Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

liturgie

  • "Dieu est dans son lieu saint" Introït et graduel grégoriens pour le 17ème dimanche du temps ordinaire

    IMPRIMER

    Introitus Introït
    Ps. 67, 6-7 et 36 Ps. 67,6-7 et 36
    DEUS in loco sancto suo: Deus qui inhabitáre facit unánimes in domo: ipse dabit virtútem, et fortitúdinem plebi suae. Ps. ibid., 2 Exsúrgat Deus, et dissipéntur inimíci eius: et fúgiant, qui odérunt eum, a fácie eius. ℣. Glória Patri. Dieu est dans Son lieu saint. C'est le Dieu qui fait habiter dans une même maison ceux qui ont un même esprit; c'est Lui qui donne la puissance et la force à Son peuple. Ps. ibid. 2 Que Dieu Se lève, et que Ses ennemis soient dissipés: et que ceux qui Le haïssent fuient devant Sa face.

     

    Graduale Graduel
    Ps. 27, 7 et 1 Ps. 27,7 et 1
    ℟. In Deo sperávit cor meum, et adiútus sum: et reflóruit caro mea, et ex voluntáte mea confitébor illi. ℣. Ad te, Dómine, clamávi: Deus meus, ne síleas, ne discédas a me. ℟. Mon coeur a espéré en Dieu, et j'ai été secouru. Aussi Le louerai-je de tout mon coeur. ℣. Je crierai vers Toi, Seigneur; mon Dieu, ne garde pas le silence à mon égard.
  • FSSPX : Les véritables raisons du schisme; le discours prophétique de Ratzinger en 1988

    IMPRIMER

    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Les véritables raisons du schisme. Le discours prophétique de Ratzinger en 1988

    (s.m.) Settimo Cielo n’a rien publié jusqu’à présent sur cette affaire largement relayée par les médias du monde entier à propos du schisme et de l’excommunication qui ont frappé la Fraternité sacerdotale Saint-Pie‑X, fondée en 1970 par l’archevêque Marcel Lefebvre, en raison de l’ordination, ce 1er juillet, de quatre évêques sans autorisation du pape (photo).

    Un schisme analogue, assorti d’une excommunication, avait déjà frappé la Fraternité le 30 juin 1988, cette fois encore pour l’ordination de quatre évêques sans mandat pontifical.

    Et, quelques jours plus tard, le 13 juillet de cette même année, celui qui était encore Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger, alors en visite au Chili, prononçait à Santiago un discours en espagnol aux évêques chiliens qui analysait les « causes les plus profondes » de la rupture.

    Avec plusieurs années de recul, cette analyse de Ratzinger est d’une actualité saisissante. Settimo Cielo la propose à ses lecteurs comme clé d’interprétation des faits, avec ses remerciements à celui qui l’a redécouverte et transmise le premier, le Chilien Luis Badilla Morales, qui a été l’une des grandes voix de Radio Vatican à l’époque où elle était dirigée par le P. Federico Lombardi, après avoir, dans sa jeunesse, été un opposant actif à la dictature de Pinochet.

    Parmi les raisons du schisme, on ne s’étonnera pas que Ratzinger pointe du doigt le rejet par les lefebvristes de la réforme liturgique conciliaire et leur repli sur la liturgie en rite ancien. Il s’agit d’une question toujours sans solution, qui concerne une grande partie de l’Église catholique à travers le monde et qui a vu s'engager, avec des tentatives de solution diamétralement opposées, tant Benoît XVI que le pape François — un dossier épineux sur lequel Léon a d'ores et déjà laissé présager la voie d'un savant rééquilibrage.

    La voie entreprise par le pape Robert F. Prevost n’en est qu’à ses prémisses, mais elle a déjà récolté les faveurs de plusieurs hommes d’Église importants dans le camp de ceux qui sont davantage attentifs à la Tradition.

    L’un d’entre eux n’est autre que le cardinal Robert Sarah, l’ancien Préfet du Dicastère pour le Culte divin, qui a consacré son dernier livre – publié aux États-Unis en 2025 chez Ignatius Press et dernièrement en Italie chez Cantagalli – précisément à la musique sacrée et à la liturgie.  Il s’agit d’un dialogue avec Peter Carter, qui est directeur du Catholic Sacred Music Project, intitulé : « Le Chant de l’Agneau ».

    Un ouvrage aux accents très proches de ceux du Ratzinger théologien, liturgiste et pape.

    *

    Réflexions sur les causes les plus profondes de l’affaire Lefebvre

    de Joseph Ratzinger

    Santiago du Chili, 13 juillet 1988

    Sans aucun doute, le problème soulevé par Mgr Lefebvre ne s'est pas éteint avec la rupture du 30 juin. Il serait trop commode de se réfugier dans une espèce de triomphalisme et de penser que cette question a cessé d'être pertinente dès l'instant où le mouvement de Lefebvre s'est séparé de façon nette de l'Église. Un chrétien ne peut jamais, ni ne doit jamais, se réjouir d'une rupture. Même si la faute ne saurait incontestablement être imputée au Saint-Siège, il est de notre devoir de nous interroger : quelles erreurs avons-nous commises, quelles erreurs commettons-nous encore ? Les critères qui permettent de juger le passé, à commencer par le décret sur l'œcuménisme du concile Vatican II, doivent logiquement être applicables pour appréhender le présent également.

    L'une des découvertes fondamentales de la théologie de l'œcuménisme, c’est que les schismes ne se produisent que lorsque, au sein de l'Église, certaines vérités et certaines valeurs de la foi chrétienne ne sont plus ni vécues ni aimées. La vérité qui est marginalisée acquiert alors son autonomie, se détache de la totalité de la structure ecclésiale, et c'est autour d'elle que se forme un mouvement nouveau. Le fait qu'un si grand nombre d'hommes, pourtant éloignés du cercle restreint de la fraternité de Lefebvre, voient en cet homme une sorte de guide, ou pour le moins un allié utile, doit nous faire réfléchir. Il ne suffit pas d’attribuer tout cela à des motifs politiques, à la nostalgie ou à d'autres raisons secondaires d'ordre culturel. De telles causes ne suffiraient pas à attirer, en particulier, des jeunes issus de pays très différents et appartenant à des contextes politiques et culturels totalement différents. Bien entendu, leur vision étroite et unilatérale saute aux yeux où que l’on regarde ; pourtant, le phénomène dans son ensemble demeurerait inimaginable s'il n'y avait également en jeu des éléments positifs qui, ne trouvent en général plus suffisamment d’espace vital dans l'Église d'aujourd'hui.

    Pour toutes ces raisons, nous devons considérer cette situation en premier lieu comme l'occasion d'un examen de conscience. Nous ne devons pas redouter d’examiner avec sérieux les manquements de notre pastorale qui transparaissent à travers tous ces faits. C'est ainsi que nous pourrons offrir un espace à ceux qui le recherchent et le réclament au sein même de l'Église, et parvenir ainsi à rendre le schisme, de l'intérieur de l'Église, parfaitement superflu.

    Je voudrais examiner trois aspects qui, à mon sens, jouent un rôle important dans cette situation.

    A. Le sacré et le profane

    De nombreuses raisons peuvent expliquer pourquoi de nombreuses personnes pourraient avoir cherché refuge dans l'ancienne liturgie. L'une des principales, et non des moindres, est qu'elles y trouvaient intacte la dignité du sacré.

    Après le Concile, beaucoup ont intentionnellement érigé la « desacralisation » en programme, nous en expliquant que le Nouveau Testament avait aboli le culte du Temple : le voile du Temple déchiré au moment de la mort du Christ sur la croix signifiait — selon eux — la fin du sacré. La mort de Jésus hors des murs, c'est-à-dire dans la sphère publique, constituait désormais la véritable adoration ; l’adoration, si elle doit exister, s'accomplit dans la non-sacralité de la vie quotidienne, dans l'amour vécu. C’est sur la base de tels arguments que l’on a relégué les ornements sacrés au second plan ; les églises ont été dépouillées, autant que possible, de la splendeur qui évoque le sacré ; et la liturgie a été réduite, autant que faire se peut, au langage et aux gestes de la vie ordinaire, à travers des salutations, des signes communs d'amitié et d’autres choses semblables.

    Cependant, de telles théories et pratiques ont totalement fait fi du véritable lien unissant l'Ancien et le Nouveau Testament ; on a oublié que ce monde n'est pas encore le Royaume de Dieu et que « le Saint de Dieu » (Jn 6, 69) demeure en contradiction avec le monde ; que nous avons besoin de purification pour nous approcher de Lui ; que le profane, même après la mort et la résurrection de Jésus, n'est pas devenu saint. Le Ressuscité ne s'est manifesté qu'à ceux dont les cœurs s'étaient ouverts à Lui, au Saint : Il ne s'est pas révélé au monde entier. C'est à partir de ce monde-là que s’est ouvert le nouvel espace d'adoration vers lequel nous sommes désormais tous orientés ; cette adoration consiste à s'approcher de la communauté du Ressuscité, aux pieds duquel les femmes se sont prosternées pour l'adorer (Mt 28, 9).

