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liturgie

  • 2 février : fête de la chandeleur

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    La fête du 2 février est, en premier lieu, une fête de Notre Seigneur et, en second lieu, une fête de la Sainte Vierge. Pour bien comprendre cette fête, il faut la situer dans la série des grandes fêtes du cycle de Noël : Noël, l’Épiphanie et la Chandeleur sont les points dominants du cycle d’hiver. Nous pouvons même remarquer une belle progression, tant dans le symbole de la lumière que dans la participation de l’humanité à la manifestation de Dieu. A Noël, la lumière « brille dans les ténèbres » et bien peu nombreux sont ceux qui « la reçoivent » (la Mère de Dieu, les bergers à la Crèche). A l’Épiphanie, la « lumière » rayonne sur Jérusalem (l’Église), « la gloire du Seigneur s’est levée sur Jérusalem » et le monde païen « afflue » des ténèbres vers la ville de lumière. Aujourd’hui, à la Chandeleur, la lumière est dans nos mains, nous la portons en procession et à la messe ; la lumière fait aujourd’hui partie essentielle de la liturgie. Mais, aujourd’hui aussi, l’Église s’avance comme une Épouse au-devant du Seigneur et « reçoit avec amour la miséricorde (faite Homme) dans ses bras » (Intr.).

    Un second thème important de cette fête, c’est la lumière. Nous connaissons déjà le haut symbolisme de la lumière. Elle signifie le Christ et la vie divine du Christ en nous. Les paroles du vieillard Siméon : « la lumière qui éclaire les nations » donnent à l’Église l’occasion de célébrer une véritable fête de lumière. (Notre fête fut instituée pour remplacer les Lupercales païennes, fêtes dévergondées qui consistaient dans des processions nocturnes aux flambeaux, c’est pour cette raison que le célébrant et ses ministres portent, à la bénédiction des cierges et à la procession, des ornements violets). L’Église bénit aujourd’hui des cierges pour son usage liturgique, mais elle met aussi des cierges dans les mains des fidèles. Ils doivent faire brûler ces cierges chez eux, dans leurs cérémonies domestiques, au moment de l’orage et du péril, et, spécialement, au moment du Saint-Viatique et de l’Extrême-Onction. L’Église veut nous faire souvenir en même temps de notre cierge de Baptême, signe de notre titre d’enfants de Dieu et du ministère sacerdotal constant des fidèles. Tous les ans, nous recevons de nouveau le cierge du Baptême, afin que nous puissions aller en hâte « avec une lampe allumée » au-devant de l’Époux quand il viendra pour les noces.

    Qu’il est beau ce symbolisme de la lumière ! Nous recevons les cierges des mains de l’Église. (Il faudrait que les prêtres de paroisse, conformément aux prescriptions liturgiques, remettent vraiment les cierges aux fidèles). Quel est le sens de ce rite ? L’Église nous donne sans cesse le Christ et la vie divine. Nous portons aujourd’hui, en procession, la lumière allumée, c’est le symbole de la vie chrétienne ; ainsi devons-nous porter le Christ en nous. Avec la lumière dans nos mains, nous rentrons, après la procession, dans l’église ; c’est la maison de Dieu, symbole du ciel. Ainsi marchons-nous avec le Christ à travers la vie en nous dirigeant vers le ciel. Il est particulièrement beau et significatif de voir les fidèles, pendant le chant de l’Évangile et pendant le Canon jusqu’à la Communion, tenir leurs cierges allumés à la main. Quel est le sens de cette cérémonie ? A l’Évangile et au Canon, le Christ est présent parmi nous. C’est pourquoi, à la grand’messe, on porte à ces deux moments les cierges et l’encens. Mais aujourd’hui, l’Église nous dit : il faudrait qu’à chaque messe, vous portiez des cierges à la main ; d’ordinaire, les acolytes vous remplacent, mais aujourd’hui vous remplirez ce ministère du sacerdoce général. Ainsi la messe d’aujourd’hui est une véritable messe de « Chandeleur » presque la seule de l’année.

    Extrait de Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique . Ci-dessous, la fête de la Chandeleur à Rome sous Benoît XVI. JPSC

  • Le Christ, Lumière pour toutes les nations

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    Du Père Simon Noël sur son blog :

    Chandeleur (archive 2014) 

    La fête de ce jour a reçu plusieurs dénominations, qui toutes évoquent un aspect essentiel du mystère célébré. Dans la tradition liturgique grecque, on parle de l'hypapante, mot grec qui signifie la rencontre, rencontre entre Jésus et Siméon, mystère de Dieu qui vient à la rencontre de son peuple. La liturgie latine parle de présentation du Seigneur au Temple: au début de sa vie, Jésus s'offre à son Père, pour le salut du monde, et il le fait par les mains de sa mère. On parle aussi de la Purification de Notre-Dame, pour rappeler que la sainte famille a observé les rites de purification, prévus par la loi mosaïque pour une femme qui a enfanté. Grand mystère: celui qui a donné la loi à Moïse sur le Sinaï se soumet lui-même à la loi et démontre ainsi qu'il veut vraiment partager la vie religieuse de son peuple. On parle enfin de chandeleur, pour rappeler que le Christ est la lumière qui brille dans nos ténèbres humaines.

    En célébrant aujourd’hui l’entrée de Jésus au temple, 40 jours après sa nativité, nous clôturons tout le cycle de Noël, au sens large. Un signe que nous changeons de temps liturgique est le fait que le soir, à l’issue des complies, nous ne chanterons plus l’Alma Redemptoris Mater, que nous chantions depuis le début de l’avent, mais ce sera désormais jusqu’à Pâques, le chant de l’Ave Regina caelorum.

    Dans l’évangile et l’icône de ce jour, nous voyons, rassemblés autour de l’enfant Jésus, quatre personnages : Marie, Joseph, Siméon et Anne. Ces quatre personnages ont une chose en commun : ils font partie des pauvres du Seigneur, ils sont les représentants du véritable Israël. Lorsque le peuple de Dieu fut exilé à Babylone, en punition de son infidélité, certains prophètes ont commencé à développer le thème du petit reste. Dans le peuple, majoritairement infidèle, il y avait un noyau resté fidèle à Dieu, un noyau qui en somme rachetait le peuple et sauvait son honneur. A ce petit reste allait échoir une mission de salut non seulement pour le peuple en son entier, mais aussi pour toutes les nations de la terre. Une mission universelle donc, comme le dira Siméon : Lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël, ton peuple. Beaucoup de psaumes sont l’expression de l’âme de ces fidèles fervents. Les pauvres du Seigneur, ce noyau de fidèles fervents, au sein du peuple de Dieu, avaient pour caractère d’être des âmes pieuses et qui n’attendaient leur salut que de Dieu. Ils portaient au maximum toute l’espérance messianique d’Israël.

