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Léon XIV : le début de la transition

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D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

Léon XIV : le début de la transition

La nomination du cardinal Mauro Gambetti comme archevêque de Chieti-Vasto représente le premier véritable changement de personnel du pontificat de Léon XIV.

Gambetti était devenu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre en 2021 et a achevé son mandat de cinq ans. Il aurait pu être reconduit. Il aurait pu être nommé à un autre poste au Vatican, mais cela n’a pas été le cas.

Il est envoyé à la tête de l’archidiocèse de Chieti-Vasto, un diocèse mineur jusqu’ici dirigé par l’archevêque Bruno Forte.

Il est ironique de penser qu’au début du pontificat du pape François, l’archevêque Forte semblait une étoile montante, secrétaire spécial du Synode sur la famille et auteur, entre autres, d’un texte controversé lors de la session synodale de 2014 qui ouvrait la porte à l’accueil des homosexuels.

Forte incarnait le synode selon le pape François, et il y a douze ans, on lui prédisait une brillante carrière, avec un cardinalat tout proche. Forte a cependant été assez imprudent pour révéler des détails en coulisses du Synode qui, entre autres, mettaient en lumière une certaine ruse de la part du pape François. Il est donc resté à Chieti-Vasto, sans plus occuper de rôles de premier plan, à l’âge de 77 ans.

Celui qui prend sa place est l’un des cardinaux qui, plus que tout autre, a incarné le modus gubernandi du pape François. Gambetti a été créé cardinal lors du consistoire de 2020, mais n’a occupé aucune charge jusqu’en février 2021, date à laquelle il est devenu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, en remplacement du cardinal Angelo Comastri.

Sous Gambetti, la basilique Saint-Pierre a cessé d’accueillir de multiples messes. On a plutôt encouragé la concélébration de messes communautaires. L’accès à la basilique a été divisé entre pèlerins et touristes. Divers consultants ont été engagés, y compris au sein de la Fabrique de Saint-Pierre, créant des disparités de traitement et de travail.

Après cinq ans comme archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, et six ans comme cardinal, il était assez évident que le cardinal Gambetti serait nommé à un nouveau poste, même s’il n’était absolument pas acquis qu’il irait diriger un diocèse périphérique du centre de l’Italie, sans grande influence même au sein de la Conférence épiscopale italienne.

C’est une nomination qui ne donne pas l’impression d’une promotion, même si elle ne ressemble pas non plus exactement à une sanction.

La nomination de Gambetti à Chieti-Vasto a été annoncée le 3 octobre, mais dès le 2 octobre, il a convoqué le Chapitre de Saint-Pierre à 8 heures du matin pour l’annoncer. Ce geste inhabituel montre que très peu de choses, durant le mandat du cardinal Gambetti, ont été véritablement ordinaires.

Léon XIV a également convoqué une réunion du Chapitre et des membres de la Fabrique de Saint-Pierre pour le 30 novembre à midi. Cela aussi est inhabituel et annonce peut-être de nouvelles nominations ou une nouvelle structure pour la basilique Saint-Pierre et sa Fabrique, avec tout son patrimoine. Il est toutefois frappant que le Pape n’ait pas nommé immédiatement le successeur de Gambetti comme archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

Il semble que, avant de nommer un successeur, le Pape veuille que les finances de la basilique, du Chapitre et de la Fabrique soient examinées de près, car on murmure que la basilique, le Chapitre et la Fabrique se trouvent désormais en difficulté financière, et l’on raconte aussi que 22 millions auraient été perdus en seulement cinq ans.

Concernant le nouvel archiprêtre et vicaire du Pape pour l’État de la Cité du Vatican, on évoque le nom de Mgr Corrado Sanguinetti, évêque de Pavie, ainsi que celui de l’ancien maître des cérémonies, Mgr Guido Marini, aujourd’hui à la tête du diocèse de Tortone. Cependant, la nomination prendra du temps.

Léon XIV s’engage ainsi dans la réforme de l’une des administrations les plus controversées des dernières années du pontificat de François. La succession de Gambetti marque le début d’un nouveau chapitre et, probablement, un tournant dans le pontificat léonin.

Le Pape doit envisager de remplacer plusieurs chefs de dicastères qui ont plus de 75 ans et approchent de l’âge de la retraite.

L’un des dicastères clés est le Dicastère pour le Culte divin, dirigé par le cardinal Arthur Roche, aujourd’hui âgé de 77 ans. En tant que secrétaire puis préfet du Dicastère, Roche a renforcé et soutenu la « bataille » du pape François contre le monde traditionaliste. Son remplacement, et celui qui prendra sa place, ont également un poids idéologique. Son adjoint est l’archevêque Vittorio Viola, un autre considéré comme un ennemi de la tradition liturgique, même si, dans le diocèse de Tortone d’où il venait, il s’était distingué par une attention particulière à la liturgie.

