 mars dernier, de Jimmy Lai (79 ans), lui aussi fervent catholique, le plus célèbre et le plus persécuté des défenseurs des libertés révoquées par le régime.

    « Vatican News », le portail d’information du Saint-Siège, a en revanche abondamment couvert début août le premier dialogue officiel entre des représentants de l’Église catholique — présidés par le cardinal George Jacob Koovakad, préfet du dicastère pour le dialogue interreligieux — et de la pensée confucéenne. Organisées à Séoul, ces rencontres portaient sur le thème : « Nouveau ciel, nouvelle terre et ‘Dafong’, la grande harmonie », en présence de représentants du confucianisme issus de douze pays, dont la Chine.

    L’événement s'est conclu par une déclaration conjointe. Mais sans la moindre allusion à l’instrumentalisation politique que les autorités de Pékin font aujourd’hui du confucianisme — un détournement en revanche pointé du doigt par Gianni Criveller, de l’Institut pontifical des missions étrangères, fin connaisseur de la Chine et directeur de l’agence « AsiaNews », dans un éditorial du 9 septembre pour les cinquante ans de la mort de Mao Tsé-toung :

    « Aujourd’hui, Xi Jinping ne gouverne pas la Chine avec l’idéologie communiste de Mao, mais avec une idéologie nationaliste inspirée par l'instrumentalisation politique du confucianisme. Si Mao combattait le confucianisme, qu’il accusait d'être la cause du retard de la Chine, Xi en fait le cœur idéologique de son nationalisme et de son programme de sinisation. »

    Face à un tel tableau, on s’attendrait à voir grandir dans le monde une méfiance envers le régime de Pékin, qui réprime à ce point la liberté religieuse et toutes les autres libertés.

    Mais il n’en est rien. C’est tout l’inverse qui se produit, à en croire une récente enquête du « Pew Research Center » de Washington menée dans 36 pays.

    L’étude compare la proportion de populations qui expriment une opinion favorable sur la Chine d’un côté, et sur les États-Unis de l’autre.

    Le résultat est édifiant : il n’y a que dans 9 pays — Israël en tête, suivi du Japon, de l’Inde et, en Europe, de la Pologne — que les opinions publiques sont davantage favorables aux États-Unis qu’à la Chine.

    Dans tous les autres pays, c’est le contraire. Au Pakistan, les jugements favorables à la Chine atteignent 90 %, contre 15 % pour les États-Unis. En Indonésie, 72 % contre 29 % ; en Turquie, 43 % contre 13 % ; en Italie, 51 % contre 31 % ; en Espagne, 54 % contre 30 % ; au Royaume-Uni, 46 % contre 41 % ; en Allemagne, 27 % contre 19 % ; en France, 36 % contre 27 % ; en Afrique du Sud, 52 % contre 35 % ; au Nigeria, 78 % contre 63 % ; au Mexique, 59 % contre 49 % ; au Pérou, 61 % contre 51 % ; au Canada, 44 % contre 33 % ; en Australie, 31 % contre 24 %.

    Bien entendu, Donald Trump pèse lourdement dans l’opinion négative portée sur les États-Unis. En 2023, une étude similaire révélait encore une majorité d'avis favorables aux États-Unis par rapport à la Chine dans de nombreux pays. En Italie par exemple, 60 % de la population percevait favorablement les États-Unis, contre 36 % pour la Chine.

    Mais même quand on se limite à demander aux personnes interrogées d’évaluer le niveau de liberté individuelle garanti aux États-Unis et en Chine, l’évolution de l’opinion publique depuis 2023 profite presque partout à Pékin. En Italie, le pourcentage de citoyens convaincus que les libertés individuelles sont garanties en Chine a grimpé de 9 à 15 % en trois ans, tandis que ceux qui estiment qu'elles le sont aux États-Unis a chuté de 64 à 39 %.

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • La répression chinoise exploite désormais l’intelligence artificielle de pointe pour étendre son emprise

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    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    Anthropic révèle une vaste campagne de diffamation anti-dissidente chinoise générée par une IA

    14 septembre 2026

    La Chine a instrumentalisé Claude pour cibler les dissidents, les minorités religieuses et les journalistes, y compris certains qui écrivent pour « Bitter Winter ».

    Le 11 septembre (date symbolique marquant le 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre), Anthropic a publié son rapport de renseignement sur les menaces le plus détaillé à ce jour. Ce rapport documente comment des acteurs étatiques et non étatiques ont tenté d'instrumentaliser son modèle d'IA, Claude, pour des cyberattaques, des opérations d'influence, la surveillance, l'utilisation abusive d'agents biologiques et le développement d'armes. Parmi les conclusions les plus alarmantes figure l'utilisation abusive systématique de Claude par des acteurs basés en Chine et alignés sur l'appareil sécuritaire, de propagande et des affaires religieuses du PCC . Ces opérations ont ciblé des dissidents, des journalistes, des minorités religieuses et des communautés de la diaspora dans le monde entier, y compris des journalistes qui écrivent pour « Bitter Winter ».

    Le rapport montre que l'IA a comblé le fossé traditionnel entre les opérations étatiques sophistiquées et les opérateurs isolés. Des capacités offensives qui nécessitaient autrefois des équipes de cyber-spécialistes aguerris peuvent désormais être mises en œuvre par des individus à l'aide de clés API volées ou de plateformes multi-agents accessibles au public. Anthropic souligne que « les attaques sophistiquées ne requièrent plus d'attaquants sophistiqués » et que les chaînes d'attaques reposant sur l'IA se sont multipliées au sein de toutes les catégories d'acteurs, y compris les services de renseignement étatiques. La Chine figure en bonne place parmi eux.

    L'un des groupes d'activités les plus préoccupants concernait une opération de renseignement en matière religieuse menée depuis la Chine et ciblant des responsables catholiques, la société civile bouddhiste tibétaine, les pratiquants de Falun Gong et les communautés chrétiennes taïwanaises. Les auteurs utilisaient Claude comme prête-nom pour une équipe d'analystes, lui ordonnant de produire des dossiers en chinois, des « ébauches de recherches sur le personnel », des « rapports d'enquête » et des synthèses quotidiennes de « situation ». Ce ciblage reflétait précisément les priorités de la bureaucratie des affaires religieuses du PCC et du Département du travail du Front uni . Dans un cas, un utilisateur s'est ouvertement identifié comme responsable de la sécurité de l'information pour l'État chinois.

    Les acteurs ont collecté les dates et lieux de naissance, les parcours migratoires et les comptes de réseaux sociaux de personnes spécifiques. Ils ont cartographié les lieux de culte, y compris les plans et schémas. Ils ont enjoint Claude d'adopter le « point de vue de la Chine », de qualifier l'administration tibétaine en exil d'« administration séparatiste illégale » et d'appliquer la désignation de « secte maléfique » du PCC au Falun Gong . La couverture médiatique s'étendait à WeChat, Xiaohongshu, Douyin et Weibo, ainsi qu'à LinkedIn, Instagram, Threads, X et Facebook. Le rythme quotidien des reportages ressemblait au fonctionnement interne d'un service gouvernemental.

    Un autre groupe d'utilisateurs a utilisé Claude, un système informatique mis en place par des organes de sécurité publique et de sécurité d'État basés en Chine, pour appuyer la surveillance au titre du « maintien de la stabilité » et la répression transnationale. Une unité municipale de cyberpolice a utilisé Claude Code et des compétences personnalisées pour gérer un système de veille des sentiments, interroger une base de données de surveillance gouvernementale et générer des rapports quotidiens sur les incidents politiquement sensibles. Un élève d'une école de police a utilisé Claude pour identifier dix citoyens privés en vue de les « contrôler », notamment en bloquant leurs pétitions, en leur adressant des convocations coercitives et en surveillant étroitement leurs déplacements et leurs communications. Un bureau local de la sécurité d'État a utilisé Claude pour produire des notes de synthèse quotidiennes sur la « situation », formatées selon des modèles officiels, dressant le profil de militants à l'étranger et demandant des renseignements préalables sur les lieux de manifestations à l'étranger, notamment les marches pro-démocratie à Vancouver, les événements culturels ouïghours en Turquie et les projections au Forum de la liberté d'Oslo.

    Le système automatisé collectait des listes de médias de la société civile avant de produire chaque rapport, assimilant la défense des droits des Ouïghours au terrorisme et les principales organisations de défense des droits humains à des forces hostiles. Ce discours est conforme à la doctrine des « trois guerres » du PCC : la guerre psychologique, la guerre juridique et la guerre d’opinion.

    Une troisième opération impliquait un prestataire basé en Chine, chargé de produire des notes automatisées de « veille de l'opinion publique » pour des clients gouvernementaux. Claude avait pour instruction de se faire passer pour un « analyste principal de l'opinion publique en situation d'urgence au service du gouvernement de la République populaire de Chine ». Le système ingérait quotidiennement entre 15 et plus de 30 articles de presse étrangers provenant de Weibo, X, YouTube, Telegram et Facebook, évaluant leur contenu selon leur sensibilité politique et reformulant les articles critiques envers la RPC en utilisant une terminologie imposée. L'acteur utilisait l'environnement d'exécution de code de Claude pour exécuter un processus entièrement automatisé de génération de documents. Certains documents recommandaient des mesures coercitives qui ne pouvaient être mises en œuvre que par un gouvernement.

    Anthropic a également identifié une opération menée en Syrie par un acteur lié au gouvernement chinois, utilisant l'application Claude pour suivre, profiler et recruter des Ouïghours et des formations armées ouïghoures. Les cibles armées étaient des Ouïghours ayant récemment rejoint l'armée syrienne nouvellement formée, unités que la Chine qualifie d'organisations terroristes. L'acteur a utilisé Claude pour identifier en Syrie des individus susceptibles d'avoir accès à ces formations et a tenté de les recruter en leur offrant une rémunération en échange de renseignements. Parallèlement, il a utilisé Claude pour localiser des entreprises ouïghoures et des points d'intérêt en Syrie. Cette activité s'inscrivait dans le cadre d'une campagne de surveillance plus vaste de la diaspora ouïghoure. Anthropic estime que l'acteur était probablement un sous-traitant travaillant pour le compte des services de sécurité de la Chine plutôt qu'un organe étatique agissant directement, mais les priorités de collecte correspondent à celles de la sécurité intérieure chinoise.

    Le rapport documente également l'utilisation par un acteur basé en Chine du logiciel Claude pour rédiger un cahier des charges de conduite de tir et des documents d'acquisition pour un système d'armes anti-torpilles sous-marines. Cet acteur a produit une proposition technique de 200 pages, un document de synthèse destiné à la direction et des analyses comparatives des systèmes de l'US Navy. Anthropic estime que cet acteur était lié à l'industrie de défense chinoise.

    La section documentant une campagne menée depuis la Chine et ciblant des journalistes ouïghours, dont certains collaborent également à « Bitter Winter », est particulièrement préoccupante. L’auteur de la campagne a utilisé Claude pour structurer des données extraites de groupes WhatsApp et de dizaines de chaînes Telegram, créant ainsi des profils d’individus jugés vulnérables en raison de difficultés financières, de séparation familiale ou de désillusion idéologique. Il a identifié des cibles ayant des proches au Xinjiang, un levier que seule la sécurité intérieure chinoise peut exploiter. Il a planifié une campagne de dénonciation massive et coordonnée, une tentative de délégitimation par des organisations étrangères et une amplification par un réseau de bots contre les journalistes de la diaspora ouïghoure.

