| Introitus | Introit |
| Ps. 26, 7 et 9 | |
| EXÁUDI, Dómine, vocem meam, qua clamávi ad te: adiútor meus esto, ne derelínquas me, neque despícias me, Deus salutáris meus. Ps. ibid., 1 Dóminus illuminátio mea, et salus mea, quem timébo ? ℣. Glória Patri. | Exauce, Seigneur, ma voix, qui a crié vers Toi ; sois mon secours, ne m'abandonne pas, et ne me méprise pas, Dieu de mon salut. Ps. ibidem, 1. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? ℣. Gloire au Père. |
liturgie
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Exaudi Domine vocem meam (Exauce ma voix Seigneur) (Introït du 11ème dimanche)
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Les pièces grégoriennes de la fête du Sacré-Coeur de Jésus
Du site d'Una Voce :
Fête du Sacré-Cœur de Jésus – Fontgombault (2000) et Saint-Benoît-du-Lac, Québec (1948)
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Fête-Dieu : le grand retour des processions
Bien que non exhaustif, cet article de Clément Laloyaux sur cathobel met en évidence le retour à une célébration fervente de la Fête-Dieu à travers le pays (on aurait pu y ajouter des processions qui se sont déroulées ailleurs, notamment à Tancrémont ou à Verviers) :
Fête-Dieu : de Liège à Bruxelles, les processions ont rassemblé des milliers de fidèles (photos)
Animée par des cors de chasse, la procession s'étire dans les rues de Liège. © Dominique Servais/via Diocèse de Liège8 juin 2026
À Madrid, plus d'un million de fidèles ont accompagné le pape Léon XIV lors de la procession de la Fête-Dieu. En Belgique aussi, la solennité du Corps et du Sang du Christ a donné lieu à de nombreux rassemblements. De la Cité ardente, où cette fête est née au XIIIe siècle, jusqu'aux rues d'Ixelles et les villages ardennais, retour sur quelques processions marquantes chez nous.
Née à Liège en 1246 sous l'impulsion de sainte Julienne de Cornillon, la Fête-Dieu est aujourd'hui célébrée partout dans le monde. Désignée de diverses façons - "Fête du Saint-Sacrement", "Corpus Domini" ou encore "Corpus Christi" - elle porte dans l'Eglise le nom officiel de "Solennité du corps et du sang du Christ". Quel que soit le nom retenu, cette fête rappelle la présence réelle de Jésus Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, à travers le pain et le vin consacrés.
Si la plupart des paroisses et communautés la célèbrent le dimanche suivant la Trinité, les Liégeois restent fidèles à la date historique du jeudi. Cette année encore, processions, bénédictions et temps de prière ont rassemblé des milliers de fidèles à travers le pays.
Liège : un millier de fidèles pour la 780e Fête-Dieu
Berceau historique de la Fête-Dieu depuis 1246, Liège a vécu une édition particulièrement solennelle. Pour cette 780e célébration, la ville accueillait le cardinal Fernando Filoni, grand maître de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
La basilique Saint-Martin affichait complet pour la messe présidée par le cardinal italien. Dans son homélie, celui-ci a rappelé que "l'Eucharistie est la source et le sommet de toute vie chrétienne dans le Christ". À ses côtés se trouvaient notamment Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, le nonce apostolique Mgr Franco Coppola ainsi que Mgr Ihor Rantsya, récemment élu évêque de l'Éparchie Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris.

Le nonce apostolique Mgr Franco Coppola porte le Saint-Sacrement sous le dais, lors de la procession de la Fête-Dieu. © Dominique Servais/ via Diocèse de Liège
Après la célébration, la traditionnelle procession des peuples du monde s'est élancée dans les rues de la ville au son des cors de chasse des sonneurs du Bien-Aller. Malgré une météo incertaine, environ un millier de personnes ont participé à la procession.
La journée s'est achevée par une veillée NightFever à la cathédrale Saint-Paul, illuminée par un millier de bougies pour la paix.
▶️ Revoir en vidéo : la messe de la 780e Fête-Dieu et la procession dans les rues de Liège
À Ixelles, une procession à la dimension interculturelle
En Belgique, vu que le jeudi n’est plus un jour férié, la Fête-Dieu est solennisée le dimanche qui suit. C'est donc ce dimanche 7 juin qu'ont eu lieu la majorité des processions, comme celle organisée par l'UP Sainte-Croix à Ixelles.
Partie de l'église des Carmes, avenue de la Toison d'Or, la procession a rejoint l'église Sainte-Croix, à proximité de la place Flagey.
"Sous un magnifique soleil, la Fête-Dieu a rassemblé plusieurs centaines de personnes dans les rues d'Ixelles" relate Jean-Louis Hanff, qui y a pris part. "De l'église des Carmes à Flagey, la procession du Saint-Sacrement a illustré une réelle communion et une remarquable dimension interculturelle, portée par des fidèles de tous horizons et de magnifiques chants, notamment africains. Un beau moment de recueillement, de joie et de rencontre au cœur de Bruxelles."
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Prochain consistoire : la liturgie n'est pas au programme mais est-ce un mal ?
De Nico Spuntoni sur la NBQ :
Nouveau programme au consistoire, pas de liturgie, mais ce n'est pas plus mal.
Le Collège sacré se réunira fin juin avec un ordre du jour modifié : la situation internationale, Magnifica Humanitas et le Synode. La question liturgique, précédemment reportée, n’y figure plus, et de ce fait, l’intervention du cardinal Roche, empreinte d’hostilité envers le rite ancien, est mise de côté.5/06/2026
La situation internationale, Magnifica Humanitas et le Synode : tels sont les sujets que Léon XIV a assignés aux cardinaux en vue du consistoire extraordinaire des 26, 27 et 29 juin. Dans une lettre publiée par Messainlatino, Giovanni Battista Re, doyen du Sacré Collège, a recommandé aux cardinaux de « se préparer convenablement à la réunion ».
Cela marque un changement d'ordre du jour par rapport au premier consistoire de janvier, lors duquel les cardinaux avaient voté à une large majorité pour aborder les thèmes du « Synode et de la synodalité » et de « L'évangélisation et la nature missionnaire dans l'Église à la lumière de la lecture d' Evangelii Gaudium », reportant à une date ultérieure la discussion de Praedicate Evangelium et de la liturgie. Il va sans dire que ce dernier sujet demeure un sujet brûlant parmi les experts, car il touche à la position à adopter vis-à-vis de la messe tridentine.
