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Afrique

  • Histoire : la mort subite de l'Église d'Afrique du Nord

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    La mort subite de l'Église africaine

    20 juillet 2026

    L'effondrement total d'une civilisation est rare. En Occident, une continuité existe entre le passé romain et nos États contemporains, malgré les invasions de groupes « barbares ». Les Francs, ce peuple antique qui s'est installé en Gaule romaine, ont été façonnés par la culture romaine pour devenir le peuple que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Français. Mais qu'en est-il des cas où il n'y a aucune continuité, où une civilisation disparaît complètement et où il ne reste qu'une couche de cendres ? C'est ce qui est arrivé à l'Afrique du Nord romaine, une civilisation florissante, singulière mais pleinement intégrée au vaste monde romain. Le cœur battant de cette civilisation, l'Église africaine, n'a plus de descendant vivant.

    L'Église africaine comptait parmi les plus brillantes intellectuellement du christianisme primitif. On dit que Carthage abritait des chrétiens dans ses rues à l'époque apostolique. Et pour cause : Carthage était un centre névralgique de l'empire d'Occident, peut-être surpassée seulement par Rome en termes de cosmopolitisme. L'Église primitive y trouva un terreau fertile. Carthage nous a donné Tertullien et saint Cyprien, géants intellectuels qui ont contribué à définir l'orthodoxie de l'Église naissante.

    Contrairement à une grande partie de l'empire romain de langue latine, l'Afrique du Nord était marquée par un mélange d'influences culturelles contradictoires. La culture romaine dominante y était toujours présente, tout comme l'ancienne civilisation punique sur laquelle Rome s'était construite quelques siècles auparavant. Saint Augustin d'Hippone illustre parfaitement cette dualité culturelle, avec son père romain, Patricius, et sa mère punique, sainte Monique.

    Augustin fut la figure marquante de l'Église africaine, régnant comme évêque d'Hippone mais exerçant une influence bien au-delà de son diocèse. Par les synodes et les conciles d'Hippone et de Carthage, le canon occidental de la Bible fut adopté et ne fut plus remis en question pendant onze siècles. Les enseignements de l'Église sur le péché originel, la relation entre l'Église et l'État, le monachisme occidental et la morale furent développés par Augustin au sein de l'Église africaine, puis diffusés dans le reste du monde latin.

    À l'époque d'Augustin, l'Afrique du Nord était une civilisation profondément chrétienne. Elle comptait des centaines d'évêchés, de fréquents synodes et un sens aigu de la discipline ecclésiastique. Dans la petite ville de Thagaste, le monachisme occidental naquit sous la règle de saint Augustin. Augustin participa à des dizaines de conciles et entretint une correspondance abondante avec des évêques, des moines, des représentants impériaux et des papes. L'Église africaine était profondément catholique dans sa tradition et sa théologie sacramentelle, mais marquée par un paroissialisme farouche et une rigueur morale.

    La mort d'Augustin en 430, lors du siège d'Hippone par les Vandales, offre une analogie pertinente avec la situation de l'Église africaine au Ve siècle, cernée par ses ennemis et bientôt à la merci des aléas politiques de la région. Les Vandales soumirent la ville par la confiscation des biens de l'Église, l'expulsion du clergé catholique et l'imposition de l'hérésie arienne. Une fois l'Afrique du Nord occupée par les Vandales, les fidèles survivants de l'Église africaine se réfugièrent en Italie et en Gaule méridionale.

    Mais la tyrannie barbare fut de courte durée. Les Vandales, peuple germanique, comprenaient mal l'économie de l'Afrique du Nord et trouvaient la gestion d'un État-nation en territoire étranger bien trop complexe. L'Empire romain d'Orient reprit la région en 533, avec un nombre de victimes limité. Mais le mal était fait. L'Afrique du Nord était largement dépeuplée, et le déclin démographique et la désorganisation économique rendirent la région méconnaissable. Contrairement aux persécutions romaines antérieures, qui avaient souvent renforcé l'identité chrétienne, l'arianisme vandale rongea l'Église africaine de l'intérieur, en s'attaquant à ses dirigeants et à la vitalité de sa vie sacramentelle.

    De plus, les principales controverses théologiques de l'empire, notamment les disputes sur la christologie, se déroulaient principalement dans le monde grec, loin de l'Occident latin. Le christianisme africain devint marginalisé au sein du nouvel Empire romain, où le grec remplaça le latin comme langue officielle en 620. L'Église africaine, liée à la langue latine, ne put participer à la vie intellectuelle de la chrétienté.

    Le coup de grâce fut porté à la fin du VIIe siècle avec l'essor des armées arabes, qui déferlèrent des plaines d'Arabie vers l'Égypte et la Syrie. Les armées du califat conquirent l'Afrique romaine en 647, mais furent repoussées par les Romains, avant de revenir triomphalement en 698. Les Arabes s'emparèrent des institutions de Carthage et de ses environs, satisfaisant ainsi l'ancienne revendication de Caton l'Ancien : « Carthago delenda est ». Carthage, l'antique cité de Didon et d'Hannibal, fut détruite, ainsi que tous ses palais, archives et églises. Les armées arabes établirent leur quartier général dans la ville voisine de Tunis, utilisant les matériaux provenant des ruines de Carthage pour leurs constructions. Malgré sa destruction, Carthage conserva un siège titulaire au sein de l'Église catholique jusqu'en 1964, date à laquelle ce statut fut définitivement supprimé.

    Après l'invasion arabe, il ne subsiste aucune trace de l'Église d'Afrique du Nord. C'est comme si les lumières de toute une civilisation s'étaient éteintes subitement et définitivement. Aucune lettre ne nous est parvenue. On trouve quelques mentions d'un évêque africain exilé à la cour de Charlemagne ou à Rome. Mais le chroniqueur médiéval ne semblait pas juger nécessaire de s'attarder sur le sort de l'Église africaine. Sans réseaux épiscopaux solides, sans monastères ni institutions éducatives, l'Église dépérit. Les conversions à l'islam, souvent sous la pression économique et culturelle, réduisirent inexorablement le nombre de chrétiens. Avec le temps, la culture chrétienne latine disparut complètement, ne laissant que de faibles traces archéologiques.

    Dans certaines anciennes villes romaines d'Afrique du Nord, des stèles latines gravées de bénédictions pour les défunts subsistent, derniers vestiges matériels de l'Église africaine et de la civilisation romano-punique. Les lettres papales sont les derniers textes à éclairer l'état final de l'Afrique romaine à la fin de son règne. Quelques correspondances nous sont parvenues du Xᵉ siècle, et plus significativement du XIᵉ siècle, lorsque des lettres latines furent adressées aux deux derniers évêques connus de Carthage. Elles décrivent une Église en ruine, avec seulement cinq évêques africains après trois siècles d'occupation. Un siècle plus tard, le calife almohade Abd al-Mu'min ordonna aux juifs et aux chrétiens de la région de se convertir sous peine d'exécution. La suite de l'histoire de l'Église africaine demeure perdue.

    L'Église africaine de la fin du XIe siècle a donné naissance à une dernière figure marquante, un médecin que nous connaissons sous le nom de Constantin l'Africain. Réfugié carthaginois devenu moine bénédictin à l'abbaye du Mont-Cassin, en Italie centrale, Constantin aurait introduit en Occident le corpus des textes médicaux arabes et joué un rôle déterminant dans la renaissance de la médecine occidentale en Europe. Bien que son biographe, Pierre le Diacre, le décrive comme un Sarrasin, il est surtout connu pour sa parfaite maîtrise du latin, langue dans laquelle il traduisit l'ensemble de ses œuvres. Il est donc probable que Constantin ait été l'un des derniers représentants de l'Église africaine.

    En définitive, le déclin de l'Église africaine nous confronte à une vérité troublante : la fragilité de la culture et de son partenaire pédagogique, l'Église. Tertullien demandait déjà au IIIe siècle : « Quel rapport y a-t-il entre Athènes et Jérusalem ? » Autrement dit, quel est le lien entre la culture et l'Église ? L'Église africaine a contribué à définir le christianisme occidental et a doté le monde latin de son langage doctrinal, disciplinaire et spirituel. Pourtant, cette même Église africaine qui a si fermement façonné l'Occident chrétien démontre aussi combien la vitalité naturelle de l'Église est intimement liée à la culture, à la langue et aux institutions sociales.

