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liturgie

  • Da Pacem : Introït du XVIIIe dimanche après la Pentecôte

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    On célèbre le   dont l’introït est une antienne du VIe ou VIIe siècles fondée sur des versets bibliques :  

    Da pacem, Dómine, sustinéntibus te,
    ut prophétæ tui fidéles inveniántur:
    exáudi preces servi tui,
    et plebis tuæ Israël.
    Lætátus sum dans son quæ dicta sunt mihi :
    in domum Dómini íbimus.
    Da pacem, Dómine, sustinéntibus te,
    ut prophétæ tui fidéles inveniántur:
    exáudi preces servi tui,
    et plebis tuæ Israël.
     
    Donne la paix, Seigneur, à ceux qui ont espéré en toi,
    afin que vos prophètes soient trouvés fidèles.
    Écoute les prières de ton serviteur,
    et de ton peuple Israël.
    Je me suis réjoui des choses qui m'ont été dites :
    Nous entrerons dans la maison du Seigneur.
    Donne la paix, Seigneur, à ceux qui ont espéré en toi,
    afin que vos prophètes soient trouvés fidèles.
    Écoute les prières de ton serviteur,
    et de ton peuple Israël.

    Arvo Pärt (né à Paide en Estonie en 1935) propose aussi une belle composition sur ce thème de l’Ecriture que le chœur universitaire de Liège vient d’inscrire à son répertoire. A écouter ici :

  • Brève histoire de la messe dans le rite romain (Uwe Michael Lang) — partie XIV : le bas Moyen-Age: décadence et déclin ?

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    Du site "Esprit de la liturgie" :

    Une brève histoire de la messe dans le rite romain (Uwe Michael Lang) — partie XIV : le bas Moyen-Age: décadence et déclin ?

    Suite de la série d’articles du père Uwe Michael Lang, C.O., tiré cette fois-ci de la traduction de l’abbé Jean-Pierre Herman aux éditions Desclée de Brouwer, avec son aimable autorisation.


    Les manuels d’histoire de la liturgie ont souvent tendance à considérer la fin du Moyen Âge comme un temps de déclin. La messe, dit-on, s’était transformée en un exercice presque exclusivement clérical d’un système rituel envahissant dans une langue incompréhensible. En conséquence, la participation des laïcs a largement disparu, y compris la réception de la sainte communion. Les fidèles préféraient leurs dévotions privées1. Cette lecture s’inscrit dans le contexte général d’une Église en crise qui a presque inévitablement conduit à la Réforme protestante du XVIᵉ siècle. Au cours des dernières décennies, cependant, les historiens ont offert de nouvelles perspectives sur le christianisme de la fin du Moyen Âge et ont souligné que déclin et vitalité existaient côte à côte. Dans le domaine de la recherche liturgique, l’accent traditionnel mis sur les textes est aujourd’hui enrichi par des études pluridisciplinaires du culte dans le Moyen Âge tardif dans une perspective musicale, artistique, littéraire, sociale et religieuse plus générale.

    La participation du peuple

    L’usage du latin comme langue sacrée a certainement éloigné la liturgie de la grande majorité des fidèles laïcs, mais il n’a pas dressé une barrière infranchissable à la participation populaire, comme on le suppose souvent. Dans les pays de langue romane, où la langue vernaculaire s’est développée à partir du latin, il existait au moins une compréhension de base du sens des textes liturgiques2. En outre, la prière des fidèles en langue vernaculaire lors de la principale messe dominicale dans l’église paroissiale offrait aux laïcs une forme d’implication correspondant à leurs besoins spirituels et temporels. Le plus ancien exemple connu de ces bidding prayers en Angleterre précède la conquête normande et a été daté du début du XIᵉ siècle. Dans d’autres pays également, la prière des fidèles se faisait en langue locale, catalan, basque, breton, ainsi que dans les dialectes occitans et allemands3. Ce rite vernaculaire était inséré à un moment donné pendant l’offertoire, généralement après l’encensement des oblats et de l’autel et avant le lavement des mains du prêtre (lavabo).

    La participation liturgique ne peut être réduite à la compréhension des textes, et Frank Senn a proposé une conception plus large qui inclut « d’autres “vernaculaires” que la langue, dont les bâtiments d’église eux-mêmes et l’art liturgique qui les décorait ne sont pas les moindres4 ». Dans une perspective similaire, Éric Palazzo a exploré les dimensions sensorielles de la liturgie : la stimulation de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du toucher et du goût, qui faisaient de la participation à la messe une expérience synesthésique5. Ainsi les fidèles étaient en mesure de participer à la messe de diverses manières qui ne sont pas faciles à saisir pour nous, précisément parce qu’elles n’étaient pas écrites. Paul S. Barnwell parle de « la nature méditative et affective d’une grande partie de la dévotion laïque de l’époque6 ». Les dimensions sensorielles de la liturgie du haut Moyen Âge offraient des stimuli importants pour une telle méditation.

    Les fidèles qui assistaient à la messe chaque semaine (et beaucoup d’entre eux quotidiennement) étaient familiers avec les chants habituels de l’ordinaire de la messe. Il est intéressant de noter que les laïcs trouvaient la messe paroissiale célébrée au maître-autel moins accessible, car ils se trouvaient à une distance physique considérable du prêtre et leur vue était limitée non seulement par le jubé, mais aussi par les servants et les chanteurs dans le chœur. Les messes « privées » à l’autel latéral offraient aux fidèles un moyen plus direct de s’engager dans l’action liturgique, à la fois visuellement et auditivement, ce qui a contribué à leur popularité. Les représentations de la messe gravées sur bois dans la littérature morale et dévotionnelle de l’époque montrent des hommes et des femmes laïcs à proximité du prêtre à l’autel latéral d’une église7.

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  • Comment la doctrine catholique peut être efficacement affaiblie sans qu’une seule vérité soit ouvertement niée

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    Le point de départ

    J'aborde avec rigueur une question qui touche de près à la transmission de la foi. Je ne rédige pas un pamphlet et ne porte aucune accusation contre des individus : je reconstitue patiemment une figure récurrente, que je nomme une loi sans règles , et que j'entends présenter, textes et dates à l'appui, afin de démontrer comment la doctrine catholique peut être efficacement affaiblie sans qu'une seule vérité soit ouvertement niée.

    Dans ce premier volet, j'expose les fondements de mon argumentation et la clé de sa compréhension : la perspective initiale, la définition de la foi sur laquelle repose l'ensemble, l'image de la loi préservée et de la réglementation tacite, et sa réapparition identique à cinq niveaux doctrinaux différents. Dans le deuxième volet, j'approfondirai la racine sotériologique et la crise actuelle ; dans le troisième, je montrerai où tout cela nous mène et pourquoi, sur le plan humain, la voie de sortie se révèle être une impasse, la seule clé qui nous échappe.

    Le regard du père

    Il me semble opportun de préciser d'emblée par où je commence, car le point d'observation est aussi important que les choses observées. Je ne suis ni canoniste ni historien : je suis un père, investi du devoir d'État de transmettre la foi catholique à mes trois filles. [1] C'est un titre qui, dans les débats savants, pèse moins qu'une chaire, mais qui, dans l'Église, prime, non par modestie, mais par nécessité. La loi et la doctrine, avec tout leur édifice de distinctions, existent en définitive pour rendre possible une chose très simple : qu'un père puisse transmettre à ses enfants la foi qu'il a lui-même reçue, intégralement, par le chemin commun, sans avoir à devenir ni théologien ni héros. Lorsque cette possibilité est compromise, ce n'est pas un détail marginal qui est ruiné : c'est le but même pour lequel tout l'appareil a été construit qui est touché.

    L'avantage de cette perspective réside dans son humilité. Ceux qui observent du haut de leur expertise possèdent les outils pour réparer eux-mêmes chaque déchirure et, de ce fait, sans s'en rendre compte, ne la perçoivent plus comme une déchirure. Ceux qui observent d'en bas, n'ayant pour seul outil que la transmission, perçoivent la déchirure dans son intégralité, car ils n'ont rien pour la réparer. C'est la même raison pour laquelle une fissure dans un mur est d'abord remarquée par le locataire qui y habite, et non par l'architecte de passage.

