Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

International

  • « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane » (Mgr Rey)

    IMPRIMER

    De "Tribune Chrétienne" :

    Monseigneur Rey : « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane »

    "Je regrette profondément que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine"

    13 avril 2026

    À l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en Afrique, et plus particulièrement de sa visite aujourd’hui et demain en Algérie, nous avons voulu entendre une autre voix que celle du consensus général que certains s’efforcent d’afficher. Derrière les discours officiels, cette interview donne la parole à Monseigneur Rey, ancien évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, attentif à la réalité vécue par les communautés chrétiennes sur place:

    Pourquoi avez-vous co-signé cette tribune dans le JDD consacrée à la liberté religieuse menacée en Algérie ?

    Je connais plusieurs chrétiens arabes et kabyles qui se sont ouverts à moi et m’ont exprimé leur vision des choses. Je suis très sensible à leur témoignage et à la situation globale des chrétiens en Algérie, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes. Donc je suis sensible à la situation des chrétiens qui tombent dans une situation de quasi persécution. En Algérie nous assistons à des restrictions dans l’exercice du culte et de la pratique religieuse de plus en plus importantes. La liberté de croire doit être respectée, j’ai donc profité de cette tribune pour exprimer aux côtés d’autres témoignages cette conviction que je fais mienne.

    Que vous inspire la visite du pape et les propos du cardinal Jean-Paul Vesco ?

    Le cardinal Vesco parle d’une rencontre du souverain pontife avec le peuple algérien, ce qui en soi est très bien, mais il faut aussi savoir mettre sur la table les sujets de tension et en particulier la marginalisation des communautés chrétiennes suite aux restrictions légales qui ont été récemment décrétées.

    Que pensez-vous du fait que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine ?

    Je regrette profondément que cette étape n’ait pas lieu alors que le martyre de tous ces témoins de la foi marque l’histoire religieuse des chrétiens en Algérie. Le souci légitime de promouvoir la fraternité requiert que l’on soit en transparence sur la situation actuelle des chrétiens qui méritent d’être respectés afin de pouvoir vivre leur foi en toute liberté. À vouloir être trop consensuel on n’est plus dans la vérité.

    Comment qualifiez-vous aujourd’hui la situation des chrétiens en Algérie ?

    La pression des autorités actuelles en Algérie n’est pas admissible. Cela rejoint d’ailleurs le principe de la laïcité, au bon sens du terme, qui doit accepter que chacun puisse exprimer sa croyance ou sa non-croyance. C’est une distinction qui n’est pas faite en Algérie aujourd’hui, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane.

    Est-ce que le Vatican est conscient de cette réalité ?

    Je pense que les autorités du Saint-Siège ont reçu des témoignages de communautés chrétiennes qui sont profondément blessées par cette situation actuelle. Le Vatican cherche à rentrer dans un chemin de dialogue mais il faut aussi que la diplomatie et le dialogue intègrent et évoquent l’expression des difficultés, des épreuves et des souffrances.

    Vous êtes-vous déjà rendu en Algérie ?

    Oui, je suis allé plusieurs fois, dont en pèlerinage à Tamanrasset sur les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Je suis également allé à Tibhirine, quelques années après le massacre des moines. Je me suis recueilli sur leur tombe qui se trouve dans l’enclos du monastère.

    Propos recueillis par Philippe Marie

  • Léon l’Africain; ce que peu savent sur son étape au Cameroun

    IMPRIMER

    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Léon l’Africain. Ce que peu savent sur son étape au Cameroun

    Au cours de son voyage en Afrique, le pape Léon se prépare à faire étape au Cameroun, un pays ravagé par une guerre dont les médias du monde entier ne parlent pas beaucoup. Et même c’est sans doute pour cette raison que le Pape a voulu s’y rendre, avec une escale, jeudi 16 avril en plein épicentre du conflit, à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest du Cameroun, où il organisera une « rencontre pour paix » avec les communautés locales.

    La région du Nord-Ouest, ainsi que la région limitrophe du Sud-Ouest, qui donne sur l’océan Atlantique, toutes deux frontalières avec le Nigéria, est le théâtre d’une guerre civile qui fait rage depuis octobre 2016, menée par des séparatistes voulant faire sécession du Cameroun pour former un nouvel État d’ « Ambazonie » (du nom de la baie d’Ambas, sur l’océan), qui a proclamé son indépendance en 2017, jusqu’ici sans la moindre reconnaissance de la communauté internationale.

    Mais d’autres régions du Cameroun sont également la cible de raids armés, comme les régions plus au Nord, entre le Nigéria et le Tchad, où le terrorisme Jihadiste fait rage, et où des guérilleros de Boko Haram et de l’État Islamique de la Province d’Afrique Occidentale (ISWAP) attaquent fréquemment  des villages, des églises, des écoles, perpétrant des massacres et des enlèvements dont les chrétiens sont les premières victimes, dans un pays où 60% de la population est chrétienne et 20% musulmane.

    Si ce terrorisme djihadiste frappe également d’autres pays du Sahel tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ainsi que le Nigéria et le Tchad, la guerre civile qui fait rage depuis 2016 est en revanche spécifique au Cameroun.  Elle a principalement deux causes, une cause immédiate et une autre plus lointaine, remontant à la période coloniale, toutes deux expliquées en détail par le jésuite kenyan Mathew Bomki dans le dernier numéro de « La Civiltà Cattolica ».

    Entre la fin du XIXe siècle et la première guerre mondiale, le « Kamerun » était un protectorat allemand, avant d’être transféré à la France par la Société des Nations, ainsi que pour une plus petite partie, soit un cinquième de son territoire, à la Grande-Bretagne.

    Le Cameroun français a obtenu son indépendance en 1960 et, le 11 février de l’année suivante, un plébiscite a été organisé sous l’égide des Nations Unies au Cameroun britannique, afin de permettre aux Camerounais anglophones de choisir entre l’adhésion au Nigéria voisin ou bien à la toute nouvelle République du Cameroun francophone.

    La troisième option, celle de l’indépendance, fut exclue du référendum alors qu’aux dires des évêques locaux, elle était bien la plus populaire des trois.

    En fin de compte, le plébiscite de 1961 vit la partie Nord du Cameroun britannique voter pour l’adhésion au Nigéria tandis que la partie Sud choisit de s’unir au Cameroun, qui avait à l’époque une structure fédérale mais qui allait ensuite, sous la pression du gouvernement central, progressivement se restructurer de manière unitaire, au détriment de l’autonomie de la zone anglophone.

    Le 28 décembre 2016, les évêques de cette région ont envoyé un Mémorandum au président Paul Biya, aujourd’hui âgé de 93 ans et aux commandes du pays depuis 1982 sans interruption :

    « Les Camerounais anglophones sont étranglés à petit feu, parce que chaque élément de leur culture est systématiquement pris pour cible et absorbé dans la culture et la manière de faire propre au Cameroun francophone. Qu’il s’agisse de la langue, du système d’enseignement, de l’administration ou de gouvernement – dans lequel les structures de représentation démocratiques en pratique contournées par l’intervention de fonctionnaires nommés par l’autorité centrale — ou encore du système judiciaire. »

    Au moment où les évêques rédigeaient ce Mémorandum, les avocats, les enseignants et les étudiants des régions anglophones venaient de descendre manifester pacifiquement dans la rue (voir photo © Teller Report) pour défendre l’usage du « common law » dans les procès judiciaires ainsi que le système scolaire de tradition anglo-saxonne. Mais le gouvernement central a violemment réprimé ces manifestations. Et c’est ce qui a déclenché la guerre civile, avec l’entrée en scène de groupes armés séparatistes, les « Amba boys », avec à la clé des massacres et des enlèvements de la part des deux camps – dont les tristement célèbres massacres de Kumba et Ngarbuh en 2020 – où les deux camps se renvoient la balle en matière de responsabilité.

    L’explosion de violence a causé un nombre important d’homicides, d’incendies volontaires et de destructions de biens et de vies innocentes. Des villages entiers ont été rasés au sol et de nombreuses écoles ravagées. Dans « La Civiltà Cattolica », voici comment Mathew Bomki évalue les dommages causés par cette guerre civile :

    « Dans la partie anglophone du Cameroun, l’économie est à l’arrêt. Plus de 6000 Camerounais ont trouvé la mort dans le conflit, des centaines de milliers ont fui les conflits et 80 000 d’entre eux ont trouvé refuge au Nigéria voisin. Ces sept à huit dernières années, les écoles ont fonctionné de manière précaire, quand elles ne sont pas restées fermées. Selon l’International Crisis Group, l’instruction de plus de 600 000 élèves a été compromise par le conflit ».

    Il faut encore ajouter à ce bilan environ 2000 prisonniers politiques et l’afflux de réfugiés en provenance de la turbulente République Centrafricaine.

