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Les dérives liturgiques viennent-elles de la réforme liturgique de Vatican II ?

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POUR RECREER LA PAIX LITURGIQUE

Les dérives liturgiques viennent-elles de la réforme liturgique de Vatican II ?

L’avis du Docteur Denis Crouan 

Contrairement à beaucoup d’idées reçues et largement diffusées, les abus liturgiques ne sont pas liés à un rite particulier. Ainsi, dès le début de la prédication apostolique, saint Paul réprouve les dérives qui se glissent dans les assemblées chrétiennes de Corinthe. Dans le chapitre 11 de son Épître aux Corinthiens, l’Apôtre attire l’attention sur le fait que les hommes prient et prophétisent la tête couverte alors que les femmes ont la tête nue. Il poursuit en dénonçant les inégalités entre les riches et les pauvres. Enfin, il regrette l’indignité avec laquelle certains communient. Pour y remédier, saint Paul rappelle que le Christ doit être au centre de la célébration et cite intégralement les paroles de l’institution de l’Eucharistie. 

Pour réagir face à la diversité des rites qui nuisent de plus en plus à l’unité liturgique de l’Église surtout au du Moyen Âge finissant, le concile de Trente (1545-1563) établit des règles précises pour la célébration de la Messe. Dans ce sens, le missel promulgué par saint Pie V et prévu non pour des messes chantées mais pour des messes « basses » est un chef d’œuvre de codification. Est-ce pour autant la fin des abus liturgiques ? Hélas non, et les innombrables mandements et rappels à l’usage du clergé relèvent régulièrement les erreurs à ne pas commettre. La lecture de certains avis éclaire sur la situation générale. En effet, un cas isolé ne nécessite pas des remontrances collectives. Il est donc permis d’établir qu’un missel, même codifié à l’extrême, ne constitue pas un rempart contre les défauts d’intention et les erreurs des célébrants. 

En 1909, le Père Caron, prêtre de Saint-Sulpice, publie « Les cérémonies de la messe basse » qui traite des fautes à ne pas commettre lors de la célébration de la Messe. Cet ouvrage, parmi tant d’autres du même genre, illustre le climat liturgique de l’époque et apporte un éclairage sur la formation sacerdotale au début du XXe siècle. A titre d’exemple, le religieux écrit : « On marche précipitamment. Au lieu de quitter la calotte à la sacristie, on la quitte en arrivant à l’autel et on la pose [sur l’autel] : on n’y doit poser que ce qui sert à la messe. Après l’Évangile, en baisant le texte, on baise le premier endroit qui se présente : il faut baiser le commencement. On prononce avec effort les paroles de la consécration, en remuant la tête à chaque mot. A la consécration du vin, certains prêtres tiennent la bouche au-dessus de la coupe, de manière à prononcer les paroles au-dedans du calice : cela n’est pas décent. En faisant l’élévation, tant de l’hostie que du calice, il faut élever l’une et l’autre en ligne droite. Au « Domine non sum dignus », plusieurs étendent entièrement le bras pour se frapper la poitrine avec force : il faut seulement remuer l’avant-bras, se frapper légèrement et poser ensuite sans bruit la main sur l’autel. En prenant le précieux Sang, on suce le calice avec bruit et affection, ce qui choque les assistants. S’il faut éviter la trop grande longueur qui fatigue les assistants, on doit encore plus être en garde contre la précipitation qui les scandalise. Le prêtre sera donc très attentif à prononcer avec gravité, sans manger une partie des mots comme il arrive ordinairement à ceux qui vont trop vite, et à joindre les cérémonies aux paroles qui doivent les accompagner. C’est surtout en faisant le signe de croix sur les dons sacrés, qu’il évitera cette agitation ridicule des mains qu’un saint appelle les cercles du diable. » 

En lisant ces quelques lignes, on imagine aisément certaines célébrations d’autrefois pourtant régies par une multitude de rubriques très précises ! On peut en conclure que de tout temps, ce qui fait l’abus liturgique, ce n’est pas le rite en lui-même mais la façon de l’appréhender. Ni la liturgie, ni le missel n’appartiennent au prêtre... L’Église lui confie le rite pour qu’il le célèbre intégralement et pas pour qu’il le modifie à sa guise ou selon les goûts du moment. Selon l’intention du célébrant, n’importe quel rite, qu’il soit « ordinaire » ou « extraordinaire », peut être célébré dignement ou donner lieu à un spectacle affligeant. Toute l’histoire de la liturgie nous en donne des preuves éclatantes. 

Le missel actuel peut être utilisé dans une langue vernaculaire et de ce fait faciliter davantage l’ « improvisation cléricale » que lorsqu’il est utilisé en latin. L’usage des langues courantes devrait donc être pour le prêtre l’occasion d’être d’autant plus rigoureux à lire mot à mot ce qui est écrit, et se rappeler qu’il n’est qu’un instrument au service de Dieu et certainement pas un préfet paroissial du culte divin local. Commençons par exiger des prêtres - et surtout des évêques qui sont les gardiens de la liturgie - qu’ils respectent la liturgie restaurée à la suite de Vatican II et la célèbrent dans le silence et avec toute la dignité requise ; on verra alors qu’il n’est pas nécessaire de faire des kilomètres pour trouver un endroit où la messe est célébrée selon la forme « extraordinaire ». Par la même occasion, on comprendra que ce qu’on appelle la « forme ordinaire » dans nos paroisses n’a strictement aucun rapport avec le missel issu de Vatican II lequel rappelle clairement aux prêtres qu’ils doivent être « attentifs aux normes [rappelées dans la présentation générale de ce missel] et à la pratique reçue du rite romain ainsi qu’au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’à [leurs] goûts personnels et à [leur] propres jugements. » 

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