Les partisans d'une ligne tolérante envers l'ancien rite, cependant, n'ont guère de raisons de s'en inquiéter. Lors du dernier consistoire, la décision de la majorité des cardinaux de ne pas débattre de la liturgie avait en effet épargné à tous la lecture du discours du cardinal Arthur Roche. Dans ce discours, le préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements osait rejeter Benoît XVI et son motu proprio Summorum Pontificum , déclarant qu'il n'est pas possible de « revenir à cette forme rituelle que les Pères conciliaires, cum Petro et sub Petro , ont jugé nécessaire de réformer, approuvant, sous l'inspiration de l'Esprit et selon leur conscience de pasteurs, les principes dont est née la réforme ». Roche citait la très controversée Traditionis custodes , que le pape François affirmait avoir écrite « afin que l'Église puisse élever, dans la diversité des langues, une prière unique et identique, capable d'exprimer son unité ».
Léon XIV réfuta cette affirmation quelques mois plus tard dans une lettre aux évêques français, les exhortant à trouver « des solutions concrètes permettant l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo, conformément aux directives établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ». Bien que la ligne de tolérance envers la forme extraordinaire du rite romain soit probablement devenue majoritaire au sein du Sacré Collège, il n’aurait certainement pas été judicieux d’engager un débat sur la base d’un texte aussi hostile que celui de Roche.
Et si la liturgie était restée l’un des sujets abordés lors des sessions consistoriales,Il est probable que, cette fois encore, l'introduction aurait été confiée au cardinal britannique. Tant mieux. Le doyen Re écrivait à ses confrères cardinaux qu'en vue du consistoire, « la contribution de chaque cardinal est d'autant plus fructueuse qu'elle naît d'un contact direct avec le Peuple de Dieu, ses espoirs, ses interrogations et même ses luttes ». Ce conseil pourrait s'avérer utile au cardinal Roche s'il décidait d'écouter les espoirs, les interrogations et les luttes des plus de 20 000 jeunes fidèles, fervents admirateurs de la messe tridentine, qui ont animé le pèlerinage Paris-Chartres. Ce serait la preuve de cette « nouvelle manière de se regarder, avec une meilleure compréhension des sensibilités mutuelles », souhaitée par Léon XIV dans sa lettre aux évêques français.Lien permanent Catégories : Actualité, Débats, Eglise, liturgie, Structures ecclésiastiques 1 commentaire -
A Liège : la célébration de la Fête-Dieu autour du jeudi 4 juin 2026
Liège Fête-Dieu autour du jeudi 4 juin 2026 (source)
La Fête-Dieu, fête du Corps et du Sang du Christ, célèbre la présence de Jésus à nos côtés, dans notre quotidien. Il est réellement présent dans le pain et le vin consacrés. Il nous donne vie.
- La Fête-Dieu en bref
- Tout le programme des festivités : ci-dessous
- Confrérie du Saint Sacrement : comprendre et rejoindre
- Qu’en disent les papes ?
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Le jeudi de la Fête-Dieu en une minute :
Programme complet de la Fête-Dieu à Liège
Jeudi 4 juin – Journée de la Fête-Dieu
9h30 Laudes par la communauté des bénédictines à la basilique Saint-Martin.
10h00-18h00 Journée d’adoration à Saint-Martin; De 10h à 12h puis de 14h à 17h à l’église du Saint-Sacrement et de 15h00 à 17h00 à la cathédrale.
19h00 780ème Eucharistie solennelle de la Fête-Dieu, Basilique Saint-Martin, présidée par le cardinal Fernando Filoni, grand maître de l’ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, en présence de Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, Mgr Franco Coppola, nonce apostolique pour la Belgique et le Gd Duché de Luxembourg et Mgr Ihor Rantsia, évêque de l’Eparchie Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris pour les Ukrainiens catholiques de France, Suisse et Benelux. D’autres invités de marque seront également présents, voyez la page de l’évènement.
20h15 Procession solennelle des peuples du monde « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps, Mt 28 » de Saint-Martin à la cathédrale Saint-Paul, arrêts à Sainte-Croix, Place Saint-Lambert, Opéra, Vinâve d’ile, Cathédrale.
21h00-24h00 NightFever & 1.000 bougies pour la paix, Cathédrale Saint-Paul.
Toute la nuit : nuit d’adoration à la cathédrale.
Vendredi 5 juin
9h Eucharistie à la cathédrale Saint-Paul, et introduction à la journée d’adoration.
10h-17h Journée d’adoration, Cathédrale Saint-Paul, animée par le Mouvement Eucharistique Liégeois (MEL).
12-14h : Adoration du Saint-Sacrement à l’Eglise du Saint-Sacrement.
Samedi 6 juin
9-17h : Journée d’adoration en divers endroits du diocèse et dans les sanctuaires du jubilé.
9h30-12h00 : Colloque sur le Sang du Christ, quelle est la signification du sang dans la Fête du Corps et du Sang du Christ (Fête-Dieu) ? Sanctuaire de sainte Julienne, avec Mgr Delville, et 4 autres intervenants.
11h-13h : Service au restaurant « Kamiano » d’un repas complet pour les sans-abri. Les personnes intéressées à venir servir le repas peuvent s’annoncer par mail: liege@santegidio.be – Maison Kamiano, rue Jonruelle 8 à Liège
15h Sainte Messe en latin à Tancrémont suivie de la Procession de la Fête-Dieu au sanctuaire du Vieux Bon Dieu de Tancrémont. Route de Tancrémont 718, 4860 Theux (forme extraordinaire)
18h : Messe grégorienne solennelle de la Fête-Dieu célébrée (en latin) par Mgr Delville, évêque de Liège au Saint-Sacrement. A 19h30 : bénédiction du Saint-Sacrement et vénération de la relique de Sainte Julienne de Cornillon en l’église du Saint-Sacrement.
Dimanche 7 juin
Journée de la Fête du Corps et du Sang du Christ partout en Belgique, trouvez vos horaires de messes sur www.egliseinfo.be, le GPS des clochers.
A la fin des messes dans les Unités Pastorales : diverses processions et bénédictions sur les parvis des églises, prière spéciale pour confier la ville ou la commune.
9-17h : Messe de la Fête-Dieu et journée d’adoration au Sanctuaire de Sainte-Julienne du Mont-Cornillon avec les sœurs clarisses et le béguinage.
