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Moins de 2 % : le déclin dramatique des chrétiens en Terre sainte
La présence chrétienne en Terre sainte a atteint un niveau critique et pourrait disparaître si la tendance actuelle ne s'inverse pas. Cet avertissement a été lancé par l'abbé bénédictin Nikodemus Schnabel lors d'une rencontre avec des représentants de l' Aide à l'Église en Détresse (AED). Il a dénoncé le fait que les chrétiens représentent désormais moins de 2 % de la population et continuent de quitter la région en raison de la guerre, de la crise économique et du manque de perspectives.
« Le lieu où sont nés les événements centraux de notre foi risque de perdre ses chrétiens autochtones », a averti l’abbé, qui a décrit une situation marquée par l’exode constant et l’invisibilité croissante de ces communautés.
Exode, précarité et perte de l'avenir
Le principal facteur poussant les chrétiens à partir est économique. Comme l'explique Schnabel, près de 60 % des chrétiens arabes dépendent du tourisme, un secteur qui ne s'est pas remis de la pandémie et des conflits qui ont suivi en 2019. Faute de revenus stables, de nombreuses familles choisissent d'émigrer.
« Les gens partent parce qu’ils ne voient pas d’avenir », a-t-il déclaré, pointant du doigt le manque de logements et d’emplois comme les deux principaux obstacles à la pérennité des communautés chrétiennes.
Une minorité presque invisible
Bien que Jérusalem conserve une remarquable diversité ecclésiale — avec 13 églises parmi les catholiques et autres confessions historiques —, cette richesse masque une réalité beaucoup plus fragile : une communauté très restreinte.
L’abbé a souligné le paradoxe suivant : la Terre sainte compte moins de chrétiens que certaines des régions les plus sécularisées d’Europe. « Rêver d’atteindre 5 % ou 6 % serait déjà beaucoup », a-t-il reconnu.
Le risque d’une « Terre sainte sans chrétiens »
Schnabel a mis en garde contre un scénario de plus en plus plausible : la persistance de lieux saints sans communautés vivantes pour les faire vivre. « Les sanctuaires, les moines et les prêtres pourraient subsister, mais sans familles ni vie chrétienne ordinaire », a-t-il souligné.
Ce processus transformerait la Terre sainte en une sorte d'espace symbolique ou touristique, déconnecté de la foi vécue.
Trois groupes, une fragilité partagée
L'abbé a identifié trois réalités majeures au sein de l'Église locale.
D’une part, il y a les chrétiens palestiniens arabophones, historiquement enracinés dans la région, mais aujourd’hui touchés par des restrictions politiques, l’insécurité et, dans des endroits comme Gaza, une situation qu’il a décrite comme une « double pression » : le conflit extérieur et le contrôle intérieur du Hamas.
Deuxièmement, une petite communauté croissante de catholiques hébréophones intégrés à la société israélienne.
Enfin, le groupe le plus important : les travailleurs migrants et les demandeurs d'asile, qui comptent plus de 100 000 fidèles et soutiennent une grande partie de la vie ecclésiale.
Allégation de conditions proches de l’« esclavage moderne »
L’abbé a dénoncé les conditions déplorables dans lesquelles vivent nombre de ces migrants : confiscation de leurs passeports, restrictions de travail, séparation des familles et précarité juridique. Dans certains cas, a-t-il affirmé, le système pénalise même la maternité.
« Pour ce système, l’acte le plus “criminel” peut être de dire oui à la vie », a-t-elle fait remarquer, faisant allusion aux femmes qui refusent d’avorter et se retrouvent dans une situation irrégulière.
Entre la guerre et la fidélité à l'Évangile
Au cœur du conflit, Schnabel a défendu la position de l'Église : « Nous ne sommes ni pro-Israël ni pro-Palestine, mais pro-humanité », et a également rappelé le témoignage des soignants migrants décédés après avoir refusé d'abandonner les personnes âgées dont ils avaient la charge lors des attaques du 7 octobre 2023, soulignant leur fidélité comme un exemple de vie chrétienne.
L'abbé a également dénoncé les attaques perpétrées contre les chrétiens par des groupes juifs extrémistes, notamment le harcèlement, le vandalisme et la profanation, et a affirmé que ces incidents ne pouvaient plus être considérés comme isolés. Parallèlement, il a indiqué qu'il existait aussi des groupes juifs qui défendaient les communautés chrétiennes et dénonçaient ces exactions.
Schnabel a conclu que, sans mesures concrètes, la disparition des chrétiens en Terre sainte serait inévitable. « Il n’y a pas d’Annonciation sans Nazareth, pas de Noël sans Bethléem, pas de Pâques sans Jérusalem », a-t-il déclaré, avertissant que sans communautés dynamiques, les lieux saints risquent de se réduire à des espaces dépourvus de vie chrétienne.
Léon XIV reconnaît 49 nouveaux martyrs catholiques de la guerre civile espagnole
Le moment choisi pour ces nouvelles reconnaissances suggère que Leo suit de près ce qui se passe en Espagne — et signale que ni les exactions anticatholiques du passé ni celles du présent ne seront ignorées.
Le pape Léon XIV se rendra en Espagne en juin. À l’approche de cet événement capital, et alors que le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez est plus que jamais engagé dans la cause du revanchisme historique, le souverain pontife a reconnu 49 nouveaux martyrs de la guerre civile espagnole. Ce fut un moment fort : l’Église n’a pas oublié les Espagnols qui sont tombés pour elle entre 1936 et 1939. Nous ne devrions pas l’oublier non plus.
Derrière ce mur de romantisme de gauche se cachait une réalité bien plus amère. La République n'était pas une démocratie sans défense ravagée par les loups du fascisme ; c'était un régime brutal, contrôlé par les communistes, qui avait volé les élections législatives de 1936 à la droite et perpétré ce qui a été décrit comme « le plus grand bain de sang anticlérical que l'Europe ait jamais connu ». En effet, comme l'explique Mary Vincent dans * The Splintering of Spain: Cultural History and the Spanish Civil War, 1936-1939 *, « cette violence extraordinaire a coûté la vie à 4 184 prêtres et séminaristes, dont douze évêques, 2 365 moines et frères et 283 religieuses… Après à peine deux mois de guerre civile, 3 400 prêtres, moines et religieuses avaient été assassinés. »
L'Église n'a jamais oublié les horreurs de la « Terreur rouge » en Espagne ni les montagnes d'ossements de chrétiens laissées par les communistes. Le processus de béatification des milliers de martyrs catholiques victimes de la persécution républicaine a débuté sous le pape Jean-Paul II en 1987. En décembre dernier, quelque 2 255 martyrs espagnols avaient été béatifiés. Environ 2 000 autres sont en cours d'examen et, espérons-le, en passe d'être béatifiés.
