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liturgie

  • Léon, « bon mathématicien », même dans la méthode pour se réconcilier avec le rite tridentin

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Léon, « bon mathématicien », même dans la méthode pour se réconcilier avec le rite tridentin

    Ce jeudi 5 mars au matin, l’agenda du pape Léon était rempli de rencontres de haut niveau : avec le président autrichien, le président de Singapour, la gouverneure du Canada et le président de la Banque mondiale.

    Mais dans la liste des audiences figuraient discrètement les noms de deux professeurs inconnus du grand public : Stephen Bullivant et Stephen Cranney.

    Et pourtant, en matière de bonne gouvernance de l’Église, le pape tenait plus à écouter ces derniers que d’illustres chefs d’État, pour les mêmes raisons que celles qui avaient incité quelques jours auparavant le célèbre cardinal Brandmüller à lancer cet appel dramatique sur Settimo Cielo : « Pour l’amour de Dieu : baissez les armes ! ».

    Les armes en question sont celles avec lesquelles on s’écharpe au sein de l’Église catholique depuis des décennies dans la guerre pour ou contre la célébration de la messe dans l’ancien rite, ou rite tridentin comme on l’appelle souvent en référence au Concile de Trente. Avec des accusations réciproques parfois très lourdes et, par-dessus le marché, l’ultra-traditionaliste Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, fondée par l’archevêque Marcel Lefebvre (1905 – 1991), au bord de la rupture si elle persiste, comme elle l’a annoncé, à vouloir ordonner cinq nouveaux évêques le 1er juillet prochain, en désobéissance avec Rome.

    En 2007, le pape Benoît XVI avait cherché à apaiser le conflit en publiant le motu proprio « Summorum Pontificum », parce qu’il était intimement convaincu que « les deux formes de l’usage du rite romain », c’est-à-dire l’ancienne et la nouvelle, « auraient pu s’enrichir mutuellement ».

    Mais son successeur, le pape François, était d’avis contraire. Pour lui, la célébration de la messe dans l’ancien rite n’était qu’un foyer de divisions et correspondait à « un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II ». Et le 16 juillet 2021, avec le motu proprio « Traditionis custodes », il rendait au nouvel missel postconciliaire le statut d’ « unique expression de la ‘lex orandi’ du rite romain », ne laissant à l’ancien rite que quelques maigres espaces résiduels.

    Pour justifier cette fermeture, le pape François avait alors cité – sans les publier – les réponses à un questionnaire qu’il avait fait parvenir l’année précédente aux évêques du monde entier.

    Mais en réalité, les réponses, au nombre d’environ un millier sur les plus de trois mille diocèses interrogés, révélaient en majorité un bon voisinage entre l’ancien et le nouveau rite, avec des fruits jugés positifs, comme on l’a appris à l’été 2025 grâce à la publication des résultats officiels de l’enquête par deux experts en vaticanisme : l’Américaine Diane Montagna et l’Italien Saverio Gaeta.

    Le pape Léon ne s’est pas prononcé jusqu’à présent. À l’occasion du consistoire qu’il avait convoqué le 7 et 8 janvier, la question figurait à l’ordre du jour, avec un exposé introductif signé par le cardinal Arthur Roche, un opposant farouche à l’ancien rite, mais elle a été ajournée.

    Et le pape Léon XIV avait personnellement souhaité s’entretenir avec les professeurs Bullivant et Cranney ce 5 mars en vue d’une démarche d’apaisement sur ce point particulièrement essentiel à la vie de l’Église qu’est la célébration de l’Eucharistie.

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  • Education, abus, liturgie : le message du Pape aux évêques français réunis à Lourdes

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    Du site de l'Eglise catholique en France :

    Le pape Léon XIV encourage les fidèles français et leur clergé à l’annonce de l’Évangile, en des temps certes difficiles

    Le pape Léon XIV, par la voix de son Secrétaire d’Etat le Cardinal Pietro Parolin, a encouragé les travaux des évêques de France réunis en Assemblée plénière du 24 au 27 mars 2026.

    Chers frères,

    Sa Sainteté le Pape Léon XIV me charge de vous transmettre ses vœux les meilleurs pour le bon et fructueux déroulement des travaux de votre Assemblée plénière. Il vous assure de sa prière fraternelle. Il souhaite que ce moment soit une occasion renouvelée de resserrer les liens de charité fraternelle entre vous, dans la recherche commune de la Volonté de Dieu pour l’Église qui est en France.
     
    Le Saint-Père a pris connaissance des sujets que vous avez l’intention de traiter et plusieurs ont suscité son intérêt. En particulier, vous allez aborder, en réponse à la Lettre Apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, le thème de l’éducation, un thème qui avait particulièrement retenu l’attention du pape François en raison de son importance capitale tant pour l’avenir du monde que pour l’annonce de l’Évangile. Vos travaux se déroulent dans le contexte d’une hostilité croissante envers les établissements catholiques avec la remise en cause de leur caractère propre. Dans le respect des convictions de chacun et avec toujours le souci d’accueillir largement, le Pape vous encourage à défendre avec détermination la dimension chrétienne de l’enseignement catholique qui, sans références à Jésus-Christ, perdrait sa raison d’être.
     