10h : Eucharistie de la Fête-Dieu, à la cathédrale de Liège
Sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon
8h00 : messe du dimanche de la Fête-Dieu
9h00-17h00 : adoration eucharistique, avec les sœurs clarisses
12h00 : Banquet de la Fête-Dieu
14h00-17h00 : Fête des Familles et des enfantsSanctuaire Notre-Dame de Banneux
10h30 Messe internationale
14h00 Procession du Saint Sacrement dans le Sanctuaire suivie du Salut et la Bénédiction des malades,
16h00 Messe en français -
Les pièces grégoriennes de la Fête-Dieu
Du site d'Una Voce :
Fête du Très Saint Sacrement (Fête-Dieu) : Fontgombault (1981) et En-Calcat (1964)
2. Grad. Oculi ómnium03:163. Allelúia Caro mea02:314. Seq. Lauda Sion07:055. Offert. Sacerdótes01:466. Comm. Quotiescúmque03:19 -
Liturgie : l'importance des rites et des symboles selon Léon XIV
LÉON XIV
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Mercredi 3 juin 2026Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II III. La Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium 3. Le rite, le signe, le symbole
Chers frères et sœurs,
en poursuivant notre catéchèse sur la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC), nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée, tels que le rite, le signe et le symbole.
Le Concile Vatican II, s’inspirant du précieux travail du Mouvement liturgique, nous a aidés à redécouvrir une vérité très vive dans la conscience de l’Église primitive et dans l’enseignement des Pères. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un revêtement extérieur du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation ecclésiale par laquelle nous parvient le don divin. C’est précisément pour cette raison que le Concile invite à comprendre le Mysterium fidei qui se réalise dans la liturgie à travers les rites et les prières (cf. SC, 48).
Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, suscitant en nous une sensibilité spirituelle qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. Naturellement, cela se produit si nous ne restons pas des spectateurs étrangers ou muets (cf. ibid.) face à la liturgie, mais si nous y participons de tout notre être – corps, esprit et cœur –, en obéissance au commandement du Seigneur. À travers le rite sacré, nous sommes ainsi formés à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’action de grâce et à l’adoration, au partage fraternel et à la communion ecclésiale. Nous découvrons que nous sommes une assemblée aux multiples visages, réunie par la même foi.
Le rite nous plonge dans une séquence bien définie de gestes et de prières, qui peut parfois contrarier notre tendance individuelle à la spontanéité. Sa logique, cependant, n’est pas d’enfermer la liberté dans des schémas. Au contraire, par la sobriété solennelle de ses rythmes, le rite interrompt les activités frénétiques nous ramenant à l’essentiel. Nous découvrons ainsi une autre dimension de l’agir, qui n’est pas guidée par des calculs de rendement, et une autre expérience du temps et de l’espace. Dans le rite, nous faisons l’expérience d’une logique de gratuité, nous trouvons une pause qui régénère le cœur, nous reconnaissons que nous sommes précédés de la grâce divine, nous apprenons à vivre dans un rythme habité par l’Esprit Saint.
La grammaire du rite est tissée des signes et des symboles propres à la liturgie. En elle, comme l’affirme le Concile, « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux » (SC, 7). Le Catéchisme de l’Église Catholique approfondit la valeur de ces signes, en rappelant que « leur signification s’enracine dans l’œuvre de la création et dans la culture humaine, se précise dans les événements de l’Ancienne Alliance et se révèle pleinement dans la personne et l’œuvre du Christ » (n° 1145). Emblématique est le signe de l’eau : depuis les origines de la création jusqu’au déluge, depuis la traversée de la mer Rouge jusqu’au Jourdain, jusqu’à l’eau qui jaillit du côté du Christ et devient signe sacramentel de l’immersion dans sa mort et résurrection.
“Signe” et “symbole” sont des termes souvent utilisés comme synonymes. En réalité, un signe est symbolique lorsqu’il est capable de renvoyer non seulement à une idée, mais à tout un système de significations et de valeurs. Ainsi, par exemple, lorsque nous sommes aspergés avec l’eau bénite, cela ravive en nous la conscience du don reçu lors du baptême et notre adhésion à la vie nouvelle en Christ. Deuxièmement, les symboles ont essentiellement un caractère pratique, étant avant tout des actions : les plus simples et courantes, comme s’agenouiller et se donner la paix, ou les plus exigeantes, comme les actes constitutifs de chaque sacrement. Surtout, les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, tant envers les éléments matériels qui les composent qu’envers ceux qui entrent en contact avec eux, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales.
Dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi, le pape François, faisant sienne une affirmation de Romano Guardini, identifiait « la première tâche du travail de formation liturgique : l’homme doit retrouver sa capacité symbolique » (n° 44). Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse, accompagnée d’une catéchèse mystagogique appropriée, est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui, dans la logique de l’Incarnation, ne peut avoir lieu qu’en impliquant tout l’homme : esprit, âme et corps (cf. 1Th 5, 23).
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Un diagnostic accablant sur les dérives en cours dans l'Eglise
Depuis plusieurs décennies, particulièrement après le concile Vatican II (1962-1965) et son application souvent chaotique dans les années 1970-2000, voilà ce qu'on observe dans de nombreux diocèses occidentaux :
- Une liturgie improvisée : Des messes où le rite est largement adapté, avec des lectures modifiées, des prières eucharistiques personnelles, des gestes non prévus, ou une musique et une esthétique très "années 70-80". Le Missel romain de 1970 prévoyait déjà une certaine flexibilité, mais beaucoup d'évêques et prêtres l'ont étendue bien au-delà.
- Une discipline ecclésiastique relâchée : Peu de sanctions pour des hérésies publiques, des prêtres ou théologiens qui contestent ouvertement des points de doctrine (divorce-remariage, morale sexuelle, etc.) sans conséquence claire. Le contraste avec l'Église des siècles précédents (où les sanctions - ou la suspension - étaient plus courantes) est frappant. Beaucoup de catholiques pratiquants expriment une réelle lassitude face à la vie peu édifiante d’un certain nombre de clercs : double vie sexuelle, carriérisme, goût du luxe, manque de piété visible, ou simplement une tiédeur spirituelle qui contraste avec ce qu’on attend d’un homme consacré. Ce n’est pas une perception fantasmée.
- Un discours doctrinal flou : Sur la vie (avortement, euthanasie, bioéthique), la famille, ou le péché, on voit parfois une insistance plus forte sur l'accompagnement et la miséricorde que sur la norme objective. Le Synode sur la synodalité et Fiducia Supplicans (bénédictions des couples irréguliers) ont amplifié ces débats.