Mais la décision du pape Léon XIV de béatifier ces 49 derniers Espagnols intervient à un moment délicat dans les relations entre le gouvernement socialiste de Madrid et le Saint-Siège. En tant que Premier ministre, Pedro Sánchez s’est donné pour mission personnelle de purger la mémoire historique espagnole des Nacionales, la coalition de droite qui a renversé la République tyrannique et philocommuniste en 1939. En 2019, Sánchez a fait exhumer le corps de Francisco Franco Bahamonde, chef des Nacionales et vainqueur de 1939, de sa tombe dans l’imposante basilique du Valle de los Caídos, dans la Sierra de Guadarrama.
L'argument avancé à l'époque était que Franco lui-même n'avait pas péri pendant la guerre et que le monument – conçu par le Généralissime comme un symbole de réconciliation nationale et abritant les dépouilles de quelque 34 000 victimes du conflit – ne devait accueillir que les corps des victimes directes de la guerre. Bien entendu, il s'agissait d'un prétexte fallacieux : en 2023, Sánchez a fait retirer de la même manière le corps de José António Primo de Rivera du site. Primo de Rivera, chef de la Phalange espagnole des JONS (Famille espagnole des soldats), mouvement d'extrême droite, a été assassiné par les Républicains le 20 novembre 1936. Il était, incontestablement, une victime de la guerre.
Mais Sánchez n’en a pas encore fini avec sa mesquine vengeance. Il en veut toujours plus. Depuis quelques années, il se consacre à la « redéfinition » de la Vallée des morts en un grand monument à l’antifascisme. Il a fait changer son nom en Vallée de Cuelgamuros et a fait tout ce qui était en son pouvoir pour expulser les moines qui occupent encore une abbaye bénédictine sur le site. Les projets du gouvernement visant à transformer la Vallée entraîneraient la destruction d’une partie importante de celle-ci, y compris de magnifiques œuvres d’art.
Rafael Pinto Borges est le fondateur et président de Nova Portugalidade, un think tank conservateur et patriotique basé à Lisbonne. Politologue et historien, il a collaboré à de nombreuses publications nationales et internationales. Vous pouvez le retrouver sur X sous le pseudo @rpintoborges.
Cantate Domino canticum novumChantez au Seigneur un cantique nouveau
Cantate Domino canticum novum, cantate et benedicite nomini ejus: Qui mirabilia fecit. Cantate et exultate et psalliteincythara et voce psalmi: Quimirabilia fecit.
Chantez au Seigneur un cantique nouveau, chantez et bénissez son nom, car il a accompli des merveilles. Chantez,exultez et jouez sur vos cythares, accompagnez vos hymnes. Car il a accompli des merveilles.
Parmi les temps forts et les "balises" qui rythmaient la dévotion chrétienne jusqu'à ce que l'ère post-conciliaire aie trouvé bon de balayer tout cela, il y avait la dévotion à la Vierge, les cinq premiers samedis du mois, introduite lors des apparitions de Fatima :
Le 1° novembre 1927, Soeur Lucie écrivait à sa marraine, Dona Maria de Miranda : « Je ne sais pas si vous connaissez déjà la dévotion de réparation des cinq samedis au Coeur Immaculé de Marie. Comme elle est encore récente, j'aimerais vous inspirer de faire cette pratique, parce que c'est demandé par Notre chère Mère Divine, et Jésus a manifesté un désir qu'elle soit pratiquée. En plus, il me semble que vous seriez fortunée, chère marraine, pas seulement de la connaître et de donner à Jésus la consolation de la pratiquer, mais encore à la faire connaître et enlacer par beaucoup d'autres personnes. Elle consiste en cela: Pendant cinq mois au premier samedi, de recevoir Jésus dans la communion, de réciter un Rosaire, de garder compagnie avec Notre Dame pendant quinze minutes en méditant sur les mystères du Rosaire, et de faire une confession. La confession peut être faite quelques jours auparavant, et si dans cette confession précédente vous avez oublié l'intention (requise), l'intention suivante peut être offerte, pourvu qu'au premier samedi l'on reçoit la communion sacrée dans un état de grâce, avec l'intention de réparer des offenses contre la Vierge la Plus Sacrée et qui affligent Son Coeur Immaculé. Il me semble, ma chère marraine, que nous sommes fortunés d'être capables de donner à Notre chère Mère Divine cette preuve d'amour, parce que nous savons qu'Elle la désire. Quant à moi, j'avoue que je ne suis jamais si heureuse qu'à l'arrivée du premier samedi. N'est-il pas vrai que notre bonheur le plus grand, c'est d'appartenir entièrement à Jésus et Marie et de Les aimer uniquement, sans réserve ? Nous voyons cela si clairement dans les vies des saints ... Ils étaient heureux parce qu'ils aimaient, et nous, ma chère marraine, nous devons chercher d'aimer comme eux, pas simplement de sentir de la joie en pensant à Jésus, ce qui est le moins important - parce que si nous ne l'aimons pas ici-bas, nous l'aimerons en haut au ciel - mais de donner à Jésus et Marie la consolation pour être aimé ... et que dans cet échange d'amour Ils pourraient sauver beaucoup d'âmes. »
« Qui déchire la tunique du Christ ? » - Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X
Qui déchire la tunique du Christ ?
« La rupture ne provient pas de la Fraternité Saint-Pie X, mais de la divergence flagrante des enseignements officiels avec la Tradition et le Magistère constant de l’Église. »
FSSPX.Actualités :Monsieur le Supérieur général, votre annonce de prochains sacres épiscopaux, le 2 février dernier, a suscité une série de réactions particulièrement vives. Que pensez-vous de cela ?
Don Davide Pagliarani : Cela est compréhensible, car on touche à une question très sensible dans la vie de l’Église. De plus, les motifs de cette décision sont objectivement graves : ce qui est en jeu – le bien des âmes – est une question capitale. Le débat que cette annonce a déclenché connaît donc logiquement une grande ampleur : au fond, personne n’est resté indifférent. C’est objectivement positif et, providentiellement, je pense que cela correspond à un besoin très actuel.
En effet, ces dernières années, la sphère conservatrice et traditionaliste – au sens large du terme – a parfois donné l’impression de se réduire à un milieu de commentateurs, où s’expriment analyses, attentes et frustrations, souvent légitimes, mais qui peinent à se traduire en prises de position réalistes et conséquentes. Parmi eux, certains attendent encore une réponse du Saint-Siège aux dubia formulés il y a dix ans par quatre cardinaux – dont deux sont aujourd’hui décédés – au sujet d’Amoris lætitia, ou bien la publication éventuelle d’un nouveau motu proprio sur la messe tridentine.
