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International

  • Quand le Massachusetts permet désormais l'avortement jusqu’au terme de la grossesse

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    19 août 2026

    Une nouvelle étape a été franchie en matière d'avortement dans un État américain. Au Massachusetts, l'intervention peut désormais être pratiquée jusqu'au terme de la grossesse, sur simple accord du médecin. Une réforme qui place cet État parmi les législations les plus permissives du pays en la matière.

    Le 10 août 2026, la gouverneure démocrate du Massachusetts, Maura Healey, promulguait la loi «Prioritizing Patient Access to Care Act», qui bouleverse le cadre juridique de l’avortement dans cet État américain. Jusqu'alors, l’intervention était librement permise pendant les 24 premières semaines de grossesse, soit déjà 10 semaines de plus qu’en France. Au-delà, elle n'était autorisée que dans quatre situations particulières: danger pour la vie de la mère, danger pour sa santé physique ou mentale, malformation fœtale entraînant la mort, ou diagnostic incompatible avec une vie extra-utérine.

    Ce cadre, déjà permissif, vient d'être purement et simplement supprimé. Il est désormais remplacé par une clause unique et vague: l'avortement «peut être pratiqué par un médecin sur la base de son jugement professionnel». Rien n'interdit plus, désormais, de mettre fin à une grossesse jusqu’à son terme. Cette loi supprime non seulement toute limite de temps mais aussi tout critère médical objectif. Il ne reste que l'appréciation du praticien — une appréciation libre, sans aucune balise légale pour l'encadrer.

    L’abolition des garde-fous

    Avec ce texte, le Massachusetts rejoint neuf autres États américains — Alaska, Colorado, Maryland, Michigan, Minnesota, New Jersey, Nouveau-Mexique, Oregon et Vermont — qui ont déjà supprimé toute limite de délai à l'avortement. La gouverneure Healey a présenté cette réforme comme une garantie que «les décisions de santé reproductive doivent être prises par la patiente et son médecin», sans «incertitude juridique». Mais derrière ce discours procédural se cache une réalité sanglante: un enfant à naître parfaitement viable peut désormais être avorté jusqu'au terme, sur le seul fondement d'un jugement médical discrétionnaire. Et lorsqu’un enfant viable est avorté, il arrive qu’il survive à son avortement et qu’il soit tué après sa naissance, comme l’ECLJ l’avait montré dans ce reportage :

    Selon les statistiques du département de la Santé publique du Massachusetts, 99 avortements ont été pratiqués après 24 semaines de grossesse en 2024, contre 84 en 2023: une hausse que la nouvelle loi va certainement prolonger.

    Les associations pro-vie locales, telles que Massachusetts Citizens for Life, ont dénoncé une loi qui «normalise la mort d'enfants pleinement formés» et «pousse des femmes vulnérables à laisser mourir leur enfant à naître par des actes d'une extrême violence». Les quatre évêques catholiques du Massachusetts avaient appelé les élus à rejeter le texte, qualifiant la suppression des restrictions après 24 semaines de mesure «radicale» et «gravement immorale».

    Une « loi de compassion » en contradiction avec la dignité humaine

    Maura Healey présente ce texte comme une réponse nécessaire à des situations très difficiles. Elle cite le cas de femmes contraintes de parcourir des centaines de kilomètres et de dépenser des milliers de dollars pour avorter dans un autre État; des témoignages, dit-elle, «marqués par beaucoup de douleur, d'angoisse et de déchirement». Elle revendique le droit pour ces femmes de «recevoir les soins dont elles ont besoin dans le Massachusetts».

    L’argument de la compassion est indécent quand on sait qu’au troisième trimestre, l'enfant à naître possède un système nerveux pleinement développé, ressent la douleur, et serait, en dehors de toute intervention, capable de survivre en dehors du ventre de sa mère. Les progrès de la médecine néonatale permettent aujourd’hui de sauver des grands prématurés à des stades de plus en plus précoces. Chaque année, au Massachusetts, des milliers de bébés naissent prématurément, et la grande majorité d’entre eux survivent.

    Cette nouvelle loi montre les limites de la décision de la Cour suprême des États-Unis qui a annulé Roe c. Wade en juin 2022 (arrêt Dobbs). La Cour suprême a constaté que la Constitution américaine ne contenait pas de droit à l’avortement et a redonné une liberté totale à chaque État d'autoriser ou d'interdire l'avortement. Certains États ont donc restreint l’accès à l’avortement mais d’autres, comme le Massachusetts, ont autorisé l’avortement jusqu’au terme de la grossesse. Le combat pour la protection du droit à la vie est donc loin d’être terminé.

  • Venezuela : quand un pays se retourne contre son peuple

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    De Catalina Henríquez Cajales sur le site de l'ECLJ :

    Le Venezuela: un pays qui se retourne contre son peuple

    17 Août 2026

    Le Venezuela est l’un des pays les plus chrétiens d’Amérique latine, avec 88,5% de sa population se déclarant chrétienne. Pourtant, sous un parti au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans, cette majorité religieuse est devenue une cible. À l’occasion de l’Examen périodique universel, l’ECLJ a officiellement présenté un rapport dénonçant l’incapacité du Venezuela à protéger les droits fondamentaux des Vénézuéliens.

    La République bolivarienne du Venezuela

    Le Venezuela est dirigé par le même mouvement politique depuis plus d’un quart de siècle, d’abord sous la houlette d’Hugo Chávez, puis de Nicolás Maduro. Son gouvernement a été largement critiqué pour son contrôle autoritaire, l’érosion de l’indépendance judiciaire et la répression de la dissidence, notamment parmi les chefs religieux et la société civile. Des années de mauvaise gestion de ses ressources naturelles, combinées aux sanctions internationales et au déclin de l’industrie pétrolière d’État, ont conduit le pays à l’effondrement économique et déclenché l’une des plus grands déplacements de population d’Amérique du Sud. Des millions de Vénézuéliens ont fui le pays à la recherche d’une stabilité à l’étranger. Bien que Maduro ait été capturé par les États-Unis, le parti politique de son régime reste solidement ancré au pouvoir, contrôlant la grande majorité des gouvernements des États et maintenant la structure politique sous-jacente du pays largement inchangée.

    Cette situation s’est encore aggravée en juin dernier, lorsque deux puissants séismes (de magnitude 7,2 et 7,5 sur l’échelle de Richter) ont frappé à moins d’une minute d’intervalle près de la ville côtière de Morón, dévastant le nord du Venezuela et produisant l’un des événements sismiques les plus meurtriers que le pays ait connus depuis plus d’un siècle. Ces séismes ont fait plus de 5 000 morts, des dizaines de milliers de blessés et réduit en ruines des quartiers entiers de Caracas et de l’État de La Guaira. Cette catastrophe a encore mis à rude épreuve les systèmes de santé publique et l’aide humanitaire dans un pays déjà affaibli par la crise économique, l’émigration massive et un gouvernement aux capacités institutionnelles limitées. Les communautés déplacées dépendent désormais de l’aide étrangère et des ONG qui peinent déjà à combler les lacunes laissées par l’État dans d’autres domaines, tels que la lutte contre la traite des êtres humains.

    Persécution des chrétiens et libertés fondamentales

    L’article 59 de la Constitution vénézuélienne garantit à chaque citoyen le droit de professer et d’exprimer librement sa foi religieuse, en privé ou en public, et protège l’autonomie des Églises contre toute ingérence de l’État[1]. En droit international, le Venezuela a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. En vertu de l’article 18, il est tenu de protéger la liberté de pensée, de conscience et de religion, y compris le droit de manifester ses convictions sans contrainte.

    Dans les faits, le gouvernement considère l’expression religieuse comme une menace dès lors qu’elle débouche sur une critique du régime. Les membres du clergé qui dénoncent les violations des droits de l’homme sont pris pour cibles et font l’objet de harcèlement, d’intimidation et de détentions arbitraires. Ainsi en mai 2026, un pasteur convoqué par les forces de l’ordre en tant que témoin a en fait été détenu pendant huit jours dans des conditions dégradantes et soumis à des violences psychologiques. Des prêtres catholiques se sont vu refuser leur titre de séjour, et l’un d’entre eux a même été arrêté par la Garde nationale alors qu’il priait dans une chapelle lors d’une manifestation contre le régime[2]. Les églises ont également été prises pour cible: le gouvernement est la seule entité autorisée à distribuer de l’aide aux personnes dans le besoin. Par conséquent, les autorités ont fermé des églises pour ce motif, criminalisant de fait l’action humanitaire[3].

    Les méthodes du régime sont clairement discriminatoires: les églises et les pasteurs qui soutiennent publiquement le gouvernement bénéficient de financements et d’un traitement de faveur, tandis que ceux qui le critiquent sont confrontés à la surveillance, aux menaces et à la violence à l’encontre de leur personnel et de leurs biens. Cela crée un climat d’autocensure, qui se reflète dans le dernier classement de l’Index mondial de persécution de Portes ouvertes, qui place le Venezuela parmi les pires pays au monde pour pratiquer le christianisme[4]. La destitution de Nicolás Maduro en janvier 2026 n’a pas modifié cette dynamique, puisque le même parti est toujours au pouvoir, et les membres du clergé susceptibles de dénoncer les abus passés sont désormais confrontés à un sentiment d’incertitude encore plus grand.

    Dans notre contribution (disponible en anglais), nous avons souligné que le Venezuela ne peut plus prétendre garantir la liberté religieuse dans sa Constitution tout en punissant les croyants qui l’exercent.

    La traite des êtres humains augmente

    La législation vénézuélienne interdit la traite des êtres humains en vertu de l’article 54 de la Constitution et de l’article 174 du Code pénal. Le pays est également partie au Protocole de Palerme, qui oblige les États à mettre en place des systèmes complets de prévention et de protection des victimes, plutôt que de se contenter d’interdire cette pratique.