- La célébration des sacrements : Baptêmes, confessions et mariages parfois traités de façon très légère, avec une catéchèse minimale. Des aumônier(e)s laïcs d'hôpital n'hésitent pas à administrer les sacrements des malades, etc.
- La disparition (ou plutôt l’atténuation très marquée) du sens du sacré est l’un des aspects les plus visibles et les plus tristes de la crise actuelle de l’Église en Occident. C’est un sentiment largement partagé : on entre dans beaucoup d’églises modernes comme dans une salle polyvalente, et la messe ressemble parfois plus à une réunion conviviale qu’à un acte de culte adressé au Dieu trois fois saint.
Ces phénomènes sont documentés par des observateurs comme le sociologue Christophe Guéguen, des prêtres "orthodoxes", ou divers sites sur le Net. Les enquêtes sur la pratique (IFOP, etc.) montrent aussi une chute massive de la fréquentation et une perte de transmission chez les jeunes.
Causes profondes
- Sécularisation culturelle : L'Église en Occident est imprégnée par l'air du temps (individualisme, subjectivisme, psychologisation de la foi). Beaucoup de clercs ont absorbé les idées de Mai 68 ou de la théologie de la libération.
- Crise des vocations et formation : Dans certains séminaires, la formation doctrinale et liturgique a été affaiblie pendant des décennies.
- Centralisation romaine paradoxale : Sous Jean-Paul II et Benoît XVI, il y avait une volonté de recentrage, mais avec des résistances internes. Sous François, la priorité donnée à la "synodalité" et aux périphéries a parfois accentué la perception de relativisation de la norme.
- Effet "grenouille bouillie" : Les changements progressifs rendent difficile de pointer un moment précis où "ça a basculé".
L'Église a connu des crises graves auparavant (Arianisme au IVe siècle, schisme d'Occident, Réforme protestante, Révolution française, modernisme au début du XXe). Elle s'en est toujours relevée, souvent par des mouvements de réforme venant de la base ou de saints (Cluny, François d'Assise, Thérèse d'Avila, etc.).
Perspectives actuelles
Il existe aujourd'hui un clivage clair :
- Courant traditionnel (TLM - messe traditionnelle, catéchisme solide, doctrine classique) : en croissance relative chez les jeunes pratiquants (surtout en France, aux USA, en Afrique). Les communautés Ecclesia Dei et les instituts comme FSSP ou ICKSP en sont l'expression. Cependant, Traditionis Custodes (2021) a restreint la messe traditionnelle.
- Courant "pastoral-progressiste" dominant dans beaucoup d'institutions : priorise l'inclusion, le dialogue avec le monde, au risque d'estomper les contours.
- Afrique et Asie : généralement beaucoup plus orthodoxes doctrinalement et disciplinés.
Le successeur de Pierre joue un rôle majeur, mais l'Église n'est pas uniquement le pape : elle est aussi faite des évêques, des prêtres, des ordres religieux et surtout des laïcs.
Ces manquements sont réels et graves pour la transmission de la foi. Ils ne remettent pas en cause les promesses du Christ ("les portes de l'enfer ne prévaudront pas"), mais ils exigent lucidité et fidélité personnelle. L'histoire montre que l'Église se réforme souvent dans l'épreuve.
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La messe traditionnelle en latin est « l'antithèse absolue du monde d'aujourd'hui », déclare Édouard de Habsbourg
D'Edward Pentin sur le NCR :
La messe traditionnelle en latin est « l'antithèse absolue du monde d'aujourd'hui », déclare Édouard de Habsbourg
L'ancien ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège, qui a écrit une nouvelle brochure, se souvient de sa première rencontre déroutante avec l'ancien rite et explique comment, grâce à ce nouvel ouvrage, il entend aider les autres à l'aborder avec compréhension et paix.

Edouard de Habsbourg (photo : Edward Pentin photo) La messe traditionnelle en latin est devenue ces dernières années un objet de dévotion et de controverse, attirant un nombre croissant de jeunes fidèles malgré les restrictions imposées par Rome.
Mais pour certains, la première rencontre avec ce rite ancien est marquée par la confusion avant de devenir une porte d'entrée vers une vie de prière plus profonde et un sens renouvelé du sacré. Combler ce fossé de compréhension est l'un des objectifs d'une nouvelle brochure, « À la découverte de la messe en latin : Guide pratique pour les curieux » , conçue comme un guide simple et pratique pour les néophytes en matière de liturgie.
Son auteur est l'archiduc Édouard de Habsbourg-Lorraine, descendant de la dynastie des Habsbourg et ancien ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège (2015-2025). Dans l'entretien accordé au Register le 27 mai, il explique plus en détail les raisons qui l'ont poussé à écrire ce livre, l'influence positive et significative du Vetus Ordo sur sa vie et sa foi, ainsi que sur celles de sa famille, et les raisons de sa popularité croissante auprès des jeunes. Il partage également son point de vue sur les raisons pour lesquelles la liturgie traditionnelle suscite autant de ferveur que d'opposition.
Monsieur l'Ambassadeur Habsbourg, quels sont vos espoirs quant à l'ouvrage « À la découverte de la messe latine » , et qu'est-ce qui vous a incité à l'écrire ?
J'ai écrit ce petit livre car, lorsque j'ai assisté à ma première messe traditionnelle en latin, je n'avais pas de brochure explicative pratique sous la main et j'étais complètement désemparée, voire même agacée. Personne ne m'avait préparée aux différences dans presque tous les aspects de la liturgie, et je n'ai donc pas pu l'apprécier pleinement au début. J'espère donc qu'avec ce petit livret en main, les fidèles aborderont leur première messe en latin mieux préparés et sans se braquer d'emblée.
À qui s'adresse-t-il principalement, et peut-on apporter le livret à la messe pour mieux la suivre et y participer ?
Ce livre ne s'adresse pas, en premier lieu, aux personnes qui assistent déjà à la messe traditionnelle en latin. Il est plutôt destiné à celles et ceux qui souhaitent l'essayer, soit parce qu'ils en ont entendu parler, soit par simple curiosité pour cette forme du rite romain. Il s'adresse également à celles et ceux que la messe en latin irrite et qui aimeraient voir certains de leurs préjugés dissipés.
Oui, vous pouvez emporter ce livre à vos deux ou trois premières messes en latin. Il contient une section centrale où j'explique les différentes parties de la liturgie, avec quelques illustrations montrant, par exemple, que lorsque l'enfant de chœur se tient à droite et le prêtre au centre, on peut savoir à quelle partie de la messe nous sommes. Donc, oui, il est tout à fait idéal pour cela.