      Eh bien ! aujourd’hui, ces 4 pauvres du Seigneur, sont en train d’accueillir et de célébrer le salut donné par Dieu, la réalisation des promesses de Dieu faites aux Pères, la fidélité de Dieu qui vient visiter et rencontrer son peuple.  Cette fête de clôture reprend et synthétise tout ce que nous avons déjà célébré lors de fêtes de Noël et de l’épiphanie. Examinons trois thèmes présents dans la liturgie de ce jour.

      Nous avons chanté ce verset du psaume 47 : nous accueillons, ô Dieu, ton amour au milieu de ton temple. En voici une autre traduction, tirée de la Bible en français courant : Dieu, à l’intérieur de ton temple, nous refaisons l’expérience de ta bonté. Dans l’action liturgique, nous revivons tous le mystère célébré. Avec Siméon, nous accueillons Marie, qui nous donne l’enfant Jésus, pour la plus grande joie de l’âme. Ce geste de Siméon qui prend l’enfant dans ses bras, nous le revivons tout spécialement au moment de la communion eucharistique. C’est vraiment tout l’amour de Dieu que nous recevons alors, au milieu de l’Église.

      La procession avec les chandelles nous a d’autre part rappelé que le Christ est la lumière des nations. Le Christ est venu apporter aux hommes la vérité sur Dieu et sur l'homme. La lumière apportée par le Seigneur s'appelle la doctrine chrétienne. La doctrine chrétienne est la doctrine que Jésus est venu révéler aux hommes, que les apôtres ont prêchée et que l’Église continue à enseigner. C'est notre trésor le plus précieux. Étudier, approfondir cette doctrine de vérité et de salut remplit l'âme d'une lumière immarcescible et le cœur d'une joie ineffable.  La célébration de ce jour est une invitation à rechercher la lumière du Christ  en étudiant sa parole. Nous sommes invités à lire la Parole de Dieu, la Bible, à lire aussi des livres qui nous parlent de la foi, à lire la vie des saints, qui nous stimulent dans notre vie chrétienne. Saint Benoît nous rappelle l'importance des "saintes lectures" dans la vie spirituelle. Souvent en effet lorsque nous avons notre âme dans le vague, il suffit d'un bon livre pour nous réchauffer et nous enthousiasmer à nouveau pour les choses de Dieu.

      Le Seigneur Jésus sera, selon la prophétie du vieillard Siméon,  un signe de contradiction. Face à sa personne et à son message, les hommes vont devoir prendre position. L’Église est elle aussi en notre temps signe de contradiction. Elle n'est pas au-dessus de son maître. Nous ne devons donc pas nous étonner de constater, de nos jours particulièrement, le développement d'une haine du christianisme. Certains préfèrent les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres sont mauvaises. Dans un pays comme la France, il y a eu pour l'année 2013 pas moins de 800 profanations de lieu de culte, commis dans l'impunité la plus complète. 
     
       Quant à nous restons inébranlablement attachés à celui qui est notre lumière et notre vie, le seul sauveur : Jésus- Christ.
     
    On pourra également relire cette belle homélie de saint Jean-Paul II
  • Que le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur se réjouisse (Introit du 4ème dimanche du T.O.)

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    Introït
    Ps. 104, 3-4
     
    Laetetur cor quaerentium Dominum:
    quaerite Dominum, et confirmamini:
    quaerite faciem eius semper.

    Que le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur se réjouisse :
    cherchez le Seigneur, et soyez affermis:
    cherchez sans cesse sa face.

    Ps. Célébrez le Seigneur et invoquez Son Nom; annoncez Ses œuvres parmi les nations. v. Gloire au Père.

  • Belgicatho : 15 années de veille

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    C'est en janvier 2011 que belgicatho a vu le jour. Depuis lors, nous avons publié 30.081 notes et 25.668 commentaires en tâchant de garder le cap : fidélité à l'Eglise et à son enseignement constant en nous tenant à l'écart de toutes les dérives au goût du jour, attachement à la Tradition et à la défense de notre patrimoine religieux, promotion de la Doctrine Sociale de l'Eglise et d'une éthique conforme à l'ordre naturel de la Création...

    Belgicatho a plus de 800 abonnés à sa newsletter et est consulté chaque jour par plus de 500 utilisateurs; c'est modeste mais ce n'est pas négligeable; nous remercions nos visiteurs pour leur intérêt, leur soutien et leur fidélité.

    Nous sommes déterminés à poursuivre notre veille tant que la Providence nous le permettra; merci de prier pour cela.

  • Les principales affirmations des catholiques traditionalistes sont confirmées par un acteur clé du concile Vatican II

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    Via Le Forum Catholique :

    Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 27 janvier 2026 sur The Remnant sous le titre : « Traditional Catholicism’s Key Claims Are Confirmed by a Pro-Vatican II Insider ».
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    Le prêtre norbertin Boniface Luykx n'était pas un catholique traditionaliste, mais in acteur clé du concile Vatican II, impliqué dans presque toutes les phases de son élaboration et de sa mise en œuvre. Ses réflexions rejoignent trois affirmations essentielles des catholiques traditionalistes : les mises en garde des conservateurs étaient justifiées ; certains documents de Vatican II étaient anthropocentriques et dangereusement ambigus ; et la messe du Novus Ordo contrevient aux exigences fondamentales de Vatican II.

    « Simplifions encore une fois le tableau. Le cœur de cette crise consiste à déplacer le centre de l’être de Dieu à l’homme, du vertical à l’horizontal. » (Archimandrite Boniface Luykx, Une vision plus large de Vatican II : Souvenirs et analyse d’un consulteur du Concile, p. 143)

    Dans son récent entretien avec Michael Matt, Mgr Athanasius Schneider a recommandé « Une vision plus large de Vatican II : Souvenirs et analyse d’un consulteur concile », un ouvrage de l’archimandrite Boniface Luykx. L’archimandrite Luykx n’était pas un catholique traditionaliste, mais ses réflexions nous sont aujourd’hui d’une valeur inestimable, car il aimait profondément la foi catholique et fut un acteur majeur du Concile Vatican II, impliqué dans presque toutes les phases d’élaboration et de mise en œuvre de la Constitution sur la liturgie sacrée (CSL), Sacrosanctum Concilium . Comme nous le verrons plus loin, son diagnostic de la crise de l’Église est précieux non seulement pour sa fine analyse des problèmes liés à la messe du Novus Ordo, mais aussi parce qu’il a formulé ces critiques en toute confiance dans le Concile et ses fruits.