Dans ce contexte, la décision des sacres interpelle. Ce n’est pas une énième déclaration : c’est un geste significatif qui oblige à réfléchir, à saisir la gravité réelle des problèmes actuels, et à prendre concrètement position. Rien n’est plus urgent aujourd’hui. Sans l’avoir recherché, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X se trouve être l’instrument d’une secousse salutaire – secousse dont seule la Providence est, en définitive, l’artisan. Providentiellement, il lui est donné de contribuer à quelque chose dont l’Église a certainement besoin aujourd’hui plus que jamais, pour son bien et pour sa régénération.
Pourquoi considérez-vous qu’une telle secousse soit aujourd’hui particulièrement nécessaire ?
Lorsque l’on parle et que l’on discute sans relâche, souvent de manière frustrante, de problèmes extrêmement graves qui touchent à la foi, les thèmes mêmes qui font l’objet du débat ou du dialogue finissent, à long terme, par être perçus comme discutables, dans le respect systématique des idées d’autrui et des différentes sensibilités. Peu à peu, tout se relativise.
De fait, le fléau du pluralisme doctrinal, auquel l’homme moderne est naturellement enclin, finit par contaminer même les âmes les plus saines : on glisse graduellement dans l’indifférentisme ; une anesthésie lente et inexorable fait perdre le sens du réel ; on s’installe dans une zone de confort, on s’attache à des équilibres et à des privilèges qu’on ne veut surtout pas compromettre ; le zèle et l’esprit de sacrifice s’amenuisent. En un mot, le danger est de s’habituer à la crise et de la vivre comme une situation normale. Tout cela se produit progressivement, sans que l’on s’en rende compte. Ceux qui ont une responsabilité envers les âmes ont le devoir d’analyser en profondeur ces mécanismes, et d’essayer de les bloquer avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
Or, ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas une opinion, ni une sensibilité, ni une option préférentielle, ni une nuance particulière dans l’interprétation d’un texte : ce sont la foi et la morale qu’un catholique doit connaître, professer et pratiquer pour sauver son âme et aller au Paradis.
En d’autres termes, face à l’Éternité et au danger de perdre le Ciel, les bavardages, les dissertations et le dialogue doivent céder la place à la réalité.
Une cathédrale arménienne démolie dans une région contestée
28 avril 2026
Le gouvernement azerbaïdjanais a démoli début avril une cathédrale arménienne située au Haut-Karabakh, selon des médias locaux, ravivant un conflit de longue date dans cette région frontalière dont le territoire est disputé entre les deux pays depuis les années 1990.
L'Église apostolique arménienne a dénoncé la démolition de la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu dans la ville de Stepanakert, affirmant qu'elle visait à « effacer toute trace arménienne » de la région.
La cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu en 2024. Crédit : Golden/wikimedia CC BY 4.0
Cette évolution survient moins de trois ans après une offensive militaire de l'Azerbaïdjan qui a conduit à la dissolution de la République autoproclamée d'Artsakh dans la région contestée du Haut-Karabakh, une zone internationalement reconnue comme faisant partie de l'Azerbaïdjan mais historiquement peuplée et contrôlée par des chrétiens arméniens jusqu'en 2023.
L'offensive de 2023 a provoqué l'exode de plus de 120 000 Arméniens et a fait des centaines de morts. Les organisations de défense des droits humains et les dirigeants arméniens ont qualifié cet exode de nettoyage ethnique.
L'Arménie, pays de la superficie comparable à celle de l'État du Maryland, compte environ trois millions d'habitants. Elle est bordée par la Turquie à l'ouest, la Géorgie au nord, l'Azerbaïdjan à l'est et l'Iran au sud. Environ 95 % de la population appartient à l'Église apostolique arménienne et 0,6 % à l'Église catholique.
Plusieurs organisations de défense des droits humains et des militants arméniens ont décrit la démolition de la cathédrale comme s'inscrivant dans un schéma plus large d'effacement culturel systématique dans la région.
La démolition a eu lieu peu avant le 111e anniversaire du génocide arménien, au cours duquel on estime qu'entre 1 et 1,5 million d'Arméniens de souche ont été tués et que des millions d'autres ont été déportés de force par le gouvernement ottoman pendant la Première Guerre mondiale.
Le gouvernement azerbaïdjanais n'a ni annoncé ni expliqué publiquement la démolition de la cathédrale, bien que des médias progouvernementaux aient affirmé que le gouvernement arménien était responsable de la destruction de monuments religieux azerbaïdjanais dans la région, semblant ainsi suggérer des représailles pour ces crimes présumés.
Le média arménien Hetq a affirmé avoir vérifié la démolition de l'église grâce à des images satellites montrant les pavés blancs autour de la cathédrale, mais pas l'église elle-même, ce qui a incité plusieurs organisations de défense des droits de l'homme et des médias à vérifier ces informations.
La construction de la cathédrale a débuté en juillet 2006 et elle a été consacrée en avril 2019. C'était la plus grande église arménienne de tout le Haut-Karabakh. Elle a servi d'abri anti-bombes pendant la seconde guerre du Haut-Karabakh en 2020, mais n'a subi que des dommages mineurs.
L'organisme de surveillance du patrimoine culturel arménien Monument Watch avait signalé que l'église Saint-Jacques, construite en 2007 et située dans la même ville, avait également été démolie début avril.
L'Église apostolique arménienne est l'ancienne Église nationale d'Arménie et fait partie des Églises orthodoxes orientales, une communion d'environ 70 millions de fidèles qui comprend également l'Église copte orthodoxe.
Les Églises orthodoxes orientales se sont séparées de l'Église après le concile de Chalcédoine en 451, principalement en raison de divergences sur les formules utilisées pour définir la nature du Christ. Ces dernières décennies, ce désaccord est perçu comme essentiellement sémantique, toutes les parties professant la même foi en la divinité et l'humanité du Christ, bien que dans un langage différent.
L’Église apostolique arménienne a déclaré dans un communiqué du 23 avril : « Il est évident que le gouvernement azerbaïdjanais continue de cibler les lieux saints chrétiens arméniens dans le but d’effacer toute trace arménienne d’Artsakh. »
« Cet acte de vandalisme d’État prouve une fois de plus que la politique anti-arménienne de l’Azerbaïdjan n’a pas changé, ce qui rend les déclarations concernant l’établissement d’une paix stable et durable avec l’Arménie douteuses. »
Les autorités ecclésiastiques ont également appelé le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan à prendre des « mesures urgentes et efficaces » pour empêcher le régime azerbaïdjanais d'anéantir le patrimoine culturel arménien dans la région.
Cependant, interrogé le 18 avril sur les informations faisant état de la destruction de la cathédrale, Pashinyan a déclaré : « Ma préoccupation concerne les monuments historiques et culturels situés sur le territoire arménien. »
La semaine dernière, Pashinyan a de nouveau été interrogé sur la démolition, et il a déclaré que le gouvernement arménien cherchait actuellement à obtenir davantage d'informations, mais qu'il était réticent à faire de cette destruction « un sujet de discussions internationales au niveau étatique ».