    Un point de votre réflexion portera sur la poursuite de la lutte contre les abus sur mineurs, et du processus de réparations, que vous avez entrepris avec détermination. Il convient, en effet, de persévérer à long terme dans les actions de prévention engagées et de continuer à manifester l’attention de l’Église aux victimes et la miséricorde de Dieu envers tous. Il est bon que les prêtres coupables d’abus ne soient pas exclus de cette miséricorde et fassent l’objet de vos réflexions pastorales. Par ailleurs, après plusieurs années de crises douloureuses, l’heure est venue de se tourner résolument vers l’avenir et d’adresser aux prêtres de France, durement éprouvés, un message d’encouragement et de confiance.
     
    Vous avez enfin, chers frères, l’intention de traiter du délicat thème de la Liturgie, auquel le Saint-Père est particulièrement attentif, dans le contexte de la croissance des communautés liées au Vetus Ordo. Il est préoccupant que continue de s’ouvrir dans l’Église une douloureuse blessure concernant la célébration de la Messe, le sacrement même de l’unité. Pour la guérir, un regard nouveau de chacun porté sur l’autre, dans une plus grande compréhension de sa sensibilité, est certainement nécessaire ; un regard pouvant permettre à des frères riches de leur diversité de s’accueillir mutuellement, dans la charité et l’unité de la foi. Veuille l’Esprit Saint vous suggérer des solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo, dans le respect des orientations voulues par le Concile Vatican II en matière de Liturgie.
     
    Chers frères, le Souverain Pontife vous assure de son attachement et de l’intérêt qu’il porte à la Fille aînée de l’Église. Il prie pour tous les catholiques de France, pour son clergé, afin qu’ils persévèrent dans la foi et la courageuse annonce de l’Évangile, en des temps certes difficiles mais où les signes d’espérance et de présence de Dieu dans les cœurs ne manquent pas. Vous renouvelant ses encouragements, et vous confiant à l’intercession de Notre Dame de l’Assomption et de tous les Saints de France, le Saint-Père vous donne bien volontiers la Bénédiction apostolique.
     
    Cardinal Pietro Parolin
    Secrétaire d’État de Sa Sainteté
     
    Du Vatican, le 18 mars 2026
  • La résurrection de Lazare chez les chrétiens orthodoxes :

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    Source :

    r/OrthodoxChristianity - Samedi du Saint et Juste Ami du Christ, Lazare

    Samedi du Saint et Juste Ami du Christ, Lazare

    Le samedi précédant la Semaine Sainte, l’Église orthodoxe commémore une grande fête de l’année : le miracle de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ lorsqu’il a ressuscité Lazare des morts après qu’il ait reposé dans la tombe pendant quatre jours. Ici, à la fin du Grand Carême et des quarante jours de jeûne et de pénitence, l’Église combine cette célébration avec celle du dimanche des Rameaux. Dans le triomphe et la joie, l’Église témoigne de la puissance du Christ sur la mort et l’exalte comme Roi avant d’entrer dans la semaine la plus solennelle de l’année, celle qui conduit les fidèles dans le souvenir de sa souffrance et de sa mort et se termine par la grande et glorieuse fête de Pâques.

    L’histoire de la résurrection de Lazare des morts par Jésus-Christ se trouve dans l’Évangile de Jean 11 :1-45. Lazare tombe malade, et ses sœurs, Marie et Marthe, envoient un message à Jésus en disant : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En réponse au message, Jésus dit : « Cette maladie ne mène pas à la mort ; elle est plutôt pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle » (v. 1-4).

    Jésus ne s’est pas immédiatement rendu à Béthanie, la ville où Lazare vivait avec ses sœurs. Il est resté deux jours de plus à l’endroit où il séjournait. Après ce temps, il a dit à ses disciples qu’ils retournaient en Judée. Les disciples ont immédiatement exprimé leurs inquiétudes, déclarant que les Juifs avaient récemment tenté de le lapider (Jean 10 :31). Jésus a répondu à ses disciples : « N’y a-t-il pas douze heures de jour ? Ceux qui marchent pendant le jour ne trébuchent pas, parce qu’ils voient la lumière de ce monde. Mais ceux qui marchent la nuit trébuchent, parce que la lumière n’est pas en eux » (v. 5-10).

    Après avoir dit cela, Jésus a dit à ses disciples que Lazare s’était endormi et qu’il allait le réveiller. Les disciples se sont demandés pourquoi il irait réveiller Lazare, car il était bon pour lui de dormir s’il était malade. Jésus, cependant, faisait référence à la mort de Lazare, et a donc dit directement aux disciples que Lazare était mort (v. 11-14).

    Lorsque Jésus est arrivé à Béthanie, Lazare était déjà dans le tombeau depuis quatre jours. Comme Béthanie était près de Jérusalem, beaucoup de Juifs étaient venus consoler Marie et Marthe. Lorsque Marthe a appris que Jésus approchait, elle est allée à sa rencontre et lui a dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais même maintenant, je sais que Dieu te donnera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui a dit que son frère ressusciterait. Marthe a dit qu’elle savait qu’il ressusciterait à la résurrection au dernier jour. Jésus a répondu : « Je suis la résurrection et la vie. Ceux qui croient en moi, même s’ils meurent, vivront, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » Jésus a demandé à Marthe si elle croyait cela. Elle lui a dit : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde » (v. 17-27).

    Marthe est retournée pour dire à Marie que Jésus était venu et la demandait. Marie est allée à sa rencontre, et elle était suivie par ceux qui la consolaient. Les personnes en deuil l’ont suivie pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Lorsqu’elle est arrivée auprès de Jésus, elle est tombée à ses pieds et a dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus la vit pleurer et ceux qui étaient avec elle, et il fut profondément ému. Il a demandé à être conduit au tombeau de Lazare. Alors que Jésus pleurait pour Lazare, les Juifs dirent : « Voyez comme il l’aimait. » D’autres se demandèrent que si Jésus pouvait ouvrir les yeux des aveugles, il aurait certainement pu empêcher Lazare de mourir (v. 28-37).