    Et l’Église ?  Voici ce que le pape François déclarait au terme de l’audience générale du 28 octobre 2020, peu après le massacre de Kumba :

    « Je m'unis à la douleur des familles des jeunes étudiants barbarement tués samedi dernier à Kumba, au Cameroun. Un acte si cruel et insensé, qui a arraché des enfants innocents à la vie alors qu'ils suivaient les leçons à l'école me déconcerte totalement. Que Dieu illumine les cœurs, pour que des gestes semblables ne soient plus jamais répétés et pour que les régions martyrisées du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays puissent finalement retrouver la paix ! Je souhaite que les armes se taisent et que puissent être garanties la sécurité de tous et le droit de chaque jeune à l'éducation et à l'avenir. J'exprime mon affection aux familles, à la ville de Kumba et à tout le Cameroun et j'invoque le réconfort que Dieu seul peut donner. »

    Mais quelques jours plus tard, le 5 novembre, à quelques kilomètres de Bamenda, un commando a séquestré une dizaine de personnes dont le chef d’une tribu locale, Fon Sem Mbinglo II, ainsi que le cardinal camerounais Christian Tumi (1930 – 2021), à l’époque archevêque émérite de Douala. Relâché le lendemain, Mgr Tumi avait été jugé coupable par les uns de se battre pour la population anglophone et par les autres de prendre parti pour le gouvernement central et d’avoir soutenu en 2018 une « All Anglophone General Conference » visant à promouvoir un apaisement par la négociation, une initiative qui s‘était soldée par un échec.

    Les enlèvements ont pris pour cible des prêtres et des missionnaires catholiques à plusieurs reprises, dont dernièrement le curé John Berinyuy Tatah et son vicaire, enlevés non loin de Bamenda le 15 novembre dernier et relâchés le 2 décembre. Le pape Léon avait d’ailleurs tenu à se faire entendre pendant l’Angélus du 23 novembre : « C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle des enlèvements de prêtres, de fidèles et d’étudiants au Nigeria et au Cameroun. Je ressens une grande douleur, surtout pour les nombreux jeunes gens et jeunes filles séquestrés et pour leurs familles angoissées. Je lance un appel pressant pour que les otages soient immédiatement libérés et j’exhorte les autorités compétentes à prendre les décisions appropriées et opportunes pour assurer leur libération. Prions pour nos frères et sœurs, et pour que les églises et les écoles restent toujours et partout des lieux de sécurité et d’espérance »

    On estime que sur la seule année 2023, les enlèvements auraient rapporté plus de 7,8 millions de dollars de rançon.

    En janvier 2021, peu après la mésaventure du cardinal Tumi, le pape François avait envoyé au Cameroun le cardinal Pietro Parolin en mission de pacification. Mais peine perdue. À l’annonce de son arrivée, les sécessionistes ont même menacé de représailles quiconque serait allé accueillir le Secrétaire d’État, accusé lui aussi d’avoir pris parti pour le gouvernement.

    Mais aujourd’hui, c’est le pape Léon en personne qui se rend au Cameroun en messager de paix, en dépit des objections de ceux qui, à l’instar du jésuite camerounais Ludovic Lado, docteur à Oxford en anthropologie sociale et spécialiste en économie du développement, a déclaré à la revue « America » avoir déconseillé au Vatican cette visite du pape Léon, à cause de la situation politique chaotique dans lequel le pays est plongé et dans la crainte que sa visite ne puisse être interprétée comme une caution morale aux autorités politiques de Yaoundé.

    Quoi qu’il en soit, l’aéroport de Bamenda, qui est fermé depuis six ans, vient d’être rouvert pour l’arrivée du pape Léon et la ville a été rénovée de fond en comble, comme l’a déclaré avec enthousiasme l’archevêque du diocèse, Mgr Andrew Nkea Fuanya, par ailleurs président de la Conférence épiscopale du Cameroun.

    Beaucoup espèrent que la visite du pape Léon pourra à nouveau attirer l’attention du monde entier sur le sort de la population camerounaise, qui est l’une des plus impactées de toute l’Afrique par les coupes sombres opérées par Donald Trump dans les programmes d’aides aux pays défavorisés distribués par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Le pape Léon XIV en Afrique : les chiffres de l’Église

    IMPRIMER

    De zenit.org :

    Logo Voyage apostolique Cameroun

    Léon XIV en Afrique : les chiffres de l’Église

    Les statistiques officielles dressent un panorama précis de la présence catholique et des défis pastoraux dans les quatre pays africains visités par le saint-Père

    1 avril 2026

    À l’occasion du voyage apostolique du pape Léon XIV en Afrique, les données publiées par le Bureau central de statistique de l’Église offrent un aperçu chiffré de la vitalité, des contrastes et des enjeux missionnaires de l’Église en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale.

    Algérie : une présence infime mais fortement structurée

    En Algérie, l’Église catholique représente une présence très minoritaire : 9 000 catholiques pour une population de 46,8 millions d’habitants, soit seulement 0,02 % de la population.

    Le pays compte 4 circonscriptions ecclésiastiques, 29 paroisses et 5 centres pastoraux, avec un total de 60 prêtres.

    Fait notable, le ratio est inversé par rapport à l’Afrique subsaharienne : on compte seulement 146 catholiques par prêtre, mais cela s’explique par la dispersion géographique et la mission essentiellement de présence.

    Cameroun : une Église nombreuse et structurée

    Au Cameroun, l’Église catholique est solidement implantée, avec 8,3 millions de fidèles, soit 28,9 % de la population.

    Le pays dispose d’un réseau très dense : 26 diocèses, 1 426 paroisses et plus de 3 000 centres pastoraux.

    Avec 3 300 prêtres, le ratio est d’environ 2 516 catholiques par prêtre, signe d’un encadrement pastoral relativement équilibré.

    Le dynamisme se confirme avec 2 218 séminaristes majeurs et plus de 26 000 catéchistes, illustrant une Église en pleine vitalité missionnaire.

    Angola : une Église majoritaire sous pression pastorale

    En Angola, l’Église catholique est majoritaire, avec 20,3 millions de fidèles, soit 57,8 % de la population.

    Le pays compte 20 circonscriptions, 519 paroisses et plus de 1 400 centres pastoraux, desservis par 1 511 prêtres.

    Mais cette croissance s’accompagne d’une forte pression : chaque prêtre doit en moyenne accompagner 13 441 catholiques, l’un des ratios les plus élevés.

    Le pays se distingue toutefois par un nombre important de vocations, avec 2 366 séminaristes majeurs, soit 156 séminaristes pour 100 prêtres, un signe de fort renouvellement.

    Guinée équatoriale : une forte densité catholique

    En Guinée équatoriale, l’Église catholique est largement majoritaire : 1,25 million de fidèles sur 1,67 million d’habitants, soit près de 75 % de la population.

    Le pays dispose de 5 diocèses, 99 paroisses et 568 centres pastoraux, avec 265 prêtres.

    Le ratio est de 4 709 catholiques par prêtre, plus équilibré que dans d’autres pays africains.

    L’Église y joue un rôle structurant, notamment à travers ses institutions éducatives et sociales, dans un pays où elle est profondément enracinée dans la société.

    Conclusion

    Ces données officielles mettent en lumière une Église à géométrie variable : quasi invisible en Algérie, elle devient une force majeure en Afrique subsaharienne, portée par une croissance démographique, un dynamisme missionnaire et des vocations nombreuses — mais aussi confrontée à des défis pastoraux considérables.

    Léon XIV en Afrique : les chiffres de l’Église | ZENIT - Français

  • Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

    IMPRIMER

    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

    Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde plein de conflits et d'incompréhensions ». Il a visité la Grande Mosquée d'Alger et a honoré la mémoire de deux religieuses et bienheureuses espagnoles, martyrisées en 1994. Aujourd'hui, il s'installe dans la ville qui fut la patrie de saint Augustin.

    – Un pays de graves persécutions pour les chrétienspar Anna Bono

    14/04/2026

    Léon XIV visite la Grande Mosquée d'Alger

    La veille du troisième voyage apostolique de Léon XIV, Donald Trump a suscité une vive émotion. L'attente était grande à bord du vol pour Alger, où l'on craignait une possible riposte à l'attentat de la nuit. Le pape, sans ambages, a déclaré ne pas vouloir débattre avec le président américain, tout en ajoutant qu'il n'avait aucune crainte de son administration.