    L’ampleur du problème dépasse largement la capacité de réaction de l’État. L’effondrement de l’économie vénézuélienne a poussé des millions de personnes à fuir le pays. Des réseaux criminels, notamment des gangs tels que le «Tren de Aragua», ciblent des migrants désespérés en leur promettant des emplois ou un passage sûr, pour finalement les contraindre au travail forcé, à l’exploitation sexuelle ou au mariage forcé. En 2024, la traite des êtres humains liée au Venezuela générait 2,6 milliards de dollars de recettes, et on estimait que des centaines de milliers de Vénézuéliens vivaient dans des conditions d’esclavage moderne[5]. On estime qu’environ un tiers des migrants vénézuéliens se dirigeant vers les États-Unis ont subi des abus sexuels en cours de route.

    Cette crise est particulièrement accablante non seulement en raison de son ampleur, mais aussi parce que l’État ne parvient pas à lutter de manière significative contre la traite des êtres humains. Au cours de la dernière année de référence, les autorités n’ont enregistré aucune enquête ni aucune condamnation pour traite, et le gouvernement continue de ne fournir aucun hébergement aux victimes. Il convient de noter que, lors de son précédent cycle d’examen, le Venezuela avait accepté une recommandation visant à mettre en place des mécanismes spécialisés pour identifier les victimes de la traite, mais ceux-ci n’ont jamais été mis en œuvre. En attendant, ce sont les ONG qui fournissent le peu de soutien psychologique, juridique et matériel, travaillant souvent sous le joug des restrictions imposées par ce même gouvernement.

    Les atteintes du Venezuela en matière de libertés fondamentales et son incapacité à lutter contre la traite ne constituent pas seulement un problème national. Toute personne qui quitte le pays en quête de sécurité devient une cible potentielle, et les réseaux de traite et d’exploitation sexuelle exploitent désormais les voies de sortie du Venezuela pour étendre leurs activités à l’étranger. Les réseaux criminels tirent parti de la crise migratoire du pays pour étendre leurs activités, exacerbant ainsi la crise humanitaire dans toute la région.

    ______

    [1] Constitution of the Bolivarian Republic of Venezuela (30 dec. 1999), https://www.oas.org/dil/esp/constitucion_venezuela.pdf

    [2] General Briefing: Venezuela, CHRISTIAN SOLIDARITY WORLDWIDE (May 29, 2025), https://www.csw.org.uk/2025/05/29/report/6520/article.htm  [hereinafter CSW].

    [3] GNB Assault on Monsignor Zárate Condemned for Bringing Humanitarian Aid to Victims of Cumanacoa, NTN24 (July 16, 2024), https://www.ntn24.com/noticias-actualidad/condenan-agresion-de-la-gnb-a-monsenor-zarate-por-llevar-ayuda-humanitaria-a-damnificados-de-cumanacoa-502285

    [4] OPEN DOORS, WWL 2026 Compilation of all Main Documents (Jan. 2026), https://www.opendoors.org/research-reports/wwl-documentation/WWL2026-Compilation-of-main-documents.pdf

    [5] Antonio Mariá Delgado, Human Trafficking of Venezuelans Explodes into $2.6 Billion Industry, Report Says, MIAMI HERALD (Sep. 11, 2025), https://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/venezuela/article312055509.html

  • Quels sont les pays les plus catholiques au monde ? Le premier ne se trouve plus en Europe

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    De Religion en Libertad :

    Quels sont les pays les plus catholiques au monde ? Le premier ne se trouve plus en Europe

    Le catholicisme demeure la religion majoritaire dans de nombreux pays, même si les réalités y sont très différentes.

    16.08.2026

     

    La carte du catholicisme mondial révèle des contrastes surprenants. Bien que l'Europe ait été le berceau de la diffusion de cette foi, on trouve aujourd'hui des pourcentages parmi les plus élevés dans des régions inattendues, comme l'Asie et l'Amérique latine. D'après les recensements locaux les plus récents, voici le classement :

    Timor oriental

    Avec 97,5 % de sa population se déclarant catholique, le Timor oriental arrive en tête du classement mondial . La foi y a été introduite par les Portugais au XVIe siècle et s'est consolidée après l'indépendance en 2002, devenant un élément central de l'identité nationale.

    Monaco

    Le catholicisme est la religion d'État officielle de Monaco. Plus de 90 % de la population pratique cette foi , et la Constitution protège la liberté de culte. 

    Ce fut le moment de l'arrivée de Léon XIV à Monaco.

    Voici le moment de l'arrivée de Léon XIV à Monaco. Vatican News (capture d'écran).

    Saint-Marin

    Ce petit État européen compte 90 % de catholiques. Ses traditions sont liées à l'Italie et au Vatican, et bien que la pratique religieuse ait décliné, son identité culturelle reste fortement influencée par l'Église .

    Pologne

    Avec 90 % de catholiques, la Pologne est l'un des bastions européens du catholicisme. La figure de saint Jean-Paul II a renforcé la foi durant l'ère communiste et demeure aujourd'hui une référence spirituelle et culturelle .

    Andorre

    88,2 % des habitants se déclarent catholiques. L’influence de l’Espagne et de la France, ainsi que la tradition pyrénéenne, contribuent à maintenir la foi vivante dans cette petite principauté .

    Paraguay

    Avec un taux de 88 %, le Paraguay se distingue en Amérique du Sud. La religiosité populaire, les fêtes des saints patrons et la dévotion mariale font partie intégrante de la vie quotidienne .

    Lituanie

    Quatre-vingt-six pour cent de la population est catholique. Après des décennies de répression soviétique, l'Église est devenue un symbole de résistance et demeure aujourd'hui un pilier culturel et spirituel.

    Malte

    Avec 82,6 % de sa population se déclarant catholique, Malte est l'un des pays les plus catholiques d'Europe. La foi y est arrivée avec saint Paul et se reflète dans ses nombreuses églises et processions.

    Messe dans la cathédrale principale de Malte.

    Messe à la cathédrale principale de Malte. (Archives)

    Italie

    81,2 % des Italiens se déclarent catholiques. Bien que la pratique religieuse soit en déclin , Rome et le Vatican demeurent le cœur spirituel de l'Église.

    Croatie

    Avec 80,7 %, la foi catholique fait partie intégrante de l'identité nationale croate , notamment depuis la guerre des Balkans, où l'Église a joué un rôle dans la cohésion sociale.

    Portugal

    Quatre-vingts pour cent de la population est catholique. Fatima est l'un des plus grands centres de pèlerinage au monde , un symbole de la spiritualité portugaise.

    Autres pays

    En Guinée équatoriale, à Haïti, au Panama, en Colombie, aux Philippines et au Mexique, ce pourcentage avoisine les 80 %. Au Pérou, en Bolivie et en Équateur, il chute à 75 % , tandis qu'en Argentine et en République dominicaine, il atteint les deux tiers. Le Brésil et le Costa Rica conservent une majorité d'environ 57 %. La religiosité populaire et la dévotion mariale demeurent très fortes dans toute la région.

    Espagne et France

    L’Espagne (58 %) et la France (57,5 %) restent majoritairement catholiques , malgré un déclin significatif de la pratique religieuse. Les traditions culturelles et les fêtes religieuses contribuent à préserver leur identité.

    Autriche

    Avec un peu plus de 55 %, l'Autriche conserve une majorité catholique, malgré une faible fréquentation des messes . L'Église continue d'exercer une influence sur la vie culturelle et éducative.

    Suisse et Allemagne

    La Suisse (31 %) et l'Allemagne (23 %) affichent un net recul. La sécularisation et le pluralisme religieux ont réduit cette pratique, même si l'Église conserve une présence institutionnelle .

    Le catholicisme demeure la religion majoritaire dans de nombreux pays, même si les réalités varient considérablement : de la foi vivante du Timor oriental et du Paraguay à la sécularisation de l’Europe occidentale. La carte montre que l’Église, malgré les mutations sociales, reste un pilier spirituel et culturel dans une grande partie du monde.

  • Les colons israéliens créent un climat de peur parmi les chrétiens de Cisjordanie

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    De Crux Now :

    Les colons israéliens créent un « climat de peur » parmi les chrétiens de Cisjordanie

    11 août 2026

    Le curé de la dernière paroisse entièrement chrétienne de Palestine a déclaré que les colons israéliens créent un « climat de peur » dans le but de chasser les habitants de leurs terres.

    Dans un entretien accordé à Vatican News, le père Bashar Fawadleh de Taybeh a expliqué l'immense pression que subissaient les populations locales de la part des colons, notamment l'intimidation, les saisies de propriétés et les efforts pour étendre les colonies.

    Le 5 août, des colons ont fait irruption dans la maison d'une des familles de la paroisse de Fawadleh, ce qui, selon lui, n'était « pas un incident isolé ».

    Dimanche, l'armée israélienne a fermé Taybeh aux non-résidents, une restriction qui, selon un porte-parole militaire, ne s'applique qu'aux Israéliens et a été mise en place en raison de « plusieurs attaques violentes perpétrées par des Israéliens dans la région ».

    « Malheureusement, ce à quoi nous assistons actuellement est profondément alarmant », a-t-il déclaré, soulignant que la maison en question « venait d’être préparée pour accueillir ses occupants ».

    « Pendant plusieurs jours », a-t-il déclaré, « deux colons ont pénétré par effraction sur la propriété à plusieurs reprises. Ils ont occupé les terres et ont amené un troupeau de moutons juste devant la maison. »

    « Les colons ont également coupé la clôture », a-t-il déclaré.

    « Il s’agit d’une stratégie de harcèlement délibérée visant à instaurer un climat de peur et à contraindre les familles palestiniennes à quitter leurs terres. Nous remercions Dieu que la famille soit saine et sauve », a-t-il ajouté.

    « Imaginez préparer une maison pour votre famille, pour ensuite découvrir que des étrangers s'y sont introduits illégalement et l'occupent à leur guise. C'est la réalité que nous vivons ici à Taybeh. En fait, au moment même où je vous parle, ces mêmes personnes sont revenues installer des tentes sur la propriété. C'est une situation incroyablement difficile à supporter », a-t-il également déclaré à Vatican News.

    « De nombreuses familles à l’ouest, à l’est et au sud de Taybeh souffrent des violences des colons. Comme à leur habitude, ils incendient des terrains vagues. Dernièrement, ils ont mis le feu à une colline au sud-est du village. Les colons israéliens viennent pour nuire et occuper les terres », a déclaré Fawadleh.