    Je ne souhaite pas approfondir davantage ce point ici, mais simplement en venir directement à la conclusion : nous devons reconquérir la dimension du sacré dans la liturgie. La liturgie n'est pas un festival, ni une réjouissance conviviale. Peu importe si un curé parvient à mettre en œuvre des idées séduisantes ou des spéculations fantaisistes. La liturgie est la mise en présence au milieu de nous du Dieu trois fois saint, elle est le buisson ardent, elle est l'Alliance de Dieu avec l'humanité en Jésus-Christ mort et ressuscité. La grandeur de la liturgie ne repose pas sur sa capacité à offrir un divertissement captivant, mais sur son pouvoir à nous mettre en contact avec le Tout-Autre, que nous ne saurions évoquer par nos propres forces. Il vient parce qu'Il le veut. En d'autres termes, l'essence de la liturgie est le mystère, qui s'accomplit dans le rite commun de l'Église ; tout le reste ne fait que l'amoindrir. Les fidèles en font l'expérience poignante, et ils se sentent trahis lorsque le mystère se mue en divertissement, lorsque le protagoniste de la liturgie n'est plus le Dieu vivant, mais le prêtre ou l'animateur liturgique.

    B. Le caractère non arbitraire de la foi et sa continuité

    Défendre le concile Vatican II — à l'opposé de Mgr Lefebvre — comme un événement valide et contraignant pour l'Église reste et continuera à rester une nécessité. Néanmoins, il existe une posture de vision étriquée qui isole Vatican II et qui a provoqué cette opposition. Plusieurs interprétations donnent l'impression qu'après Vatican II, tout a basculé et que ce qui a précédé ne saurait plus être valable, ou, au mieux, ne le serait qu'à la lumière de Vatican II. Le concile Vatican II n'est pas considéré comme une composante de la totalité de la Tradition vivante de l'Église, mais plutôt comme le terme de la Tradition et un complet recommencement à zéro. La vérité est que le Concile lui-même n'a défini aucun dogme et s'est efforcé consciemment de s'exprimer sur un mode plus modeste, simplement comme un concile pastoral ; pourtant, beaucoup l'interprètent comme s'il s'agissait presque d'un super-dogme frappant d'insignifiance tout le reste.

    Cette impression se trouve surtout renforcée par ce qui se passe dans la vie quotidienne. Ce qui était jadis considéré comme la chose la plus sacrée — la forme transmise par la liturgie — est soudain devenue la plus proscrite et l'unique chose qu'il faille impérativement rejeter. Les critiques à l'égard des nouveautés de la période post-conciliaire ne sont pas tolérées ; en revanche, lorsqu'il s'agit des règles anciennes ou des grandes vérités de la foi — par exemple la virginité corporelle de Marie, la résurrection corporelle de Jésus, l'immortalité de l'âme, etc. —, il n'y a aucune réaction, ou tout au plus une réaction extrêmement timorée. J'ai moi-même été témoin, du temps où j'étais professeur, de la manière dont un évêque qui, avant le Concile, avait congédié un professeur irréprochable sous prétexte d'un franc-parler un peu rude, s'est trouvé incapable, après le Concile, de licencier un autre professeur qui niait ouvertement certaines vérités fondamentales de la foi. Tout cela amène beaucoup de fidèles à se demander si l'Église d'aujourd'hui est vraiment encore la même que celle d'hier, ou si elle n'a pas simplement été remplacée par une autre à leur insu. La seule manière de rendre Vatican II crédible est de le présenter clairement pour ce qu'il est : un maillon de l'unique et entière Tradition.

    C. L'unicité de la vérité

    En mettant la question liturgique de côté, les points névralgiques du conflit résident actuellement dans l'attaque portée contre le décret sur la liberté religieuse et contre le prétendu esprit d'Assise. Sur ces points, Mgr Lefebvre trace une ligne rouge entre sa position et celle de l'Église catholique d'aujourd'hui. Il n'est nul besoin de réaffirmer explicitement que ses thèses en la matière sont inacceptables. Mais nous ne nous attarderons pas ici sur ses erreurs ; nous souhaitons plutôt nous demander où réside notre propre manque de clarté.

    Pour Mgr Lefebvre, il s'agit d'un combat contre le libéralisme idéologique, contre la relativisation de la vérité. À l'évidence, nous ne saurions partager son avis lorsqu'il affirme que le texte conciliaire sur la liberté religieuse ou la prière d'Assise, selon les intentions exprimées par le Souverain Pontife, constituent des relativisations [de la vérité]. Il n'en demeure pas moins vrai que, dans le climat spirituel de l'époque postconciliaire, la question de la vérité a souvent été éclipsée, voire étouffée ; et c'est peut-être là que nous touchons au problème crucial de la théologie et de la pastorale contemporaines.

    La « vérité » est soudain apparue comme une prétention excessive, un « triomphalisme » intolérable. Ce processus s'observe de manière particulièrement évidente dans la crise qui a frappé l'idéal et la pratique missionnaires. Si nous ne recherchons pas la vérité lorsque nous annonçons notre foi, et si cette vérité n'est plus essentielle au salut de l'humanité, alors les missions perdent leur raison d'être. De fait, on en est venu, et on en vient encore, à conclure qu'à l'avenir, le seul objectif devrait être que les chrétiens soient de bons chrétiens, les musulmans de bons musulmans, les hindous de bons hindous, et ainsi de suite. Mais comment savoir quand quelqu'un est un « bon » chrétien ou un « bon » musulman ? L'idée que toutes les religions sont, à proprement parler, de simples symboles de l'Incompréhensible en dernière analyse, gagne rapidement du terrain, y compris en théologie, et se trouve déjà profondément enracinée dans la pratique liturgique. Partout où se manifeste ce phénomène, la foi en tant que telle finit par être abandonnée, car elle consiste précisément à s'en remettre à la vérité dans la mesure même où celle-ci est reconnue. C'est pourquoi nous avons certainement toutes les raisons de revenir au bon sens dans ce domaine également. Si nous parvenons à montrer et à vivre à nouveau la totalité du catholicisme dans ces milieux, nous pourrons alors espérer que le schisme de Mgr Lefebvre ne s'éternise pas.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Les vacances papales ne suffiront pas à apaiser les tensions latentes

    IMPRIMER

    De Michael Haynes sur le Catholic Herald :

    Les vacances papales ne suffiront pas à apaiser les tensions latentes.

    Peu après la saison des ordinations dans les diocèses du monde entier, le calme relatif des vacances d'été se poursuit au Vatican, les vacances du pape Léon ne devant se terminer que le week-end prochain, et seule la requête de la Fraternité Saint-Pie-X menaçant d'interrompre son repos.

    Le retour de Léon XIV à la villa papale de Castel Gandolfo pour ses vacances d'été a été accueilli avec une grande joie. La décision du pape François de ne pas utiliser cette résidence d'été et de l'ouvrir aux touristes a privé cette ville perchée non seulement de son visiteur papal annuel, mais aussi des revenus touristiques essentiels liés aux vacances papales.

    Pour le pape américain, Castel Gandolfo est devenu un lieu de prédilection. Il s'y rend chaque semaine pendant un jour et séjourne ce mois-ci pendant un peu plus de trois semaines dans la villa. L'année dernière, il avait passé les vacances d'été à la Villa Barberini, mais cette année, il est installé dans la villa principale, la résidence d'été traditionnelle des papes.

    Les habitants d'Albano sont si heureux d'accueillir Léon XIV qu'ils ont organisé un concert en son honneur samedi soir. Organisé par le diocèse d'Albano en guise de cadeau au Pape, l'événement s'est tenu dans la cour du palais papal et proposera une sélection de musique classique. Selon l'évêque d'Albano, Vincenzo Viva : « La présence renouvelée du Saint-Père sur notre territoire diocésain a comblé de joie notre Église locale et ses fidèles. »

    La pause papale s'accompagne inévitablement d'un ralentissement de l'actualité papale et vaticane. Mais s'il y a bien un sujet susceptible de perturber cette torpeur estivale, c'est celui de la FSSPX.

    La Fraternité a annoncé le 13 juillet avoir déposé un « recours préliminaire » auprès du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) contre le décret d'excommunication prononcé par le DDF le 2 juillet. Aucun détail précis n'a été donné sur le contenu du recours, ni sur l'identité de l'autorité qui l'a émis, mais s'il s'agit d'un recours contre le décret du DDF, il s'agirait de contester la sanction d'excommunication infligée aux six évêques de la Fraternité.