    Le chemin par lequel un enfant apprend la foi porte un nom précis et se compose de trois éléments ordinaires : un catéchisme clair, qui dit la vérité sans ambiguïté ; une messe qui exprime la foi, de sorte que par la prière on apprend à croire ; un enseignement qui distingue clairement le vrai du faux, le licite de l’illicite. L’enfant est formé sur ce fondement commun, car il n’a rien d’autre. Il n’a ni bibliothèques à consulter, ni le souvenir d’une époque plus faste auquel se référer : il reçoit ce que le présent lui offre, et rien de plus. Telle est la condition normale de l’enfance, et l’Église l’a toujours su ; c’est pourquoi, à travers les siècles, elle a soigneusement élaboré les instruments mêmes destinés aux simples et aux enfants, mettant entre les mains de chacun des formules sûres, brèves et éprouvées. [2] Cette clarté n’était pas une pauvreté de pensée, mais une charité envers les faibles.

    Nous abordons ici la différence fondamentale. [3] Un adulte averti, confronté à un texte ambigu, sait comment s'y prendre : il perçoit ce qui est sous-entendu, reconstruit lui-même la frontière manquante et poursuit sa lecture sans encombre. L'enfant, lui, n'a rien de tout cela : il reçoit ce qui lui est donné, et si ce qui lui est donné est ambigu, il accepte l'ambiguïté sans même s'en rendre compte. Cela crée une épreuve qui vaut bien plus que n'importe quelle dispute entre adultes. Les érudits peuvent débattre indéfiniment de la validité d'une formule tant qu'elle est lue avec la prudence requise ; mais l'enfant n'a pas cette prudence et recevra la formule telle quelle. La question pertinente n'est donc pas de savoir ce qu'un texte permet à quelqu'un qui sait déjà de penser, mais ce qu'il transmet réellement à celui qui ne sait encore rien. Nul besoin d'erreur explicite pour que le mal survienne : il suffit qu'une vérité soit sous-entendue ou voilée. Pour l'apprenant, le silence n'est pas une nuance manquante : c'est une part de vérité qui n'est pas encore révélée.

    « Mais beaucoup gardent la foi »

    C’est là que se pose l’objection la plus sérieuse, et il faut y répondre avec la plus grande fermeté. Malgré tout, d’innombrables prêtres et fidèles laïcs, plongés dans les mêmes conditions, conservent aujourd’hui la foi tout entière, demeurant pleinement unis à l’Église. Si les ressources ordinaires étaient véritablement épuisées, comment expliquer la survie si répandue de la foi ?

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  • Un moine de Solesmes dénonce l'ostracisme anti-latin et anti-grégorien

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    Qui n'en a déjà fait l'expérience : dès qu'il s'agit d'introduire un peu de latin ou de grégorien dans les célébrations liturgiques, on se heurte à l'opposition des responsables de l'animation liturgique de nos paroisses qui considèrent que de telles introductions constitueraient un retour en arrière totalement insupportable.

    L'opinion du Frère Patrice Mahieu, moine bénédictin de Solesmes, publié dans La Croix :

    « L’ostracisme anti-latin et anti-grégorien persiste en France malgré les textes clairs de Vatican II »

     

    À l’heure où le pape Léon XIV œuvre pour la communion ecclésiale, frère Patrice Mahieu, bénédictin de Solesmes, pointe un paradoxe : le latin et le grégorien, pourtant défendus par Vatican II, restent marginalisés dans de nombreux diocèses français. Il appelle à une pacification liturgique.

     

    Les réflexions et contributions visant à retrouver une unité liturgique suivent leur cours, avec bonheur. Il s’agit souvent d’analyses et de propositions approfondies, fondées sur une bonne connaissance de la science liturgique. Ces lignes seront plus modestes et s’en tiendront à une simple réflexion pastorale.

    Avant même de prendre en considération le rite utilisé pour la célébration de la messe, nombre de fidèles souhaitent trouver un climat de prière et d’adoration, une célébration qui aide à nourrir le sens du sacré qui permet une vie spirituelle profonde. Pour certains, les marqueurs principaux sont le latin et le chant grégorien ; il se peut même qu’ils ne distinguent pas bien les deux rites.

    Une attente de latin et chant grégorien

    Je me souviens d’un dimanche de juin, où je venais de concélébrer, avec un père abbé, la messe conventuelle dans un monastère de la congrégation de Solesmes. C’était le missel de Paul VI, intégralement en latin et chant grégorien, avec les seules lectures, l’homélie (!) et la prière universelle en langue vernaculaire. Nous avions pris le canon romain.

    Une fidèle me rejoignit à la sortie de la messe et, en me saluant chaleureusement, s’exclama : « Merci, mon père, pour cette très belle messe tridentine ! » Je lui répondis en lui disant ma joie qu’elle ait pu prier de façon à élever son cœur vers Dieu et lui demandai ensuite : « Qu’est-ce qui vous fait dire que c’était une messe tridentine ? » La réponse fut la suivante : « Vous avez pris le canon avec tous les saints… »

    Voilà ce qu’attendent des fidèles qui se tournent vers le missel tridentin. Certains fidèles n’en demandent pas plus. Leur attente est légitime. Si elle n’est pas accueillie, peut-être seront-ils tentés de trouver ce climat liturgique à n’importe quel prix, y compris dans une participation à la liturgie eucharistique même si le célébrant n’est pas en communion avec l’évêque de Rome.

    Un attachement légitime

    J’appartiens à une génération qui a vécu à la fin des années 1960 et durant les années 1970 un rejet du latin et du chant grégorien, alors même que les principes énoncés dans Sacrosanctum Concilium sont clairs : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins » (SC 36,1) et « toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place ». (SC 36,2)

    Un peu plus loin, on lit : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place » (SC 116).

    Ce n’est pas le lieu ici de revenir sur la façon dont la réforme liturgique a été mise en place, sur le rôle des commissions conciliaires et post-conciliaires, sur les interventions des autorités ecclésiastiques. Il y aurait certainement beaucoup d’enseignements à en tirer.

    Reste que certains fidèles ont toujours été attachés à la langue latine et au chant grégorien. Cet attachement est légitime, car sanctionné par des documents ayant le plus haut degré d’autorité. Une insatisfaction de ces fidèles, encore maintenant, devrait être prise en compte.

    Un certain ostracisme « anti-latin »

    Nous pourrions nous demander si en France, en juin 2026, chaque diocèse compte suffisamment de messes célébrées intégralement en latin, suivant l’ordo en vigueur, accompagné par le chant propre de l’Église romaine, le chant grégorien.

    D’autre part, les séminaristes qui le souhaitent peuvent-ils facilement être formés à la célébration de la messe conciliaire en latin ? N’y a-t-il pas encore des blocages qui rendent impossible, de façon habituelle, une célébration de la messe en latin telle qu’elle est prévue par le concile ?

    Il n’est évidemment pas question de revenir au tout latin, et l’on voit l’effet pastoral bienfaisant, et la légitimité, qu’a l’utilisation des langues vernaculaires, mais ne rencontre-t-on pas toujours un certain ostracisme « anti-latin » ? De telles attitudes, ou un manque d’initiatives dans le sens de l’accueil des textes du concile, favorisent-ils la communion à laquelle le Saint-Père Léon XIV est si attaché et qu’il cherche à affermir et à entretenir ?

    Pour une pacification liturgique

    Les interventions les plus importantes de l’abbé de Solesmes de l’époque, dom Jean Prou, au concile, concernèrent la restauration de la concélébration qu’il appelait de ses vœux, la défense de la langue latine et du chant grégorien. Le texte conciliaire sur la liturgie montre que la pensée de dom Prou fut largement partagée par les Pères.

    De même, saint Paul VI, durant son pontificat n’a cessé de donner des indications pour que le latin ne soit pas évacué de la liturgie, et que les fidèles de tout pays puissent continuer à chanter en latin certaines parties de l’ordinaire de la messe (gloria, credo, pater…).

    Le climat actuel n’indiquerait-il pas qu’il y aurait une fécondité à ce que ces points du concile soient de nouveau présentés et reçus ? Ne serait-ce pas une contribution importante à la pacification des cœurs, à une pacification liturgique ?

  • Benoît XVI, un cas à part ?

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    De John M. Grondelski sur le CWR :

    Benoît l'exception ?

    En tant que théologien engagé envers l'Église, Joseph Ratzinger ne se sentait pas obligé de suivre la ligne officielle et de présenter les choses comme un monde idyllique. Il savait faire la part des choses entre le bon grain et l'ivraie.

    Le pape Benoît XVI était-il un cas à part ?