Quel impact la messe tridentine a-t-elle eu sur votre propre vie, et quelle importance a-t-elle eu pour vous en tant que parent, notamment pour aider à former vos enfants dans la foi catholique ?
Merci beaucoup pour cette question. L'impact le plus fort que la messe en latin ait eu sur moi, c'est sur mes enfants. Nous avons tous été élevés dans la foi catholique, allant régulièrement à la messe, récitant nos prières, faisant des pèlerinages, etc. Mais lorsque nous avons découvert la messe en latin il y a environ cinq ou six ans, toute la famille — même ceux qui ne nous rendaient visite que sporadiquement à Rome — a entamé un cheminement spirituel nouveau, approfondissant notre foi, notre relation avec le Christ et notre compréhension de la liturgie.
Avant tout, j'ai constaté que la vie liturgique imprégnait notre quotidien. Par exemple, je remarque désormais une plus grande ferveur dans la prière quotidienne, la récitation du Rosaire, la pratique des neuvaines et de toutes ces pratiques, ce qui transforme notre vie. J'ai trouvé quelque chose qui a véritablement donné à toute notre famille un nouveau départ dans la foi.
Pendant des siècles, la famille des Habsbourg a joué un rôle essentiel dans la préservation de l'ancienne liturgie , qui a eu un impact majeur sur la culture et la politique de ses territoires. Percevez-vous votre rôle comme similaire — aider les fidèles à connaître et à aimer la messe tridentine et ainsi contribuer à la préservation de la civilisation catholique européenne, d'autant plus qu'elle est aujourd'hui fortement menacée par la laïcité, l'islam et d'autres forces ?
Il est, à mon avis, bien trop tôt pour prédire le rôle que jouera la redécouverte de la messe traditionnelle en latin en Europe. Le nombre de fidèles reste encore très faible, et l'immense majorité des catholiques assistent toujours à ce que l'on appelle le Novus Ordo – la messe d'aujourd'hui. Mais je me vois peut-être comme un ambassadeur de la messe traditionnelle en latin auprès de ceux qui n'en ont jamais entendu parler, qui aimeraient la découvrir, ou qui souhaiteraient dépasser leurs préjugés à l'égard de cette forme de rite.
J'ai commencé à écrire ce livret presque aussitôt après avoir terminé mon mandat de diplomate auprès du Saint-Siège. En tant que diplomate, on doit rester assez discret sur ses préférences, surtout en matière liturgique. Désormais, je suis beaucoup plus libre de parler de ce qui me tient à cœur.
On observe un regain d'intérêt marqué pour la messe tridentine, notamment chez les jeunes. Comment expliquez-vous cette popularité croissante, d'autant plus qu'elle survient malgré les efforts récents du Vatican pour la restreindre ?
Vous avez tout à fait raison : les jeunes sont très attirés par la messe traditionnelle en latin. C’est un phénomène que l’on observe partout en Europe et dans le monde, notamment aux États-Unis, en Angleterre, en France, mais aussi en Autriche, en Allemagne et en Hongrie – partout. Vous vous demandez pourquoi. Bien sûr, je ne le sais pas avec certitude, mais j’imagine que c’est l’antithèse même du monde actuel.
C'est un lieu empreint de recueillement et de silence, un silence absolu. C'est ce silence qui m'a le plus attiré, ainsi que ma famille. On y ressent une profonde ferveur. Je crois que si les jeunes d'aujourd'hui veulent être catholiques, c'est pour vivre une foi authentique et profonde. La messe traditionnelle en latin offre à la fois l'impression et la réalité d'un enracinement très profond. L'étrangeté de la langue latine, la solennité des gestes, tout cela témoigne du sérieux et du caractère sacré de l'événement. Je pense que c'est ce que recherchent les jeunes qui souhaitent bâtir leur vie sur des fondements solides.
Pourquoi pensez-vous que la messe tridentine suscite des passions aussi vives, tant chez ceux qui souhaitent la préserver que chez ceux qui s'y opposent ?
Pour commencer par l'opposition, je crois que la résistance acharnée à la messe traditionnelle en latin est due en grande partie à deux facteurs, dont le premier est probablement un préjugé qui remonte aux années 1950 et 1960. Plusieurs générations de prêtres – dont certains sont aujourd'hui évêques – ont grandi avec l'idée que cette messe appartient au passé, qu'il faut l'abandonner pour s'ouvrir à la liturgie contemporaine. On leur a appris qu'il ne fallait pas s'y attarder ni trop s'y complaire, qu'elle est quelque peu mécanique, manichéenne, un vestige d'un autre temps. Tout cela a pu amener certains à grandir avec la ferme conviction qu'il s'agit d'une pratique à dépasser, poussiéreuse et obsolète. Aussi, lorsque d'autres tentent aujourd'hui de la redécouvrir, ils réagissent avec véhémence. Je pense que c'est une explication possible.
L'autre facteur, bien sûr — et je le trouve fort regrettable — est la manière dont certains catholiques nouvellement convertis, s'exprimant souvent devant leur webcam, se présentent comme défendant la tradition et la messe en latin. Parfois, ils se sentent obligés de parler de façon très agressive et bruyante pour montrer qu'ils sont « vraiment » catholiques. Cela contribue à donner l'image des traditionalistes comme un groupe de personnes rigides, moralisatrices et peu accueillantes.
Je suis presque certain que nombre des mesures prises ces dernières années contre la messe en latin découlent de cette impression. Internet peut être un excellent moyen de parler de sa foi, mais le faire avec respect, charité et une compréhension des autres formes de vie catholique est sans doute bien plus utile.
Malgré le regain d'intérêt, le nombre de fidèles reste relativement faible par rapport à l'ensemble de la population catholique. Considérez-vous ceux qui assistent à la messe tridentine comme le « reste », cette minorité créative dont parlait le cardinal Ratzinger, qui préservera l'ordre catholique et la tradition apostolique alors que tout semble décliner et s'effondrer ?
Il est vrai que la messe en latin est suivie par un nombre relativement restreint de catholiques dans le monde. Je dis « relativement » car si l'on compare le nombre de ceux qui fréquentent la messe en latin avec celui des fidèles qui assistent régulièrement à la messe – et parfois même en semaine – dans de nombreux pays d'Europe occidentale, le nombre de fidèles de la messe en latin paraît soudain bien plus important qu'on ne le pense. Cependant, comparé au nombre total de personnes baptisées dans l'Église catholique, ce nombre reste très faible.