    « Ces derniers mois, la situation s’est considérablement détériorée. Presque quotidiennement, nous subissons des incursions, des attaques contre des propriétés privées, la destruction de terres agricoles, des fermetures de routes, des restrictions de déplacement et une pression incessante sur la population », a-t-il ajouté.

    Dans le Nouveau Testament, Taybeh est appelée Ephraïm, une ville où Jésus et ses disciples ont séjourné après la résurrection de Lazare.

    « C’est un symbole vital et fondamental pour tous, surtout à l’approche du Jubilé de 2033, qui marquera le bicentenaire de la venue de Jésus-Christ sur terre. Taybeh est en première ligne pour préserver le christianisme ici, en Terre sainte », a déclaré Fawadleh.

    « Jésus a choisi de se réfugier à Taybeh avant sa passion, sa mort et sa résurrection. Nous devons demeurer un témoignage vivant du christianisme et de sa présence constante en Terre sainte. Le monde doit se tenir aux côtés de Taybeh », a-t-il ajouté.

    Fawadleh a également appelé la communauté internationale à aider les Palestiniens qui souffrent dans ces conditions, et a également demandé des prières.

    « Nous nous sentons oubliés et complètement seuls. Des recours juridiques existent, mais ils sont malheureusement très limités et rarement efficaces. C’est pourquoi la présence et la pression internationales sont vitales en ce moment. Nous avons besoin d’une protection concrète pour les civils et d’une véritable volonté politique pour mettre fin à ces violences », a-t-il déclaré.

    « N’oubliez pas Taybeh. J’invite tous les diocèses catholiques du monde entier à s’exprimer sur la situation ici, à parler de ces frères et sœurs chrétiens qui vivent dans la terreur. Le berceau de la communauté chrétienne ne doit pas sombrer dans le silence », a-t-il ajouté.

  • Comment devenir un dhimmi

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    De Francis X. Maier sur The Catholic Thing :

    Comment devenir un dhimmi

    Fin juillet, quelque 60 000 migrants ont afflué du Maroc vers Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord. Il s’agissait principalement de jeunes hommes. Et comme 99 % des Marocains pratiquent l’islam, la plupart étaient très certainement musulmans. Ceuta n’est pas une colonie espagnole. C’est une « ville autonome » faisant partie intégrante de l’État espagnol, dont la souveraineté remonte à 1580. Elle constitue ainsi une porte d’entrée (espérée) vers l’Union européenne et une cible prioritaire pour l’immigration clandestine.

    La police espagnole a refoulé la plupart des migrants de l'autre côté de la frontière. Ils ont laissé derrière eux – comme le notait le Wall Street Journal – une ville d'ordinaire paisible, sidérée par le chaos. Tout cela appartient désormais au passé. Mais ce qui reste gravé dans les mémoires, c'est la réaction de l'Église espagnole : un mélange ambigu de respect de la loi, de compassion pour les résidents légaux traumatisés de Ceuta et d'une vive inquiétude quant à l'instrumentalisation de l'incident à des fins politiques, pour polariser l'opinion publique, diaboliser les migrants et semer la peur.

    Nous reviendrons dans un instant sur ce dernier point, à savoir le traitement des migrants. Mais d'abord, un peu de contexte et d'informations générales.

    Jacques Ellul (décédé en 1994) était un éminent philosophe et historien-sociologue français. Actif au sein de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, il a aidé des Juifs à fuir le régime de Vichy, proche des nazis. Il est surtout connu pour ses nombreux ouvrages, dont des chefs-d'œuvre comme La Société technologique et La Propagande : la formation des mentalités.  Chrétien calviniste convaincu, il était également théologien laïc au sein de l'Église réformée de France. À ce titre, il a vivement critiqué l'islam et la perspective d'une Europe « islamisée ».

    Ellul est gênant pour le discours laïque actuel. Nous vivons à une époque où les élites européennes ont renié le passé chrétien du continent, tout en réécrivant l'histoire pour atténuer et valoriser de nombreux aspects de l'islam. Parallèlement, les penseurs chrétiens minimisent souvent les divergences qui séparent le judaïsme, le christianisme et l'islam dans une quête de respect mutuel. Les voix publiques qui refusent de se rallier à ce mouvement sont qualifiées de « racistes », à l'instar de Jean Raspail ( voir ici ), d'« alarmistes et islamophobes », comme Michel Houellebecq (pour son roman Soumission ), ou encore de personnes manquant de rigueur intellectuelle, comme la chercheuse Bat Ye'or (voir ci-dessous).

    Ellul, s'il était encore vivant, ne pourrait être écarté aussi facilement. Sa critique vigoureuse de l'islam se trouve dans deux de ses ouvrages, disponibles ici et ici. En résumé, il soutenait que les trois grandes religions « monothéistes » ont des conceptions très différentes de Dieu, les unes des autres et de la personne humaine. Elles ne partagent aucun fondement commun en Abraham et n'entretiennent pas une relation similaire avec leurs Écritures. Ce même point de vue est repris aujourd'hui par le philosophe catholique français Rémi Brague, lauréat du prix Ratzinger. Et il a des conséquences très concrètes.

    Ellul critiquait notamment ce qu'il considérait comme une tendance totalitaire irréformable au sein de l'islam, fondée sur un prétendu droit divin. Cela a conduit l'islam à introduire le concept de « guerre sainte » dans la pensée religieuse. Et ceci, à son tour, a engendré la notion chrétienne de « croisade » en réponse.

    Pour l'islam, la violence et la coercition – lorsqu'elles sont jugées nécessaires – sont des outils légitimes pour propager la foi. Elles sont intrinsèquement liées à la structure originelle de l'islam, contrairement au christianisme. Comme le souligne Ellul, cela a rarement empêché les chrétiens de renier leurs propres convictions par intérêt personnel. Mais, fondamentalement, les deux religions présentent des conceptions très différentes de la violence religieuse.

    Pour notre propos, certaines des réflexions essentielles d'Ellul sur l'islam figurent dans sa préface à * Le Dhimmi* et dans son avant-propos à * Le Déclin du christianisme oriental sous l'Islam* , deux ouvrages écrits par la chercheuse juive Bat Ye'or (pseudonyme de Giséle Littman ). La grande valeur de chacun de ces livres réside dans leur étude approfondie de la vie des dhimmis à travers les siècles. Les dhimmis étaient et sont encore des non-musulmans vivant sous domination islamique. Aujourd'hui, on insiste beaucoup sur la « tolérance » des musulmans envers les juifs et les chrétiens en terre d'islam. Les faits historiques sont mitigés, et rarement positifs.

    En théorie, les dhimmis sont des personnes « protégées » par le Livre. Mais en pratique, ils ne jouissent jamais d'une pleine égalité avec les musulmans. Plus un régime islamique se radicalise et s'appuie sur la charia, plus les dhimmis souffrent en tant que classe subordonnée. Les « droits » des dhimmis, comme le souligne Ellul, sont  des droits concédés et conditionnels , toujours susceptibles d'être révoqués. Pire encore, par le passé, les massacres de dhimmis étaient fréquents, et une persécution odieuse des chrétiens persiste aujourd'hui dans certaines communautés musulmanes. À long terme, cette répression entraîne l'étouffement progressif de tout ce qui n'est pas musulman. Les exemples abondent. Avant la conquête musulmane, l'Église d'Afrique du Nord comptait quelque 300 diocèses. Aujourd'hui, ils sont enfouis et oubliés sous le sable.

    Ellul conclut que « dans le contexte actuel de l’histoire contemporaine, [l’œuvre de Bat Ye’or] constitue un avertissement clair. Le monde musulman n’a pas évolué dans sa manière de considérer le non-musulman, ce qui nous rappelle le sort réservé à ceux qui risquent un jour d’y être submergés. » En bref, l’Europe d’aujourd’hui, avec ses illusions sur la nature de l’islam et sa paralysie morale et culturelle face à l’immigration musulmane massive, s’enfonce insidieusement dans une « dhimmitude » volontaire.

    Ce qui nous ramène à l'événement de Ceuta et à ses implications pour l'Église.

    L'une des grandes forces du christianisme réside dans son respect de la dignité de chaque personne humaine, croyante ou non, en tant qu'enfant de Dieu. L'Église sert cette dignité avec une compétence exceptionnelle dans son soutien aux migrants. C'est un aspect essentiel de notre foi. Mais une famille – et l'Église est une très grande famille, animée d'une foi biblique très spécifique – a ses premières obligations non pas envers les étrangers, mais envers la santé, la sécurité et l'avenir de ses propres membres. Autrement, la famille s'expose à sa propre disparition.

    Lorsque l’Église se laisse percevoir comme plus préoccupée par les étrangers d’une foi étrangère (et historiquement résistante et hostile) que par les besoins de son propre peuple – celui qui supportera le coût d’une immigration débridée –, elle contribue à sa propre disparition.

     C'est déjà arrivé. Cela peut se reproduire. Et cela ne sert les intérêts de personne.

  • Comment Amnesty s'est retournée contre la vision de son fondateur

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    De David Hahn sur le Catholic Herald :

    Comment Amnesty s'est retournée contre la vision de son fondateur

     
    Amnesty International s'est retrouvée au cœur d'une vive polémique après avoir publié – puis retiré – un rapport accusant des organisations catholiques et chrétiennes à but non lucratif d'appartenir à un prétendu « mouvement anti-droits des droits ». Cet épisode a soulevé des questions embarrassantes, non seulement sur les procédures internes d'Amnesty, mais aussi sur la dérive inquiétante de sa mission depuis sa création.

    Le fondateur d'Amnesty International, Peter Benenson, s'était converti au catholicisme, une foi qui a profondément marqué sa vie. Il racontait avoir eu l'idée de créer Amnesty le 19 novembre 1960, en lisant que deux étudiants portugais avaient été condamnés à sept ans de prison pour avoir prétendument « porté un toast à la liberté » sous la dictature de Salazar. L'indignation de Peter face à cette injustice flagrante a précipité la fondation d'Amnesty et a donné naissance à la tradition, toujours vivante au sein de l'organisation, de porter un toast à la liberté pour conclure ses réunions. Benenson a publié l'appel désormais célèbre, « Les prisonniers oubliés », en première page de l' Observer en 1961.