    La FSSPX a déclaré que le recours remplit les conditions requises pour être « l’étape préliminaire obligatoire avant l’éventuelle introduction d’un recours hiérarchique » et, à ce titre, « a pour effet de suspendre l’exécution du décret, conformément au canon 1353 du Code de droit canonique ».

    En émettant le recours préliminaire, la FSSPX admet ainsi la légitimité du Code de droit canonique de 1983 et entreprend également une démarche canonique que l'archevêque Marcel Lefebvre n'a pas entreprise après les consécrations de 1988.

    Il est peu probable que la DDF revienne sur sa décision concernant la Fraternité Saint-Pie-X, notamment au vu des déclarations publiques faites par cette dernière après les consécrations, dont celle affirmant que « l’Église a connu sa révolution d’octobre avec le concile Vatican II ». Étant donné que le « processus de réconciliation » proposé par la DDF implique que les membres quittant la Fraternité Saint-Pie-X signent un texte s’engageant à interpréter Vatican II positivement, la DDF répondra vraisemblablement que la Fraternité n’a manifesté aucun changement d’esprit.

    Plusieurs évêques diocésains ont réagi à la question soulevée par la FSSPX en mettant en garde leurs fidèles contre la participation aux messes de la Fraternité Saint-Pie-X et en les exhortant à assister uniquement aux messes traditionnelles approuvées. Or, cette réaction met en lumière un point essentiel du problème soulevé par la FSSPX : les restrictions imposées à la messe traditionnelle, qui ne semblent pas près d’être levées.

    Cette situation a relancé les appels d'évêques et de commentateurs demandant à Léon XIV de lever les restrictions punitives de Traditionis Custodes et de revenir à une disposition semblable à celle énoncée par le pape Benoît XVI dans Summorum Pontificum . L'archevêque Salvatore Cordileone fut l'une de ces voix.

    « Prions pour qu’un effort ardent en faveur d’un dialogue sincère et honnête s’engage bientôt », a-t-il écrit , « et qu’un accès plus facile à la forme traditionnelle de la messe soit offert à notre peuple, afin qu’il ne se sente pas contraint de chercher sa nourriture spirituelle en dehors de la famille unie à Rome. »

    Il n'est pas seul. Les cardinaux Gerhard Müller, Raymond Burke et Robert Sarah, ainsi que l'archevêque Georg Gänswein, ont tous relancé leurs appels à la levée des restrictions sur la messe en latin lors de plusieurs entretiens. « Je dirais : laissons disparaître progressivement le traité Traditionis Custodes », a déclaré Robert Sarah à Diane Montagna. « Le pape Léon XIV n'a pas besoin d'écrire un texte l'abrogeant. Non, qu'il le laisse tel quel et dise simplement "continuez", et ce texte disparaîtra peu à peu. »

    Ce texte problématique, Traditionis Custodes, a fêté cette semaine son cinquième anniversaire et, résumant son impact sur l'Église, le Dr Joseph Shaw a déclaré dans le Herald que « la vie spirituelle et liturgique de plusieurs milliers de catholiques fidèles à la papauté a été gravement affectée, et celle de dizaines, voire de centaines de milliers, a été publiquement condamnée comme source de désunion au sein de l'Église ».

    C’est un « gâchis » que même ceux qui n’ont pas d’attachement particulier à la messe traditionnelle ont déploré. Le cardinal Gerhard Müller a déclaré à notre correspondant que Traditionis Custodes « était superflu et ouvrait de nouveaux fronts non pas sur des questions dogmatiques, mais uniquement sur la discipline liturgique ».

    En effet, si le Vatican souhaite réellement freiner l'influence de la FSSPX et prévenir ce qu'il perçoit comme une montée du schisme, alors élargir l'accès à la messe traditionnelle est une mesure que beaucoup considèrent comme absolument nécessaire. « Si l'on interdit aux catholiques d'assister aux messes de la FSSPX et aux autres sacrements, la charité pastorale exige qu'on leur offre des lieux légitimes de culte », a déclaré le canoniste, le père Gerald Murray. « Avant Traditionis Custodes , nous disposions de nombreux lieux légitimes de culte . »

    C’est le deuxième été de Léon en tant que pape, et si l’on s’attendait l’an dernier à ce que la pause estivale lui permette de préparer des changements au Vatican pour l’automne, cette attente est encore plus forte aujourd’hui.

    Le Vatican se trouve dans une situation quasi intenable : en interdisant aux catholiques d’assister aux messes de la FSSPX tout en réprimant fermement la messe traditionnelle, il risque de voir un grand nombre de fidèles ignorer de plus en plus Rome, non seulement sur ce point, mais sur tous les points à venir. Traditionis Custodes est désormais au cœur d’un débat sur l’unité interne de l’Église, et il s’agit d’une question qu’il est impératif d’aborder sans délai.

    Michael Haynes est un journaliste anglais accrédité auprès du Saint-Siège. Il est correspondant au Vatican pour le Catholic Herald , et vous pouvez le suivre sur Per Mariam et sur Twitter (@MLJHaynes ).

  • La générosité du pape Léon XIV envers la messe traditionnelle en latin « doit s'appliquer à tous les évêques » (Cardinal Sarah)

    IMPRIMER

    Du substack de Diane Montagna :

    Cardinal Sarah : La générosité du pape Léon XIV envers la messe traditionnelle en latin « doit s'appliquer à tous les évêques »

    Dans une nouvelle interview vidéo, cinq ans après Traditionis Custodes, le cardinal donne son avis sur l'avenir du vetus ordo et avertit que la « synodalité » et le paganisme rongent l'Église de l'intérieur.

    16 juillet
     

    (Photo : Photo de courtoisie / Cardinal Robert Sarah)

    Cet entretien a été mené en italien. La vidéo, sous-titrée en anglais, est disponible ci-dessous ; la transcription intégrale en anglais se trouve à la fin de cet article.

    CITÉ DU VATICAN, 16 juillet 2026 — Le cardinal Robert Sarah adresse un message aux évêques du monde entier : imitez la générosité du pape Léon XIV envers la messe traditionnelle en latin. Dans une nouvelle interview vidéo, le cardinal guinéen, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, affirme que la lettre récente du pape Léon XIV , exhortant les évêques français à l’ouverture envers les prêtres et les communautés attachés au vetus ordo, devrait s’appliquer à tous les évêques de rite romain, et non seulement à ceux de France. « Ce qui a été écrit aux évêques français doit s’appliquer à tous les évêques », déclare-t-il.

     

    Son appel intervient alors qu'une révélation vieille d'un an prend une nouvelle dimension : une enquête du Vatican auprès des évêques du monde entier contredit en réalité les arguments mêmes avancés par le pape François pour restreindre fortement la messe tridentine dans son motu proprio de 2021, Traditionis Custodes . « On ne peut pas dire que ce qui a été fait pendant 1 600 ans n'est plus valable aujourd'hui », déclare le cardinal Sarah, rejetant le fondement même de ces restrictions et appelant l'épiscopat mondial à suivre l'exemple du nouveau pape plutôt que de s'accrocher aux mesures imposées par son prédécesseur.

    Le cardinal Sarah va encore plus loin, remettant en question la légitimité même d'un décret qui annulerait des siècles de pratique liturgique : « Ce qui annule n'est pas un texte valide, car l'Église est une continuité. »

    L'entretien a eu lieu le 29 juin, solennité des saints Pierre et Paul, à la clôture du deuxième consistoire extraordinaire des cardinaux du pontificat du pape Léon XIV. Il a abordé des sujets bien plus vastes que la question du statut de la messe traditionnelle en latin.

    Commentant le synode en cours sur la synodalité, le cardinal affirme sans ambages n'avoir « jamais compris » ce terme. Le rapport du Groupe d'étude n° 9 sur l'homosexualité, soutient-il, ne devrait pas être diffusé aux diocèses du monde entier sans avoir été préalablement examiné par le pape Léon XIV lui-même. Quant à la liturgie en général, il met en garde contre les conséquences d'une liturgie qui, selon lui, devient « une sorte de spectacle ».