    Le christianisme ne se réduit jamais à la culture, mais il n'existe pas non plus en vase clos. L'Église africaine a prospéré grâce à son ancrage dans un monde dynamique de villes, d'écoles, de réseaux civiques et d'une langue commune, permettant ainsi la diffusion et la transmission de ses enseignements. Lorsque ces structures se sont effondrées, lorsque l'alphabétisation en latin a décliné, la transmission épiscopale est devenue impossible à assurer. Et lorsque la vie chrétienne a été coupée de ses racines sacramentelles et éducatives, l'Église a rencontré le cheval blanc tant attendu de l'Apocalypse. La leçon à en tirer pour notre époque est claire : l'orthodoxie seule n'a pu préserver l'Église africaine. La sainteté héroïque des martyrs n'a pu la sauver. Sans continuité de la vie culturelle et communautaire, la vie de foi deviendra une relique du passé.

  • Le Parlement européen condamne les massacres de chrétiens au Nigeria

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    De Thibault van den Bossche sur le site de l'ECLJ (European Centre for Law & Justice) :

    Le Parlement européen condamne les massacres de chrétiens au Nigeria

    15 Juillet 2026

    Le Parlement européen a adopté, le 9 juillet 2026, une résolution consacrée aux persécutions visant les chrétiens au Nigeria après le massacre de Kawel, dans l'État du Plateau. Les députés condamnent l'impunité persistante, réclament des enquêtes indépendantes et reconnaissent que les chrétiens constituent le groupe religieux le plus persécuté au monde. Tout en maintenant une analyse multifactorielle des violences, les députés accordent une attention particulière aux persécutions visant les communautés chrétiennes et appellent à renforcer leur protection.

    Le 9 juillet 2026, le Parlement européen a adopté une résolution d'urgence consacrée aux persécutions des chrétiens au Nigeria, à la suite du massacre perpétré le 22 juin dans le village de Kawel, dans l'État du Plateau. Les députés condamnent fermement cette attaque et soulignent qu'elle ne constitue pas un fait isolé. Ils rappellent qu'elle s'inscrit dans un schéma plus large de violences frappant la Ceinture centrale du Nigeria, où des communautés agricoles majoritairement chrétiennes, des chefs religieux, des écoles, des établissements de santé et des lieux de culte sont régulièrement pris pour cible.

    Le Parlement met également en cause les autorités nigérianes, estimant qu'elles n'ont pas su prévenir ces attaques malgré les alertes répétées des communautés locales, des Églises et des organisations de défense des droits de l'homme. Il demande des enquêtes indépendantes et la fin de l'impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes.

    Quelques semaines avant le massacre de Kawel, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) avait soumis une contribution à la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, Nazila Ghanea, en préparation de sa visite officielle au Nigeria du 8 au 19 juin 2026. Fondée sur des témoignages recueillis sur le terrain, des registres hospitaliers et l'identité des victimes, cette contribution documentait déjà une longue série d'attaques visant spécifiquement des communautés chrétiennes du nord et du centre du Nigeria.

    Une reconnaissance nette de la persécution des chrétiens

    En rappelant que les chrétiens constituent aujourd'hui le groupe religieux le plus persécuté au monde et que l'absence de réponse à cette persécution compromet la protection de la liberté de religion, les députés européens inscrivent la situation au Nigeria dans le cadre plus large des persécutions religieuses. Cette analyse rejoint celle de la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction qui, à l'issue de sa visite officielle dans le pays, avait appelé les autorités nigérianes à mieux protéger la liberté de religion et dénoncé l'impunité persistante.

    Le Parlement européen attire également l'attention sur la situation particulièrement préoccupante des femmes et des filles, dénonçant l'augmentation des enlèvements ciblés, des rapts et des violences qui les frappent de manière disproportionnée. Le 8 juin 2026, plusieurs experts des Nations unies avaient aussi alerté sur les meurtres, enlèvements, conversions forcées, mariages forcés et violences sexuelles visant les communautés chrétiennes et d'autres minorités religieuses au Nigeria.

    Les données recueillies par l'ECLJ confirment cette aggravation de la situation. Selon le rapport 2026 de l'Observatory for Religious Freedom in Africa (ORFA), 28 551 chrétiens ont été tués entre 2019 et 2025, contre 13 224 musulmans. Une fois rapportées à la répartition religieuse des populations concernées, les communautés chrétiennes présentent un taux de mortalité 4,4 fois supérieur à celui des musulmans, confirmant qu'elles sont touchées de manière disproportionnée par les violences.

    Une résolution qui demeure prudente sur les causes des violences

    Malgré ces avancées, la résolution conserve une lecture multifactorielle des violences. Le Parlement européen les explique par une combinaison de tensions religieuses, ethniques et intercommunautaires, de conflits entre agriculteurs et éleveurs, de différends fonciers, de pressions climatiques, de criminalité organisée, d'activités extrémistes et d'impunité.

    Cette approche traduit la volonté des députés de tenir compte de la complexité du contexte nigérian. Elle tend toutefois à relativiser la dimension spécifiquement antichrétienne des attaques, pourtant de plus en plus documentée par les partenaires de terrain, les organisations de défense des droits de l'homme et plusieurs experts des Nations unies.

    Les violences ne se limitent pas à des affrontements pour le contrôle des terres ou des ressources. Elles visent de manière répétée des villages majoritairement chrétiens, des églises, des célébrations religieuses, des pasteurs, ainsi que des femmes et des enfants victimes de conversions et de mariages forcés. Les experts des Nations unies reconnaissent eux-mêmes que «la violence visant les chrétiens et d'autres minorités religieuses continue d'être endémique», tout en documentant des attaques spécifiquement dirigées contre ces communautés.

    Les informations recueillies récemment par les partenaires locaux de l'ECLJ montrent que cette persécution se poursuit. À la fin du mois de juin 2026, un nouvel enlèvement de masse dans l'État de Borno a porté à plus de 190 le nombre d'enfants chrétiens actuellement recensés comme captifs, un chiffre qui pourrait dépasser 200 selon les informations recueillies sur le terrain.

    Une résolution qui appelle désormais des actions concrètes

    La résolution du Parlement européen constitue un signal politique important, en invitant l'envoyée spéciale de l'Union européenne pour la liberté de religion ou de conviction à accorder une attention particulière à la détérioration de la situation des chrétiens et des autres communautés religieuses persécutées au Nigeria. Cette reconnaissance devra désormais se traduire par des mesures concrètes.

    Depuis 2013, l'ECLJ a saisi les Nations unies à plus de trente-cinq reprises sur les persécutions des chrétiens au Nigeria. Pourtant, les attaques continuent de se multiplier. La lutte contre l'impunité, la protection effective des populations civiles et la reconnaissance plus explicite à l’ONU et au Parlement européen de la dimension antichrétienne d'une partie de ces violences demeurent des conditions essentielles pour enrayer cette tragédie.

    Pour la défense des Chrétiens persécutés
    Lire le texte complet de la pétition et signer la pétition
  • "Europe et Afrique" : la leçon magistrale du Cardinal Sarah au Parlement Européen

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    2026_07_16_09_40_11_Greenshot.pngParlement européen, Salle SPAAK 5B1, Bruxelles

    Mercredi 15 juillet 2026

    LECTIO MAGISTRALIS de S.E.R. le Card. Robert Sarah

    « EUROPE ET AFRIQUE. EN DIALOGUE AVEC LE CARD. ROBERT SARAH »

    1. Logos, parole et visions du monde opposées

    Monsieur le Président,
    Honorables membres du Parlement européen, Amis de ProVita et Famiglia,
    Mesdames, Messieurs,

    je vous remercie de m'avoir invité à partager avec vous, dans cette maison des peuples d'Europe, quelques réflexions qui me tiennent à cœur en tant que fils de l'Afrique et pasteur de l'Église catholique. Je ne viens pas à vous avec un discours de circonstance, mais avec une question que je considère décisive pour l'avenir de nos deux continents : pouvons-nous encore nous comprendre ? Les mots que nous utilisons — « droits humains », « dignité », « développement », « liberté », « santé », « genre », « famille » — signifient-ils encore la même chose pour ceux qui les prononcent à Bruxelles, à Strasbourg, à Kampala ou à Conakry ?