Est-ce que je crois que cela constituera le rempart, le petit reste ? Je ne le pense pas. Je crois que les propos de Benoît XVI s'appliquent aussi bien à ceux qui assistent à la messe traditionnelle en latin qu'à ceux qui fréquentent les paroisses où la messe contemporaine est célébrée avec ferveur et respect, et où la vie catholique est vivante et florissante. Ensemble, ils forment le petit reste – et ces deux groupes connaissent une croissance exponentielle.
Si l'on considère le nombre de personnes baptisées, confirmées ou revenues à l'Église catholique ces quatre ou cinq dernières années, on constate qu'il se passe quelque chose au sein de l'Église, quelque chose se passe dans tout le monde occidental, du moins à mon avis. Je suis plein d'espoir pour l'Église, de peur que nous ne devenions ce très petit reste dont parlait Benoît XVI.
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Les options du pape Léon concernant « Traditionis custodes »
De JD Flynn sur le Pillar :
Les options du pape Léon concernant « Traditionis custodes »
Que pourrait faire le pape au sujet de « Traditionis custodes » ?28 mai 2026
Quoi qu’il arrive cet été, le pape Léon XIV devra certainement faire preuve de fermeté face à la Fraternité Saint-Pie X, basée en Suisse, et à la détermination de ce groupe à consacrer de nouveaux évêques malgré l’interdiction papale qui s’y oppose
Alors que le Vatican du pape Léon a promis des sanctions rapides si le groupe allait de l’avant, la controverse a attiré l’attention internationale, compte tenu notamment des termes sans concession dans lesquels la situation peut être décrite, et de l’intérêt croissant porté aux rites liturgiques préconciliaires depuis que le pape François en a restreint l’usage en 2021.
Pour certains, la confrontation entre le pape et la FSSPX soulève des questions sur l’obéissance et l’autorité dans une Église hiérarchisée. Mais pour d’autres, elle soulève des questions sur la manière dont Léon va gérer les séquelles chaotiques des efforts de son prédécesseur pour restreindre la forme extraordinaire de la messe, en particulier au vu de sa popularité apparemment croissante parmi les jeunes catholiques en Occident.
Faire face à cette situation sera plus qu’un test de détermination pour Léon. Ce sera un test de la créativité canonique et pastorale du pontife, face à une situation qui ne semble pas vouloir disparaître.
Le scénario le plus probable pour la FSSPX au cours de l'été est que ses évêques mettront en œuvre ce que le supérieur général, le père Davide Pagliarani, a annoncé qu'ils feraient : consacrer des évêques, malgré l'avertissement papal contre ce projet.
Il en résultera que les consacrés et les consécrateurs encourront la peine canonique d’excommunication, que Léon a laissé entendre que le Vatican était susceptible de prononcer officiellement — une mesure rare pour le Vatican, mais destinée à faire comprendre la gravité de la désobéissance de la FSSPX et à appeler ses dirigeants à revenir en communion avec le successeur de saint Pierre.
Ces dernières semaines, le cardinal Victor Fernandez, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a évoqué la possibilité que des prêtres ordinaires, voire des laïcs, encourent et voient prononcée l’excommunication susceptible d’être infligée aux dirigeants de la FSSPX. La perspective de prononcer cette sanction à l’encontre de laïcs semble peu probable.
Mais quelle que soit l’étendue des sanctions prononcées et rendues publiques à l’encontre de la Fraternité Saint-Pie X, la situation concernant ses dirigeants ne manquera pas de soulever une question au sujet de ceux qui assistent actuellement aux liturgies du groupe : « Et eux, alors ? »
En résumé, étant donné que les dirigeants de la Fraternité Saint-Pie X seront très certainement sanctionnés cet été, il est naturel que les événements en cours soulèvent des questions quant à savoir si l’Église va reconsidérer ses accommodements envers les laïcs catholiques attachés aux liturgies préconciliaires — si, de manière encore plus définitive, ils doivent éviter les messes célébrées par la Fraternité Saint-Pie X, où devront-ils se rendre ?
C’est pour cette raison – entre autres – que l’on pense généralement que Léon XIV envisage actuellement de modifier ou de réexaminer les restrictions de 2021 sur la liturgie préconciliaire établies par le pape François dans Traditionis custodes.
Au cours des dernières semaines, la liste des audiences privées du pape a compté plusieurs personnalités susceptibles d’avoir un poids sur la question, notamment un groupe d’érudits dont le livre sur le phénomène des catholiques traditionalistes en Occident est à paraître, ainsi qu’un certain nombre de clercs ayant occupé des postes de responsabilité liturgique au sein de l’Église.
Et bien que le nombre de catholiques assistant régulièrement aux liturgies préconciliaires soit statistiquement faible dans le contexte global de l’Église, il semble croître parmi les jeunes catholiques et susciter l’attention et l’intérêt dans tout l’Occident catholique.
Et, à bien des égards, les restrictions imposées par le document Traditionis custodes de François n’ont guère contribué à endiguer ce phénomène — ce qui semblait pourtant être son objectif — et pourraient au contraire être mises en corrélation, à tout le moins, avec une montée en puissance de celui-ci.
À la lumière de cela, alors que la controverse autour de la FSSPX prend de l’ampleur, on peut s’attendre à ce que des questions se posent quant à savoir si le pape Léon compte s’attaquer à la situation créée par Traditionis.
S’il le fait, plusieurs options s’offrent à lui.
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L’objectif déclaré de Traditionis custodes est de réglementer l’usage des rubriques liturgiques préconciliaires dans le cadre d’une « recherche constante de la communion ecclésiale ». Mais, du moins en Occident, il n’est pas certain que cet objectif ait été atteint par le motu proprio : au contraire, on observe des signes d’une discorde croissante entre les adeptes de la liturgie traditionnelle et leurs évêques, les curés de paroisse se trouvant le plus souvent pris entre deux feux : sympathisants des communautés qu’ils ont accompagnées pastoralement, tout en souhaitant encourager l’obéissance à l’Église locale.Il est possible que Léon XIV revienne simplement sur la pertinence du motu proprio dans les mois à venir, en l’abrogeant purement et simplement tout en exhortant les évêques à mettre l’accent sur les textes liturgiques postconciliaires en tant qu’« expression unique du rite romain », tout en revenant au statu quo établi par *Summorum Pontificum*, cet ensemble de permissions accordées par Benoît XVI pour l’utilisation des textes liturgiques qu’il désignait sous le nom de « forme extraordinaire ».