    Jésus est arrivé au tombeau et a demandé que la pierre qui couvrait la porte soit enlevée. Marthe a fait remarquer que Lazare était maintenant dans le tombeau depuis quatre jours et qu’il y aurait une odeur nauséabonde. Jésus a répondu : « Ne t’ai-je pas dit que si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu ? » La pierre fut enlevée, et Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir entendu, mais j’ai dit cela pour la foule qui se tient ici, afin qu’elle croie que tu m’as envoyé. » Quand il eut dit cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, sors ! » Lazare sortit du tombeau, lié avec les bandelettes de linceul, et Jésus dit : « Déliez-le, et laissez-le aller » (v. 38-44).

    À la suite de ce miracle, beaucoup de Juifs présents crurent en Jésus. D’autres allèrent raconter aux pharisiens ce que Jésus avait fait. En réponse, les pharisiens et les principaux sacrificateurs se réunirent et réfléchirent à la manière de l’arrêter et de le mettre à mort (v. 45 et suivants).

    Ce miracle est accompli par le Christ comme une assurance à ses disciples avant la Passion à venir : ils doivent comprendre que, bien qu’il souffre et meure, il est pourtant Seigneur et vainqueur de la mort. La résurrection de Lazare est une prophétie sous forme d’action. Elle préfigure la propre résurrection du Christ huit jours plus tard, et en même temps, elle anticipe la résurrection de tous les justes au dernier jour : Lazare est « les prémices salvatrices de la régénération du monde ».

    Comme le soulignent les textes liturgiques, le miracle de Béthanie révèle les deux natures du Christ, l’homme-Dieu. Le Christ demande où Lazare est déposé et pleure pour lui, et ainsi il montre la plénitude de son humanité, impliquant à la fois l’ignorance humaine et un véritable chagrin pour un ami bien-aimé. Puis, révélant la plénitude de sa puissance divine, le Christ ressuscite Lazare des morts, même si son corps a déjà commencé à se décomposer et à sentir mauvais. Cette double plénitude de la divinité du Seigneur et de son humanité doit être gardée à l’esprit tout au long de la Semaine Sainte, et surtout le Vendredi Saint. Sur la Croix, nous voyons une véritable agonie humaine, à la fois physique et mentale, mais nous voyons plus que cela : nous voyons non seulement l’homme souffrant, mais Dieu souffrant.

    L’icône du samedi de Lazare montre le Christ appelant son ami à sortir du tombeau. Lazare sort du tombeau, toujours lié dans les bandelettes de linceul. Ses sœurs, Marie et Marthe, se prosternent devant le Christ, exprimant à la fois leur chagrin de la mort de leur frère, mais aussi leur foi en le Christ comme Messie et Fils de Dieu. À côté d’elles se trouve quelqu’un qui a suivi la demande de notre Seigneur et a enlevé la pierre de la porte du tombeau.

    Se tiennent avec le Christ ses disciples qui sont témoins de ce miracle, une véritable manifestation de la puissance de Dieu qui leur apportera de l’assurance pendant la Passion de notre Seigneur.

    Au centre de l’icône se trouve une personne qui représente la foule qui a également assisté au miracle. Certains ont cru, mais d’autres sont allés raconter aux pharisiens et aux principaux sacrificateurs qui ont poursuivi leurs machinations pour provoquer l’arrestation du Christ et sa mort. La ville fortifiée de Jérusalem, où le Christ arrivera en triomphe le lendemain, est représentée en arrière-plan.

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  • Le cardinal Eijk a célébré la messe tridentine à la Grote Kerk d'Oss, aux Pays-Bas

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    La première messe tridentine d'Eijk, un événement et un exemple

    Un dimanche  de Laetare très particulier pour les fidèles d'Oss, aux Pays-Bas, avec la messe pontificale solennelle célébrée selon l'ancien rite par le cardinal. Solennité, joie et convivialité font de cette journée historique un modèle à contre-courant dans l'ère post-Traditionis custodes, marquée par l'unité et la proximité mutuelle. 

    18/03/2026
    Photo de Ramon Mangold provenant du site officiel de l'archidiocèse d'Utrecht : https://www.aartsbisdom.nl/

    La joie qui caractérise le dimanche de Laetare  – un avant-goût de la joie pascale au cœur du Carême – a été ressentie avec une intensité particulière cette année à la Grote Kerk d'Oss, aux Pays-Bas. L'église accueille la messe selon l'ancien rite chaque dimanche, en plus des célébrations post-conciliaires. Il y a un mois, l'ordinaire du diocèse, Mgr Gerard de Korte, évêque de Bois-le-Duc (ville natale du peintre Jérôme Bosch, qui lui a emprunté son nom d'artiste), y a administré la confirmation et prononcé l'homélie. Mais le 15 mars, la joie inhérente au quatrième dimanche de Carême a été amplifiée par la messe pontificale solennelle célébrée par le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque métropolitain d'Utrecht (dont Bois-le-Duc est un suffragant, comme tous les autres diocèses néerlandais), en présence de 700 fidèles. Parmi eux se trouvaient deux séminaristes de l'archidiocèse d'Utrecht, étudiants au séminaire de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre de Wigratzbad.