    L'appel a suscité des milliers de réponses ; les journaux l'ont relayé à l'international, et en moins d'un an, des campagnes similaires ont vu le jour dans plus d'une douzaine de pays. L'organisation se consacrait à la protection des « prisonniers d'opinion » – des personnes emprisonnées uniquement pour leurs convictions. Les premières campagnes ont enquêté sur les conditions de détention en Afrique du Sud sous l'apartheid et apporté un soutien financier aux familles des prisonniers. Le mandat d'Amnesty s'est ensuite élargi pour inclure la torture et les procès inéquitables, et en 1977, elle a reçu le prix Nobel de la paix pour son action.

    Au cours des deux dernières décennies, l'action d'Amnesty a pris une nouvelle orientation. L'organisation s'est désormais clairement alignée sur la gauche progressiste, notamment sur les questions de sexualité et de reproduction. Depuis 2020, sa politique prône la dépénalisation totale de l'avortement « quel qu'en soit le motif », y compris jusqu'à la naissance ; elle s'oppose également à toute restriction de l'avortement sélectif en fonction du sexe, affirmant que « restreindre l'accès à un avortement sûr n'est pas la solution aux discriminations structurelles ».

    En Irlande, Amnesty International a exercé une influence néfaste sur les débats relatifs aux droits de l'enfant à naître. Dès 2014, l'organisation a milité pour l'abrogation du Huitième Amendement, qui consacre dans la Constitution irlandaise le droit à la vie égal pour les femmes enceintes et leurs enfants. Lors du référendum de 2018 portant sur cette protection, Amnesty International a affirmé que voter pour l'abrogation serait « un vote pour l'égalité, la dignité, le respect et la compassion ». L'abrogation a été approuvée par les deux tiers des suffrages.

    En 2015, Amnesty International a commencé à adopter des politiques sur la moralité sexuelle désormais bien associées à la gauche progressiste. L'organisation a notamment adopté une politique de dépénalisation totale de la prostitution, incluant la suppression des lois contre l'achat de services sexuels, le racolage et le proxénétisme. Dès 1991, Amnesty International a étendu la protection accordée aux « prisonniers d'opinion » aux personnes emprisonnées uniquement pour homosexualité. Depuis, cette politique est devenue un axe central du travail plus large de l'organisation sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Le rapport d'Amnesty International Royaume-Uni, désormais retiré, intitulé « Une menace croissante », qui décrivait les organisations catholiques britanniques et autres organisations chrétiennes comme faisant partie d'un « écosystème anti-droits » coordonné, est l'expression la plus récente et la plus frappante de cette dérive.

    Les excuses présentées par Amnesty International par la suite sont pour le moins amusantes. On pouvait y lire : « Nous présentons nos excuses pour la publication de la note d’information “Une menace croissante : le mouvement anti-droits au Royaume-Uni”. Ce document n’aurait jamais dû être publié, et Amnesty International Royaume-Uni assume l’entière responsabilité de cette erreur… Nous allons commander une enquête externe indépendante afin de tirer les leçons de cette situation. » Il est en effet regrettable que vous sachiez désormais ce qu’elle pensait de vous en privé – il faut dire que sa politique ne laissait guère de place au doute à ce sujet. Ironie tragique : Benenson lui-même avait mis en garde contre ce scénario, écrivant dans Persecution 1961 : « Si [Amnesty] venait à tomber sous le contrôle d’un pays, d’une idéologie ou d’une croyance, elle aurait échoué dans sa mission. » Selon les critères de son fondateur, ce jour est arrivé.

    Les catholiques devraient reconnaître, dans ce document expurgé d'Amnesty, la séparation essentielle entre la cité des hommes et la cité de Dieu. Nous ne poursuivons assurément pas les mêmes objectifs que nos homologues laïques, même si nous employons parfois une rhétorique similaire. Protéger l'accès public aux soins de santé paraît une bonne chose jusqu'à ce que l'on comprenne que ce terme désigne en réalité la stérilisation des mineurs et l'avortement des enfants non désirés. De même, « protéger les libertés individuelles » semble irréprochable jusqu'à ce que l'on apprenne qu'il s'agit de militer pour la déstigmatisation de la prostitution.

    Il peut être très difficile pour un catholique de garder son sang-froid face à de si vastes organisations internationales qui promeuvent leur propre vision perverse du bien humain. Il est nécessaire, surtout en matière de politiques publiques, d'adopter une perspective éternelle. Le plan de Dieu n'est pas accessoire à nos fins, mais en est la cause première et ultime. Le plus grand mal que causent les politiques d'ONG comme Amnesty International ne s'attaque pas au corps de nos frères et sœurs, mais à leur âme. Elles mettent en péril la véritable liberté humaine, qui ne se trouve que dans la soumission de la volonté humaine à la volonté divine.

    Il nous faut prendre conscience de la substitution insidieuse entre la véritable liberté humaine et la simple autorisation de faire tout ce qui nous plaît. La liberté est donnée à l'homme pour la poursuite du bien, pour sa relation avec Dieu. En dehors de ce bien, la liberté dégénère en une autorisation de tout faire, même des actes contraires à notre nature, aujourd'hui célébrés à travers le monde. Ce n'est pas la liberté ; c'est la pire forme d'esclavage.

    L'ironie la plus profonde de cette histoire est qu'Amnesty a accusé l'Église catholique et d'autres institutions chrétiennes de leur propre échec. Le péché humain a toujours été un acte d'autodestruction, une rupture de notre cœur avec Celui qui est notre seule satisfaction et l'accomplissement de tous nos désirs. En effet, ces agissements illustrent non seulement la menace croissante, mais aussi bien présente, de la morale progressiste – un mouvement anti-droits aussi ancien que le jardin d'Éden.

    Il est tragique de constater que des organisations comme Amnesty ont été fondées par des hommes de bonne volonté tels que Peter Benenson, lui-même catholique, mais qui, comme tant d'autres, ont vu leur œuvre se pervertir. Amnesty est depuis devenue un foyer de progressisme radical, promouvant des politiques aussi controversées que sa position actuelle sur l'idéologie transgenre.

  • L’« invasion » de migrants à Ceuta divise les évêques espagnols

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    D'Edgar Beltrán sur le Pillar :

    L’« invasion » de migrants à Ceuta divise les évêques espagnols

    Les évêques espagnols sont profondément divisés quant à leurs réactions face à l'afflux récent de migrants sans papiers en provenance du Maroc vers la ville autonome espagnole de Ceuta.

    Le président de la Conférence des évêques espagnols a qualifié l'afflux de migrants de la semaine dernière d'« invasion », un contraste frappant avec l'accent mis par le diocèse local sur une réponse humanitaire aux migrants.

    La semaine dernière, plus de 80 000 personnes ont franchi la frontière marocaine pour se rendre à Ceuta en quelques heures, selon les autorités espagnoles, submergeant cette ville de seulement 83 000 habitants.

    Selon les médias, l'afflux de migrants serait dû en partie à de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux, laissant entendre que la frontière avait été ouverte. L'identité des personnes à l'origine de ces publications reste inconnue.

    La grande majorité des migrants sans papiers sont retournés au Maroc après que les autorités espagnoles ont annoncé qu'ils ne seraient pas autorisés à rester. Cependant, environ 7 000 personnes sont restées à Ceuta, dont un millier de mineurs.

    L'archevêque Luis Argüello de Valladolid, président de la Conférence des évêques espagnols, a déclaré le 2 août sur twitter.com que l'afflux de migrants s'inscrivait dans une stratégie politique plus large.

    « On joue avec la vie et on instrumentalise les gens – leurs rêves, leur faim, leur sexualité, leurs données – au service de l’argent et du pouvoir. Les migrations font partie intégrante de cette stratégie. L’invasion de Ceuta est un test. La démographie est une arme », a-t-il déclaré.

    L’ampleur de la dernière vague de migrants a suscité des réactions similaires de la part d’autres responsables de l’Église, qui ont mis en garde contre les motivations politiques derrière cette vague migratoire, tout en soulignant la nécessité de prendre soin des migrants concernés.

    L’archevêque José Rodríguez Carballo, OFM, de Mérida-Badajoz, a imputé la crise aux mafias locales du trafic et a déclaré qu’« il serait très triste d’essayer de tirer un avantage politique d’une grave situation humanitaire ».

    Il a fait référence à un article de l'archevêque émérite Santiago Agrelo de Tanger, qui suggérait que la vague de migrants avait été « provoquée par des intérêts politiques », mais a ajouté que « ces milliers de personnes manipulées et exploitées ne sont, pour le croyant, pas un sujet d'analyse politique ou idéologique, mais un sujet de compassion. Cette multitude ne peut recevoir que notre miséricorde. »

    Les évêques espagnols se sont généralement montrés favorables aux migrants.

    Le diocèse de Cadix et Ceuta a annoncé le 31 juillet, dans un communiqué, que les collectes du dimanche seraient intégralement reversées à la délégation diocésaine chargée des migrations. Il a ajouté être en contact avec les institutions civiles afin de contribuer à l'atténuation de la crise.

    Le directeur du département des migrations de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, le père Fernando Redondo Pavón, a affirmé dans une interview que la vague massive de migrants « n'avait rien à voir avec la régularisation extraordinaire » des immigrants illégaux votée par le gouvernement espagnol plus tôt cette année.

    Cette mesure, soutenue par la Conférence des évêques espagnols, a permis la régularisation de plus de 600 000 migrants. Des voix critiques locales craignaient qu'elle n'attire davantage d'immigration clandestine.

    D'autres responsables catholiques, quant à eux, ont adopté une approche plus franche face à la récente vague de migrants.

    Andrea Riccardi, fondateur de la communauté de Sant'Egidio, a déclaré dans une interview : « Nous avons besoin de migrants, pas de frontières fermées. »

    Il a toutefois reconnu avoir soupçonné une possible motivation politique derrière la dernière vague migratoire.