    Le pape s'est dit heureux de visiter à nouveau la terre de saint Augustin , considérant l'évêque d'Hippone comme « un pont essentiel dans le dialogue interreligieux ». Arrivé au Maqam Echaid, monument dédié aux victimes de la révolution algérienne, le pape a rendu hommage au peuple algérien, le qualifiant de « fort et jeune ». Il a été accueilli par le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger. Dans son discours au monument, Léon XIV a évoqué le pardon, reconnaissant sa difficulté, mais ajoutant que « tandis que les conflits continuent de se multiplier dans le monde, on ne peut pas accumuler les ressentiments ». Le pontife a également honoré les martyrs de la révolution algérienne représentés sur le monument, saluant leur « courage et leur amour de la liberté ». Il a ensuite rencontré les autorités au centre de conférences de Djamaa el Djazair et les a exhortées à « ne pas dominer » mais à « servir le peuple et son développement ».

    Il a également évoqué le rôle de l'Église catholique locale qui, par ses communautés et ses initiatives, s'efforce de « contribuer au bien commun de l'Algérie ». Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde en proie aux conflits et à l'incompréhension ». Parmi ses discours les plus « politiques », il a lancé un appel contre « les violations persistantes du droit international et les velléités coloniales ». Le dialogue interreligieux était au cœur de cette première journée en Algérie, marquée par une visite pieds nus à la Grande Mosquée d'Alger. Là, le Pape s'est exprimé spontanément et, répondant au salut du recteur, a de nouveau mentionné son « père spirituel, saint Augustin, qui a tant voulu enseigner au monde, notamment par la recherche de la vérité, la recherche de Dieu, la reconnaissance de la dignité de chaque être humain et l'importance de construire la paix ». Le Pape a également déclaré que « chercher Dieu, c'est aussi reconnaître l'image de Dieu en chaque créature, en chaque enfant de Dieu, en chaque homme et chaque femme créés à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Ces mots constituent le fondement de l’invitation à « apprendre à vivre ensemble dans le respect de la dignité de chaque personne humaine ». 

    Le pape Prévost a également honoré la mémoire de deux religieuses assassinées en 1994 , les bienheureuses Esther Paniagua Alonso et Caridad María Alvarez Martín, par une visite privée au centre d'accueil et d'amitié des Sœurs Missionnaires Augustines de Bab El Oued. C'est dans cette même ville de la province d'Alger que les deux sœurs infirmières ont subi le martyre. La rencontre s'est terminée à la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, que le pape a décrite dans son discours comme le « symbole d'une Église de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre-Dame d'Afrique, se construit la communion entre chrétiens et musulmans ». Aujourd'hui, le pape se rend à Annaba pour une journée sur les traces d'Augustin, dans ce qui fut jadis l'ancienne cité d'Hippone.

    Lire également : L'attaque incontrôlée de Trump contre Léon XIV suscite également la suspicion chez les catholiques.

  • Pourquoi le recours à la guerre contre l'Iran est problématique

    IMPRIMER

    Au vu du nombre de victimes de la répression en Iran et du nombre d'exécutions ordonnées par la justice iranienne, n'est-il pas légitime de vouloir abattre le régime des mollahs et de lui faire la guerre ?

    Oui, les chiffres sont accablants et justifient une condamnation sans équivoque de la répression systématique en Iran. Selon les données les plus récentes des organisations de défense des droits humains, les autorités iraniennes ont procédé à au moins 1 639 exécutions en 2025, soit une hausse de 68 % par rapport aux 975 de 2024. Il s’agit du bilan annuel le plus élevé depuis 1989. Ces exécutions touchent massivement des minorités ethniques (Baloutches, Kurdes), des femmes (48 en 2025) et des personnes condamnées pour des infractions liées à la drogue ou à des motifs politiques, souvent à l’issue de procès iniques et de tortures.

    La répression des manifestations, notamment celles de 2022 (« Femme, Vie, Liberté » après la mort de Mahsa Amini) et les soulèvements plus récents (fin 2025-début 2026), a fait des centaines à plusieurs milliers de morts directs, des dizaines de milliers d’arrestations arbitraires, des cas documentés de torture, de viols et de disparitions forcées. Des sources indépendantes parlent de massacres et d’un usage de la peine de mort comme outil de terreur politique. Le régime des mollahs viole de manière flagrante et répétée les droits fondamentaux de sa population.

    La question de la « légitimité » de vouloir abattre ce régime et de lui faire la guerre est cependant bien plus complexe qu’un simple « oui, vu les victimes ». Elle relève à la fois de la morale, du droit international, de la théorie de la guerre juste et du réalisme géopolitique. Voici les principaux angles, sans parti pris :

    • Sur le plan moral et humaniste : le désir de voir tomber un régime qui tue, torture et opprime à cette échelle est compréhensible et même légitime pour beaucoup. Des millions d’Iraniens l’expriment dans la rue depuis des années au péril de leur vie. Quand un État devient l’auteur de crimes contre l’humanité (meurtres, persécutions systématiques, comme l’ont documenté des missions de l’ONU), le principe de « responsabilité de protéger » (R2P) peut, en théorie, justifier une action internationale pour arrêter le massacre. Vouloir la fin d’un tel système n’est pas de la haine, c’est une réaction humaine face à l’inhumain.
    • Sur le plan du droit international : déclencher une guerre extérieure (« lui faire la guerre ») pour renverser un gouvernement souverain est illégal au regard de la Charte des Nations unies (article 2§4), sauf en cas de légitime défense ou d’autorisation explicite du Conseil de sécurité. Aucun de ces cas n’est réuni aujourd’hui. Un changement de régime par invasion étrangère serait considéré comme une agression, même si le régime est odieux.
    • Sur le plan de la guerre juste (jus ad bellum) : même en admettant une cause juste (arrêter les atrocités), il faut vérifier les autres critères : dernier recours ? proportionnalité ? chance raisonnable de succès sans causer plus de souffrances ? Ici, le doute est immense. Les interventions militaires pour « libérer » un peuple (Irak 2003, Libye 2011) ont souvent débouché sur plus de chaos, de morts civils et de groupes encore pires. L’Iran possède une armée nombreuse, des missiles, un programme nucléaire avancé et des proxies régionaux (Hezbollah, Houthis, etc.). Une guerre ouverte risquerait de tuer des dizaines ou centaines de milliers d’Iraniens innocents, de déstabiliser tout le Moyen-Orient et de renforcer les durs du régime en unifiant la population contre « l’agresseur étranger ».
    • Sur le plan pragmatique : le peuple iranien a montré à plusieurs reprises sa volonté de changement (2009, 2017-2018, 2022, 2025-2026). Le vrai levier historique a toujours été la pression interne massive combinée à un soutien extérieur non militaire : sanctions ciblées sur les responsables, diffusion d’informations, aide aux dissidents, isolement diplomatique. Une guerre risquerait de transformer une dictature déjà haïe en une cause nationale de résistance.

    En résumé : le régime des mollahs est responsable d’une répression d’une brutalité rare au XXIe siècle, et le désir de le voir disparaître est moralement compréhensible. Mais « lui faire la guerre » de l’extérieur pose des questions de légitimité légale, morale et pratique extrêmement lourdes. L’histoire récente montre que les guerres de régime change se paient souvent très cher en vies humaines et en stabilité, sans garantie de démocratie durable. La solution la plus légitime et la plus efficace reste, à mes yeux, un soulèvement interne massif soutenu par une pression internationale intelligente et non militaire. Le peuple iranien mérite mieux que ce régime ; il mérite aussi de ne pas payer le prix d’une guerre qui pourrait aggraver son calvaire.

    Oui, mais en même temps, ce régime dictatorial menace l'existence même de l'Etat d'Israël et, pourvu de l'arme nucléaire, représente une menace pour la paix dans le monde.

    Oui, le régime iranien représente une menace existentielle pour Israël et une source majeure d’instabilité mondiale, et cela renforce considérablement la légitimité morale de vouloir sa fin. Mais cela ne rend pas automatiquement une guerre totale d’invasion ou de destruction « la » solution évidente ou sans risques majeurs. Voici une analyse équilibrée, à la lumière des faits récents (avril 2026).

    La menace réelle et documentée

    • Contre Israël : Le régime a explicitement appelé à la destruction de l’État juif (« anéantir Israël ») à de multiples reprises, via Khamenei et ses successeurs. Il finance, arme et dirige un « axe de la résistance » (Hezbollah, Hamas, Houthis, milices irakiennes) qui a multiplié les attaques. Les missiles balistiques iraniens (portée jusqu’à ~2000 km, parfois plus avec modifications) peuvent frapper Israël directement. Même sans arme nucléaire, les proxies et les tirs directs créent un risque permanent de guerre régionale.
    • Nucléaire : Avant les frappes de juin 2025 (Israël + États-Unis), l’Iran détenait ~440 kg d’uranium enrichi à 60 % (assez, une fois poussé à 90 %, pour plusieurs bombes selon les critères de l’AIEA). L’AIEA n’a pas pu vérifier pleinement l’arrêt des activités après les attaques, et des activités suspectes persistent à Natanz, Fordow et Isfahan (tunnels souterrains). Pas de preuve formelle d’arme assemblée, mais le « seuil » (breakout time très court) était une réalité préoccupante. Les frappes ont endommagé des sites, mais une partie du stock et des capacités a survécu ou été déplacée.
    • Missiles et projection : Plus grand arsenal balistique du Moyen-Orient, production mensuelle importante avant les frappes. Capacité à menacer le détroit d’Ormuz (20 % du pétrole mondial), les bases américaines et les alliés du Golfe.