    L'archidiocèse d'Utrecht a publié un compte rendu de la célébration pontificale et le texte intégral de l'homélie d'Eijk. Homélie profonde et empreinte d'ironie, elle portait sur la multiplication des pains et des poissons (le passage de l'Évangile prévu dans la forme extraordinaire du rite romain, qui, contrairement à la forme ordinaire, a un cycle de lectures annuel et non triennal). Un miracle trop souvent démystifié, comme en témoigne l'exégèse libérale d'un prêtre des années 1950 qui considérait que le « vrai miracle » résidait non pas dans la multiplication, mais dans le « partage » du pain par amour. « Une trivialisation flagrante de la catéchèse », a commenté le cardinal, observant que « la foi de nombreux catholiques encore convaincus à l'époque a été habilement étouffée par la catéchèse et la prédication. Ceci, conjugué à divers changements culturels, est l'une des principales causes de la crise que traverse aujourd'hui l'Église. »

    Une exégèse libre, sans aucun fondement dans l'Évangile, où l'on lit pourtant que « Jésus a nourri une foule entière avec seulement cinq pains et deux poissons » et a donc « réellement accompli ce miracle ». Réduire la multiplication à un partage impossible revient à nier « le postulat de la foi chrétienne », a expliqué le cardinal, à savoir que « Dieu a créé l'univers à partir de rien. S'il a pu faire cela, il peut aussi multiplier miraculeusement le pain. » Un postulat perdu lorsque tout est attribué à notre propre initiative humaine, comme le paysan – protagoniste d'une autre anecdote citée par Eijk – qui a remercié non pas Dieu pour la récolte… mais pour l'engrais. « Oui, l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et est donc capable de certaines choses. Mais le point de départ, même pour les engrais artificiels, ce sont des éléments créés à l’origine par Dieu et non par nous. »

    La lecture pascale de cet événement est essentielle, car elle met en lumière un détail apparemment secondaire : « Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. On pourrait se demander : “Qu’importe où la foule était assise, sur l’herbe, sur du gravier ou sur un sol dur et rocailleux ?” Cela signifie que l’herbe n’y pousse qu’au printemps, donc aux alentours de Pâques », ce qui « souligne davantage que la multiplication miraculeuse des pains est liée au Mystère pascal », tout comme le geste de Jésus rendant grâce au Père avant de les distribuer : cette même « action de grâce » que le prêtre mentionne peu avant la consécration et la même signification de la Sainte Messe : eucharistein, où « le Mystère pascal, sa mort sur la croix et sa résurrection, sont rendus présents ici dans le sacrement de l’Eucharistie de manière non sanglante. La multiplication miraculeuse des pains en est une préfiguration. »

    La célébration a été retransmise en direct sur Radio Maria Pays-Bas – et est toujours disponible sur YouTube   – dont le directeur, le père Pieter Zimmermann, a assisté le cardinal Eijk lors de la liturgie, collaborant avec la communauté d'Oss pour le rite et le déjeuner qui a suivi. Ce dernier a offert aux participants et au célébrant une occasion privilégiée de rencontre et de convivialité.

    Solennité, joie et unité sont les mots qui résument cette journée historique et accompagnent les images de la messe pontificale sur le site web de la paroisse Saint-Willibrord – qui abrite la Grote Kerk dédiée à l'Immaculée Conception – soulignant également la grande proximité pastorale du cardinal (qui, pour la première fois, a cherché à célébrer un rite plus ancien ) malgré les restrictions imposées à ce rite depuis le motu proprio Traditionis custodes de 2021. Une journée historique, donc, pour tous ceux qui sont attachés à ce rite, et pas seulement aux Pays-Bas. Mais aussi un exemple possible à suivre, lorsque cela est possible, de proximité mutuelle entre les évêques et les fidèles.

  • Les propositions du père abbé de Solesmes pour tenter de résoudre la querelle liturgique

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    D'Agnès Millot sur RCF :

    QUERELLE LITURGIQUE : ET SI CHACUN FAISAIT UN PAS VERS L’AUTRE ?

    16 mars 2026

    Dom Geoffroy Kemlin, père abbé bénédictin de Solesmes, a écrit une lettre au Pape Léon XIV. Il lui partage une réflexion visant à résoudre la querelle liturgique qui divise l’Eglise depuis Vatican II. Son idée : “retoucher le nouveau missel pour y intégrer le vetus ordo” et ainsi retrouver l’unité ecclésiale… 

    Dom Geoffroy Kemlin, Père Abbé de Solesmes ©RCF SartheDom Geoffroy Kemlin, Père Abbé de Solesmes ©RCF Sarthe

    L’antagonisme entre les catholiques attachés au rite ancien en latin et les partisans du nouveau missel de Vatican II remonte au début des années 1970... Pourquoi avez-vous écrit au Pape maintenant ?

    J’ai eu l’opportunité de concélébrer avec le Pape Léon à Sant’Anselmo, l’abbaye des bénédictins à Rome, en novembre. Le Père Abbé primat avait invité le Saint-Père pour les 125 ans de la dédicace de l’église. Et il a accepté ! A l’issue de la messe, j’ai été présenté au Pape comme étant le père abbé de Solesmes. Il s’est alors exclamé : “Ah !! Solesmes !!”, montrant qu’il nous connaissait. J’ai aussitôt eu envie de lui écrire pour lui partager certaines choses qui me tenaient à cœur depuis longtemps, sur la situation liturgique en France et au sein de l’Eglise universelle.

    Pourquoi la question de l’unité liturgique vous touche-t-elle autant ? 