    Ces opérations menées depuis la Chine n'étaient pas isolées. Anthropic fait état de campagnes parallèles menées par des acteurs russes et iraniens, notamment des opérations d'influence et des réseaux automatisés de désinformation liés aux Gardiens de la révolution. Cependant, les opérations chinoises se distinguent par leur ampleur, leur structure bureaucratique et leur alignement direct sur les priorités sécuritaires du PCC .

    L'acteur a également rédigé des appels d'offres pour des plateformes de surveillance et des brochures de présentation destinées à des clients gouvernementaux chinois de niveau administratif, suggérant une structure de relation client-fournisseur. Claude a refusé à plusieurs reprises de produire des scripts d'interrogatoires secrets ou de créer en masse de fausses identités, mais il a tenté à plusieurs reprises de contourner les mesures de sécurité.

    Anthropic a perturbé toutes les opérations décrites dans le rapport. L'entreprise souligne que les enseignements tirés ont permis de renforcer les systèmes de sécurité et de détection. Pourtant, les implications sont claires : la Chine ne se contente pas de développer ses propres systèmes d'IA, mais tente activement d'utiliser des modèles d'IA étrangers comme armes pour étendre ses opérations de surveillance, de répression et d'influence.

    Ce rapport confirme ce que « Bitter Winter » documente depuis des années : la répression chinoise ne s’arrête pas à ses frontières. Elle s’adapte, évolue et exploite désormais l’intelligence artificielle de pointe pour étendre son emprise. Le fait que ces opérations aient été déjouées est encourageant. Leur existence même est un signal d’alarme.


    Massimo Introvigne  (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions. Il est le fondateur et directeur du Centre d'études sur les nouvelles religions ( CESNUR ), un réseau international de chercheurs qui étudient les nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages et de plus d'une centaine d'articles en sociologie des religions. Il a été le principal auteur de l'  Enciclopedia delle religioni in Italia  (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l'  Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du comité de direction de la revue  Nova Religio , publiée par les Presses universitaires de Pennsylvanie .  Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été « Représentant pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, avec une attention particulière portée à la discrimination à l’encontre des chrétiens et des membres d’autres religions » de l’  Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe  (OSCE). De 2012 à 2015, il a présidé l’Observatoire de la liberté religieuse , institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de suivre les atteintes à la liberté religieuse dans le monde.
  • 11 septembre, 25 ans plus tard: une Amérique méconnaissable

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    De Stefano Magni sur la NBQ :

    Le 11 septembre, 25 ans plus tard, l'Amérique ne se reconnaît plus.

    Vingt-cinq ans après le 11 septembre, les talibans sont de retour au pouvoir en Afghanistan, et New York a un maire musulman, fils d'un professeur marxiste qui a justifié les actes terroristes. Pendant ce temps, le héros Giuliani est en disgrâce. Un problème de mémoire, autant que d'identité.
    11/09/2026
    New York, en mémoire du 11 septembre (La Presse)

    Vingt-cinq ans après les attentats d'Al-Qaïda à New York et Washington le 11 septembre 2001, la réalité a dépassé les pires prédictions. Quatre avions de ligne ont été détournés et transformés en projectiles, et près de 3 000 vies ont été fauchées en une seule matinée. Ce fut un massacre-suicide de masse aux proportions apocalyptiques. Dès lors, les États-Unis et le monde n'ont plus jamais été les mêmes.

    Mais aujourd'hui ? Surtout en Afghanistan, où les talibans sont de retour au pouvoir, comme si le 11 septembre, la guerre et la présence de l'OTAN dans ce pays asiatique n'avaient jamais existé. À New York, en revanche, le maire autrefois héroïque, Rudolph Giuliani, est tombé en disgrâce, tant politiquement que professionnellement. D'après ses déclarations d'hier, il ne sera même pas présent à la cérémonie commémorative. Le maire actuel, Zohran Mamdani, musulman et figure de l'extrême gauche, est le premier à avoir ouvert l'hôtel de ville à une cérémonie religieuse (islamique, le dîner de fin du Ramadan) et il bénéficie du soutien des communautés les plus radicalisées.

    Si en Afghanistan c'est une tragédie, à New York c'est une farce . Une farce douloureuse, certes. Que s'est-il passé durant ces vingt-cinq années ? Le livre « De Giuliani à Mamdani », coécrit par les journalistes Maria Teresa Cometto et Glauco Maggi, qui se trouvaient à Manhattan au moment des attentats, près des Tours Jumelles, évoque l'atmosphère d'unité et de solidarité nationale qui a marqué les instants et les jours qui ont suivi l'effondrement des tours. Ce couple de journalistes, l'un travaillant pour le Corriere della Sera et l'autre pour La Stampa , a dû quitter la maison où il vivait depuis un an et a été accueilli par un collègue du quartier voisin de Greenwich Village. Ils ont été hébergés, nourris, vêtus et réconfortés. L'école de leur fille, elle aussi évacuée, a été entièrement rattachée à un autre établissement public. Les élèves, tous traumatisés, ont été accueillis comme des membres de la famille.

    L'administration a fonctionné avec ponctualité et courtoisie. Les deux journalistes ont immédiatement reçu la visite d'un représentant de la FEMA, l'équivalent américain de la Protection civile. Quelques mois plus tard, ils ont reçu trois chèques couvrant les frais du déménagement et les désagréments occasionnés. Un questionnaire leur demandait également si l'employé avait été suffisamment aimable et ponctuel. Ils ont aussi reçu une aide supplémentaire de la Croix-Rouge, dans le seul but de leur dire : « L'Amérique vous aime. »

    À l'époque, New York était remplie de volontaires venus de tous les États-Unis. Ni républicains ni démocrates, ni Américains des côtes ni de l'intérieur, du Sud ni du Nord, tous étaient unis pour répondre à une attaque extérieure. Alors même qu'ils respiraient le nuage toxique qui s'était élevé à la place des immeubles effondrés, des milliers de volontaires s'activaient pour sécuriser Ground Zero, le site de l'effondrement, rétablir tous les services essentiels, puis reconstruire. Giuliani, maire à la fin de son second mandat, surnommé le « maire de la tolérance zéro » pour avoir rétabli l'ordre dans la ville, est devenu un héros national. Malgré des problèmes de santé (il souffre encore de problèmes pulmonaires), il n'a jamais quitté Ground Zero , a coordonné l'aide fédérale, dirigé les travaux, est resté proche des survivants et a insufflé du courage aux secouristes. Le magazine Time lui a consacré sa couverture, le désignant Homme de l'année, le « Maire du monde ».

    Il est choquant de constater à quel point les perceptions ont changé. L'image de Giuliani a été complètement anéantie depuis qu'il est devenu l'avocat de Donald Trump. Il a perdu les procès pour fraude électorale de 2020 et a été ruiné par les frais d'avocat et les poursuites judiciaires. En 2023, il a déclaré faillite personnelle. À la veille du 11 septembre, il a mis en garde, dans les colonnes de Newsmax, contre les dangers de la nouvelle classe dirigeante de gauche, islamo-communiste, notamment son successeur, Mamdani. Aucun grand média ne se souvient de l'avoir élu Homme de l'année en 2001 ; aujourd'hui, il est simplement considéré comme un « vieux complotiste », à ne pas prendre au sérieux.

    Mamdani, cependant, a décidé d'exploiter l'anniversaire du 11 septembre pour accuser une fois de plus Giuliani et la classe dirigeante républicaine de New York : ils auraient eu connaissance des émanations toxiques provenant de Ground Zero et auraient omis d'avertir les secouristes et la population. Cette accusation, fondée sur des dizaines de milliers de cas de cancers et de maladies chroniques, est utilisée comme un instrument de vengeance pour détourner l'attention vers un ennemi intérieur, comme pour masquer les véritables responsables de cette catastrophe.

    Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est un New York divisé, dirigé par une élite étrangère à son histoire. Zohran Mamdani, né à Kampala et Américain d'adoption, avait neuf ans en 2001. Il est le fils d'un professeur ougandais de l'Université Columbia qui, à l'époque, justifiait ou relativisait le terrorisme islamique lorsqu'en 2004, il nous exhortait à considérer les kamikazes « comme une forme de violence politique moderne, plutôt que de les stigmatiser comme un symbole de barbarie ». Au moment du pogrom du Hamas, le 7 octobre, l'épouse de Mamdani, Rama Duwaji, approuvait ou republiait sur son compte des messages tels que : « Brisons les murs de l'apartheid et de l'occupation militaire. 7 octobre 2023. »

    Mamdani a été élu par 75 % des jeunes de 18 à 29 ans, nés juste avant ou juste après le 11 septembre. Et par 81 % de ceux qui ne sont pas nés à New York mais qui s'y sont installés il y a moins de dix ans. Ces personnes n'ont aucun souvenir direct des événements. Mais quelle histoire leur a été transmise ? Le chaînon manquant dans la chaîne de la conscience américaine, ce sont précisément ceux qui doivent perpétuer ce souvenir : enseignants, journalistes, commentateurs, artistes de tous horizons. Leur travail de diabolisation des victimes et d'absoute des coupables a manifestement porté ses fruits. Aujourd'hui, la nouvelle génération, selon un sondage Gallup, n'est guère fière d'être Américaine. Le pourcentage de patriotisme américain est au plus bas (33 %) depuis que l'institut de recherche a commencé à le mesurer il y a 25 ans.  

  • Les leçons non apprises du 11 septembre, un quart de siècle plus tard

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    De George Weigel sur le NCR :

    Les leçons non apprises du 11 septembre, un quart de siècle plus tard

    COMMENTAIRE : Malheureusement, l’immense solidarité nationale dont ont fait preuve les États-Unis ce jour tragique et dans les semaines qui ont suivi est aujourd’hui pratiquement inimaginable.

    Plusieurs semaines après que des terroristes islamistes ont détourné quatre avions, semant la terreur dans le sud de Manhattan et au Pentagone au nom de convictions religieuses délirantes, je dînais dans l'appartement papal avec Jean-Paul II et trois de ses plus proches collaborateurs.  

    L'atmosphère était sombre, ce qui était inhabituel à cette table. L'espoir du Pape d'un « nouveau printemps de l'esprit humain » après le sanglant XXe siècle, qu'il avait proclamé aux Nations Unies en 1995, semblait avoir été déçu. Et un pays qu'il avait appris à aimer et à apprécier, les États-Unis, avait été profondément blessé. Aussi, une heure de conversation fut-elle consacrée à la signification de tout cela – une question que Jean-Paul II m'avait posée directement. 

    Voici ma réponse, telle que relatée dans Leçons d'espérance : Ma vie inattendue avec saint Jean-Paul II : 

    J'ai déclaré que je considérais cela comme un tournant dans l'histoire mondiale ; un exemple du mystère du mal à l'œuvre par la corruption d'un monothéisme déjà défaillant ; un possible moment de prise de conscience morale aux États-Unis ; et une situation extrêmement complexe d'un point de vue stratégique et international. Tout cela, ai-je poursuivi, constituait un défi autant moral que politique : et si le premier devoir d'un gouvernement responsable était la sécurité de ses citoyens, le discours du président Bush du 20 septembre indiquait que l'action militaire américaine contre Al-Qaïda et ses facilitateurs talibans serait menée selon les principes de la guerre juste et non par esprit de vengeance. Il était essentiel que chacun comprenne que l'enjeu n'était pas simplement la sécurité des États-Unis, mais la possibilité même d'un « ordre » mondial. J'ai également souligné qu'Oussama ben Laden était un homme très riche et que les propos tenus à l'ONU par l'archevêque Renato Martino, représentant permanent du Saint-Siège, selon lesquels le terrorisme était le produit de la pauvreté, n'éclairaient en rien la situation à laquelle nous étions tous confrontés. 