    Avant d'aborder les diverses observations profondes que l'archimandrite Luykx a formulées sur la crise, il convient de souligner un concept essentiel qui imprègne tout l'ouvrage :

    « Ce livre appliquera constamment le principe aristotélicien de cause à effet, démontrant comment des actes particuliers engendrent nécessairement des effets particuliers irrésistibles dans ce drame post-conciliaire.» (p. 13)

    De manière générale, l'ouvrage respecte effectivement ce principe de cause à effet. Si cela peut paraître anodin, sa véritable importance réside dans le fait qu'il a perçu les problèmes de Vatican II alors même qu'il considérait ce concile comme « véritablement le fruit d'une croissance spirituelle au sein de l'Église, à un moment où elle était mûre pour cela » (p. 42). Grâce à sa lucidité et à son courage d'affirmer ce qu'il voyait, ses réflexions rejoignent trois affirmations clés des catholiques traditionalistes : les mises en garde des conservateurs étaient justifiées ; certains documents de Vatican II étaient anthropocentriques et dangereusement ambigus ; et la messe du Novus Ordo contrevient aux exigences fondamentales du concile Vatican II.

    Les mises en garde des conservateurs étaient justifiées

    Pour comprendre combien il a dû être difficile pour l'archimandrite Luykx de reconnaître la justesse des mises en garde des conservateurs concernant le Concile, on peut considérer la manière dont il a fait l'éloge de certains théologiens qui comptaient parmi les plus farouches adversaires du catholicisme traditionnel :

    « En France, le mouvement liturgique s'est développé en parallèle du mouvement théologique, inspiré par de grands théologiens tels que Jean Daniélou, s.j., Henri de Lubac, s.j., et Yves Congar, o.p., qui ont orienté le renouveau vers un retour aux sources.» (p. 28)

    Pour les catholiques traditionnels, le « principe aristotélicien de cause à effet » nous apprend que les problèmes découlant du Concile sont précisément dus au fait que des hommes comme Daniélou, de Lubac et Congar ont contribué à façonner les idées contenues dans ses documents. Il est intéressant de noter que l'archimandrite Luykx a même reconnu que Congar avait été censuré avant le Concile :

    « Certains théologiens ont commis des excès dans certains domaines tout en restant globalement orthodoxes. Rome a été contrainte de censurer certains écrits de ces hommes – on pense notamment à l'ouvrage d'Yves Congar [Vraie et la Fausse Réforme dans l'Église] et aux propos de Teilhard de Chardin – sans pour autant rejeter l'intégralité de leur œuvre.» (p. 41)

    Bien qu'il ait mentionné cette censure de l'ouvrage de Congar – le même que celui cité par François dans son introduction au Synode sur la synodalité comme une tentative de créer une « Église différente »  – l'archimandrite Luykx n'a pas fait mention de l'encyclique Humani Generis de Pie XII, qui condamnait les idées de de Lubac et de Congar (sans les nommer). Là encore, cela n'a rien de surprenant, mais cela révèle une difficulté pour ceux qui sont moins enclins à accorder une réelle importance aux avertissements des papes antérieurs à Vatican II. Après tout, une grande partie de l'œuvre importante de ces papes a consisté à enseigner aux catholiques que des erreurs telles que le libéralisme et le modernisme engendreraient les effets néfastes que nous constatons aujourd'hui. Par conséquent, si nous ne comprenons pas les avertissements de Pie XII et de ses prédécesseurs, il est peu probable que nous saisissions les véritables causes des maux qui nous entourent aujourd'hui.

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  • De la futilité de la réforme liturgique (et pourquoi les séminaires ne sont pas la solution)

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    De Dom Alcuin Reid sur le Catholic Herald :

    26 janvier 2026

    De la futilité de la réforme liturgique (et pourquoi les séminaires ne sont pas la solution)

    Le document d'information du préfet du Dicastère pour le culte divin, préparé pour le consistoire des cardinaux et publié la semaine dernière, a suscité de nombreuses critiques, à juste titre. Il est pour le moins risible. Pourtant, ce n'est vraiment pas une question à prendre à la légère. En effet, compte tenu de son statut, il nécessite une analyse critique sérieuse.

    Cependant, Son Éminence a tout à fait raison lorsqu'il écrit que « l'application de la réforme a souffert et continue de souffrir d'un manque de formation » (n° 8). En effet, tout en insistant à juste titre sur le fait que « dans la restauration et la promotion de la liturgie sacrée, la participation pleine et effective [actuosa participatio] de tout le peuple est l'objectif à considérer avant tout autre ; car c'est la source première et indispensable d'où les fidèles doivent tirer le véritable esprit chrétien », la Constitution sur la liturgie sacrée du Concile Vatican II a ensuite insisté sur le fait qu'« il serait vain d'espérer réaliser [actuosa participatio] si les pasteurs eux-mêmes, en premier lieu, ne s'imprègnent pas profondément de l'esprit et de la puissance de la liturgie et ne s'engagent pas à donner des instructions à ce sujet. Il est donc primordial de veiller avant tout à la formation liturgique du clergé » (Sacrosanctum Concilium, 14).

    Cela signifie qu'une réforme liturgique, qu'elle soit ou non en continuité avec la tradition liturgique reçue, et soyons clairs, les Pères conciliaires appelaient à un développement de la liturgie dans la continuité, et non à la rupture radicale que nous avons connue, s'effondrerait, comme une maison bâtie sur du sable, si l'on ne s'attachait pas avant tout à poser les fondations solides nécessaires par une formation liturgique approfondie.

    Il ne s'agit pas là d'un révisionnisme « traditionaliste » ; c'est ce qu'ont affirmé les évêques du monde entier réunis au Concile Vatican II. Ils étaient conscients que tout espoir de réaliser la réforme qu'ils envisageaient, c'est-à-dire la participation effective à la liturgie sacrée, modérément réformée, était tout à fait vain si la formation liturgique n'était pas assurée en premier lieu.