« Sur de telles questions, surtout à ce stade, il faut faire preuve de prudence, car elles constituent une arme à double tranchant », a déclaré Pashinyan.
Le gouvernement de Pashinyan a reconnu la souveraineté azerbaïdjanaise sur la région en 2022 et a déclaré à plusieurs reprises que la question était close pour son administration.
Les autorités arméniennes accusent Karékine II, chef de l'Église apostolique arménienne depuis 1999, d'entrave à la justice. L'Église rejette ces accusations, les qualifiant d'ingérence injustifiée dans ses affaires intérieures.
Le 4 janvier 2026, Pashinyan, qui occupait le poste de Premier ministre depuis 2018, a publié une vidéo dans laquelle il lisait à haute voix une déclaration qui établissait une « feuille de route » pour la réforme de l'Église apostolique arménienne.
Le texte prévoyait la destitution de Karékine II, l'élection d'un nouveau Catholicos de tous les Arméniens et l'introduction de nouvelles mesures visant à garantir la transparence financière et l'intégrité du clergé.
La vidéo montrait huit évêques orthodoxes arméniens signant le document à la résidence de Pashinyan. Deux autres, absents lors de la cérémonie, l'ont également approuvé.
Parmi les dix signataires du texte de la feuille de route des réformes figurait l'évêque Gevork Saroyan, à la tête du diocèse de Masyatsotn. Le 10 janvier, Karékine II a démis Saroyan de ses fonctions pour abus de pouvoir.
Le 14 janvier, un tribunal civil a ordonné la réintégration de Saroyan. Karékine II a réagi le 27 janvier en destituant Saroyan de l'état clérical.
Le 14 février, le procureur général d'Arménie a ouvert une enquête pénale contre Karékine II, l'accusant d'obstruction à l'exécution de la décision de justice ordonnant la réintégration de Saroyan. Le chef religieux aurait également été empêché d'assister au synode des évêques de l'Église apostolique arménienne en Autriche.
Le représentant légal de Karékine II a décrit cette initiative comme une « ingérence directe dans les affaires internes de l'Église ».
Pashinyan a affirmé que la réunion en Autriche s'inscrivait dans un plan visant à créer un « catholicosat fantoche » en dehors de l'Arménie.
Il a déclaré : « Je ne le permettrai pas. L’Arménie ne restera pas simple spectatrice. La réaction sera très ferme. Nous détournerons l’attention de ceux qui convoitent les trésors d’Etchmiadzin, dissimulés sous le masque de bienfaiteurs, vers une tout autre direction. Si des mesures supplémentaires s’avèrent nécessaires, elles seront prises. »
— Le Vatican a été critiqué pour ses liens avec le régime azerbaïdjanais, accusé par les organisations de défense des droits de l'homme de persécution ethnique des chrétiens arméniens dans les territoires frontaliers.
L'Azerbaïdjan a signé en septembre des accords avec l'hôpital pour enfants Bambino Gesù et la Bibliothèque apostolique et les Archives apostoliques du Vatican, ce qui a alarmé les critiques qui accusent le régime azerbaïdjanais de violations des droits de l'homme à l'encontre de la minorité arménienne et de pratiquer une « diplomatie du caviar » en utilisant son pouvoir culturel et économique pour façonner la politique du Vatican dans la région du Caucase du Sud.
La conférence s'intitulait « Le christianisme en Azerbaïdjan : histoire et modernité ». Mais des militants arméniens et des responsables religieux ont qualifié l'événement d'élément d'une campagne plus vaste visant à effacer l'héritage chrétien arménien des territoires contestés.
Les documents promotionnels de la conférence comprenaient des textes typiquement azerbaïdjanais sur l'histoire de l'Asie occidentale, notamment une présentation du monastère arménien médiéval de Dadivank, avec l'affirmation qu'il appartenait à la culture « albanaise caucasienne », une affirmation du gouvernement azerbaïdjanais largement contestée par les historiens.
« Cela n’a aucun fondement dans la réalité. Ils prétendent qu’il s’agit d’églises albanaises caucasiennes, mais les Albanais caucasiens ont disparu au VIIIe siècle », a déclaré l’archevêque orthodoxe Vicken Aykazian, directeur œcuménique du diocèse oriental de l’Église apostolique arménienne d’Amérique, au journal The Pillar en avril 2025.
Malgré ces controverses, la conférence a reçu une lettre de félicitations du cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales.
Plusieurs mois avant l'offensive de 2020 au Haut-Karabakh, la Première dame d'Azerbaïdjan, Mehriban Aliyeva, a été décorée de l'Ordre du pape Pie IX au Vatican.
Ilqar Mukhtarov, ambassadeur d'Azerbaïdjan auprès du Saint-Siège, a reçu la même distinction le 3 avril 2025.
La liste comprend les catacombes romaines de Marcellin et de Pierre, les catacombes de Commodille et les catacombes de San Sebastiano, la restauration d'une statue de Zeus aux musées du Vatican, la restauration et la traduction de plus de 3 000 livres et 75 manuscrits à la Bibliothèque apostolique vaticane, la restauration d'un bas-relief représentant la rencontre entre le pape Léon le Grand et Attila le Hun dans la basilique Saint-Pierre, et la restauration de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.
Selon le média italien Irpi Media , les dons s'élevaient à 640 000 euros (environ 730 000 dollars). Cependant, un responsable azerbaïdjanais a déclaré publiquement en 2020 que le montant dépassait le million d'euros. De nombreux travaux de restauration ayant été effectués après 2020, il est probable que la somme réelle soit encore plus élevée.
L'un des plus importants projets de restauration a été dévoilé en 2024, lorsque le Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican a annoncé un accord entre la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs et la Fondation Heydar Aliyev.
Les observateurs estiment que les liens entre le Vatican et l'ancienne république soviétique ont été renforcés grâce au cardinal Claudio Gugerotti, qui est actuellement préfet du Dicastère pour les Églises orientales et qui a été nonce apostolique en Azerbaïdjan, en Arménie et en Géorgie de 2001 à 2011.
Durant le mandat de Gugerotti comme nonce azerbaïdjanais, les autorités azerbaïdjanaises ont signé un accord bilatéral avec le Saint-Siège en 2011, nommant un ambassadeur la même année, et ont commencé à tenir des réunions fréquentes, tant en Azerbaïdjan qu'au Vatican, avec des responsables du Saint-Siège, parmi lesquels le secrétaire d'État de l'époque, le cardinal Tarcisio Bertone , et le cardinal Gianfranco Ravasi, alors président du Conseil pontifical pour la culture.
Selon Irpi Media , Ravasi est une autre figure centrale reliant l'Azerbaïdjan et le Vatican.