    Cette analyse résiste-t-elle à l'épreuve du temps, 25 ans plus tard ?  

    Ma première intuition semble s'être confirmée : le 11 septembre a inauguré un nouveau désordre mondial. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que ce désordre serait exacerbé par l'ineptie de la politique américaine et le désengagement apparent d'une partie bruyante de la population américaine face à la responsabilité mondiale. Et ce dernier – ce nouvel isolationnisme, amplifié par les réseaux sociaux et la folie d'Internet – va rendre d'autant plus difficile toute tentative sérieuse de s'attaquer au premier problème : le déclin du raisonnement stratégique et moral au sein des cercles décisionnels américains.  

    Quant à la question de savoir si le djihadisme, une forme d'islam déconnectée de la raison et déterminée à imposer un régime islamiste coercitif au monde, fut la cause principale du 11 septembre ? Eh bien, ce processus de réflexion n'a jamais vraiment commencé, malgré les efforts du pape Benoît XVI à Ratisbonne en 2006 pour proposer un programme sérieux de dialogue interreligieux sur la question des relations de l'islam avec « le reste du monde ».  

    Le résultat grotesque de cet échec était évident récemment dans le diktat de la Société Radio-Canada (retiré par la suite après avoir été largement ridiculisé) selon lequel son personnel ne devait pas qualifier le 11 septembre d’« attentats terroristes » (ce à quoi l’incontournable Babylon Bee a répondu avec une photo du Jour J montrant des soldats de la 4e division de l’armée américaine chargeant sur la plage d’Utah avec le faux titre de la CBC : « Des adolescents américains visitent la France »).  

    L'expression bien plus grave de cet échec réside dans le refus persistant de la plupart des ministères des Affaires étrangères occidentaux, y compris le département d'État américain, de reconnaître que les convictions religieuses demeurent une force puissante dans les affaires mondiales, pour le meilleur comme pour le pire. On aurait pu penser que le 11 septembre aurait invalidé, ou du moins atténué, les préjugés laïques dans l'analyse de la politique internationale. Il n'en a rien été.  

    Quant à l'espoir que les États-Unis aient pris conscience de la gravité de la situation après le 11 septembre, il semble que ce fût là aussi une illusion. L'immense solidarité nationale manifestée ce jour-là et dans les semaines qui ont suivi est aujourd'hui presque inconcevable, tant notre vie publique a sombré dans un climat de théories du complot, notamment un antisémitisme virulent qui, comme toutes les flambées de haine et de persécution des Juifs, est toujours un signe de déclin culturel.   

    Pourtant, 25 ans après les attentats du 11 septembre, je ne peux m'empêcher de penser à autre chose : aux passagers du vol United 93, qui, après s'être concertés, ont choisi de risquer leur vie en hommes et femmes libres plutôt que de mourir en chair à canon pour les djihadistes – et qui, ce faisant, ont empêché la destruction du Capitole. Leur exemple devrait nous inciter à faire mieux, en tant que société civile et communauté politique, que nous ne le faisons actuellement.  

  • Un nouveau rapport indique que plus de 3000 chrétiens ont été tués au Nigéria en seulement huit mois en 2026.

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    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    Un nouveau rapport indique que plus de 3000 chrétiens ont été tués au Nigéria en seulement huit mois en 2026.

    La Société internationale pour les libertés civiles et l'État de droit, Intersociety, affirme que juillet et août ont peut-être été les mois les plus meurtriers de 2026, avec 437 chrétiens tués et 393 enlevés.

    Un nouveau rapport alarmant affirme qu'au moins 3 083 chrétiens ont été tués et 3 193 enlevés lors d'attaques qui auraient été perpétrées par des groupes djihadistes au Nigéria entre janvier et août de cette année.

    Le rapport, publié dimanche par la Société internationale pour les libertés civiles et l'État de droit (Intersociety), souligne que juillet et août ont peut-être été les mois les plus meurtriers de 2026, avec 437 chrétiens tués et 393 enlevés.

    Des chiffres stupéfiants

    Outre les meurtres et les enlèvements, le rapport révèle également que 400 églises ont été attaquées et que 25 prêtres et pasteurs ont été tués ou enlevés.

    D'après ce rapport, la plupart des meurtres et des enlèvements ont eu lieu dans la ceinture centrale du Nigeria, une région où la population majoritairement musulmane du nord rencontre la population majoritairement chrétienne du sud.

    Le diocèse de Wukari, dans l'État de Taraba, a enregistré à lui seul un nombre alarmant d'atrocités : environ 239 édifices religieux ont été attaqués ou détruits entre septembre 2025 et août 2026, et près de 100 000 paroissiens ont été déracinés et contraints de fuir leurs communautés. De plus, plus de 200 communautés chrétiennes ont été pillées et leurs habitants déplacés. Seize prêtres catholiques ont été contraints à l'exil, et les résidences de huit autres ont été détruites.

    Le rapport indique en outre que l'Église des Frères au Nigéria et l'Église chrétienne réformée universelle ont collectivement perdu plus de 27 000 membres et des milliers d'églises à cause d'attaques depuis juillet 2009.

    En 2020, l'Église des Frères au Nigéria a déclaré avoir perdu plus de 8 600 membres et des centaines de lieux de culte de district à cause de Boko Haram. De même, l'Église chrétienne réformée universelle a annoncé avoir perdu 5 987 de ses membres et 753 églises.

    Le dernier rapport d'Intersociety dresse un tableau plus large de ce que l'organisation considère comme la violence à motivation religieuse au Nigéria.

    Depuis 2009, date à laquelle Boko Haram a lancé sa campagne meurtrière pour créer un califat à travers le Sahel, au moins 19 800 églises ont été attaquées.

    Emeka Umeagbalasi, chercheur principal et directeur d'Intersociety, a déclaré à CWR que le nombre de chrétiens tués au Nigéria depuis 2009 a atteint le chiffre effarant de 130 783. M. Umeagbalasi, catholique fervent, a ajouté qu'au moins 82 603 chrétiens ont été enlevés ou kidnappés durant cette période. Il prévient qu'il existe 20 % de chances que ces victimes ne reviennent jamais vivantes auprès de leurs familles ni ne renouent avec leur foi.

    L’islamisation et la question du « génocide »

    Des organisations internationales de surveillance des persécutions ont averti que les chrétiens du Nigéria sont confrontés à un programme d'islamisation.

    « Le Nigeria est depuis plusieurs années l'endroit le plus violent au monde pour les disciples de Jésus », affirme Portes Ouvertes, expliquant que l'imposition de la charia dans 12 États du nord rend la vie des chrétiens nigérians de plus en plus précaire.

    L’organisation Global Christian Relief décrit le Nigeria comme « un épicentre mondial du martyre des chrétiens », expliquant que chaque année, au moins 4 000 chrétiens sont tués par des organisations extrémistes au Nigeria, un chiffre « qui dépasse souvent le total cumulé des décès de chrétiens persécutés dans le reste du monde ».

    Au Nigéria et dans le monde entier, les responsables religieux et civils ont présenté des points de vue contrastés sur la situation des chrétiens dans ce pays qui compte environ 113 millions de chrétiens.

    En septembre dernier, l'humoriste et animateur de télévision américain Bill Maher a déclaré sans ambages que les chrétiens nigérians étaient victimes d'un « génocide ». Il a affirmé que le groupe Boko Haram avait « tué plus de 100 000 personnes depuis 2009 et incendié 18 000 églises ».

    Le sénateur américain Ted Cruz a dressé un constat similaire, écrivant sur X que « depuis 2009, plus de 50 000 chrétiens ont été massacrés au Nigéria, et plus de 18 000 églises et 2 000 écoles chrétiennes ont été détruites ».

    L’homme politique américain a accusé les autorités nigérianes d’« ignorer, voire de faciliter, le massacre de chrétiens par des djihadistes islamistes… »

    Le président Donald Trump, reprenant ces propos, a décrit le Nigeria comme un « pays déshonoré », affirmant que le gouvernement « continue de permettre le meurtre de chrétiens ».

    Même les Nations Unies ont indiqué que les violences au Nigéria ciblent principalement les chrétiens. Le 8 juin 2026, des experts de l'ONU ont mis en garde contre les violations des droits des femmes et des filles issues des communautés chrétiennes et d'autres minorités religieuses.

    Citant les lois de la charia en vigueur dans 12 États du nord, ainsi que l'application des codes sur le blasphème, les experts ont noté que « la violence visant les chrétiens et les autres minorités religieuses reste endémique ».

    « Nous sommes particulièrement alarmés par les risques très spécifiques et accrus de discrimination, de violence et d’exploitation auxquels sont exposées les femmes et les filles chrétiennes, alors que nous continuons de documenter de graves cas de violence sexuelle, d’enlèvements, d’actes assimilables à des disparitions forcées, de conversions forcées et de mariages d’enfants parmi elles », ont déclaré les experts.

     « Dans de nombreux cas, ceux qui résistent seraient menacés, punis, portés disparus ou tués », ont-ils ajouté.

    Mais le gouvernement nigérian a répliqué, arguant que « les terroristes attaquent tous ceux qui rejettent leur idéologie meurtrière – musulmans, chrétiens et personnes sans confession indifférents ».

    Les rapports d'Intersociety suggèrent cette contradiction : entre 2009 et mars 2026, 128 750 chrétiens ont été tués, et 61 400 musulmans modérés ont été tués.

    Durant cette même période, 81 100 chrétiens et 50 000 musulmans modérés ont été enlevés.

    Bien que des musulmans modérés aient également été victimes d'attaques djihadistes, l'évêque Wilfred Chikpa Anagbe de Makurdi affirme qu'il n'y a aucune ambiguïté, insistant sur le fait que ce qui se passe au Nigeria est un génocide contre les chrétiens.

    « L’élimination totale de la population chrétienne est en cours. C’est un génocide perpétré par des djihadistes », avertit l’évêque Anagbe.

    Son diocèse dans l'État de Benue, où 98 % de la population est chrétienne, est devenu un foyer de violence.

    Mgr Anagbe décrit une campagne implacable au cours de laquelle des djihadistes massacrent des civils, rasent des églises et incendient des terres agricoles, forçant les communautés à quitter leurs foyers pour occuper les terres.

    Il qualifie cela de « stratégie calculée d’islamisation ». Pour illustrer l’horreur, il a mis en lumière le massacre de Yelewata : environ 200 personnes ont été tuées, dont beaucoup brûlées vives dans une pièce fermée à clé, parmi lesquelles deux bébés de seulement trois et cinq mois.

    Umeagbalasi a déclaré à CWR que si la tendance actuelle se poursuit, le christianisme pourrait disparaître du Nigeria au cours des 100 prochaines années.

    « C’est un génocide, quelle que soit la définition », a-t-il déclaré.


  • Des milliers de personnes participent à la marche annuelle pro-vie à Londres

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    Des milliers de personnes participent à la marche annuelle pro-vie à Londres

    Cette marche intervient dans un contexte de débat actuel sur la loi relative à l'avortement en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, les militants pro-vie réclamant des restrictions plus importantes en la matière.

    Une militante pro-vie défile à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026.
    Une militante pro-vie défile à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. (Photo : Crédit : Elliot Hartley)

    LONDRES — Samedi, des milliers de militants ont défilé du Centre Emmanuel, à Westminster, jusqu'à Parliament Square dans le cadre d'une manifestation annuelle organisée par le groupe pro-vie March For Life UK.