    Dans notre Congrégation de Solesmes nous avons des monastères qui célèbrent selon les deux rites : l’ancien et le nouveau. J’ai vécu cela personnellement dans mon parcours…  Je suis entré à l’abbaye de Fontgombault à l’âge de 20 ans, où l’on célèbre selon l’ancien missel de Saint Pie V, avant d’arriver à Solesmes où les moines disent la messe (en latin) selon la réforme de Vatican II. J’ai vécu cette question très personnellement, très intimement.

    Alors quand je vois des divisions sur ce thème je souffre ! La liturgie est faite pour faire grandir l’unité dans l’Eglise, pas pour nous diviser ! C’est pour cela que j’ai voulu partager au Saint Père, modestement, une proposition pour essayer d’avancer sur le sujet… 

    Dans cette lettre (en bas de l'article) vous écrivez : “l’heure est venue d'œuvrer pour un véritable retour à l’unité”. Vous pensez que les désaccords sont allés trop loin ? 

    Tout antagonisme dans l’Eglise nous fait souffrir. Nous sommes les membres du Corps du Christ. C’est notre témoignage de montrer au monde que nous sommes unis. Pour autant, cette unité n’est pas uniformité ! Le Pape François l’a beaucoup souligné. 

    Concrètement, votre proposition consisterait à retoucher l'Ordo Missae  de Paul VI, c’est-à-dire l’ordinaire de la messe qui comprend l'ensemble des prières et parties invariables du rite romain. Pourquoi ? 

    Je crois qu’il faut que chacune des sensibilités catholiques accepte de faire un pas vers l’autre. On pourrait ainsi réduire les divisions et retrouver cette unité si importante. Ce que je propose, c’est une démarche inclusive : insérer le Vetus Ordo [ndlr : l’ordinaire de la messe du missel latin d’avant Vatican II] dans le missel romain actuel. Cela permettrait d’intégrer les différentes manières de célébrer en une seule… 

    Quels points précis de la messe pourraient être modifiés ? 

    Le prêtre pourrait tout simplement choisir d’intégrer des éléments de l’ancien missel qui ne figurent plus dans celui de Paul VI. Je pense par exemple aux prières au bas de l’autel, ou à l’ancien offertoire qui a été réformé.  

    Cela ne risque-t-il pas de rajouter de la confusion pour les fidèles ? 

    Il y aura certainement un cadre à poser. La liturgie appartient à l’Eglise, c’est donc au Saint-Siège de décider ce qu’il en est. Je crois néanmoins que cette solution est possible, car la réforme liturgique a conservé beaucoup d’éléments communs avec l’ancien missel. On rajouterait simplement certaines possibilités. 

    L’ancien missel de Saint Pie V, auquel les communautés traditionnelles sont restées attachées, serait donc un peu modifié lui aussi ? 

    Effectivement. Si le Vetus ordo était inséré dans le missel actuel, cela ouvrirait de nouvelles possibilités.  Par exemple : célébrer la messe selon l’ancien rite mais dans la langue du pays et plus seulement en latin. Cela permettrait aussi au prêtre d’utiliser les nouvelles prières eucharistiques et les nouvelles préfaces. Enfin, je pense au cycle des lectures : le lectionnaire actuel voulu par Vatican II est beaucoup plus riche que l’ancien. Il y aurait un vrai apport biblique pour les fidèles. Tout cela viendrait féconder le Vetus ordo. 

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  • Réjouis-toi, Jérusalem ! et rassemblez-vous, vous tous qui l'aimez !

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    Introitus Introït
    Isai. 66, 10 et 11  
    LAETÁRE, Ierúsalem: et convéntum fácite, omnes qui dilígitis eam: gaudéte cum laetítia, qui in tristítia fuístis: ut exsultétis, et satiémini ab ubéribus consolatiónis vestrae. Ps. 121, 1 Laetátus sum in his, quae dicta sunt mihi: in domum Dómini íbimus. V/. Glória Patri. Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l’aimez ; tressaillez de joie avec elle, vous qui avez été dans la tristesse afin que vous exultiez et soyez rassasiés à la mamelle de vos consolations. V/. Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur.

    Graduale Graduel
    Ps. 121, 1 et 7  
    R/. Laetátus sum in his, quae dicta sunt mihi: in domum Dómini íbimus. V/. Fiat pax in virtúte tua: et abundántia in túrribus tuis. R/. Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. V/. Que la paix soit dans tes forteresses, et l’abondance dans tes tours.
  • Dum sanctificatus fuero (Introit du 3ème dimanche du Carême)

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  • 2050 : le nouveau livre du duo Sarah-Diat

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    LDE5127

    « Dans vingt-cinq ans, l'Église sera-t-elle encore un phare,

    ou l'écho lointain d'une voie oubliée ? »

    Le catholicisme européen épouse de façon troublante les convulsions d'un monde sécularisé : la morale devient fluide, l'héritage contesté, le passé abandonné au nom d'un présent en perpétuelle mutation. On ne craint plus de se détourner de ses racines, comme si l'arrachement pouvait engendrer un renouveau.

    2050, co-écrit par Nicolas Diat et le cardinal Robert Sarah.

    Auteurs

    • Cardinal Robert Sarah : Préfet émérite du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements au Vatican, il est une figure éminente de l'Église catholique, originaire de Guinée. Connu pour ses positions conservatrices et sa défense de la tradition liturgique, il a déjà collaboré avec Nicolas Diat sur plusieurs ouvrages à succès, tels que Dieu ou rien (2015), La force du silence (2016) et Le soir approche et déjà le jour baisse (2019).
    • Nicolas Diat : Journaliste et essayiste français, spécialiste des questions religieuses et vaticanes. Il est l'auteur de plusieurs livres d'entretiens avec des personnalités ecclésiastiques, et sa collaboration avec le cardinal Sarah est marquée par des réflexions profondes sur la foi et l'Église contemporaine.