    C’est l’avis de Mike Lewis sur la conception liturgique du pape Benoît XVI. Dans un article publié sur « Where Peter Is », Lewis présente Ratzinger – avant, pendant et après son pontificat – comme une figure à part dans le projet liturgique post-Vatican II. Selon Lewis, Montini a fidèlement mis en œuvre la vision de la réforme liturgique de Vatican II, Luciani l’a accueillie favorablement, Wojtyła l’a poursuivie, et Bergoglio et Prevost l’ont défendue.

    Ratzinger serait soi-disant en décalage avec la danse liturgique. Je ne partage pas cet avis.

    D'abord, il me semble que plusieurs éléments s'entremêlent ici. Sans attribuer de motivation à Lewis, je crois qu'un courant de révisionnisme historique plus vaste sous-tend ce débat. Divers milieux prétendent que Vatican II a initié des réformes (pas seulement liturgiques) que Paul VI a mises en œuvre, non sans quelques réserves, mais que l'esprit réformateur du Concile a été occulté pendant une trentaine d'années, tandis que l'Église errait dans le désert durant le pontificat de Jean-Paul II et Benoît XVI, pour finalement retrouver le « véritable » esprit de la réforme conciliaire sous l'impulsion du pape François.

    Les partisans du statu quo liturgique constituent une sous-catégorie du mouvement « réformateur », souvent guidés par leurs propres intérêts. Nombre d'entre eux semblent voir dans la FSSPX, alimentant les débats sur la « réforme liturgique de Vatican II », soixante ans après son entrée en vigueur, une menace.

    En ce qui concerne le sous-ensemble de la réforme liturgique, je souhaite dégager plusieurs thèmes distincts.

    Premièrement, tout ce qui est fait au nom du Concile ne reflète pas forcément sa volonté. Beaucoup de choses ont été faites en son nom et, souvent, de façon encore plus ténue, au nom de « l’esprit de Vatican II », dont le lien avec le Concile exige une certaine suspension d’incrédulité.

    Prenons des sujets qui ont suscité de vives polémiques, comme la balustrade d'autel. Soyons honnêtes : rien dans Sacrosanctum Concilium ne prescrit son retrait. J'ai du mal à imaginer l'évêque moyen ayant voté pour la Constitution sur la liturgie sacrée (comme mon ancien évêque à Trenton, le relativement traditionaliste George W. Ahr) comprendre que son vote impliquait que les églises du monde entier puissent saccager leurs sanctuaires, au point que le sanctuaire finisse par empiéter sur le reste de l'Église. C'est peut-être pourquoi les sanctuaires des cathédrales allemandes sont mis à la disposition de jongleurs de poulets , tandis que les parkings de Home Depot deviennent des « sanctuaires » inviolables pour les sans-papiers.

    Je sais que certains liturgistes ont plaidé en ce sens au nom de la « participation pleine et consciente des fidèles » à la « célébration » de l’Eucharistie. Je sais aussi qu’ils ont rédigé les documents d’application qui, dans bien des cas, ne prescrivaient pas cette possibilité, mais la suggéraient. Pourtant, des vandales liturgiques se sont rapidement abattus sur les églises, les « renouvelant » au nom d’ une interprétation des exigences du Concile.

    Oui, il s'agit sans doute d'une interprétation. Et, soixante ans après le Concile, se demander si les interprétations de ce dernier ont résisté à l'épreuve du temps n'est pas une trahison du Concile, et encore moins un acte schismatique qui menace l'« unité » ecclésiastique.

    On peut dire la même chose, mutatis mutandis, du débat actuel sur l'emplacement du tabernacle. Derrière cette question se cache une autre interrogation, que les Pères conciliaires n'ont sans doute jamais pensé ratifier : cette focalisation sur l'Eucharistie comme « source et sommet » de la vie chrétienne impliquerait que le Saint-Sacrement, le tabernacle et l'adoration eucharistique hors de la messe occuperaient, de facto, une place subordonnée dans le catholicisme post-conciliaire, et ce, en apparence comme une conséquence de leurs décisions.

    Ajoutez à cela les soupçons quant aux intentions de chacun, et l'on aboutit à une sorte d'« unité » liturgique toxique. Prenons l'exemple de l'évêque de Charlotte qui, en 2025, a demandé aux prêtres de ne plus réciter les prières antérieures à 1969 lors de l'habillage (le missel actuel ne contient aucune prière pour cela ), de peur que cela ne soit perçu comme un retour aux anciennes pratiques liturgiques. Vaut-il mieux que les prêtres ne prient pas en se préparant à la messe et considèrent l'habillage comme une simple formalité, un déguisement anachronique ? Les échanges informels qui animent souvent les sacristies constituent-ils une atmosphère plus appropriée avant la messe ?

    Tout ceci nous ramène à la question de l'interprétation. Soixante ans – soit trois générations après Vatican II – constituent un intervalle approprié pour évaluer honnêtement et sans polémique les réussites et les échecs de la mise en œuvre post-conciliaire. Ce débat semble être de ceux que les catholiques fidèles – qu'ils défendent les modèles actuels ou qu'ils les remettent en question – devraient pouvoir avoir, au synode comme ailleurs.

    C’est peut-être sur la question d’interprétation que Benoît XVI faisait véritablement figure d’« exception ».

    Le pape Paul VI a mis en œuvre le concile. Lewis balaie d'un revers de main la question de savoir si Montini comprenait réellement tout ce qu'il « réformait » et si Annibale Bugnini ne cherchait pas à ménager la chèvre et le chou pour parvenir à ses fins. Lewis invoque des tendances générales (« plus d'Écriture, l'usage de la langue vernaculaire… et la participation active des fidèles ») pour affirmer que Jean-Paul Ier était parfaitement en phase avec les orientations liturgiques de l'époque, alors qu'en réalité, nous ignorons presque tout de la direction que Luciani aurait prise pour l'Église. Lewis insiste par ailleurs sur le soutien « sans équivoque » de Jean-Paul II aux nouvelles orientations liturgiques. Enfin, il présente François comme celui qui a sauvé l'Église d'une régression liturgique, une voie que, selon lui, Léon XIV poursuivrait sans tenir compte des « points de vue de ceux qui rejettent la réforme ».

    Mais Benoît, affirme-t-il, est le seul à ne pas être concerné.

    Je propose une autre interprétation de l'histoire. Paul VI était trop impliqué dans les événements pour en saisir pleinement la portée. Quant à savoir ce qu'aurait fait Jean-Paul Ier, ce sont des conjectures, non des faits historiques.

    Jean-Paul II, auteur d'un livre ( Sources du renouveau ) et organisateur de réunions régulières dans l'archidiocèse de Cracovie sur la mise en œuvre des accords conciliaires, était lui aussi originaire d'un pays où nombre d'abus liturgiques, pourtant courants en Occident, étaient méconnus. Je soupçonne qu'il ait pu minimiser certains de ces rapports ; je peux témoigner, par expérience personnelle, que lorsque je décrivais à mes collègues de l'Université catholique de Lublin ce qui se passait sur le plan liturgique dans certaines régions des États-Unis, ils pensaient que j'exagérais. Il ne fait cependant aucun doute qu'il s'est efforcé de mettre fin à ce qu'il considérait comme des abus, notamment le recours indiscriminé aux ministres extraordinaires de la communion, une pratique que la plupart des évêques n'ont pas soutenue.

    François, en revanche, était probablement habitué à une liturgie plus libre au sein de la Compagnie de Jésus et en Amérique latine, alors en pleine effervescence de la théologie de la libération. Il était donc, je crois, généralement plus indulgent à cet égard qu'envers les liturgies « rigides » qu'il désapprouvait tant. Il m'est impossible, à ce stade, de prédire quelle sera l'orientation de la liturgie selon le pape Léon XIV.

    Au sein de ce groupe, Ratzinger se distingue. De retour du Concile, il s'est intéressé à la mise en œuvre improvisée de ses préceptes en Allemagne, notamment dans le milieu universitaire où il évoluait. Si l'Église de Wojtyła en Pologne a pu contenir les expérimentations liturgiques, celle de Ratzinger en Allemagne, elle, ne l'a certainement pas fait – et ne l'a toujours pas fait. L'Église synodale allemande n'en est que le prolongement logique.

    Pour cette raison, et en tant que théologien dévoué à l'Église, Ratzinger ne se sentait pas obligé de suivre la ligne officielle selon laquelle tout était rose. Il savait faire la part des choses entre le bon grain et l'ivraie.