    Le Pape Léon XIV, en recevant en janvier dernier le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, a prononcé une phrase que je voudrais poser comme clé de lecture de toute ma réflexion d'aujourd'hui. Le Pape a affirmé : « Nous avons besoin que les mots expriment de nouveau, de manière univoque, des réalités certaines. Ce n'est qu'ainsi que peut reprendre un dialogue authentique et sans malentendus »1. Il nous dit que la crise que nous traversons — crise géopolitique, crise des droits, crise du multilatéralisme — est, à sa racine, au-delà du langage : une crise du logos, de la raison.

    Dans le dossier qui a été préparé pour cette rencontre, et que j'ai étudié avec attention, il ressort avec une clarté documentée que, dans les relations entre l'Union européenne et l'Afrique, les mots sont aujourd'hui utilisés non pour révéler la réalité, mais pour la cacher, voire pour la renverser2. On parle de « santé sexuelle et reproductive » et l'on entend, dans bien des cas, l'accès à l'avortement. On parle d'« égalité de genre » et l'on entend, parfois, la déconstruction de la différence sexuelle entre l'homme et la femme, inscrite dans le corps de l'être humain. On parle de « droits humains » pour les pays africains, et l'on entend l'imposition de catégories juridiques étrangères à notre histoire, à notre foi, à notre culture, à notre vision anthropologique. Si les mots ne signifient plus ce qu'ils disent, comment peut-il y avoir un dialogue authentique ? Comment l'Afrique peut-elle se fier à une Europe qui parle avec des mots équivoques, à double sens ?

    Il ne s'agit pas d'un problème de sémantique académique : c'est un problème politique, un problème de vérité, d'honnêteté dans les relations humaines, de première importance. Un traité, une résolution, un plan d'action qui utilisent un vocabulaire imprécis et ambigu ne sont pas des instruments de coopération, mais des instruments de perversion et de pouvoir silencieux, de néo-colonialisme culturel et économique : celui qui contrôle le sens des mots contrôle, de fait, l'issue de la négociation, sans que l'autre partie s'en aperçoive. C'est exactement ce qui se passe et que, dans cette Lectio, je chercherai à mettre en lumière, à la lumière de l'Évangile et de la raison3.

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  • Comment le monde interprète mal la violence au Nigeria

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    Comment le monde interprète mal la violence au Nigeria

    ORFA, 30 juin 2026 – Sept attaques par jour… et pourtant, les milices les plus meurtrières échappent à l’attention internationale, révèle une étude portant sur six années de données

    Les groupes terroristes déchirent le Nigeria, tandis que le monde extérieur interprète mal la situation, selon les data scientists à l’origine d’une étude historique.

    79 323 personnes ont été tuées au Nigeria entre 2020 et 2025, soit une moyenne de sept attaques par jour. Plus de 42 000 d’entre elles étaient des civils innocents.

    Les chercheurs de l’ORFA (Observatoire pour la liberté religieuse en Afrique) ont passé des années à recouper les schémas d’attaques — et les données recueillies remettent en cause des hypothèses de longue date.

    Boko Haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (ISWAP) — les groupes terroristes les plus souvent tenus pour responsables des violences — ont perpétré à eux deux 12 % des meurtres de civils : 8 % pour Boko Haram et 4 % pour l’ISWAP.

    D’autres acteurs ont fait un nombre de victimes bien plus élevé. Les milices classées dans la catégorie des « groupes terroristes peuls » ont tué 44 % de l’ensemble des civils — soit quatre fois plus que Boko Haram et l’ISWAP réunis.

    L’étude de l’ORFA recense jusqu’à 60 éléments de données pour chaque incident violent, en fonction des circonstances de l’événement.

    L’ORFA prend soin de faire la distinction entre les groupes terroristes armés peuls et le peuple peul dans son ensemble, dont la grande majorité n’est pas impliquée dans des actes de violence. « Les données rendent cela très difficile à ignorer », déclare Frans Vierhout, analyste de recherche senior à l’Observatoire pour la liberté religieuse en Afrique. « Nous examinons comment ces meurtres sont commis : qui sont leurs cibles, où ils opèrent, les fluctuations saisonnières du nombre de meurtres… et les preuves pointent clairement dans une seule direction. »

    « La violence liée aux milices peules est la principale cause du nombre de morts au Nigeria. L’attention que porte l’Occident à Boko Haram est, au mieux, trompeuse. Le Nigeria est en train de voir naître un réseau terroriste que le monde extérieur n’a pas encore reconnu. »

    Principales conclusions : le rapport complet est accessible ici

    79 323 personnes ont été tuées dans des actes de violence liés au terrorisme au cours de la période étudiée — soit une moyenne de 36 personnes par jour
     
    42 033 victimes étaient des civils ; les forces de sécurité et les groupes terroristes sont responsables de 37 290 décès
     
    Boko Haram n’est pas le groupe le plus meurtrier. Les groupes terroristes peuls ont tué 44 % des civils (18 577) ; Boko Haram et l’ISWAP ont tué à eux deux 12 % (4 941)
     
    Deux fois plus de chrétiens que de musulmans ont été tués : 28 551 chrétiens contre 13 224 musulmans. Lorsque l’on examine les pertes chrétiennes par rapport à la population des États concernés, on constate que les chrétiens ont été tués à un rythme 4,4 fois supérieur à celui des musulmans dans les États touchés – ce qui représente une perte proportionnelle énorme pour les populations locales

    75 % des civils tués lors d’attaques contre des communautés : raids contre des villages agricoles accompagnés d’enlèvements, de viols et de destructions de biens
     
    Enlèvements : 34 773 civils ont été enlevés. Les « groupes terroristes peuls » et les « groupes terroristes non identifiés » ont respectivement perpétré 43 % et 49 % des enlèvements
     
    « La captivité selon la confession » : les recherches de terrain menées par l’ORFA indiquent que les otages chrétiens et musulmans sont traités différemment. Les captifs musulmans font l’objet de rançons moins élevées et subissent moins de violences ; les chrétiens, quant à eux, doivent payer des rançons plus élevées et courent un risque plus important d’être exécutés.
     
    Les otages chrétiennes sont victimes de violences sexuelles extrêmes, de conversions forcées et de mariages forcés.
    Les auteurs de l’étude sur six ans de l’ORFA exhortent les gouvernements et les organismes internationaux à se pencher attentivement sur les données publiées aujourd’hui.

    L’étude détaillée, comprenant tous les chiffres, est accessible à l’adresse suivante : www.orfa.africa

  • L'envoyée spéciale de l'ONU affirme que le Nigeria souffre à cause de l'islam radical et de la corruption politique

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    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    L'envoyée spéciale de l'ONU affirme que le Nigeria souffre à cause de l'islam radical et de la corruption politique.

    Nazila Ghanea rapporte que la liberté religieuse est systématiquement étouffée dans ce pays africain par des terroristes et des dirigeants politiques qui instrumentalisent la religion à des fins de « pouvoir, de politique et de richesse ».

    Yaoundé : La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction, Nazila Ghanea, a dressé un constat alarmant de la liberté de religion au Nigéria, affirmant que le droit fondamental à la liberté de religion ou de conviction est systématiquement étouffé par l'instrumentalisation de la religion.

    « Cette visite officielle dans le pays visait à explorer comment la liberté de pensée, de conscience et de religion (liberté de religion ou de conviction) interagit avec les réalités des droits de l’homme sur le terrain dans ce vaste territoire », a déclaré Mme Ghanea dans son observation préliminaire.

    Elle a déclaré que lors de réunions avec diverses parties prenantes, notamment les autorités fédérales et étatiques d'Abuja, de Plateau et de Kano, les discussions concernant la liberté de religion ou de conviction ont été immédiatement et largement éclipsées par de vives inquiétudes concernant la violence généralisée.