On murmure que Roche comme Viola s’apprêtent à partir.

Roche pourrait être remplacé par l’archevêque Ravelli, actuellement maître des cérémonies pontificales, mais cette candidature ne semble pas avoir trouvé beaucoup d’écho. Ravelli figure cependant invariablement parmi ceux destinés à un nouveau poste, car Léon XIV pourrait vouloir un autre maître des cérémonies à ses côtés. Il est peut-être plus probable qu’il soit nommé secrétaire du dicastère, tandis que l’archevêque Viola semble destiné à une promotion au cardinalat, à savoir préfet du Dicastère pour les Causes des saints. Le préfet actuel, le cardinal Marcello Semeraro, a 78 ans et prendra bientôt sa retraite.

On ne sait pas encore qui sera le nouveau préfet de la liturgie, et Léon XIV s’est jusqu’ici montré très habile à redistribuer les cartes. Les préfets choisis jusqu’à présent par Léon sont de deux types : les clercs sont en général des hommes laborieux, modestes et pas nécessairement charismatiques, mais reconnus comme honnêtes ; les laïcs ont jusqu’ici été toutes des femmes, de sœur Alessandra Smerilli à Maria Montserrat Alvarado, qui prendra ses fonctions de préfète du Dicastère pour la Communication en novembre.

Le nouveau préfet instaurera-t-il enfin la paix liturgique ?

On l’espère, étant donné que la fracture entre le monde traditionaliste et le Saint-Siège est aujourd’hui plus ouverte que jamais, à la suite du schisme des lefebvristes qui ont consacré de nouveaux évêques sans mandat papal.

Certes, la question lefebvriste méritait un examen plus approfondi, et le décret du Dicastère pour la Doctrine de la foi présente plusieurs problèmes, puisqu’il déclare même nuls les sacrements de confession et de mariage administrés par les membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

Les prêtres de la FSSPX pouvaient validement entendre les confessions et absoudre les pénitents en vertu de certaines exceptions existantes et d’une permission explicite de l’époque de François, mais le mariage est différent. Les ministres du sacrement sont les époux eux-mêmes, et les clercs se contentent de recevoir les vœux des époux pour l’Église. C’est une affaire compliquée, et le décret du DDF n’a sans doute pas rendu justice à toute cette complexité.

En tout cas, il n’est pas question, pour l’heure, d’un changement à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la foi, où le cardinal Victor Manuel Fernández a encore deux ans de mandat. Léon XIV ne semble pas vouloir mettre en œuvre un système de dépouille radical, mais plutôt agir lorsque les mandats des nominations du pontificat précédent expirent.

Une exception à ce raisonnement concerne le Secrétariat d’État.

Des rumeurs suggèrent que le cardinal Pietro Parolin serait prêt à se retirer pour devenir grand maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre. Parolin a 72 ans, avec encore trois ans avant la retraite, mais il a exercé les fonctions de secrétaire d’État pendant plus de deux mandats de cinq ans. Ce ne sont cependant que des rumeurs. Pour l’instant, le cardinal Parolin semble solidement en place.

Le départ de Gambetti marque toutefois le moment où Léon XIV commence à assembler son équipe et à imprimer sa propre marque personnelle sur le pontificat. Le pape François a laissé de nombreuses questions en suspens, et jusqu’à présent, Léon XIV s’est principalement concentré sur les questions ecclésiastiques. Sur le plan économique, il a privilégié la continuité, tant en nommant le cardinal Reinhard Marx pour un troisième mandat à la présidence du Conseil pour l’économie qu’en nommant François Pauly président du Conseil de surveillance de l’IOR après de Franssu. Pour les ministères ecclésiastiques, il a maintenu un profil bas, recherchant la normalité. Pour les ministères plus opérationnels, comme les communications, il a recherché des profils plus opérationnels et managériaux.

Ces tendances ne reflètent pas pleinement le caractère du pontificat, mais ne révèlent qu’un pape qui s’efforce de prendre des décisions prudentes.

Il n’est ni François 2.0 ni un second François. C’est un pape avec ses propres caractéristiques, qui n’a rien contre le pontificat précédent, mais qui cherche néanmoins sa propre dimension dans le gouvernement de l’Église. On ne peut le définir ni comme progressiste ni comme conservateur. Il est, tout simplement, Léon. C’est une synthèse personnelle qui inclura des actions telles que le retrait de l’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, ou l’inaction dans d’autres situations.

Ce n’est pas surprenant. Ce n’est qu’une transition lente.

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