    Il a soulevé à juste titre la question, par exemple, des traductions liturgiques qui ignoraient les éditions typiques au profit des préférences (et parfois, d'une créativité débridée) des traducteurs. Il n'a pas hésité à invoquer « l'expérience », si en vogue à l'époque, pour suggérer qu'une « réforme de la réforme » s'imposait. Connaissant bien la pensée du grand théologien liturgique Romano Guardini – l'une des figures emblématiques de la réforme liturgique –, Ratzinger ne prétendait pas que le recul du temps remette en cause certaines pratiques ou leurs conséquences, accomplies ostensiblement au nom du Concile.

    Si cela fait de lui un « cas à part », alors ce que Lewis recherche, c'est un publiciste, pas un penseur théologique.

    Je dis ces choses en partie parce que je me sens proche de Ratzinger. Je ne prétends certainement pas être à son niveau, mais je partage son point de vue – parfois dérangeant pour les deux extrêmes – selon lequel le Novus Ordo était une réforme nécessaire qui, globalement, a été bénéfique pour l'Église, mais qui, en même temps, est imparfaite et dont on peut, après soixante ans, évaluer honnêtement les faiblesses comme les qualités.

    Cette position est inconfortable pour certains car elle refuse catégoriquement de prendre parti dans la polémique (ce qui ne devrait pas être une attitude dans l'Église). Je reconnais que ce débat est alourdi par le rejet, par les lefebvristes, des réformes post-conciliaires. Mais, bien sûr, tous les critiques de ces réformes ou de leurs détails ne sont pas lefebvristes. De même, l'attachement à la forme extraordinaire du rite romain (dont je ne fais pas partie) n'est pas un subterfuge de la part d'Écône et de la FSSPX.

    Ratzinger l'a reconnu et était disposé à en parler. Si cela fait de lui une exception, cette approche semble plus inclusive que la nouvelle notion d'« inclusion ».

    Enfin, n'est-il pas intéressant de constater que, malgré tous les discours synodaux de l'année écoulée – y compris ceux qui remettaient ouvertement en question la doctrine reçue et établie –, les questions liturgiques ont été curieusement mises de côté ?


    John M. Grondelski (docteur en philosophie, Fordham) a été vice-doyen de la faculté de théologie de l'université Seton Hall, à South Orange, dans le New Jersey. Il publie régulièrement dans le National Catholic Register et dans des revues théologiques. Les opinions exprimées ici sont exclusivement les siennes.
  • Deux cardinaux, des évêques et des milliers de fidèles au “Rosary Rally” du premier samedi à Amsterdam

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    De Jeanne Smits sur Réinformation-TV :

    Deux cardinaux, des évêques et des milliers de fidèles au “Rosary Rally” du premier samedi à Amsterdam

    Rosary Rally premier samedi
    © Radio Maria Netherlands

    L’église de Notre-Dame (Onze-Lieve-Vrouwekerk) à Amsterdam était comble samedi pour l’accomplissement des dévotions du premier samedi du mois, qui a pris cette année une envergure particulière aux Pays-Bas. Deux cardinaux et plusieurs évêques – à commencer par le seul cardinal néerlandais, le cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht – ont répondu à l’invitation de Radio Maria à ce « Rosary Rally » international, elle qui prépare depuis des mois cet événement fortement symbolique.

    Le concours des clergés et des fidèles, venus très nombreux, a été le premier aspect marquant de cet événement dans un pays presque entièrement sécularisé.

    Mais il y avait un deuxième aspect : cette messe pontificale célébrée par le cardinal Burke était en rite traditionnel, avec les textes de la messe votive de la Sainte Vierge. Toutes les exigences de Traditionis custodes ont été ignorées, sans bruit et sans état d’âme : une large publicité a été donnée à l’événement dans plusieurs diocèses néerlandais, la messe était célébrée selon le rite traditionnel dans une église paroissiale, l’épître et l’évangile ont été proclamés en latin. Mais cela a été fait sous l’autorité de l’évêque du lieu, Mgr Hendriks, avec son approbation et sa présence (dans une église qui n’est pas paroissiale, elle est un apostolat de l’Opus Dei, ce qui est remarquable en soi…). Ajoutez la nombreuse présence de prélats, y compris deux princes de l’Eglise : il s’agit là d’une affirmation tranquille et hiérarchique du « droit de cité » du rite tridentin dans l’Eglise, pour reprendre l’expression de la lettre de Benoît XVI accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum.

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  • Iustus es Domine (Introit du 23e dimanche du Temps Ordinaire)

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    Introït
      Ps. 118, 137 et 124
       
     Iustus es Domine, et rectum iudicium tuum : fac cum servo tuo secundum misericordiam tuam. V/ Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini.
     
       Tu es juste, Seigneur, * et Ton jugement est droit. Traite Ton serviteur selon Ta miséricorde, et enseigne-moi Tes préceptes. Ps. ibid., 1 Heureux ceux qui sont immaculés dans la voie, qui marchent dans la loi du Seigneur. v. Gloire au Père.
  • Le pape Léon se tient au-dessus des « guerres liturgiques »

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    De Larry Chapp sur le NCR :

    Le pape Léon se tient au-dessus des « guerres liturgiques »

    COMMENTAIRE : Il se dégage des propos du Saint-Père un calme qui invite les belligérants à s’éloigner du précipice liturgique et à commencer à penser de manière plus unificatrice.

    Le pape Léon XIV encense l’autel alors qu’il célèbre la messe pour la solennité des saints Pierre et Paul à la basilique Saint-Pierre, le 29 juin 2026. (photo : Daniel Ibáñez / EWTN News)

    3 septembre 2026

    Lors de son audience générale du 26 août, le pape Léon XIV a médité sur *Sacrosanctum Concilium*, le document du Concile Vatican II consacré à la liturgie, proposant ainsi sa catéchèse la plus détaillée à ce jour sur les réformes liturgiques mises en œuvre par le pape Paul VI et le soi-disant *Novus Ordo*.

    Ses propos ont depuis été décortiqués par divers observateurs à la recherche d’indices sur la direction qu’il compte prendre concernant les questions controversées qui agitent ce qu’on appelle les « guerres liturgiques ».

    Je pense que le message global qu’il a délivré est caractéristique de son style jusqu’à présent. Ses propos sont prudents mais clairs, indiquant que l’Église catholique ne s’engagera pas, sous son règne, dans une direction qui compromettrait son unité. Il ne laisse pas non plus entendre que de grands changements dans la pratique liturgique nous attendent. À ce titre, comme pour bien d’autres aspects de ce jeune pontificat, il y a dans ses propos un calme qui, selon moi, est délibérément choisi pour faire passer le message que les gens doivent s’éloigner du précipice liturgique et commencer à réfléchir de manière plus posée.

    Le pape Léon n’a absolument rien dit au sujet de la messe traditionnelle en latin, et il n’a donné aucun indice laissant entendre qu’il s’apprêtait à abroger *Traditionis Custodes*, la lettre apostolique du pape François qui imposait de fortes restrictions à sa célébration. Il n’a pas non plus mentionné le *motu proprio* antérieur du pape Benoît XVI, *Summorum Pontificum*, qui libéralisait l’accès à l’ancien rite de la messe et que le pape François a ensuite annulé.

    Par conséquent, ceux qui cherchaient dans ses propos une affirmation enthousiaste de l’une ou l’autre approche ont très probablement été déçus. Certains pourraient faire valoir que si son objectif est d’apaiser les tensions et de promouvoir l’unité ecclésiale, cette stratégie consistant à ignorer l’éléphant dans la pièce peut fonctionner à court terme, mais qu’à un moment donné, la question le mettra au pied du mur et qu’il devra abattre ses cartes.

    Mais si l’on lit attentivement ses propos, il y a un point incontournable, et c’est un point qui ne réjouira pas bon nombre de ceux que l’on appelle les « traditionalistes ». À savoir que la messe de Paul VI est là pour rester, qu’elle ne présente aucun défaut fondamental, qu’elle témoigne bel et bien d’une continuité avec la tradition et qu’elle met fidèlement en œuvre les principes liturgiques énoncés lors du Concile. Il ne dit pas ce qu’il adviendra de la messe traditionnelle en latin. Mais ce qu’il dit, c’est que la messe de Paul VI ne disparaîtra pas en tant que forme normative de la messe, et que toutes les autres considérations sont subordonnées à ce simple fait.