    Ces éléments, combinés à la répression interne (plus de 1600 exécutions en 2025, massacres lors des soulèvements de fin 2025-début 2026), font du régime un acteur agressif et totalitaire, pas seulement une dictature « locale ».

    Évolution récente : les frappes de 2025-2026 ont déjà changé la donne

    En juin 2025, Israël et les États-Unis ont frappé des sites nucléaires et militaires. En février 2026 (« Operation Epic Fury »), des frappes conjointes plus larges ont visé le leadership (Khamenei tué selon plusieurs sources), des installations de missiles, la marine et des cibles de commandement. Résultats rapportés :

    • Destruction massive de capacités de production de missiles et de lancement (70 % des lanceurs neutralisés selon des sources israéliennes).
    • Marine iranienne largement anéantie.
    • Programme nucléaire sévèrement touché, même si l’AIEA note des incertitudes sur les stocks souterrains.
    • Réponse iranienne : tirs de missiles sur Israël et bases US/régionales, activation de proxies, menaces sur Ormuz, mais capacité dégradée (90 % de baisse des attaques selon des officiels US).

    Le régime a survécu pour l’instant (Mojtaba Khamenei successeur), mais affaibli, avec des soulèvements internes réprimés dans le sang et une économie en chute. Cela montre que la pression militaire ciblée peut dégrader la menace sans nécessairement déclencher une guerre totale d’invasion au sol.

    Faut-il pour autant « lui faire la guerre » (invasion ou destruction totale) ?

    • Arguments pour une action forte : Une puissance nucléaire entre les mains d’un régime qui prône le génocide d’Israël et exporte le terrorisme changerait la donne stratégique (dissuasion inversée, risque de prolifération). L’histoire montre que les dictatures expansionnistes ne s’arrêtent souvent que par la force ou l’effondrement interne. Le peuple iranien, qui manifeste massivement depuis des années (« Femme, Vie, Liberté » et soulèvements 2025-2026), mérite de ne plus vivre sous cette théocratie. Un régime affaibli ou tombé pourrait réduire drastiquement le financement du terrorisme régional.
    • Risques et limites :
      • Proportionnalité et chaos : Une guerre d’invasion (comme en Irak 2003 ou Libye 2011) risquerait des dizaines de milliers de morts civils iraniens supplémentaires, une fragmentation du pays (minorités ethniques, IRGC vs armée régulière), et l’émergence de groupes encore plus radicaux ou d’un vide propice à l’instabilité. L’Iran n’est pas l’Irak : population plus grande, terrain montagneux, missiles résiduels, proxies actifs.
      • Conséquences régionales/globales : Fermeture temporaire d’Ormuz → choc pétrolier mondial. Risque d’escalade avec la Russie/Chine (soutien diplomatique ou plus). Terrorisme accru via proxies ou « loups solitaires » en Occident. Retour de flamme : les frappes peuvent unifier temporairement la population contre « l’agresseur » extérieur.
      • Efficacité : Les frappes aériennes ont déjà prouvé leur valeur pour dégrader les capacités (nucléaire, missiles). Un changement de régime par bombardements seuls est historiquement rare sans soutien massif interne. Encourager et soutenir un soulèvement populaire (via info, sanctions ciblées, aide aux dissidents, pression sur les proxies comme le Hezbollah) reste souvent plus légitime et durable.
      • Droit international : L’autodéfense préventive (Israël/US) contre une menace imminente est invoquée, mais une guerre d’agression pour régime change pur est contestable sans mandat ONU.

    Une position réaliste et humaniste

    Le désir de voir disparaître ce régime est légitime, tant pour les Iraniens opprimés que pour la sécurité d’Israël et la stabilité mondiale. Les mollahs ont eux-mêmes choisi la confrontation et la terreur comme doctrine d’État. Cependant, la guerre totale n’est pas un remède magique : elle peut coûter plus cher en vies (iraniennes et autres) qu’elle n’en sauve, et produire un Moyen-Orient encore plus chaotique.

    La voie la plus défendable combine :

    • Pression militaire ciblée et continue pour neutraliser les capacités nucléaires/missilières et les proxies (comme déjà fait en 2025-2026).
    • Soutien maximal (non militaire direct) au peuple iranien : diffusion d’informations libres, sanctions sur les responsables, isolement diplomatique, aide aux opposants démocratiques (ex. figures comme Reza Pahlavi ou dissidents internes).
    • Objectif clair : un Iran non nucléaire, qui cesse d’exporter la révolution et respecte ses voisins, idéalement gouverné par son peuple.

    Le régime des mollahs a semé le vent ; il récolte aujourd’hui la tempête qu’il a lui-même provoquée. Mais imposer la paix par une occupation étrangère massive reste un pari risqué. L’histoire récente (Irak, Afghanistan, Libye) invite à la prudence : mieux vaut affaiblir structurellement la menace tout en maximisant les chances d’un changement porté de l’intérieur. Les Iraniens, qui paient le prix le plus lourd, sont les premiers légitimes à décider de leur avenir – avec un soutien international intelligent, pas forcément une nouvelle guerre interminable.

    (en recourant à l'IA)

  • Des évêques catholiques dénoncent les atrocités commises dans l'est de la RDC : que se passe-t-il exactement et pourquoi ?

    IMPRIMER

    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    Des évêques catholiques dénoncent les atrocités commises dans l'est de la RDC : que se passe-t-il exactement et pourquoi ?

    13 avril 2026

    Trente années de guerres, en partie une conséquence du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, ont créé une situation qui semble impossible à résoudre.

    Mgr Sébastien Joseph Muyengo Mulombe. De X.
    Mgr Sébastien Joseph Muyengo Mulombe. De X.

    Le 26 mars, le journal catholique en ligne « Crux » a publié une interview de Mgr Sébastien Joseph Muyengo Mulombe, évêque d'Uvira (République démocratique du Congo), qui a immédiatement suscité une vive polémique dans son pays. L'évêque est revenu sur la récente découverte, près d'Uvira, d'une fosse commune contenant 171 corps de civils, victimes présumées du groupe rebelle M23. Il a défendu la position de l'Église catholique sur la crise dans l'est du Congo et critiqué le programme « Minéraux contre paix » de Donald Trump, selon lequel les États-Unis garantiraient la stabilité en échange de leur accès aux précieuses ressources minières du Congo. Le même jour, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a publié un message de Pâques condamnant ceux qui « cherchent à discréditer notre mission, à semer la discorde entre nous ou à nous entraîner dans une sorte de guerre de religion », et réaffirmant le droit de l'Église catholique à s'exprimer sur les questions politiques et sociales épineuses.

    Mon intérêt pour les troubles au Congo découle d'une étude que je prépare sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Les termes « Tutsi » et « Hutu » sont des catégories controversées que les chercheurs qualifient aujourd'hui d'« ethnosociales ». La plupart s'accordent à dire que ces deux groupes – qui coexistent au Rwanda, au Burundi et dans l'est du Congo – n'ont pas été inventés de toutes pièces par les érudits européens des XIXe et XXe siècles, même si les auteurs coloniaux ont certainement exagéré leurs différences. Parallèlement, « Hutu » et « Tutsi » étaient aussi des catégories sociales : une majorité plus pauvre de paysans (Hutu) et une minorité plus aisée de pasteurs (Tutsi). Avant que les colonisateurs allemands puis belges n'imposent des cartes d'identité rigides et des attributions ethniques figées, ces catégories étaient fluides. Les deux groupes partageaient la même religion et la même langue, pratiquaient les mariages mixtes et pouvaient passer d'une catégorie à l'autre en fonction de leur niveau de vie. Qu’elle ait été « inventée » ou non, la distinction rigide entre Hutus et Tutsis a été intériorisée par les deux groupes, alimentant une animosité qui, au XXe siècle, a été de plus en plus interprétée à travers le prisme occidental de la lutte des classes entre Tutsis bourgeois et Hutus prolétaires. Cette interprétation occultait commodément l’existence de Hutus riches et de Tutsis pauvres.