    Le cardinal Sarah a approfondi sa critique de la synodalité dans ses remarques suivant l'entretien. « La synodalité », a-t-il déclaré, « est un terme abstrait, intraduisible dans nos langues africaines », sans fondement dans l'Écriture, l'histoire ou la Tradition de l'Église. Il a rappelé que lorsque Paul VI a rétabli le Synode des évêques, l'objectif était précis : permettre aux évêques de « mieux vivre la collégialité » et d'aider le Pape à accomplir sa mission de Pasteur universel « avec une plus grande fidélité ». Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, de toute urgence, c'est d'une définition claire du « sens exact, des compétences, des limites et de la mission » de la synodalité – une définition qui laisse intactes la doctrine, la morale, la nature et la structure de l'Église. L'Église, insiste-t-il, est Épouse, Mère et Corps mystique du Christ. « Il me semble inapproprié de la qualifier de “synodale” », a-t-il conclu.

    Dans notre entretien, nous abordons également son nouveau livre (disponible en français), 2050 , dans lequel il s'attaque de front à la crise de foi de l'Église et se demande si elle sera encore un phare dans un quart de siècle. « L'Église appartient au Christ ; elle n'est pas à nous », dit-il — pas quelque chose que nous « fabriquons », remodelons ou renommons pour l'adapter à l'époque.

    Il dénonce également ce qu'il considère comme une infiltration du paganisme au sein de l'Église. Dans une critique acerbe et sans détour de la présence de la Pachamama lors du Synode sur l'Amazonie de 2019 au Vatican, il déclare : « Nous l'avons portée en procession de la basilique jusqu'à la salle Paul VI, et elle est restée devant nous pendant toute la durée du synode. » Il souligne que les missionnaires conseillaient autrefois aux Africains convertis de brûler ces idoles. « Et maintenant, » déplore-t-il, « nous introduisons la Pachamama dans la basilique. »

    Interrogé directement sur la question de savoir si l'Église sera encore cette lumière en 2050, le cardinal Sarah ne tergiverse pas : « Oui… le Christ n'abandonnera pas son Église, affirme-t-il. Il restera jusqu'à la fin des temps. » Mais il insiste : « Nous devons nous convertir au Christ ; ce n'est pas le Christ qui doit se convertir à nous, à nos idées, à notre changement de paradigme. »

    Vous trouverez ci-dessous la transcription anglaise de mon entretien avec Son Éminence le cardinal Robert Sarah.


    Interview complète du cardinal Robert Sarah...
    39 Ko ∙ Fichier PDF
  • La messe traditionnelle en latin et les fins dernières

    IMPRIMER

    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    La messe traditionnelle en latin et les fins dernières

    13 juillet 2026

    J’ai récemment assisté aux funérailles d’un jeune homme décédé tragiquement. Il s’agissait d’une messe solennelle en latin traditionnel, tout à fait licite et même honorée par la présence de notre évêque local, de son prédécesseur à la retraite et d’une vingtaine de prêtres. Cette liturgie, cependant, était – toutes considérations extérieures mises à part – certainement pas quelque chose qui pouvait se réduire aux controverses entourant les récentes consécrations de la Fraternité Saint-Pie X, aux va-et-vient autour de *Traditionis custodes* (la restriction drastique de la messe traditionnelle par le pape François), ou aux répercussions à court et à long terme de *Sacrosanctum Concilium* (le document de Vatican II sur la liturgie). Tout était orienté vers la prière pour le destin éternel de l’âme de ce jeune homme et de nos âmes à tous, ce qui – malheureusement – semble faire l’objet de peu d’attention dans l’Église d’aujourd’hui, même lors des funérailles.

    Ce fut une expérience profondément émouvante, qui m’a amené à réfléchir, par la suite, à la raison pour laquelle les funérailles modernes ne le sont si souvent pas. On a assisté à un glissement massif au sein de l’Église vers ce que l’on appelle souvent – même lors de funérailles catholiques – des « célébrations de la vie » d’une personne décédée. Et il semble y avoir un courant sous-jacent tacite selon lequel, malgré tous les avertissements de Notre Seigneur concernant l’étroitesse de la porte, tout le monde finit par aller au Ciel. 

    (Soit dit en passant, il ne sert à rien de reprocher à Hans Urs von Balthasar ou, plus récemment, à des personnalités telles que Mgr Robert Barron, entre autres, d’encourager cette attitude. J’ai remarqué, pendant le rosaire précédant la messe, que la prière de Fatima contient la formule suivante : « Et conduis toutes les âmes au Ciel, en particulier celles qui ont le plus besoin de ta miséricorde. » Bien sûr. La prière ne dit pas que tous sont sauvés, ni même que beaucoup le sont. Et en vérité, à en juger par les Écritures, nous ne le sommes pas tous. Mais elle exprime certainement cet espoir, que nous devrions tous nourrir.)

    Pourtant, cette hypothèse simpliste selon laquelle tous ou presque tous sont sauvés n’est pas seulement une question théologique. Nous devons reconnaître qu’elle court-circuite fondamentalement toute la vie chrétienne, qui est au minimum un drame, et souvent une bataille spirituelle. Sinon, pourquoi Jésus a-t-il dû mourir sur la croix pour nous sauver ? Pourquoi, d’ailleurs, doit-Il nous dire de tout quitter et de Le suivre ? 

    Nous savons que l’œuvre missionnaire (aujourd’hui remplacée par le terme plus chic mais plus vague d’« évangélisation ») s’est également essoufflée ces dernières années. Est-ce exagéré de penser que les missionnaires ne sont désormais qu’une victime de plus de ce « dialogue » et de ce « respect » mous et stéréotypés envers les autres religions (et celles qui n’en ont aucune), qui semblent avoir supplanté le commandement de prêcher l’Évangile à toutes les nations ? Et n’est-ce pas là aussi une autre conséquence de cette étiquette actuelle selon laquelle tout le monde va éternellement bien, quelles que soient ses croyances ou, bien souvent, même ses actes ?  

    Il fut un temps où tout le monde au sein de l’Église, même les écoliers (comme moi), apprenait les « quatre dernières choses » : la mort, le jugement dernier, le paradis et l’enfer. On ne faisait pas preuve de délicatesse lorsqu’on abordait ces questions ultimes – mais c’était avant l’avènement des « chrétiens fragiles ». Tout cela figure toujours dans le Catéchisme de l’Église catholique (¶ 1020-1060). Mais y a-t-il encore quelqu’un pour prêcher ces vérités ou les prendre au sérieux ? Et combien de temps faudra-t-il avant qu’elles ne disparaissent complètement de la catéchèse, si l’on ne se concentre pas à nouveau sur l’essentiel ? 

    Il existe même des enseignements, des enseignements catholiques, dans le Catéchisme concernant le purgatoire. Un débat de longue date oppose catholiques et protestants sur la question de savoir si le purgatoire est mentionné dans la Bible. Si l’on accepte le texte de l’Ancien Testament utilisé par l’Église primitive, qui comprenait des prières pour les défunts (les Maccabées), le purgatoire en est la conséquence logique. Ce n’est pas le cas si l’on opte pour le canon restreint des Écritures juives, comme le font certains protestants, qui a connu une histoire complexe mais a probablement été défini quelques siècles plus tard par le judaïsme rabbinique après la destruction de Jérusalem et la dispersion des Juifs. 

    Si l’on y réfléchit un instant, à moins que le purgatoire n’existe, cela n’a aucun sens de prier pour les âmes des défunts. Les familles et les amis des défunts peuvent bien sûr se réunir pour faire leur deuil et se souvenir d’eux. Mais sans le purgatoire, il n’est pas étonnant que la prière pour les défunts – même longtemps après leur décès – ou les messes funéraires aient perdu la profondeur que leur confère encore l’ancienne messe tridentine. 

    Cela contraste fortement avec l’ensemble du passé chrétien, où le passage de cette vie à l’autre était l’essentiel, où il s’agissait littéralement de questions de vie et de mort éternelles. 

    Il existe encore certains endroits où ces vérités sont comprises. Et où l’on comprend également que cette perspective sur l’éternité a aussi des conséquences dans ce monde-ci.

    Dans un récent podcast de « Faith under Siege » (ici), je me suis entretenu avec Mgr Bashar Warda, archevêque catholique chaldéen d’Irbil, en Irak, où le christianisme est présent sans interruption depuis environ l’an 100 après J.-C. Parmi les propos marquants qu’il a tenus, il a parlé avec éloquence – nous n’avions pas prévu cela à l’avance – de la manière dont l’Église locale est confrontée à une réalité difficile, au-delà des tensions habituelles du Moyen-Orient. 

    Des musulmans viennent les voir après avoir rêvé de Jésus et souhaitent en savoir plus sur Lui (le vrai Jésus, et non la version islamique erronée d’un point de vue historique). C’est dangereux, comme il le dit franchement à ces personnes en quête de vérité – tant pour elles que pour l’Église, car l’apostasie de l’islam peut entraîner la mort de toutes les personnes impliquées. 