    Cela dit, au cœur de ses efforts pour apaiser les tensions se trouve son affirmation selon laquelle la messe de Paul VI est en parfaite conformité avec la tradition de l’Église et qu’elle incarne bel et bien bon nombre des réformes préconisées par le Concile. Il déclare :

    Le futur pape saint Paul VI a affirmé que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester silencieux et passifs. Leur présence physique ne peut se concilier avec leur absence spirituelle. »

    La similitude entre ces déclarations et celles qui figureront au n° 48 de la Constitution conciliaire est évidente : « L’Église […] désire vivement que les fidèles du Christ, lorsqu’ils assistent à ce mystère de la foi, n’y soient pas comme des étrangers ou des spectateurs silencieux. »

    Ce que Léon souligne dans ses remarques, c’est que le Concile avait compris qu’une réforme générale de la liturgie était nécessaire pour accroître la participation active des laïcs à la messe. Les laïcs ne doivent pas être « silencieux et passifs », comme s’ils n’étaient que de simples « spectateurs » d’un événement clérical au sein duquel ils ne jouent qu’un rôle minime. Il y a ici une allusion claire au fait que la liturgie préconciliaire favorisait effectivement une telle passivité silencieuse et que les laïcs n’étaient en réalité que trop souvent de simples spectateurs.

    De nombreux détracteurs de la réforme s'indignent face à de telles remarques et soulignent que la contemplation silencieuse pendant la messe est une forme de participation active ; par conséquent, l'accusation selon laquelle la messe tridentine favorisait la passivité est un argument fallacieux. Et même s’il y a une part de vérité dans cette observation, celle-ci est trop abstraite et fait abstraction de la réalité historique de la pratique dans de nombreuses paroisses d’avant le concile, où il était courant que les laïcs s’adonnent à diverses dévotions privées pendant la messe ou restent assis en silence, attendant passivement le moment de communier. 

    En d’autres termes, il y a une raison pour laquelle un mouvement liturgique fort existait au sein de l’Église bien avant le Concile. Et ce mouvement, porté par de nombreux papes et théologiens, n’était en aucun cas une tentative libérale extravagante visant à saper la messe. 

    Le pape Léon le précise clairement dans ses remarques et souligne les nombreuses modifications apportées à la messe qui avaient déjà été mises en œuvre par les papes précédents :

    De plus, le désir d’une « réforme générale » n’est pas apparu soudainement, mais s’était manifesté dans les actions des papes successifs depuis le début du XXe siècle, conformément aux exigences du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « en tant qu’étrangers ou spectateurs silencieux » avait déjà été soulevée dans la constitution apostolique Divini Cultus du pape Pie XI.

    Par ailleurs, on peut rappeler les interventions de Pie XII concernant l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a reprogrammés aux heures correspondant aux événements de Pâques, après qu’ils avaient été, pendant des siècles, avancés aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire de simplifier les rubriques du Bréviaire et du Missel, approuvant cette mesure par le motu proprio Rubricarum Instructum du 25 juillet 1960, dans lequel il faisait référence à la proposition de principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.

    Cette observation de Leo le conduit alors à une conclusion critique :

    La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II est donc fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église. Une compréhension correcte de celle-ci nous permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore de temps à autre aujourd’hui, là où certains des principes sous-jacents à la réforme elle-même ont été poussés à l’extrême ou mal compris.

    Beaucoup ne seront pas d’accord avec cette conclusion. Ils souligneront que le fait que le Concile n’ait plus exigé que le chant grégorien et le latin occupent une « place d’honneur » dans la messe constitue une preuve que la nouvelle messe n’était pas une mise en œuvre véritablement fidèle du Concile. Ils conviendront avec Léon que des « abus » sont effectivement apparus dans la pratique liturgique après le Concile, mais soutiendront que ces abus étaient rendus presque inévitables par l’abondance d’occasions, au sein des nouvelles rubriques, permettant à la « créativité » cléricale de se déchaîner. 

    Ce sont là des critiques importantes, qu’il ne faut pas prendre à la légère. En effet, une personnalité aussi éminente que le pape Benoît XVI s’est elle aussi montrée critique à l’égard de certains aspects de la réforme liturgique. Et même le pape Léon XVI affirme que certains abus liturgiques ont encore lieu aujourd’hui. De plus, si la messe tridentine, vieille de plusieurs siècles, a pu être modifiée de manière aussi radicale, pourquoi ne pourrions-nous pas admettre que la messe de Paul VI, qui n’a que 57 ans, est elle aussi susceptible de nouvelles réformes, comme l’ont proposé de nombreux théologiens partisans d’une « réforme de la réforme » ? 

    Il est toutefois important de noter ce que le pape Léon ne dit pas. Il ne dit pas qu’une nouvelle réforme de la réforme est hors de question. Il ne dit pas que la mise en œuvre de la nouvelle messe a été parfaite et qu’il n’y a désormais plus de place dans l’Église pour l’ancienne messe. Mais ce qu’il dit, et je suis d’accord avec lui, c’est que la nouvelle messe est parfaitement orthodoxe, conforme à la tradition, conforme à l’appel conciliaire en faveur d’une liturgie réformée, et qu’elle constitue la forme ordinaire de la messe pour 99 % des catholiques du monde. Ainsi, toute idée fantaisiste selon laquelle elle aurait besoin d’être remplacée n’est qu’une entreprise vouée à l’échec. 

    La messe de Paul VI n’est pas le fruit d’une infiltration maçonnique ni d’un désir secret de la rendre protestante. C’est la messe de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, promulguée par un pape et réaffirmée par plusieurs autres. Elle est orthodoxe et remplie des grâces nécessaires au salut, non pas en dépit d’elle-même, mais grâce à son orientation tout à fait louable vers la langue vernaculaire et la participation active des fidèles.

    Tel est le message du pape Léon. Et c’est un message dont nous devons tous tenir compte.

    Larry Chapp a obtenu son doctorat en théologie à l’université Fordham en 1994, avec une spécialisation dans la théologie de Hans Urs von Balthasar. Il a enseigné la théologie pendant 20 ans à l’université DeSales, près d’Allentown, en Pennsylvanie, avant de prendre une retraite anticipée pour fonder la ferme « Dorothy Day Catholic Worker » près de Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, avec son épouse Carmina et son ami et ancien étudiant, le père John Gribowich. Auteur de nombreux articles et ouvrages, il est également le fondateur et l'auteur principal du blog Gaudiumetspes22.com.

    Lire aussi : Benoît était une exception en matière de liturgie

  • Décès du frère Enzo Bianchi, fils de la génération chrétienne soixante-huitarde

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Enzo Bianchi, fondateur de la Communauté de Bose, meurt à l'âge de 83 ans

    Décès du frère Enzo Bianchi, fils de la génération chrétienne soixante-huitarde

    Le fondateur de Bose prêchait une foi qui plaisait à l’intelligentsia en séparant l’Évangile et le magistère. Il avait placé ses espoirs dans le pontificat de François, qui lui a pourtant coûté l’exil, sans pour autant renoncer au « dialogue » avec le monde, en particulier celui des « radical-chic ».

    2/9/2026

    Enzo Bianchi, fondateur de la communauté monastique de Bose, est décédé hier à l’hôpital Molinette de Turin, à l’âge de 83 ans. C’était le 8 décembre 1965, lorsque, après avoir abandonné ses études à la faculté d’économie de l’université de Turin, le très jeune Enzo Bianchi décida d’aller vivre seul dans une ferme à Bose, hameau de la commune de Magnano, sur la crête de la Serra d’Ivrea ; à peine trois ans plus tard, à l’automne 1968, quelques frères et sœurs le rejoignirent dans ce qui, bien plus tard, le 29 juillet 2023, deviendrait un monastère sui iuris de droit diocésain.

    C’étaient les années de l’agitation catholique, d’un concile œcuménique dont les textes ne seraient lus que par quelques-uns, mais dont « l’esprit » était censé être compris par beaucoup. Le désir d’une réforme quelconque habitait le cœur de nombreux hommes, parmi lesquels figurait le jeune « moine » piémontais. C’étaient des années où grandissait la fièvre de la recherche de nouvelles formes de vie religieuse et monastique. Avant lui, don Divo Barsotti s’était retiré dans les collines florentines, à Settignano, au cœur de l’expérience de la Communauté des Fils de Dieu qui, contrairement à Bose, était née comme une expérience laïque de « moines dans le monde », avant de donner naissance à une forme de vie commune ; toujours avant lui, Giuseppe Dossetti, ayant abandonné le militantisme politique, avait fondé l’expérience monastique de la Petite Famille de l’Annonciation.