    Avec le déclin du colonialisme, les tensions s'exacerbèrent. Au Burundi, en 1972, des Tutsis massacrèrent des Hutus ; au Rwanda, les violences perpétrées par les Hutus contre les Tutsis étaient généralisées depuis 1959, poussant quelque 300 000 Tutsis à fuir vers l'Ouganda, le Burundi et la Tanzanie. En Ouganda, nombre de ces réfugiés s'organisèrent en une force militaire redoutable sous la bannière du Front patriotique rwandais (FPR), rêvant de rentrer chez eux et de renverser le régime hutu. En 1990, le FPR envahit le Rwanda, incitant le gouvernement dominé par les Hutus à planifier une campagne d'extermination contre les Tutsis locaux, qu'il considérait comme une cinquième colonne du FPR. La pression internationale aboutit à un accord de paix et de partage du pouvoir entre le FPR et le gouvernement rwandais, mais les Hutus radicaux le rejetèrent.

    Le 6 avril 1994, un avion transportant le président hutu rwandais Juvénal Habyarimana et le président burundais Cyprien Ntaryamira fut abattu au-dessus de Kigali. Si le gouvernement rwandais, soutenu par la France, accusa le FPR d'être responsable, nombreux sont ceux qui pensent que l'avion fut abattu par des extrémistes hutus déterminés à saboter l'accord de paix. Le génocide des Tutsis – et des Hutus modérés favorables à la paix – commença immédiatement et se poursuivit pendant cent jours, faisant environ un million de victimes.

    Lire la suite

  • Comment réagir face aux persécutions anti-chrétiennes ?

    IMPRIMER

    Une "opinion" de Benoit Lannoo, Historien de l’Église, spécialiste des chrétiens d’Orient et des relations interreligieuses publiée dans La Libre de ce 13 avril, pp. 26-27 :

    Persécutions anti-chrétiens : comment réagir ?

    L’idée que les chrétiens sont persécutés était taboue. Or, le 21 janvier, le Parlement européen a adopté un texte sur les droits de l’homme dans le monde, dans lequel apparaît pour la première fois la notion de la “christianophobie”. Les députés déplorent que “le christianisme reste aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde, avec plus de 380 millions de personnes concernées”.

    Ce changement de cap a été accueilli avec enthousiasme. L’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’égard des chrétiens en Europe a remarqué que le Parlement “reconnaît non seulement l’ampleur mondiale de la persécution anti -chrétienne, mais met également en avant une asymétrie institutionnelle au sein de l’architecture anti-discrimination existante de l’Union européenne”. Et la Commission des évêques de la Communauté européenne (Comece) a réitéré son appel pour un coordinateur européen contre la “haine anti-chrétienne”. Mais le texte adopté n’est pas contraignant ; reste donc à voir si la Commission d’Ursula von der Leyen s’y conformera.

    Instrument pour diplomates

    Notons d’abord qu’il est bon de cartographier le phénomène, situé dans un angle mort. Parfait de veiller sur la situation précaire des Yézidis en Irak. Mais quand le soi-disant État islamique a attaqué ce peuple avec une violence génocidaire il y a dix ans, des milliers de chrétiens ont aussi été expulsés de la plaine de Ninive, avec moins d’attention internationale.

    Les maisons de chrétiens qui ont fui leur sont d’ailleurs encore toujours extorquées à des prix ridicules. Et quand récemment les Kurdes du nord-ouest de la Syrie ont été attaqués, presque personne n’a rapporté que leurs alliés chrétiens payaient également le prix de cette violence sunnite.

    Plus d’attention pour la persécution des chrétiens peut pousser les diplomates à l’évoquer d’office dans leurs contacts. Quand le président Erdogan va-t-il respecter les villages chrétiens victimes des attaques de la Turquie qui prétend ne viser que la résistance kurde à ses frontières ?

    On n’a d’ailleurs pas encore gagné quand on parvient à convaincre les gouvernements des droits des chrétiens. Un diplomate m’a confié que ses interlocuteurs pakistanais étaient tous d’accord que leurs lois antiblasphème ne peuvent être abusées pour exercer une pression sur des filles chrétiennes non mariées. Mais le gouvernement a-t-il de l’impact sur l’intérieur du pays ?

    Mais le concept de la “christianophobie” a ses limites. En effet, on court le risque d’accusation d’antisémitisme ou d’islamophobie. Ou d’être dit ne pas respecter la liberté d’expression ou autres droits de l’homme. Au Nicaragua, Daniel Ortega persécute l’Église catholique. Depuis 2018, des centaines de prêtres, religieuses et prélats ont été arrêtées ou forcés à l’exil. Les Sandinistes ont fermé la formation sacerdotale dans quatre diocèses, et la Semaine Sainte, les processions y étaient interdites. Mais personne ne s’en soucie. L’extrême gauche européenne continue même à soutenir cette dictature.

    Réciprocité ?

    Le Maroc a ratifié plusieurs traités sur la liberté religieuse et la liberté de conscience. Lors de la visite du pape François en 2019, le roi Mohammed VI a réaffirmé se porter “garant des Juifs marocains et des chrétiens étrangers vivant au Maroc”. Mais le droit pénal impose des peines à quiconque aide un musulman à se convertir à une autre religion. Il n’est donc pas permis d’y annoncer l’Évangile, comme dans tous pays islamiques. L’inverse l’est bien : un djihadiste en Irak vient de séduire une mineure chrétienne pour un mariage polygame. Les autorités locales et la mosquée détournent le regard.

    Le sionisme fanatique en Israël s’engage systématiquement dans la christianophobie. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les chrétiens et leurs églises se font cracher dessus par des Juifs orthodoxes – ce que le ministre extrémiste Itamar Ben-Gvir qualifie de “coutume ancestrale”. Dans le Sud-Liban, Israël continue d’exiger l’évacuation de villages maronites, d’où le Hezbollah tirerait des roquettes. Les résidents chrétiens refusent, ce que le prêtre Boutros al-Raï de Qlayaa a déjà payé avec la vie. Le ministère de l’Éducation vient aussi d’interdire à 200 enseignants chrétiens de Cisjordanie d’enseigner dans des écoles chrétiennes à Jérusalem.

    Le patriarche latin de Jérusalem a été empêché par la police d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem le dimanche des Rameaux, alors qu’il respectait l’interdiction de rassembler plus de 50 personnes, tandis qu’un rabbin a tenu un Seder avec des milliers de juifs hassidiques au Vizhnitz Meor Haim au centre de la veille ville. De plus en plus nombreux sont d’ailleurs les colons qui déclarent ouvertement que “le christianisme est idolâtrie” et que la Torah les exige “de tuer les idolâtres dans tous les territoires que nous occupons et de détruire leurs lieux de culte”.

    Entre-temps, les Églises catholiques en Syrie ont annulé toute manifestation publique pendant la Semaine Sainte, car lors des attaques sunnites contre les chrétiens d’Al Suqaylabiyyah fin mars, les forces de sécurité syriennes ne sont pas intervenues.

    En Iran, ce ne sont pas que les ayatollahs et leurs fidèles chiites qui paient le prix de l’agression occidentale, mais les chrétiens et les juifs : Israël a bombardé la synagogue Rafi-Nia, la cathédrale russe-orthodoxe de Téhéran et deux églises arméniennes-apostoliques à Ispahan.

    Et au Haut-Karabagh, en 2023, après 1700 ans de présence chrétienne ininterrompue, les chrétiens y ont été expulsés par l’Azerbaïdjan.

    En Belgique

    L’antichristianisme existe aussi chez nous. La droite et l’extrême droite se sont emparées du thème, alors qu’ils ne soutiennent pas nécessairement le message chrétien du dialogue avec l’autre ou de l’hospitalité envers les étrangers. Les milieux chrétiens au centre ou à gauche hésitent dès lors à alerter, pour ne pas raviver des tendances islamophobes, homophobes voire antisémites. Le vandalisme contre des églises, la profanation de tombes et l’agression visant des symboles chrétiens, ne sont souvent que des “faits divers”.

    Les chrétiens ont appris à vivre avec la parodie ; mais démolir à coups de marteaux des statues de Jésus et Marie, comme l’ont récemment fait les présentateurs de Studio Brussel, est-ce vraiment drôle ? Ils ne se réalisent pas combien de personnes ils blessent. Et le Samedi Saint, Opera Ballet Vlaanderen a mis en scène des femmes avec une coiffe de nonne se faisant percer les tétons… comme dans un club SM privé.

    Pourquoi quand les chrétiens font l’objet d’insultes vulgaires, ce “n’est pas un sujet” ? “Nous n’y avons tout simplement pas trop réfléchi”, dit-on chez Studio Brussel. J’appelle dès lors les académiques, la société civile, les responsables d’Églises et tout homme et femme de foi, à chercher le narratif adéquat pour défendre les chrétiens.

    Espérance ?

    “Faut-il au fond se défendre ?” L’évêque d’Anvers vient, dans une carte blanche, de soulever la question. “Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux” (Matthieu 5,11-12a).

    En ce temps pascal, il est bon de s’accrocher à l’espérance qui a propulsé les chrétiens depuis la Résurrection. Les insultes que nous subissons ne sont pas grand-chose à côté des persécutions d’innombrables chrétiens, qui n’ont pas peur d’être “témoins” de leur espérance.

  • Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

    Le 28 mars, deux semaines après sa nomination au poste d’archevêque de Łódź, le cardinal Konrad Krajewski a pris possession de son siège épiscopal, tenant ainsi sa promesse de faire en sorte qu’un évêque dirige le diocèse avant Pâques.

    Une semaine après sa nomination au poste de secrétaire d'État adjoint, l'archevêque Paolo Rudelli s'est rapidement rendu au Vatican, où il a rencontré le personnel, présenté par nul autre que le secrétaire d'État lui-même, le cardinal Pietro Parolin.

    Léon XIV a nommé de nouveaux membres au Dicastère pour la communication — une décision attendue mais mûrement réfléchie. Les choix du pape ont envoyé un message clair : ses priorités et sa vision donneraient désormais le ton en matière de communication.

    Dans le même temps, un scandale international éclata lorsque le magazine par abonnement The Free Press révéla que l’ancien nonce aux États-Unis, le cardinal Pierre, avait été convoqué au Pentagone. Il rapportait que le sous-secrétaire catholique à la Défense avait laissé entendre que le Saint-Siège devrait s’aligner sur les États-Unis, établissant une comparaison avec la période d’Avignon où l’Église était sous l’influence des rois de France. Cet événement illustre encore davantage l’environnement complexe auquel sont confrontées les réformes de Léon XIV.

    Pour être honnête, cette interprétation a par la suite été démentie par le cardinal Pierre et le sous-secrétaire à la Défense, qui ont décrit une atmosphère cordiale et respectueuse. Il est très probable qu’il s’agissait d’une conversation informelle – notamment parce que le nonce n’est pas convoqué au « ministère de la Défense », mais bien au ministère des Affaires étrangères – et qu’elle a été rapportée avec une certaine agitation, ce qui a finalement conduit le journaliste à écrire ce qu’il a écrit.

    À première vue, ces quatre événements peuvent sembler sans rapport les uns avec les autres.

    Un examen plus attentif révèle un thème sous-jacent qui les relie : le style de leadership et les priorités du pape, tels qu’ils transparaissent à travers les réformes, les nominations, la stratégie de communication et l’engagement diplomatique. En examinant ces liens, nous pouvons mieux comprendre l’approche du pape.

    Tout d’abord, ces événements ont déterminé la rapidité avec laquelle le pape a mis en œuvre ses réformes. Il a mûrement réfléchi, écouté tout le monde, et a peut-être semblé lent à prendre une décision. Mais lorsqu’il s’est décidé, Léon XIV a pris sa décision sans relâche, sans hésitation, et s’attendait à ce que ses décisions soient mises en œuvre.

    La rapidité de cette décision et l’arrivée tout aussi rapide de Rudelli à la Secrétairerie d’État démontrent la volonté du pape d’opérer des changements rapides lorsque cela s’avère nécessaire. De plus, Rudelli possède une autre caractéristique chère au pape : le sens de l’institutionnalité. En effet, il a choisi d’occuper l’appartement du suppléant dans la Troisième Loge, renonçant à l’appartement isolé que son prédécesseur, Peña Parra, s’était choisi dans la Deuxième Loge, où se trouve le personnel diplomatique.

    Deuxièmement, ces événements montrent comment Léon XIV met en œuvre le renouvellement générationnel. Les nouveaux membres du Dicastère pour la communication étaient très attendus, car les dernières nominations remontaient à 2021 et les mandats de tous les membres avaient donc expiré.

    En choisissant les nouveaux membres, Léon XIV a fait un choix clair : il a inclus les deux pro-préfets du Dicastère pour l’évangélisation (le cardinal Luis Antonio Tagle et l’archevêque Rino Fisichella), ainsi que le prédicateur de la Maison pontificale, qui, de mémoire récente, n’avait jamais été inclus comme membre d’un dicastère. Il a également inclus plusieurs présidents d’organisations épiscopales continentales, mais il n’y a aucun Européen parmi les nouveaux membres. Il y a un cardinal, Cristobal Lopez, archevêque de Rabat, qui possède une solide expérience de journaliste mais qui est avant tout un missionnaire ayant mené une vie et un parcours missionnaires.

    En bref, Léon XIV semble considérer la communication du Saint-Siège comme quelque chose qui doit avant tout atteindre les confins de la terre. Ce n’est plus seulement la voix du pape, mais la voix du peuple. Avant tout, l’idée est de développer l’évangélisation.

    Cela pourrait également déboucher sur une réforme du Dicastère de la Communication du Vatican, qui assume actuellement des fonctions tant institutionnelles que pastorales, ainsi que la diffusion de l’information. Beaucoup espèrent que le Bureau de presse du Saint-Siège relèvera à nouveau directement de la Secrétairerie d’État, afin que les communications officielles soient directement rattachées au Secrétariat du Pape, sans bureaucratie excessive.

    Nous verrons bien.

    En attendant, Léon XIV devra nommer un nouveau préfet de la Communication d’ici la fin de l’année, le mandat de Paolo Ruffini arrivant à expiration. Le choix du successeur de Ruffini sera un signal supplémentaire : le pape choisira-t-il à nouveau un laïc, ou optera-t-il pour un ecclésiastique ?

    L’évangélisation façonne également la diplomatie de Léon XIV.

    Dans son message urbi et orbi de Pâques, il a rompu avec la tradition. Léon XIV s’est adressé sans détour aux dirigeants politiques, leur demandant de déposer les armes et d’ouvrir un dialogue direct. Lorsque le président Donald Trump a déclaré son intention de détruire une civilisation, Léon XIV a répondu avec fermeté, appelant les catholiques à se mobiliser pour la paix et omettant soigneusement de mentionner Trump par son nom.

    Son message était sans ambiguïté : le pape établit des principes ; les catholiques doivent agir avec conviction.

    La diplomatie de Léon XIV défend les principes et la responsabilité personnelle, s’élevant au-dessus des clivages partisans. La rencontre au Pentagone avec le cardinal Pierre en est un exemple révélateur : des discussions sur les positions américaines ont peut-être eu lieu, peut-être a-t-on fait référence à Avignon, mais interpréter cela comme une menace est erroné.

    La dialectique a changé. Les signaux envoyés sont différents.

    Léon XIV a appelé au désarmement, et c’est là un exemple où le langage doit être « désarmé » pour éviter tout conflit narratif. Le pontificat de Léon XIV, cependant, s’affirme sans équivoque, caractérisé par des réformes prudentes et réfléchies, la renaissance des symboles institutionnels et une clarté de communication sans faille. L’orientation du pape est « léonine ».

    Il est trop tôt pour porter un jugement définitif, mais la direction semble claire.

  • Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape en Afrique

    IMPRIMER

    De Victor Gaetan sur le NCR :

    Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape Léon XIV en Afrique

    ANALYSE : Un examen plus approfondi des quatre pays figurant à l'itinéraire du pape montre comment le rôle de l'Église — avant et après l'indépendance — a façonné sa visite.

    Dans une récente interview accordée au Register, l'archevêque José Avelino Bettencourt, nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale, a évoqué à juste titre de « multiples raisons à plusieurs niveaux » expliquant l'importance du voyage du pape Léon XIV dans quatre pays africains du 13 au 23 avril.

    L’avenir de l’Église en Afrique est une priorité absolue. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit une augmentation de près de 80 % par rapport à aujourd’hui, et le Saint-Siège est pleinement conscient de l’impact de cette croissance sur les priorités pastorales ainsi que sur les structures socio-économiques du continent. Selon la Banque mondiale, d’ici 25 ans, un jeune sur trois dans le monde sera africain.

    Le contexte historique plus large est également prépondérant, notamment lors de la première étape du voyage de Léon en Algérie, où le pape augustinien visitera les ruines de l'église où saint Augustin fut évêque d'Hippone au Ve siècle. Trois thèmes historiques structurent le voyage de dix jours de Léon et permettent d'en comprendre l'écho, ainsi que le profond respect dont jouit l'Église catholique sur le continent.

    1. Ordres missionnaires orientés vers le bien des populations locales

    Une idée fausse très répandue concernant l'Église catholique en Afrique porte sur sa relation avec le colonialisme.

    Bien que l’Église soit généralement arrivée avec des missionnaires sur des routes « pavées » par les puissances coloniales — les Français en Algérie et au Cameroun, les Portugais en Angola, les Espagnols en Guinée équatoriale —, les ordres religieux et le Saint-Siège ont fonctionné indépendamment des autorités coloniales lorsque cela importait. 

    Dès le XIXe siècle, les ordres missionnaires ont œuvré au service des populations locales, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Le Vatican s'est distingué par son opposition à la traite des esclaves, la promotion du clergé autochtone, l'accès à l'éducation et le soutien à la souveraineté nationale. 