    « Il ne s'agit pas d'une arrivée comme les autres. C'est un véritable exode des damnés de la terre, ce qui laisse supposer qu'une organisation est derrière tout cela. Le Premier ministre Sánchez a évoqué des organisations mafieuses », a-t-il déclaré.

    De son côté, l’archevêque Emilio Rocha, OFM de Tanger, a rejeté cette idée, affirmant que « les mafias n’agissent pas ici, car elles agissent pour de l’argent, et les jeunes hommes qui traversent la frontière ne paient personne [pour le faire] ».

    Il a également critiqué l'idée selon laquelle les gens fuient une pauvreté extrême, affirmant que « le Maroc n'est pas un pays pauvre, ce n'est pas un pays où les jeunes fuient la faim ».

    Fernando Sotomayor, directeur de Caritas Ceuta, a déclaré dans une interview du 5 août que « la plupart de nos ressources sont destinées à 450 familles vulnérables de Ceuta, [nous nous occupons d'abord] des populations locales ».

    « C’était horrible… Les deux premiers jours ont été très compliqués. Nous avons constaté les dégâts causés par les migrants ; toutes les ONG ont agi du mieux qu’elles ont pu et avec les ressources dont elles disposaient. »

    Sotomayor a déclaré qu'un nombre important de migrants encore présents à Ceuta proviennent de pays autres que le Maroc, raison pour laquelle ils ne peuvent être renvoyés dans leur pays, et a demandé davantage de ressources pour participer aux efforts d'aide.

    La ville de Ceuta est sous souveraineté espagnole depuis 1640, date à laquelle elle est restée fidèle à la Couronne espagnole après le rétablissement de l'indépendance du Portugal. Elle était déjà sous domination portugaise depuis 1415, suite à sa conquête sur le sultanat mérinide.

    Son incorporation à l'Espagne est antérieure à l'avènement de la dynastie alaouite, qui établit la maison régnante du Maroc actuel au XVIIe siècle.

    Malgré cette longue histoire de domination ibérique, le Maroc continue de revendiquer sa souveraineté sur Ceuta et Melilla, une autre enclave espagnole sur la côte nord-africaine.

    Cela a incité de nombreuses personnes en Espagne, de tous bords politiques, à suggérer que le gouvernement marocain était à l'origine de la vague migratoire.

    Une situation similaire s'est produite, à plus petite échelle, en 2021, lorsque 8 000 migrants ont franchi la frontière, les médias locaux pointant du doigt « un relâchement évident des contrôles par les autorités marocaines » comme un facteur majeur de cette augmentation du nombre de migrants.

  • L'offensive chinoise à l'exportation transforme l'Europe en décharge

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    De Marco Respinti sur Bitter Winter :

    L'offensive chinoise à l'exportation transforme l'Europe en décharge.

    5 août 2026

    Un déséquilibre commercial abyssal, la manipulation des devises et des subventions massives révèlent comment Pékin contourne les règles internationales tout en ignorant les préoccupations européennes en matière d'équité, de sécurité et de droits de l'homme.

    Un déséquilibre de plus en plus intolérable. Généré par l'IA.
    Un déséquilibre de plus en plus intolérable. Généré par l'IA.

    Les violations des droits de l'homme et les violations des règles commerciales équitables sont profondément liées, et toutes deux révèlent la nature d'un régime qui bafoue systématiquement le droit international.

    La deuxième édition de la Conférence UE-Chine, qui s'est tenue à Pékin le 12 mai, a offert une plateforme de dialogue constructif et ouvert entre les acteurs de l'Union européenne et de la Chine sur les relations commerciales, permettant de réduire les divergences de points de vue et d'attentes. Le dialogue a été présenté comme la seule voie possible pour garantir des relations commerciales justes et équilibrées entre la Chine et les pays de l'UE.

    Pourtant, face à un déficit commercial de l'UE avec la Chine qui devrait atteindre environ 400 milliards d'euros en 2025, il est apparu clairement lors de la conférence que les relations UE-Chine étaient tendues et que les surmonter, « au-delà du point de non-retour », thème central de la conférence, ne serait pas chose aisée. Au contraire, l'UE et la Chine pourraient bien se diriger vers une guerre commerciale dans les prochains jours.

    Le déficit commercial important de l'UE avec la Chine n'est pas dû à un manque de compétitivité globale de l'UE. Avec le reste du monde, l'excédent commercial global de l'UE s'élevait à 164,6 milliards d'euros en 2025. Alors, où réside le problème avec la Chine ? Dans la politique agressive de croissance tirée par les exportations menée par Pékin. Deux facteurs ont conduit la Chine à adopter cette stratégie : la faiblesse de la demande intérieure, que le gouvernement communiste n'est pas parvenu à relancer, et la protection du marché américain par des droits de douane sur les exportations chinoises. La Chine a désormais trouvé en l'UE un débouché idéal pour ses excédents de production.

    Le Parti communiste chinois ( PCC ), au pouvoir, devra à tout prix accélérer la croissance de la Chine. En l'absence d'élections, la légitimité de son régime repose sur le maintien d'une forte croissance économique. Après avoir atteint des chiffres à deux chiffres à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, le taux de croissance de l'économie chinoise a chuté à moins de 5 % cette année. Le PCC devra donc poursuivre une politique de croissance tirée par les exportations, même si, comme l'a averti la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 13 février, l'excédent commercial chinois de 1 200 milliards de dollars risque de déclencher de nouvelles mesures protectionnistes à l'échelle mondiale.

    En réponse à la chute du dollar au premier semestre 2025, Pékin a également dévalué le renminbi de plus de 8 % par rapport à l'euro. Logiquement, le renminbi aurait dû être réévalué compte tenu de l'excédent commercial considérable et croissant de la Chine. Or, les exportateurs chinois continuent de bénéficier d'un avantage concurrentiel significatif en termes de prix.

    L'Europe risque donc de perdre son industrie au profit de la Chine. C'est le cœur de la zone euro – l'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et l'Autriche – qui subit de plein fouet la concurrence chinoise dans ses secteurs industriels clés : automobile, machines et technologies vertes. La politique industrielle chinoise, caractérisée par d'importantes subventions, a déjà quasiment anéanti l'industrie européenne des panneaux solaires, qui dominait les marchés mondiaux il y a quinze ans. Les producteurs chinois occupent désormais la première place. Le même scénario, amplifié par les politiques industrielles chinoises et la dévaluation de la monnaie, se dessine dans le secteur des voitures électriques et d'autres industries vertes.

    Une guerre commerciale entre l'UE et la Chine est la seule issue probable d'un tel scénario, et les premiers signes de cette éventualité étaient perceptibles lors de la conférence de Pékin du 12 mai. Selon les informations recueillies, des tensions sont apparues lors de cette conférence, où diplomates, fonctionnaires et experts européens et chinois se sont affrontés sur la question de l'aggravation de leurs différends commerciaux. Les intervenants chinois ont été accusés de minimiser les griefs répétés de l'Europe et d'ignorer la dure réalité économique d'une relation commerciale de plus en plus déséquilibrée. Du côté chinois, les orateurs ont, quant à eux, accusé les diplomates européens de « harcèlement » et qualifié les politiques de l'UE de mesures « protectionnistes » visant à se découpler de la Chine.

    Image de la conférence UE-Chine du 12 mai.
    Image de la conférence UE-Chine du 12 mai.

    Alors que les intervenants du côté chinois ont rejeté l'accusation selon laquelle les hommes d'affaires chinois bénéficiaient d'un avantage indu grâce aux subventions et ont fait valoir que les avantages de la Chine découlaient de facteurs de marché tels que la taille du marché, les capacités d'innovation et les coûts de production, l'ambassadeur de l'UE en Chine, Jorge Toledo, a clairement indiqué dans son discours d'ouverture que la relation de l'Europe avec la Chine dépendrait de la manière dont Pékin prendrait au sérieux les préoccupations européennes concernant l'accès au marché, les subventions, les capacités industrielles, les matières premières critiques, la sécurité et les droits de l'homme .

    Le refus des sinophones d'admettre que l'Europe restait tout aussi ouverte aux produits chinois a exaspéré les dirigeants et observateurs européens. Finalement, Jens Eskelund, président de la Chambre de commerce de l'UE en Chine, a résumé la nature des relations commerciales entre la Chine et l'UE : « Ce n'est ni un navire qui coule, ni un partenariat. C'est un porte-conteneurs géant de 400 mètres de long, chargé de 24 000 conteneurs, qui part pour l'Europe et revient presque vide. »

    La Chine parvient à contenir ses importations tout en stimulant ses exportations grâce à trois distorsions concomitantes. Premièrement, la demande intérieure est faible en raison de la chute des prix de l'immobilier. De ce fait, la demande de produits importés est également faible. Deuxièmement, dans des secteurs prioritaires tels que les semi-conducteurs, les machines, l'automobile et l'aéronautique, l'octroi de subventions publiques directes, la gratuité des terrains, la mise à disposition de machines à bas prix et les prêts garantis par l'État ont fortement accru l'offre, que la faible demande intérieure ne peut absorber. Les fabricants chinois bénéficient de subventions trois à neuf fois supérieures à celles des économies avancées, ce qui leur permet de conquérir des marchés à l'étranger. Troisièmement, la Chine profite d'un taux de change sous-évalué. Avec un excédent commercial considérable, le renminbi devrait s'apprécier. Or, face à la pression exercée par l'augmentation de cet excédent commercial, les banques d'État chinoises achètent des dollars pour freiner l'appréciation de la monnaie nationale. Le FMI estime que le renminbi pourrait actuellement être sous-évalué de 16 %.

    Des pays comme l'Inde subissent également les conséquences de la politique chinoise visant à maintenir la valeur du renminbi à un niveau bas. New Delhi doit impérativement contenir la dépréciation de la roupie indienne, faute de quoi les marchés indiens seront inondés de produits chinois bon marché. De toute évidence, l'excédent commercial record de la Chine ne sera pas viable, car le reste du monde ne peut l'absorber. Des experts ont suggéré à l'UE d'imposer un droit de douane général supplémentaire de 20 % sur les importations en provenance de Chine.