    Le Nigeria est ravagé par une violence généralisée depuis des décennies, notamment par des organisations terroristes comme le groupe militant islamiste Boko Haram, qui cherche à établir un califat au Sahel. Selon les chiffres de l'ONG d'inspiration catholique International Society for Civil Liberties and the Rule of Law, il pourrait exister jusqu'à 22 organisations terroristes de ce type au Nigeria.

    Selon le rapporteur de l'ONU, les communautés rurales de certaines régions subissent un cycle dévastateur de violences de masse, de meurtres et d'incendies criminels, perpétrés dans la grande majorité des cas en toute impunité. Chassés de leurs foyers par ces attaques, les survivants sont souvent contraints de se réfugier dans des camps de déplacés où ils perdent leurs moyens de subsistance et leurs perspectives agricoles.

    Bien que ces communautés terrorisées soient majoritairement chrétiennes, Ghanea souligne que cette perte tragique de vies humaines et de dignité est une tragédie universelle qui transcende toutes les clivages religieux, ethniques et idéologiques.

    Cette crise humanitaire est aggravée par le ciblage incessant de l'éducation, comme en témoignent les enlèvements répétés d'écoliers que les autorités traitent ou empêchent rarement.

    « L’intervention des autorités conduit parfois à la libération d’un petit nombre d’écoliers, souvent après une longue et douloureuse attente », a-t-elle déclaré.

    Ensemble, ces défaillances systémiques constituent une atteinte profonde et généralisée aux droits fondamentaux de l'homme et de l'enfant.

    Bien que les chiffres exacts soient difficiles à obtenir, car de nombreux meurtres ne sont pas signalés, les données d'Intersociety suggèrent qu'au cours des 14 années précédant 2023, au moins 52 250 chrétiens ont péri dans les violences persistantes. Dans un rapport actualisé publié cette année, l'organisation indique qu'entre juillet 2009 et mars 2026, 190 150 Nigérians ont été tués par des bandits, des insurgés de Boko Haram et des éleveurs armés présumés. Ce total comprend environ 128 750 chrétiens et 61 400 musulmans modérés.

    La rapporteuse de l'ONU a cité des témoignages de victimes de l'aggravation des violences au Nigéria, chaque témoignage faisant état de souffrances indicibles.

    « Une victime a raconté avoir été déplacée six fois au cours des dix dernières années, devant à chaque fois tout recommencer et se déplacer de champ en champ, de champ en camp, puis de nouveau à champ, pour ensuite assister au meurtre de membres de sa famille et de voisins proches avant d'être contrainte de se reloger dans des conditions encore plus précaires. Une autre a témoigné que trois membres de sa famille avaient été pris pour cibles », a-t-elle raconté.

    Ghanea a décrit en détail des réalités horribles au niveau des villages, où des innocents sont tués ou déplacés de façon répétée.

    Ce qui demeure incontestable, c'est que, dans certains villages et hameaux du pays, des dizaines d'innocents subissent régulièrement des meurtres, des violences de masse et la destruction totale de leurs moyens de subsistance, sans que justice soit rendue. Parmi les cas les plus horribles, on compte des incendies criminels de grande ampleur qui ont ravagé des communautés entières, les survivants étant contraints de se réfugier dans des camps de personnes déplacées, sans espoir de retour, incapables de cultiver la terre, de gagner leur vie et de subvenir aux besoins de leurs familles.

    La violence est si horrible que, dans certains cas, les villageois doivent signer de « sinistres accords de paix » avec leurs agresseurs.

    « Dans d’autres cas, les communautés rurales sont contraintes de conclure des “accords de paix” avec les bandits – leur attribuant des champs, leur accordant les revenus des récoltes d’autres champs et “prenant toutes les femmes qu’ils veulent” du hameau », a déclaré l’envoyé de l’ONU.

    Dans son rapport préliminaire publié vendredi, Ghanea a déclaré que les discussions sur la liberté de religion ou de conviction au Nigéria « suscitent de vives inquiétudes quant à l’insécurité, la violence et les conflits qui se sont répandus dans tout le pays et ont généré une forte inquiétude, bien qu’à des degrés et pour des raisons différents ».

    « Ces fléaux comprennent les actes terroristes, les violences de gangs et les incursions de bandits, l’accaparement des terres entraînant des déplacements massifs de population, les conflits armés et le vol de bétail, les prises d’otages et les incendies criminels, la destruction de lieux saints et d’écoles, les enlèvements à grande échelle dans les zones reculées et les troubles civils liés aux manifestations et aux grèves, la destruction des terres agricoles irriguées et de villages entiers, ainsi que la destruction des moyens de subsistance, à travers des cycles sans fin de menaces, de peur et de mort dans des régions de plus en plus vastes du pays. »

    Elle a révélé qu'au lieu de constituer une liberté individuelle protégée, la religion au Nigéria s'est désormais transformée en un « principe organisateur » extrêmement vulnérable, exploité par les politiciens pour acheter de l'influence depuis les chaires et par les groupes armés pour justifier des violences horribles, des déplacements massifs de population et des lynchages.

    Ghanea a expliqué que l’instrumentalisation de la religion est structurellement ancrée à tous les niveaux de la société ; depuis les formulaires administratifs qui contraignent les citoyens à déclarer leur foi, jusqu’aux dispositions pénales de la charia et du blasphème au niveau de l’État que les autorités locales défendent ouvertement en insistant sur la « moralité avant la légalité ».

    Elle a imputé l'aggravation des violences et la destruction des moyens de subsistance au manque de responsabilité du gouvernement.

    « L’impunité et le manque de responsabilité auraient enraciné ces cycles de peur et de violence et favorisé leur propagation », a-t-elle déclaré, soulignant que ce qui était autrefois contenu dans des régions spécifiques s’est maintenant étendu à une grande partie du pays, principalement en dehors des zones urbaines.

    L’envoyée de l’ONU a déclaré que tenter d’expliquer la situation nigériane comme un simple conflit entre le « nord majoritairement musulman et le sud chrétien » passe complètement à côté du problème, et que cela restreint les libertés individuelles et rend la nation très vulnérable à l’instrumentalisation de la religion.

    « Cela éloigne la notion de « religion » du droit fondamental à la liberté de religion ou de conviction… Il est également rapporté que les formulaires de demande de passeport nigérian et de numéro d’identification national (NIN) comportaient auparavant un champ relatif à la religion, mais que celui-ci a été supprimé conformément aux normes internationales », a-t-elle indiqué, laissant entendre que d’autres formulaires devraient suivre le même chemin.

    Selon elle, nombre de ses interlocuteurs se résignaient au fait que les politiciens à tous les niveaux chercheraient à « acheter de l’influence » auprès des prédicateurs religieux, instrumentalisant ainsi la religion à des fins de « pouvoir, de politique et de richesse ».

    La Rapporteuse spéciale a également souligné de profondes tensions juridiques entre la Constitution fédérale du Nigéria et les lois des États, notamment en ce qui concerne les sanctions pénales et le blasphème introduits dans les États du nord au début des années 2000. Elle a relevé la contestation observée dans l'État de Kano suite à une décision historique de la Cour de justice de la CEDEAO en avril 2025 contre les lois sur le blasphème, certaines autorités de l'État affirmant que les décisions ne sont pas contraignantes et défendant les lois au nom de « notre culture » et de la « morale plutôt que de la légalité ».

    Le Ghana s'est fermement opposé à cette fragmentation des droits, reprenant les arguments des experts juridiques qui considèrent de telles lois étatiques comme une violation directe de la disposition constitutionnelle selon laquelle le gouvernement ne peut adopter aucune religion comme religion d'État.

    « Un interlocuteur a insisté sur le fait qu’il fallait “élever la constitution” », a rapporté Ghanea.

    Malgré ce constat alarmant, Ghanea a salué le « dynamisme et la franchise des acteurs de la société civile nigériane », soulignant que le pays possède l'expertise, la jeunesse inspirante et les initiatives de consolidation de la paix menées par les communautés, autant d'éléments nécessaires pour garantir l'égalité des droits pour tous. Elle a toutefois conclu : « Le chemin est encore long avant que cet objectif ne soit atteint. »

    Son rapport complet et ses recommandations seront présentés au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies en mars 2027.