    L'Algérie offre un exemple fascinant de la manière dont les religieux et les évêques catholiques ont privilégié les populations locales. (L'ordre des Augustins, fondé en Italie en 1244 par le pape Léon XIV, était voué dès ses débuts à la Règle de saint Augustin, mais ne s'est implanté dans le pays natal du saint qu'en 1933. )

    La première congrégation religieuse d'Algérie, les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, fut fondée en 1835 par une Française de 37 ans, Sainte Émilie de Vialar. Elle traversa la Méditerranée à bord d'un navire militaire français avec plusieurs autres jeunes religieuses, à la demande de son frère, qui travaillait pour le gouvernement colonial. Ce dernier avait constaté le besoin criant de soins médicaux et d'éducation de la population. Les sœurs durent immédiatement faire face à une épidémie de choléra et servirent aussi bien les populations autochtones que les Français. 

    Trois décennies plus tard, Mgr Charles Lavigerie, évêque de Nancy, fut nommé archevêque d'Alger, la plus grande ville d'Algérie. Il créa des foyers pour les orphelins musulmans algériens (malgré l'opposition des autorités locales françaises) puis, en 1868, fonda la Société des Missionnaires d'Afrique, qui s'étendit à l'Afrique centrale et orientale, privilégiant l'apprentissage des langues locales et l'implantation de l'Église là où elle était inconnue. Mgr Lavigerie s'opposait au prosélytisme auprès des musulmans, convaincu que la charité et l'altruisme étaient les caractéristiques du christianisme.

    En Angola, l'histoire du catholicisme remonte à l'arrivée, à la fin du XVe siècle, de frères portugais voyageant avec des explorateurs. En 1491, ils convertirent un roi local et son fils, qui contribuèrent ensuite à la conversion de la région. Une mission jésuite débuta en 1548 et se révéla plus durable, mais l'ordre fut expulsé en 1759, lorsque les gouvernements pratiquant la traite négrière (Portugal, France et Espagne) contraignirent le pape Clément XIV à la supprimer. 

    La Congrégation du Saint-Esprit, ou Spiritains, a insufflé un nouvel élan à l'évangélisation en Angola dès son arrivée en 1866. Les Spiritains ont également joué un rôle important dans l'histoire catholique du Cameroun, notamment dans la ville côtière de Douala, après la prise de contrôle française du territoire colonial allemand à la suite de la Première Guerre mondiale. Sous administration allemande, les Pères Pallottins (de l'appellation officielle Société de l'Apostolat Catholique) ont mené les efforts missionnaires. Chassés du pays en 1916 , les Pallottins sont revenus au Cameroun en 1964 pour y exercer leur ministère.

    Aujourd'hui, plus de 300 congrégations religieuses sont actives au Cameroun, pays qui compte environ 30 millions d' habitants , avec un âge médian de 18 ans.

    La dernière étape du voyage du pape Léon XIV est la Guinée équatoriale, seul pays hispanophone d'Afrique. Aux termes d'un traité signé en 1778 entre le Portugal et l'Espagne pour régler les différends frontaliers en Amérique latine, le Portugal a cédé le territoire de la Guinée équatoriale, comprenant cinq îles et une petite bande côtière continentale. L'Espagne convoitait ce territoire pour y établir une base pour sa traite transatlantique des esclaves. 

    Les Clarétains espagnols (officiellement la Congrégation des Fils Missionnaires du Cœur Immaculé de Marie) ont exercé une influence considérable et durable sur l'Église en Guinée équatoriale, leur première affectation à partir de 1883. Ces missionnaires s'opposèrent à la brutalité coloniale et aux pratiques inhumaines des planteurs. En créant et en encadrant une grande partie du système éducatif, les Clarétains favorisèrent l'ascension sociale.

    Aujourd'hui, les catholiques représentent environ 75 % des 1,9 million d'habitants du pays — l'âge moyen est de 22 ans — et les Clarétains restent profondément engagés dans la vie pastorale.

    Lire la suite

  • Diocèses et paix : la prière suffit-elle ?

    IMPRIMER

    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Diocèses et paix : la prière suffit-elle ?

    Suite à l'invitation du pape Léon XIV, les diocèses prient pour la paix, mais cela ne suffit pas tant que le manque d'engagement à construire une société humaine à la lumière de la doctrine sociale de l'Église n'est pas résolu. 

    11/04/2026

    Suite à l'invitation du pape Léon XIV et aux initiatives qu'il a encouragées, de nombreux diocèses et paroisses ont organisé des offices et des veillées de prière pour la paix. La prière est un premier pas, car la paix est le fruit de la charité, mais est-elle pour autant le seul ? Assurément, l'Église œuvre pour la paix dans toute sa vie et son activité, de la liturgie aux sacrements, de la catéchèse aux œuvres de charité spirituelles et matérielles. Tout cela contribue à l'ordre sur lequel la paix se fonde et en quoi elle consiste. Cela aide à bâtir l'ordre et à le restaurer après le péché, participant ainsi à la justice sans laquelle il n'y a pas de paix.

    Il existe cependant une approche spécifique que l'Église doit adopter pour construire la paix, qui est aussi une expression de charité. Je fais référence à la Doctrine sociale de l'Église, à son enseignement et à sa mise en œuvre, à sa doctrine et à sa pratique. Si la paix est la « tranquillitas ordinis », comme le dit saint Augustin au chapitre XIX de De civitate Dei, il ne fait aucun doute qu'elle naît de la construction d'un ordre social et politique conforme à la justice. C'est précisément l'objectif de la Doctrine sociale de l'Église et des énergies de pensée et d'action qui en découlent. Face à la puissance des acteurs en guerre aujourd'hui, cette référence à la Doctrine sociale peut paraître naïve, mais il ne faut pas oublier, comme l'a enseigné Jean-Paul II, que les erreurs s'enracinent et deviennent des structures de péché, tout comme les petites bonnes actions s'enracinent et deviennent des structures de bien. (...)

    Nous savons bien que certains diocèses sont petits, que tous rencontrent diverses difficultés, mais il convient de relever cette contradiction entre la prière pour la paix et le manque d'engagement dans la construction de la société humaine à la lumière de la doctrine sociale de l'Église.

  • Les véritables causes de la guerre et l’unique condition de la paix

    IMPRIMER

    De Roberto de Mattei sur Correspondance Européenne :

    Les véritables causes de la guerre et l’unique condition de la paix

     

    La plupart des analystes occidentaux sont convaincus que la guerre en cours au Moyen-Orient est due avant tout à des intérêts économiques dans le secteur pétrolier et énergétique. D’autre part, la principale préoccupation de l’opinion publique, en Europe et aux États-Unis, est que la prolongation du conflit puisse affecter la vie quotidienne, en abaissant de manière significative le niveau de vie. Face à cette lecture des événements, une question s’impose spontanément : n’y a-t-il vraiment rien au-delà de la dimension économique qui puisse expliquer ce qui se passe ? Juan Donoso Cortés se trompait-il lorsqu’il affirmait qu’il n’existe pas de question politique qui n’implique, en dernière instance, une question théologique, nous invitant à élever notre regard vers la sphère des principes premiers sur lesquels repose l’univers ? (Ensayo sobre el catolicismo, el liberalismo y el socialismo, BAC, 1946, vol. II, p. 501).

    Pourtant, certains n’hésitent pas à attribuer aux événements confus et dramatiques en cours une signification eschatologique. Aux États-Unis, par exemple, le protestantisme évangélique exerce une forte influence sur la vie politique. Les évangéliques représentent environ 20 à 25 % de la population américaine et disposent d’un vaste réseau médiatique, ce qui en fait l’une des composantes religieuses les plus organisées du pays. Leur galaxie comprend des courants tels que les « chrétiens sionistes », qui interprètent le retour du peuple juif sur la terre d’Israël comme faisant partie du plan divin. Le soutien politique et militaire des États-Unis à l’État d’Israël répondrait à un dessein providentiel, et la reconstruction du Temple de Jérusalem est vue comme une étape nécessaire à l’accomplissement des prophéties bibliques.

    Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, lors d’une intervention à Jérusalem en 2018, a exprimé ouvertement l’espoir de la reconstruction du Troisième Temple. Aujourd’hui cependant, le mont où s’élevaient le Premier et le Second Temple de Jérusalem, détruits par les Babyloniens et les Romains, est occupé par le Dôme du Rocher, l’un des sanctuaires les plus sacrés de l’islam. La reconstruction du Temple en ce lieu ouvrirait un conflit avec l’ensemble du monde musulman et, pour cette raison également, de nombreux juifs interprètent cette reconstruction de manière uniquement symbolique. Le messianisme reste toutefois un élément unificateur qui traverse le judaïsme, en Israël comme en dehors. Pour certains, il s’agit de l’attente d’un Messie personnel, associé à la restauration de Jérusalem ; pour d’autres, la figure personnelle du Messie est remplacée par l’idée d’un « âge messianique », entendu comme une rédemption historique de l’humanité.