  • L'histoire cachée de la crise migratoire de Ceuta

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    D'Alberto M. Fernandez sur le NCR :

    L'histoire cachée de la crise migratoire de Ceuta

    COMMENTAIRE : Ceuta montre comment les flux migratoires peuvent devenir de puissants outils de pression et de manipulation politiques.

    Les images ont fait le tour du monde et ont suscité débats, mèmes et désinformation. Des milliers, voire des dizaines de milliers, de jeunes hommes ont afflué vers Ceuta, ville espagnole située sur la côte marocaine. Cet événement a été présenté, ou contesté, comme une histoire de migration incontrôlée, et les événements de Ceuta font assurément partie de ce récit, mais la réalité est bien plus complexe.

    Ceuta, ainsi que Melilla, l'autre ville espagnole de la côte africaine, ne sont pas des « territoires occupés » — du moins pas au regard du droit international et des Nations Unies. Elles n'ont jamais fait l'objet de débats sur la décolonisation, et le Royaume du Maroc les a historiquement et juridiquement — même si c'est à contrecœur — reconnues comme territoire espagnol.

    Ces deux villes sont les vestiges historiques d'une réalité politique, religieuse et démographique qui a perduré pendant des siècles. À une époque, une unité politique et religieuse unissait les rives nord et sud de la Méditerranée. Cette unité puisait son origine dans l'Empire romain, puis dans l'Église catholique. 

    Les conquêtes islamiques du VIIIe siècle ont anéanti cette unité, mais jusqu'au XXe siècle, des dizaines de milliers de catholiques d'origine latine (espagnole, italienne, française, maltaise) vivaient en paix sur la côte nord-africaine – à Oran, Alger, Tunis, dans certaines régions de Libye et à Alexandrie, en Égypte. Toutes ces populations ont disparu au XXe siècle. Elles ont fui (Algérie) ou ont été chassées (Tunisie, Libye et Égypte) par des gouvernements nationalistes. Seules Ceuta et Melilla, sous domination espagnole, demeurent des villes catholiques.

    Dans toute l'Afrique du Nord, on peut encore voir les vestiges de cette population catholique autrefois enracinée, souvent sous la forme d'églises transformées en mosquées. Mais parfois, elles ont été converties en écoles ou en commissariats de police, ou tout simplement laissées à l'abandon. 

    En Tunisie, la majestueuse cathédrale Saint-Louis de Carthage (consacrée en 1884) fut transformée en salle de concert. À Port-Saïd, en Égypte, la cathédrale latine fut finalement remise à l'Église copte orthodoxe. Quelques édifices sont encore utilisés par les catholiques. 

    Dans l'ancien quartier italo-tunisien de La Goulette — où a grandi l'actrice Claudia Cardinale —, l'église blanchie à la chaux Saint-Augustin-et-Saint-Fidèle date de 1838 et propose la messe en français, en anglais et en espagnol. La plupart des fidèles, peu nombreux, sont des Africains subsahariens résidant temporairement en Tunisie et tentant de rejoindre l'Europe. 

    La population catholique espagnole de Ceuta et Melilla (qui comptent chacune environ 80 000 habitants et sont encore majoritairement catholiques, bien que les pourcentages soient en baisse) est plus importante que le nombre de catholiques résidant aujourd'hui au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye réunis. L'afflux de migrants à Ceuta fin juillet a entraîné l'annulation d'une semaine de festivités en août dédiées à Notre-Dame d'Afrique, patronne de la ville, dont l'image gothique du XIVe siècle fut apportée à Ceuta par le prince portugais Henri le Navigateur en 1421. Malgré l'annulation des festivités, la procession de son image à travers la ville devrait avoir lieu le 5 août, jour de sa fête.

    L'autre aspect méconnu de la crise migratoire de Ceuta, loin d'être un secret, est la désinformation. De nombreuses campagnes en ligne, menées dans un sens ou dans l'autre, ont été lancées suite à cet incident. 

    Dans un premier temps, une coordination en ligne s'est mise en place, via WhatsApp et Facebook, incitant des milliers de jeunes Marocains à converger vers la ville. On ignore encore si le gouvernement marocain, des réseaux de trafiquants, des opposants islamistes au gouvernement marocain, ou une combinaison de ces acteurs, en sont responsables. L'Espagne a officiellement accusé les trafiquants, d'autres ont pointé du doigt le Maroc, tandis que d'autres encore ont dénoncé la politique d'immigration cynique du gouvernement de gauche espagnol.

    L'autre campagne en ligne liée aux événements de Ceuta, orchestrée par l'extrême gauche, certains nationalistes d'extrême droite et des partisans de l'Iran et d'autres islamistes, cherchait à accuser Israël et les États-Unis, ainsi que le Maroc. Selon cette théorie du complot, ces trois pays s'opposeraient aux politiques « pro-palestiniennes » ou « anti-impérialistes » du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et auraient cherché à renverser son gouvernement en provoquant un exode massif de migrants. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et l'influenceur américain d'extrême gauche Hasan Piker ont tous deux relayé cette version des faits, le premier avec prudence et le second ouvertement. Avec la montée de l'antisémitisme mondial, l'interprétation antisémite de presque tous les sujets semble être devenue monnaie courante. 

    S'il est vrai que certains Israéliens et Juifs occidentaux, très actifs sur internet, se sont réjouis de la situation espagnole, le gouvernement israélien, dans son ensemble, ne l'a pas fait. Israël a d'ailleurs dû assister au spectacle peu glorieux de son ambassadeur à Madrid contraint de rectifier les propos intempestifs de son ambassadeur auprès des Nations Unies. Et, bien sûr, l'afflux de milliers de migrants à Ceuta n'a rien de nouveau ; cela s'est déjà produit en 2021, lorsque plus de 10 000 personnes ont franchi la frontière en 24 heures. L'Espagne, sous le gouvernement socialiste, n'est guère enthousiaste à l'égard de la protection des frontières en général, et le pays a acquis la réputation, méritée, d'être le maillon faible des efforts européens pour contrôler les flux migratoires. 

    Le problème des frontières poreuses de l'Espagne ne se limite pas au Maroc. Plus de 11 000 migrants sont arrivés aux Baléares à bord de petites embarcations en provenance d'Algérie ces 18 derniers mois, tandis que des milliers d'autres, originaires pour la plupart de pays subsahariens comme le Sénégal et le Mali, ont débarqué aux îles Canaries. Le gouvernement espagnol les héberge dans des hôtels touristiques avant de les transporter vers le continent. 

    Les récentes visites papales en Espagne et à Lampedusa ont souligné le profond intérêt de l'Église pour la question des migrants et leur traitement. Mais Ceuta met également en lumière la facilité avec laquelle les flux migratoires peuvent être, et sont, instrumentalisés non seulement par les pays qui les facilitent, mais aussi par ceux qui les accueillent, par des politiciens cyniques, et par des États et des acteurs malveillants désireux de semer le chaos et de déstabiliser leurs adversaires par tous les moyens.

  • Quel pourrait être l’objectif du pape Léon pour la Chine ?

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    D'Éd. Condon sur le Pillar :

    Quel pourrait être l’objectif du pape Léon pour la Chine ?

    À court et moyen terme, à petite échelle comme dans une perspective plus large, il existe des résultats concrets à viser.

    3 août 2026

    Le Vatican a annoncé ces dernières semaines la nomination de deux évêques chinois, signe de la poursuite de l’accord conclu il y a huit ans avec le gouvernement chinois concernant la nomination des évêques.

    Les deux évêques, tous deux nommés pour des diocèses de la province de Mongolie intérieure, ont été officiellement présentés par le Vatican dans les bulletins quotidiens des 22 et 29 juillet ; ces annonces coïncidaient avec les consécrations épiscopales de Joseph Chang Yanfeng, évêque de Chifeng, et de François Xavier Duan Yongkun, évêque coadjuteur de Bameng.

    Selon le Vatican, les deux hommes ont reçu l’approbation papale de leur nomination conformément aux dispositions de l’accord conclu le 15 juin entre le Vatican et la Chine. L’installation de ces évêques s’inscrit dans la lignée d’une série de nominations relativement peu mouvementées dans les relations entre le Vatican et la Chine depuis l’élection de Léon au pontificat l’année dernière.

    L’accord conclu entre le Saint-Siège et la Chine continue de susciter des critiques de la part de certains milieux, les commentateurs soulignant les antécédents de Pékin en matière de violation des dispositions de l’accord — souvent de manière publique et en toute impunité — ainsi que la répression persistante de l’exercice des libertés religieuses fondamentales sur le continent. Cependant, l’accord devant rester en vigueur pendant encore deux ans, il est clair que le système actuel de nominations se poursuivra encore pendant un certain temps.

    Après plus d’un an de pontificat et après avoir mené à bien une série modeste de nominations en Chine continentale, le pape Léon a eu le temps d’évaluer le fonctionnement interne de l’accord conclu entre le Saint-Siège et le Parti communiste chinois. Fort de cette expérience, quelle pourrait être l’ampleur des ambitions du pape pour améliorer la situation de l’Église en Chine et dans ses relations avec ce pays ?

    Les deux annonces faites en juillet représentent, à un certain niveau, la poursuite d’une sorte de progrès dans l’accord entre le Vatican et la Chine sous le pontificat de Léon XIV, dans la mesure où le traitement des nominations épiscopales chinoises semble se dérouler sans heurts, du moins en apparence.

    Les deux évêques ont été sélectionnés au sein des structures internes de l’Église en Chine affiliées au PCC et, du moins selon les déclarations publiques du Vatican, ont ensuite été présentés pour approbation papale officielle — qui leur a été accordée — avant de recevoir la consécration épiscopale.

    Cela peut sembler insignifiant dans le cadre plus large de la création d’une ecclésiologie chinoise saine, mais dans le contexte immédiat du cycle de vie de l’accord entre le Vatican et la Chine depuis 2018, cela doit être considéré comme une sorte de victoire.