Ravasi a ouvert la voie à des projets de restauration financés par des Azerbaïdjanais au Vatican avec un accord signé en 2012 pour la restauration des catacombes romaines, ainsi qu'un autre pour la traduction et la restauration de manuscrits de la Bibliothèque apostolique.
A occasion de sa fête, le 29 avril, nous publions un portrait de cette grande sainte.
Catherine Benincasa est née à Sienne en 1347, au sein d’une famille nombreuse. Très jeune, elle entend l’appel à se consacrer à Dieu, malgré l’incompréhension de sa famille. Dès son plus jeune âge, elle fait preuve d’une dévotion particulièrement forte.
A seize ans, elle devient tertiaire dominicaine, tout en menant une vie d’austérité et de prière au sein de sa famille. Elle fait vœu de virginité. Ascèse et oraison la font vivre en étroite union avec le Christ, tout en se préoccupant des réalités de la vie.
Rien ne destinait cette jeune fille d’un milieu simple à se trouver en position d’exhorter les uns et les autres à la paix. Rien, si ce n’est une foi lumineuse, nourrie par des visions mystiques dès son plus jeune âge.
Bien que quasi-analphabète, elle n’en dicte pas moins de longues missives aux grands de son temps, et devient la conseillère spirituelle d’une foule de personnes, puissants et artistes, gens du peuple et ecclésiastiques.
Les temps étaient mouvementés. L’Europe du 14e siècle ne cesse de se diviser. La France et l’Angleterre sont engluées en pleine guerre de Cent Ans. A cela s’ajoute la peste noire qui décima une grande partie de la population européenne, plus d’un tiers selon certaines sources. Comme si cela ne suffisait pas, en Italie, les villes s’opposent les unes aux autres. La papauté elle-même se trouve installée en Avignon. La république de Sienne, où grandit Catherine, n’est pas épargnée, du fait des familles dirigeantes qui s’entre-déchirent.
Pour comprendre pourquoi plusieurs papes ne se trouvent plus à Rome, il faut remonter au début du siècle, au règne de Philippe IV le Bel, le premier roi à se faire appeler officiellement « très chrétien ». Cette notion religieuse tend alors à devenir juridique et autorise le souverain à intervenir dans les affaires de l’Église. De fait, son règne est marqué par ses différends avec Boniface VIII. En 1302, par la bulle Unam Sanctam, celui-ci déclare la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et par ce biais la supériorité du pape sur les rois, ces derniers étant responsables devant le chef de l’Église. Philippe le Bel envoya des troupes pour arrêter le pape, qui fut fait prisonnier et mourut peu après.
Son successeur, Benoît XI (1303-1304) dénonça les actions du roi de France. En 1305, pour l’apaiser, les cardinaux élurent un de ses amis, le Français Clément V qui ne mit jamais les pieds à Rome et s’établit en Avignon, cité culturellement française, et dépendante du royaume d’Anjou. Les papes y restèrent pendant près de septante ans. Sainte Brigitte de Suède avait déjà tenté de faire revenir la papauté à Rome, mais sans succès.
Pour Catherine, cette situation est intolérable. Son principal souci est l’unité de l’Église. Sa grande crainte est le schisme, qu’elle appelle « l’hérésie ». Sans complexe, elle écrit au pape d’alors, encore en Avignon, une lettre brûlante où elle le presse de revenir à Rome. Elle ira même l’y chercher. Par la suite, elle déploiera des trésors d’activité et de diplomatie pour rassembler l’Église autour de Grégoire XI.
Elle passera à Rome les derniers mois de sa vie (1378-1380). Elle y était venue à la demande d’Urbain VI, qui avait besoin de sa prière et de son conseil pour résoudre la crise qu’affrontait l’Eglise.
Alors que la chrétienté se disloque notamment en raison des intérêts politiques contradictoires des monarques, Catherine va interpeller les uns et les autres. Elle envoie de nombreuses lettres aux princes et cardinaux, pour promouvoir l’obéissance au souverain pontife et défendre ce qu’elle appelle le « vaisseau de l’Église ». Elle a l’habitude d’appeler le successeur de Pierre il dolce Cristo in terra.
Quoiqu’incisives et vigoureuses, ses exhortations sont prises en considération. Elle les adresse principalement aux pasteurs auxquels elle reproche de laisser, par apathie, s’égarer le troupeau qui leur est confié : Hélas, ne plus se taire ! Criez avec cent mille voix. Je vois que, parce qu’on se tait, le monde est détraqué, l’Épouse du Christ est pâle, on lui a enlevé sa couleur parce qu’on lui suce le sang hypocritement, le sang même du Christ » (Lettre au cardinal Pierre d’Ostie).
Elle voulait la fin des divisions, car elles nuisent à la chrétienté, et à ses yeux, au bien supérieur de l’Église et des âmes.
Si je meurs, c’est de passion pour l’Église, confie-t-elle, agonisante. A 33 ans, le 29 avril 1380, elle rend son âme à Dieu.
Outre ses nombreuses lettres, on doit à Catherine, qui apprit à lire au prix de nombreuses difficultés et à écrire à l’âge adulte, un livre intitulé Dialogue de la Divine Providence. Elle nous y apprend « la science la plus sublime : aimer avec courage intensément et sincèrement Jésus-Christ et aimer l’Eglise ! » (Benoît XVI).
Elle sera canonisée en 1461. En 1970, Paul VI la proclame docteur de l’Église. Trois autres femmes se sont vues attribuer ce titre : Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux et, plus récemment, Hildegarde von Bingen.
Outre qu’elle ait déjà été proclamée patronne de l’Italie en 1939, Jean-Paul II la nommera « co-patronne de l’Europe », aux côtés de Brigitte de Suède et d’Édith Stein. Un choix, expliquera Benoît XVI dix ans plus tard « pour que le Vieux continent n’oublie jamais les racines chrétiennes qui sont à la base de son chemin et continue de puiser à l’Évangile les valeurs fondamentales qui assurent la justice et la concorde ».
En raison de son œuvre épistolaire en faveur de la papauté, Catherine est aussi la sainte protectrice des journalistes, des médias, et de tous les métiers de la communication. Celle qui a su témoigner avec audace de sa Foi, peut être une source d’inspiration pour nous, chrétiens du XXIe siècle. Elle n’a pas hésité à secouer les gouvernants et princes de son temps pour leur rappeler leurs responsabilités.
La fête liturgique de sainte Catherine de Sienne a été fixée au 29 avril, anniversaire de son départ pour le Ciel.
Albert-Pierre Van Gulck est marié, père de famille, ancien cadre dans le monde de l’assurance.