    Le bon archevêque gère ces situations du mieux qu’il peut, mais il a avoué craindre de se retrouver un jour devant saint Pierre et de devoir rendre compte de la manière dont il a traité les personnes venues vers lui à la recherche de Jésus-Christ. Et l’on entend des récits similaires concernant des musulmans en Europe occidentale, voire en Iran.

    C’est une bonne chose, mais relativement plus facile, que de rechercher la paix avec les autres religions, entre les nations, voire avec la Création.

    Mais combien d’entre nous qui lisons ces lignes – y compris l’auteur de ces lignes – prenons le risque plus grand de proclamer la Vérité ? On ne le fait que si l’on est capable de voir au-delà des choses présentes, qui passeront, et de comprendre que seules les fins dernières subsisteront en définitive.

  • Lorsque j’ai crié vers le Seigneur, Il a exaucé ma voix (Introït du 15e dimanche du T.O.)

    IMPRIMER

    Lorsque j’ai crié vers le Seigneur, Il a exaucé ma voix ; Il m’a délivré de tous ceux qui s’approchent pour me perdre. Lui qui est avant tous les siècles et qui subsistera éternellement, les a humiliés. Jette tes pensées dans le Seigneur et Lui-même te nourrira. Ps. Exauce, ô Dieu, ma prière, et ne méprise pas ma supplication. Écoute-moi et exauce-moi.

  • Léon XIV : un pontificat de "normalisation" ?

    IMPRIMER

    Oui, dans une certaine mesure, Léon XIV apparaît comme un pape de "normalisation" ou de consolidation après les pontificats contrastés de Benoît XVI et François.

    Contexte des prédécesseurs

    • Benoît XVI (Joseph Ratzinger) incarnait un conservatisme doctrinal rigoureux : défense de la tradition, critique du relativisme, accent sur la raison et la continuité avec Vatican II interprété dans l'herméneutique de la continuité. Son pontificat visait à "purifier" l'Église post-conciliaire.
    • François (Jorge Bergoglio) a marqué un tournant plus pastoral et "progressiste" : accent sur la miséricorde, les périphéries, l'écologie (Laudato si'), la synodalité, une approche inclusive sur les questions sociales et migratoires, avec des gestes symboliques forts (lavement des pieds à la prison, appels à la réforme). Cela a suscité des tensions, des accusations de confusion doctrinale et des réactions traditionalistes.

    Léon XIV (Robert Francis Prevost, élu le 8 mai 2025) arrive après le décès de François en avril 2025. Américain (Chicago) naturalisé péruvien, augustinien, ancien missionnaire au Pérou et préfet du Dicastère pour les évêques sous François, il n'est ni un restaurateur traditionaliste pur ni un continuateur radical des innovations bergogliennes.

    Profil de Léon XIV : un "modéré" ou un normalisateur ?

    Son style et ses positions suggèrent une phase de stabilisation :

    • Continuité avec François : Il reprend des thèmes comme la synodalité, la défense des migrants, la paix, l'environnement et la critique des nationalismes exclusifs. Il est aussi confronté à des schismes traditionalistes (FSSPX).
    • Ancrage doctrinal : Il affirme les enseignements des prédécesseurs sur le mariage, la sexualité, l'avortement, l'euthanasie et maintient des positions classiques (ex. opposition à l'ordination des femmes comme diacres). Il a critiqué dans le passé la "normalisation médiatique" de certaines réalités familiales alternatives.
    • Style administratif : Réputé gestionnaire équitable, pragmatique et moins "polarisant". Moins de gestes provocateurs que François, plus de mise en œuvre concrète et de dialogue. Son encyclique Magnifica humanitas (2026) aborde l'IA, la dignité humaine et la "normalisation du mal" via la technologie, en défendant une anthropologie chrétienne.

    En résumé, il n'est pas un "retour à Benoît" (pas de restauration liturgique massive ni de combat culturel frontal), ni une accélération progressiste. Il consolide l'héritage de Vatican II, applique la doctrine sociale aux défis contemporains (IA, migrations, travail) et cherche à apaiser les fractures internes tout en maintenant l'orthodoxie sur les points essentiels. C'est une "normalisation" au sens d'une Église moins en turbulence médiatique, plus recentrée sur la mission évangélisatrice et l'unité, après des décennies de polarisation.

    Limites de l'étiquette

    Le terme "normalisation" est subjectif. Pour les traditionalistes, il peut sembler trop bergoglien ; pour les progressistes, trop prudent. L'Église reste traversée par des tensions (synodalité vs. autorité, questions morales). Son pontificat est encore jeune (un peu plus d'un an en juillet 2026), et les actes concrets (nominations épiscopales, liturgie, réformes curiales) définiront mieux sa trajectoire.

    En définitive, oui : Léon XIV semble incarner une papauté de synthèse et de respiration, visant à "normaliser" une Église sortie des extrêmes des deux pontificats précédents — fidèle à la Tradition tout en engageant le monde moderne, sans excès disruptifs.

    Une remise en cause de l'héritage de Vatican II ?

    On n’a pas à attendre de Léon XIV une remise en cause fondamentale de l’héritage de Vatican II. Au contraire, il l’a explicitement et répétitivement réaffirmé comme « l’étoile polaire » (North Star) ou « l’étoile directrice » de l’Église contemporaine.

    Positions claires de Léon XIV

    Dès le début de son pontificat et surtout en 2026, il a lancé une série importante de catéchèses sur les documents du Concile lors des audiences générales. Il invite les fidèles à relire les textes originaux, non pas à travers des interprétations secondaires ou « par ouï-dire », mais pour en redécouvrir la richesse. Il présente Vatican II comme :

    • Une « grande grâce » pour l’Église du XXe siècle (citant Jean-Paul II).
    • Un guide vivant pour l’évangélisation, la dignité humaine, la justice sociale et la paix.
    • Un événement à recevoir dans la continuité de la Tradition, sans rupture.

    Cela s’inscrit dans la ligne de Benoît XVI (herméneutique de la continuité) tout en reprenant l’élan pastoral et missionnaire de François (synodalité, dialogue avec le monde, option préférentielle pour les pauvres).

    Pas de rupture traditionaliste

    • Il n’a pas promu une tolérance plus large pour la forme extraordinaire du rite (messe tridentine) ni remis en cause les réformes liturgiques conciliaires de manière structurelle.
    • Il maintient l’accent sur l’ouverture au monde, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, tout en rappelant les points doctrinaux non négociables.
    • Son profil d’administrateur et de missionnaire (augustinien, expérience péruvienne) le porte davantage vers la mise en œuvre concrète et la stabilisation que vers une contestation du Concile.

    Léon XIV n’est pas un pape de « restauration anti-conciliaire ». Il incarne plutôt une synthèse : fidélité aux acquis de Vatican II, avec une attention aux défis actuels (IA, migrations, paix), sans les excès ou les ambiguïtés qui ont parfois marqué le pontificat précédent.

    Mais on aurait tant besoin :

    • d'une herméneutique de continuité très affirmée face aux interprétations « progressistes » de Vatican II.
    • d'une restauration liturgique plus large (forme extraordinaire, célébrations ad orientem, etc.).
    • de clarifications nettes sur les questions morales (famille, sexualité, bioéthique), l’œcuménisme et le dialogue interreligieux.
    • d'une reprise en main disciplinaire (séminaires, nominations épiscopales, curie) pour lutter contre les dérives (scandales, sécularisation interne).
    • d'un langage plus prophétique face à la modernité (technologie, idéologies woke, relativisme).
    • ...
  • L'archevêque Gänswein : « Le moment est venu » de lever les restrictions sur la messe traditionnelle en latin

    IMPRIMER

    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'archevêque Gänswein : « Le moment est venu » de lever les restrictions sur la messe traditionnelle en latin

    L'ancien secrétaire de Benoît XVI exhorte le pape Léon XIV à revoir la « Traditionis Custodes », citant le besoin pastoral, la vision de Benoît et le « Summorum Pontificum ».

    L’archevêque Georg Gänswein s’adresse aux journalistes le 30 décembre 2023 au Vatican.
    L’archevêque Georg Gänswein s’adresse aux journalistes le 30 décembre 2023 au Vatican. (Photo : Edward Pentin / National Catholic Register)

    Le secrétaire personnel de longue date du pape Benoît XVI a déclaré que le moment était peut-être venu pour le pape Léon XIV de lever les restrictions imposées au rite romain traditionnel.

    L'ancien chef de la maison papale, l'archevêque Georg Gänswein, a déclaré à Nico Spuntoni du quotidien italien Il Giornale le 7 juillet qu'il avait « lu avec intérêt » l'appel du directeur d'Il Giornale à abolir les restrictions sur le rite pré-réformé que le pape François a instituées en 2021 avec son décret papal Traditionis Custodes, ajoutant qu'il espérait une « décision dans cette direction ». 