    Le statu quo antérieur, dans lequel l’Association patriotique catholique chinoise, contrôlée par les communistes, semblait nommer des évêques à sa guise, avec ou sans mandat papal, était à bien des égards pire que la situation qui prévalait avant la conclusion de l’accord. Au moins, dans la situation antérieure, le statut de l’Église schismatique soutenue par l’État et de l’Église clandestine en communion avec Rome était clairement défini, et il existait une distinction évidente entre les évêques qui étaient en union avec le pape et ceux qui ne l’étaient pas. Sous le pontificat du pape François, il n’y avait pratiquement aucune clarté quant à ce qui était licite ou non sur le continent, le Vatican se retrouvant souvent clairement dans la position moralement intenable de devoir prétendre que des nominations effectuées sans aucune implication romaine avaient été pré-approuvées.

    Ce niveau d’indifférence institutionnelle, pour ne pas dire de mépris, de la part de Pékin a atteint son paroxysme lors de l’interrègne papal de l’année dernière, lorsque l’Église catholique patriotique de Chine (CPCA) a annoncé l’« élection » et l’installation d’un nouvel évêque alors qu’il n’y avait pas de pape pour délivrer un mandat.

    Depuis l’élection de Léon, Pékin s’est montré beaucoup plus coopératif et respectueux des normes procédurales essentielles relatives à l’approbation papale. Les annonces de juillet semblent s’inscrire dans la continuité de ce changement, les deux citant une même date en juin pour l’approbation des deux évêques, qui ont été annoncées séparément les jours de leur consécration.

    Cependant, chaque nouvelle nomination en Chine continentale continue de susciter un concert prévisible (et pas nécessairement déraisonnable, compte tenu de l’histoire récente) de critiques instinctives, ainsi que l’hypothèse selon laquelle chaque nouvel évêque représenterait une sorte de capitulation de Rome face au gouvernement chinois.

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  • Le diocèse de Lokoja (Nigeria) pleure la mort d'un prêtre tué à la machette

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    De sur OSV News :

    Le diocèse du Nigeria pleure la mort d'un prêtre tué à la machette

    (OSV News) — La police du nord du Nigeria enquête sur le meurtre d'un prêtre tué dans ce qui semble être une embuscade en bord de route. 

    Le diocèse de Lokoja a annoncé le décès du père Samuel Opeyemi Oyetoro dans un communiqué publié sur Facebook le 30 juillet et a exhorté les catholiques à prier pour le prêtre assassiné.

    « Nous confions notre prêtre bien-aimé à la miséricorde infinie de Dieu, en le remerciant pour son ministère fidèle, son amour sacrificiel et son dévouement sans faille au peuple de Dieu », a déclaré le diocèse. 

    Selon un rapport du 3 août de Fides, l'agence de presse missionnaire du Vatican, un porte-parole du commandement de la police de l'État de Kogi a déclaré que la police avait été appelée le 29 juillet au sujet du « corps sans vie d'un homme non identifié » sur une route locale. 

    « Graves blessures à la machette à la tête »

    « Les policiers se sont immédiatement rendus sur les lieux, où ils ont découvert la victime, grièvement blessée à la tête par une machette », a déclaré le porte-parole. « Le corps a été transporté à l'hôpital ASCL, où un médecin a constaté le décès. Il a ensuite été transféré à la morgue pour une autopsie. »

    La victime, selon le communiqué, a été identifiée plus tard comme étant le père Opeyemi. 

    Ahmed Usman Ododo, le gouverneur de l'État de Kogi, a condamné le meurtre comme un « acte barbare » et a assuré à l'Église catholique et à la famille du prêtre que « les auteurs de ce crime n'échapperont pas à la justice ».

    « Ododo a ordonné aux services de sécurité de mener une enquête minutieuse, professionnelle et exhaustive afin d'établir les faits entourant le meurtre et de veiller à ce que toutes les personnes impliquées soient punies avec toute la rigueur de la loi », a déclaré le bureau du gouverneur dans un communiqué publié le 31 juillet. 

    L’assassinat du père Opeyemi est le dernier d’une série d’attaques de plus en plus violentes contre des prêtres, des religieux et des laïcs catholiques dans le pays. 

    Sept hommes armés ont fait irruption dans l'église pendant la messe.

    Quatre jours après l'assassinat du prêtre, sept hommes armés ont fait irruption dans l'église Saint-Joseph d'Enugu, dans le sud-est du Nigeria, pendant la messe dominicale, rapporte l'agence Fides. Les assaillants ont enlevé trois personnes : un séminariste, un catéchiste et un paroissien.

    Selon l'agence Fides, le catéchiste a réussi à échapper à ses ravisseurs pendant que la police menait une opération de recherche. Cependant, le séminariste et le paroissien sont restés retenus en otages. 

    Selon l'Aide à l'Église en Détresse, le Nigéria est le pays qui compte le plus grand nombre de prêtres enlevés au monde. 

    En mars , la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a déclaré que le pays était confronté à « une crise terrifiante de violence religieuse » et a exprimé ses inquiétudes dans son rapport annuel 2026. 

    « Les Nigérians continuent de subir des violations de leur liberté religieuse et de vivre une crise de violence profondément tragique et persistante » aux mains de « militants non étatiques prônant une interprétation violente de l’islam », a déclaré Vicky Hartzler, alors présidente de l’USCIRF et ancienne membre républicaine de la Chambre des représentants du Missouri.

    « Le gouvernement nigérian a fait preuve de trop de négligence en ne s'attaquant pas sérieusement et directement à la violence et à ses causes sous-jacentes complexes », a-t-elle déclaré.

  • « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? »

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    De Matteo Matzuzzi sur Il Foglio :

    Un monde où Dieu n’a plus d’importance

    Dans la solitude dramatique de l’Occident sécularisé, on s’est bercé de l’illusion de pouvoir s’en passer. Mais le caractère limité de la vie pose toujours la question du sens, à laquelle il est impossible d’échapper. Entretien avec le cardinal Robert Sarah

    1er août 2026

    Sur la couverture de son dernier ouvrage paru en France, sous le titre 2050, figure une question : « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? ». La question que pose le cardinal Robert Sarah est dramatique ; elle devrait empêcher de dormir les évêques du monde entier, bien plus que les réunions et les discussions autour des tables synodales sur le trafic de drogue et la délinquance juvénile. Et pourtant, il semble que le sujet soit tabou : on continue comme si de rien n’était, on élabore des plans diocésains et on prépare des campagnes pour atteindre les plus éloignés. Avec des résultats, en général, maigres. « Ce qui figure en couverture est justement une question, pas une affirmation, ni un vœu », explique Sarah dans cet entretien accordé au Foglio : « Il est certain que l’Église, du moins en Occident, traverse une période de grandes difficultés, voire de confusion, tant sur le plan doctrinal que sur les plans moral et disciplinaire. L’imbrication entre culture et foi n’est jamais sans importance ; au contraire, elle conditionne souvent de manière déterminante la transmission de la foi. Je pense qu’il ne fait aucun doute qu’on ne peut plus confier à la culture la transmission de la foi ; celle-ci ne peut être transmise aux nouvelles générations que par des expériences et des témoignages significatifs, qui placent au centre la prière, le silence, une liturgie bien célébrée, une fidélité fondamentale à l’Évangile et, par conséquent, une humanité renouvelée, ainsi qu’une manière plus humaine de vivre les relations. Ce sont là les communautés auxquelles Benoît XVI faisait référence, et dont nous voyons déjà poindre l’aube. L’Église, au fil des siècles, a traversé bien des tempêtes, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est divine, et qu’elle ne disparaîtra donc jamais. Oui, l’Église sera toujours un phare, car elle est le Corps mystique du Christ, et le Christ est la Lumière. »

    Et pourtant, comme l’indique clairement l’ouvrage, le discours dominant s’est concentré exclusivement sur d’autres questions : du changement climatique à l’écologie, des migrations au dialogue culturel. Des thèmes sur lesquels il n’y a pas de critique a priori : le cardinal lui-même les qualifie d’importants. Le problème, comme le souligne l’ouvrage, survient lorsque ces questions relèguent au second plan la place centrale de Dieu. Mais pourquoi cela s’est-il produit ? Pourquoi entend-on de plus en plus souvent, dans les homélies, parler d’urgence climatique plutôt que des thèmes profonds de notre foi ? « D’une part, comme je le disais, la culture dominante a imprégné même les milieux ecclésiaux, et même les prédicateurs ne sont pas à l’abri de cette influence. D’autre part, il peut y avoir la tentation de vouloir à tout prix plaire, d’être acceptable aux yeux de l’auditoire, et donc de céder à ces sujets qui font recette parce qu’ils sont plus à la mode. Il en résulte une prédication banale, totalement hors de propos, qui ne répond pas aux désirs profonds de l’homme. L’homme, y compris l’homme contemporain, a absolument besoin de Dieu, d’entendre parler de l’Évangile, de la vie éternelle, de la spiritualité. Il n’est jamais licite de réduire l’Évangile à des thèmes sociaux et horizontaux, aussi pertinents soient-ils, car cela revient à trahir la volonté même du Christ, qui nous a envoyés prêcher le salut éternel, et non la rédemption sociale. »

    Ce que dit le cardinal Sarah, et ce n’est pas nouveau, est évident en Occident et – pour restreindre encore davantage le champ – en Europe. Lorsqu’on s’entretient avec un évêque ou un prêtre du Vieux Continent, des pays qui en constituent le cœur, on perçoit que le problème n’est plus l’athéisme, qui supposait tout de même un débat – plus ou moins approfondi – sur l’existence de Dieu. Non, la question est désormais tout autre : Dieu n’est pas une évidence. On ne se pose plus la question de sa présence dans la vie de chacun et dans la société. Selon le cardinal Sarah, qui a publié en 2024 Dieu existe-t-il ? (Cantagalli), « on peut constater qu’en Occident, d’un point de vue culturel, beaucoup vivent comme si Dieu n’existait pas. Dieu n’est plus au centre des préoccupations des gens, nous n’en avons pas besoin. Le thème de Dieu est devenu sans importance, même si le thème religieux, lui, ne l’est pas, car l’homme est naturellement religieux, et le sens religieux humain fait partie de la structure anthropologique de l’homme et revêt de toute façon une importance universelle. Probablement, en Occident, prévaut une idée déformée de Dieu, qui entre en conflit avec la liberté entendue comme autonomie radicale. L’illusion de la domination par la technoscience favorise cette position de l’homme vis-à-vis de la création et du Créateur. Mais c’est une illusion, car le caractère limité de la vie pose toujours le problème du sens, auquel il est impossible d’échapper. Il faut avoir le courage de proposer avec force le Christ comme seule source permettant de connaître véritablement l’homme, sa destinée, son sens profond. Et cela notamment à travers des expériences de foi communautaires, qui permettent aux personnes de se sentir appartenir à une réalité commune, surmontant ainsi la solitude dramatique de l’Occident sécularisé. La question reste, aujourd’hui comme toujours, anthropologique : qui est l’homme, quel est le sens de sa vie, quelles relations comblent véritablement son besoin profond d’amour ? Cet amour qui est Dieu lui-même.