    Plus de soixante ans plus tard, nous assistons au spectacle du préfet actuel du dicastère concerné affirmant allègrement que la réforme promulguée « a souffert et continue de souffrir » de l'absence de cette seule chose considérée comme essentielle. Il n'a pas dit que la réforme liturgique avait été infructueuse ou inutile, mais son aveu permet certainement d'examiner la question, tout comme la reconnaissance de ce même manque dans la lettre apostolique Desiderio Desideravi de 2022.

    Des études statistiques sérieuses indiquent qu'en Occident, la plupart des catholiques ne tentent même pas de participer à la liturgie, c'est-à-dire qu'ils ne vont tout simplement pas à la messe. Il y a certainement de nombreuses raisons à cela, mais la réalité est que le nouveau produit commercialisé comme la panacée ultime, spécialement conçu pour que « l'homme moderne » puisse participer pleinement et fructueusement, à savoir la liturgie moderne, n'a tout simplement pas rempli les bancs. Il faut faire quelque chose. Six décennies, c'est long pour un édifice qui manque de fondations nécessaires.

    Son Éminence reconnaît au moins « l'urgence de traiter » cette question. Il propose « des séminaires pour « donner vie à une formation des fidèles et à un ministère des pasteurs qui auront leur sommet et leur source dans la liturgie » (n. 8). Avec tout le respect que je dois au cardinal préfet et à ses rédacteurs, les séminaires ne sont pas la solution. Même si l'on peut ordonner au clergé d'y assister et inciter certains laïcs à y participer, ils ne feront guère plus que parler de la liturgie. Cela peut avoir certains effets positifs, mais en vérité, la formation liturgique passe par la pratique de la liturgie, et non par des discours à son sujet. L'« esprit et la puissance de la liturgie » dont Sacrosanctum Concilium insistait pour qu'ils imprègnent avant tout le clergé ne peuvent être transmis par l'imposition d'un régime de vaccination. Non, nous en venons à vivre et à nous nourrir de la liturgie sacrée par osmose, et non par inoculation.

    En étudiant cette question lors du congrès Sacra Liturgia 2013 à Rome, je me suis souvenu de la belle appréciation de cette réalité écrite par le cardinal Ratzinger, qui décrit comment il a été captivé par la liturgie dans sa jeunesse et comment il s'est progressivement éveillé à sa réalité grâce au don de missels bilingues à mesure qu'il grandissait :

    « Chaque nouvelle étape dans la liturgie était un grand événement pour moi. Chaque nouveau livre qui m'était offert était pour moi quelque chose de précieux, et je ne pouvais rêver de rien de plus beau. C'était une aventure passionnante que de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de la liturgie qui se déroulait devant nous et pour nous là, sur l'autel. Il m'apparaissait de plus en plus clairement que je rencontrais ici une réalité que personne n'avait simplement imaginée, une réalité qu'aucune autorité officielle ni aucun grand personnage n'avait créée.

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  • Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes (Introit du 3e dimanche du TO)

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    Introit Introït
    Cf. Mc 1,16-17  
    Dominus secus mare Galilaéae vidit duos fratres, Petrum et Andréam, et vocávit eos: Veníte post me: fáciam vos fíeri piscatóres hóminum. Ps Caeli enárrant glóriam Dei: et ópera mánum eius annúntiat firmaméntum. ℣. Gloria Patri. Le Seigneur le long de la mer de Galilée vit deux frères, Pierre et André, et les appela : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes. Ps Les Cieux racontent la gloire de Dieu : et l'oeuvre de Ses mains annonce le firmament.
  • La communion dans la main : un abus passé de l’exception à la règle

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    La communion dans la main : un abus passé de l’exception à la règle

    L'ouvrage de Scrosati et Bux retrace les origines et la diffusion d'une désobéissance légitime, mais non sans conséquences sur la foi eucharistique. Car notre manière de communiquer exprime (ou, à l'inverse, affaiblit) l'adoration.

    20/1/2026

    En avril 2025, l'évêque Bruno Forte de Chieti a fait la une des journaux (et de La Bussola ) en réprimandant certains fidèles « coupables » de recevoir la communion directement sur la langue (une norme universelle dans l'Église depuis plus d'un millénaire) au lieu de la recevoir dans la main (comme l'exigeaient de nombreux diocèses pendant la pandémie et encore à Chieti). Cet événement providentiel offre l'occasion d'approfondir la question avec l'aide de Luisella Scrosati et de l'évêque Nicola Bux, auteurs de l'ouvrage «  Il cibo dei serafini. Comunione sulla mano sì o no? » (La nourriture des séraphins. Communion dans la main : oui ou non ?) , publié par Omni Die dans la collection « I Libri della Bussola ».

    Initialement réservée à certaines conférences épiscopales, la pratique actuelle de la communion dans la main des fidèles demeure une exception à la norme universelle de la communion sur la langue (norme presque oubliée, surtout après 2020). Comme nous le verrons, il s'agit de l'histoire d'un abus corrigé puis répandu comme une traînée de poudre, mêlant l'accusation d'une innovation malavisée au mythe archéologique d'un retour à la pratique des premiers siècles. En réalité, les Pères de l'Église n'ont pas promu cette pratique, mais l'ont simplement attestée, la seule modalité qu'ils connaissaient, et ce d'ailleurs d'une manière bien différente d'aujourd'hui. Pour cette époque, il serait plus juste de parler non pas de communion dans la main, mais dans la paume, « car les fidèles s'inclinaient profondément et recevaient le pain eucharistique directement dans la paume de leur main droite, comme le confirme également Théodore de Mopsueste ». Même sans évoquer les ablutions et l'usage du linge mentionnés dans les études de Josef Andreas Jungmann, la communion était reçue d'une manière très différente et avec une vénération tout autre que la pratique actuelle qui consiste à « saisir » l'hostie consacrée comme un biscuit, peut-être même sans remarquer les fragments qui pourraient tomber – lesquels font autant partie du Corps du Christ que l'hostie entière !

    La « communion dans les mains », telle qu'elle s'est répandue depuis les années post-conciliaires, n'est nullement un retour aux premiers siècles : « tandis que les Pères s'efforçaient de limiter la dispersion des fragments par rapport au rite en usage, les promoteurs de la nouvelle version ont fait exactement le contraire, introduisant une modification par rapport à un rite qui avait pratiquement éliminé ce risque (...) en parfaite harmonie avec le désir des Pères, par un autre qui non seulement soulève à nouveau les problèmes des premiers siècles, mais qui a aussi introduit des changements pour le pire ». L'usage actuel constitue, à bien des égards, l'exact opposé de ce qui inspirait le rite. Les Pères de l'Église visaient entièrement à éviter la dispersion et la profanation du Corps du Christ. Le problème fut finalement résolu par l'administration de l'Eucharistie directement sur la langue des fidèles, une méthode attestée depuis saint Grégoire le Grand (ainsi que, dès le IXe siècle, par l'usage de la « fine particule », moins sujette à la dispersion que le pain levé). Ce changement offre un exemple limpide de la véritable compréhension de la Tradition et des réformes qui en découlent, car il répondait davantage aux exigences de la réalité sacramentelle et non à des idéologies qui se propagent par des abus, ensuite prétendument « tolérés ».