    Cette marche intervient dans un contexte de débat permanent sur la loi relative à l'avortement en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, les militants pro-vie réclamant des restrictions plus importantes sur l'avortement et s'opposant aux projets de loi établissant des zones tampons autour des cliniques et hôpitaux pratiquant l'avortement.

    Des militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Des militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Ben Thatcher, organisateur de la Marche pour la vie, a déclaré à EWTN News : « Chaque être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’avortement met fin à cette vie, et lorsqu’un avortement met fin à une vie, nous sommes confrontés à une immense tragédie, qui affecte non seulement la personne concernée, mais aussi sa famille, la société et la culture dans lesquelles nous vivons. »

    En vertu de la législation actuelle, les avortements peuvent généralement être pratiqués jusqu'à 24 semaines de grossesse, sous réserve de certaines conditions légales. Par ailleurs, des zones tampons autour des cliniques et hôpitaux pratiquant l'avortement limitent certaines activités visant à influencer, entraver ou harceler les personnes souhaitant accéder à ces services.

    « Je trouve absolument scandaleux qu’une vie humaine, créée à l’image de Dieu, puisse être interrompue et justifiée par le slogan “l’avortement est un soin de santé” », a déclaré Thatcher.

    Quinze évêques catholiques ont participé à la marche et ont également célébré la messe à la cathédrale de Westminster le matin avant de rejoindre le groupe principal.

    L’évêque auxiliaire de Southwark, Paul Hendricks, a déclaré à EWTN News : « Je soutiens la vie à toutes ses étapes. Nous devons défendre nos valeurs. Nous avons nos principes et nous suivons Jésus. »

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    L’archevêque de Southwark, John Wilson, a déclaré à EWTN News : « Je suis ici parce que je crois en la beauté et la dignité de la vie humaine. […] Nous sommes unis dans un esprit de beauté, de paix et de joie pour affirmer que la vie humaine compte, que chaque vie compte, de la conception à la mort naturelle. » 

    « Et dans une culture difficile, où tant de gens, en un sens, considèrent la vie comme quelque chose de jetable, on a juste envie de se lever et de donner une voix à ceux qui n'en ont pas », a-t-il déclaré.

    Les participants ont chanté des hymnes chrétiens, notamment « Il tient le monde entier entre ses mains » et le Salve Regina, tout en défilant dans les rues ensoleillées de Londres, brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « L'avortement fait du mal à la famille », « Interdire l'avortement sauve des vies » et « J'ai rejoint la riposte ».

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    « Je suis venu ici aujourd’hui pour défendre la vie, de la conception à la mort naturelle, dans une culture où cela ne semble plus être valorisé… Je pense qu’il est important de prendre position et d’affirmer que la dignité humaine de chaque personne réside dans le fait qu’elle est créée à l’image de Dieu, aussi petite soit-elle », a déclaré l’évêque militaire Paul Mason à EWTN News.

    Le père Paul Grogan a déclaré à EWTN News que l'avortement est « la question des droits de l'homme la plus fondamentale de notre époque ». 

    « Et je pense que c’est un aspect important de la manière de vivre notre foi catholique que de témoigner de notre croyance en la beauté de la vie humaine, depuis le moment de la conception jusqu’aux moments de sa fin naturelle », a-t-il déclaré.

    Des centaines de personnes ont également participé à une contre-manifestation pro-choix, scandant des slogans tels que « l'avortement est un droit humain », « ni l'Église, ni l'État, nous décidons de notre propre destin », « les fascistes chrétiens, partez » et « laissez nos ovaires tranquilles ».

    Tilly Middlehurst, militante pro-choix et étudiante à Cambridge devenue célèbre en ligne après une confrontation avec le défunt militant conservateur Charlie Kirk, a déclaré à EWTN News qu'elle était « venue pour défendre nos droits en tant que femmes ». 

    « Je veux amener le plus de gens possible ici pour démontrer que [les militants pro-vie] sont une minorité et qu’ils n’ont pas leur place ici », a-t-elle déclaré, faisant référence aux milliers de militants qui défilaient dans les rues.

    Avant la marche, la militante pro-vie Ruth Price a été confrontée à la colère de contre-manifestants devant le centre Emmanuel après avoir tenté de distribuer des tracts pro-vie aux défenseurs du droit à l'avortement.

    Price a déclaré à EWTN News : « Je voulais m’adresser aux personnes qui assassinent de jeunes enfants… Je n’avais absolument aucune intention de leur faire du mal. Je travaille avec des adultes souffrant de graves difficultés d’apprentissage et leur vie est précieuse. Ils sont précieux aux yeux de Dieu et je tiens à ce que chacun sache que nous respectons la vie de la mère. »

    L'an dernier, la Marche pour la vie de Londres a rassemblé environ 10 000 personnes, selon les organisateurs qui attendaient vendredi soir de confirmer les chiffres prévus pour cette année.

    Lire également : Quinze évêques anglais participent à la manifestation pro-vie dans les rues de Londres

  • Les paris à long terme du Vatican et de Pékin l’un face à l’autre

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    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Les paris à long terme du Vatican et de Pékin l’un face à l’autre

    Le Vatican et le PCC semblent tous deux s’être résignés à un présent peu réjouissant tout en faisant pression – ou en priant – pour une victoire future

    2 septembre 2026

    Le Vatican a annoncé lundi la dernière nomination en date d’une liste de plus en plus longue d’évêques sélectionnés et installés conformément aux dispositions de l’accord de 2018 conclu avec le gouvernement chinois sur les nominations épiscopales.

    Mgr Paul Liu Honggang a été consacré le 31 août et installé à la tête du diocèse de Datong, qui était resté plus de trois quarts de siècle sans chef officiellement reconnu.

    Mgr Liu est le dernier d’une série croissante de nominations épiscopales relativement harmonieuses en Chine continentale depuis l’élection du pape Léon XIV l’année dernière. Après des années de dysfonctionnement, durant lesquelles les autorités chinoises choisissaient et installaient des évêques sans consulter le Vatican, ni même l’en informer au préalable, l’accord de 2018 entre le Vatican et la Chine semble porter ses fruits, du moins sur le plan technique. Les candidats sont sélectionnés en interne par l’Association patriotique catholique chinoise (APCC), soutenue par l’État, puis soumis à Rome pour approbation avant d’être installés et annoncés selon un calendrier coordonné entre Pékin et le Vatican.

    Liu, lui-même membre et partisan bien connu de la CPCA, incarne de plus en plus le profil de la nouvelle génération d’évêques du continent, même si certaines nominations ont montré une ouverture à l’égard de personnalités issues de ce qu’on appelle encore couramment en Chine l’« Église clandestine ».

    Mais si le processus de nomination semble se dérouler sans heurts, des sources ecclésiastiques en Chine et à Rome avertissent que des tensions persistent entre l’État et les catholiques, qu’il s’agisse des laïcs, du clergé ou de certains évêques. Et, comme elles l’ont confié à The Pillar, les deux parties semblent parier sur leur propre victoire dans ce bras de fer.

    À l’approche du prochain renouvellement prévu de l’accord en 2028, la question qui se pose semble être de savoir si ces tensions persisteront au sein de l’Église chinoise à moyen terme, ou si un nouveau schisme se prépare inévitablement.

    Derrière la nouvelle fluidité des nominations épiscopales se cachent un certain nombre de tensions structurelles entre Rome et Pékin. Certaines d’entre elles sont d’ordre procédural.

    Par exemple, les autorités chinoises insistent pour qu’il n’y ait aucune annonce publique préalable, ni concernant la sélection des candidats, ni concernant la date et le lieu de leur installation. La raison en est, selon des sources à Rome familières avec les termes de l’accord de 2018, que le gouvernement ne souhaite pas que ces installations deviennent un événement public ou un rassemblement, qu’il soit positif ou négatif. Par ailleurs, chaque publication d’une nomination émanant de Rome et intervenant le jour même de l’installation alimente les spéculations sur le niveau réel d’influence du Vatican et souligne à quel point l’ensemble de l’accord conclu avec la Chine est anormal.

    Par ailleurs, certains signes indiquent que le Vatican est également prêt à faire des concessions face à l’insistance du gouvernement chinois pour que la carte diocésaine de la Chine continentale soit considérablement redessinée afin de refléter les frontières provinciales et municipales. Ce n’est pas, en soi, une exigence déraisonnable de la part du gouvernement — les frontières diocésaines dans presque tous les autres pays reflètent les juridictions civiles. Mais cela représente un énorme compromis structurel de la part de l’Église, pour lequel rien de très concret ne semble être proposé en contrepartie.

    Si tels sont les enjeux structurels et procéduraux du statu quo, ils semblent pour l’instant être gérés de manière raisonnablement satisfaisante. Mais c’est dans la réalité vécue sur le terrain que la véritable tension s’accumule.

    Il n’est pas vrai que tous les évêques nommés en vertu de l’accord entre le Vatican et la Chine soient des ecclésiastiques de carrière de l’Église catholique patriotique chinoise (CPCA). Il existe des exceptions notables, même dans l’échantillon restreint de ces derniers mois. Il n’est pas non plus vrai que chaque évêque issu de la CPCA soit entièrement à la merci de l’autorité d’État, ou un communiste cynique se faisant passer pour catholique. Il existe parmi les évêques chinois une véritable zone grise, tant au niveau global qu’au niveau individuel, qui fait naître soit un équilibre, soit une tension entre une sensibilité « patriotique » et l’adhésion à la sinisation de la religion par le gouvernement, d’une part, et une adhésion sincère à la foi catholique, d’autre part.

    Dans un contexte social et juridique plus large par ailleurs stable, on pourrait considérer qu’il s’agit là d’un arrangement viable et durable pour l’Église en Chine, une sorte de vie de compromis. Cependant, les catholiques sur le terrain font état d’une orientation très nette, qui laisse présager un point de rupture pour l’Église locale, et ce, plus tôt que tard.

    Alors même que le Vatican et les autorités communistes semblent être parvenus à un accord viable sur la nomination des évêques, les catholiques de toute la Chine font état d’une application de plus en plus stricte des règles relatives à la pratique religieuse et de restrictions toujours plus sévères concernant la possession et la diffusion de matériel religieux, tant physique qu’en ligne.

    Plus précisément, des catholiques chinois ont indiqué à *The Pillar* que, dans différentes régions, les règles communistes interdisant l’accès des enfants aux églises ou leur dispensation d’un enseignement religieux formel sont appliquées. « Ce n’est pas seulement ici ou là, où des responsables locaux veulent se faire remarquer ou montrer qu’ils font leur travail avec zèle », a déclaré un ecclésiastique de Chine continentale. « C’est partout, c’est à la fois une politique et une priorité, cela ne fait aucun doute. »

    Mais ce religieux et d’autres en Chine continentale ont confié à The Pillar que cette répression alimente à son tour une pratique importante et croissante du catholicisme clandestin.

    « Si l’on examine les règles en vigueur, elles ne visent pas à assurer la stabilité de l’Église », a déclaré un prêtre en Chine continentale. « Le but est de l’étouffer. Certaines choses sont autorisées, ce qui donne une impression générale de tolérance, mais l’étau se resserre de plus en plus. »

    Ce même sentiment d’intensification de la pression sur la foi et la pratique catholiques a également été signalé récemment à Hong Kong, où le clergé fait également état d’une forme de répression tactique visant à parvenir à une suppression stratégique de la pratique religieuse.