    Mais plus encore que ces précédents italiens, c’est au-delà des Alpes qu’il faut se tourner pour comprendre l’esprit de la nouvelle aventure d’Enzo Bianchi : d’abord aux côtés de l’Abbé Pierre, puis au sein de la Communauté de Taizé, fondée par le protestant Roger Schutz, où des frères de différentes confessions chrétiennes partageaient la vie monastique. Et en effet, parmi les premiers à rejoindre Bianchi à Bose, il y avait un pasteur protestant ; et il y avait aussi une femme. La communauté de Bose se caractérise ainsi, dès sa fondation, par une double hétérogénéité : catholiques et non-catholiques, hommes et femmes vivaient et priaient ensemble. Une particularité qui attira l’attention de l’évêque de Biella, Mgr Carlo Rossi, qui frappa la communauté d’un interdit, empêchant ainsi la célébration des sacrements. Moins d’un an plus tard, grâce à l’intervention du cardinal « éclairé » Michele Pellegrino, archevêque de Turin – celui-là même pour qui le célibat devait être revu… –, l’interdit fut levé. En septembre 1983 eut lieu l’importante création de la maison d’édition Qiqajon.

    Le cardinal Pellegrino a ouvert la voie à l’expansion de Bose, et surtout à l’omniprésence de son fondateur dans les colonnes des principaux journaux italiens, dans les émissions de télévision, dans les salles des centres, des paroisses et des diocèses. À Bose, les « personnalités influentes » de la politique, de la culture et de l’économie commençaient à se rendre, non seulement pour s’attabler au désormais célèbre restaurant cinq étoiles du monastère (Bianchi vouait un véritable culte à la cuisine), mais aussi pour donner des cours d’histoire, de philosophie et de politique. Bose était devenue la nouvelle Barbiana, le lieu de pèlerinage de l’intelligentsia qui ne cherche pas à se convertir à la foi catholique, mais qui cherche à convertir la foi catholique au monde. Et Bianchi était le « prophète » de cette étrange foi qui se voudrait une pure suite du Christ et de l’Évangile, mais qui conteste systématiquement l’Église et son Magistère.

    L’intolérance de « frère Enzo » envers le pontificat de Jean-Paul II était bien connue ; celui-ci était coupable, à ses yeux, d’avoir gelé l’élan du Concile ; son estime et son aversion pour Ratzinger-Benoît XVI étaient trop marquées pour être ignorées, celui-ci étant trop perspicace pour être ignoré, trop catholique pour être suivi. Puis vint le pontificat de François, avec Bianchi qui plissait les yeux en se demandant « est-ce un rêve ou suis-je éveillé ? », presque incrédule à l’idée qu’un homme partageant ses idées occupe désormais le trône pontifical, impatient de révolutionner l’Église en engageant des réformes, et qui, de surcroît, n’avait pas caché son admiration pour le prophète de Bose.

    Et pourtant, c’est précisément le pape des rêves qui porta le coup le plus douloureux de la vie du frère Enzo. Sa communauté, qui supportait de moins en moins les allers-retours incessants à Bose, l’exposition médiatique constante de son fondateur, son style de direction trop autoritaire et son ego trop envahissant, fit parvenir ses plaintes au Saint-Siège. Sur ordre de François, Bianchi dut d’abord démissionner, puis, en mai 2020, faire ses valises et quitter la communauté pour se réfugier à Turin. À l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, Bianchi confiait : « À l’époque, nous voulions changer le monde et l’Église ; maintenant que je suis vieux, mon grand combat consiste à empêcher que le monde et l’Église ne me changent. Les années ont passé, et nous nous rendons compte que nous n’avons rien réussi à changer. Je me sens vaincu, mais je referais tout.»

    Et en 2023, à Albiano d’Ivrea, à quelques kilomètres de Bose, le frère Enzo tente en effet de tout recommencer avec ceux qui l’avaient suivi depuis Bose, en fondant la Casa della Madia : une grande ferme rénovée, une bibliothèque de dix mille volumes et onze hectares de terrain, afin de créer un immense potager, d’accueillir des cours de cuisine – sa passion –, dispensés directement par frère Enzo, et de poursuivre la voie du « dialogue » avec le monde de la culture radical-chic, engagée à Bose depuis des décennies. Un programme chargé, qui prévoit dans les semaines à venir l’intervention de personnalités telles que Gad Lerner, Ferruccio De Bortoli, Franco Cardini et Massimo Cacciari ; les figures idéales pour poursuivre cette obsession de changer l’Église, sans courir le risque d’être changés par l’Église.

    Car au fond, pour frère Enzo, digne fils de la « génération chrétienne soixante-huitarde », il y a un abîme entre l’Évangile et l’Église, et sa prétendue mission était de ramener l’Église à l’Évangile. Une perspective qui révèle à quel point Enzo Bianchi était peu moine et tout aussi peu réformateur, car le vrai moine n’a d’autre but que de permettre à la grâce de le transformer lui-même, et le vrai réformateur sait que l’Évangile authentique est celui conservé et fidèlement transmis par l’Église, et non celui soumis à ses propres interprétations.

    Si la grande épreuve qu’Enzo Bianchi a traversée au cours des dernières années de sa vie ne semble pas l’avoir détourné de l’idée qu’il fallait changer l’Église (et le monde), elle semble toutefois l’avoir rendu plus sensible à la cause de ceux qui, au sein de l’Église, sont victimes de discrimination, d’injustice et d’isolement. Son tout récent soutien en faveur de la messe selon le rite ancien, en participant à la célébration eucharistique dans l’église de la Miséricorde à Turin le 19 juillet dernier, se voulait un signe sincère de proximité envers tous ces catholiques attachés à ce rite au sein de la communion de l’Église. C’est ainsi que nous voulons nous souvenir de toi, frère Enzo. Requiescat in pace.

  • L’opposition à la messe traditionnelle en latin disparaîtra avec la génération de 1968 (cardinal Sarah)

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    De Diane Montagna sur son substack :

    Cardinal Sarah : L’opposition à la messe traditionnelle en latin disparaîtra avec la génération de 1968.

    Dans une nouvelle interview, le cardinal qualifie les restrictions imposées par le pape François à l'ancien rite de « ni sages ni respectueuses » envers Benoît XVI.

    Dans un nouvel entretien accordé au journaliste italien Nico Spuntoni et publié aujourd'hui dans Il Giornale , l'ancien préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements affirme que l'opposition à la liturgie traditionnelle se limite à des « cercles culturels repliés sur eux-mêmes », davantage ancrés dans la psychologie que dans le fond. Il prédit qu'une fois l'influence de la génération de 1968 passée, les « positions unilatérales et sans fondement » qui ont nui au rayonnement culturel du catholicisme latin disparaîtront également – ​​un changement qu'il entrevoit pour la messe traditionnelle en latin et pour la tradition en général.

    Le cardinal porte également un jugement sévère sur les restrictions imposées en 2021 par le pape François à l'ancien rite. Il juge l'encyclique Traditionis Custodes peu judicieuse et irrespectueuse envers Benoît XVI, qui, selon lui, a accepté cette décision avec la douceur d'un agneau, même lorsqu'elle lui a été imposée de son vivant. L'accès aux formes rituelles « reconnues et utilisées depuis des siècles », insiste le cardinal Sarah, ne saurait être légitimement restreint par décret. Il condamne sans équivoque l'hostilité envers les catholiques attachés à la tradition, la qualifiant de « myope », de « purement idéologique » et, en définitive, de « nuisible et destructrice pour l'Église ».

    Voici la traduction anglaise de l'intégralité de l'interview, publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur.


    « Mais c’est la messe traditionnelle qui aide les prêtres à mieux célébrer. »

    par Nico Spuntoni

    La dénonciation des abus liturgiques excessifs est l'un des thèmes de prédilection du cardinal Robert Sarah, ancien préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements. Il revient sur ce sujet dans son dernier ouvrage, Le Cantique de l'Agneau : Musique sacrée et liturgie céleste , coécrit avec Peter Carter et publié aux éditions Cantagalli.

    Éminence, croyez-vous qu'il existe une aversion pour le chant latin et grégorien dans certaines parties de l'Église ?

    Il me semble qu'il s'agit d'une aversion confinée à quelques cercles culturels autoréférentiels — davantage une question de psychologie que de fond — et je pense qu'il s'agit simplement d'un problème générationnel : une fois que la génération de 1968 aura disparu, ces positions unilatérales et sans fondement, qui diminuent la stature culturelle même du catholicisme latin, disparaîtront avec elle.