Mais cela semble peu probable. Abroger Traditionis au profit de son prédécesseur immédiat serait perçu comme un rejet audacieux de l’auteur du motu proprio, le pape François, et donc comme une démarche s’écartant du style d’unité et de conciliation que Léon a adopté.
Il est également possible que Léon laisse Traditionis intact, tout en demandant au Dicastère pour le culte divin du Vatican de se montrer généreux dans l’octroi d’autorisations permettant aux prêtres de célébrer la forme extraordinaire, aux églises paroissiales d’être utilisées pour sa célébration, et à la création de nouvelles paroisses personnelles dédiées à l’observance des rites liturgiques préconciliaires. Certains indices laissent penser que les diplomates de Léon ont déjà indiqué cette approche, au moins à titre de mesure temporaire, dans plusieurs pays.
Mais l’appel du Vatican à une « nouvelle perspective » sur les inclusions liturgiques suggère que les projets de Léon pourraient bien être plus vastes qu’une simple interprétation « généreuse » de Traditionis, et que l’insistance de ses diplomates en faveur de cette approche auprès des conférences épiscopales n’est qu’une sorte de mesure temporaire.
Certains catholiques ont évoqué la possibilité de créer un ordinariat personnel, voire plusieurs, à l’intention des catholiques et des membres du clergé attachés à une liturgie traditionaliste — peut-être en guise de reconnaissance du solide réseau de communautés qui s’est constitué parmi les adeptes des liturgies d’avant le concile.
Cette option semble toutefois peu probable sous le pontificat de Léon XIV.
D'une part, le temps passé par Léon dans le diocèse de Chiclayo lui a permis d'acquérir de l'expérience dans la construction de l'unité entre des groupes de clergé séculier qui se chevauchent, étant donné que son diocèse comptait de nombreux prêtres de la prélature personnelle de l'Opus Dei, ainsi que des laïcs associés à cette prélature. Cela pourrait lui donner une idée des possibilités d'une structure distincte dotée d'une mission pastorale unique, et de la mesure dans laquelle celle-ci pourrait exister sans sectarisme.
D’autre part, l’objectif de Traditionis semble être de favoriser l’unité entre les catholiques, et l’idée d’une structure ecclésiale entièrement parallèle pour les catholiques traditionalistes n’est guère susceptible d’être perçue à Rome comme une voie vers l’unité ecclésiale souhaitée, en communion avec les évêques diocésains locaux et les autres catholiques locaux. En fait, un ordinariat personnel serait probablement considéré comme encourageant le genre d’insularité que Traditionis était censé combattre, et qu’il a, ironiquement, facilité dans certaines communautés.
De plus, les ordinariats créés pour le patrimoine anglican ont été confrontés à des problèmes récurrents liés aux réalités pratiques de la gestion financière et du personnel, et cette expérience a probablement suscité au sein du Siège apostolique une certaine réticence à l’idée de mettre en place des structures canoniques similaires.
Mais une possibilité plus probable serait une modification de Traditionis, qui encouragerait en fait la création de paroisses personnelles destinées aux catholiques attachés à la forme extraordinaire, ainsi que la publication de lignes directrices sur la meilleure façon de les intégrer dans les diocèses.
L’avantage d’une telle structure serait sans doute de permettre une relation étroite entre les communautés traditionalistes et leur évêque diocésain : plutôt que d’assister aux liturgies d’instituts religieux ou d’institutions proches du schisme comme la FSSPX, les catholiques de tendance liturgique traditionaliste resteraient intégrés dans une communauté faisant pleinement partie du diocèse où elle est implantée, et fonctionnant sous la charge pastorale directe et la supervision de l’évêque diocésain.
Cet encouragement pourrait s’accompagner d’instructions sur la manière dont les prêtres diocésains pourraient être sélectionnés, formés et affectés à ces paroisses, ainsi que de conseils destinés aux catholiques sur la manière d’entretenir des relations à la fois avec leur paroisse personnelle et avec les autres catholiques de leur territoire.
Et comme les paroisses personnelles ne sont pas territoriales — c'est-à-dire limitées au seul territoire d'un diocèse —, les directives relatives à leur création pourraient également inclure des indications sur la célébration de la forme extraordinaire en plusieurs lieux d'un même diocèse, afin de rassembler les catholiques de toute une région sous une seule structure paroissiale.
Une modification de Traditionis qui encourage les paroisses personnelles pourrait être perçue à Rome comme permettant, sous le pontificat de Léon, une « nouvelle perspective » qui assure « généreusement » à la fois la charge pastorale et la structure paroissiale des communautés traditionalistes, tout en donnant aux évêques une plus grande facilité de supervision et de discernement que ce qui était possible en vertu des termes de Summorum pontificum.
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Bien sûr, il appartient à la FSSPX elle-même de déterminer les choix que sa propre direction pourrait faire cet été, et comment le pape Léon pourrait y répondre.
Certaines personnalités ecclésiastiques ont même suggéré que la Fraternité pourrait bien renoncer à ses projets actuels et rechercher une forme de reconnaissance institutionnelle au sein de l’Église, peut-être sous la forme d’une prélature personnelle — « si, comme tout catholique, elle reconnaît la doctrine de l’Église dans son intégralité, y compris les décrets du Concile Vatican II, qui ne peuvent être authentiquement déclarés contraignants que par les évêques en union avec le pape et sous son autorité ».
Cela semble hautement improbable. Mais à mesure que les dirigeants de cette communauté se rapprochent de la perspective d’une excommunication officielle, des milliers de catholiques de son entourage chercheront un lieu d’accueil et d’accompagnement au sein de la communion de l’Église.
À en juger par certains signes, Léon semble disposé à leur offrir cela. Reste à savoir comment.
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Une communauté mariale franciscaine traditionnelle florissante au Royaume-Uni va être dissoute.
D'Edward Pentin sur le NCR :
Une communauté mariale franciscaine traditionnelle florissante au Royaume-Uni va être dissoute.
Après des années de croissance en termes de vocations, de conversions et de présence médiatique, la Famille de Marie Immaculée et de Saint François a demandé sa dissolution en raison d'un manque de « soutien pratique et canonique ».

Le père franciscain marial Serafino Lanzetta figure parmi les frères et sœurs touchés par la dissolution. (photo : Edward Pentin) Une communauté traditionnelle florissante de frères et sœurs franciscains sera entièrement dissoute le 31 mai, exactement huit ans après sa création au Royaume-Uni.