    Publié en mars 2026, 2050 est un ouvrage sous forme d'entretiens entre les deux auteurs, qui explore l'avenir de l'Église catholique d'ici à 2050, soit dans environ 25 ans. Le cardinal Sarah y exprime ses préoccupations face aux signes de "perte de la foi" dans l'Église, particulièrement en Occident, tout en partageant des motifs d'espérance pour son renouveau. Le livre aborde des thèmes comme le rôle divin dans l'Église, la crise spirituelle actuelle, et des critiques implicites envers certaines évolutions modernes au sein de l'institution ecclésiale.

    Détails pratiques

    • Éditeur : Fayard (groupe Hachette Livre).
    • Format : Broché, grand format, environ 288 pages.
    • ISBN : 978-2213725185.
    • Prix indicatif : Autour de 20-25 € (selon les distributeurs).
    • Disponibilité : Disponible en librairies physiques et en ligne (comme Amazon, Fnac, ou le site de Fayard), y compris en précommande ou achat immédiat.

    Ce livre s'inscrit dans la lignée des œuvres précédentes du duo, qui combinent réflexion théologique, critique sociétale et appel à la spiritualité.

    Le livre prend la forme d'entretiens entre les deux auteurs, où le cardinal Sarah livre une réflexion théologique et critique sur l'avenir de l'Église d'ici à 2050, en partant de la situation spirituelle en 2025. Il exprime à la fois des inquiétudes sur la "perte de la foi" et des motifs d'espérance pour un renouveau centré sur Dieu.

    2050 s'inscrit dans la continuité des collaborations précédentes entre Sarah et Diat, comme Dieu ou rien (2015), La force du silence (2016) ou Le soir approche et déjà le jour baisse (2019). Il s'agit d'un dialogue sur l'espérance et la crise de la foi, projeté sur 25 ans. Le titre évoque une vision prospective : "Dans vingt-cinq ans, l'Église sera-t-elle encore un phare ou l'écho lointain d'une voix oubliée ?" L'ouvrage compte environ 256 pages et explore la dérive spirituelle de l'Église et du monde, en appelant à un recentrage sur la dimension divine.

    Thèmes principaux

    1. La centralité de Dieu dans l'Église : Le cardinal Sarah critique le discours dominant dans l'Église au début de 2025, qui privilégie des thèmes temporels comme le climat, l'écologie, les migrations et le dialogue culturel, au détriment de la place de Dieu. Ces sujets, bien qu'importants, deviennent problématiques lorsqu'ils relèguent la dimension spirituelle. Sarah insiste sur le fait que "tout procède de Dieu : son projet, son initiative, son accomplissement", et que l'homme est appelé à vivre "de Dieu, par Dieu et pour Dieu".
    2. La crise de la liturgie : Un appel urgent est lancé pour restaurer la vérité de la liturgie, qui doit redevenir la célébration du mystère chrétien où "Dieu est premier". Sarah dénonce les liturgies modernes transformées en "spectacle, scène d’agitation profane, lieu d’expressions culturelles désordonnées", envahies par les cris, les caméras, les applaudissements et les téléphones. Il souligne que "Dieu parle dans le silence", et que la liturgie actuelle fuit ce silence essentiel.
    3. La déthéologisation du monde et le mythe prométhéen : Le monde contemporain est décrit comme "déthéologisé", où l'homme a usurpé la place de Dieu sans même avoir à le combattre, car Dieu est déjà "mort ou oublié". Cela s'apparente au mythe de Prométhée, où l'homme s'empare du "feu céleste" pour se libérer d'un joug ancestral, menant à un orgueil planétaire. Cette usurpation entraîne une spirale de violence, de mensonge, d'égoïsme et de sang.
    4. La révolte humaine contre le Créateur : Depuis la chute originelle, l'humanité se révolte contre Dieu, préférant l'indépendance à l'abandon confiant à son amour. Cela génère "ténèbres et malheur", avec des manifestations concrètes comme les guerres ravageant l'Ukraine, la Palestine, l'Irak, la Syrie, la Libye, le Soudan et la République démocratique du Congo. Sarah voit ces conflits comme les "fruits amers" de cet orgueil, et critique le monde postmoderne qui s'obstine dans sa déchéance.
    5. Espérance et renouveau : Malgré les inquiétudes sur la "perte de la foi", particulièrement en Occident, le livre offre des "raisons d'espérer". Sarah invite à un retour à la foi authentique, à la prière et au silence, pour que l'Église redevienne un phare spirituel. Il s'agit d'une vision eschatologique où l'Église, en se recentrant sur Dieu, peut surmonter la crise et rayonner à nouveau.

    Le cardinal Sarah adopte un ton critique, fidèle à ses positions passées. Il dénonce une Église "décentrée" de Dieu, influencée par des préoccupations mondaines, et appelle à une réforme liturgique et spirituelle. Ses opinions reflètent une vision traditionaliste, où la modernité (postmodernité) est vue comme une révolte contre Dieu, source de tous les maux actuels. Cependant, il équilibre cela par une espérance théologique, invitant les fidèles à persévérer dans la foi pour un avenir où l'Église triomphera en redevenant fidèle à sa mission divine.