    Benoît XVI était convaincu que la forme extraordinaire — la messe en latin — pouvait influencer positivement les célébrations de la forme ordinaire qui manquaient de sens du sacré. Avait-il raison ?

    Parmi les effets de la libéralisation de la forme extraordinaire, on note une influence positive – que je qualifierais même de correctif – sur les éventuels abus dans la célébration de la forme ordinaire. Ces abus sont des actes extrêmement graves, mais il ne faut jamais les confondre avec la forme ordinaire elle-même. De nombreux prêtres témoignent que la découverte de la forme extraordinaire les a aidés à mieux célébrer. Je crois que l’intention de Benoît XVI reflétait aussi un instinct profondément humble et démocratique : garantir l’accès le plus large possible à cette forme, afin que, au fil des décennies, le peuple de Dieu puisse choisir lui-même celle qui incarnait le mieux sa foi vécue. Mais tout cela a été anéanti par Traditionis Custodes , du vivant même du pape émérite.

    Comment jugez-vous cela ?

    Cela ne me semblait ni sage ni respectueux. Mais Benoît, humble comme un agneau, s'est laissé aller à l'humilité et, dans le silence et la prière, a offert ses souffrances à Dieu, afin de mieux participer aux souffrances du Christ pour son Église et de la purifier.

    Que pensez-vous des appels à abroger ces restrictions ?

    L'accès aux formes rituelles reconnues et utilisées depuis des siècles ne saurait être artificiellement restreint par décret. Si un rite cessait de servir la foi, il disparaîtrait de lui-même ; mais s'il la préserve et la nourrit, ne le limitons jamais, car ce faisant, nous entraverions la préservation et la diffusion de la foi elle-même.

    Que diriez-vous aux nombreux fidèles attirés par l'ancienne liturgie et qui doivent parfois parcourir des kilomètres pour assister à une messe ?

    Je ne peux qu'admirer cette profonde expression d'amour pour Dieu. Ce phénomène se répand. Si la hiérarchie se montre capable de véritablement déchiffrer les signes de notre époque — plutôt que ceux de 1968, qui arrivent une fois de plus trop tard —, alors un dialogue fraternel et pacifique pourra s'instaurer.

    En tant qu'Église, nous ne pouvons pas condamner ceux qui assistent fidèlement à la messe simplement parce qu'ils préfèrent une forme de messe à une autre. Ce serait une position à courte vue, purement idéologique, non pastorale et non chrétienne. Elle serait nuisible et destructrice pour l'Église.

  • Guerres liturgiques : un "ainsi" papal en guise de dernière salve

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    Du substack de Diane Montagna :

    Guerres liturgiques — Dernière salve : un « ainsi » papal

    Les rédacteurs de la catéchèse du mercredi du pape Léon ne lui ont pas rendu service, affirme un éminent spécialiste de la liturgie

    26 août
     
    Ces derniers mois, plusieurs tentatives notables ont été menées pour réaffirmer la ligne officielle selon laquelle la réforme liturgique issue du Concile Vatican II est conforme aux souhaits mêmes du Concile et ne saurait faire l’objet d’aucune critique, et que les anciens rites liturgiques n’ont guère, voire pas du tout, leur place dans la vie de l’Église.

    Il suffit de rappeler trois exemples récents : l’interview du cardinal Arthur Roche accordée le 29 juillet au journal The Tablet ; l’article publié ensuite dans le quotidien laïc espagnol La Razón, affirmant que le rapport discrédité du cardinal Roche sur la liturgie — distribué aux cardinaux lors du premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV — reflète la pensée du pape sur le rite romain traditionnel ; et la récente affirmation d’Andrea Grillo selon laquelle « l’ancien rite n’existe plus depuis l’approbation du Novus Ordo ».

    Le dernier épisode en date s’est produit aujourd’hui lors de l’audience générale du pape, dans sa dernière catéchèse sur la Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium.

    Dom Alcuin Reid, spécialiste de la liturgie de renommée internationale — dont la thèse de doctorat sur la réforme liturgique a été publiée sous le titre *The Organic Development of the Liturgy*, avec une préface du cardinal Joseph Ratzinger — propose ici une analyse et quelques commentaires.

    Guerres liturgiques — Dernière salve : un « Ainsi » papal

    Dom Alcuin Reid

    Les papes sont des hommes très occupés et, à juste titre, ils sont assistés par des rédacteurs pour préparer leurs discours. Lorsqu’il s’agit de sujets particuliers, ces ébauches proviennent souvent du dicastère ou du département concerné de la Curie romaine, et il est presque certain que les discours prononcés lors des audiences générales de ces derniers mois sur la Constitution sur la liturgie sacrée du Concile Vatican II, *Sacrosanctum Concilium*, provenaient du Dicastère pour le culte divin. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela et, dans l’ensemble, les discours prononcés lors des audiences générales ont constitué une catéchèse liturgique raisonnable, soulevant parfois des points pertinents.

    Le discours prononcé aujourd’hui lors de l’audience générale ne portait toutefois pas sur la liturgie en soi. Il s’est plutôt aventuré sur le terrain miné de ce que l’on appelle depuis quelques décennies « les guerres liturgiques », dont la question centrale est de savoir si la réforme liturgique qui a suivi le Concile était effectivement fidèle au mandat donné par celui-ci (et au développement organique de la liturgie tel que l’exigeait l’article 23 de la Constitution). Si tel n’était pas le cas, les rites promulgués par la suite pourraient être légitimement remis en cause, voire écartés au profit des rites non réformés, ou faire l’objet d’une « réforme de la réforme » visant à respecter les directives effectives du Concile.

    Une fois prononcé, un projet devient un texte papal, et le fait que le pape exprime une opinion dans un discours (précisons-le, un discours d’audience générale n’est pas en soi un enseignement contraignant et infaillible) constitue certainement un coup d’une certaine importance. Et lors de son audience générale d’aujourd’hui, le Saint-Père — intentionnellement ou non — a assurément rallié les troupes de ceux qui, dans cette guerre, se rangent du côté des fondamentalistes de Vatican II (qui s’accrochent aux rites réformés avec plus de rigidité que n’importe quel soi-disant « traditionaliste » jamais connu).

    Il l’a fait en ces termes simples : « La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II est ainsi fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église. » Son « ainsi » implique une déduction et une décision selon lesquelles les exigences de Sacrosanctum Concilium, n° 23, selon lesquelles « il ne doit y avoir aucune innovation, à moins que le bien de l’Église ne l’exige véritablement et certainement ; et il faut veiller à ce que toute nouvelle forme adoptée découle d’une manière ou d’une autre organiquement des formes déjà existantes », ont été respectées. Et si tel était le cas, il n’y aurait aucun problème — il n’y aurait aucune raison de parler d’une « réforme de la réforme » ou de la nécessité de continuer à célébrer les rites non réformés.

    Le problème est toutefois que celui qui, au sein du Dicastère pour le culte divin, a très probablement mis ces mots dans la bouche du Saint-Père lui a fait prononcer le plus grand non-sens liturgique de ces soixante dernières années environ. De même, bien que le rédacteur soit clairement convaincu de cet « ainsi », cela ne découle pas des éléments présentés dans le texte. Un étudiant de premier cycle dans n’importe quelle faculté réputée se verrait renvoyer un tel travail pour insuffisance.

    On relève ici de nombreux exemples de formulation inadéquate : le Concile a appelé à un renouveau de la liturgie sacrée (« instauratio ») et non à sa « rationalisation » — un terme a posteriori qui indique clairement ce que souhaitent en réalité croire les partisans des rites plus récents. Le Magistère n’est pas intervenu de manière active dans l’histoire de la liturgie pour adapter ses formes aux besoins des différentes époques ; il a étendu les développements locaux à l’Église universelle ou les a ajoutés à l’usage romain à titre d’exemple, qui était alors souvent imité ailleurs. Comme l’ont observé notamment le cardinal Ratzinger, ce qui s’est produit à la suite du dernier concile œcuménique n’avait jamais été vu auparavant dans l’histoire de l’Église. Aucun dicastère liturgique centralisé (la Sacrée Congrégation des Rites) n’existait jusqu’à la fin du XVIe siècle. Même alors, il n’avait pas pour mandat de remanier périodiquement la liturgie. Les Églises locales et les ordres religieux conservaient leurs propres rites traditionnels. Une réforme radicale des rites liturgiques n’était en fait pas nécessaire pour rendre la liturgie plus accessible après le Concile Vatican II — une réalité que la participation pleine, consciente, effective et extraordinairement fructueuse aux rites non réformés aujourd’hui met parfaitement en évidence. On pourrait en dire bien plus, mais il y a peut-être trois points supplémentaires importants à souligner.