    Ngala Killian Chimtom est un journaliste camerounais fort de onze années d'expérience. Il travaille actuellement comme reporter et présentateur pour la Radio Télévision Camerounaise (radio et télévision). Chimtom collabore également avec plusieurs médias, dont IPS, Ooskanews, Free Speech Radio News, Christian Science Monitor, CAJNews Africa, CAJNews, CNN.com et Dpa.
  • Le clergé de la République démocratique du Congo dénonce l'apathie du gouvernement face à la violence et aux maladies

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    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    Le clergé de la République démocratique du Congo dénonce l'apathie du gouvernement face à la violence et aux maladies

    « Des gens sont tués chaque jour », a déclaré sœur Josée Ngalula, professeure de théologie dogmatique à l’Université catholique du Congo à Kinshasa.

    Les responsables religieux de la République démocratique du Congo ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'accent mis par le gouvernement sur la réforme constitutionnelle, alors que les citoyens sont pris dans un tourbillon de conflits et de maladies.

    Des années de conflit ont déjà infligé des souffrances insupportables à la population, notamment dans l'est du pays, mais l'épidémie du virus Ebola a engendré un sentiment d'épuisement total.

    Dans une lettre adressée à CWR, l'évêque Melchisedec Sikuli Paluku du diocèse catholique de Butembo-Beni a dénoncé la situation sécuritaire alarmante dans son diocèse, les attaques persistantes ayant créé un cycle de peur parmi la population.

    « Le diocèse de Butembo-Beni souffre d'une insécurité quasi endémique », a constaté le religieux. Il a évoqué de multiples formes de violence, certaines parties de la région vivant sous « occupation étrangère, avec la complicité de l'AFC/M23 ».

    Il a rappelé la récente vague de massacres, citant les attaques perpétrées les 30 et 31 mai à Beni par l'ADF-Nalu, qui ont fait 21 morts. Une attaque survenue les 2 et 3 juin dans la ville de Mbau, près de Beni, a également fait 16 victimes.

    « Des gens sont tués chaque jour », a déclaré sœur Josée Ngalula, professeure de théologie dogmatique à l’Université catholique du Congo à Kinshasa et première femme africaine nommée à la commission théologique du Vatican.

    La communauté des Sœurs de Saint-André de Kinshasa a qualifié les événements survenus dans l'est de la RDC d'« invasion », expliquant qu'une grande partie des combats est le résultat d'intérêts miniers étrangers.

    « Ce qui se passe au Nord et au Sud-Kivu est une invasion. L’armée rwandaise est entrée en RDC avec des chars et des soldats pour s’emparer des mines de coltan et d’or », a déclaré M. Ngalula à CWR.

    « Ces ressources sont acheminées clandestinement vers le Rwanda et vendues sur les marchés internationaux, notamment à l’UE et au Qatar. Contrairement à d’autres régions en proie aux milices locales, les Kivus subissent une agression militaire directe de la part d’un État voisin », a-t-elle déclaré.

    Elle a expliqué que le Rwanda avait tenté, sans succès, de dissimuler son implication.

    « Le Rwanda tente de dissimuler cette invasion en finançant une fausse rébellion appelée M23AFC. Bien que ce groupe se prétende congolais, seuls trois de ses dirigeants sont originaires du Congo ; les autres sont rwandais. Ces combattants ne vivent pas ici ; ils résident au Rwanda, faisant la navette le matin pour s’emparer de nos ressources et rentrant le soir. C’est pourquoi la question du Nord et du Sud-Kivu est directement liée au Rwanda », a-t-elle déclaré à CWR.

    Les combats dans l'est de la RDC ont été encore compliqués par l'épidémie du virus Ebola. Selon les autorités sanitaires congolaises, la maladie a jusqu'à présent fait au moins 136 morts et 676 cas ont été confirmés.

    Sœur Rolande Kyakimwa, des Oblates Missionnaires de l'Assomption, a déclaré à CWR qu'il y a une « peur généralisée » déclenchée non seulement par les combats en cours, mais aussi par la propagation du virus Ebola.

    « Une peur généralisée entoure actuellement l’épidémie d’Ebola. Les gens doivent se protéger en se lavant les mains et en évitant les contacts physiques, c’est-à-dire en respectant la distanciation sociale », a-t-elle déclaré.

    « Malheureusement, certains résidents résistent à ces mesures, évoquant des théories du complot concernant des plans prémédités et des agendas financiers orchestrés par certains professionnels de la santé. »

    Alors que le conflit et la maladie ravagent la vie des citoyens congolais, la classe politique du pays est paradoxalement obsédée par la révision de la constitution.

    Le 9 juin, le Parlement a adopté une loi autorisant l'organisation de référendums, ce qui pourrait ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle. La limitation du nombre de mandats présidentiels figure parmi les points clés de cette révision. Ses détracteurs affirment que le président Félix Tshisekedi, dont le mandat expire en 2028, cherche à se maintenir au pouvoir. Bien qu'il ne l'ait pas déclaré ouvertement, il a admis qu'il pourrait briguer un troisième mandat si le peuple le souhaite.

    « Je n’ai pas demandé un troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple souhaite que j’en fasse un troisième, j’accepterai », a-t-il déclaré début mai lors d’une conférence de presse à Kinshasa.

    Cette obsession pour la politique, selon l'évêque du diocèse catholique de Butembo, Monseigneur Melchisedec Sikuli Paluku, témoigne d'une indifférence révélatrice à la souffrance du peuple congolais.

    « Dans ce sombre contexte, nous constatons avec amertume le fossé qui sépare les préoccupations des politiciens des besoins réels et légitimes du peuple congolais. En effet, alors qu’une partie du territoire national est sous occupation étrangère et que les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri sont massacrées à répétition par l’ADF-NALU, les préoccupations de nos dirigeants semblent ailleurs », a déclaré l’évêque dans un communiqué transmis à CWR.

    « Ils s’efforcent avec une détermination incompréhensible de mettre en branle un processus de réforme constitutionnelle », a déclaré le religieux, expliquant que cela ne reflète pas les réalités actuelles.

    « Il serait plus utile et plus urgent pour eux de se concentrer sur la recherche de réponses appropriées aux attentes profondes du public », a déclaré le religieux.

    L’évêque Paluku a souligné que l’attitude du président, des parlementaires et des autres responsables gouvernementaux risquait de légitimer la fragmentation même que redoute le peuple congolais. Il a formulé quatre revendications précises à l’intention de l’ensemble de la population, invitant chacun – dirigeant et citoyen – à choisir entre bâtir un pays meilleur ou contribuer à sa ruine.

    « La paix, la justice, la souveraineté et l’intégrité territoriale sont les fondements du bonheur auquel aspire notre peuple », a déclaré l’évêque, expliquant que les massacres, la corruption, l’injustice et le tribalisme continuent de compromettre l’avenir du pays.

    L’évêque Paluku a exhorté le président à se concentrer avant tout sur le rétablissement de la paix nationale, soulignant que le pouvoir est fondamentalement au service du peuple. Il a mis au défi les députés et les sénateurs de se désolidariser des souffrances du peuple, rappelant qu’ils avaient été élus pour promouvoir le bien-être, et non pour fracturer la société par des décisions alimentant un cercle vicieux de violence.

    L’évêque a également exhorté les forces de défense et de sécurité à examiner attentivement leur conduite, afin de garantir leur efficacité dans l’accomplissement de leurs missions. Il a appelé à une conversion des cœurs et des esprits parmi les citoyens, affirmant que cela était « plus urgent que de modifier la Constitution ».

    Il a exhorté les citoyens à préserver leur intégrité morale, à rejeter le mal et à contribuer activement à la consolidation de la paix. Parallèlement, il a imploré les autorités de faire de la sécurité un pilier central des politiques publiques afin de briser le cycle de violence récurrent.

    En janvier, la médiation de l'Union africaine et des États-Unis a abouti à la signature d'un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, mais sœur Ngalula a accusé le Rwanda de ne pas avoir respecté sa part du marché.

    « Le Rwanda n’a malheureusement toujours pas retiré ses troupes ni ses chars à ce jour », a-t-elle déclaré à CWR.

    « Le Rwanda bénéficie notamment du soutien de la France. En effet, le coltan pillé par l’armée rwandaise est envoyé en France, puis distribué dans d’autres pays de l’Union européenne. »

    Si divers acteurs partagent la responsabilité des violences actuelles, l'évêque Paluku affirme qu'ignorer cette crise constitue une violation des droits fondamentaux du peuple congolais.