    En poste comme nonce apostolique dans les pays baltes, l'archevêque Gänswein a évoqué la profonde tristesse de Benoît XVI à la lecture du décret de son successeur. « Je crois que le moment est venu », a-t-il déclaré, « de lever ces restrictions et de dépasser le recul que représente ce texte. » 

    L'entretien coïncidait avec le 19e anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI (2007) , qui libéralisait l'usage du rite romain d'avant 1970. L'archevêque Gänswein a déclaré que son objectif était de « reconnaître pleinement un rite qui n'avait jamais été aboli », de lui redonner sa place au sein de l'Église et de mettre fin aux conflits liturgiques.

    Il a souligné que Benoît XVI, bien qu'habitué aux critiques, restait résolu lorsqu'il était convaincu de la voie à suivre. Cette même détermination, a-t-il suggéré, a guidé la promulgation de Summorum Pontificum .

    Rappelant la genèse de Summorum Pontificum, l'archevêque Gänswein a évoqué l'expérience personnelle de Benoît XVI concernant l'échec d'un accord conclu en 1988 avec l'archevêque Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX). 

    Le 8 mai 1988, alors cardinal Joseph Ratzinger, il avait signé avec Mgr Lefebvre une déclaration doctrinale et une solution canonique pour la FSSPX, prévoyant notamment la nomination d'un futur évêque. Mais le lendemain, convaincu que le Vatican tarderait à appliquer l'accord et conscient de son âge avancé, Mgr Lefebvre écrivit pour signaler qu'il ne suivrait pas le calendrier fixé par Rome et qu'il prévoyait des consécrations épiscopales, qu'il procéda ensuite sans mandat papal le 30 juin de la même année, reniant ainsi l'accord.

    « Pour lui, ayant vécu de près l’accord que Lefebvre a renié en 1988, le schisme fut une source de souffrance personnelle », a expliqué l’archevêque Gänswein. « [Benoît] a dit que cela aurait des conséquences non seulement pour quelques jours, mais que ce serait une blessure à l’unité de l’Église, une blessure qui serait éternelle. » 

    Mais l’archevêque Gänswein a ajouté que Summorum Pontificum visait autant la vie interne de l’Église que la réconciliation de la FSSPX, car Benoît XVI avait constaté des « aspects insatisfaisants » dans l’application d’ Ecclesia Dei , le motu proprio de 1988 du pape saint Jean-Paul II destiné à guérir les divisions consécutives aux consécrations. « Il fallait donc agir », a-t-il rappelé. 

    Benoît XVI était « très satisfait » des résultats positifs de Summorum Pontificum et convaincu qu'il marquait le début d'un dialogue qui pourrait à terme « guérir la fracture liturgique existante ». Le défunt pape avait, « par-dessus tout, une grande confiance dans la jeunesse », a déclaré l'archevêque Gänswein, et il affirmait que le vetus ordo , « célébré depuis des siècles, ne pouvait manquer d'être revitalisé ». Il se félicitait également du fonctionnement des instituts Ecclesia Dei – ces communautés qui célébraient la liturgie romaine traditionnelle mais ne souhaitaient pas faire partie de la FSSPX. 

    « Peut-on dire que Summorum Pontificum a fonctionné ? » a demandé Spuntoni. 

    « Oui, cela portait ses fruits », répondit l’archevêque Gänswein. « Cela fonctionnait particulièrement bien auprès des jeunes, et cela se voit avant tout dans le nombre toujours croissant de pèlerins participant chaque année au pèlerinage Paris-Chartres. »

    « Ces jeunes sont nourris par la beauté de la liturgie », a-t-il poursuivi, avant d'ajouter qu'ils ne sont « nullement opposés » au Concile Vatican II. « Il est faux de dire que ceux qui ont une sensibilité liturgique traditionnelle et assistent aux messes tridentines sont anti-conciliaires ; ceux qui l'affirment sont motivés uniquement par l'idéologie », a-t-il déclaré. 

    Dans une interview accordée la semaine dernière au Corriere della Sera , l'archevêque Gänswein a qualifié d'« horrible » la décision de la FSSPX de consacrer quatre évêques supplémentaires le 1er juillet sans mandat papal, ajoutant que « leur conception de la tradition n'est pas la tradition ». Il a toutefois soutenu que la question de la FSSPX n'est pas principalement une question de liturgie et a donc déclaré croire que Rome pourrait se montrer plus « généreuse et paternelle » envers ceux qui, tout en restant en pleine communion avec Rome, souhaitent célébrer la messe traditionnelle en latin. 

    Le pape François, a-t-il déclaré, a « commis une erreur sans s'en rendre compte » en imposant Traditionis Custodes. Il a souligné que la « majorité des évêques » soutenaient Summorum Pontificum et ses résultats , confirmant ainsi un article paru l'année précédente de la journaliste Diane Montagna qui montrait que les résultats d'un sondage mené auprès des évêques par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi contredisaient la justification avancée pour imposer Traditionis Custodes. 

    « La paix liturgique qui a été mise à mal sera rétablie », a prédit l’archevêque Gänswein. 

  • Gardons la Tradition et continuons !

    IMPRIMER

    De Dom Alcuin Reid sur AdVaticanum :

    Gardons la Tradition et continuons !

    5 juillet 2026

    À la suite de la déclaration du Vatican selon laquelle les évêques de la Fraternité Saint-Pie X se sont excommuniés eux-mêmes, Dom Alcuin Reid appelle à redoubler d’efforts en faveur de l’unité catholique

    + Ad te Domine, clamabo, Deus meus, ne sileas a me ; ne quando taceas a me, et assimilabor descendentibus in lacum : c’est ainsi que l’Église chante l’introït de cette sainte messe. « Vers toi, ô Seigneur, je crie ; mon rocher, ne reste pas sourd à ma voix, de peur que, si tu me fais taire, je ne devienne comme ceux qui descendent dans la fosse. »

    Par ces premiers mots du Psaume 27, la Sainte Liturgie exprime avec justesse la détresse de nombreuses âmes face aux événements ecclésiaux de ces derniers jours. Que l’on admette ou non que la désobéissance de conscience à une loi positive (c’est-à-dire humaine, et non divine) (en ce qui concerne la consécration des évêques) soit ou ait été justifiée dans les circonstances actuelles, et que l’on puisse donc tolérer une désobéissance matérielle mais non formelle (c’est-à-dire en réalité un péché grave) à l’autorité ecclésiastique, nous sommes désormais confrontés à une nouvelle crise — d’ordre pastoral —, dans laquelle les fidèles dont le seul désir est d’être fidèles à l’Église et de sauver leur âme ainsi que celles de leur famille sont menacés par le péché de schisme et la peine d’excommunication. Leur détresse est réelle et elle est aggravée par des commentaires souvent loin d’être exacts et dépourvus de la précision pastorale nécessaire. À juste titre, ils ont le sentiment que tout cela est tout simplement trop. C’est à juste titre que beaucoup s’écrient ce matin : « C’est vers toi, ô Seigneur, que j’appelle ; mon rocher, ne reste pas sourd à ma voix, de peur que, si tu me réponds par le silence, je ne devienne comme ceux qui descendent dans la fosse. »

    Soyons donc clairs : il n’y a aucun péché (de schisme ou de toute autre nature) à rechercher simplement le salut de son âme à travers les rites liturgiques traditionnels de l’Église, comme en témoignent les prières pour le pape et l’évêque diocésain qu’ils contiennent. Ces prières témoignent en effet exactement du contraire du schisme. Elles constituent, au cœur même de notre culte public, des manifestations de l’unité et de la communion catholiques, et non d’une division sectaire.