Nouvelle vocation pour 6 églises sur 10, moins de 3 % restent exclusivement religieuses
À Roulers, la ministre flamande Hilde Crevits (CD&V) a présenté une analyse des projets d'avenir pour les églises. Un cinquième des églises paroissiales flamandes ont été reconverties ces dernières années. Moins de 3 % des églises envisagent encore un avenir exclusivement religieux. Pour six églises sur dix, une reconversion ou une utilisation secondaire est à l'étude.
25 avril 2026
La ministre a présenté son analyse samedi matin en l'église Saint-Joseph de Roulers, elle-même un exemple de reconversion. Désacralisée en 2014, l'église abrite désormais un cabinet d'architectes et s'ouvre également à d'autres activités. Par exemple, un Repair Café y est installé ce week-end, où chacun peut faire réparer ses appareils électroménagers défectueux.
En 2025, toutes les municipalités, les conseils paroissiaux et les diocèses flamands ont été tenus d'élaborer conjointement un plan de politique ecclésiastique. La Plateforme pour l'avenir des paroisses a analysé les 1 527 propositions soumises.
On compte environ 1 600 églises paroissiales en Flandre, soit en moyenne 5 à 6 par commune, contre 1 786 en 2013. Depuis cette date, 377 églises (21 %) ont déjà connu une transformation significative de leur vocation : 206 ont été reconverties et 171 ont été entièrement désacralisées. Dans 80 % des églises où se déroulent encore des offices, d’autres activités sont désormais proposées.
Sept églises sont envisagées pour une démolition partielle et deux pour une démolition totale. À Maasmechelen, par exemple, des options de reconversion sont à l'étude pour la démolition complète de l'église « Vaagd der Armenkerk van Mariaheide ». L'église « Heilig Sacramentkerk » de Berchem sera quant à elle entièrement démolie pour laisser place, à partir de 2027, à un nouveau projet de logements sociaux mené par le promoteur immobilier « Woonhaven Antwerpen ».
La destination secondaire est une destination favorite
L’analyse des plans de politique ecclésiastique des communes et villes flamandes révèle que les administrations actuelles envisagent de reconvertir ou de réaffecter 6 églises sur 10. « Je ne cache pas ma préférence pour la reconversion. En Flandre, nous constatons un besoin croissant de lieux où les gens peuvent se recueillir », déclare la ministre Crevits.
Elle attend avec intérêt de voir comment les municipalités concrétiseront leurs projets pour les églises locales dans les années à venir. « Les églises rassemblent les gens, et il est important que cela reste le cas. Une reconversion ou une utilisation alternative ne doit pas rompre avec le passé. »
Au cours de cette année liturgique, qui a débuté le 27 novembre 2011, les catholiques peuvent découvrir Marc, dont l’Évangile est lu chaque dimanche. Un Évangile de plus en plus apprécié par les fidèles d’aujourd’hui et qui incite à réfléchir sur l’identité de Jésus.
Rencontrez le médecin légiste qui a pratiqué les autopsies des grands saints.
Le médecin français Philippe Charlier, le « Hercule Poirot de la médecine légale », a réussi à reconstituer le visage de Marie-Madeleine et étudie actuellement le mystérieux « parfum de sainteté ».
Le docteur Philippe Charlier examine des ossements humains à l'École biblique de Jérusalem. (Photo : courtoisie du docteur Philippe Charlier)
Au fil de ses visites dans les musées, les églises, les sanctuaires et les vitrines, le médecin légiste et archéologue Philippe Charlier ne peut s'empêcher de cataloguer les grandes figures de l'histoire qui se trouvent devant lui : « Il est mon patient… elle aussi ; lui aussi. » L'image est saisissante et illustre une carrière parmi les plus atypiques d'Occident aujourd'hui.
Au cours des vingt dernières années, le docteur Charlier s'est forgé une réputation internationale en appliquant les outils de la médecine légale moderne à certaines des dépouilles les plus symboliquement chargées de l'histoire chrétienne et européenne – du roi Saint Louis et de Marie-Madeleine à Thérèse de Lisieux, François d'Assise, Jeanne d'Arc, Richard Cœur de Lion, René Descartes et même Adolf Hitler. Il a également été directeur scientifique du musée du Quai Branly à Paris pendant cinq ans.
Son dernier ouvrage, L'Histoire au scalpel : Autopsie desmorts célèbres, se lit comme une visite guidée d'un laboratoire et d'une crypte, au rythme et au ton d'une enquête. Catholique pratiquant, il s'inscrit dans la tradition qu'il étudie, tout en conservant une approche rigoureusement médico-légale.
La médecine légale appliquée aux saints, aux rois et aux légendes
L'un des aspects les plus importants de l'œuvre de Charlier est qu'elle offre une compréhension concrète de la vie et de la mort de certaines des figures les plus vénérées de l'histoire chrétienne. Ce faisant, elle remet souvent en question des mythes tenaces.
Il a démontré, par exemple, que Saint Louis n'était pas mort de la peste pendant les croisades, comme cela a été répété pendant des siècles, mais d'une grave infection liée à un scorbut avancé.
De même, son analyse récente des cheveux de sainte Thérèse de Lisieux suggère qu'elle n'est pas morte uniquement de la tuberculose. Le mercure, alors utilisé comme traitement, a également joué un rôle important.
« On aborde les restes d'un roi médiéval ou d'une nonne cloîtrée avec la même rigueur qu'une affaire médico-légale moderne », a-t-il déclaré au Register. « À ceci près que ce n'est pas le système judiciaire qui nous le demande, mais les historiens. » Une fois le travail terminé – réunis autour d'une table avec toute l'équipe – on a l'impression de se retrouver « un peu dans un roman d'Agatha Christie », lorsque la vérité éclate au terme de l'enquête : « C'est là qu'on réalise à quel point c'était une expérience enrichissante que d'avoir travaillé sur cette personne. »
Ce « Hercule Poirot de la médecine légale » a également réussi à reconstituer le visage de Marie-Madeleine à partir des restes conservés en Provence , en travaillant sur le crâne, des fragments de peau et une mèche de cheveux, et à démontrer que ces éléments forment un ensemble cohérent, correspondant à une seule et même personne, une femme méditerranéenne d'une cinquantaine d'années. Cette reconstitution ne prouve pas en soi la tradition, mais la conforte considérablement.
Parfois, les résultats des enquêtes peuvent être plus troublants, lorsque des objets de dévotion longtemps vénérés se révèlent reposer sur des supercheries historiques. C'est le cas, par exemple, des reliques de Jeanne d'Arc conservées dans un musée de Chinon, qui se sont avérées être des fragments de momies égyptiennes.
Charlier a également mis en lumière ce qui a pu faire de Descartes l'un des plus grands esprits de tous les temps : une asymétrie crânienne, dans une région liée à l'abstraction et au langage, qu'il interprétait comme la plasticité du génie. L'examen a aussi mis fin à une rumeur persistante : Descartes n'a pas été empoisonné à Stockholm – comme on l'a longtemps soupçonné en raison de sa proximité avec la reine protestante Christine et de l'idée qu'il cherchait à la convertir au catholicisme – mais est mort d'une pneumonie après un fort rhume.