    « Le peuple congolais a le droit non seulement de vivre, mais de vivre dans la paix, la dignité, la justice et la réconciliation », a déclaré le religieux.

     
    Ngala Killian Chimtom est un journaliste camerounais fort de onze années d'expérience. Il travaille actuellement comme reporter et présentateur pour la Radio Télévision Camerounaise (radio et télévision). Chimtom collabore également avec plusieurs médias, dont IPS, Ooskanews, Free Speech Radio News, Christian Science Monitor, CAJNews Africa, CAJNews, CNN.com et Dpa.
  • Les femmes et les filles chrétiennes sont confrontées à un risque accru de violence au Nigéria, avertissent des experts de l'ONU

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    Du site d'ADF International :

    Les femmes et les filles chrétiennes sont confrontées à un risque accru de violence au Nigéria, avertissent des experts de l'ONU

    • Des experts ont mis en évidence des schémas de violence à motivation religieuse ciblant de manière disproportionnée les chrétiens, et en particulier les femmes et les filles, ainsi que d'autres minorités.
    • ADF International exhorte le gouvernement nigérian à respecter ses obligations en matière de garantie de la liberté de religion et de prévention de toutes les formes de violence.
    GENÈVE (8 JUIN 2026) – Des experts de l’ONU ont adressé une communication officielle au gouvernement nigérian, exprimant leurs vives inquiétudes face aux rapports alarmants faisant état de violations des droits de l’homme commises par des groupes armés militaires et politiques dans le nord et le centre du Nigéria, affectant de manière disproportionnée les chrétiens et en particulier les femmes et les filles, parmi d’autres communautés religieuses ou croyantes.

    La lettre conjointe, publiée par les Rapporteurs spéciaux sur la violence à l’égard des femmes et des filles, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, les questions relatives aux minorités et la torture, et le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, fait suite à la multiplication des rapports crédibles et aux efforts de plaidoyer considérables déployés par les organisations de défense des droits humains et de la liberté religieuse, dont ADF International. Le texte intégral de cette communication sera rendu public à l’issue du délai de réponse de 60 jours accordé au gouvernement nigérian.

    Cette communication intervient alors que des groupes armés continuent de terroriser les populations locales du nord du Nigéria et de la région de la Ceinture centrale par des violences ciblées, des enlèvements, des mariages et des conversions forcés. Malgré une surveillance internationale accrue et des allégations bien documentées de graves violations des droits humains, les autorités nigérianes n'ont jusqu'à présent pas réussi à protéger adéquatement les civils ni à traduire les auteurs de ces crimes en justice.

    Des experts de l'ONU ont évoqué « un schéma plus large de violence et de persécution touchant de manière disproportionnée les communautés chrétiennes dans certains États du nord », notant le risque accru d'attaques à motivation religieuse perpétrées par des milices islamistes radicales et une menace accrue de violence sexuelle à l'encontre des femmes et des filles.

    Les experts ont souligné que le risque est particulièrement élevé pour les femmes chrétiennes, citant des cas précis d'enlèvements, de violences sexuelles, de conversions forcées, de mariages d'enfants ou d'agressions pour avoir refusé un mariage forcé. Ils ont également constaté que les femmes et les filles chrétiennes sont particulièrement vulnérables dans les camps de personnes déplacées.

    Les détenteurs du mandat au titre des procédures spéciales ont souligné le manquement du Nigéria à ses obligations internationales en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne la liberté de religion, la sécurité, les libertés individuelles et les droits des femmes et des enfants. Ils ont également relevé que l'application de codes sur le blasphème et les interprétations locales de la charia dans certains États membres constitutifs contribuaient aux violences perpétrées contre les non-musulmans.

    Les experts ont souligné la nécessité pour les autorités nigérianes d'enquêter d'urgence sur les violations présumées, d'y donner suite et de protéger les victimes et les personnes encore à risque.

    « Les chrétiens, en particulier les femmes et les filles, ainsi que d'autres minorités religieuses, ont été victimes d'atrocités graves et systématiques perpétrées par des groupes armés militants opérant en toute impunité dans certaines régions du Nigéria. La communauté internationale est restée trop longtemps silencieuse face à l'aggravation de cette crise. La communication conjointe de cinq mécanismes des Nations Unies constitue une avancée significative et bienvenue pour garantir que ces violations retiennent l'attention internationale et que leurs causes profondes, notamment les cadres juridiques discriminatoires, soient pleinement prises en compte », a déclaré Giorgio Mazzoli, directeur du plaidoyer auprès des Nations Unies chez ADF International.

    ADF International s'engage à protéger la liberté de religion et d'expression au Nigéria et soutient les chrétiens ainsi que les personnes d'autres confessions victimes de discrimination et d'autres violations des droits humains. Tout en saluant les efforts des experts de l'ONU pour demander des comptes aux autorités nigérianes à cet égard, nous les encourageons à entreprendre d'urgence des réformes sécuritaires et juridiques et nous nous tenons prêts à soutenir les initiatives à tous les niveaux visant à garantir la liberté religieuse pour tous dans le pays.

    « Des attaques et des brutalités généralisées ont dévasté des communautés dans le nord et le centre du Nigéria, provoquant de graves troubles civils, des déplacements massifs de populations et – selon des rapports récents – un nombre de chrétiens tués pour leur foi plus élevé que partout ailleurs dans le monde pour la seule année 2025. Nous appelons le gouvernement nigérian à saisir cette occasion et à redoubler d’efforts pour mettre fin aux violences en cours, garantir que les responsables rendent des comptes et assurer pleinement les libertés fondamentales telles qu’elles sont inscrites dans la Constitution et le droit international des droits de l’homme. »

    Plaidoyer international d'ADF au Nigéria

    ADF International défend les chrétiens et les autres minorités religieuses victimes de persécutions graves au Nigéria. Nous avons apporté notre soutien à de nombreuses personnes attaquées en raison de leur foi ou poursuivies en vertu des lois sur le blasphème.

    ADF International a soutenu la défense de Rhoda Jatau , une mère chrétienne emprisonnée pendant 19 mois pour avoir prétendument partagé une vidéo blasphématoire condamnant le lynchage de Deborah Emmanuel Yakubu, une étudiante chrétienne. Jatau a été totalement acquittée en décembre 2024.

    Récemment, la Haute Cour du Nigéria a cassé la condamnation injustifiée de David* (nom modifié pour des raisons de sécurité), un chrétien qui avait subi des tortures pour avoir aidé un converti persécuté à échapper aux violences dans le pays. ADF International a soutenu la défense de David.

    ADF International soutient également la défense du musicien soufi Yahaya Sharif-Aminu devant la Cour suprême du Nigéria. Emprisonné pendant plus de cinq ans, il avait été condamné à mort pour un message WhatsApp jugé blasphématoire. Sharif-Aminu attend actuellement une nouvelle audience, la première s'étant tenue en septembre. À la suite de cette audience, un procureur nigérian l'avait menacé d'exécution publique pour avoir diffusé une chanson sur WhatsApp. Son cas pourrait mener à l'abolition des lois draconiennes sur le blasphème, qui aggravent considérablement le climat de violence et d'hostilité envers les minorités religieuses, notamment les chrétiens, au Nigéria.

    ADF International figurait parmi les nombreuses organisations de défense des droits humains et les experts qui ont exhorté le département d'État américain à reclasser le Nigéria comme « pays particulièrement préoccupant » (CPP). Ce statut lui a été accordé en octobre 2025, attirant davantage l'attention de la communauté internationale sur les conséquences de la situation sécuritaire du pays en matière de droits humains.

  • L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

    Pères de la Rédemption, tirés de Corsaires barbaresques  (New York : Putnam, 1902) Kelley, JD Jerrold (James Douglas Jerrold) (1847-1922), Auteur. Lane-Poole, Stanley (1854-1931), Auteur.

    La mémoire sélective ne rassemble pas les peuples, mais alimente les ressentiments mêmes qu'elle prétend apaiser.

    Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves et l'esclavage des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». Le texte a été adopté par 123 voix contre 3, avec 52 abstentions, dont la France, le Portugal, l'Espagne, le Royaume-Uni et la plupart des pays européens. Les États-Unis, Israël et l'Argentine ont voté contre.

    La portée symbolique de cette résolution est considérable. Nul ne saurait contester que la traite transatlantique des esclaves constitue l'une des plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité. Pendant plusieurs siècles, des millions d'Africains ont été déportés vers les Amériques dans des conditions épouvantables, réduits à l'état de marchandises et intégrés à un système économique fondé sur leur déshumanisation. La mémoire de ce crime mérite d'être reconnue et transmise.

    Mais c’est précisément parce que l’histoire de l’esclavage est trop grave pour être instrumentalisée qu’il nous faut questionner les présupposés idéologiques qui sous-tendent cette résolution. Car le caractère controversé du texte ne réside pas dans sa condamnation de la traite transatlantique, mais dans ce qu’il omet.

    En qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave » des crimes contre l'humanité, l'ONU semble établir une hiérarchie morale entre les atrocités historiques, comme si certaines souffrances pouvaient être considérées comme supérieures à d'autres et comme si l'on pouvait mesurer objectivement l'horreur et déclarer qu'un crime surpasse tous les autres. Cette formulation explique en partie les nombreuses abstentions européennes, pour qui, pendant de longues années, l'Holocauste a été érigé en symbole ultime de la barbarie humaine. Indépendamment de la comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, dont les motivations peuvent être suspectes, plusieurs États ont fait valoir qu'il n'appartenait pas à l'ONU d'établir une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Devrions-nous placer Auschwitz et Kolyma, le génocide arménien et le génocide des Tutsis au Rwanda sur une échelle graduée, comme s'il s'agissait de classer les concurrents dans un concours macabre ?

    Mais la principale difficulté réside ailleurs. Cette résolution ignore complètement l'existence d'autres systèmes esclavagistes qui ont pourtant façonné l'histoire de l'Afrique et du monde pendant plus d'un millénaire.

    La traite négrière arabo-musulmane constitue, à cet égard, un angle mort particulièrement révélateur. Bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines, des réseaux de traite approvisionnaient déjà le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et certaines régions d'Asie. Les historiens estiment généralement que plusieurs millions d'Africains ont été déportés dans le cadre de ce commerce, qui a perduré du VIIe siècle jusqu'au XXe siècle dans certaines régions. Selon les estimations citées dans de nombreux ouvrages historiques, entre 10 et 17 millions d'esclaves auraient été concernés durant cette longue période.

    Ce commerce présentait également plusieurs particularités souvent négligées. Les femmes étaient majoritairement destinées aux harems ou aux travaux domestiques. Les hommes étaient fréquemment castrés avant d'être vendus, ce qui explique en partie l'absence de descendance significative dans les pays concernés et le manque de métissage – contrairement à ce qui s'est passé en Amérique, où le métissage, bien que souvent violent, a néanmoins eu lieu et a donné naissance aux sociétés diverses que nous connaissons aujourd'hui. Le déclin démographique des populations déportées était souvent bien plus marqué dans le monde arabo-musulman.

    À cette réalité s'ajoute une autre dimension longtemps négligée : la participation active de nombreuses puissances et royaumes africains à la capture et à la vente d'esclaves. L'histoire de la traite négrière ne saurait se réduire à une simple dichotomie entre Européens prédateurs et Africains victimes. De nombreux acteurs africains ont été impliqués dans ces systèmes, que ce soit dans le cadre de la traite transatlantique ou des traites orientales.

    Rappeler ces faits ne revient évidemment pas à minimiser la responsabilité européenne. Il s'agit simplement de rétablir la complexité historique. Pourtant, depuis plusieurs décennies, toute tentative d'élargir la perspective pour englober toutes les formes de la traite négrière se heurte régulièrement à la suspicion. Des historiens, comme le chercheur français Olivier Pétré-Grenouilleau, ont payé un lourd tribut à leur carrière universitaire pour avoir mis en lumière ces faits historiques. Ceux qui évoquent la traite arabo-musulmane ou les responsabilités africaines sont fréquemment accusés de vouloir relativiser les crimes occidentaux, voire d'être animés par des motivations idéologiques cachées, semblables à celles de l'extrême droite.

    Cette réaction est devenue quasi automatique, comme si la simple mention d'une réalité historique indiscutable constituait en soi une prise de position politique suspecte. Dans les médias et chez les politiciens, certains récits sont jugés légitimes tandis que d'autres sont condamnés à l'invisibilité. La terrible histoire d'Henry Nowak, dans un tout autre contexte, vient d'en apporter une nouvelle illustration. La question n'est pas si éloignée : George Floyd a été érigé en icône parce qu'il était un descendant des esclaves de la traite transatlantique ; sa mort sous les balles d'un policier blanc a ainsi fait de lui un martyr. Le jeune Nowak, en revanche, appartient à la race des exploiteurs. Il aurait pu mourir en murmurant « Je ne peux pas respirer » sans que personne ne s'en émeuve.

    Cette situation alimente un malaise intellectuel croissant. L'histoire sérieuse ne devrait jamais fonctionner selon une logique de mémoires concurrentes.

    En mai, un débat houleux a eu lieu sur X entre Bally Bagayoko et Marion Maréchal au sujet de l'existence de la traite négrière. Marion Maréchal a rappelé qu'en 2021, des experts de l'ONU s'étaient alarmés de la persistance de formes d'esclavage héréditaire au Mali. Les rapporteurs de l'ONU avaient alors dénoncé les attaques répétées contre les personnes considérées comme « esclaves par descendance » et déploré l'inaction des autorités maliennes. Le nouveau maire de Saint-Denis s'est ainsi vu rappeler que ses origines maliennes de noble lignée, qu'il avait fièrement mises en avant dans les médias, ne constituaient pas un certificat d'innocence civilisationnelle. 

    Pourtant, ce simple rappel historique et contemporain suffit souvent à déclencher des accusations de révisionnisme ou de diversion. Or, les faits demeurent incontestables. L'esclavage n'a jamais été un phénomène exclusivement occidental. Il a existé sur tous les continents et sous des formes très diverses. Certaines de ces formes persistent encore aujourd'hui dans plusieurs régions du monde. 

    Au contraire, l'abolitionnisme, il s'avère, n'est pas universel. C'est précisément cette observation qui est au cœur du dernier essai de Ferghane Azihari, « L'Islam contre la modernité » . L'auteur y avance une thèse qui a suscité une vive controverse dans la presse française : l'abolition de l'esclavage constitue l'un des grands accomplissements moraux de la civilisation occidentale moderne . Azihari souligne que les mouvements abolitionnistes sont nés en Europe et en Amérique du Nord, souvent en contradiction avec des intérêts économiques considérables. Il met également en lumière le fait que de nombreux pays musulmans n'ont aboli l'esclavage que très tardivement, parfois sous la pression diplomatique occidentale. L'Arabie saoudite ne l'a aboli officiellement qu'en 1962, la Mauritanie en 1981. De plus, il observe qu'aucun mouvement de repentance d'envergure, comparable à ceux qui se sont développés en Occident, n'a véritablement émergé dans le monde musulman sur cette question. Azihari soulève une question fondamentale : pourquoi certaines civilisations ont-elles développé les ressources intellectuelles nécessaires pour remettre en cause l'esclavage alors que cette institution était considérée comme normale depuis l'Antiquité ?

    La résolution de l'ONU semble malheureusement s'inscrire dans une tendance inverse, une interprétation qui tend à faire de l'Occident le principal, voire l'unique, coupable de l'histoire de l'esclavage – alors que c'est précisément ce même Occident qui a libéré l'humanité du joug de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est précisément ce que Philippe de Villiers a dénoncé dans les colonnes du Journal du Dimanche . À ses yeux, cette résolution relève d'une vision idéologique du passé où l'Occident devient le bouc émissaire de toutes les fautes historiques , tandis que d'autres responsabilités sont systématiquement passées sous silence.