    Pour certains hauts responsables ecclésiastiques chinois, en particulier ceux qui n’ont jamais soutenu l’accord entre le Vatican et la Chine, cette tendance témoigne de la nécessité persistante d’une Église clandestine. « Elle n’a jamais disparu », a déclaré un ecclésiastique clandestin interrogé par The Pillar. « Il s’agit d’un accord politique entre les diplomates du Vatican et les communistes. En étant bienveillant, on peut dire qu’il a peut-être une utilité politique, mais concrètement, il n’a pas ouvert la moindre brèche pour l’évangélisation. »

    Mais même parmi les ecclésiastiques qui côtoient les évêques approuvés par l’Église catholique patriotique chinoise (CPCA) et les Églises officielles, l’opinion commune est que les deux parties, Rome et Pékin, comprennent que la situation actuelle est intenable à long terme.

    « À mesure que la pression s’intensifie, le terrain d’entente que cet accord était censé créer disparaîtra. Pour l’instant, il y a suffisamment de place pour les évêques et les prêtres des deux camps, ainsi que pour certains qui vivent pleinement dans les deux mondes, officiel et clandestin », a déclaré un haut dignitaire ecclésiastique de Chine continentale. « Mais cela ne durera pas. À ce rythme, cela ne peut pas durer encore de nombreuses années. »

    Lorsqu’on leur a demandé si cela aboutirait à un nouveau schisme entre l’Église d’État et les Églises clandestines ainsi que leurs évêques, les ecclésiastiques ont répondu : « À moins d’un changement allant bien au-delà du simple accord [Vatican-Chine], c’est inévitable. »

    « Les autorités chinoises considèrent que cette zone grise et ce mélange de communautés catholiques autorisées et non autorisées constituent essentiellement une opportunité de collecte de renseignements. L’Église clandestine ne peut être ni éradiquée ni contrôlée, mais elle peut ainsi être surveillée plus facilement pour le moment. »

    Pendant ce temps, à Rome, le sentiment qui règne dans les cercles diplomatiques du Vatican semble être un mélange de réalisme, de résignation et d’espoir. Une source proche de la Secrétairerie d’État a déclaré à The Pillar que le Saint-Siège n’était « pas sans savoir » que la situation en Chine se détériorait, mais qu’il n’y avait guère de perspective claire quant à la marche à suivre.

    « Les choses sont ce qu’elles sont », a-t-il déclaré. « On ne s’attend guère à un changement de la part du gouvernement sous sa forme actuelle. Mais nous devons envisager l’horizon lointain. Le monde est en constante évolution et la Chine change elle aussi, peut-être lentement. Pour l’instant, l’essentiel est que l’Église en Chine soit vivante. »

    Un haut dignitaire ecclésiastique de Chine continentale a proposé une autre interprétation de ce point de vue du Vatican. « Je pense que [le Vatican] espère que les choses pourront se maintenir telles quelles, plus ou moins, jusqu’à la fin de l’ère Xi [Jinping], pour ensuite soit laisser l’accord tout entier expirer, soit le réévaluer à la lumière de ce qui suivra. Les alternatives — se retirer immédiatement ou redoubler d’efforts en matière de coopération — sont encore plus dangereuses. La première met en péril la liberté, voire la vie, des catholiques d’aujourd’hui. La seconde signe la mort effective d’une Église évangélisatrice jouissant d’une quelconque crédibilité pour des générations. »

    « Le véritable problème », a déclaré le dignitaire ecclésiastique, « est que les jeunes catholiques vivent au cœur même de cette réalité et perçoivent un fossé entre, d’un côté, des personnalités telles que [l’évêque] Shen Bin [de Shanghai] et [le cardinal Stephen] Chow [de Hong Kong] d’un côté, et des évêques comme [le cardinal] Zen de l’autre. Ils ont une idée de qui est de leur côté, mais aussi, de plus en plus, de quel côté se range Rome. »

    Tant à Rome qu’en Chine, on admet de plus en plus ouvertement que l’accord actuel entre le Vatican et la Chine n’est pas une voie menant à une destination précise, mais un statu quo convenu d’un commun accord alors que les tensions s’intensifient.

    Pour l’instant, chaque camp semble parier sur sa capacité à tenir plus longtemps que l’autre — l’un s’efforçant lentement d’étouffer l’Église et l’autre attendant un changement de régime. Ce que ni l’un ni l’autre ne souhaite voir, en particulier, c’est l’émergence d’un point de rupture. Reste à voir jusqu’où chaque camp est prêt à céder pour l’éviter.

  • Transition en Syrie: l’ECLJ organise une conférence à Bruxelles pour exiger des garanties constitutionnelles pour les chrétiens

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    Du site de l'ECLJ :

    Transition en Syrie: l’ECLJ organise une conférence à Bruxelles pour exiger des garanties constitutionnelles pour les chrétiens

    2 Septembre 2026

    Face à l’exclusion des communautés chrétiennes par les nouvelles autorités de Damas, l’ECLJ (European Centre for Law & Justice) coorganise une conférence de haut niveau au Parlement européen à Bruxelles le 8 septembre 2026. L’objectif: imposer la liberté religieuse et une gouvernance inclusive au cœur des négociations internationales sur la transition syrienne.

    Décideurs politiques européens, chefs religieux et représentants des communautés chrétiennes se réuniront au Parlement européen à Bruxelles le 8 septembre 2026 pour évoquer l’avenir des chrétiens en Syrie. Les chrétiens demandent des garanties concrètes en matière de liberté religieuse et une vraie représentation politique, alors que la Syrie connait une normalisation diplomatique rapide depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024 et la prise de pouvoir de l’ancien terroriste islamiste Ahmed al-Charaa.

    Accueilli par l’eurodéputé Bert-Jan Ruissen (ECR, Pays-Bas), coprésident de l’Intergroupe sur la liberté de religion, de conviction et de conscience, cet événement est coorganisé par le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), l’Union syriaque européenne (ESU), Syriac Cross Belgium, la Fondation Sallux ECPP ainsi que Jubilee Campaign Netherlands, et coordonné par Ruth Daskalopoulou.

    La conférence s’ouvrira par les allocutions de deux personnalités majeures de la diplomatie internationale: S.Ex. Mairead McGuinness, Envoyée spéciale de l’Union européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction auprès de la Commission européenne, et l’honorable Nadine Maenza, coprésidente de la table ronde sur la liberté religieuse internationale (IRF) à Washington, D.C., et ancienne présidente de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF).

    Nous aborderons ensuite deux piliers essentiels à la survie des communautés chrétiennes:

    Panel 1 : Liberté religieuse, modéré par Thibault van den Bossche, ECLJ:

    • Mgr Georges Assadourian, évêque arménien catholique de Damas,
    • Mgr Georges Masri, archevêque métropolitain grec-melkite d’Alep,
    • Père Vasilios Khamis, Église orthodoxe d’Antioche,
    • Johannes de Jong, Sallux.

    Panel 2 : Représentation politique, modéré par Metin Rhawi, ESU:

    • Sanharib Barsom, Parti de l’Union Syriaque,
    • Waddah Al Khoury, Conseil National Levantin,
    • Ninous Icho, Parti Démocratique Assyrien,
    • Sarah Aphram, Syriac Cross Belgium.

    La conférence intervient à un tournant historique. Le 24 août 2026, les États-Unis ont officiellement retiré la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme, sur laquelle le pays figurait depuis 1979. Ils ont également retiré Hayat Tahrir al-Cham (HTC) – l’ancien Front al-Nosra, groupe islamiste qu’a dirigé Ahmed al-Charaa – de leur liste des principaux groupements et individus « terroristes » (« Specially Designated Global Terrorist, SDGT »). En juillet 2026, le président français Emmanuel Macron puis le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’étaient succédé en Syrie.

    De plus, le 25 août 2026, Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, a annoncé la dissolution officielle de son alliance militaire afin d’intégrer des dizaines de milliers de combattants au sein de l’armée centrale à Damas.

    Cependant, cette transition suscite de graves inquiétudes concernant les droits de l’homme et le risque d’une « justice des vainqueurs ». Si l’ouverture des premiers procès post-Assad — incluant la condamnation à mort par contumace de Bachar al-Assad et la condamnation à perpétuité de l’ex-grand mufti Ahmed Hassoun — suscite de l’espoir, elle révèle également un vide juridique critique. Les experts de l’ONU mettent en garde contre l’absence d’un cadre moderne de justice transitionnelle et la persistance de profondes violences communautaires.

    Pour les chrétiens de Syrie, les menaces existentielles s’intensifient de manière critique. Reflet de cette détérioration rapide, la Syrie s’est hissée à la 6e place de l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026 de l’organisation Portes Ouvertes. La communauté reste profondément traumatisée par l’attentat-suicide de juin 2025 contre l’église grecque-orthodoxe Mar Elias à Damas, qui a coûté la vie à 25 fidèles. Les persécutions généralisées et l’émigration forcée ont réduit la population chrétienne, qui est passée de près de 1,5 million de personnes en 2011 à un nombre estimé aujourd’hui entre 300 000 et 500 000.

    La normalisation diplomatique initiée par l’UE et les puissances occidentales progresse beaucoup plus vite que la stabilisation réelle sur le terrain. Le nouveau pouvoir législatif, largement contrôlé par Ahmed al-Charaa, exclut totalement les organisations kurdes et assyriennes. Les pouvoirs clés restent ainsi concentrés au sein d’une nouvelle élite dirigeante issue de l’«idlibisation», une dérive que l’ECLJ avait dénoncée dans sa contribution du 16 juillet 2026 aux Nations unies pour l’Examen périodique universel de la Syrie.

    Nous pressons les institutions de l’UE et les États membres de traduire leurs engagements en actions politiques. Ils doivent placer la liberté de religion ainsi qu’une représentation politique réelle des différentes communautés religieuses et ethniques au cœur de la transition syrienne, conditionnant leurs relations futures à deux critères immédiats:

    • Droits fondamentaux, égalité citoyenne et protection: Les chrétiens et les autres communautés religieuses autochtones doivent bénéficier d’une pleine liberté de culte, d’une égale protection devant la loi et du droit à la propriété. Il est impératif qu’ils puissent préserver leur patrimoine matériel, sécuriser leurs biens et reconstruire leurs structures locales en toute sécurité, à l’abri de toute discrimination, représailles islamistes ou pressions confessionnelles.
    • Participation politique significative et gouvernance inclusive: Ces communautés sous-représentées doivent disposer d’un rôle direct, démocratique et non compromis dans la refonte de l’avenir du pays. Cela implique une voix souveraine dans la rédaction de la future constitution permanente de la Syrie, le façonnement de ses nouvelles institutions politiques et la gestion de l’administration locale décentralisée, en fondant cette gouvernance sur le principe d’une citoyenneté égale plutôt que sur des quotas confessionnels.

    S’appuyant sur la résolution du Parlement européen du 10 juillet 2025, l’ECLJ souligne que la survie et le maintien des communautés chrétiennes historiques sur leurs terres d’origine seront le baromètre du pluralisme et de la démocratie dans la nouvelle Syrie.

    Informations pratiques:

    • Titre : « L’avenir des chrétiens en Syrie : liberté religieuse, représentation politique et avenir commun »
    • Date et heure : Mardi 8 septembre 2026 | 10h00 – 12h00
    • Lieu : Salle SPAAK 1A2, Parlement européen, Bruxelles
    • Inscription
  • La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

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    De sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

    « Magnifica humanitas », la première encyclique de Léon XIV, met en regard deux images bibliques comme symbole des contradictions de notre époque. D’un côté la tour de Babel, de l’autre la reconstruction des murailles de Jérusalem au retour de l’exil. Orgueil et dispersion contre ce que Paul VI appelait déjà « la civilisation de l’amour » ; une cité éclatée et sans Dieu opposée à une cité solidaire « où Dieu et l’humanité habitent ensemble ».