    Au lendemain du concile Vatican II, qui ne mentionnait aucune réforme de la distribution de la communion, et encore moins préconisait de la donner dans la main, cette pratique s'est implantée dans certaines régions et, curieusement, précisément celles les plus sensibles aux sirènes du soi-disant « catéchisme néerlandais », annonciateur de graves erreurs doctrinales, y compris concernant la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Rome a réaffirmé l'interdiction, mais pour contourner la désobéissance, il a été décidé d'y remédier, uniquement pour ces régions spécifiques. C'est la vaine illusion de vouloir endiguer un phénomène en fixant des limites invariablement bafouées : les concessions se sont multipliées même là où cette pratique n'existait pas, et la communion dans la main s'est répandue quasiment dans le monde entier entre les années 1960 et 1990.

    Par exemple, jusqu'en 1996, l'Argentine était l'un des rares pays à ne pas l'avoir introduite, et lorsque ce fut le cas, l'évêque de San Luis de l'époque, Mgr Juan Rodolfo Laise a pris des mesures pour l'interdire. Une décision « interprétée par beaucoup comme une violation de l'unité de l'épiscopat », mais en réalité approuvée par les dicastères romains qu'il avait consultés. En d'autres termes, la norme universelle était en vigueur dans son diocèse, sans exception (alors qu'ailleurs, c'est devenu la règle). À ce sujet, Mgr Laise mena une étude approfondie (« probablement la première ») qui « approfondit les aspects historiques, canoniques et théologiques de cette méthode de communion et son influence sur la dévotion et la vie spirituelle des fidèles », ainsi que les origines d'une « désobéissance légitime ».

    La suspension des nouveaux indults fut tentée par saint Paul VI, puis par saint Jean-Paul II, tous deux personnellement opposés à cet usage abusif, mais dans les deux cas, les demandes papales restèrent lettre morte. La seconde fut contrecarrée par Mgr Luigi Bettazzi (alors évêque d'Ivrée), qui s'était opposé au pape en 1984 : « Il ne me semble pas juste d'user de votre autorité de cette manière » (c'est-à-dire d'interdire la communion dans la main, qui fut en fait également introduite en Italie cinq ans plus tard). Benoît XVI a tenté de montrer l'exemple en réintroduisant, en 2008, l'administration de la Sainte Communion exclusivement sur la langue, dans la liturgie papale, et de surcroît, la génuflexion. Un signe que le Pape lui-même a qualifié de « point d'exclamation concernant la Présence réelle », comme pour dire : « Il est là, c'est devant Lui que nous nous prosternons. »

    Pourtant, certains objectent : « Ne vaudrait-il pas mieux concentrer nos efforts sur quelque chose de plus substantiel que la manière de recevoir la Communion ? » Une question apparemment raisonnable, motivée par la crainte que l'accent mis sur la forme ne conduise à oublier le fond. Au contraire, nous devons aussi redécouvrir les signes concrets, car précisément « une insistance unilatérale sur l'intériorité (…) a contribué à détruire non seulement les formes extérieures, mais a aussi érodé l'intériorité des chrétiens. » En accomplissant des actes, des gestes et des signes conformes à la foi catholique, ils ont conformé leur foi à ce qu'ils pratiquaient. C’est pourquoi la manière de recevoir le Corps du Christ est également importante, dans la mesure où elle exprime (ou, à l’inverse, affaiblit) la foi et l’adoration envers le Saint-Sacrement. Afin d’éviter de le confondre avec un aliment ordinaire et d’oublier qu’il est « la nourriture des séraphins ».

  • Le concile Vatican II : une étoile polaire pour l'Église ?

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    De sur le CWR :

    Le concile Vatican II : une étoile polaire pour l'Église ?

    Réflexions sur les récentes remarques du pape Léon XIV concernant la place et l'importance du concile Vatican II.

    Le pape Jean XXIII préside la messe d'ouverture du concile Vatican II. (Image : Lothar Wolleh/Wikipedia)
    Dans son encyclique  Aeterni Patris, qui appelait à un regain d'étude de la philosophie de saint Thomas d'Aquin, le pape Léon XIII comparait la foi à une « étoile amie » pour les philosophes. Par cette métaphore, il entendait que le dogme catholique devait servir de point de repère constant, de sorte que toute thèse philosophique contredisant la foi était nécessairement erronée.

    Le pape Léon XIV a déclaré que le Magistère du Concile Vatican II constitue aujourd'hui l'« étoile qui guide » l'Église. Lors de son audience générale du 7 janvier, il a encouragé les fidèles à lire les documents de Vatican II, affirmant qu'« il est important de se familiariser à nouveau avec le Concile, non pas par le biais de rumeurs ou d'interprétations, mais en relisant ses documents et en réfléchissant à leur contenu ».

    L'encyclique Aeterni Patris connut un grand succès. Elle suscita un regain d'intérêt pour la pensée de saint Thomas d'Aquin et le mouvement néo-thomiste du XXe siècle, qui révéla des figures philosophiques majeures telles que Jacques Maritain et Étienne Gilson. L'exhortation de Léon XIV produira-t-elle des résultats similaires ? Ceux qui imputent les erreurs et les travers des années 1960 et 1970 au Concile lui-même sont peu susceptibles de le croire. Ils adhèrent à la logique douteuse du post hoc ergo propter hoc  (après quoi, donc à cause de quoi).

    Cependant, on ne trouve dans les enseignements spécifiques de Vatican II aucune justification aux mauvaises liturgies, à la doctrine morale déformée, à la dissidence flagrante et aux autres abus qui ont eu lieu après la conclusion du Concile.

    Les progressistes pourraient également contester le projet du pape Léon XIV, car une réflexion sur le contenu de ces documents révèle que le concile n'était pas aussi révolutionnaire qu'on nous l'a fait croire. Certains théologiens, généralement attachés aux doctrines progressistes, lisent ces documents pour comprendre « l'esprit » du concile, estimant que le fond importe moins que la manière dont les choses ont été dites.