La Famille de Marie Immaculée et de Saint François, communément appelée Marian Franciscans, a annoncé sa décision le 27 mai, après que les frères eux-mêmes aient voté pour sa dissolution le 27 avril. L'évêque Philip Egan de Portsmouth, en Angleterre, a publié un décret le 24 mai confirmant cette décision.
Dans un communiqué, les frères ont déclaré : « Il ne nous appartient pas de présenter les motivations de l’évêque de Portsmouth », mais ont ajouté qu’ils avaient décidé de cesser leur ministère au Royaume-Uni après « une période de discernement » concernant leur avenir à long terme dans le pays.
« Malgré la croissance du nombre de fidèles et de l’activité apostolique, il n’a pas été possible d’obtenir le soutien pratique et canonique nécessaire à la formation, au parrainage et aux futures ordinations sacerdotales », ont-ils ajouté. Ils ont précisé qu’« une série d’options ont été envisagées », mais qu’aucune n’offrait de solution viable pour assurer la pérennité de la communauté « sous sa forme actuelle ».
Les frères ont souligné que cette décision n’était « ni le résultat, ni une réaction à un incident ou une série d’incidents », ajoutant que leur demande de dissolution « découlait de questions plus générales concernant la viabilité future de la communauté et de sa mission au Royaume-Uni ».
Les Marian Franciscans, une communauté d'une vingtaine de frères mendiants inspirés par la spiritualité mariale de saint François d'Assise et de saint Maximilien Kolbe, ont développé un apostolat important au Royaume-Uni à travers le ministère paroissial, les retraites, la prédication, la vie dévotionnelle, l'édition et l'évangélisation en ligne.
L’évêque Egan les a accueillis pour la première fois dans le diocèse de Portsmouth en novembre 2014 ; ils ont pris en charge la paroisse Sainte-Marie de Gosport, près du port de Portsmouth. Quatre ans plus tard, l’évêque Egan a officiellement érigé l’association publique de la Famille de Marie Immaculée et de Saint François.
Face à l'augmentation des vocations, les frères ont ouvert une deuxième maison dans le diocèse en février 2020, et leur ministère offre aux fidèles la messe traditionnelle en latin, les vêpres quotidiennes et l'Heure Sainte, les premiers vendredis et premiers samedis du mois, des groupes d'hommes, des retraites et des conférences, ainsi qu'un travail pastoral à Londres, notamment au couvent de Tyburn.
Mais suite à la lettre apostolique Traditionis Custodes du pape François en 2021 , la communauté a déclaré que l'autorisation diocésaine pour les célébrations de la liturgie traditionnelle « était devenue plus restrictive ».
En 2022, des frères ont quitté Gosport pour le diocèse de Dunkeld, en Écosse, où ils ont été accueillis par l'évêque de l'époque, Mgr Stephen Robson, en compagnie d'une vingtaine de sœurs franciscaines mariales. Des projets d'acquisition d'un couvent, d'une chapelle et d'un terrain pour leur usage à long terme étaient à l'étude, mais ils ont été suspendus lorsque le nouvel évêque du diocèse, Mgr Andrew McKenzie, les a informés en février 2025 que l'achat du bien immobilier, pourtant convenu, « ne serait pas ratifié et qu'ils devraient quitter le diocèse ».
Les fidèles affirment que la communauté de Dundee, située dans le diocèse de Dunkeld, est en plein essor, avec une fréquentation en forte hausse et de nombreuses jeunes familles participant à la vie liturgique et spirituelle de l'apostolat. Le communiqué précise également que la communauté de Dundee est marquée par un grand nombre de baptêmes, de consécrations mariales et un engagement accru des fidèles.
Les Marian Franciscans attiraient des vocations du Royaume-Uni et de l'étranger, et la communauté comptait des membres de nationalités diverses répartis sur quatre continents. Les frères ont développé une importante présence médiatique grâce à Radio Immaculata, une station de radio en ligne diffusant 24 heures sur 24, et à une chaîne YouTube, utilisées pour leurs homélies, leurs conférences et leurs émissions en direct.
Dans leur communiqué de presse, les frères ont déclaré que les sympathisants de la communauté « ont exprimé leur gratitude pour le témoignage, la prière et le ministère des frères au Royaume-Uni, leur attribuant le mérite d'avoir favorisé les conversions, les vocations, la dévotion mariale et une participation renouvelée à la vie sacramentelle et dévotionnelle dans un large éventail de communautés. »
En novembre dernier, un membre éminent des Marian Franciscans a publiquement critiqué le document marial du Vatican, Mater Populi Fidelis , qui minimisait deux titres historiques de dévotion à la Vierge Marie. Le père Serafino Lanzetta a déclaré que cette note doctrinale représentait un net recul, non seulement par rapport à l'enseignement des saints, des docteurs de l'Église et du magistère ordinaire des papes, mais aussi par rapport à la position du concile Vatican II sur le rôle de Marie dans le salut. Il a également lancé un appel filial au pape Léon XIV afin qu'il réexamine le document.
Suite à la dissolution de la communauté, les frères ont déclaré dans leur communiqué que l'évêque de Portsmouth autoriserait les frères-prêtres incardinés dans le diocèse à poursuivre leur apostolat dans les trois lieux existants au sein du diocèse, dont une église de l'ordinariat.
Ailleurs, les Marian Franciscans « cesseront d'exister en tant que communauté canonique » le 31 mai, et leurs « apostolats et activités communautaires prendront donc fin ». Les frères et sœurs ne seront plus Marian Franciscans. Dans l'intervalle, des « dispositions transitoires » sont mises en place, notamment un soutien concret par le biais de l'association caritative de la communauté, les Amis des Marian Franciscans.
« La dissolution des Marian Franciscans marque la fin d'un chapitre singulier de la vie catholique contemporaine au Royaume-Uni », ont-ils écrit. « Leurs soutiens gardent espoir que la mission des frères, et les fruits spirituels qui y sont associés, perdureront et pourront un jour renaître en Grande-Bretagne sous une nouvelle forme. »
Le journal The Register a contacté les Marian Franciscans et le diocèse de Portsmouth pour obtenir des commentaires, mais ils n'avaient pas répondu au moment de la publication.
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"Respect des textes et des dispositions" : ce que doit être la liturgie selon Léon XIV
LÉON XIV
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Merccredi 27 mai 2026Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II III. La Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium 2. La réforme de la liturgie : tradition et évolution
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l'Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s'y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.