    Mais en observant le monde d’aujourd’hui, cette comparaison pourrait tout aussi bien s’appliquer à deux personnalités de premier plan mondial, toutes deux américaines : Donald Trump et le pape Léon. C’est d’ailleurs ce que vient de faire un professeur d’histoire contemporaine et de politique réputé : Giovanni Orsina, qui dirige le département de sciences politiques à l’Université LUISS de Rome, dans un essai publié le 17 août en France dans « Le Grand Continent » et en Italie dans le quotidien « Il Foglio ».

    À l’intérieur de l’Église, « Magnifica humanitas » n’a recueilli presque que des louanges. Très rares ont été les voix critiques, y compris sur les points les plus contestables de la prédication du pape Léon sur la paix et la guerre qui ont été mis en évidence fin mai par Settimo Cielo.

    C’est justement pour cette raison que l’essai du professeur Orsina est très intéressant. Il vient combler un vide de réflexion et de discussion sur le rôle que le pape Léon joue lui aussi dans l’histoire politique de notre temps, de la fracture culturelle des années 1960 jusqu’à nos jours, avec l’effondrement de la révolution libérale – dans laquelle les démocrates chrétiens ont joué un rôle clé en Europe – et l’avènement de cette « contre-révolution » que sont les populismes, avec d’un côté la « politique sans morale » incarnée par le président américain et de l’autre la « morale sans politique » du pape.

    Il n’est guère surprenant qu’Orsina critique vertement Trump. Par contre – souligne-t-il – la véritable question est le large consensus qui a porté Trump à la Maison Blanche à deux reprises et les millions de voix qui portent les forces populistes en Europe, celles « qui lui ressemblent le plus ».

    L’analyse livrée par le professeur Orsina sur la pensée du pape Léon exprimée dans « Magnifica Humanitas », est en revanche plus articulée. C’est à juste titre, écrit-il, que le pape doute que le salut se trouve dans la technologie, mais quand il parle de politique « cette prudence disparaît ». Il donne à la politique un rôle démesuré, celui d’ « orienter les dynamiques économico-technologiques vers le bien commun », mais à condition de ne pas se salir les mains avec le pouvoir ni avec l’exercice de la force « qui, dans l’encyclique, n’apparaît pour ainsi dire que sous des formes pathologiques ».

    Orsina écrit : « Le seul pouvoir que ‘Magnifica humanitas’ reconnaît comme bon est celui qui a cessé de l’être. C’est la puissance de Dieu qui ‘se manifeste pleinement dans la faiblesse’ (2 Co 12, 9). Le chapitre V de l’encyclique consacre une section entière aux outils permettant de construire la civilisation de l’amour, mais on n’y trouve aucun levier de puissance, aucun mécanisme de contrainte. On y trouve des dispositions d’esprit, des actes verbaux, des pratiques spirituelles, une ‘planification responsable’, des ‘évaluations d’impact humain et social’, ‘l’inclusion’. Des objectifs extrêmement ambitieux et des outils inefficaces ».

    C’est là que réside la contradiction qui, selon le professeur Orsina, condamne l’encyclique du pape Léon à une utopie désarmée, incapable d’orienter l’action concrète.

    « À l’instar du pouvoir – poursuit Orsina –, l’encyclique dédouble également le réalisme. D’un côté, elle condamne comme un ‘prétendu réalisme politique’ l’attitude de ceux qui tiennent compte de la guerre, de l’usage de la force et de la dimension tragique de la condition humaine. Elle la dénonce comme une capitulation, voire une faute morale. D’autre part, elle revendique un ‘réalisme sain’ qui ne réduit pas la politique à la morale, mais qui part des intérêts et des rapports de force pour évaluer ce qui est possible d’obtenir. Cependant, lorsqu’il s’agit des moyens à mettre en œuvre, le raisonnement s’arrête toujours juste avant la coercition : des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, et enfin, ne pas céder au mal et garder espoir. En somme, même le réalisme doit d’abord cesser d’être lui-même pour être vertueux ».

    Même l’évocation que fait le pape de l’image biblique de la reconstruction des murailles de Jérusalem souffre de cette omission du recours à la force. Orsina poursuit : « Dans le contexte historique du texte, Néhémie est un gouverneur militaire agissant pour le compte de l’Empire perse. Non seulement il assure la défense contre les ennemis extérieurs en coordonnant des ouvriers qui ‘travaillaient d’une main et tenaient leur arme de l’autre’ (Néhémie 4, 11), mais il impose aussi l’ordre à l’intérieur avec intransigeance. Dans le dernier chapitre du livre, le leadership collaboratif laisse place à la coercition : ‘Je leur fis des réprimandes, et je les maudis ; j’en frappai quelques-uns, je leur arrachai les cheveux’ (Néhémie 13, 25). En omettant la rigueur impériale et son épée, l’encyclique idéalise le réalisme politique de Néhémie et transforme un ancien récit d’obligation politique en un manifeste d’écologie relationnelle et de coopération fraternelle ».

    Orsina précise que sa critique de « Magnifica Humanitas » ne prétend pas donner une leçon de théologie au pape. Ce qui l’intéresse surtout, en tant que chercheur en histoire et en sciences politiques, c’est de « mettre en évidence combien l’encyclique est profondément alignée avec la civilisation de l’antipolitique et de l’antipouvoir qui s’est cristallisée ces cinquante dernières années et qui est aujourd’hui entrée en crise ».

    Le professeur Orsina a consacré deux de ses travaux majeurs à l’histoire politique de l’Europe à partir des années 1960, en particulier dans le livre intitulé « Controrivoluzione. Una storia politica del nostro tempo » publié cette année mais également en grande partie dans l’essai publié dans « Le Grand Continent ». Il reconstruit dans ce texte comment l’Europe est venue à s’égarer entre l’éthique universaliste dont elle est imprégnée et le retour en force des particularismes. Ou, pour le dire autrement : « entre la morale sans politique à laquelle elle est habituée et la politique sans morale incarnée par les forces soi-disant populistes, Trump et ses semblables, des deux côtés de l’Atlantique ».

    Il n’est guère surprenant que la critique que fait Orsina de la vision du pape Léon ait été scrutée par les politologues, surtout ceux d’obédience catholique. La première réplique à l’essai que nous citons est venue de Flavio Felice, professeur d’histoire des doctrines politiques à l’Université Pontificale du Latran, dans un article publié dans « Il Foglio » le 22 août.

    Le professeur Felice objecte que la catégorie politologique dominante chez le pape Léon « n’est pas un idéal de paix parfaite, mais la ‘tranquillitas ordinis’ de Saint Augustin : un équilibre dynamique et fragile, jamais absolu, toujours marqué par les conflits, qui ne s’accomplira pleinement que dans la Jérusalem céleste ».

    Il s’appuie en cela sur le paragraphe 218 de « Magnifica Humanitas », où l’on peut lire que « le réalisme authentique ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils ».

    Mais dans ce passage, on ne retrouve à nouveau aucune allusion au recours à la force, quand il est nécessaire, sinon dans une vague allusion à une « prévention des conflits ». Ce qui vient confirmer à quel point la « morale sans politique » du pape Léon se greffe sur le « dépassement de la théorie des ‘guerres justes’ » qu’il soutient explicitement dans « Magnifica Humanitas ».

    Le 30 mai dernier, Settimo Cielo avait d’ailleurs mis en évidence les incohérences de ce soi-disant « dépassement » de la doctrine de la guerre « juste » en citant un long article bien documenté dans la revue « Il Regno » de Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l'Université de Rome III et à la Faculté théologique d'Italie du Nord, très critique envers « l'utopisme pacifiste » qui sévit dans l'Église.

    D’ailleurs, dans le numéro suivant de la même revue, le professeur Daniele Menozzi, professeur d'histoire contemporaine à l'École normale supérieure de Pise et auteur d'importants essais sur les questions de paix et de guerre dans l'Église catholique, a répondu à Diotallevi.

    Selon le professeur Menozzi, ce qui sévit dans l’Église, ce n’est pas tant un « utopisme pacifiste » mais, au contraire, une « idéologie militariste » à laquelle il faudrait opposer une « pédagogie de la non-violence » visant à éduquer la communauté des fidèles à « désarmer l’agresseur sans devoir recourir au pouvoir destructeur des armes », dans la ligne de ce que prêche le pape Léon – et son prédécesseur François – non seulement dans « Magnifica Humanitas » mais dans d’innombrables invectives contre les guerres et les armes, quelles qu’elles soient.

    La paix prônée par le pape Léon est peut-être « désarmée et désarmante ». Il n’en demeure pas moins qu’elle a mis le feu aux poudres de la bataille des idées.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Léon XIV : la nouvelle diplomatie

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : la nouvelle diplomatie

    31 août 2026

    Le voyage de l’archevêque Paul Richard Gallagher à Moscou a marqué un changement de paradigme définitif dans la diplomatie du Saint-Siège concernant la situation en Ukraine. Nous ne pouvons pas savoir ce qui s’est dit à huis clos lors de la rencontre bilatérale avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov

    Les discours d’ouverture prononcés tant par le Saint-Siège que par la délégation russe avant la rencontre, ainsi que lors de la conférence de presse qui a suivi, ont été diffusés par vidéo par le ministère russe des Affaires étrangères, et ils permettent de tirer de nombreuses conclusions.

    L’archevêque Gallagher est le secrétaire du Vatican chargé des relations avec les États, un poste comparable à celui d’un ministre des Affaires étrangères au sein du Saint-Siège. Il s’était déjà rendu à Moscou en 2021, mais ce deuxième voyage, cinq ans plus tard, a un impact plus important.

    D’une part, parce qu’il intervient dans le contexte de l’agression à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine, qui a débuté en 2022 et se poursuit encore aujourd’hui. Ensuite, parce que les relations entre la Russie et le Vatican étaient excellentes sous le pape François, qui accordait une grande importance aux opinions de Moscou, mais qu’elles étaient en même temps tendues en raison de la manière dont le pape François lui-même avait fait savoir qu’il s’était adressé au patriarche Cyrille de Moscou, l’exhortant à ne pas être un « ecclésiastique d’État ». Enfin, parce que ce voyage a coïncidé avec un nouveau pontificat.

    Léon XIV n’a pas modifié la ligne diplomatique du Saint-Siège. Celle-ci est restée inchangée : le Saint-Siège promeut la paix, le Saint-Siège promeut le dialogue, et le Saint-Siège n’interrompt jamais ses relations diplomatiques, même dans les situations difficiles.

    Cependant, Léon XIV a adopté une approche différente, plus « diplomatique », si l’on peut dire.

    Le pape François s’appuyait fortement sur ses impressions personnelles et son charisme personnel. Léon XIV, en revanche, adoptait une approche plus conventionnelle et institutionnelle, avec un sens aigu du détail et la conviction que la paix ne peut être atteinte sans clarté.

    Dès son premier discours devant le corps diplomatique, le 16 mai 2025, Léon XIV a souligné que l’Église devait dire la vérité, même lorsqu’elle est incompréhensible pour le monde. Lors du rosaire et de la veillée de prière pour la paix du 11 avril 2026, Léon XIV est allé plus loin, soulignant que l’Église risquait souvent d’être méprisée.

    C’est à travers ce prisme que l’on peut interpréter la mission de Gallagher à Moscou.

    Gallagher ne s’est pas rendu à Moscou avec pour seule mission d’engager le dialogue à tout prix. Gallagher s’est rendu à Moscou avec pour mandat de clarifier la position du Saint-Siège, d’établir un dialogue dans la mesure du possible et, en tout état de cause, de ne rien garder secret, allant même jusqu’à mettre en lumière certaines des situations difficiles auxquelles est confrontée l’Église catholique en Russie.