Le retour des Reliques
Parmi les principaux demandeurs de ces enquêtes, l'Église elle-même occupe une place de choix. Comme l'a souligné Charlier, les autorités ecclésiastiques sollicitent de plus en plus d'expertises scientifiques : non pas pour confirmer un récit, mais pour vérifier rigoureusement l'authenticité des objets qu'elles présentent à la vénération.
« Contrairement à ce qu’a écrit Calvin », a déclaré Charlier, « il n’y a pas tant de fausses reliques… du moins en ce qui concerne les restes humains. » Le plus souvent, le problème tient moins à la contrefaçon qu’à l’épreuve du temps : les reliques sont déplacées, fragmentées et réattribuées au fil des siècles.
Ces demandes s'inscrivent dans un contexte de regain d'intérêt pour les reliques observé dans le monde occidental ces quinze dernières années, intérêt qui s'est accéléré depuis la pandémie de COVID-19. Pour Charlier, il s'agit d'un phénomène anthropologique, une réaction à la perte progressive du sacré dans les sociétés déchristianisées.
« Il est très difficile pour les êtres humains d'avoir la foi sans un objet tangible », a-t-il déclaré, ajoutant que même des traditions comme le protestantisme, qui ont cherché à se distancer de tout intermédiaire matériel, créent en pratique leurs propres points de repère. « Elles ont encore besoin, par exemple, du masque mortuaire de Luther pour concrétiser leur foi. »
Les reliques répondent donc à un besoin intemporel de voir, d'approcher et de toucher. Le rôle de la science, dans ce contexte, n'est pas de remplacer la dévotion, mais bien de la légitimer.
Là où le sacré et le scientifique se rencontrent
Cette dualité traverse la vie et l'œuvre de Charlier. Lorsqu'il se maria en l'église Saint-Ours de Loches, dans la Loire, il le fit devant le tombeau d'Agnès Sorel, sa première « patiente » et la première « favorite » royale de l'histoire de France, dont on se souvient également pour sa grande piété ; il la fit même inscrire, mi-sérieux mi-plaisantin, comme témoin dans le registre paroissial.
Cela reflète sa conviction que son travail peut rapprocher les morts, notamment les figures historiques, des vivants – non pas comme des icônes lointaines, mais comme des êtres humains dont la vie peut être mieux comprise.
Nulle part ailleurs cela n'est apparu plus clairement qu'à Assise, en Italie, en février dernier. Travaillant de nuit dans la crypte, sous les fresques de Giotto, sur la dépouille de saint François, il s'est retrouvé face à une figure qui comptait beaucoup pour lui depuis longtemps. Il se souvient s'être agenouillé devant le squelette du saint « qui [lui] parle profondément ». C'était pour lui « presque comme un pèlerinage… une épiphanie », se souvient-il de ce moment dont il avait rêvé toute sa vie.
« J’ai deux hémisphères cérébraux », a-t-il commenté. « L’un appartient au croyant, au catholique romain ; et l’autre au scientifique, celui qui ne manquerait jamais la moindre lésion sur le petit métacarpien ou la plus infime cavité sur une canine isolée. »
C’est aussi ce qui l’amène à approfondir des sujets à la frontière entre la dévotion et la science forensique. L’un d’eux est ce qu’on appelle l’odeur du sacré.
Il avait déjà abordé le sujet dans son étude sur Richard Cœur de Lion en 2013. Dans ce cas précis, les odeurs détectées autour du cœur du roi anglais pouvaient être attribuées à des substances d'embaumement utilisées délibérément pour créer une odeur agréable, quoique artificielle.
Charlier prépare actuellement une étude visant à déterminer ce qui pourrait composer ce mystérieux « parfum de sainteté », qui a été trouvé parmi les restes mortels de saints tels que Thérèse d'Avila, en collaboration avec des parfumeurs, des œnologues (experts en vinification) et même des chocolatiers.
Ce même désir de faire revivre l'histoire sous-tend également son ambitieux projet de musée à Saint-Cloud, sur le site du dernier palais royal français encore en attente de restauration. Prévu pour une ouverture fin 2028, ce site de 10 000 mètres carrés, situé aux portes de Paris, offre une vue imprenable sur toute la ville à l'ouest et recherche déjà des partenariats internationaux pour mener à bien le projet.
« C’est la continuation de mon rêve d’enfant », a déclaré Charlier. « Je me suis toujours vu comme un voyageur temporel, et c’est exactement ce qui se passe. Mon objectif est maintenant de rendre ce voyage accessible à tous. »
Solène Tadié est correspondante pour l'Europe du National Catholic Register. Franco-suisse, elle a grandi à Paris. Diplômée en journalisme de l'Université Roma III, elle a débuté sa carrière comme journaliste à Aleteia, couvrant l'actualité de Rome et du Vatican. En 2015, elle a rejoint L'Osservatore Romano, où elle a successivement travaillé pour la section française et les pages culturelles du quotidien italien. Elle a également collaboré avec plusieurs médias catholiques francophones. Solène est titulaire d'une licence de philosophie de l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin et a récemment traduit en français (pour les Éditions Salvator) l'ouvrage « Défendre le libre marché : plaidoyer moral pour une économie de marché » du père Robert Sirico, de l'Acton Institute.
Lettre ouverte à l’abbé Lobet, doyen de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule
Monsieur l’abbé,
J’apprends par la presse la décision des « responsables de l’Église belge » que vous annoncerez au terme de la conférence du père Godding ce 22 avril : ne plus « encourager », ni « favoriser », ni « permettre », si je comprends bien, la dévotion publique au Très-Saint Sacrement du Miracle. Mais, Monsieur l’abbé, il n’y a plus eu de dévotion publique à celui-ci depuis 60 ans ! La dernière procession en son honneur qui s’achevait, selon la tradition, par une eucharistie sur la Grand-Place de Bruxelles remonte à 1966.
Vous faites sans doute allusion aux visites guidées privées que « la folle qui y croit encore », comme vous me nommiez gentiment sur les réseaux sociaux, conduit occasionnellement pour faire connaître l’histoire des vitraux de la cathédrale ? J’ai de fait été saisie par ces pages historiques que j’ai découvertes depuis une dizaine d’années grâce à Carlo Acutis, canonisé depuis lors, et que je médite et étudie depuis avec ardeur.
Sans m’attarder sur les profanateurs de 1370, je me suis laissée touchée par le témoignage de ces générations venues se recueillir devant le Très-Saint Sacrement de Miracle exposé dans sa chapelle (musée actuel) et recevoir tant de grâces de conversions et de guérisons consignées dans les archives de la cathédrale.