    Ainsi, ils préfèrent se concentrer sur ce qui était « non dit » dans ces documents magistériels, mais qui, d'une manière ou d'une autre, s'est néanmoins manifesté. Or, si Vatican II se veut un guide fiable pour l'Église universelle, il est essentiel de privilégier la lettre sur l'esprit, l'objectif sur le subjectif. Chercher à découvrir ce que les documents n'ont pas dit explicitement, mais qu'ils auraient transmis par allusion, ton et style, risque de faire de la théologie une affaire totalement subjective et arbitraire.

    Si les fidèles lisent ces documents pour comprendre le véritable message du Concile, ils seront surpris. Cette affirmation ne signifie pas que les enseignements du Concile soient exempts d'ambiguïtés ou d'autres problèmes. Ratzinger a d'ailleurs critiqué certains passages de Gaudium et Spes, les jugeant « délibérément pélagiens ». Mais, dans l'ensemble, le contenu doctrinal des documents de Vatican II est pleinement conforme à l'Écriture Sainte et aux traditions établies par les Conciles précédents.

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  • Ce que le document consistorial du cardinal Roche sur la messe traditionnelle en latin a révélé

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    Ce que le document consistorial du cardinal Roche sur la messe traditionnelle en latin a révélé

    Un document très critique à l'égard de la messe tridentine en latin, rédigé sous l'autorité du cardinal Arthur Roche en sa qualité de préfet du dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, a été publié par les journalistes Diane Montagna et Nico Spuntoni après sa diffusion aux cardinaux lors du consistoire général extraordinaire qui s'est tenu à Rome du 7 au 8 janvier.

    Le texte, daté du 8 janvier 2026, avait été préalablement communiqué à titre privé aux membres du Collège des cardinaux. Ce document critique vivement le maintien de la messe tridentine en latin, défend avec vigueur la réforme liturgique post-Vatican II et rejette tout retour au rite romain préconciliaire comme option normative pour l'Église. Sa publication confirme l'information parue précédemment dans le Catholic Herald , selon laquelle un document relatif à la messe tridentine en latin figurait parmi les sujets abordés lors du consistoire.

    Elle présente une défense théologique et historique exhaustive de la réforme liturgique post-conciliaire et rejette clairement tout retour à la forme du rite romain d'avant Vatican II comme option normative pour l'Église.

    Le texte fonde son argumentation sur le langage du Concile Vatican II, affirmant que la réforme liturgique doit reposer sur une « réflexion théologique, historique et pastorale approfondie » afin que « la saine tradition soit préservée, tout en laissant la voie ouverte à un progrès légitime ». Ce principe, tiré directement de Sacrosanctum Concilium , est présenté comme le prisme essentiel à travers lequel toute la question de la liturgie doit être appréhendée.

    Le document affirme que la réforme a toujours fait partie intégrante de la vie liturgique de l'Église, déclarée : « Dans la vie de l'Église, la liturgie a toujours connue des réformes. » Il retrace cette évolution depuis l'usage du grec par les premiers chrétiens jusqu'au latin, en passant par les sacramentaires médiévaux, les réformes consécutives au concile de Trente, et enfin les changements prescrits par le concile Vatican II. « L'histoire de la liturgie, précise-t-il, est l'histoire de sa réforme continue, inscrite dans un processus de développement organique. »

    Abordant directement la réforme tridentine, le document rappelle les actions de saint Pie V après le concile de Trente, soulignant que son intention était la préservation de l'unité. Citant Quo primum , il note que le pape a affirmé que « de même qu'il n'y a qu'une seule manière de réciter les psaumes dans l'Église de Dieu, il ne devrait y avoir qu'un seul rite pour célébrer la messe ».

    Le texte affirme que l'unité et la réforme sont indissociables de la nature rituelle de la liturgie elle-même. « La nécessité de réformer la liturgie est étroitement liée à sa composante rituelle », précise-t-il, ajoutant que les rites comprennent nécessairement des éléments culturels « qui évoluent dans le temps et l'espace », tout en permettant la participation au mystère pascal immuable.

    Dans un passage citant le pape Benoît XVI, le document rejette toute conception de la tradition comme figée ou inerte. « La tradition n’est pas la transmission de choses ou de mots, un amas de choses mortes », affirme-t-il, mais bien « le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes ». Sur cette base, le texte insiste sur le fait que la réforme liturgique mandatée par Vatican II « est non seulement en pleine syntonie avec le sens véritable de la Tradition, mais constitue une manière singulière de se mettre au service de la Tradition ».

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  • La liturgie a-t-elle été éludée lors du premier consistoire du pape Léon XIV ?

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    La liturgie a-t-elle été éludée lors du premier consistoire du pape Léon XIV ?

    Les cardinaux choisissent l'évangélisation et la synodalité comme sujets clés, décevant ceux qui s'attendaient à ce que la liturgie soit un thème central après les récentes restrictions imposées à la forme traditionnelle du rite romain, mais le Saint-Père insiste plus tard sur le fait que la liturgie reste une question « très concrète » qui doit encore être abordée.

    Le pape Léon XIV s'adresse aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire le 7 janvier 2026 au Vatican.
    Le pape Léon XIV s'adresse aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire du 7 janvier 2026 au Vatican. (Photo : Vatican Media)

    ROME — Certains cardinaux et fidèles attachés au rite romain traditionnel ont exprimé leur inquiétude quant au fait que la liturgie semble être reléguée au second plan lors du consistoire extraordinaire qui se tient actuellement au Vatican, après que les cardinaux ont voté pour donner la priorité à d'autres questions à l'ordre du jour.

    Dans son discours d'ouverture au consistoire hier, le pape Léon XIV a réaffirmé aux cardinaux participants qu'ils auraient l'occasion de « s'engager dans une réflexion commune » sur quatre thèmes déjà annoncés à l'avance comme étant à l'ordre du jour de la réunion.

    Ces sujets, a-t-il précisé, étaient l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François de 2013 , « c’est-à-dire la mission de l’Église dans le monde d’aujourd’hui », Praedicate Evangelium , la constitution apostolique du défunt pape réformant la Curie romaine ; le Synode et la synodalité, « à la fois comme instrument et comme style de coopération », et la liturgie, « la source et le sommet de la vie chrétienne ». 

    Mais Leo a ajouté que « par manque de temps, et afin d’encourager une analyse véritablement approfondie, seuls deux d’entre eux seront abordés en détail ». 