    On oppose souvent à la torpeur de l’Europe sécularisée – même s’il existe des îlots de bonheur, comme la Norvège de Mgr Erik Varden, ou le nombre record de baptêmes en France – la vivacité de l’Église en Afrique. Mais n’y a-t-il pas un risque de mettre trop l’accent sur cette grande expression de la foi africaine sans tenir compte des dangers d’une foi « jeune », comme le soulignait déjà Benoît XVI il y a de nombreuses années ? Le pape Ratzinger parlait de l’Afrique comme d’un « immense poumon spirituel », mais il ajoutait que les poumons peuvent tomber malades. « Certes – répond le cardinal Robert Sarah, Guinéen –, l’Afrique est un poumon spirituel ; mieux encore, comme le disait le pape Paul VI : nova patria Christi, la nouvelle patrie du Christ, c’est l’Afrique. On peut le dire à la fois, bien sûr, sur le plan démographique, et parce que le christianisme est en expansion constante. Mais, comme toutes les réalités jeunes, elle est fragile, elle a besoin de soutien, et l’Europe, forte de sa longue expérience théologique, liturgique et monastique, dans ce qu’elle a de meilleur – sur le plan culturel, de la foi et à travers ses plusieurs siècles d’histoire –, peut encore offrir ce soutien. Parfois, les prêtres africains qui viennent étudier en Europe ne saisissent pas toute la grandeur et la force de la foi chrétienne bimillénaire, car l’Europe aussi est fragile, distraite, incapable de transmettre sa propre identité profonde. « Je pense qu’il peut y avoir une réciprocité entre l’Afrique et l’Europe : l’Afrique, avec son apport d’une foi jeune, fraîche, enthousiaste, ouverte au martyre, et l’Europe, avec sa force bimillénaire de sainteté et de doctrine. Un équilibre difficile, mais pas impossible. »

    Et quand on parle de l’Afrique, on ne peut s’empêcher d’évoquer la persécution des chrétiens, même si ce sujet ne passionne guère ceux qui organisent les débats télévisés sous nos latitudes. Le pape François disait que les persécutés étaient « plus nombreux aujourd’hui qu’aux premiers siècles de l’Église ». Souvent, en revanche, on a tendance à dire qu’il n’y a pas de persécution, mais qu’il s’agit seulement d’affrontements pour le contrôle des ressources naturelles. Et, si l’on se tourne vers l’Orient, la situation n’est pas meilleure en Chine. « Le drame de la persécution n’est pas fortuit dans le christianisme, mais il fait partie intégrante de l’identité chrétienne elle-même. Le Christ lui-même a été persécuté et est mort sur la croix pour nous ; on pourrait donc dire que la dimension du martyre est essentielle au christianisme ; il n’y a pas de christianisme sans martyre. Si, dans certaines parties du monde, pendant un certain temps, on ne fait pas l’expérience de la persécution, le risque est que la foi devienne tiède, nonchalante, incapable d’un véritable témoignage. Cela étant dit, il est tout à fait évident que l’information est sélective : surtout lorsque la persécution a lieu dans des pays en développement, la valeur de ces vies n’est absolument pas prise en compte, et souvent, les médias occidentaux ignorent complètement le phénomène. Je pense que l’Europe a terriblement peur de reconnaître qu’une persécution antichrétienne, et souvent, plus généralement, antireligieuse, est en cours. Mais la persécution est plus cruelle en Europe. La foi est marginalisée, les valeurs morales et chrétiennes sont combattues. L’Occident a tué Dieu, ou plutôt, il l’a méprisé, voire combattu ouvertement. L’admettre signifierait adopter des positions cohérentes, ce que l’Europe n’a probablement pas la force de faire. Pourtant, les chrétiens doivent être protégés, surtout là où ils sont minoritaires, comme toutes les minorités. La question de la Chine est très complexe, et il faut espérer que cet accord secret vise uniquement à favoriser l’évangélisation, et non à faire des compromis avec un gouvernement qui est, de fait, intrinsèquement antireligieux. »

    L’accord avec la Chine est l’un des points marquants du pontificat de François qui, quelle que soit la manière dont on le considère et l’évalue, a été source de divisions, y compris dans le débat « laïc ». Lors des congrégations générales qui ont précédé le conclave, la recherche de l’unité était évidente. Comment peut-on aider, dans cette œuvre, un pape comme Léon qui a fait de l’unité sa devise et son style de gouvernement ? « La première façon d’aider le pape est de le soutenir quotidiennement par nos prières, afin qu’il se laisse véritablement éclairer par le Saint-Esprit, sans suivre ses propres pensées ni se laisser influencer par un groupe de personnes, mais en écoutant ce que Dieu dit à son Église. Certes, le pape Léon, au cours de cette première année de pontificat, a fait preuve d’un grand équilibre, d’une grande capacité d’écoute et d’une volonté concrète d’apaiser même les tensions qui s’étaient créées. Sa prudence, son calme et sa sympathie humaine nous confortent dans l’idée qu’il est réellement possible d’avancer dans cette direction. Nous pouvons en outre l’aider dans son discernement, en lui présentant les différentes situations de l’Église et du monde, en proposant des pistes de solution possibles, mais surtout en lui fournissant le plus d’éléments possible afin qu’il puisse procéder à une évaluation attentive et prendre les décisions qui s’imposent. Je suis convaincu que le Saint-Père Léon sait très bien quel est le but à atteindre et qu’il cherche, notamment avec l’aide des cardinaux, les voies les plus praticables pour y parvenir. « Nous rendons grâce au Seigneur pour le don que représente le pape Léon ».

    Parler d’unité lorsqu’on aborde la question liturgique semble compliqué. C’est un sujet qui divise, il y a deux camps opposés. D’un côté, ceux qui revendiquent l’usage du vetus ordo comme s’il s’agissait d’une conquête ; de l’autre, une réalité idéologique qui considère presque ces catholiques comme une « secte » à éradiquer. Le Pape a déclaré vouloir bien comprendre la situation, échanger et dialoguer avec tous. Selon le cardinal Robert Sarah, « c’est un drame, voire un véritable péché, qu’il y ait une sorte de guerre sur un sujet aussi essentiel que la liturgie. La liturgie est la source de la communion de l’Église et il est inconcevable que, sur des questions liturgiques – voire, dirais-je, rituelles –, il y ait une telle confrontation et des oppositions aussi féroces. Personne n’a d’autorité sur les rites, qui sont issus de l’histoire séculaire de l’Église. Les rites ne peuvent être arbitrairement abolis, et personne ne peut affirmer qu’un rite n’existe plus, du jour au lendemain. Je pense qu’il faut prendre cette question très au sérieux, en revenant à la position équilibrée, pastorale et théologiquement fondée de Benoît XVI, qui a permis aux deux formes du rite latin de coexister, de s’enrichir mutuellement, d’être connues du peuple saint de Dieu qui, au fil des décennies, pourra choisir la forme qui correspond le mieux à son besoin de foi, de silence et de spiritualité.  Certains excès de ceux qui sont attachés à la forme extraordinaire sont, en partie, justifiés par les abus dramatiques et généralisés de la liturgie de la forme ordinaire, qui, à ce jour, n’est souvent pas célébrée comme le Concile l’aurait souhaité et comme le suggère la réforme liturgique elle-même. La liturgie n’est pas la propriété du célébrant, quel qu’il soit, prêtre, évêque ou cardinal. La liturgie appartient à Dieu ; on y entre et personne n’en est le maître. » Peut-être, cependant, le problème est-il encore plus profond. Regardons la qualité des homélies, souvent mal préparées et rarement capables de laisser une trace dans le cœur et l’esprit des fidèles. Sans parler des célébrations, où les références au transcendant sont souvent réduites à de simples parenthèses. Que faire ? « J’y ai déjà répondu en partie. La clé, c’est la formation liturgique, la formation, et encore la formation. Tant des évêques que des prêtres et des laïcs. Le retour au sens du sacré, dans une société sécularisée qui a chassé Dieu, ne peut se faire qu’à travers l’annonce de la vérité, une catéchèse convaincue et constante, et des expériences concrètes de silence et de spiritualité au sein de la célébration liturgique. Le respect dû à Dieu et l’humilité de sa propre personne sont des éléments fondamentaux pour retrouver le sens du sacré et la fidélité à la célébration telle que l’Église la veut. D’ailleurs, personne ne se permettrait d’entrer dans la chapelle Sixtine pour corriger le Jugement dernier de Michel-Ange.  « Voilà, le missel est bien plus important, bien plus ancien et bien plus contraignant que le Jugement dernier de Michel-Ange ; par conséquent, personne ne peut corriger, supprimer, ajouter ou modifier quoi que ce soit au rite tel que l’Église le présente aux fidèles. Et les fidèles ont le droit sacro-saint de participer à des messes célébrées selon les prescriptions de l’Église, et non selon l’arbitraire ou le caprice d’un prêtre en particulier. »

    Matteo Matzuzzi : Originaire du Frioul, il est né en 1986. Diplômé en politique internationale et diplomatie à Padoue avec un mémoire sur les Turcs et les Américains, il a été arbitre de football. Au Foglio depuis 2011, il s’occupe de l’Église, des papes, des religions et des livres. Son auteur préféré : Joseph Roth (mais tout ce qui concerne la « finis Austriae » lui convient). Il est rédacteur en chef depuis 2020.