    Le premier point concerne la citation, malheureuse mais enthousiaste, de la lettre du cardinal Montini datant de 1962, dans laquelle le futur Paul VI affirme que la liturgie est « d’une part… un vecteur de l’enseignement divin ; d’autre part… une voix en dialogue avec Dieu ». Le problème est que, si la liturgie est effectivement formatrice, elle n’est pas avant tout didactique ou catéchétique. Il s’agit d’une activité cultuelle, c’est-à-dire d’un culte qui nous forme en tant que chrétiens en nous faisant entrer en contact avec le divin à l’œuvre dans et à travers ses rites sacrés. De même, la liturgie n’est pas un dialogue avec Dieu au sens moderne du terme « dialogue », où l’on s’assoit en tant que partenaires égaux pour trouver une solution. La liturgie est le lieu privilégié où nous écoutons la Parole de Dieu avec attention et réceptivité, où nous participons aux fruits de l’action salvatrice du Christ et où nous y répondons de manière appropriée par la conversion de nos vies et en vivant fidèlement notre vocation et notre mission chrétienne. Pour être juste, le texte cite plus loin le discours de Paul VI à la clôture de la deuxième session du Concile, dans lequel il décrit à juste titre la liturgie comme « la source première de cet échange divin par lequel la vie de Dieu nous est communiquée ». Les rédacteurs de Paul VI étaient manifestement plus compétents. Il en va de même pour la théologie de la liturgie propre à Sacrosanctum Concilium (voir notamment les articles 7 et 8).

    Le deuxième point concerne cette exégèse plutôt banale de l’article 48[1] :

    « À travers les gestes rituels de l’Église, tandis que l’on célèbre le mémorial de l’œuvre du salut, l’occasion est offerte de vivre une véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Étant donné que les gestes et les paroles de la liturgie sacrée sont essentiels à la réalisation de cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive. »

    Rien de tout cela n’est faux, mais c’est anémique — et le Saint-Père mérite mieux pour son discours.
    Car la liturgie sacrée n’est pas une « occasion » (parmi d’autres) de vivre une véritable relation avec Dieu. Elle est, comme l’enseigne le Concile, « le sommet vers lequel tend l’activité de l’Église ; en même temps, elle est la source d’où découle toute sa force ». (Constitution, art. 10) Autrement dit, elle jouit d’une primauté, d’une objectivité dans la vie chrétienne à laquelle les autres « occasions » sont subordonnées.

    Dans ce contexte, « les gestes et les paroles » ne sont pas simplement « essentiels à la réalisation de cette expérience », ils sont les vecteurs mêmes de cette rencontre divine privilégiée — d’où les termes « liturgie sacrée » et « rites sacrés ». L’ensemble des actions et des paroles qui constituent un rite liturgique revêt ainsi un caractère sacré ; elles deviennent elles-mêmes des sacramentaux. L’encens, le latin, le chant grégorien et la prière orientée vers l’Est n’ont évidemment pas le même statut que l’utilisation du pain et du vin et les paroles mêmes du Seigneur lors de la messe, mais l’Église les a à juste titre employés dans sa tradition, non seulement comme des éléments appropriés des rites liturgiques, mais comme des éléments plus qu’appropriés qui ont acquis un caractère privilégié par leur usage dans la tradition de l’Église. C’est précisément pour cette raison que le Concile Vatican II n’a pas appelé à leur abolition ou à leur remplacement, mais a au contraire souligné leur place privilégiée dans le rite occidental, tout en appelant à une formation liturgique généralisée du clergé et des laïcs afin de faciliter une participation pleine, effective et consciente aux rites dont ils constituent des piliers importants, de manière à nourrir et à soutenir davantage la vie et la mission chrétiennes.

    Nous abordons ici la troisième question : la distinction, dans la liturgie, entre les éléments divins et immuables et les éléments apparemment purement humains. Cette distinction conduit à minimiser l’importance de ces derniers qui, dit-on, « admettent diverses modifications, selon que l’exigent les besoins de l’époque, les circonstances et le bien des âmes ». Dans une certaine mesure, cela est vrai, et la liturgie s’est développée (de manière organique) au cours de l’histoire. Mais à un autre niveau, cette distinction est pernicieuse en ce qu’elle permet de réduire tout ce qui n’est pas « immuable » au rang de ce qui est presque modifiable au gré des caprices. Ce n’est pas du tout ce que le Concile avait prévu, mais, comme l’a observé le cardinal Ratzinger, cela peut devenir :
    « la mauvaise voie sur laquelle nous pourrions être entraînés par une théologie sacramentelle néo-scolastique déconnectée de la forme vivante de la liturgie. » Sur cette base, on pourrait réduire la « substance » à la matière et à la forme du sacrement et dire : le pain et le vin sont la matière du sacrement ; les paroles d’institution en sont la forme. Seules ces deux choses sont réellement nécessaires ; tout le reste est modifiable… Tant que les dons matériels sont présents et que les paroles d’institution sont prononcées, tout le reste est librement modifiable. »

    On peut peut-être pardonner cette erreur à l’auteur : les subtilités en jeu sont certes assez pointues, mais elles n’en sont pas moins réelles, et leur méconnaissance risque bel et bien de réduire les rites liturgiques à de simples questions de préférence passagère (comme le démontrent si clairement les divers abus des rites modernes). Le Concile a appelé à une instauratio (renouveau) des rites dans la continuité, et non à une rupture substantielle avec la tradition liturgique reçue, qui les a révisés et refaits selon les préférences des personnes concernées tout en ne conservant que ce qui était nécessaire à la validité sacramentelle.

    Au cours des dernières décennies, un nombre considérable d’études ont examiné toutes ces questions — parmi lesquelles, bien sûr, celles du futur pape Benoît XVI lui-même. Le pape Léon n’est pas lui-même un spécialiste de la liturgie — et il n’y a aucune raison qu’il le soit. Cependant, le Saint-Père devrait être assisté et soutenu par ceux qui peuvent lui fournir des textes moins embarrassants et, dirons-nous, plus « inclusifs ».

    Malheureusement, le texte de l’audience générale d’aujourd’hui sera perçu par certains comme une manœuvre politique visant à marquer des points, et sera vécu comme un coup dur et décevant par d’autres. Je suis certain que le Saint-Père n’a ni l’intention ni la volonté de faire l’un ou l’autre. Les appels constants de Sa Sainteté à l’unité et à l’inclusivité, tout en respectant la diversité légitime, se situent au-dessus de ces manœuvres politiques. Il en va de même pour une érudition solide et l’histoire liturgique réelle.

    Continuons à prier pour le Saint-Père, en particulier pour qu’en matière de liturgie sacrée, il promeuve véritablement une politique d’inclusion et de respect mutuel, en évitant les manœuvres de ceux qui voudraient utiliser ses paroles pour servir leur cause. Le pape Benoît XVI a donné un conseil avisé au sujet des « guerres liturgiques » : « Ouvrons généreusement nos cœurs et faisons place à tout ce que la foi elle-même permet. » Sa politique a conduit à la paix liturgique. Le pape Léon ferait bien de s’y référer à nouveau.

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    [1] 48. L’Église désire donc ardemment que les fidèles du Christ, lorsqu’ils assistent à ce mystère de la foi, ne soient pas là comme des étrangers ou des spectateurs silencieux ; au contraire, grâce à une bonne compréhension des rites et des prières, ils doivent prendre part à l’action sacrée en étant conscients de ce qu’ils font, avec dévotion et pleine collaboration. Ils doivent être instruits par la Parole de Dieu et se nourrir à la table du Corps du Seigneur ; ils doivent rendre grâce à Dieu ; en offrant la Victime immaculée, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi avec lui, ils doivent apprendre à s’offrir eux-mêmes ; par le Christ, le Médiateur, ils doivent être attirés jour après jour vers une union toujours plus parfaite avec Dieu et entre eux, afin qu’en fin de compte Dieu soit tout en tous.

  • Dimanche 23 août 2026. Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,13-20.

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    56652960.jpgJésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? »

    Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. »

    Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

    Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »

    Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

    Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.

    Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »  Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie. (cliquer sur "lire la suite")

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