    Il a ensuite été demandé aux cardinaux de préciser lesquels des quatre thèmes ils souhaitaient voir débattus en détail et, selon le porte-parole du Vatican, Matteo Bruni, une large majorité a décidé que les sujets seraient « l’évangélisation et l’activité missionnaire de l’Église, d’après une relecture d’Evangelii Gaudium », et « le Synode et la synodalité ». Le pape a remercié les cardinaux pour ce choix, ajoutant : « Les autres thèmes ne sont pas oubliés. Il y a des questions très concrètes et spécifiques que nous devons encore aborder. »

    Lors d'un point de presse mercredi soir, Bruni a indiqué aux journalistes que les 170 cardinaux participants étaient répartis en 20 groupes, eux-mêmes divisés en deux blocs. Onze groupes étaient composés de cardinaux en poste à Rome, notamment des cardinaux de la Curie et ceux ayant achevé leur mandat et n'étant plus électeurs. Les neuf autres groupes comprenaient des cardinaux électeurs des Églises locales (archevêques et évêques de diocèses), des cardinaux électeurs nonces et des cardinaux électeurs ayant achevé leur mandat mais conservant leur droit de vote en raison de leur âge (moins de 80 ans). 

    Bruni a indiqué que, « par manque de temps », les secrétaires cardinaux du deuxième groupe étaient chargés de rendre compte de la décision des cardinaux. « Ils disposaient de trois minutes pour expliquer le travail effectué au sein des groupes et les raisons qui avaient conduit au choix des deux thèmes. » 

    Le Saint-Père avait clairement indiqué dans son discours d'ouverture qu'il préférait recevoir l'avis du second groupe de cardinaux, car il ne s'adresse généralement pas à eux. « Il m'est naturellement plus facile de solliciter l'avis de ceux qui travaillent à la Curie et vivent à Rome », a-t-il déclaré. 

    Mais la décision de ne pas faire de la liturgie un thème central a déçu certains cardinaux et fidèles traditionnels. 

    La liturgie est depuis longtemps un sujet particulièrement sensible, notamment pour les catholiques attachés à la tradition, suite aux restrictions importantes imposées récemment à la forme ancienne du rite latin sous le pontificat du pape François. Ces fidèles ont perçu ces restrictions non comme un simple changement disciplinaire, mais comme un jugement porté sur leur fidélité, leur spiritualité et leur appartenance à l'Église, ce que beaucoup ont décrit comme profondément blessant et source de division. 

    Le site web italien traditionnel populaire Messa in Latino a écrit le 7 janvier avoir contacté des cardinaux anonymes mais importants qui se sont tous déclarés « découragés et déçus » par la relégation de la liturgie au rang de sujet de discussion. 

    Dans un commentaire au Register le 8 janvier, le rédacteur en chef du site web, Luigi Casalini, a demandé : « À qui le pape a-t-il délégué ce choix, et selon quels critères ces cardinaux des neuf églises locales ont-ils été sélectionnés pour écarter – de fait – deux sujets ? » Il s'est également demandé « pourquoi les cardinaux sensibles à la question » ne semblent « avoir fait aucune tentative pour faire pression » afin que la liturgie soit incluse comme sujet central de discussion, « même avant le consistoire ». 

    Le consistoire, a-t-il ajouté, « semble être en parfaite continuité avec les synodes et la pensée de François » — une allusion au silence des synodes récents sur la liturgie traditionnelle.

    S'adressant aux journalistes mercredi, Bruni a tenté de les rassurer. « Les deux autres thèmes seront abordés d'une manière ou d'une autre, car la mission n'exclut pas la liturgie », a-t-il déclaré. « Au contraire, cela ne signifie pas une exclusion. Cela signifie qu'ils seront traités parmi les autres ou d'une autre façon. »

    Il a ajouté : « Comme l’a dit le Pape et comme il l’a souligné dans ses discours d’ouverture et de clôture [mercredi], ces thèmes ne peuvent être dissociés, car la mission et l’évangélisation sont indissociables de la liturgie. » 

    Casalini a déclaré qu'il attendait avec intérêt les deux discussions libres prévues aujourd'hui pour voir « si le sujet de la liturgie sera de nouveau abordé ».

    Cet article a été mis à jour afin d'inclure les remarques finales du Pape lors de la séance d'ouverture d'hier.

  • Consistoire des cardinaux : l'Église va-t-elle guérir de ses blessures liturgiques ?

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    De Dom Alcuin Reid sur le Catholic Herald :

    6 janvier 2026

    Le consistoire des cardinaux : L'Église guérira-t-elle ses blessures liturgiques ?

    Alors que le Collège des cardinaux se réunit demain à Rome pour son premier consistoire consultatif avec le Saint-Père, on s'attend de plus en plus à ce que cette rencontre soit décisive sur certaines questions sensibles au sein de l'Église. Parmi celles-ci figure la place des rites liturgiques anciens (ou « traditionnels »), l' usus antiquior , ou « usage plus ancien », comme on l'appelle peut-être de manière moins polémique.

    Dans sa lettre aux cardinaux avant Noël, le pape Léon XIV a indiqué que ce consistoire comprendrait une « réflexion théologique, historique et pastorale approfondie afin de préserver la saine tradition tout en restant ouvert au progrès légitime ». C'est encourageant à deux égards.

    Premièrement, cela indique que le Saint-Père reconnaît l'existence d'un problème qu'il convient d'aborder. La tentative plus que regrettable de « régler » les questions liturgiques, visée par ce pur produit de manœuvres politiques prélatales qu'est le Motu Proprio Traditiones Custodes (16 juillet 2021), et son impact pastoral désastreux, appellent réparation. Le pape Benoît XVI avait raison d'enseigner que « ce que les générations précédentes ont tenu pour sacré demeure sacré et grand pour nous aussi, et ne saurait être soudainement totalement interdit, ni même considéré comme nuisible. Il nous incombe à tous de préserver les richesses qui se sont développées dans la foi et la prière de l'Église, et de leur accorder la place qui leur revient » (Lettre du 7 juillet 2007). Comme nous le savons maintenant, consultés plus de dix ans plus tard, la majorité des évêques du monde, qu'ils apprécient ou non personnellement les rites anciens, n'ont eu aucun problème avec ce principe ni avec sa mise en œuvre pratique. Au contraire, ils en ont loué les fruits.