Foules d’humbles bruxellois anonymes et d’étrangers parfois convertis à son passage comme ce fut le cas pour celle qui allait devenir sainte Marie - Eisabeth Hesselblad et juste parmi les nations en 2004 pour avoir sauvé soixante juifs pendant la seconde guerre mondiale. Mais aussi princes et dignitaires en nombre (Charles-Quint et toute la famille des Habsbourg, le tsar devenu empereur Pierre-le-grand, le roi Louis XV, etc) qui se sont humblement agenouillés devant les trois petites hosties miraculeuses.
Jubilés et processions, parfois immenses, ont longtemps témoigné d’une dévotion eucharistique sincère et profonde, sans connotation antisémite : ce n’était pas un ressentiment contre les profanateurs qui mettait les pèlerins en route mais la foi, la ferveur et l’amour de l’Eucharistie.
Alors oui, puisque le catalogue encore actuel du musée de la cathédrale mentionne un reliquaire « contenant des restes des hosties qui auraient saigné en 1370 » il m’est arrivé de m’agenouiller devant lui lors des visites privées que je conduisais. Ce geste de foi semble vous avoir déplu. Peu après, vous m’écriviez que ce reliquaire serait retiré « afin de décourager toute dévotion en cet endroit ». Alors qu’une voix divine, comme l’illustre un des grands vitraux de la nef, émanant du tabernacle en novembre 1436 invitait à venir prier fidèlement « en cet endroit ». Vos directives ne semblent pas à l’unisson avec le ciel…
Oh, ces restes d’hosties miraculeuses ne sont apparemment plus que de la « poussière en quantité appréciable » comme l’écrit un rapport diocésain ainsi que de minuscules points blancs visibles dans le baume asséché (et non les éclats de peinture, cfr ce même rapport) qui a enrobé les hosties au XIXème siècle. Mais ils demeurent, selon la tradition de l’Église, dignes de vénération.
Ceci dit, votre position par rapport au miracle eucharistique ne me surprend pas, puisque la pratique de l’adoration quotidienne à la cathédrale a été supprimée à votre arrivée. Mais votre gouvernement autoritaire m’étonne toujours sachant que vous plaidez ardemment pour une Église synodale, pour la libre-pensée et pour une culture du débat à la cathédrale.
J’aurais souhaité contribuer à une réflexion équilibrée, notamment sur la lecture historique du récit. Avec un minimum d’examen des sources, il est difficile de le réduire à une simple légende. J’ai tenté, sans succès, de signaler certaines erreurs factuelles présentes dans les narratifs actuels, qui peuvent induire des interprétations injustes et des narratifs antisémites.
Il est par exemple faux, comme vous le répétez de parler de « massacre » ou de « persécution » en 1370. Au moyen-âge, la peine du bûcher était appliquée à tout profanateur. Six personnes (et non la communauté juive comme le stipule erronément la plaque commémorative) ont été accusées de vol et de profanation d’hosties au terme d’un procès selon les règles de l’époque. Des chrétiens ont aussi été condamnés au bûcher à la même époque pour la même raison, ce qu’on omet souvent de préciser.
Certains auteurs parlent d’« expulsion » ou de « bannissement » des juifs du Brabant en 1370 ce qu’aucun document historique ne confirme, parait-il. Et parmi les tenants du discours antisémite, peu rappellent les statuts et protections particulières accordées aux juifs au moyen-âge par les papes, les princes et d’humbles citoyens. Ces silences, absences de contextualisation, amplifications ou simplifications trahissent la vérité de l’histoire et crée de fait un narratif antisémite.
Par ailleurs, il est étonnant que les autorités qui mettent en doute la véracité du miracle du sang (malgré les nombreux témoins oculaires de la première heure) refusent de procéder à l’analyse scientifique de taches présentes dans le fond d’une boite de 1734 qui a contenu cinq autres hosties du miracle de 1370. Un médecin légiste français expert en ce domaine est disposé à procéder aux investigations nécessaires mais nos autorités s’y opposent. Une telle démarche pourrait contribuer à éclairer le débat plutôt qu’à l’enfermer. Pourquoi la craindre ? Et est-il propice de figer un texte sur une plaque commémorative sans attendre les résultats de cette inspection scientifique ?
La « chapelle du miracle » dite aussi « chapelle expiatrice », deviendra le berceau d’œuvres qui ont débordé nos frontières : l’Association de l’Adoration Perpétuelle et des Eglise Pauvres (200.000 adhérents au début du XXème s), la congrégation des Religieuses de l’Eucharistie (près de 300 religieuses à la même époque) consacrées à l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement en esprit de réparation ainsi qu'à la collecte de fonds pour aider les églises pauvres. « Pour consoler l’amour blessé », selon sa devise. La chapelle détruite sera reconstruite à l’identique dans le quartier européen. C’est la chapelle pour l’Europe. Tant de fécondité ne peut surgir ni de la haine, ni d’une légende.
Rien ni personne n’empêchera la grâce du miracle eucharistique de 1370 de poursuivre son oeuvre. Puisse t’elle inspirer un nouveau narratif apaisé et réconcilié de l’histoire avec nos frères juifs, les protestants et libres-penseurs également évoqués sur les vitraux, dans une démarche de dialogue (encouragée par le Grand-Rabbin Guigui dans l’édition pascale de LLB) et d’unité (si chère à Mgr Luc Terlinden) pour que le miracle eucharistique de Bruxelles, pierre d’achoppements pour tous, y compris pour les catholiques, ne soit plus objet de divisions mais de pardons et de communion.
Enfin, puisse la cathédrale avoir un pasteur heureux en ses murs qui a à cœur d’y remettre en lumière sa grâce et ses trésors spirituels non seulement à travers ses vitraux mais dans sa chapelle du Très-Saint Sacrement réaffectée où seront dignement vénérés le reliquaire des trois petites hosties, les cinq hosties de 1370 toujours recherchées, ainsi que la relique (le plus grand fragment lit-on) de la sainte croix, l’épine de la passion de notre Seigneur, les multiples reliques de saints, la petite relique du sang de saint Jean-Paul II qui coula le jour de son attentat, et autres trésors spirituels.
Prions la Vierge de la Délivrance de délivrer notre cathédrale de ce qui la défigure et permettre à toutes les nations présentes ou de passage à Bruxelles de venir se prosterner devant le Saint-Sacrement appelé à rayonner et régner depuis cette montagne du Seigneur, sur l’Europe et sur le monde entier !
Véronique Hargot-Deltenre
Auteur des livres : - Le Très-Saint Sacrement de Miracle -Miracles eucharistiques à Bruxelles 1370-2025 (Edition revue et augmentée) en ligne sur Bruxelles, 1370 - Les Miracles Eucharistiques en Belgique www.miracles-eucharistiques.be