    Le messianisme occupe également une place centrale dans l’islam chiite, en particulier dans son courant principal duodécimain. Les fidèles croient que le douzième imam, Muhammad al-Mahdi, n’est pas mort, mais qu’il est entré en état « d’occultation » (ghayba) en 941 apr. J.-C. Selon cette doctrine, il est l’« Imam caché », destiné à réapparaître à la fin des temps comme le Mahdi, le « bien guidé », afin de rétablir la justice et d’inaugurer une ère de vérité. Les dirigeants de la République islamique d’Iran se présentent comme les « régents » temporaires du Mahdi, chargés de gouverner en attendant son retour. Ils considèrent la libération d’Al-Qods (Jérusalem) et des lieux saints de l’islam comme un devoir sacré pour tous les musulmans, afin de permettre le retour du Mahdi. Le conflit avec l’État d’Israël est un élément nécessaire de cette vision eschatologique (Vali Nasr, The Shia Revival, W. W. Norton, 2006).

    Qu’est-ce donc, d’autre part, sinon une vision eschatologique, que le mythe russe de la « Troisième Rome », dans lequel Moscou est présentée comme la dernière héritière de la véritable foi chrétienne, appelée à la garder jusqu’à la fin des temps ?

    Pour l’idéologue de Poutine, Aleksandr Dugin, la « Troisième Rome » représente l’antithèse de l’Occident, décrit comme une civilisation décadente, arrivée à la fin de son cycle historique. Les critiques de Dugin envers l’Occident sont « remodulées » en Iran, en Turquie et dans le monde arabe, surtout dans une perspective anti-sioniste. Kamal Gasimov et Marlene Laruelle, dans leur essai Eurasia and eschatology. Dugin’s antiliberal resonances in the Muslim world, ont montré l’affinité des positions de Dugin avec celles du messianisme chiite (Studies in East European Thought, 78, 2026, pp. 377-399). Françoise Thom, quant à elle, dans un article intitulé États-Unis et Russie : les ravages de l’eschatologie, du 22 mars 2026, montre comment le syncrétisme eschatologique de Dugin naît de l’utilisation de thèmes théologiques au service de l’impérialisme du Kremlin.

    L’erreur commune à toutes les fausses eschatologies est, en dernière analyse, d’interpréter la lutte entre le Bien et le mal comme une lutte entre puissances séculières pour la domination du monde. Cela permet de comprendre que même la Silicon Valley n’est pas étrangère à ces perspectives eschatologiques. Elon Musk se réfère au Russe Konstantin Tsiolkovski, fondateur du « cosmisme », une vision panthéiste de l’univers, dans laquelle l’exploration de l’espace est une étape nécessaire du processus d’évolution de l’homme et de son intégration avec le cosmos.

    De son côté, le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, dans une série de conférences tenues à Rome au mois de mars sur le thème de l’Antéchrist, soutient que la technologie peut devenir soit un instrument de salut, soit un facteur de destruction, selon l’usage qui en est fait. Selon Thiel, les États-Unis incarnent une double possibilité : être le Katechon, la force qui retient le chaos, ou devenir l’Antéchrist, la puissance qui, à travers ses instruments de surveillance, pourrait dominer le monde. Thiel lui-même, créateur de systèmes de contrôle technologique comme l’entreprise Palantir, semble assumer cette double et inquiétante identité.

    Et l’Église catholique ? Peut-elle se limiter à invoquer la paix, dans une perspective aussi immanente que celle de ceux qui proclament la guerre pour des fins mondaines ? L’Église n’a-t-elle pas sa propre théologie de l’histoire, fondée sur l’opposition augustinienne des deux cités : l’une mue par « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu », l’autre par « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi » (De Civitate Dei, livre XIV, chap. 28) ?

    Dans son homélie de Pâques du 9 avril 1939, six mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII rappelait que « le fondement unique et inébranlable sur lequel repose la véritable paix est Dieu. Dieu connu, respecté, obéi. Diminuer ou détruire cette obéissance au Créateur divin revient à troubler ou à détruire complètement la paix dans les individus comme dans les familles, dans les nations comme dans le monde entier ».

    L’éloignement de Dieu est la cause de toute guerre, de même que le retour à l’ordre naturel et divin, que l’Église catholique garde, est la condition de la seule véritable paix. « Alors enfin – s’écrie Pie XI dans son encyclique Quas Primas du 11 décembre 1925 – tant de blessures pourront être guéries, alors tout droit retrouvera sa force originelle, alors enfin reviendront les précieux biens de la paix, et les épées tomberont des mains, lorsque tous accueilleront volontiers le règne du Christ et lui obéiront, lorsque toute langue confessera que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ».

    Le Message de Fatima de 1917, qui prophétise le triomphe du Cœur Immaculé de Marie après le châtiment des nations, scelle cette théologie de l’histoire. Celui qui est capable d’élever son regard au-delà de l’horizon immanent des événements historiques met sa confiance dans cette paix ordonnée que le Rédempteur apportera sur la terre avant la fin des temps, en en confiant la réalisation à sa Mère divine.

  • « Un jour, l'Afrique nous ramènera au Christ. »

    IMPRIMER

    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    « Un jour, l'Afrique nous ramènera au Christ. »

    « Les missions à l’étranger sont un remède à notre frustration envers l’Église », déclare le père Karl Wallner. Il médite sur les péchés de l’Occident et la joie de la foi chez les chrétiens africains.
    Père Karl Wallner
    Photo : Missio Austria | Le père Karl Wallner dirige Missio – les Œuvres pontificales missionnaires en Autriche – depuis le 1er septembre 2016. Depuis sa prise de fonction, les dons reçus par Missio Austria ont plus que doublé.

    À17 ans, j'ai ressenti un appel à la prêtrise, mais je désirais aussi devenir missionnaire. Ce fut une expérience bouleversante, mais Dieu m'a ensuite clairement conduit à Heiligenkreuz. Je suis devenu curé assez tôt, puis, après mon doctorat, professeur à l'université. Fort de mon élan missionnaire, j'ai pu m'investir comme aumônier de jeunesse, ce qui a attiré de nombreux jeunes dans notre communauté. Ce fut donc une grande surprise lorsqu'on a proposé de nommer un moine cistercien, qui n'avait même jamais mis les pieds en Afrique, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires en Autriche. Je savais que je ne comprenais rien à l'Église universelle et que je devais aller sur le terrain.

    Vous voyagez à travers le monde depuis près de dix ans. Cela a-t-il changé et façonné votre vision de l'Église universelle ?

    Je vis dans un monde et une Église totalement nouveaux ! Mon principal champ d'action et de mission reste cependant l'Autriche, car les missions internationales sont un remède à notre frustration face à l'Église. J'ignorais auparavant que l'Église universelle dans les pays du Sud était si forte et en pleine croissance. J'essaie de partager ce qui m'inspire en Autriche et d'encourager les gens à prier pour l'Église universelle – et bien sûr, à faire des dons pour que nous puissions la soutenir.

    Vous connaissez désormais les deux réalités : africaine et européenne. Ce qui est particulièrement frappant, c’est que l’Europe vieillit, tandis que l’Afrique affiche les taux de natalité les plus élevés. Ce phénomène se reflète-t-il également au sein de l’Église ?

    Oui, démographiquement, nous connaissons un déclin dramatique depuis 50 ans. L'Europe ne représente plus que 9 % de la population mondiale, contre 60 % pour l'Asie. L'Afrique connaîtra une croissance d'un milliard d'habitants supplémentaires au cours de ce siècle. Ce continent a besoin de notre attention car nous sommes très proches. Après tout, seule la mer Méditerranée nous sépare. Par conséquent, prendre soin de cette jeune Église en pleine croissance doit être une priorité absolue pour nous, en Europe.

    En Europe, la connaissance de la foi a diminué, et la ferveur religieuse s'est affaiblie. Quelle expérience avez-vous vécue à ce sujet en Afrique ?

    Avant même de rejoindre Missio, j'étais impressionné par nos étudiants nigérians à Heiligenkreuz : après seulement trois mois d'apprentissage du français, ils étaient capables de lire la Phénoménologie de l'esprit de Hegel ! J'espère donc vivre assez longtemps pour voir un pape noir. Ils en ont assurément le potentiel ! Il y a aussi, bien sûr, les traumatismes causés par le culte des ancêtres et les pratiques magico-occultes comme la croyance aux démons. C'est pourquoi l'Afrique subsaharienne a embrassé le christianisme si rapidement : la foi en un Dieu rédempteur et aimant représente une véritable libération de la croyance aux démons. L'Église est forte en Afrique car la foi y est empreinte d'une grande joie, d'un théocentrisme et d'un amour du divin que nous avons perdus.

    Lire la suite