    Ainsi, le voyage de Gallagher en Russie représente un véritable changement de paradigme.

    Dès son discours d’ouverture, Mgr Gallagher a clairement indiqué qu’il se trouvait en Russie parce que la Fédération de Russie l’avait invité, établissant ainsi un cadre de dialogue et un équilibre des pouvoirs. Il a toutefois également souligné qu’il existait des relations continues entre la Russie et le Saint-Siège, ainsi qu’un canal d’information qui a été maintenu ouvert – ce dont Mgr Gallagher s’est souvenu lors d’une interview accordée à Vatican News à la fin de son voyage.

    La phrase qui a le plus fait les gros titres – à juste titre – a été cette insistance de Gallagher : « Cette guerre doit prendre fin. » Seulement, Gallagher ne s’est pas contenté de dire que la guerre devait prendre fin. Il a appelé à des négociations claires et transparentes. Il a souligné les « divergences persistantes » entre la Fédération de Russie et le Saint-Siège dans l’évaluation de certaines situations, précisant que le Saint-Siège ne cédait pas à la propagande russe.

    Les propos de Mgr Gallagher n’ont toutefois pas eu l’impact qu’ils auraient pu avoir dans les médias occidentaux, probablement pour deux raisons.

    La première est d’ordre pratique : le « ministre des Affaires étrangères » du Saint-Siège s’est exprimé en anglais, mais ses propos ont été éclipsés par des vidéos diffusées avec une traduction en russe. Alors que le ministère russe des Affaires étrangères s’est empressé de transcrire et de diffuser le contenu exact des propos de M. Lavrov, ni la Secrétairerie d’État du Saint-Siège ni les médias du Vatican ne l’ont fait, bien qu’ils aient envoyé un journaliste pour accompagner l’archevêque.

    La deuxième raison tient au fait que la clarté de Gallagher ne laisse aucune place à la manipulation. Ce ne sont pas là des propos susceptibles d’être utilisés à la table des négociations de paix ou de guerre avec un parti pris politique, car l’archevêque a abordé ces questions avec clarté et courage.

    Le travail de Gallagher en Russie revêt également un certain raffinement.

    D’une part, il n’a pas manqué de souligner la responsabilité de la Russie, avec des propos qui ont dû trouver un écho puissant à huis clos. Le 26 août, l’archevêque Gallagher a rencontré Youri Ouchakov, le conseiller aux affaires étrangères de Poutine, lors d’un entretien particulièrement significatif. Le compte X de la Secrétairerie d’État, @terzaloggia, a rapporté la nouvelle. Le porte-parole du Kremlin, Peskov, a refusé de commenter cette rencontre, affirmant qu’aucune information n’avait été communiquée à ce sujet.

    D’autre part, Mgr Gallagher a réussi à instaurer une ligne de dialogue cohérente. Jusqu’à présent, cela a fonctionné au niveau des ambassades – une approche saluée par le « ministre des Affaires étrangères » du Vatican – et il y aura désormais des contacts réguliers au niveau du vice-ministre des Affaires étrangères et, en particulier, du ministre des Affaires étrangères.

    Le Saint-Siège reconnaît que la Russie est un acteur mondial qui ne peut être exclu des discussions, et il tend la main à une Moscou qui se sent de plus en plus isolée.

    Dans le cadre de ces contacts réguliers, le Saint-Siège maintiendra son engagement en faveur de la paix en Ukraine et de la poursuite de sa mission humanitaire. Il ouvrira également des voies de dialogue avec la Russie sur de nombreuses autres questions, allant de la situation au Moyen-Orient à l’intelligence artificielle.

    Ce que Gallagher a accompli pourrait être qualifié de diplomatie « classique » du Vatican. Cela n’aurait toutefois pas été possible sans que Léon XIV n’ait tracé les contours d’une approche différente, marquée par une rupture personnelle qui s’est néanmoins traduite par des actions concrètes.

    Reste à voir si la situation en Ukraine constitue un cas isolé, ou si la diplomatie papale poursuivra cette approche dans d’autres contextes.

    Dans un an et demi, par exemple, l’accord entre le Saint-Siège et Pékin concernant la nomination des évêques fera l’objet d’une nouvelle série de (re)négociations : Léon XIV privilégiera-t-il l’approche de la « diplomatie de la vérité », visant à rendre l’accord clair et public ? Ou adoptera-t-il une approche plus pragmatique, en acceptant certaines pressions chinoises afin de maintenir sa présence ?

    Il existe par ailleurs d’autres questions cruciales qui restent largement en suspens.

    De la situation de l’Église catholique au Venezuela à celle du Nicaragua, où le nonce et les diplomates du Vatican ont été expulsés, l’Amérique latine est une véritable poudrière. Le pape fera l’expérience directe de l’agitation qui règne en Europe lors de son prochain voyage en France. L’Amérique du Nord est en pleine guerre commerciale, et les États-Unis, pays natal du souverain pontife, font face à des élections de mi-mandat cruciales cet automne. Des guerres font rage en Afrique et l’instabilité règne en Terre Sainte, où le Saint-Siège continue de plaider en faveur de la solution « deux peuples, deux États ».

    Le voyage de Gallagher a marqué un tournant, mais il reste à voir où ce tournant mènera le Saint-Siège.

  • Accord controversé Vatican-Chine : comment le Saint-Siège croit apaiser un régime communiste

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    De sur The European Conservative :

    Accord controversé Vatican-Chine : comment le Saint-Siège croit apaiser un régime communiste

    En maintenant l'accord avec le PCC, le Vatican soutient de fait sa distorsion des pratiques religieuses et se rend dangereusement complice de l'escalade des violations des droits de l'homme dans le pays.

    26 août 2026

    Lord David Alton de Liverpool, membre éminent de la Chambre des Lords au Royaume-Uni, a récemment condamné l'accord provisoire de 2018 entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine (RPC) comme un « pacte avec le diable », soulignant sa complicité dans des « violations flagrantes » de la liberté religieuse et la trahison qui en résulte de l'Église clandestine dans le pays.

    « Dans le cas du régime communiste chinois, c’est un pacte avec le diable – un régime qui a commis un génocide contre les musulmans ouïghours et persécute les bouddhistes tibétains, les pratiquants de Falun Gong et les chrétiens chinois », a déclaré Alton . 

    L'accord provisoire entre le Saint-Siège et le Parti communiste chinois (PCC), dont les détails restent confidentiels, concerne une possible intégration avec l'Association patriotique catholique chinoise (APCC), organisation reconnue par l'État. L'APCC a été fondée en 1957 sur ordre de Mao Zedong et est gérée par le Département du travail du Front uni du PCC , dans le but d'aligner le catholicisme sur l'idéologie communiste. Début 1958, Pékin avait illégalement nommé ses premiers évêques sans consulter le Saint-Siège. En juin de la même année, le pape Pie XII publia son encyclique Ad Apostolorum Principis, dans laquelle il dénonçait l'Église « parallèle » de Chine et refusait de reconnaître toute consécration épiscopale effectuée par l'APCC sans l'approbation préalable du Vatican. D'après les informations disponibles, il ressort également que cet accord renforce l'autorité suprême du PCC en matière de nomination des évêques et de création ou de dissolution de diocèses en Chine ; le pape ne fait qu'entériner les décisions du Parti.

    Les catholiques restés fidèles à Rome furent contraints à la clandestinité. Une figure marquante de cette époque fut le cardinal Ignatius Kung Pin-Mei, évêque catholique romain de Shanghai et administrateur apostolique de Suzhou et Nankin . Aujourd'hui encore, ces catholiques forment une Église clandestine, que le Vatican ne reconnaît plus en raison de l'accord provisoire. De nombreux prêtres, religieuses et laïcs continuent de subir l'emprisonnement, la torture et, dans certains cas, même l'exécution, pour avoir refusé de se conformer à l'Église institutionnelle du PCC. 

    Quelles que soient les intentions du Vatican en œuvrant à l'unification des catholiques au sein de l'Accord de paix du Congrès général (APCG), il était évident, au moment de la signature de l'accord, que la Chine, sous la direction du secrétaire général Xi Jinping, agissait de manière extrêmement répressive, notamment en matière de liberté religieuse. Les autorités chinoises répriment systématiquement les droits à la liberté d'expression, d'association, de réunion et de religion, et ciblent les opposants au gouvernement. Le renforcement du contrôle idéologique exercé par le PCC s'accompagne d'une assimilation forcée sévère des Tibétains et des Ouïghours, ainsi que de l'application d'un cadre sécuritaire national rigoureux à Hong Kong. L'impunité règne pour les crimes contre l'humanité commis au Xinjiang, où plusieurs centaines de milliers d'Ouïghours continuent d'être injustement détenus, selon un rapport de Human Rights Watch de 2026. En substance, Xi Jinping vise à siniser tous ses sujets, ce qui revient ni plus ni moins à une subjugation complète – ou plutôt à un endoctrinement – ​​des membres des groupes religieux susmentionnés afin de les aligner sur le programme politique du PCC et sa vision marxiste de la religion.

    Ce n'est pas la première fois que le Vatican cherche à conclure un accord avec un pays communiste. Cela s'est produit pendant la Guerre froide, notamment sous les pontificats de Jean XXIII (1958-1963) et de Paul VI (1963-1978). Dans le cadre de ce qu'on a appelé l'Ostpolitik, Rome a mené une diplomatie avec les régimes communistes tout en fermant les yeux sur les persécutions religieuses internes subies par les catholiques et les autres chrétiens. Parmi ses mesures d'apaisement, le Saint-Siège a consenti à cesser toute dénonciation publique de l'idéologie communiste athée et a laissé chaque gouvernement gérer ses affaires ecclésiastiques. 

    Parallèlement à la violation des accords par les communistes, l'Ostpolitik a permis l'infiltration du Vatican par des services de renseignement communistes, tels que le KGB soviétique, la Stasi est-allemande, la StB tchécoslovaque, la SB polonaise et l'ÁVH hongroise. Les voix dissidentes, comme celle du cardinal József Mindszenty, archevêque-prince d'Esztergom et primat-régent de Hongrie, ont été réprimées ; Mindszenty a été arrêté et torturé sous l'accusation d'« activité subversive ».  

    Le communisme est intrinsèquement mauvais. Outre la promotion d'une idéologie athée, les gouvernements communistes sont responsables de certains des événements les plus meurtriers de l'histoire moderne ; on estime qu'environ 100 millions de personnes ont perdu la vie sous leur autorité au cours du XXe siècle. De plus, l'héritage de cette idéologie se caractérise par la stagnation économique, la répression systématique des libertés fondamentales, des catastrophes environnementales et l'hypocrisie d'une élite dirigeante qui contredit ses propres principes d'une société sans classes. Par ailleurs, un « accord de paix » avec l'Église de Rome a peu de chances de modifier le cadre politique oppressif du PCC.

    Les initiatives entreprises par le gouvernement chinois pour « siniser » les religions vont bien au-delà du simple renforcement de la réglementation ; elles impliquent une reconfiguration des différentes confessions. Cela est particulièrement flagrant dans le catholicisme, qui possède une théologie structurée et systématique promouvant les valeurs occidentales, notamment les droits naturels inaliénables, et, plus inquiétant encore pour les autorités chinoises, contrairement aux autres religions, un chef suprême qui est également chef d’État : le pape. Nombre de fidèles chinois, refusant de se soumettre à la loi chinoise sur la protection de la vie privée (CCPA), continuent d’être détenus. 