    Deuxièmement, l’emploi par le Saint-Père de l’expression « afin de conserver la saine tradition tout en restant ouverts au progrès légitime », tirée de l’article 23 de la Constitution sur la liturgie sacrée du Concile Vatican II (4 décembre 1963), révèle une certaine nuance. En effet, pour ceux qui ont étudié cette Constitution, cet article est essentiel à la compréhension de son intention d’initier une réforme modérée, et non radicale ou de fond en comble, de la liturgie, dans la continuité de la tradition reçue. L’article 23 insiste : « Il ne doit y avoir d’innovations que si le bien de l’Église l’exige véritablement et certainement ; et il faut veiller à ce que toute forme nouvelle adoptée découle organiquement des formes existantes. » On ignore si le Saint-Père entend rouvrir la boîte de Pandore de la question de la réforme non organique imposée après le Concile, afin de revenir à la vision conciliaire de continuité et non de rupture. Mais son langage peut assurément laisser entendre que les questions soulevées pourront être débattues.

    L'opportunité d'une réforme liturgique a cependant été quelque peu reléguée au second plan ces dix dernières années. Nombreux sont ceux qui se sont simplement accommodés de la célébration des rites plus récents, l' usus recentior . La plupart le font avec une foi profonde, une grande dévotion et une ferveur intense ; certains par résignation, voire par simple habitude. Un petit nombre utilise les rites modernes comme un simple outil dans leur quête d'un « progrès » illégitime. Et, depuis que le Summorum Pontificum de Benoît XVI en 2007 les a libérés des chaînes qui les retenaient, un nombre croissant d'autres ont découvert la richesse participative de la célébration renouvelée des rites liturgiques anciens, dont la popularité, sans polémique, n'a cessé de croître.

    C’est ce dernier phénomène qui semble avoir suffisamment inquiété un groupe d’idéologues ecclésiastiques vieillissants pour qu’ils fassent pression sur l’ancien pape afin qu’il promulgue Traditiones Custodes et nomme des hommes de main ambitieux chargés d’appliquer brutalement ses politiques véritablement réactionnaires. Comme mentionné précédemment, cela a été un désastre pastoral. Cela a engendré la division et la discorde là où la paix régnait grâce à la vision du pape Benoît XVI d’une communion et d’une unité profondes au sein de l’Église, tout en se réjouissant de la riche et féconde diversité rituelle dont témoigne la tradition liturgique de l’Église. « Ouvrons généreusement nos cœurs et faisons place à tout ce que la foi elle-même permet », exhortait-il les évêques en 2007. Cela pourrait constituer un bon point de départ pour la discussion des cardinaux cette semaine.

    Ces derniers mois, les adeptes de l'usus antiquior ont fait preuve d'une grande impatience, parfois d'une naïveté absurde, voire d'un manque de respect total, en attendant du Saint-Père qu'il résolve cette question du jour au lendemain, pour ainsi dire, dès son entrée en fonction. Nous devons faire preuve de patience et de charité : il a fallu plus de deux ans au pape Benoît XVI après son élection pour promulguer Summorum Pontificum, face à l'opposition directe et ouvertement hostile de nombreux évêques, et le pape Benoît XVI avait parlé et écrit sur ces questions pendant de nombreuses années auparavant.

    Le pape Léon XIV a besoin de temps. Et il a besoin de notre patience et de notre charité, et surtout du don de nos prières et de nos sacrifices. Il consulte : Deo gratias. La même consultation ouverte n'a pas eu lieu avant Traditiones Custodes.

    Dans un certain sens, la consultation est relativement simple. Ensuite, le Saint-Père a pour tâche de juger les conseils qui lui ont été donnés et d'utiliser son pouvoir de gouvernance pour établir des règlements qui serviront le véritable bien des âmes. C'est là que chacun de nous a beaucoup à contribuer par les prières et les pénitences que nous pouvons offrir pour sa sagesse et sa force. Après tout, il s'agit ni plus ni moins que de notre devoir filial en tant que catholiques.

    Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas discuter des problèmes ni même proposer des solutions positives, comme celle présentée récemment dans une lettre adressée aux cardinaux visant à créer un ordinariat ou une prélature pour l'usus antiquior. Certes, cela semble avoir bien fonctionné dans l'administration apostolique de Campos au Brésil, mais il s'agit là d'une structure définie géographiquement. Créer une sorte de « réserve naturelle » mondiale pour l'usus antiquior risquerait de le ghettoïser. Cela pourrait entraver le rétablissement et le développement de cette coexistence pacifique et de cette communion ecclésiale, ainsi que l'enrichissement de la vie liturgique des paroisses ordinaires et du clergé séculier, qui ont été les fruits concrets de Summorum Pontificum. De même, l'idée de placer sous une seule structure les instituts et communautés autonomes existants qui célèbrent les rites anciens, de manière très diverse, a autant d'attrait que d'essayer d'enfoncer des chevilles de formes différentes dans un trou carré. Cela ne fonctionnerait tout simplement pas.

    Cela ne veut pas dire que ces communautés ou groupes ne devraient pas être soumis à une surveillance paternelle et autoritaire. Actuellement, les dicastères compétents assurent cette supervision en ce qui concerne leur gouvernance, mais il subsiste un manque flagrant de soutien ou d'orientation épiscopale faisant autorité pour eux sur le plan liturgique. Le dicastère concerné n'est tout simplement pas intéressé, et l'on pourrait s'inquiéter de sa compétence dans les questions à traiter s'il l'était.

    C'est certainement un besoin auquel le Saint-Père pourrait répondre. La création d'un bureau, dirigé par un évêque et composé de personnes qualifiées, chargé de régler les questions liturgiques qui se posent avec l'usus antiquior, d'aider les évêques diocésains à veiller à ce que tout soit conforme à la liturgie dans ces communautés, et de fournir aux évêques, voire à certains cardinaux à la retraite, la possibilité de célébrer la confirmation et les autres rites pontificaux selon l'usage ancien lorsque cela est nécessaire, serait un véritable cadeau paternel.

    Il en serait de même pour le retour à la libéralité de la vision liturgique véritablement pastorale du pape Benoît XVI. Prions, jeûnons et offrons les sacrifices que nous pouvons pour le Saint-Père alors qu'il rencontre ses cardinaux dans les jours à venir. Ces moyens traditionnels d'obtenir la grâce pourraient bien porter leurs fruits dans les décisions que le pape Léon comprend clairement qu'il doit prendre.

    Dom Alcuin Reid est prieur du Monastère Saint-Benoît à Brignoles, en France, et spécialiste de liturgie de renommée internationale. Son ouvrage principal, « The Organic Development of the Liturgy » (Ignatius, 2005), comporte une préface du cardinal Joseph Ratzinger.