    Et l’on n’est pas excommunié parce que l’accès aux rites liturgiques plus anciens se fait parfois ou habituellement par l’intermédiaire d’une communauté qui, devant Dieu, estimait n’avoir d’autre choix que de se livrer à une désobéissance matérielle de conscience au droit ecclésiastique afin de survivre et de rester fidèle à sa vocation et à sa mission. Quelle que soit la culpabilité des ecclésiastiques — et ce n’est pas ici le lieu d’en discuter —, même les documents officiels cités ces derniers jours par le Saint-Siège indiquent clairement que les fidèles laïcs qui cherchent simplement à adorer Dieu Tout-Puissant et à recevoir les sacrements n’encourent pas pour autant la peine d’excommunication. (voir : Note explicative, Conseil pontifical pour les textes législatifs, 24 août 1996)

    Face au tollé actuel, on pourrait bien dire : « Restez fidèles à la tradition et continuez ainsi. » Car il reste vrai que « ce que les générations précédentes considéraient comme sacré reste sacré et grand pour nous aussi, et cela ne peut pas, du jour au lendemain, être entièrement interdit ni même considéré comme nuisible. » (Benoît XVI, Lettre aux évêques, 7 juillet 2007)

    Bien sûr, cette vérité a fait l’objet d’une attaque orchestrée par le biais de ce scandaleux complot idéologique ourdi en coulisses, alimenté par la paranoïa de libéraux ecclésiastiques vieillissants et fondé sur des mensonges éhontés qui ont manipulé sans vergogne la volonté des évêques du monde entier, comme nous ne le savons que trop bien : le désastre pastoral, liturgique et ecclésial que constitue Traditiones Custodes (16 juillet 2021), qui visait à mettre fin au culte paisible de Dieu selon les rites anciens qu’un nombre croissant de fidèles avait appris à aimer de manière fructueuse, poussant ainsi les catholiques fidèles à la clandestinité ou à s’éloigner des paroisses et des diocèses, voire parfois à sortir de la communion visible de l’Église. Le fait que les orchestrateurs de ce scandale et les grands prêtres de sa mise en œuvre impitoyable restent à ce jour au cœur du pouvoir est une source de très profonde inquiétude. Cela peut également expliquer en partie la sévérité technocratique avec laquelle le Vatican a agi ces derniers jours. 

    Le fait que *Traditionis Custodes* n’ait pas encore été écarté — discrètement ou non — et que les évêques diocésains continuent de s’en servir pour interdire la célébration des rites liturgiques anciens est un cri de justice qui monte jusqu’au ciel. C’est à juste titre que nous chantons ce matin : « Vers toi, ô Seigneur, j’appelle ; mon rocher, ne reste pas sourd à ma voix, de peur que, si tu me réponds par le silence, je ne devienne comme ceux qui descendent dans la fosse. »

    La sévérité sans détour avec laquelle le Vatican a réagi aux événements de ces derniers jours, et même le silence du Saint-Père à leur suite, constituent en effet une autre source de grave préoccupation. Depuis quelque temps déjà, nous ne cessons de répéter les paroles du pape Benoît XVI — un pape qui a œuvré avec ferveur et succès pour l’unité ecclésiale et la paix liturgique :

    « En jetant un regard rétrospectif sur le passé, sur les divisions qui, au fil des siècles, ont déchiré le Corps du Christ, on a sans cesse l’impression que, aux moments critiques où ces divisions se produisaient, les responsables de l’Église n’ont pas fait assez pour maintenir ou rétablir la réconciliation et l’unité. On a l’impression que les omissions de la part de l’Église ont leur part de responsabilité dans le fait que ces divisions ont pu se cristalliser.  Ce regard sur le passé nous impose aujourd’hui une obligation : tout mettre en œuvre pour permettre à tous ceux qui désirent sincèrement l’unité de demeurer dans cette unité ou de la retrouver. » (Lettre aux évêques, 7 juillet 2007)

    Ce matin, malheureusement, ses paroles sont d’autant plus pertinentes. On aurait pu et dû faire davantage au cours des derniers mois, des dernières semaines et des derniers jours. Il faut en faire davantage pour jeter des ponts et ouvrir des portes. L’enseignement de la parabole de la brebis perdue (Mt 18, 12-14) s’applique quelle que soit l’opinion que l’on ait de la brebis en question ou quel que soit le degré d’obstination que l’on lui attribue. 

    Dans sa quête de l’unité de l’Église, le pape Benoît XVI a levé en 2008 les excommunications qui pesaient sur les quatre évêques (à l’époque) de la Fraternité Saint-Pie X. Selon ses propres termes, « ce geste discret consistant à tendre la main a suscité un immense tollé, devenant ainsi exactement le contraire d’un geste de réconciliation ». À tel point que le pape a jugé nécessaire de rédiger une apologie sans précédent à l’intention des évêques du monde entier. Les questions qu’il y soulevait sont plus que pertinentes aujourd’hui :

    « Était-ce, et est-ce, vraiment une erreur, dans ce cas précis, d’aller à la rencontre du frère qui “a quelque chose contre toi” (cf. Mt 5, 23 et suivants) et de rechercher la réconciliation ? … Peut-on considérer comme une erreur totale de s’efforcer de briser l’obstination et l’étroitesse d’esprit, et de faire de la place à ce qui est positif et récupérable pour l’ensemble ? 

    … Pouvons-nous rester totalement indifférents face à une communauté qui compte 733 prêtres, 264 séminaristes, 5 séminaires, 94 écoles, 2 instituts de niveau universitaire, 144 frères religieux, 250 sœurs religieuses et des milliers de fidèles laïcs ? Devrions-nous les laisser dériver sans sourciller toujours plus loin de l’Église ? Je pense par exemple aux 733 prêtres… Je ne pense pas qu’ils auraient choisi la prêtrise s’ils n’avaient pas eu l’amour du Christ et le désir de le proclamer, ainsi que, avec lui, le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, en tant que représentants d’une frange radicale, de notre quête de réconciliation et d’unité ? Que deviendraient-ils alors ? [statistiques mises à jour selon celles publiées en 2025]

    Certes, depuis un certain temps déjà, et une fois encore en cette occasion précise, nous avons entendu de la part de certains représentants de cette communauté bien des propos déplaisants – arrogance et présomption, obsession pour des positions unilatérales, etc. Mais la grande Église ne devrait-elle pas aussi se permettre d’être généreuse, consciente de sa grande ouverture d’esprit, consciente de la promesse qui lui a été faite ? Ne devrions-nous pas, en tant que bons éducateurs, être également capables de fermer les yeux sur divers défauts et de tout mettre en œuvre pour ouvrir des perspectives plus larges ? Et ne devrions-nous pas admettre que certaines choses déplaisantes ont également émergé dans les milieux ecclésiastiques ?

    …À l’époque où m’est venue pour la première fois l’idée d’écrire cette lettre, par hasard, lors d’une visite au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter Galates 5, 13-15. J’ai été surpris par la franchise avec laquelle ce passage nous parle du moment présent : « Ne vous servez pas de votre liberté comme d’un prétexte pour satisfaire la chair, mais, par amour, soyez au service les uns des autres. Car toute la loi est accomplie dans une seule parole : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde à ne pas vous détruire les uns les autres. » … Malheureusement, ce « se mordre et se dévorer » existe aussi aujourd’hui dans l’Église, comme l’expression d’une liberté mal comprise. Faut-il s’étonner que nous ne valions pas mieux que les Galates ? Qu’à tout le moins, nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours réapprendre à faire bon usage de la liberté ? Et que nous devions toujours réapprendre la priorité suprême, qui est l’amour ? » (Lettre aux évêques, 10 mars 2009)

    Le but de ces observations n’est pas de prendre parti pour ou contre un groupe ou une personne, et encore moins de les juger ou de chercher à les exclure. N’oublions pas que si le fils prodigue a péché sans vergogne, son frère aîné, qui se croyait sans péché, a lui aussi péché (cf. Lc 15, 11-32). Tous deux se sont rendus coupables de fautes graves dont ils devaient se repentir. 

    Et il ne s’agit certainement pas là d’une attaque contre notre Saint-Père — nous ne connaissons ni ses motivations ni ses intentions, et même si son silence laisse un vide considérable, nous lui devons la patience qui fait partie du respect filial. Prions avec ferveur pour le Saint-Père en ces jours !

    Le but de ces observations est uniquement de rappeler certaines vérités fondamentales et d’insister sur le fait que nous sommes tous appelés à prier et à œuvrer, de toutes les manières possibles, pour leur reconnaissance, ainsi que pour la réconciliation et l’unité catholique. 