    De plus, dans sa volonté de siniser la population chrétienne, le PCC a pris la mesure extrême de produire des éditions de la Bible pour les établissements d'enseignement publics qui modifient les récits des Évangiles, notamment l'épisode où Jésus pardonne à la femme adultère, tel que décrit dans l' Évangile de Jean. Dans cette version sinisée, Jésus la lapide en disant :  « Moi aussi, je suis pécheur. Mais si la loi ne pouvait être appliquée que par des hommes sans tache, la loi serait morte. » 

    Comme Lord Alton l'avait exprimé il y a peu, on aurait pu supposer que la libération des évêques et prêtres catholiques emprisonnés aurait dû être une condition préalable à l'approbation du Vatican quant à la prolongation de cet accord contestable. De plus, le Saint-Siège aurait dû exiger la levée de l'emprisonnement injuste de Jimmy Lai, militant pro-démocratie hongkongais, catholique loyal et profondément dévoué – condamné en février à vingt ans de prison. Le tribunal de Hong Kong a également infligé de lourdes peines à six anciens employés de son journal, désormais fermé, établissant ainsi une nouvelle norme en matière de restrictions à la liberté de la presse dans la ville.

    En maintenant son accord avec le PCC, le Vatican soutient de fait sa perversion des pratiques religieuses et se rend dangereusement complice de l'escalade des violations des droits humains en Chine. Les autorités romaines ont néanmoins la possibilité de se retirer de cet accord. À tout le moins, le Vatican devrait le rendre public, garantir la protection de la liberté religieuse et exhorter Pékin à abandonner les charges retenues contre Jimmy Lai et les autres détenus. Si la communauté catholique en Chine, face à l'Église clandestine, a pu continuer à défendre la justice et les droits humains malgré des décennies d'oppression, Rome peut sans aucun doute faire preuve de la force morale nécessaire pour la soutenir.

    Le père Mario Alexis Portella est prêtre de la cathédrale Santa Maria del Fiore et chancelier émérite de l'archidiocèse de Florence, en Italie. Docteur en droit canonique et en droit civil de l'Université pontificale du Latran à Rome, il est l'auteur de l'ouvrage *Islam : Religion de paix ? La violation des droits naturels et la dissimulation occidentale*  (Westbow Press, 2018).
  • Nigéria : pillages des djihadistes et corruption du gouvernement; le témoignage de Mgr Kukah

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    Nigéria : Pillage des djihadistes, corruption du gouvernement

    En marge de sa participation à la Rencontre de Rimini 2026, Mgr Matthew Hassan Kukah s'est entretenu avec Compass au sujet de son pays d'origine, le Nigéria, où des djihadistes pillent les ressources naturelles et où le gouvernement est trop corrompu pour les arrêter.

    24/08/2026
    Mgr Kukah à la réunion de Rimini (photo d'Elisa Gestri)

    En marge de sa participation à la réunion de Rimini 2026, où il est intervenu lors d'une table ronde sur la liberté religieuse – « Au Nigéria, si vous demandez à quelqu'un s'il est chrétien ou musulman, il vous répondra : J'ai faim », a-t-il déclaré en préambule –, La Nuova Bussola Quotidiana a rencontré Son Excellence Matthew Hassan Kukah. Nigérian d'origine ethnique Ikulu, Monseigneur Kukah est évêque du diocèse de Sokoto depuis 2011. Ce diocèse est situé dans le nord-ouest musulman du pays, à la frontière du Niger, où les catholiques représentent entre 3 et 4 % de la population.

    Originaire d'Anchuna, dans la région centrale du Nigeria , son parcours est plus qu'impressionnant : après son ordination dans son pays natal, Monseigneur Kukah a obtenu deux diplômes – à Rome et à Bradford – et un doctorat à Londres, avant de mener des recherches à Oxford et à Harvard. Ancien secrétaire de la Conférence épiscopale du Nigeria, il est membre de la Commission nationale pour les violations des droits de l'homme de son pays, tandis qu'à Rome, il est consultant auprès du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et membre du Dicastère pour le service du développement humain intégral.

    Durant le temps qu'il a aimablement accordé à La Bussola , nous n'avons toutefois pas abordé ses qualifications universitaires ni son travail de médiation pour le compte du gouvernement nigérian entre la multinationale Shell et la tribu Ogoni. Nous nous intéressions à la situation actuelle du Nigeria, pris en étau entre les attaques d'extrémistes islamistes et l'exploitation illégale de ses ressources. Intrigués par son deuxième prénom, Hassan, nous avons entamé l'entretien en lui demandant de nous parler de ses origines familiales.

    Monseigneur Kukah, vos parents étaient-ils chrétiens ?
    Non. Ma famille suivait l’islam et les religions locales. 

    Comment avez-vous découvert le christianisme ?
    À l’école — j’ai fréquenté une école primaire gérée par l’Église catholique d’Anchuna, mais elle était entièrement administrée par des laïcs. À huit ans, j’ai reçu le baptême, puis les autres sacrements.

    Peut-on donc dire que vous avez eu de la chance ?
    Absolument. Je n'oublierai jamais ma gratitude envers Dieu pour cela. De plus, j'ai bénéficié d'une excellente éducation, inaccessible à ma famille, qui était pauvre. L'éducation est très coûteuse au Nigéria.

    Comment vos parents ont-ils réagi à votre conversion au christianisme ?
    Mon père était indifférent. Ma mère a été choquée quand j’ai commencé le petit séminaire de Zaria : elle aurait souhaité, comme il est naturel, que je me marie et que j’aie des enfants. En revanche, ma grand-mère, chez qui j’ai grandi, était très heureuse pour moi. Elle n’était pas chrétienne, mais elle était heureuse pour moi.

    Comment s'est poursuivi votre parcours ?
    J'ai continué mes études au Grand Séminaire de Jos, dirigé par les Pères Augustins. La présence augustinienne est forte au Nigéria ; j'ai notamment rencontré le pape Léon XIV à plusieurs reprises lorsqu'il était encore évêque et qu'il visitait le pays. J'ai été ordonné prêtre en 1976, le premier prêtre catholique de l'ethnie Ikulu. Il faut savoir que les Ikulu, un groupe ethnique majoritairement nigérian, représentent un peu plus de 100 000 personnes sur une population totale de 250 millions. Ma génération (Monseigneur Kukah est né en 1952 ) a vu naître les premiers prêtres nigérians. Auparavant, nos prêtres étaient exclusivement blancs.

    Dans le nord-est du Nigéria, ainsi que dans les pays voisins comme le Niger, le Cameroun et le Tchad, des extrémistes islamistes de l'ISWAP (Province de l'État islamique en Afrique de l'Ouest), une branche de l'EI, sont actifs. Ce groupe a acquis une influence considérable en Afrique au cours de la dernière décennie. Quels sont les modes opératoires actuels de ces groupes terroristes ?

    L'extrémisme islamique a évolué. Si, il y a quinze ou vingt ans, Boko Haram persécutait uniquement les chrétiens dans le but de convertir la population à l'islam par la force, et d'établir un califat où la charia pourrait être instaurée, les groupes actuels n'ont aucun contact avec la population : ils vivent dans la clandestinité et ne se déplacent que pour tuer, piller et commettre des exactions. Leurs attaques ne sont pas motivées par des raisons religieuses ; il est donc inexact d'affirmer qu'ils ne persécutent aujourd'hui que les chrétiens. Leurs attaques ne tiennent aucun compte des croyances religieuses : ils tuent dans les fermes, les églises, les mosquées, les domiciles, n'importe où. De plus, il s'agit de différents groupes affiliés à l'EI, mais divisés entre eux. Par conséquent, si vous êtes tué, vous ignorez souvent l'identité du ou des auteurs de votre crime. La situation est extrêmement compliquée : la seule chose qui unit ces groupes, et Boko Haram, c’est la violence et le commerce des minéraux .

    Que voulez-vous dire ?
    Eh bien, ces bandits se financent grâce au trafic de minéraux précieux. Comme vous le savez, la demande mondiale de minéraux et de terres rares a explosé. Le Nigéria est incroyablement riche en gisements, mais manque de la technologie nécessaire à leur extraction ; la population ignore même la valeur de ces pierres. Il arrive, par exemple, que quelqu'un qui trouve un diamant dans le sol le revende pour un dollar pièce à des trafiquants sans scrupules. Nos ressources minérales sont exploitées légalement et illégalement par la Chine – les Chinois ont été les premiers à extraire des minéraux de chez nous il y a vingt ans – mais aussi par l'Europe et d'autres pays, et sont convoitées par l'Amérique. Les travailleurs nigérians qui peinent dans les mines vivent dans des conditions proches de l'esclavage et souffrent de maladies terribles qui affecteront leurs enfants et petits-enfants pendant des générations. Des extrémistes islamistes se sont impliqués dans ce trafic : ils tuent des agriculteurs et détruisent des fermes pour faire place à de nouveaux sites miniers, forçant des personnes, y compris des enfants, à travailler dans les mines. Des millions de personnes – entre 3 et 5 millions selon les estimations – ont été contraintes de fuir les attaques extrémistes, abandonnant leurs terres et leurs exploitations agricoles. L'agriculture, principale ressource économique traditionnelle du pays, a été entièrement anéantie.

    Le partage des ressources minières du Nigeria entre les États étrangers que vous avez décrit ressemble à une forme de colonialisme économique, après la fin du colonialisme proprement dit…
    Absolument.

    Alors, rien n'a changé depuis l'époque coloniale ?
    Une seule chose a changé : maintenant, au lieu de Blancs, il y a des Noirs.

    Le gouvernement nigérian est-il complice du trafic d'êtres humains et des violences, ou est-il impuissant à les combattre ?
    La situation est extrêmement difficile à maîtriser, et le gouvernement n'est présent que par le biais de l'armée, qui, pourtant, reste silencieuse et laisse faire. En tant qu'Italien, vous comprendrez : notre gouvernement ressemble à une mafia. J'aime faire cette comparaison : de même que la Covid-19 se greffe sur des pathologies préexistantes pour attaquer le corps humain, la situation que je viens de décrire se greffe sur une « maladie » préexistante, à savoir la corruption de notre gouvernement. Le Nigeria est un État corrompu. Il a perdu la capacité d'appliquer les lois, qui existent pourtant, tout comme il existe une Constitution. Le même phénomène se produit à chaque élection politique : il y a un candidat compétent et qualifié, la personne idéale pour influencer positivement la gouvernance du pays. Mais il ne sera pas élu car un autre candidat, plus riche, achètera l'élection.

    Le 19 décembre, Monseigneur Kukah fêtera ses cinquante ans de sacerdoce. Nous lui demandons s'il a prévu quelque chose pour l'occasion. 
    « On m'a proposé une voiture en cadeau, ou une grande fête à la nigériane – vous savez comment sont les gens ici – mais j'ai une toute autre idée en tête pour remercier le Seigneur : je collecte des fonds pour un projet au profit de ma ville natale, Anchuna, où la population est majoritairement chrétienne. Il y a deux collines aux abords de la ville, l'une un peu plus haute que l'autre : sur la première, je veux installer une grande croix, et sur la seconde, une statue de la Vierge. Nous aménagerons des sentiers sur les deux collines pour permettre aux pèlerins de s'y rendre : le sentier menant à la statue est facile et accessible à tous, y compris aux familles et aux enfants, tandis que l'autre, plus escarpé, est réservé aux randonneurs expérimentés. »

    Ne trouvez-vous pas symbolique que le chemin vers la Vierge soit plus facile que le chemin vers la croix ?
    Monseigneur Kukah sourit : « C’est vrai, mais depuis la statue de la Vierge, on peut voir la croix. »