  • Dieu d’Israël, délivrez-nous de toutes nos tribulations (Introit du 2e dimanche du Carême)

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    Ant. ad Introitum. Ps. 24, 6, 3 et 22. Introït
    Reminíscere miseratiónum tuarum, Dómine, et misericórdiæ tuæ, quæ a sǽculo sunt : ne umquam dominéntur nobis inimíci nostri : líbera nos, Deus Israël, ex ómnibus angústiis nostris. Souvenez-vous de vos bontés, Seigneur, et de votre miséricorde qui datent des siècles passés. Que nos ennemis ne triomphent jamais de nous. Dieu d’Israël, délivrez-nous de toutes nos tribulations.
    Ps. ibid., 1-2.  
    Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir.
    V/.Glória Patri.
  • Une place pour les “trados” dans l'Eglise ?

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    De l'abbé Pierre Amar en tribune sur le site du journal La Croix via le Forum Catholique :

    Fraternité Saint-Pie-X : « Dans l’Église, pourquoi n’y aurait-il pas aussi une place pour les “trados” ? »

    Père Pierre Amar, prêtre dans les Yvelines, auteur de "Si tu veux je suis là" (Artège, 2025)

    Fraternité Saint-Pie X : cette blessure qui affaiblit l'Église

    25/02/2026

    Connaissez-vous le compte Instagram « Catholic trash » ? N’y allez pas : c’est une machine à vous précipiter dans les bras de la Fraternité Saint-Pie X ! Animé par des catholiques italiens, il recense – preuves à l’appui – ce qu’on peut (vraiment) faire de pire en liturgie. Iconographies douteuses, objets pieux kitsch, produits de marketing religieux extrêmes, décors d’églises hideux, tenues de célébrants scandaleuses… Bref, on y trouve l’incarnation de ce que Benoit XVI dénonçait un jour comme une « créativité [qui] a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable ».

    Voilà bien tout le problème. Car le mouvement initié par Mgr Lefebvre n’est pas né de rien : il trouve son fondement dans les abus et la brutalité avec laquelle certains ont appliqué la réforme liturgique au lendemain du Concile Vatican II. Pourquoi y a-t-il, par exemple, bien moins de prieurés de la Fraternité Saint-Pie X en Pologne qu’en France ? Parce que là-bas, la réforme liturgique promulguée par le pape saint Paul VI s’est effectuée paisiblement, sans volonté de tout détruire. Si bien qu’aujourd’hui, dans ce pays encore profondément croyant, on peut célébrer la messe dos au peuple (par exemple à Czestochowa, « le » sanctuaire national), porter la soutane et entonner un cantique en latin sans se faire traiter d’intégriste.

    EXAMEN DE CONSCIENCE

    Et si nous commencions par un examen de conscience ecclésial ? Hier comme aujourd’hui, les déformations arbitraires de la liturgie blessent profondément des personnes enracinées dans la foi de l’Église. En d’autres termes, ne sommes-nous pas nous-mêmes les propres responsables de notre malheur ? Tel Frankenstein, nous avons fabriqué notre propre monstre. Le malaise est d’autant plus intense que cette créature vient de notre famille. Comme hier avec Luther, fabriqué par les évêques corrompus du XVIe siècle, nous ne sommes pas pour rien dans l’avènement de Marcel Lefebvre. Le malaise liturgique de l’après-concile a été alimenté par les mesquineries, les manques de charité, les innovations malheureuses. Et aussi par un « esprit du Concile » qui n’était tout simplement pas le Concile.

    Le résultat ? Une histoire dont on n’arrive pas à se défaire, un peu comme le sparadrap du capitaine Haddock. Et une histoire douloureuse, car elle concerne non plus l’unité entre chrétiens - qui est déjà un dossier à lui tout seul - mais l’unité entre catholiques.

    Bien sûr, comme dans toute querelle familiale, les torts sont partagés. Par exemple, ces récents propos de l'abbé Davide Pagliarani, supérieur de la FSSPX Actualités : Fraternité Saint-Pie X , sont particulièrement blessants : « C’est un fait, dans une paroisse ordinaire, les fidèles ne trouvent plus les moyens nécessaires pour assurer leur salut éternel. » Après une telle affirmation, il est tentant de reconnaître qu’on n’a vraiment plus rien à se dire et que la déchirure est actée.

    Le problème, c’est que la Fraternité Saint-Pie X n’a pas tort lorsqu’elle dénonce, en plus des innovations liturgiques, une certaine confusion doctrinale qui érode la clarté du message de la foi. On a même le sentiment d’un « deux poids deux mesures » : pourquoi faudrait-il donc être particulièrement sévères avec la Fraternité Saint-Pie X alors qu’on montre, de mon point de vue, une étonnante patience avec le chemin synodal allemand ou l'Association patriotique des catholiques chinois ? À une époque où l’on accepte tout ou presque, pourquoi n’y aurait-il pas de la place, dans la famille, pour des frères et sœurs - certes forts turbulents - mais frères et sœurs quand même ?

    DEUX PISTES

    La première consiste à cheminer ensemble. Ne pourrait-on pas faire preuve d’une générosité historique, en permettant au moins une intégration partielle de la Fraternité dans la vie de l’Église sans que la question doctrinale ne devienne le premier et principal obstacle ? Un évêque faisait récemment remarquer combien l’expérience de l’histoire montre que les processus de réconciliation et d’intégration ne commencent pas toujours par une résolution doctrinale complète. Ils peuvent au contraire progresser de manière graduelle, en favorisant d’abord la communion visible et en laissant place à un dialogue théologique ultérieur plus serein et fructueux.