    Même si nous partageons la détresse et la crainte du psalmiste, qui redoute que tout soit perdu et que nous sombrions de plus en plus rapidement dans l’abîme (ou que nous y ayons déjà été précipités), la Sainte Liturgie nous élève maintenant vers l’autel de Dieu, où, par les mérites infinis du sacrifice du Christ sur la croix, tout ce qui semble perdu peut être retrouvé, et tout ce qui était mort peut renaître à une vie nouvelle (cf. Lc 15, 32). Aussi lourd que soit notre cœur, aussi blessés, angoissés, voire abandonnés que nous puissions nous sentir, ne doutons jamais que, si nous sommes fidèles, le Seigneur entendra notre supplication et nous sauvera. Pour obtenir la grâce de cette fidélité et pour que grandisse en nous et chez les autres la grâce de l’espérance surnaturelle, prions avec ferveur au cours de cette Sainte Messe. +

  • "Suscepimus, Deus, misericórdiam tuam in médio templi tui" (Introït du 14e dimanche du TO)

    IMPRIMER

    Introitus Introït
    Ps. 47, 10-11  
    SUSCÉPIMUS, Deus, misericórdiam tuam in médio templi tui: secúndum nomen tuum, Deus, ita et laus tua in fines terrae: iustítia plena est déxtera tua. Ps. ibid., 2 Magnus Dóminus, et laudábilis nimis: in civitáte Dei nostri, in monte sancto eius. ℣. Glória Patri. Nous avons reçu, ô Dieu, Ta miséricorde au milieu de Ton temple : comme Ton nom, ô Dieu, Ta louange s’étend jusqu’aux extrémités de la terre, Ta droite est pleine de justice. Ps. Le Seigneur est grand et très digne de louange : dans la cité de notre Dieu, sur Sa sainte montagne.
  • Pourquoi les laïcs ne sont pas autorisés à prononcer l'homélie

    IMPRIMER

    L’Église catholique n’autorise pas les laïcs à prononcer l’homélie lors de la messe parce que celle-ci est intrinsèquement liée au ministère ordonné (sacrement de l’Ordre). Ce n’est pas une simple règle disciplinaire modifiable localement, mais une norme qui découle de la nature même de la liturgie. L’homélie n’est pas un simple discours motivant ; elle participe à l’action liturgique du Christ par son ministre ordonné. Autoriser les laïcs risquerait de relativiser le sacerdoce ministériel.

    Les bases juridiques et théologiques

    • Code de droit canonique (canon 767 §1) : « Parmi les formes de prédication, l’homélie, qui fait partie de la liturgie elle-même, est réservée au prêtre ou au diacre. » Elle explique les mystères de la foi et les normes de la vie chrétienne à partir des textes sacrés.
    • Instruction générale du Missel romain (n° 66) et documents comme Redemptionis Sacramentum : L’homélie doit être donnée par le prêtre célébrant, ou exceptionnellement par un concélébrant ou un diacre, jamais par un laïc. Même les assistants pastoraux, catéchistes ou personnes hautement formées en sont exclus.

    Cette règle a été rappelée fermement en juin 2026 par le Dicastère pour le Culte divin, qui a rejeté une demande des évêques allemands souhaitant une dérogation exceptionnelle. Le Vatican a insisté sur le fait que l’homélie n’est pas une simple intervention ou un commentaire biblique, mais un acte liturgique lié à la proclamation de l’Évangile et à l’unité entre Parole et Sacrement dans l’Eucharistie.

    Pourquoi cette réserve au ministère ordonné ?

    1. Dimension sacramentelle : Le prêtre ou le diacre agit in persona Christi (au nom du Christ Tête) pendant la liturgie. L’homélie prolonge la proclamation de la Parole de Dieu de manière sacramentelle et pastorale. Les laïcs ont le sacerdoce commun des baptisés, mais pas le sacerdoce ministériel.
    2. Unité de la célébration : L’homélie fait partie intégrante de la Liturgie de la Parole et prépare à la Liturgie eucharistique. Elle n’est pas interchangeable avec d’autres formes de prédication.
    3. Tradition et théologie : Cela reflète la distinction entre le ministère ordonné (enseigner, sanctifier, gouverner de manière spécifique) et l’apostolat des laïcs, qui est surtout tourné vers le monde (évangélisation, témoignage dans la vie quotidienne, etc.).

    Ce que les laïcs peuvent faire

    Les laïcs peuvent prêcher dans d’autres contextes (canon 766) : réunions, retraites, célébrations de la Parole sans messe, etc., si nécessaire ou utile, selon les normes de la conférence épiscopale. Ils peuvent aussi :

    • Proclamer les lectures (sauf l’Évangile).
    • Animer des groupes de prière, catéchèse, formations.
    • Témoigner et évangéliser dans le monde.

    L’Église valorise fortement la contribution des laïcs, mais maintient cette distinction pour préserver le sens de la liturgie.

    En résumé, ce n’est pas un manque de confiance envers les laïcs (beaucoup sont théologiquement compétents), mais une question de nature sacramentelle et liturgique de l’homélie. Cette position a été réaffirmée récemment et s’applique à toute l’Église.

  • Cardinal Müller : « Il faut laisser coexister l’ancien et le nouveau rite. »

    IMPRIMER

    De kath.net/news

    « Il faut laisser coexister l’ancien et le nouveau rite. Interdire le latin ? Cela fait le jeu des rebelles »

    3 juillet 2026

    Le cardinal Gerhard Müller : « Traditionis Custodes n’a pas eu d’effet positif… Certes, il ne peut y avoir de compromis sur les dogmes, mais dans la pastorale pratique, une certaine tolérance est tout à fait possible. »

    Vatican (kath.net/pl) « Les mesures restrictives ont en fait servi de propagande aux partisans de Lefebvre, qui ont pu s’en servir pour diffuser leurs arguments. » C’est ce qu’explique le cardinal émérite de la Curie Gerhard Ludwig Müller dans un entretien avec Nico Spuntoni publié dans le journal italien « Il Giornale ». Les mesures restrictives devraient être levées « notamment parce que », selon Müller, « les partisans de Lefebvre peuvent faire de ces interdictions un symbole de résistance contre Rome ». Spuntoni décrit le préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi comme l’un « des plus éminents théologiens vivants » et comme « un membre très respecté du Collège cardinalice ». L’interview publiée dans « Il Giornale » est intitulée : « Laissez coexister les anciens et les nouveaux rites. Interdire le latin ? « Cela fait le jeu des rebelles ». Müller plaide pour que l’on mette fin à l’ère des restrictions imposées à la messe tridentine – qui a débuté en 2021 avec la publication de *Traditionis Custodes* – et que l’on revienne à la libéralisation de l’ancienne liturgie, dans l’esprit même de Ratzinger.

    Selon l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, « Traditionis Custodes n’a pas eu d’effet positif. Exiger une obéissance aveugle par des méthodes autoritaires ne correspond pas à notre style – ce n’est pas la voie chrétienne. Certes, il ne peut y avoir de compromis sur les dogmes, mais dans la pastorale pratique, il peut tout à fait y avoir une certaine tolérance. »

    Benoît XVI aurait « trouvé une bonne solution avec Summorum Pontificum, en reconnaissant pleinement l’ancien rite », ce qui aurait apporté une grande paix au sein de l’Église. Une fois de plus, le cardinal rappelle « que l’Église dispose de différents rites, qui prennent également des formes variées. On ne peut pas simplement interdire le rite dans sa forme traditionnelle. »

    Depuis *Traditionis Custodes*, « l’attitude autoritaire de nombreux évêques, qui ne pensaient qu’à imposer des interdictions », n’a certainement pas aidé, explique Müller ; cela ne correspond pas non plus « au style d’un bon berger. Je pense qu’un peu d’autocritique s’impose ici. L’affirmation selon laquelle quiconque préfère le rite traditionnel rejette le Concile Vatican II est fausse. Selon la même logique, on pourrait dire que tous ceux qui préfèrent le Novus Ordo n’acceptent pas pour autant le Concile : il suffit de penser à la situation en Allemagne, où certains évêques aiment certes se référer au Concile, mais en rejettent systématiquement l’enseignement. »

    Spuntoni a demandé comment il fallait répondre à ceux qui estiment que la soi-disant messe en latin nuit à l’unité ? Le cardinal Müller a répondu : « Comment pourrait-elle nuire, alors que les saints et les Pères de l’Église la célébraient sous cette forme ? Et le Concile Vatican II n’a jamais déclaré que la forme célébrée jusqu’alors était erronée ! Si l’on compare les deux formes, on constate d’un seul coup d’œil qu’il s’agit du même rite, qui ne diffère que par de très légères nuances. »

    Le préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a ajouté dans une interview accordée à « Il Giornale » : « Je célèbre la liturgie selon la nouvelle forme, mais je n’ai eu aucune hésitation à accepter des invitations pour célébrer pour ces groupes et associations qui sont pleinement fidèles à l’Église. Il y a quelques années, j’ai célébré la messe de clôture du pèlerinage traditionnel à Chartres devant 22 000 jeunes. Comment pourrions-nous leur dire de rester chez eux s’ils préfèrent la messe selon la forme traditionnelle ? »

    Interrogé sur la question, Mgr Müller apporte des précisions sur les idées fausses : « Il existe déjà au sein de l’Église des associations et des groupes qui célèbrent légitimement la forme traditionnelle tout en reconnaissant pleinement le Concile – en union avec le pape et le collège épiscopal. En effet, je dirais que l’autorisation sans réserve de cette forme liturgique et la promotion de l’acceptation du Concile offrent une solution à ceux qui – après la désobéissance liée aux ordinations de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X – souhaitent revenir à la pleine unité avec le pape, qui est le principe permanent de l’unité et le fondement de l’Église. »