    L'histoire de l'humanité est tragique. Chaque civilisation a son côté sombre. Aucune n'a le monopole de la barbarie, pas plus que celui de la vertu. Mais toutes n'ont pas contribué de la même manière au progrès moral de l'humanité, et l'Occident n'a rien à gagner à se mépriser pour le bien qu'il a accompli. En proclamant que la traite transatlantique des esclaves constitue « le crime le plus grave contre l'humanité », l'ONU pensait sans doute rendre justice à une mémoire longtemps négligée. Mais en ignorant d'autres formes de traite négrière et en suggérant une hiérarchie entre les atrocités, elle obtient l'effet inverse de celui recherché : la réconciliation par le souvenir. Or, une mémoire sélective ne réconcilie pas les peuples ; au contraire, elle alimente les ressentiments qu'elle prétend apaiser.

  • S'allier avec Al-Qaïda : le pari audacieux des chrétiens du Mali

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    S'allier avec Al-Qaïda : le pari audacieux des chrétiens du Mali

    Le pape Léon XIV s’apprête à entamer aujourd’hui son deuxième grand voyage international de l'année, direction l’Espagne. Mais entretemps, d'importantes nouvelles viennent de tomber concernant le continent africain, la destination de son précédent voyage.

    Lundi 1er juin, le pape a reçu en audience le nonce au Mali, l'archevêque ivoirien Mambé Jean-Sylvain Emien, sans doute pour obtenir de sa part plus d'informations sur les événements en cours dans ce pays du Sahel.

    Le pape Léon avait attiré l'attention sur le Mali après le Regina Coeli du dimanche 10 mai. Il s'était dit préoccupé par « l'augmentation des violences dans la région du Sahel, en particulier au Tchad et au Mali, frappés par de récents attentats terroristes ».

    En effet, quelques jours plus tôt, on dénombrait pas moins de 40 victimes au Tchad et, au Mali, 70 personnes abattues par les combattants djihadistes du Jnim, un acronyme de Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, c'est-à-dire le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda.

    Mais, que ce soit au Mali comme dans l’ensemble du Sahel, on n’assiste pa seulement à une simple augmentation des raids terroristes islamistes. L'État islamique, Daesh, tout comme Al-Qaïda avec ses groupes armés, est en train de renforcer, sur des territoires de plus en plus vastes, une domination assez proche de celle qu'il exerçait en Syrie et en Irak à l'époque du Califat.

    En février dernier, Daesh a même occupé pendant plusieurs heures l'aéroport international de Niamey, la capitale du Niger. Une véritable humiliation pour les militaires au pouvoir et leurs alliés, les mercenaires russes d'Africa Corps. Ces derniers, héritiers du Groupe Wagner, ont remplacé les troupes internationales et françaises – qui se sont définitivement retirées en 2022 – pour défendre les gouvernements locaux contre les attaques islamistes.

    Les seules défaites récemment essuyées par Daesh et ses alliés ont été contre les troupes d'élite envoyées par les États-Unis au Nigeria et dans la région du lac Tchad. C'est là qu'à la mi-mai, le numéro 2 de l'État islamique, Abou Bilal al-Maïnouki, a été repéré et abattu. Il était le cerveau de l'expansion de l’État Islamique du Nigeria vers les autres États du Sahel, en particulier le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

    Au Mali, dont la population est presque entièrement musulmane et où les chrétiens représentent un peu plus de 2 %, la domination islamiste s'étend désormais à une grande partie du pays. Depuis des mois, la capitale elle-même, Bamako, est encerclée et paralysée par le blocage presque total des approvisionnements en carburant.

    L'offensive est menée principalement par deux formations armées : les djihadistes du JNIM et les séparatistes touaregs (sur la photo de Getty Images) du Mouvement national de libération de l'Azawad, le MNLA. Ces derniers combattent depuis des années pour l'indépendance de leurs terres dans le nord du Mali, avec pour épicentre le carrefour caravanier historique de Tombouctou, en amont du fleuve Niger.

    En 2021, une junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta s’est emparée du pouvoir au Mali. Mais depuis novembre, alors que la capitale Bamako est assiégée, cette junte essuie défaite après défaite, dont la mort du ministre de la Défense, le lieutenant-général Sadio Camara. Récemment, l'avance des rebelles a été si foudroyante qu'elle a contraint les mercenaires russes à battre en retraite et à négocier avec l’ennemi une escorte pour quitter la ligne de front.

    Et ce n’est pas tout. La grande nouveauté de ces dernières semaines réside dans le fait que les opposants politiques à la junte putschiste, qui rassemblent des représentants marxistes, chrétiens et soufis sous le sigle CFR, Coalition des forces pour la République, ont convenu d'une chose : pour évincer les militaires arrivés au pouvoir avec le soutien de Moscou, il est nécessaire de former une alliance incluant les islamistes du JNIM et les Touaregs du MNLA.

    Dans un entretien accordé le 2 mai à France 24, le porte-parole de ces opposants politiques, Étienne Fakaba Sissoko, a déclaré que des négociations étaient en cours avec les islamistes et les Touaregs sur l'acceptation de la charia, la loi islamique déjà en vigueur dans de vastes régions du pays. Il a précisé : « et moi, qui suis chrétien catholique, on ne peut certes pas m'accuser de vouloir la charia », mais il s'agit précisément de « devoir faire face à la réalité ». Selon lui, « avec le JNIM, l'objectif est de reproduire le modèle déjà en place dans de nombreuses régions. À Gao, Tombouctou et Kidal, les cadis, c'est-à-dire les juges islamiques, jouent un rôle important dans toutes les affaires judiciaires, dans toutes les matières civiles. Au lieu de laisser tout cela se dérouler dans un état de chaos général, nous devons l'inscrire dans une Constitution qui nous permettra de résoudre, une fois pour toutes, les questions relatives aux revendications territoriales et au rôle des personnalités religieuses dans le système de gouvernement national ». Sissoko a ajouté que cette même logique de compromis devra s'appliquer aux Touaregs, afin de leur accorder l'autonomie tant attendue dans le nord du pays par le biais d'une révision constitutionnelle.

    Ce qui semblait impensable jusqu'à hier est donc en train de prendre forme au Mali : une alliance de l'opposition politique avec un spectre de guérilleros islamistes allant jusqu'à Al-Qaïda. Sissoko a toutefois prévenu que « tout doit se faire dans un cadre où l'esprit de la République est sauvegardé, où la démocratie renaît, et où l'intégrité territoriale est préservée. Ce sont des lignes rouges pour nous ».

    En rapportant la nouvelle de cette alliance naissante le 4 mai, l'agence vaticane « Fides » a titré : « Un possible "scénario syrien" pour le Mali ? ».

    Il existe effectivement une similitude entre ce scénario et les événements survenus en Syrie à la fin de l'année 2024, à lors de la chute du régime prorusse d'Assad sous les coups d'Ahmed al-Charaa. Ce dernier, ancien chef d'une formation djihadiste affiliée à Al-Qaïda, s'est transformé en défenseur d'un gouvernement ouvert aux différentes composantes de la société syrienne.

    Certes, parmi les chrétiens de Syrie, les sceptiques ont des raisons d’être inquiets, surtout après le terrible attentat commis il y a un an contre l'église Saint-Élie à Damas par des kamikazes musulmans, qui a fait 30 morts et 60 blessés. On reproche à Charaa son manque de contrôle sur les franges islamistes extrémistes.

    Cependant, il faut aussi prendre en compte la rencontre historique du dimanche 26 octobre 2025 entre Charaa et le patriarche d'Antioche Jean X, dans la cathédrale mariamite de Damas. Lors de cet entretien, le président syrien s'est inspiré d'un verset du Coran pour exprimer sa volonté de réconciliation : « Tu trouveras que les plus proches des croyants [musulmans] par l'amitié sont ceux qui disent : "Nous sommes chrétiens". Damas est le premier lieu de coexistence de l'humanité. Sa promesse est un pacte et un devoir, avec tout mon amour ».

    De son côté, au cours de cette même rencontre, le patriarche Jean X a rappelé l'Ashtiname de Mahomet. Il s'agit de la lettre adressée en 623, l'année suivant sa fuite de La Mecque à Médine, aux moines du monastère Sainte-Catherine du Sinaï, dans laquelle le Prophète promettait de s'engager à défendre la liberté de culte des chrétiens et leurs biens.
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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.