    Certes pas à n’importe quel prix bien sûr. Et c’est à Rome d’en fixer les minima. Mais pas, non plus, sans miser sur le temps long et sur la grâce de l’Esprit-Saint.

    La deuxième piste consiste à favoriser une alternative. Ce fut l’œuvre audacieuse de saint Jean Paul II, un peu mise à mal ensuite par François. Il existe ainsi des lieux où la liturgie traditionnelle est célébrée paisiblement, en communion avec l’évêque. C’est par exemple le cas dans mon Diocèse de Versailles, sereinement, loin des projecteurs et des communiqués. Beaucoup de jeunes de nos paroisses naviguent aussi volontiers d’un missel à l’autre. Certains même découvrent la foi à la faveur d’une messe en latin. À l’église Saint-Georges dans le Diocèse de Lyon où l’on célèbre quotidiennement la messe de saint Pie V, il y a actuellement soixante-trois catéchumènes ! Dans certains diocèses de France, les seuls jeunes prêtres ou presque sont ceux qui célèbrent la messe traditionnelle latine. Nous ne pouvons pas ignorer cette réalité. N’est-il pas temps de faire la paix avec ce monde traditionnaliste qui accepte le concile Vatican II ? Et si le pape François disait lui-même qu’il y a une place pour tous dans l’Église (« todos… todos ! ») pourquoi n’y en aurait-il pas une aussi pour les « trados » ?

    Parce que ces divisons sont du temps perdu sur le vrai travail qui attend tous les baptisés depuis la Pentecôte : l’évangélisation.

    https://www.la-croix.com/a-vif/fraternite-saint-pie-x-dans-l-eglise-pourquoi-ny-aurait-il-pas-aussi-une-place-pour-les-trados-20260225

  • Pour une « réforme de la réforme » qui rétablisse la paix liturgique; le formidable appel du cardinal Brandmüller

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Pour une « réforme de la réforme » qui rétablisse la paix liturgique. Le formidable appel du cardinal Brandmüller

    Du haut de ses 97 ans, qu’il porte à merveille, de sa compétence reconnue d’historien de l’Église et plus encore de son amour inconditionnel pour le « mystère de l’Eucharistie », le cardinal Walter Brandmüller (photo de Lena Klimkeit © Picture Alliance/Dpa) lance un vibrant appel aux évêques et aux fidèles pour qu’on baisse enfin les armes dans la guerre qui oppose depuis plusieurs décennies novateurs et traditionalistes à propos de la liturgie de la messe.

    Le cardinal a offert le texte de son appel à Settimo Cielo afin qu’il soit rendu public, et nous l’avons intégralement reproduit ci-dessous. Le titre original est « Per l’amor di Dio : Abbassate le armi ! »

    Même si Brandmüller ne l’écrit pas explicitement, son texte laisse transparaître la confiance qu’il accorde au pape Léon pour promouvoir la paix et l’unité sur un question aussi sensible et capitale pour la vie et la mission de l’Église que la liturgie. La position équilibrée du pape sur ce sujet lui a par ailleurs déjà valu l’estime de nombreuses personnes.

    Brandmüller ne fait pas non plus la moindre allusion aux dernières escarmouches de cette guerre, notamment à ce rapport que le Préfet du Dicastère pour le culte divin, Arthur Roche, avait préparé pour le consistoire du 7 et 8 janvier en présence des cardinaux : un rapport particulièrement hostile aux partisans de la messe tridentine, fort heureusement supprimé de l’agenda de la rencontre quand cette thématique a été renvoyée à plus tard.

    D’autant que dans le texte de Brandmüller, c’est davantage le non-dit qui frappe plutôt que ce qui est dit. Il relie habilement dans son argumentaire les controverses actuelles avec les précédents historiques, la réforme originale du Concile Vatican II avec les dérives postconciliaires et le vécu des fidèles avec les subtilités de la théologie. Le tout avec une plume brillante et captivante, même pour les non-initiés.

    À lui la parole, en espérant que les faits viendront la confirmer.

    *

    Pour l’amour de Dieu : « Bas les armes ! »

    du cardinal Brandmüller

    Ce n’est pas à la constitution conciliaire Sacrosanctum concilium de Vatican II mais bien à la mise en œuvre de la réforme liturgique après le Concile que l’on doit la fracture qui s’est propagée dans de nombreux endroits du monde catholique. Il s’en est suivi un conflit malsain opposant « progressistes » et « rétrogrades ». Faut-il s’en étonner ? Pas le moins du monde. Cela ne fait que démontrer à quel point la liturgie occupe une place centrale dans la vie des fidèles.

    Du reste, le soi-disant « conflit liturgique » n’est pas un phénomène qui est apparu avec Vatican II, ni même propre au catholicisme. Quand, dans la Russie orthodoxe de 1667, le patriarche Nikon et le tsar Alexis Ier introduisirent une réforme liturgique, plusieurs communautés ont fait sécession, certaines allant même jusqu’à rejeter le sacerdoce, créant des scissions qui perdurent jusqu’à nos jours.

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  • Invocabit me (introit du 1er dimanche de carême)

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    Introitus Introït
    Ps. 90, 15 et 16  
    INVOCÁBIT me, et ego exáudiam eum: erípiam eum, et glorificábo eum: longitúdine diérum adimplébo eum. Ps. ibid., 1 Qui hábitat in adiutório Altíssimi, in protectióne Dei caeli commorábitur. Il m’invoquera et je l’exaucerai ; je le sauverai et je le glorifierai, je le comblerai de jours. Ps. ibid., 1. Celui qui habite sous l’assistance du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.